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Sur les planches

[07 fév 2012] L’Interview : Alexandra Tobelaim

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Accompagnée du comédien Solal Bouloudnine, la metteuse en scène et fondatrice de Tandaim revient sur la dernière création de la compagnie, évoquant les relations étroites que peuvent entretenir théâtre et football. Italie-Brésil 3 à 2, ce n’est pas seulement le récit du match qui a mené l’Italie en finale de la Coupe du monde en 1982, mais aussi et surtout l’histoire d’une famille sicilienne, de leurs voisins et amis suspendus au téléviseur acheté pour l’occasion.

Pourquoi avoir monté cette pièce ?
C’est une histoire très étonnante : en septembre 2010, le texte de Davide Enia nous a été imposé dans le cadre d’une lecture mise en espace pour ActOral. Il y a eu une vraie rencontre entre Solal, Jean-Marc Montera (ndlr : musicien, fondateur du GRIM), le texte et moi. On a eu très envie de le faire vivre sur un plateau, tout comme l’équipe du Gyptis. Davide Enia fait partie du mouvement italien du Théâtre-récit, écrit par des acteurs/auteurs, dans lequel il y a un vrai désir de parler au public, de raconter une histoire.

Faut-il aimer le foot pour apprécier la pièce ?
Franchement, je ne pense pas que cela soit nécessaire ; moi-même je n’aime pas le foot et n’en connais pas les règles, contrairement à Solal et Jean-Marc. Mais dans la pièce, il y a ce partage, cette oralité pendant le match ; on retourne à l’essence même du théâtre, d’un acteur qui raconte quelque chose à un public. Le texte possède un immense pouvoir évocateur, il nous plonge instantanément le 5 juillet 1982 à Palerme. Bien que l’on connaisse le résultat, ce match Italie-Brésil comporte une chose propre au sport et au spectacle vivant : un vrai suspense. Les Italiens mènent deux fois contre la meilleure équipe du monde, avant d’être rattrapés au score, puis de finir par l’emporter. Les différentes émotions ressenties par les spectateurs donnent une oscillation très intéressante, entre exaltations et déceptions. On frise quasiment la crise cardiaque à chaque action ! Ce match rassemble la famille, les amis et les voisins ; chaque spectateur peut retrouver des souvenirs d’enfance, un retour aux sources dans les à-côtés, les rituels des spectateurs. Par exemple, l’auteur a le souvenir précis du placement de chaque membre de la famille autour du téléviseur. Solal et la musique de Jean-Marc sont les passeurs du suspense, mais aussi du partage et de la communion avec cette grande famille.

Comment la musique de Jean-Marc Montera s’intègre-t-elle au spectacle ? Y a-t-il une place pour l’improvisation ?
Le travail a été de définir, pour chaque intervention musicale, une enveloppe globale dans laquelle on a essayé de préciser au maximum les choses. Mais — et c’est ce qui est aussi déstabilisant qu’intéressant pour moi — Jean-Marc est un improvisateur, qui construit les choses dans l’instant. C’est comme si nous avions défini une partition générale avec, en fonction de l’instant et de ce que ressentent Solal et Jean-Marc, des choses livrées à la représentation. Ce côté sans filet, cette liberté, c’est nouveau pour moi… et très excitant.

Avez-vous d’autres projets ?
On a le projet d’une résidence longue avec trois autres compagnies à la Minoterie, mais rien n’est figé pour le moment. D’autre part, on est dans une dynamique de diffusions de nos deux derniers autres spectacles, Villa Olga et La Seconde Surprise de l’amour. J’aimerais aussi prendre le temps de réfléchir à un nouveau projet pour la rentrée.

Quel est votre sentiment sur Marseille Provence 2013, capitale européenne de la culture ? Avez-vous des projets dans ce cadre ?
Pour moi, c’est encore assez nébuleux, bien qu’il y ait maintenant une belle dynamique. En tant que compagnie cannoise, nous ne sommes pas directement impliqués et n’avons pas déposé de projet. Nous avons seulement un regard extérieur, mais il me semble que c’est une très bonne chose en matière d’énergie et d’infrastructures pour Marseille et sa région.

Propos recueillis par Thomas Delahay

Italie-Brésil 3 à 2 par la Cie Tandaim : du 21 au 25/02 au Théâtre Gyptis (117 rue Loubon, 3e).
Rens. 04 91 11 00 91 / www.theatregyptis.com

Rencontre « Radio Bière Foot » avec l’équipe artistique le 9/02 à 19h au WAAW (17 rue Pastoret, 6e). Rens. 04 91 42 16 33
Rencontre-débat sur le thème « Sport & culture, des passerelles » à l’issue de la représentation du 23/02, avec Alexandra Tobelaim, Andonis Vouyoucas (directeur du Gyptis), Jean-Jacques Gilliard (directeur d’Espaceculture), Michel Hidalgo (ancien sélectionneur de l’Equipe de France), Cédric Dufoix (secrétaire général de l’OM) et Christian Bromberger (anthropologue)

A voir aussi : Villa Olga, le 13/02 au Théâtre Comœdia (Aubagne), dans le cadre de Région en Scène.
Rens. 04 42 18 19 88

[07 fév 2012] Les Elancées à Cornillon-Confoux, Fos-sur-Mer, Grans, Istres, Miramas et Port-Saint-Louis-du-Rhône

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Quand le monde s’envoie en l’air…

Venues des quatre coins du monde, dix-sept compagnies se donnent rendez-vous du côté Ouest de la Provence pour une quatorzième édition des Elancées particulièrement focalisée sur?la danse et les arts aériens.

Dix-neuf spectacles, une soirée salsa, un repas moldave, un Bal des enfants, des stages et des rencontres… après l’annulation de l’an dernier, Les Elancées annoncent au public des retrouvailles prometteuses. A commencer par la découverte du « Carré », une invention de la compagnie aixoise Azeïn. Avec ce cadre aérien à quatre directions, Sam Hannes et Audrey Louwet renouvellent l’art de la voltige dans La Vie tendre et cruelle des animaux sauvages. Entre ciel et terre, le funambule David Dimitri deviendra L’Homme Cirque, et même l’incroyable « homme-canon » ! Pour nous entraîner dans l’onirisme des tableaux de Bosch (Pequeños Paraisos) et Magritte (Nubes), la compagnie de danse Aracaladanza conviera quant à elle marionnettes, théâtre d’objet et projections vidéo. Viendra ensuite le moment d’affronter les bêtes sauvages : le Groupe Noces présentera Pogo, un conte-bestiaire initiatique sur une chorégraphie d’inspiration punk. Quittant le plateau pour la piste, la danse rejoindra l’acrobatie et le contorsionisme dans Foté Foré du cirque guinéen Mandingue. Elle s’invitera aussi dans les rues de Cali, l’univers d’Urban reprenant les meilleurs numéros de l’école colombienne Circo Para Todos. Les arts de la piste ne seraient pas au complet sans ses représentants les plus éminents, Auguste et le clown blanc, qui seront incarnés ici par BP Zoom dans un Mélange 2 temps primé au Festival international de clown. L’illusionnisme jouera des tours à notre imagination avec le mentaliste Viktor Vincent, qui s’attaquera à nos Synapses. At last but not least, la famille Chaplin s’enverra elle aussi en l’air, Victoria du Cirque Invisible mettant Aurélia en scène et en proie aux Murmures des murs. De quoi parachever en beauté cette ruée vers l’Ouest.

Texte : Capucine Vignaux
Photo : Nubes

Les Elancées : du 17 au 26/02 à Cornillon-Confoux, Fos-sur-Mer, Grans, Istres, Miramas et Port-Saint-Louis-du-Rhône.
Rens. 04 42 56 48 48 / www.scenesetcines.fr

[07 fév 2012] Les Petites Formes autour de Philippe Dorin par les élèves du CNRR présentées au Théâtre Massalia

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Bref, mais en grande forme

Les futurs comédiens confrontés aux spectateurs de demain, c’est un peu l’idée de ces formes brèves, quatre pièces interprétées par les élèves du Conservatoire de Marseille et proposées à un public novice.

Depuis six ans, le Théâtre Massalia accueille dans sa programmation des formes brèves mises en œuvre par les élèves comédiens du Conservatoire National de Région de Marseille. La formule est simple : quatre saynètes écrites par Philippe Dorin, mises en scène et jouées par les élèves, répondant à des contraintes de temps et de modestie matérielle. Contraintes auxquelles s’ajoute le choix d’un auteur unique et une scénographie commune, permettant ainsi de solliciter différents imaginaires tout en maintenant l’unité du travail. Petites Formes est un exercice de dramaturgie s’adressant avant tout à des enfants, et visant à penser le théâtre de manière ludique. Un public jeune et non averti, un côté ludique et enjoué : a priori, la mission des étudiants paraît abordable. Mais face à un jeune public dissipé, bruyant et très réactif, voire irrespectueux, le jeu devient une épreuve difficile qu’il convient d’affronter sans se démonter. Les apprentis comédiens ne s’en laissent pas compter et s’en sortent très honnêtement, avec en prime une joie non feinte d’être sur les planches. Avec quelques cailloux, une maison de poupée et un tapis en faux gazon comme principaux accessoires, ils nous offrent un univers poétique et quatre jolis moments de plaisir partagé. Si les uns ont donné du fil à retordre aux autres, offrant une nouvelle dimension à cet exercice de style, gageons que ces belles prestations leur donneront, en retour, l’envie de franchir à nouveau la porte d’un théâtre.

Texte : Yves Bouyx
Photo : Leila Bousnina

Les Petites Formes autour de Philippe Dorin par les élèves du CNRR étaient présentées les 1er et 2/02 au Théâtre Massalia.
Prochaines représentations : le 9/02 à la Minoterie (9-11 rue d’Hozier, 2e).
Rens. 04 91 90 74 28 / www.minoterie.org

[07 fév 2012] STOP. Tout est bruit pour qui a peur par Diphtong Cie au Théâtre du Merlan

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L’or noir

Avec STOP. Tout est bruit pour qui a peur, le metteur en scène Hubert Colas s’attaque à la peur, celle qui nous prend au ventre et à la tête, au cœur et au corps (social)…

Le cube est noir, monumental et mouvant. Cette boîte, oppressante, évoquant les méandres du cerveau de John Malkovich dans le film de Gondry comme le labyrinthique mémorial berlinois de l’Holocauste, va servir de terrain de jeu — souvent miné — aux comédiens de la Diphtong Cie.
Ils sont sept, parfois seuls, parfois en bande. Ils vont se menacer, s’aider aussi et, bien sûr, avoir peur. Ils vont surtout devoir se confronter à un texte qui ne relève pas de l’écriture théâtrale proprement dite. C’est là que réside toute la difficulté pour les interprètes — et en conséquence, pour les spectateurs. Hubert Colas signe en effet un texte intime, n’admettant aucune linéarité dans l’intrigue, mais qui se meut comme une couleuvre, à l’image de son sujet. D’autant que la direction des acteurs reste parfois trop marquée du sceau de son metteur en scène : on reconnaît les comédiens dans leurs façons de dire, on les retrouve comme des simulacres parents de ses précédentes créations (Chto, Le Livre d’Or de Jan, Face au Mur…).
Mais il y a la lumière. Noire, fantastique, plurielle, elle est admirable, créant de multiples angoisses, véritables cauchemars éveillés, mâtinés de douceur à certains moments. Elle est ce qui reste de cette pièce dématérialisée, où le temps peut être fait de ténèbres.
La peur est sur le plateau. Et elle y reste. Pas question de vous faire frissonner, mais d’en parler. Un parti pris sans doute déconcertant. Car on ne sait pas comment naît la peur, ni où elle se faufile. Ici, foin de règle d’unité — ni de temps, ni de lieu, ni d’action… Avec ce spectacle résolument contemporain, il faut aimer aller au théâtre non pour apprendre, mais pour se laisser décontenancer. Il faut aimer se perdre.

Texte : Joanna Selvidès
Photo : Herve Bellamy

STOP. Tout est bruit pour qui a peur par Diphtong Cie : du 10 au 16/02 au Théâtre du Merlan (Avenue Raimu, 14e). Rens. 04 91 11 19 20 / www.merlan.org

[07 fév 2012] Janvier sous les étoiles

quinzaine-cirque.jpgLe festival international de cirque, piloté par le Pôle National des Arts du Cirque Méditerranée en association avec le Théâtre Europe de La Seyne-sur-Mer, le bien nommé Janvier sous les étoiles, nous donne donc rendez-vous… à la mi-février. Trêve de moqueries, parlons plutôt de cirque contemporain, sous toutes ses formes : urbain, aérien, porté, dansé, slamé, épuré, sur des bouteilles de gaz, le long d’une corde… C’est selon les idées et les esthétiques défendues par les artistes invités, qu’ils soient brésiliens (Grupo Circondriacos), colombiens (Circolombia) ou français (Cirque In Extremiste, Cie Hors Surface…). Par-delà les cartes.

_Du 9 au 19/02 sur l’Espace Chapiteaux des Sablettes (Avenue J.B. Mattéi, La Seyne-sur-Mer).
Rens. 04 94 06 84 05 / www.theatreurope.com

[07 fév 2012] La Vie de Galilée par la Cie du Grand Soir présenté au Théâtre Comœdia

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Tu me fais tourner la Terre…

Avec ses acteurs virtuoses et rebondissants qui perpétuent la tradition saltimbanque à travers le temps, la Compagnie du Grand Soir redonne Vie à Galilée.

La pièce de Brecht nous renvoie à une controverse philosophique : quels rapports entretiennent les pouvoirs religieux et politique avec le progrès scientifique ? Pendant une heure et demie de légèreté, la compagnie du Grand Soir nous immerge dans l’écriture profondément libre de Brecht, nous ramenant à la lecture du texte de Michel de Certeau, L’invention du quotidien, ou à ses propos sur l’art de la ruse, « un art sans âge, qui n’a pas seulement traversé les institutions d’ordres sociopolitiques successifs, mais remonte bien plus haut que nos histoires et lie d’étranges solidarités en deçà des frontières de l’humanité. »
Le texte de Bertolt Brecht a été raccourci, mais ne perd pas de sa force, grâce à la performance habitée de ses cinq performeurs, à la fois musiciens, clowns, chanteurs, mimes et jongleurs. La dynamique du jeu et la mise en scène évolutive sont en symbiose avec le plaisir réactif du spectateur. La salle, pleine, aura fait l’expérience que Galileo Galilei formulait ainsi : « On ne peut rien enseigner à autrui. On ne peut que l’aider à le découvrir lui-même. »

Texte : Christine Maignien & Marika Nanquette-Querette
Photo : Xavier de Torres

La Vie de Galilée par la Cie du Grand Soir était présenté le 3/02 au Théâtre Comœdia (Cours Maréchal Foch, Aubagne).
Rens. www.compagniedugrandsoir.fr

[24 jan 2012] L’Interview - Franck Dimech

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Entre deux répétitions de Woyzeck, le metteur en scène et fondateur du Théâtre Ajmer nous a reçus pour parler en toute décontraction de la mythique pièce de Georg Büchner, mais aussi de ses autres projets. Place à la langue et au corps.

Pourriez-vous nous résumer votre parcours ?
J’ai suivi quelques formations théâtrales, mais je me définirais plutôt comme un autodidacte vis-à-vis du spectacle vivant. J’ai beau avoir des liens avec la scène en raison de mon enfance dans le chœur de l’Opéra de Lyon, je suis d’abord issu d’une formation plastique aux Beaux-Arts. Par la suite, j’ai suivi une formation dans l’actuel département des Arts du Spectacle de l’Université de Provence à Aix. En 1990, j’ai fondé la compagnie Les Foules du Dedans, qui a existé pendant douze ans. Grâce à l’appui de tutelles et d’acteurs culturels locaux, j’ai pu monter le Théâtre de Ajmer en 2002. De nombreux voyages à l’étranger, en Asie surtout, et diverses bourses du Ministère des Affaires étrangères et de la Villa Médicis m’ont permis de nouer des liens avec un monde artistique à part, qui a grandement nourri ma pratique théâtrale. Je pense notamment à Hirata Oriza et sa compagnie Seinendan.

Comment vous est venue l’idée d’adapter Woyzeck et comment avez-vous abordé l’aspect fragmentaire et très sombre de cette pièce ?

L’histoire de cette pièce, qui date de 1837, est déjà originale à la base. Inspirée de l’histoire vraie d’un soldat allemand qui assassina sa maîtresse en 1821, l’œuvre s’est disséminée en quatre manuscrits sans que l’on ne connaisse la fin imaginée par l’auteur. Je suis parti de deux traductions, celles de Pierre Prentki et des éditions de l’Arche. La pièce a été montée en 2011 avec des acteurs auditionnés à Shanghai et Taipei et j’ai fait le choix d’un surtitrage en mandarin. Il y a ainsi une dimension volontairement elliptique et ambiguë qui crée une relation particulière avec le spectateur. L’idée que des comédiens asiatiques puissent nous parler de notre occidentalité à travers leur jeu et leur langue m’a aussi séduit. Cette pièce est, pour moi, plus dans le corps que dans la tête. C’est une pièce de chair, on est entre les langues. Toutes les valeurs du monde en déshérence de Woyzeck, qu’elles soient religieuses, scientifiques ou philosophiques, sont perméables. Dans cet univers en perdition, Woyzeck est en même temps la figure du prolétaire meurtri bien ancré dans la réalité et le dernier homme, le sorcier, qui annonce autant la fin d’un monde qu’un renouveau. En dehors de la question de la langue, l’autre défi a consisté à être capable d’adapter la mise en scène à des espaces plus (en Asie) ou moins (ici) confinés. Les questions de promiscuité ne sont pas les mêmes.

Après Woyzeck, quels sont vos projets ?
Tout d’abord une tournée asiatique de la pièce en Chine Populaire. Ensuite, j’ai été invité comme artiste étranger pour enseigner à Taïwan et créer une production avec des étudiants à partir de Preparadise Sorry Now de Rainer Werner Fassbinder. Pour le mois de mars 2013, le Théâtre national de Taipei va également produire Les Écorchés que je vais mettre en scène et qui sera un diptyque formé de La Dispute de Marivaux et de Manque de Sarah Kane. Enfin, j’ai un projet ambitieux avec le compositeur eRikm et Catherine Jaugniaux pour adapter Les Shadoks.

Que représente pour vous Marseille Provence 2013 ? Qu’en attendez-vous en tant que citoyen mais aussi en tant qu’artiste ?
C’est un projet qui, je l’espère, permettra de sortir Marseille et son monde culturel et politique de son inertie chronique. Nous en avons bien besoin. Je n’ai pas proposé de projets dans ce cadre car j’étais déjà pas mal occupé avec les miens à l’étranger. Il m’est déjà difficile de développer des outils, de se structurer localement, alors… Je dois d’ailleurs vite retourner au théâtre.

Propos recueillis par Guillaume Arias
Photo : Woyzeck par Hsu Ping

Woyzeck de Karl Georg Büchner par le Théâtre de Ajmer :
- Jusqu’au 28/01 au Théâtre de la Minoterie (11 rue d’Hozier, 2e). Rens 04 91 90 74 28 / www.minoterie.org
- Le 1/02 au Théâtre Antoine Vitez (29 Avenue Robert Schuman, Aix-en-Pce). Rens. 04 42 59 94 37 / theatre-vitez.com

[24 jan 2012] Salves par la Cie Maguy Marin

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Comment je me suis disputé…

Une création de Maguy Marin est toujours un petit événement. Programmé tour à tour au Pavillon Noir, au Merlan, à Cavaillon et à Châteauvallon, Salves ne déçoit pas.

A 59 ans, Maguy Marin reste la plus jeune des chorégraphes. Alerte avec l’actualité, elle sait transposer mieux que personne le langage des mots sur le langage du corps. Dans une gestuelle proche du mime, les mains tendent un fil invisible qui dessine l’espace et introduit les interprètes un à un, à la manière d’un générique de film qui annonce le premier acte. Et toujours à la manière du cinéma, l’action s’accélère, entrecoupée de noirs écrans qui figent le geste dans une photographie. Tantôt constructeurs, tantôt déménageurs et bientôt casseurs, les individus subdivisent l’espace en micro trajectoires, s’affolent à la manière des électrons chauffés par un chiffon de laine, et le grand bordel annoncé devient une image du monde vomissant ce qu’il a jadis chéri. Cherchant inlassablement du nouveau pour alimenter l’entertainment, les chaises se brisent dans une bascule arrière, des planches volent dans le noir, une femme se fait flasher par une rafale de peinture… On remonte le temps à la rencontre de Buster Keaton, là où le danger est permanent parce que le corps devient un acrobate hors norme. La fiction de Salves, c’est ce mouvement perpétuel entre une destruction méthodique du théâtre (la scène) et l’hystérie des hommes. Une concentration folle d’énergie dans le bonheur et l’horreur d’une attraction/répulsion jusqu’au Big Bang et la vision éclairée d’un hélicoptère portant la statue de Jésus. L’hystérie des hommes, c’est cette imagination débordante à inventer des technologies sophistiquées et de toujours croire en Dieu.

Karim Grandi-Baupain

Salves par la Cie Maguy Marin était présenté au Pavillon Noir (Aix-en-Provence) du 12 au 14/01, les 20 & 21/01 au Théâtre du Merlan et le 24/01 au Théâtre de Cavaillon.
Prochaines représentations : les 3 & 4/02 à Châteauvallon (Ollioules, 83). Rens. 04 94 22 02 02 / www.chateauvallon.com

[24 jan 2012] La Divine Humanité : Le Cœur du sage de Lionel Briand par la Cie Les Oiseaux, au Théâtre de Lenche

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Les vies de Briand

Au Théâtre de Lenche, la compagnie marseillaise Les Oiseaux explore notre Divine Humanité à travers une trilogie burlesque et musicale, dont le dernier volet nous emmène au Moyen Âge.

Après Confucius dans Le Masque du singe et Jésus dans Le Fils de l’homme, on avance dans l’Histoire avec Le Cœur du sage jusqu’à la troisième croisade. Ces épopées, riches en disciples, soldats et éminences en tout genre, sont servies par un seul comédien. A l’aide de masques et de costumes réversibles, Lionel Briand multiplie les rôles et les registres avec une aisance et une énergie qui tiennent de la performance. Le religieux distrait, le roitelet inconséquent, l’espionne séductrice… Chaque personnage est un numéro à part entière. Le musicien, Patrick Ayala, s’adapte aux différents univers, en jouant entre autres du oud ou de la cithare chinoise. La Divine Humanité aborde le sacré avec une irrévérence potache : le rap des Dix Commandements, une tête de Jean-Baptiste sortie d’un film d’horreur à petit budget… La complicité des interprètes gagne d’emblée le public, qui vibre avec eux de bout en bout.

Capucine Vignaux

La Divine Humanité : Le Cœur du sage de Lionel Briand par la Cie Les Oiseaux : jusqu’au 28/01 au Théâtre de Lenche (4 Place de Lenche, 2e). Rens. 04 91 91 09 28 / www.theatredelenche.info

[24 jan 2012] Chouf Ouchouf de Zimmermann et de Perrot par le Groupe Acrobatique de Tanger, présenté au Théâtre du Merlan

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Attention Tanger !

Ou la rencontre improbable et explosive entre un duo de mécaniciens suisses et une jeune troupe tangéroise, plongée dans le quotidien d’une société marocaine assoiffée de vie, de liberté et de nouveauté.

On prend vite goût à l’excellence… D’où l’inévitable déception quand elle n’est pas au rendez-vous, un peu comme avec la dernière création des deux hurluberlus Zimmermann et de Perrot. Pour une fois, le duo n’est pas sur scène, cédant la place au Groupe Acrobatique de Tanger. Les jeunes Marocains jouent en quelque sorte leur propre rôle, celui d’une jeunesse exubérante et révoltée dans une société oppressante. La troupe s’en fait l’écho, joyeuse, modeste et généreuse, et les acrobaties s’avèrent parfaitement maîtrisées. Contrastant avec les précédents spectacles du duo, la mise en scène est des plus sobres et le décor se résume à un mur. Tanger se met en mouvement, le décor s’anime, le mur avance, se décompose, devient pilier, ruelle, toit, cachette, sous les cris et les chants arabes. Dans ce dédale, la population passe de l’agitation à l’immobilité. Les corps, inépuisables et bondissants, alternent pyramides, portés et pirouettes, avec des moments calmes, plus proches du théâtre, où les morceaux du mur inspirent aux deux créateurs quelques belles trouvailles. Des effets « maison » et un savoir-faire irréprochable nous offrent de jolis tableaux, teintés d’émotion et d’humour. Chouf Ouchouf ! Regarde et regarde encore les jolis tableaux et les beaux saltos ! Les voltiges épatent certes, mais les acrobates, à l’aise dans tous les sens, le sont moins dans la peau de comédiens, et la barrière vers le monde du jeu est difficile à franchir. La mise en scène si discrète et respectueuse de la troupe de rue est presque trop légère. Les scènes s’enchaînent et se succèdent sans nous emporter au passage. Tchou(f)-tchou(f), le train passe, mais parfois, on reste à quai.

Texte : Yves Bouyx
Photo : Mario Del Curto

Chouf Ouchouf de Zimmermann et de Perrot par le Groupe Acrobatique de Tanger, était présenté au Théâtre du Merlan du 11 au 14/01

[24 jan 2012] Cabaret New Burlesque présenté au Théâtre du Gymnase

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Faites Tournée

Vous les avez sans doute découvertes l’été dernier grâce au dernier film de Mathieu Amalric. Justement en Tournée, les filles (et l’homme) du Cabaret New Burlesque se sont offertes à nos yeux, (très) en chair et en os…

En Madame (pas très) Loyale, Kitten on the Keys présente le cabaret, avec ses quatre « filles » et l’appétissant Roky Roulette. Sa spécialité à elle, ce sont les blagues salaces et, comme son nom l’indique, les petits chats… Elle donne le ton d’emblée : la soirée promet d’être chaude et loufoque.
S’ensuit alors un défilé de numéros, assez inégaux mais tous bourrés d’humour. Belle blonde platine aux seins généreux, Mimi Le Meaux sait faire tourner ses nippies (cache-tétons) comme personne et son popotin à la tahitienne d’une façon fort enthousiasmante, tandis que le show de Dirty Martini se veut beaucoup plus rock’n’roll et subversif. Voilà donc des Américaines qui savent se moquer de leur pays et de ses exagérations. En témoigne ce grand moment de bravoure où la plantureuse créature, transformée en figure tutélaire de la justice aux couleurs yankees, termine son numéro en sortant des dollars de son slip et son majeur au son de l’hymne national ! Certes, les filles de ce Cabaret New Burlesque ne font pas dans la dentelle, mais pour ce qui est de l’efficacité du message, elles en connaissent un rayon !
Mention spéciale à Julie Atlas Muz qui, après un passage avec une Main fort coquine (celle de la famille Adams), développe un numéro à partir du traditionnel ballon, mais à l’intérieur de la bulle, ajoutant au spectacle une dimension poétique que la salle a particulièrement applaudie. Enfin, saluons Evie Lovelle, la plus glamour, la plus excitante aussi, sosie parfait de la Girl de Tex Avery.
Si certains regrettent l’ambiance enfumée d’un vrai cabaret, on peut cependant constater que le théâtre à l’italienne se prêtait tout aussi bien aux excentricités de nos belles. Et si l’on peut également déplorer les tarifs élevés (et l’affluence) qui ont empêché de nombreux Marseillais de se délecter de ce show hors du commun, remercions le Théâtre du Gymnase de nous avoir offert de si belles soirées. Et souhaitons aux autres de le découvrir un jour, pourquoi pas en juin au Théâtre de l’Olivier ?

Joanna Selvidès

Cabaret New Burlesque était présenté au Théâtre du Gymnase du 10 au 21/01.
Le spectacle reviendra les 8 et 9/06 au Théâtre de l’Olivier (Istres). Rens. 04 42 56 48 48

[24 jan 2012] Agences de Conversation du collectif d’artistes Ici-Même

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L’ABC d’Ici-Même

Depuis quelques mois et jusqu’en 2013, le collectif d’artistes Ici-Même (Grenoble) investit les rues de Marseille avec ses Agences de Conversation. Pour en savoir plus et, si vous tombez sur eux, pouvoir participer, voici un petit abécédaire de conversation en milieu urbain.

Agence de conversation. Deux membres du collectif, une table et trois chaises pliantes. L’un des deux artistes se propose de discuter avec les passants qui en ont envie tandis que l’autre retranscrit la conversation à la machine à écrire. Le dispositif est simple et facilement transportable dans tout lieu de présence et de circulation urbaine. Ainsi, à Marseille, on a vu Ici-Même s’installer — toujours à l’improviste — aussi bien à la gare Saint Charles, que sur le Marché du Prado, la plage des Catalans, l’avenue de la Capelette ou à la Belle de Mai…

Bavarder. Bavarder ? Là, comme ça, dans la rue, entre inconnus ? Pourquoi pas… Mais que peut-on se dire ? C’est là tout l’intérêt…

Constellations. Projet que le collectif propose à Marseille tout au long de l’année en association avec le Théâtre du Merlan. Agences de conversation, randonnées urbaines, marches nocturnes, ballades en aveugle (appelées « concerts de sons de ville »), bivouacs… Autant de dispositifs qui permettent à tous d’expérimenter la ville à travers des territoires sensibles et une temporalité autre. Ce travail a débuté en 2011 et se poursuivra de manière souterraine à Marseille ainsi que dans d’autres villes pour surgir de façon plus visible en 2013.

Dérive urbaine. « Passage hâtif à travers des ambiances variées. » Telle est la définition qu’en donnait Guy Debord quand il concoctait ses procédés situationnistes. Les Agences de conversation s’en inspirent pour inventer une autre sorte de dérive : celle de la parole dans le paysage des mots. Au milieu des gens, dans l’espace public, la conversation naissante dessine une trace à la fois éphémère et unique.

Élections. Les Agences de conversation ont été créées entre les deux tours de la présidentielle de 2002… comme une réplique au choc subi. Comment en sommes-nous arrivés là ? Nous sommes-nous assez parlé ? Nous connaissons-nous vraiment ? C’est ainsi que les Agences sont nées, tels des activateurs de paroles. Et à quelques mois des prochaines échéances électorales, les questions se posent de nouveau. Dont acte.

Fabrique. Les Agences sont des fabriques de parole mais aussi des fabriques d’écrits, toute conversation donnant lieu à un texte. Il ne s’agit pas d’une transcription exhaustive, mais d’une collecte de traces : celui qui tape à la machine n’attrape qu’une phrase, une expression ou un visage qui passe. Le texte composé sera ensuite affiché ailleurs, dans un autre quartier de Marseille ou bien dans une autre ville, pour faire voyager la parole.

Grenoble. Lieu de naissance du collectif, même si au fil des années et des voyages, celui-ci a essaimé, et particulièrement à Marseille où il compte désormais une dizaine de complices.

Ici-Même.
Collectif d’artistes à géométrie variable (entre trois et trente membres) créé en 1993. Son but est d’interroger la ville, de l’investir comme lieu d’expérimentation entremêlant sons, images, objets, paroles et gestes. La pratique artistique du collectif est protéiforme et transversale ; elle croise les approches et brouille les frontières entre les disciplines : jeu d’acteur, création sonore, installation, performance, graphisme, architecture, photographie, écriture, vidéo, sociologie de terrain…

Machine à écrire. Outil de collecte choisi par les membres du groupe malgré leur peu de maîtrise de la dactylographie… La machine offre en effet de nombreux avantages : elle produit des textes « finis », intrigue les passants, les fait parfois rigoler ; elle est aussi un objet qui éveille souvenirs et imaginaires… Quelques beaux exemples : « Au 36 Quai des Orfèvres, il paraît qu’on tape qu’avec un seul doigt. » (Gare Saint Charles), « Ah J’avais la même à l’armée ! » (Avenue de la Capelette), « Sa mère était sténo-dactylo, c’est marqué sur son livret de famille… Mort de rire ! » (Marché du Prado)

Ralentir. Les Agences représentent une tentative de ralentissement de la ville.

Voyage. Les Agences sont itinérantes : les conversations voyagent, elles sont placardées sur les murs d’autres villes, d’autres pays. Depuis un an, Ici-Même les a fait circuler en Europe et en Méditerranée, de Tallinn à Ouarzazate, d’Istanbul à Copenhague, traversant les langues et brouillant les frontières. Cet été, une Agence a même eu lieu en pleine mer sur le Majestic, un bateau ralliant Barcelone à Tanger.

Zarbi ? Peut-être, mais pour se faire une idée et participer, il faudra guetter les manifestations publiques que le collectif organisera ce printemps avec le Théâtre du Merlan.

Aubierge Desalme

[24 jan 2012] Cosette : ça finit bien au Badaboum Théâtre

Ils vécurent heureux…

Avec simplicité et exigence, le Badaboum propose dans sa dernière création, Cosette : ça finit bien, un nouveau regard sur la vie de la misérable fillette. Devant une salle remplie de petites têtes captivées du début à la fin, trois comédiens, une chansonnette, deux notes d’électro et une robe-auberge offrent tous les atours d’une rêverie éveillée.

Fidèle au roman, la pièce débute avec l’abandon de la célèbre petite fille aux griffes de Madame Thénardier la mauvaise, qui l’exploitera jusqu’à ses dernières forces. Mais l’adaptation présentée par Christelle Harbonn quitte rapidement l’univers de Victor Hugo pour livrer une alternative à la souffrance de Cosette : elle aussi a droit à son pays des merveilles ! Une bascule s’effectue alors vers une vie fantasmée — miroir embellissant de sa trop dure réalité — dans laquelle une poupée grandeur nature, sertie de paillettes bleues, et Jean Valjean, un géant parlant le langage des arbres, deviennent ses complices pour l’accompagner dans les tâches ingrates du quotidien. Cette mise en exergue du pouvoir de l’imaginaire rappelle à nos chérubins qu’il existe des issues symboliques aux situations réelles insupportables. Entre Victor Hugo, le poète populaire, et les échappées féeriques des contes de Grimm ou Andersen, la pièce trouve un juste équilibre, qui permet une respiration inattendue dans l’incontournable tragédie. Marianne Houspie compose une croquante Madame Thénardier, ironique, drôle et sadique, du haut de sa robe démesurée. Ce costume-décor place notre toute petite Cosette au pied de sa tortionnaire, symbolisant le point de vue de l’enfant sur un monde qui l’écrase ou le domine bien souvent. Tout est affaire de proportion. Peggy Péneau interprète l’héroïne sur un fil, entre innocence perdue et maturité trop précoce, Pascal Farré s’avérant quant à lui l’homme de toutes les situations, et impressionnant particulièrement le jeune public lorsqu’il joue Valjean perché sur des mini échasses. Avec sa troisième création de l’année, le Badaboum ne laisse pas son public indifférent : les enfants gobent la fiction bouche ouverte, vivant le théâtre comme on ouvre un livre d’images, littéralement sous le charme. Spectateurs implacables, ils sont incapables de tricher : si une scène traîne en longueur, trente corps remuent simultanément ; si l’intrigue les attrape, trente cœurs s’arrêtent de battre. Alors, quand Cosette part seule à la tombée de la nuit chercher de l’eau dans la forêt, les souffles sont coupés, une crise de larme surgit dans le silence, l’angoisse est palpable : la magie du théâtre opère. Mais, bonne nouvelle pour les âmes sensibles, depuis peu, Cosette, ça finit bien…

Diane Calis

Cosette : ça finit bien : du 25/01 au 4/02 au Badaboum Théâtre (16 quai de Rive-Neuve, 7e). Rens. 04 91 54 40 71 / www.badaboum-theatre.com

[24 jan 2012] Etoiles jaunes présenté au Théâtre Off

Voix célestes

Avec Etoiles jaunes, le laboratoire du Théâtre Off lance un appel au devoir de mémoire.

Seule œuvre de fiction répertoriée au « Mémorial de la Shoah », la pièce de Frédéric Ortiz est inspirée de sa rencontre, fortuite, avec Ruth Freschel, Marseillaise enlevée à sa vie, jetée aux Baumettes et déportée à Auschwitz via Les Milles. De cette rencontre, l’auteur a gardé l’émotion première qui pousse à l’écriture et qui semble se confondre en lui avec celle que son père, républicain espagnol, a emmenée dans son exil. Il choisit de raconter la déportation par la voix d’une petite fille et de sa mère, Hongroises fuyant les pogroms que nous suivons dans leur évasion, de leur arrivée à Paris jusqu’à la rafle qui les enverra à la mort. Ainsi, nous assistons à l’évolution de leur situation, ponctuée par les évènements de l’Histoire, annoncés par la radio : la débâcle, l’appel à la résistance. Par leur voix, nous apprenons les évènements qui les touchent au quotidien : l’exode, les familles qui disparaissent, les lois sur le port de l’étoile jaune qui légitiment un antisémitisme ordinaire.
Deux des caractéristiques de l’écriture d’Ortiz paraissent essentielles. La première est que ses mots se tiennent au plus près des actes, des situations et ne s’interdisent pas l’émotion — le pathos, diraient les partisans d’un théâtre cérébral et éviscéré. Ce faisant, il déroule en contrepoint le fil de sa pensée, sans en ficeler son texte. La seconde est qu’il ne dénie ni n’ajoute de dignité à ses personnages, faisant ainsi de l’humanité une valeur absolue indépendante des actes, ou en tout cas au-delà des contingences situationnelles. Au-delà de la mort même, d’où les héroïnes, voix célestes, nous demandent de témoigner.
Ruth Freschel n’a jamais voulu voir la pièce, l’émotion lui rendant insoutenable la douleur du souvenir, mais chaque soir, à l’heure de la représentation, chez elle, elle lisait le texte qu’un homme, Français d’origine espagnole, faisait dire pour elle, Française de confession juive, par une petite fille hongroise. Vous avez dit identité ?

Frédéric Marty

Etoiles jaunes : du 2 au 23/02 au Théâtre Off (14 quai de Rive Neuve, 7e).
Rens. 04 91 31 13 33 / www.theatreoff.com

[14 déc 2011] Bilan Théâtre 2011

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Moi et mon cheveu par la Cie La Part du Pauvre
Du 10 au 18/02 aux Bernardines et du 7 au 9/07 au Gymnase dans le cadre du Festival de Marseille
Reprenant des textes de Marie-Louise Bibish Mumbu, Eva Doumbia plonge dans les racines de l’émancipation féminine noire en décortiquant l’histoire du cheveu crépu. La pièce commence dans les loges où des femmes se tressent en se racontant mille histoires, qui finissent par n’en devenir qu’une. Car sous les tresses ou les perruques se cache une histoire commune, celle d’un peuple, de sa mise en esclavage, de sa colonisation, de son exil. Pour la découvrir, on s’installe alors dans la salle où danses africaines, chants brésiliens, textes et vidéos sont de mèche pour un cabaret capillaire explosif. Femmes noires et métisses, libérez vos cheveux et assumez vos différences !

A sec de François-Michel Pesenti par le Théâtre du Point Aveugle
Du 17 au 24/02 à la Cartonnerie et du 22 au 26/07 aux Bernardines
Sur un plateau presque désert, six hommes et femmes vont construire leurs personnages. Tous dans la force de leur âge, ils ont le regard qui brille, la voix qui clame, le cœur asséché de larmes mais toujours plein de désir, tandis que le nôtre se gonfle d’une émotion devenue trop rare. Tableau vivant sans narration, enfer dantesque où se débattent dans un rythme souterrain des hommes désespérés qui taisent tout autant leurs espoirs qu’ils crient à la gueule de l’autre leur amour solitaire, A sec évoque une histoire de l’humanité faite de fuites et de suites… Une pièce viscérale et aride à la fois, en un mot : vitale.

Cheval d’Antoine Defoort & Halory Goerger
Du 3 au 5/03 au Théâtre du Merlan
En collaboration avec Halory Goerger, le doux dingue bruxellois Antoine Defoort livre une performance délirante en forme de vaste blague. Fait de ficelles, au sens propre comme au figuré, et de « ricochets », s’amusant des concepts qui peuplent les discours de l’art aujourd’hui, le spectacle livre en creux une critique des dispositifs scéniques, et surtout du jargon « interactif » et « multimédia », utilisé à tout bout de champ. Ainsi se déploient des stratagèmes home made et old school, faisant du raté une posture presque revendiquée. Une source naturelle de bonheur bien frais.

Jr (Me, Myself and I) d’Olivier Maltinti par le Collectif Kati Bur
Du 5 au 7/05 au Théâtre de la Minoterie et jusqu’au 17/12 aux Bernardines
Décadent et cynique, politiquement incorrect et jubilatoire, le dernier spectacle d’Olivier Maltinti nous offre les dernières heures d’un capitaliste tout droit sorti de Dallas. Autour d’une simple question — A qui léguer toute sa fortune pour emmerder le maximum de gens ? — Junior dévoile toutes les turpitudes de sa vie très « Sex, drugs and rock’n’roll » dans une mise en scène qui marie intelligemment théâtre et musique. L’excès et les outrances tout comme la déchéance et la rédemption font de cet anti-héros un personnage attachant et cruel qu’on adore détester.

Cucinema par la Cie Laika et le Circo Ripopolo
Du 6 au 9/06 à la Cartonnerie
L’installation par table de six achevée, nous sommes happés par le démarrage d’un film muet à la façon des années 50 ; le spectacle peut enfin commencer… Soudain, les acteurs déchirent l’écran et le service prend vie sous nos yeux, tambour battant. Défilent les plats et des créations aussi inattendues que délicieuses. La cuisine sur deux étages cache d’infinies trouvailles et machines fabuleuses, transformant les aliments bruts en véritable festin pour les sens. Une performance truculente, esthétique et culinaire, que l’on déguste autant avec les papilles qu’avec les yeux.

Le Cid de Jules Massenet
Du 17 au 26/06 à l’Opéra de Marseille
A point nommé pour faire taire de bien malvenues critiques, Le Cid clôturait en beauté la saison lyrique avec Roberto Alagna, et une retransmission dans plus de trente pays. Captées par les caméras de Mezzo et les micros de France Musique, ces représentations étaient attendues avec le frémissement qui précède les grands rendez-vous. L’attente ne fut pas vaine, le duo formé par le ténor et Béatrice Uria-Monzon, au niveau duquel se montra Kimy McLaren en délicieuse infante, remporta brillamment l’adhésion des publics et vient même d’être élu « opéra de l’année » par les abonnés de la chaîne classique.

Le Quai des oubliés par le Théâtre Dromesko
Du 16 au 23/07 dans le cadre du festival Villeneuve en scène
Sous un chapiteau, Igor Dromesko met en scène un « cyclone ferroviaire ». Sur un quai, un violoncelliste débonnaire accompagne les fantaisies de trois voyageurs tandis qu’un cheminot zélé défend une certaine discipline. Paroles vives, ombres et hurlements des trains qui passent rythment les séquences. Les corps se chevauchent et s’insinuent : le dépit se glisse dans un tango jaloux et la tristesse se fond dans la consolation. Vibration, raideur, frénésie : le choc a son langage et le spectateur est saisi. Déplacements cocasses du caméléon, du singe et du paresseux… : le rire est aussi de la partie. L’inventivité de ce théâtre dansé nous fait sentir combien l’humour et la poésie partagent la même parenté.

Parlement (L’Encyclopédie de la parole) de Joris Lacoste
Les 13 et 14/09 à la Criée dans le cadre d’actOral
Attention, immense actrice : Emmanuelle Lafon fait de Parlement, performance satellite du projet Encyclopédie de la Parole de Joris Lacoste, un véritable one woman show… Dans un rythme haletant, elle part en vrille, glissant sans complexe d’un univers à l’autre grâce à un savant montage élaboré entre autres à partir de conversations quotidiennes, de dialogues de films, de spots de pub… Le tout dans une volonté de recenser de façon exhaustive tout ce qui relève de la communication verbale, créant souvent des coïncidences loin de tout hasard et généreuses de polysémie. Un slam archi contemporain et chic, drôle, affûté, plus qu’(im)pertinent.

Festival Préavis de désordre urbain
Du 19 au 24/09 à Marseille
Pour sa cinquième édition, le festival questionne la cartographie urbaine et sociale de Marseille. Durant une semaine, une cinquantaine d’artistes du monde entier envahissent la ville en y insérant des micros territoires d’expériences artistiques. On croise ainsi, au détour d’une rue, une lavandière dans une fontaine, un homme à tête d’œufs, une femme enceinte d’un poisson rouge ou des corps nus entremêlés. Des performances inattendues et déroutantes, loin de la culture formatée et marchande, diffusées directement dans le quotidien. Un festival qui perturbe, interroge et interpelle, où l’art vient à la rencontre du spectateur, et se fond avec le public.

Petit Pierre par la Cie Et Compagnie
Le 15/11 au Théâtre Antoine Vitez/ Aix
Au départ, un dispositif scénique intrigant, fait de plaques en alu dressées sur des tiges entre lesquelles circule une comédienne endossant plusieurs rôles. A l’arrivée, un véritable manège de bric et de broc finalement sophistiqué et des spectateurs sous le charme. Inspiré d’une histoire vraie, Petit Pierre met en parallèle la vie de Pierre Avezard — inventeur et artiste en herbe au physique disgracieux —, ses œuvres et des images d’archive de guerre à l’aide de découpages, de pliages d’objets et de projections. Face au progrès technique, la nature a encore son mot à dire, comprend-t-on. Et c’est tant mieux.

Crédits photos :
Franc?is Blaise
Amicale de production
Philippe Gromelle Orange
Christian Berthelot
Laurent Marro
Yann Marquis
Non Grata
Phile Deprez

[14 déc 2011] Bilan Arts du geste 2011

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Gare centrale par la Cie Grenade
Du 13 au 15/01 au Pavillon Noir (Aix-en-Provence)
Dans un hall de gare, douze danseurs, des annonces, des bruits d’ambiance, l’attente et l’ennui. Les corps se cherchent, se rencontrent et se découvrent. Des mouvements mécaniques au son des messages de la SNCF, puis l’agitation devient chorégraphie jubilatoire quand la musique de Bach fait exulter les corps. Mêlant brillamment hip-hop, danse contemporaine et classique, avec une fraîcheur et une joie communicative, Josette Baïz exprime, dans une chorégraphie riche et métissée, les états d’âme des voyageurs, passant de la chaleur d’une rencontre au désœuvrement d’une solitude au milieu de la foule.

32, rue Vandenbranden par Peeping Tom
Du 3 au 5/02 au Théâtre du Merlan
Peeping Tom, c’est l’aventure d’un collectif qui revisite le quotidien pour le transposer dans des situations incongrues : le huis clos du jardin, l’exiguïté du salon, les fantômes du sous-sol et ici, le grand froid de l’Antarctique. Une manière de dire que même sur les territoires vierges, il existe une condition humaine avec ses querelles de voisinage, ses histoires d’inceste, ce regard méfiant sur l’étranger et la précarité du quotidien. Peeping Tom, ce sont les enfants d’Alain Platel et de Jan Lawers, le cri caustique d’une Belgique qui s’attaque aux problèmes dans un regard décalé et outrancier, parce que dans le grand froid, on met les mains dans le slip.

Nice night for an evening de Peter Shub
Les 6 & 7/05 au Daki Ling dans le cadre du Festival Tendance Clown #6
Peter Shub n’en est pas à son coup d’essai, bien que son nom résonne comme celui d’un illustre inconnu. De nombreuses collaborations et une reconnaissance par ses pairs en font même une référence en la matière. Ses axes de travail s’orientent vers la comédie, l’humain, l’improvisation et les rythmes du théâtre. Puisant dans ses expériences personnelles, le clown américain nous livre ici un solo loufoque et autobiographique sur la peur, la déception et le destin des objets qui font notre quotidien. Promener une laisse abandonnée, se suicider contre son gré… ou l’art de provoquer des situations embarrassantes et de s’en sortir maladroitement, de manière hilarante.

Singularités ordinaires par le GdRA
Du 5 au 7/05 au Théâtre du Merlan (et les 16 & 17/12 à Châteauvallon)
Le collectif d’artistes singuliers — un anthropologue, musicien et chanteur autodidacte ; un acrobate, danseur et voltigeur ; et un comédien bonimenteur — met en scène trois récits de vie à travers des bouts de films et extraits d’interviews. On découvre Arthur, 86 ans, musicien-guérisseur dans le Quercy rural, Wilfride, 64 ans, danseuse étoile retraitée de l’Opéra de Paris, et Michèle, 41 ans, pilier de bar « malvenue ». Alliant leurs techniques mutuelles, ils se font les passeurs de ces trois histoires exceptionnelles et ordinaires à la fois, créant, à travers une écriture foisonnante et inventive, un théâtre d’idées autant que de mouvements, de mots autant que de musique.

Mayday, Mayday, Mayday, This is… par le Ballet National de Marseille
Du 11 au 14/05 au TNM La Criée
Le BNM revient ici sur la catastrophe de Fukushima et propose aux danseurs un travail dans l’urgence où la gestuelle et le choix des costumes touchent à l’affectif. Le groupe se disloque et se resserre à la manière d’une tribu qui jongle entre peur et euphorie. La danse posée s’abandonne à des actes désordonnés qui, dans un élan de panique, nous dévoilent une énergie nouvelle. On est encore loin de l’intervention du scénario et du dialogue sur un corps qui tente de nous ressembler, mais on s’en approche. Le BNM continue lentement sa mue et commence à ressembler aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui.

Nearly 902 de Merce Cunningham
Les 21 & 22/06 à la Salle Vallier dans le cadre du Festival de Marseille F/D/Am/M
Dans une scénographie épurée jusqu’à la seule projection de lumières colorées, cet ensemble de duos ne forme plus qu’une seule et même pièce, la dernière œuvre maîtresse de l’artiste le plus important de la danse contemporaine du XXe siècle. Faisant de la géométrie de l’espace la pierre angulaire de sa danse, Cunnningham déploie sur le plateau ses infinitésimales combinaisons de gestes qui, assemblées en un tourbillon sonore, nous emmènent dans un « ailleurs » intemporel. La minutie des interprétations et le foisonnement des compositions chorégraphiques donnent à voir un chant du cygne qui s’élève jusqu’à la perfection avec une étrange sérénité.

Small Is Beautiful
Du 5 au 16/10 à Marseille, Aubagne et Martigues
Avec cette cinquième édition du festival de création en espace public, Lieux Publics a frappé fort. Non contentes de faire appel à tous les registres du spectacle vivant, les œuvres et performances présentées font preuve d’une grande créativité et clament, en manifeste, que l’art doit rester partout, même — et surtout — dans la rue. Les spectateurs, ébahis, croisent des danseurs sur des tracteurs, participent à une balade sonore ou à la construction d’un gigantesque phare. Au regard de la motivation des équipes présentes et de l’écho favorable reçu auprès du public, on se réjouit déjà de la prochaine édition préfigurant celle, capitale, de 2013.

S’approcher et Mahalli de Danya Hammoud
Le 23/10 à la Chapelle des Pénitents noirs (Aubagne) et les 2 & 3/11 aux Bernardines, dans le cadre de Dansem
Danya Hammoud vient d’un pays en guerre, d’une terre rendue stérile par l’enlisement de ses oppositions, le Liban. Alors, elle décide d’oser et de S’approcher de ce qui pourrait bien changer son monde, si fragile et si féminin… Ne se contentant guère de revisiter son héritage culturel à la lunette de la danse contemporaine occidentale, avec Mahalli, elle invente plus qu’une danse : un autre monde. Résolument femme, elle a choisi le bassin de son corps comme origine de tout mouvement et de tout déplacement. De lascifs, ses gestes deviennent alors une oscillation de plus en plus ample, animale et puissante. Une ode à l’amour, comme un cri face aux déchirements du monde.

Nei Volti (Dans les visages) de Virgilio Sieni
Les 17 & 19/11 au Théâtre du Merlan dans le cadre de Dansem
Repenser aux personnes qui l’entourent, décrypter leurs gestes, les inviter à se rencontrer, ressentir leur présence et partager leur résistance, tel est ici le dessein du Toscan. Une intention décelée, des traits dessinés, des pas esquissés pour cette chorégraphie contemporaine qui appelle à la mémoire du geste, celui du quotidien. En quatre temps, comme une valse, le danseur et chorégraphe rend le banal onirique et le labeur léger, des visages évoquant la mémoire et les pages de Bach ou de Telemann soulignant les différents moments de la scène. Tout se concrétise et se lie quand, in fine, il retrouve sur scène Jean Berthet, 90 ans, ancien résistant et déporté à Buchenwald.

Exposition universelle de Rachid Ouramdane
Le 9/12 à la Minoterie dans le cadre de Dansem
Le corps figé sur un petit socle tournant, Rachid Ouramdane se fait accompagner sur scène du musicien virtuose Jean-Baptiste Julien, mais aussi de métronomes et de caisses réceptacles de portraits vidéo. Endossant tour à tour différentes identités avec force costumes et maquillages, le chorégraphe résolument engagé laisse le spectateur s’emparer des images de notre inconscient collectif, rapidement balayées l’une par l’autre, ne se satisfaisant jamais du confort d’un symbole univoque. La pièce est d’une hyper actualité déconcertante, où la danse puissante et toujours en métamorphose porte en elle l’enjeu politique identitaire et l’imminence des totalitarismes.

Crédits photos :
Josette Bai?z
Thierry Hauswald
Anna Finke
Pasquale Juzzolino
Herman Sorgeloos
Florence Delahaye
Artonik
Chris Van der Burght

[14 déc 2011] Ma Chambre Froide au Centre national de création et de diffusion culturelle de Châteauvallon

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Beau travail

Décidément, Joël Pommerat est infatigable. Après une quinzaine de spectacles créés en dix ans, il ajoute, avec Ma Chambre Froide, une corde plus réaliste à son arc.

La boulimie de travail de notre homme n’entache pas la qualité de ses œuvres, comme le montrent les Molières obtenus et, surtout, un succès public toujours soutenu. Cette nouvelle création ne fait pas exception à la règle, bien que d’autres spectacles resteront gravés plus longtemps dans nos mémoires. Comme pour Cercles/Fictions, les spectateurs sont ici rassemblés autour d’une scène circulaire, plongés dans le noir mais bien prêts à dévorer les acteurs de cette Chambre Froide. De même, nous retrouvons avec bonheur l’ingéniosité d’un dispositif qui cherche à surprendre le public par la rapidité avec laquelle objets et acteurs apparaissent et disparaissent sur scène. Pendant deux heures, l’évolution personnelle et professionnelle d’Estelle nous est narrée dans un climat alternant drame et humour. De déboires en victoires, d’enfermements en libérations, Estelle va petit à petit s’imposer dans l’entreprise où elle travaille en dépit d’un entourage et d’un patron plutôt oppressants. Le fil narratif adopté tranche, de par son ancrage dans une histoire plus vraie que nature, avec d’autres œuvres plus abstraites de la compagnie Louis Brouillard. C’est peut-être ce réalisme qui, paradoxalement, nuance la qualité de Ma Chambre Froide, car l’imagination du spectateur n’est pas vraiment mise à contribution. Une voix off guide le en effet tout au long du spectacle, comme si le metteur en scène voulait qu’il se concentre sur les rapports humains bien concrets qui s’étalent sous ses yeux. Ce n’est pas la viande mais le langage qui est parfois cru dans cette Chambre Froide, comme pour mieux nous rappeler qu’une proximité entre collègues de travail peut vite s’instaurer et que le monde de l’entreprise n’est pas l’antre des bonnes manières. Le fantastique n’est toutefois jamais loin. Il revient sous la forme des rêves d’Estelle, qui sont l’occasion de découvrir de surprenants costumes et têtes géantes. Ces pauses, ponctuées d’une musique nostalgique des années 80, permettent au spectateur de s’extraire temporairement du drame pour mieux y replonger ensuite. Il est en effet question de fermeture d’usine, de meurtre, de harcèlement sexuel et… de répétitions d’une pièce de théâtre incomprise de ses acteurs amateurs ! Livrant comme un pied de nez à ceux qui assimilent théâtre et abstraction élitiste voire ridicule, Joël Pommerat en profite donc pour critiquer sur scène les a priori vis-à-vis du théâtre et ceux qui pourraient croire que travail et théâtre sont incompatibles (puisque les comédiens sur scène jouent des employés qui sont de mauvais acteurs). Au final, c’est une histoire bien concrète qui nous est proposée là où l’on ne l’attendait pas.

Texte : Guillaume Arias
Photo : Elisabeth Carecchio

Ma Chambre Froide était présenté du 24 au 26/11 au Centre national de création et de diffusion culturelle de Châteauvallon (Ollioules)

[23 nov 2011] Festival Minots, marmaille et Cie au Théâtre de Lenche

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Allons enfants !

Pour la troisième édition de Minots, marmaille & Cie, le Théâtre de Lenche croise les disciplines pour é(mer)veiller les enfants. Sans accord parental.

La manifestation se décline autour de quatre spectacles. Ouverture du bal en Arizona avec le Western de Massimo Schuster (voir ci-dessus). En écho au spectacle, une exposition à la Bibliothèque du Panier présentera des ouvrages sur le théâtre de papier, mais aussi une partie des impressionnantes collections d’Eric Poirier et Massimo Schuster ; tandis qu’un atelier photographique sur le thème du Far West sera proposé par les Ateliers de l’Image. Avec A pas contés dans la forêt, Christine Fricker et sa compagnie Itinérrances feront se rencontrer mondes rêvés et réels via l’interaction entre une danseuse et la projection d’un court métrage. Le spectacle joue sur ces dualités pour décaler logique et réalité. La manifestation se poursuivra ensuite avec la proposition de l’Anima Théâtre, Le rêve de la Joconde. Du théâtre de marionnettes basé sur un fait-divers : la disparition du chef-d’œuvre de Léonard de Vinci le 22 août 1911. Une aventure rocambolesque à travers l’histoire de l’Art, prétexte à de surprenantes rencontres avec des sujets de tableaux célèbres et à un atelier arts plastiques aux Préau des Accoules. La compagnie Piccola Velocità clôturera la manifestation avec un spectacle tout aussi insolite. S’il est prétexte à une sensibilisation sur les questions environnementales — les abeilles symbolisent les conséquences des mutations climatiques actuelles —, BZZ… se veut avant tout un conte poétique. Une journée découverte, organisée avec le collège du Vieux Port et l’Association de l’Abeille provençale, ainsi qu’une exposition de photographies à la Bibliothèque du Panier, prolongeront ce « buzz ». At last but not least, une journée cinéma en partenariat avec l’association Fotokino dans le cadre de Laterna Magica (voir ci-dessus) complètera ce dispositif où les enfants devraient trouver matière à apprendre, s’émerveiller et s’émouvoir, toutes choses qu’ils savent à merveille transmettre à leurs parents.

Texte : Frédéric Marty
Photo : A pas contés dans la forêt de Christine Fricker

Festival Minots, marmaille et Cie : du 5/12 au 18/01 au Théâtre de Lenche (Place de Lenche, 2e). Rens. 04 91 91 52 22 / www.theatredelenche.info

[23 nov 2011] Western par le Théâtre de l’Arc-en-Terre au Théâtre de Lenche

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Maximo Massimo

Avec Western, Massimo Schuster continue sa visite des grands mythes, des épopées, des chansons de gestes et des sagas, toutes porteuses d’enjeux fondamentaux depuis la nuit des temps. Rencontre avec l’homme qui fait dire des vérités aux marionnettes.

A n’en pas douter, il aime les mots. Tout en évitant soigneusement les grands. Il en concède cependant de bons, en distille de beaux et parle comme quelqu’un qui a l’habitude de les peser. Un petit tour sur le site Internet du Théâtre de l’Arc-en-Terre — hautement recommandable — suffit déjà à en rencontrer de merveilleux. Massimo Schuster y reconnaît par exemple avoir, adolescent, consacré du temps à déplacer des cailloux pour finalement conclure que « sa contribution au changement de la structure du monde a été immense. » Belle façon de dire le dérisoire et le vital qui sont en toute chose, en tout geste. Il dit d’ailleurs que son activité actuelle participe du même principe. Autre mot cueilli sur le site, cette fois à propos de sa dernière création, Western, mais aussi des autres spectacles : « Notre travail s’adresse à un public adulte indépendamment de l’âge du spectateur… » Ce refus de dissocier les publics lui paraît tenir du « respect élémentaire ». Il se garde de théoriser politiquement, mais prend le contre-pied des travers de la société et fait passer les messages dans des formes légères et ludiques : « Ce n’est pas parce qu’on fait les zouaves sur scène qu’on va se dispenser de dire des choses qui ont du sens. » Pour ses spectacles, il collabore non tant avec des techniciens qu’avec des artistes, peintres, plasticiens, musiciens. Ses marionnettes se révèlent donc des œuvres d’art, dont certaines sont visibles dans des musées à Munich ou Palerme. Ce touche-à-tout est aussi photographe, écrivain (il est l’auteur de cinq ouvrages), doubleur depuis peu et « de plus en plus » musicien (« Enfin… je gratte une guitare comme tout le monde »), comme en témoignent ses deux duos avec Paolo Fresu. Avec Western, il nous emmène au Far West, en 1874, pour un voyage au cœur de l’humanité et de l’enfance (certaines représentations ont d’ailleurs lieu dans le cadre de Minots, marmaille et Cie). Rendez-vous au saloon !

Texte : Frédéric Marty
Photo : Daniela Neri

Western par le Théâtre de l’Arc-en-Terre : du 23/11 au 3/12 & du 5 au 10 dans le cadre de Minots, marmaille et Cie au Théâtre de Lenche (Place de Lenche, 2e).
Rens. 04 91 91 52 22 / www.arc-en-terre.org / www.theatredelenche.info

[23 nov 2011] Gardenia d’Alain Platel par les Ballets C de la B au Théâtre du Merlan

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C.R.A.S.H

En association avec le théâtre du Gymnase, le Merlan programme Gardenia d’Alain Platel et Franck Van Laecke. Sur une idée de la comédienne transsexuelle Vanessa Van Durme, sept travestis sexagénaires dévoilent l’intimité de leur passé et repoussent dans un même élan les frontières de la scène et de la représentation.

On comprend mieux chaque jour l’importance de l’œuvre de Pina Bausch sur les artistes d’aujourd’hui. En abordant la danse par le scénario et le dialogue, elle a donné au corps la possibilité de se défaire des pointes et du demi-pas pour épouser le contour des lèvres, le bonheur d’inhaler une cigarette sur scène, de s’autoriser la présence d’un micro, dévoilant les artifices du show. Alain Platel a su mieux que quiconque s’approprier ce patrimoine pour l’emmener dans l’actualité d’une Belgique divisée par la langue et la pluralité de deux cultures. Dans cette contradiction permanente d’un pays qui s’entredéchire, mais reste une nation une et indivisible, la danse trouve un formidable terrain de jeu. Les corps expriment leurs opinions, ils s’entrechoquent dans le désaccord, ils prennent le devant de la scène pour mieux capter la lumière et dire « je » haut et fort. Gardenia s’inspire clairement du Kontakthoff de Pina Bausch et ose prétendre qu’il est possible de survivre à un chef-d’œuvre et d’en prolonger la force brute pour aller chercher dans les recoins ce qu’il reste à dire. L’enjeu n’est pas de trouver de nouvelles formes de représentation, mais plutôt de coller au plus près des besoins de l’interprète. Le corps n’est plus au service du mouvement, il devient le sujet central du synopsis et bouscule le ronflement de l’histoire pour créer un étirement et une intimité qui nous interpellent. Gardenia, c’est le nom d’une fleur qui ne vit qu’un jour, la métaphore du désir d’une jeunesse qui brûle la vie par les deux bouts dans la peur de mourir demain et qui, à l’orée de la vieillesse, compte ses cicatrices et se demande si elle a suivi le bon chemin. Avec le temps, Alain Platel devient lui aussi un référent pour les jeunes chorégraphes : Peeping Tom, Christophe Haleb… A la manière de la peinture, la danse a depuis longtemps abandonné l’idée du territoire vierge et compris qu’abuser du collage et de la réinterprétation est le meilleur moyen de prolonger une histoire sans fin en zoomant sur le particulier pour y découvrir des merveilles cachées.

Texte : Karim Grand-Baupain
Photo : Luk Monsaert

Gardenia d’Alain Platel par les Ballets C de la B : du 13 au 17/12 au Théâtre du Merlan (Avenue Raimu, 14e). Co-programmation : Théâtre du Gymnase.
Rens. 04 91 11 19 30 / www.merlan.org

[23 nov 2011] Festival Laterna Magica à Marseille

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Déchiffrez des lettres

Pour sa huitième édition, Laterna Magica fait la part belle à la lettre, au graphisme et à la photographie — et s’exporte à Paris, via une programmation au Quai Branly.

Créatif, inventif, magique, inédit… Les adjectifs pour qualifier le programme du festival créé par l’association Fotokino ne manquent pas.
« On reste dans une démarche de découverte. On cherche à montrer des choses différentes, qui sortent de l’ordinaire, qui poussent à la curiosité. » Pari tenu, notamment avec l’exposition Le Livre, l’enfant et le photographe, en partenariat avec l’île aux livres de l’Alcazar, qui met à l’honneur les ouvrages photographiques dédiés aux plus jeunes. « Cette exposition est l’occasion de montrer aux enfants qu’un univers différent de la télé ou des jeux vidéos existe. » Ouvrages rares et tirages originaux seront accompagnés d’ateliers et de rencontres avec les artistes Sarah Moon et Katy Couprie.
Tout aussi exceptionnel, le travail du graphiste Ed Fella fait l’objet de pas moins de trois expositions. « Il est encore peu connu ici. Il a participé au Festival international du graphisme et de l’affiche de Chaumont en mai dernier ; on a profité de l’opportunité pour présenter son travail. » Tournée vers la lettre, autant dans sa forme que dans son utilisation, l’œuvre d’Ed Fella est présentée dans une rétrospective inédite. Une soirée cinéma dédiée à la rue new-yorkaise fera suite au vernissage du cipM.
Autres amateurs de lettres, Bettina et Tom Henni dépoussièrent l’alphabet via leur projet Particules Elémentaires. Les lettres prennent vie, se dessinent, créant de nouveaux univers entre image et écrit.
Nouveau venu parmi les lieux accueillant Laterna Magica, le Théâtre de la Criée a donné carte blanche à Fotokino. « On a transformé le hall du théâtre en salle de projection pour Les petites formes. Dans cette “boîte à images” seront diffusés des films d’animations venus du monde entier ». Et le temps d’un week-end, la Criée se transformera en Grand Bazar avec spectacles, projections surprises, installations et interventions d’artistes. De l’image, de l’art, du cinéma, bref, un moment Magica.
Pour les amateurs de cinéma, le Variétés et l’Alhambra se partagent l’affiche entre contes de Noël et création de films d’animations grâce à La Fabuleuse Fabrique du Cinéma. La Baleine qui Dit Vagues accueille quant à elle des « cinés-contes » pour une rencontre insolite entre l’image et la parole vivante.
Nouveau participant également, le WAAW devient lieu de jeu et de création. Le bistrot culturel se transforme en salle de Tombola Fantastica le temps d’égayer un samedi hivernal et prête ses murs à Pixel Apparition, une fresque collective haute en couleurs imaginée par Yassine du collectif l’Articho. On peut d’ailleurs retrouver la fine équipe d’illustrateurs au Lièvre de Mars pour une exposition inédite.
At last but not least, des ateliers parsèmeront comme à l’accoutumée les différentes propositions artistiques : « C’est une excellente occasion de découvrir davantage l’univers des artistes et de comprendre leurs œuvres. » Le Studio — nouvel antre de Fotokino depuis octobre (voir Ventilo # 286) — en accueillera une grande partie.

Texte : Aileen Orain
Photo : My… My… de Lei Lei dans le cadre Des Petites formes

Festival Laterna Magica : du 24/11 au 24/12 à Marseille.
Rens. 09 81 65 26 44 / www.fotokino.org

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L’Interview : Fotokino
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A l’occasion de son rendez-vous d’hiver, l’association Fotokino revient avec nous sur ses nouveaux partenariats, futurs projets et ces petits trucs en plus qui font de Laterna Magica un festival incontournable.

Pour cette huitième édition de Laterna Magica, Fotokino possède son propre lieu, le Studio. En quoi cela change-t-il le déroulement du festival ?
Cela ne change pas grand-chose au final. Le Studio est un lieu de rendez-vous et joue un peu le point de rassemblement puisque c’est ici que l’on propose une bonne partie des ateliers. Mais on a conservé nos partenariats, car c’est vraiment enrichissant de travailler avec les différents acteurs culturels de Marseille. On a tous l’envie de faire partager au public une même ligne artistique. Et puis, surtout, on a toujours l’envie de travailler ensemble.

Le Théâtre de La Criée fait désormais partie de ces partenaires. Comment s’est déroulée votre collaboration avec ce lieu plutôt classique ?
C’est Macha Makeïeff qui est venue vers nous. Elle nous a donné carte blanche pour le hall de la Criée. Je crois qu’elle avait envie qu’on bouscule un peu l’image institutionnelle du théâtre. Elle a vraiment souhaité que la présence de Laterna Magica soit un temps festif. Non seulement il y a l’exposition Les Petites Formes durant toute la durée du festival, mais nous avons également mis en place un week-end complet d’activités. Et nous devrions en proposer d’autres en 2012.

En parlant d’avenir, Marseille Provence 2013 approche, avez-vous déjà un projet pour cette année-là ?
Oui, on y participe. Cela tombe d’ailleurs très bien que l’on ait trouvé notre lieu, ça va nous permettre de nous roder avant 2013. Nous voulons proposer un Laterna Magica x 10, c’est-à-dire dix mois de manifestations avec une grosse exposition ou un artiste majeur par mois. Nous avons contacté des structures et des artistes de toute l’Europe. On continue notre démarche : aller vers l’inconnu et faire découvrir des artistes rares ou méconnus.

Une façon de travailler qui vous a conduit à Paris ?
Effectivement, Laterna Magica s’expose au Quai Branly durant une semaine. On avait déjà travaillé avec le Centre Pompidou et c’est le musée qui nous a proposé ce partenariat. Ce sont trois artistes que l’on défend depuis longtemps qui ont mis en place l’exposition Au bout du Monde. Jochen Gerner et Isidro Ferrer seront d’ailleurs présents lors de MP 2013. On est heureux de cette démarche, elle apporte une légitimité à notre travail, mais également une reconnaissance auprès du grand public.

Un public toujours plus nombreux et qui rassemble autant de têtes blondes que d’adultes ?
On souhaite que toutes les générations se retrouvent dans le festival. Laterna Magica est le titre d’un livre d’Ingmar Bergman dans lequel il revient sur son enfance. C’est un peu ce que l’on fait avec la manifestation. On s’adresse aux enfants, mais également à l’enfant qui se trouve en chacun de nous. Via les ateliers par exemple, on revient à des choses simples, loin de toutes les technologies, des jeux vidéos, on travaille avec des matières brutes pour créer. On a envie de partager des univers plus magiques et merveilleux ; l’enfant est réceptif, il suffit de lui montrer autre chose et il s’y intéresse. Bien sûr, il faut une démarche des parents. Les ateliers permettent ce rapprochement, il s’agit d’ailleurs des moments privilégiés pour certains.

Propos recueillis par Aileen Orain

[23 nov 2011] Nei Volti (Dans les visages) de Virgilio Sieni

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Portraits dansants

Avec Nei Volti (Dans les visages), le chorégraphe et danseur florentin Virgilio Sieni entre en résistance.

A la table à laquelle le spectateur est convié, l’atmosphère semble bien austère. Tout est noir, quelques sièges et petites consoles s’éparpillent sur les planches du Merlan. Seuls Virgilio Sieni et le flûtiste Giampaolo Pretto occupent l’espace. Un peu mal à l’aise comme invité dans sa nouvelle belle-famille italienne, le spectateur attend les premiers pas de l’un des membres. S’instaure alors un dialogue entre le danseur et le musicien, dont le répertoire oscille entre Bach et le contemporain Salvatore Sciarrino. Les déplacements, les mouvements du danseur, à la fois mécaniques et fluides, s’inscrivent dans la recherche du chorégraphe sur L’art du geste en Méditerranée (un projet de quatre ans en collaboration avec le Théâtre du Merlan), un travail identitaire sur les origines, celles du territoire et de l’homme. « Par ce nouveau travail, je désire m’inspirer de visages de personnes qui ont résisté », précise cette figure de la danse contemporaine italienne.
Peu à peu, le spectateur se familiarise avec chacune des personnes présentes à table : la mère, la fille, l’oncle, le photographe… L’ambiance se fait plus intime quand le danseur accompagne d’objets la poésie de la gestuelle pour fantasmer les personnages et nous offrir des portraits d’hommes, de femmes, des morceaux de vie. Intenses, forts et pleins d’une vie de lutte, les gestes semblent glisser sur la scène. Le spectateur voit les bonheurs et la gravité de ces figures généreuses, à travers les gesticulations de l’oncle qui raconte son dur labeur à la vigne, de la nonna toujours belle malgré ses rides ou encore d’une petite fille qu’on voit rêver et dont on entend le rire… « Ils me prêtent leurs visages, leurs poses, leurs figures, leur lumière et leur obscurité : une pensée qui anime le corps », ajoute le chorégraphe. Il devient alors chacun d’entre eux et ces différentes « façons de résister à quelque chose : non seulement aux guerres, mais aussi dans leurs lieux, dans le soin des exploits, de peu de choses, de la terre, des autres » le façonnent.
De cette rencontre, on retient une invitation au partage, celui du geste et de l’expérience de Jean Berthet (90 ans, résistant et déporté à Buchenwald) qui, par ses poings serrés et la seule présence de son corps en mouvement aux côtés du danseur, éclaire la scène.
Le spectateur repart avec cette main posée sur l’épaule, ce geste de transmission, pour dire « Maintenant tu sais, tu es de notre famille. »
Virgilio Sienni et sa création pourraient très bien être comparés à un peintre et sa toile, mais l’authenticité d’une tablée familiale semble mieux convenir à l’humilité et à la sincérité de ce grand monsieur.

Texte : Christelle Giudicelli
Photo : Pasquale Juzzolino

Nei Volti (Dans les visages) de Virgilio Sieni était présenté les 17 et 19/11 au Théâtre du Merlan dans le cadre du festival Dansem

Prochaines représentations de Virgilio Sieni dans le cadre de L’Art du geste en Méditerranée #2 (Rens. 04 91 55 68 06 / www.dansem.org) :
- Visitation : les 26 & 27/11 à la Bastide de la Magalone (245 bis boulevard Michelet, 8e). Rens. 04 91 11 19 20 / www.merlan.org /
- Mères et filles : les 3 & 4/12 au Théâtre d’Arles (43 boulevard Georges Clémenceau, Arles). Rens. 04 90 52 51 55 / www.theatre-arles.com

[22 nov 2011] Petit Pierre par la Cie Et Compagnie

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Le manège enchanté

Spectacle surprenant, basé sur une histoire vraie, Petit Pierre passe d’un univers abstrait à une matérialisation de la création artistique inspirée de la nature. La vérité sortant souvent de la bouche des enfants, le petit Raphaël a accompagné notre chroniqueur pour commenter la pièce du haut de ses sept ans.

Une comédienne seule sur scène, avec quelques tiges en fer et de mystérieuses plaques d’aluminium : le point de départ rend notre petit compagnon bien perplexe, d’autant que l’actrice Sara Louis commence à cisailler lesdites plaques.
Pendant près d’une heure, nous découvrons l’histoire de Pierre Avezard, inventeur et artiste en herbe, à l’aide d’objets manipulés et de nombreuses grimaces. Il est vrai que Petit Pierre a un physique disgracieux, dû à une naissance précoce, lui faisant endurer les moqueries de garçons de ferme qui le traitent de « tête de vipère ». Un ancrage dans le réel qui retient l’attention de notre chroniqueur haut comme trois pommes : « Tout m’a plu et, en plus, c’est une histoire vraie ! »
La marginalité de Petit Pierre va pourtant l’éloigner des horreurs de la guerre et lui permettre d’aiguiser son sens de l’observation et son goût pour la mécanique du mouvement. A partir de matériaux récupérés au gré de ce que Mère Nature lui donne (pneus, bouts de bois, morceaux de ferraille…), il va construire un manège donnant corps à son imagination débordante. Le résultat, sur scène, fait penser à « un parc d’attractions et à des constructions en lego. »
Outre son émouvante histoire, la force du spectacle réside dans la manière dont est représentée l’évolution de la vie de l’artiste. La matière même des objets représentés rappelle la nature simple de ceux qu’il a utilisés et leur assemblage se réalise en même temps que Petit Pierre grandit avec les spectateurs. Nous quittons alors peu à peu un univers abstrait pour entrer de plain-pied dans une réalité heureuse, quand le manège se construit, ou dramatique, lorsque sont projetées des images des deux guerres mondiales. Des archives qui ne sont pas simplement là pour resituer l’intimité de Petit Pierre dans l’Histoire, mais qui permettent aussi de mettre face à face techniques rudimentaires (le découpage et le pliage) et modernes (le projecteur audiovisuel). Au final, Petit Pierre se révèle bien plus qu’un spectacle « jeune public » inspiré de faits réels ; c’est une ode à la tolérance portant une universalité qui touche aussi les plus grands.

Guillaume Arias

Petit Pierre
par la Cie Et Compagnie était présenté le 15/11 au Théâtre Antoine Vitez (Aix) dans le cadre de Mômaix

[22 nov 2011] De mon hublot utérin, je te salue humanité et te dis blablabla par la Cie L’Orpheline est une épine dans le pied, au Théâtre Gyptis

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Pénélope cherche Télémaque

Dans le cadre du festival dédié à la Méditerranée Mare Nostrum, De mon hublot utérin, je te salue humanité et te dis blabla bla nous emmène dans un périple dans le temps, à travers les dialogues imaginés entre une mère et son fils séparés par l’exil. Une dramaturgie qui n’a pas peur de mettre à la surface les nœuds plus ou moins coulants.

« Mieux vaut mourir mangé par les poissons que rongé par les vers » : telle est la nouvelle devise de la jeunesse algérienne, celle des harragas, qui choisissent l’exil parfois au prix de leur vie1. C’est autour de cette nouvelle figure de la société algérienne que se tisse le drame écrit par Mustafa Benfodil et mis en scène par Julie Kretzschmar.
Après deux étapes de travail présentées à la Friche, la création, magnifiquement rythmée par la danse de Lucas Manganelli, atteint aujourd’hui un équilibre serein. Portée par trois comédiens, la parole de Tariq — le fils exilé, héros de la pièce — trouve son rythme, oscillant entre la clairvoyance cynique de Thomas Gonzalez et la violence rentrée de Samir El Hakim, en passant par la présence toute poétique de Najib Oudghiri. Interprétée par Elisabeth Moreau, la mère, seule, face à la mer, face à nous et à son désespoir, s’octroie enfin une place de premier choix. Par son élocution admirable et sa présence flamboyante, l’actrice nous fait ainsi entendre les subtilités de ce texte si exigeant, tant par sa forme que par son propos. Si le récit tragique est ponctué de références mythologiques, celles-ci évitent l’écueil du vernis parfois trop classieux des écritures contemporaines. Les lumières, la scénographie et la création sonore de Nicolas Gerber font de l’étroitesse de la petite salle des Salins un atout. Les allusions aux techniques de communication modernes qui ponctuent le texte, ainsi que la métaphore du voyage et du parcours font de ce récit à la construction étrange une œuvre admirablement mise en jeu sur le plateau. Une œuvre où le temps n’existe plus, nous engloutissant sans faire naufrage dans les méandres de l’inconscient maternel. Une œuvre de chair et d’âme, moins cérébrale que ce à quoi la compagnie rattachée aux Bancs Publics nous avait accoutumés. Une œuvre sur l’intemporelle et universelle douleur de la mère, sur son amour imprescriptible.

Joanna Selvidès

De mon hublot utérin, je te salue humanité et te dis blablabla par la Cie L’Orpheline est une épine dans le pied : du 8 au 10/12 au Théâtre Gyptis (117 Rue Loubon, 3e). Rens. 04 91 62 52 42 / www.theatregyptis.com

  1. Harraga : mot originaire de l’arabe nord-africain « qui brûlent » (les papiers). Migrant clandestin qui prend la mer depuis l’Afrique du nord, la Mauritanie, le Sénégal avec des pateras (embarcations de fortune) pour rejoindre les côtes andalouses, Gibraltar, la Sicile, les îles Canaries, les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, l’île de Lampedusa ou encore Malte. []

[22 nov 2011] Entremets Entremots au Théâtre du Bois de l’Aune

Mâcher ses mots, Mets pas que…

Un grand chef lyonnais s’invite à la table des saveurs méridionales, quatre comédiens partagent leurs mots : vous êtes bien au théâtre Nono, vous savourez Entremets Entremots. Eclairage par le menu avec Marion Coutris. Et bon appétit bien sûr !

Naissance du projet
Le projet est né à l’intérieur du Styx Théâtre, compagnie composée de grands gourmets et bien entendu de personnes attirées par les mots et l’image. L’idée que nous voulions expérimenter est l’envie de partager des mets et des mots. Et sachant qu’au cours d’un repas, il y a ce double échange de parole et de nourriture, on a voulu utiliser ce moment que chacun a déjà vécu comme élément central, et non plus comme simple élément scénographique. L’idée est donc d’embarquer en même temps et dans un même espace acteurs et public, au rythme de la dégustation des mets.

La pièce en question
Le rythme de la pièce est donné par la succession protocolaire de neuf plats arrivant dans un rituel quasi trivial. Et en même temps, il y a ce rapport au langage, à la poésie, à tout ce que peut véhiculer le fait d’être ensemble. Dans la pièce, la façon dont est construite la parole est très surréaliste, puisqu’on n’est pas dans un dîner où les personnes s’échangent des propos rationnels. Il n’y a d’ailleurs pas vraiment de dialogue entre les personnages et on ne connaît pas les relations entre eux. Dans ce territoire où les choses se confondent, tout n’est pas tendu par une ligne narrative. Il y a des fenêtres ouvertes sur les réactions du public, des petites histoires, des moments de poésie qui composent avec les gens présents chaque soir, et ça joue énormément sur le rapport qui s’installe autour de la table. C’est ce qui fait l’intérêt du spectacle, et c’est ce qui nous met très en fragilité en tant qu’acteurs.

Le rapport au public
Pour le comédien, être au milieu du public génère une grosse remise en question, car on n’a aucune protection. Sur scène, on fait abstraction du public, mais ici tout peut se renverser. On est quatre comédiens au milieu de soixante-dix spectateurs, et le rapport est subtil à tenir, d’autant plus qu’on ne travaille pas sur des numéros d’acteurs, ni sur un côté spectaculaire. On est sur un rapport à la poésie et il faut l’affirmer, sans lâcher prise tout en restant ouvert en permanence à ce qui peut se passer. Et quand on choisit d’interpeller une personne, il faut être vigilant à ce choix. Si on ne le fait pas, on peut créer une gêne, et c’est très déstabilisant pour nous.

Le repas en question
Pourquoi manger ensemble ? La question traverse tout le spectacle. Comme tous les animaux, on a besoin de se nourrir, mais quelque chose de propre à la condition humaine fait que nous suivons un protocole bien spécifique, subtil, même si aujourd’hui il a tendance à se simplifier. La pièce interroge la pratique du repas très convenue dans sa forme sociale et très personnelle en même temps puisqu’elle évoque pour chacun quelque chose d’intime. Il s’y croise des pratiques et des tas de rapports entre les gens, allant du politique au poétique : rapport amoureux, rapport de pouvoir, business, fête, boulimie, anorexie…

Collaboration avec Bocuse
La rencontre avec l’Institut de Formation Bocuse s’est faite par hasard, lors d’une tournée. Les jeunes chefs et les apprentis maîtres d’hôtel ont eu envie de tenter l’expérience, et ils se sont éclatés. L’équipe de restauration n’intervient pas dans la scénographie, mais doit être là en permanence pour servir, ajuster, vérifier les allers et venues des plats et le bon déroulement du dîner.

Entremets Entremots
On a constaté des points communs entre la haute gastronomie et le théâtre comme cette espèce de coup de feu où les choses doivent être là au moment juste. On n’a pas le droit à l’erreur et il faut tout assumer pour que clients ou spectateurs soient satisfaits ; avec ce rapport très fort « ici et maintenant ». Comme les grands metteurs en scène, les grands chefs visent l’excellence, sont très perfectionnistes et très tendus avant ce coup de feu. D’ailleurs, le menu est réfléchi comme une création, en tenant compte de l’endroit où se joue la pièce, de la saison, de la disponibilité des produits locaux, et d’ingrédients susceptibles de plaire au plus grand nombre.

Le plus grand nombre, c’est aussi le nombre de plats. Mais pourquoi neuf plats ? Quelle est la symbolique du neuf ? La réponse dans votre assiette.

Propos recueillis par Yves Bouyx

Entremets Entremots : du 7 au 9/12 au Théâtre du Bois de l’Aune (1 bis place Victor Schœlcher, Aix-en-Provence). 15 € (menu compris). Réservations indispensables au 04 42 93 85 40. Rens. www.agglo-paysdaix.fr

[22 nov 2011] A sec de François-Michel Pesenti par le Théâtre du Point Aveugle

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La force de l’âge

Difficile d’écrire sur ce monstre du théâtre qu’est François-Michel Pesenti… Sa compagnie s’appelle Théâtre du Point Aveugle, mais point de cécité dans A sec.

Il y a quelque chose de vital dans ce que nous avons vu le soir de première, quelque chose d’incroyablement viscéral et aride à la fois, qu’on serait en peine de résumer à un seul mot.
Sur un plateau presque désert, mettant à nu les murs gris de la Cartonnerie, six hommes et femmes vont construire leurs personnages. Six acteurs. Des grands. Dont l’âge fait la force. Ils ont le regard qui brille, la voix qui clame, le cœur asséché de larmes mais toujours plein de désir.
Par les bribes de textes, les phrases discontinues et les interruptions brutales de la parole, on comprend très vite qu’il n’y aura pas de narration. Pas d’intrigue, pas d’histoire. Plutôt un tableau vivant, une sorte d’Enfer où se débattent des hommes désespérés, qui taisent leurs espoirs, mais crient à la gueule de l’autre leur amour solitaire.
Sur scène, des acteurs, enfin dépouillés enfin de personnages. Quatre femmes, deux hommes. Elles sont vieilles, fragiles et fortes en même temps. L’une d’elles, totalement nue mais en mules, la soixantaine replète, va et vient, à petits pas sur le plateau, pour finir par réchauffer ses chairs au grand bec bunsen, comme sous un soleil de plomb. Son oubli est joyeux, sa sénilité, ingénue, presque émerveillée. Surgit alors son complet opposé : maigre, hystérique, le visage émacié, le sein décharné qui s’échappe de sa longue tunique bleue, elle alterne vociférations et silences inquiétants. Deux autres femmes encore, plus douces, partagent la scène. Plus mobiles, ces femmes-enfants ont les discours les plus composés. Elles se réjouissent, sautillent dans leurs ballerines, s’exercent à devenir femmes fatales…
Les hommes, discrets, s’approchent, s’allongent près d’elles, dans la plus totale indifférence. Puis elles aussi s’allongent, mais seulement quand l’homme se redresse : les corps ainsi positionnés, attendant patiemment, évoquent toute une histoire de l’humanité, faite de fuites et de suites…
Parmi ces cœurs asséchés par l’existence, on saluera particulièrement la gamme de jeu et le dynamisme de Marianne Houspie, ainsi que l’imposante présence, à la fois forte et agitée, de Pierre Palmi. On ne pourra malheureusement que rendre hommage au grand Boris Lémant, dont l’absence évoquée par une simple béquille et une lecture faite par le metteur en scène lui-même nous émeut, simplement.
François-Michel Pesenti salue ses acteurs, et nous avec. On ne peut que s’incliner devant l’intelligence, la grâce de cette mise en scène et une prise de risque comme on en voit trop peu au théâtre. On sort troublé, muet, le cœur sans doute trop gonflé d’émotion.

Joanna Selvidès

A sec de François-Michel Pesenti par le Théâtre du Point Aveugle : jusqu’au 26/11 au Théâtre des Bernardines (17 boulevard Garibaldi, 1er). Rens. 04 91 24 30 40 / www.theatre-bernardines.org

[08 nov 2011] Les Rencontres à l’Echelle 2011

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Place à la création

Les Rencontres à l’Echelle amorcent leur sixième édition sous le signe de liens toujours plus forts entre les artistes marseillais et leurs homologues de l’autre rive de la Méditerranée. Un nouveau cru logiquement marqué par le printemps arabe.

Relativement équilibré dans sa programmation, le festival fait tout de même la part belle à l’écriture et offre un focus particulier sur la création égyptienne. L’édition 2011 est d’ailleurs sous-titrée Ana fil midan (Je suis dans la place), message en arabe égyptien que se transmettaient les manifestants depuis la place Tahrir au Caire, au printemps 2011. « Même si ces rencontres ne sont pas basées sur les révolutions qui ont eu lieu de l’autre côté de la Méditerranée, il est logique que ces changements aient marqué le travail des artistes du monde arabe. Une rencontre publique est justement prévue autour de ces questions », indique Julie Kretzschmar, directrice des Bancs Publics.
En témoigne le travail d’Ahmed El Attar. Seul sur scène, il fait partager au public des morceaux de sa propre vie, confiant ses réflexions quotidiennes et narrant les événements de la place Tahrir. Basée sur les archives personnelles de l’auteur, On the importance of being an arab est une performance imprévisible qui se construit sous nos yeux.
Autre artiste égyptien, le réalisateur alexandrin Ahmed Nabil offre un tour d’horizon du cinéma indépendant de sa ville avec Shorts films from Alexandria. Une sélection de courts-métrages réalisés avant les bouleversements et qui montre l’envie de toute une jeune génération d’écrire et produire des films de qualité, détachés de toute influence politique et idéologique malgré le régime autoritaire de Moubarak.
Entre cinéma et photographie, Mehdi Meddaci poursuit quant à lui le travail entamé en 2008 (Corps Traversés), en explorant, avec Ce qui est perdu – un cycle méditerranéen, la mémoire et le temps. Via une triple installation vidéo, il interroge l’exil et le lien entre les deux rives.
Côté théâtre, Sabine Tamisier nous fait partager les émotions d’Héloïse dans Casa Nostra. Jeune fille en mal d’amour, maladroite et timide, Héloïse ne sait plus construire une phrase lorsqu’elle croit être devant LE prince charmant. Les mots s’échappent alors de sa pensée, se bousculant dans un joyeux désordre. Un monologue rafraîchissant qui étonne. Autre thème mais même interprète, Un jour je serai paysanne livre un récit propre à tous les déracinés.
Travail sur l’exil également, Sicilia, de Clyde Chabot, pose les questions dans l’autre sens : pourquoi migre-t-on ? Qu’est-ce qui nous pousse à partir quand nos enfants rêvent de revenir ? Avec Ma Marseillaise, l’auteur et comédienne libanaise Darina Al Joundi narre l’histoire de Noun, jeune femme en route pour obtenir sa naturalisation française. En chemin, elle exprime ses réflexions personnelles, bonnes et mauvaises, sur la France, pays qu’elle a choisi pour être le sien.
En marge de ses contemporains, la poétesse marseillaise Florence Pazzottu s’attache à décrire toutes les violences, de l’agression presque banale d’une femme dans une ruelle au massacre des Tutsis, via un texte d’une rare fluidité (La tête de l’homme).
On quitte les planches pour les ondes avec la performance radiophonique (en direct sur Radio Grenouille) de Maya Boquet, qui nous fait découvrir, avec son invitée Lena Luptakova, les aventures de Lenka Niehanebná, comédienne tchécoslovaque méconnue qui aurait occupé une place déterminante dans l’histoire internationale du jeu d’acteur.
At last but not least, dans la continuité du travail effectué ces trois dernières années, les fameux projets meetic.Med reviennent croiser les disciplines d’artistes des rives nord et sud. « Le but est de les faire travailler ensemble, de les mettre en contact et de voir ce qui peut être créé de cette rencontre. C’est par ces collaborations, par la découverte du travail de l’autre que l’on apprend à se connaître. Il y a un véritable échange, autant entre artistes qu’avec le public. »

Texte : Aileen Orain
Photo : On the importance of being an arab

Les Rencontres à l’Echelle : jusqu’au 3/12 à Marseille.
Rens. 04 91 60 60 00 / www.lesrencontresalechelle.com

[08 nov 2011] Le journal d’un fou au Théâtre Gyptis

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L’espérance folle (Absolument humain)

Pour la nouvelle création maison du Gyptis, Andonis Vouyoucas met en scène Le journal d’un fou de Nikolaï Gogol. Une façon de parler de l’individu, de ce qui le sauve et de ce qui le perd dans sa confrontation avec l’absurde de nos sociétés et de leurs organisations politiques.

« Quand Picasso fait Guernica, il ne propose pas de solutions. Sa sensibilité heurtée produit un constat sur une situation, il crée une alerte, c’est ça, la fonction d’un artiste. » La phrase peut laisser une impression trompeuse. En la prononçant, Andonis Vouyoucas n’exprime pourtant pas une haute opinion de lui-même, mais la conscience aiguë de ce que sa fonction de serviteur des arts — sa mission — lui assigne. Ceci est d’ailleurs tellement vrai qu’à la première question, volontairement très ouverte et sibylline, sa réponse ne va pas vers lui ou vers l’œuvre qu’il est en train de créer ; elle est tout entière tournée vers le monde, le monde comme il va. Forcément, avec de tels sujets, on en revient à l’absurde, à Gogol et à la nouvelle production de la compagnie Chatôt-Vouyoucas. Andonis Vouyoucas parle alors de l’évolution de la place des fous dans la société, de celle de l’absurde dans la littérature, de son amour pour l’œuvre de Beckett, de Tchekhov, du nécessaire besoin d’évasion, par la rêverie ou l’imaginaire, par le théâtre ou même le téléphone portable. Et puis, très vite, il revient aux êtres, aux rencontres, humaines et artistiques, Josette Baïz, Charles-Eric Petit… aux relations que le Théâtre Gyptis entretient avec les artistes et les règles qui le régissent en la matière… Comme c’était déjà le cas avec sa précédente création (Hypatie), il nous sera donné à entendre de la musique en direct (Caroline Oliveros au piano) et du chant, Floriane Jourdain interprétant Massenet, Debussy, Liszt, et disant Pouchkine. Elle incarne la femme idéalisée par Auxence (Hervé Lavigne), l’une de ses folies douces, l’un de ses rêves éveillés. Il était alors tentant de demander où le directeur du Gyptis en était de ses rêves à lui : les vivait-il ? Les avait-il vécus ? « J’ai vécu, je vis, mon désir, ma passion dans le théâtre ; mon rêve, notre rêve, qui était de changer le monde avec l’art, non, je ne l’ai pas vu se réaliser… Mais je le porte encore dans mes rêveries, et celles des auteurs que l’on joue, et comme j’aime la France, j’espère que c’est encore elle qui montrera l’exemple. »

Texte : Frédéric Marty
Photo : F. Mouren Provensal

Le journal d’un fou : du 15 au 26/11 au Théâtre Gyptis (136 rue Loubon, 3e).
Rens. 04 91 11 41 50 / www.theatregyptis.com

[08 nov 2011] L’Avare au Théâtre du Gymnase

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A l’économie

Après les succès du Malade Imaginaire et de Peter Pan, la compagnie Vol Plané est attendue au tournant. Pour la création de L’Avare, Alexis Moati et Pierre Laneyrie jouent la carte de la sobriété : un choix qui en surprendra peut-être plus d’un, mais ne devrait pas décevoir.

L’histoire est connue de tous : obsédé par l’argent, le vieil Harpagon en fait la question centrale de son mariage et se révèle prêt à contrarier les projets amoureux de ses enfants pour garder sa bourse fermée. Comme souvent chez Molière, un jeu de dupes émaillé de quiproquos et de rebondissements comiques traverse la pièce qui, au-delà de l’avarice, interroge également les rapports parentaux, la tyrannie domestique et l’égoïsme. Toute nouvelle adaptation de cette œuvre-phare des programmes scolaires, maintes fois adaptée sur grand écran et sur les planches, peut, au choix, susciter la lassitude ou l’excitation d’un parfum de renouvellement. Celle de la compagnie Vol Plané, qui a surpris son monde avec un Malade Imaginaire participatif et un Peter Pan câblé sur canapé, fait naturellement pencher la balance vers la seconde option. Le choix de L’Avare n’est pas anodin : cette tragédie comique peut être perçue comme le miroir de la comédie tragique que constituait Le Malade Imaginaire. Alexis Moati et Pierre Laneyrie sont aux manettes d’une mise en scène sobre, qui contraint les quatre comédiens à gérer seuls l’ensemble du spectacle pour mieux focaliser l’attention des spectateurs sur leur jeu. Cette radicalité n’est donc pas une véritable contrainte puisqu’elle permet aux acteurs de se dépasser et au public de mieux s’imprégner de la langue de Molière. Nul doute que d’autres surprises nous attendent aux représentations.

Texte : Guillaume Arias
Photo : Matthieu Wassik

L’Avare : jusqu’au 12/11 au Théâtre du Gymnase (4 rue du Théâtre Français, 1er).
Rens. 0 820 000 422 / www.lestheatres.net

[25 oct 2011] Question de Danse

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La danse, sur un plateau

En moins de cinq ans, le rendez-vous est devenu un incontournable pour tous les amateurs de danse. Instructif, populaire et de haut niveau, le programme Question de Danse a décidément tout pour plaire.

Pour la troisième année consécutive, la manifestation initiée par Michel Kelemenis s’unit à ses partenaires marseillais (l’Officina et le Théâtre des Bernardines) pour lever le rideau sur la nouvelle édition du festival Dansem, « entre les nouvelles étendues de KLAP et l’intimité de la chapelle des Bernardines », selon son principal porteur de projet.
Sur un temps fort de dix jours, à raison de deux à trois rendez-vous par soir, ce ne sont pas moins de douze chorégraphes qui viennent mettre à l’épreuve du public leurs toutes dernières créations. Sur le plateau, le public est ainsi convié à voir la danse, puis à s’exprimer, selon un habile jeu de questions/réponses mis en place par le chorégraphe. Ainsi, après chaque proposition, Michel Kelemenis, figure désormais tutélaire de la danse à Marseille avec l’ouverture cet automne de KLAP Maison pour la danse (cf. Ventilo # 287), s’empare du micro, monte sur le plateau — en chaussettes de travail et belle chemise s’il vous plaît — pour prolonger de sa voix feutrée et de son sourire accueillant la rencontre du public avec les artistes.
Populaire, autant par l’accessibilité des tarifs que par l’humanité de la traditionnelle rencontre qui ponctue la présentation de chaque projet, le rendez-vous offre ainsi au public marseillais un tour d’horizon de créations fraîches.
Dans un contexte géopolitique méditerranéen et global, « encore bordé par des interdits et des censures portés à ce qu’exprime, sans mots, le corps dansant », les douze chorégraphes, jeunes mais déjà reconnus, viennent de France, du Portugal, du Liban ou encore d’Afrique du Sud pour donner, chacun à leur façon, une vision dansante d’un monde en mutation. Qu’ils l’abordent par l’exotisme, l’exploration (Davy Brun), le voyage dans le temps (Christophe Garcia) ou la musique (Abou Lagraa, Shlomi Tuizer & Edmond Russo), ils partent à la rencontre de l’ailleurs, pour mieux ressentir ce qu’ils sont : souvent entre deux mondes… L’engagement militant reprend ainsi une place prépondérante dans les préoccupations des chorégraphes, comme en témoignent Danya Hammoud, Mathieu Hocquemiller et Fana Tsahabala, artistes bel et bien connectés à notre monde, quittant la sphère de ceux qui seraient « au-dessus ».
Par l’art du mouvement et l’ancrage dans le résolument sensible, la manifestation suscitera sans doute encore nos questionnements, sans jamais tarir la source du bonheur de (voir) danser.

Texte : PM
Photo : Nathalie Sternalski

Jusqu’au 5/11 à KLAP, Maison pour la danse (5 avenue Rostand, 3e) et au Théâtre des Bernardines (17 boulevard Garibaldi, 1er).
Rens. www.dansem.org
www.kelemenis.fr

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