Haroun

L’entretien | Haroun

L’humour, une affaire sérieuse ? C’est ce que laisse à penser le succès d’Haroun, qui a su séduire les foules avec ses brillantes pasquinades, dans lesquelles le jeune homme au look de premier de la classe pointe les paradoxes et les lâchetés de ses contemporains (les siennes ?) avec l’air de ne pas y toucher. On a profité de son tour des Bouches-du-Rhône (quatre dates affichant complet) pour interroger celui qui prouve que faire appel à l’intelligence des gens, ça marche !

 

 

Avant toute chose, comment ça va ? Pointer les travers de tes contemporains et les contradictions de notre société comme tu le fais, n’est-ce pas un peu déprimant ?

Ça va très bien. Les spectacles ont repris. On ne sait pas pour combien de temps, mais en évitant de penser à trop loin, on prend ce qu’il y a de bon maintenant. Justement, parler des contradictions de notre société en les transformant en blague, ça évite de se morfondre et de déprimer. Le rire nous rend plus fort.

 

Quand on s’est formé au breakdance puis dans une école de commerce pendant cinq ans, comment on se retrouve à faire le pasquin(1) sur scène ?

Par passion. J’ai toujours eu ça dans un coin de la tête et il n’y a pas de chemin classique pour devenir humoriste. C’est un travail personnel qu’on fait souvent en parallèle d’autres choses.

 

Quand on te voit sur scène, on a l’impression que l’humour sert à quelque chose. Mais à quoi donc ?

À se débarrasser de nos pensées inavouables et à dédramatiser la tragédie du monde. La comédie nous prouve que nous serons toujours capable d’affronter notre funeste destinée.

 

Tu sembles ne pas avoir de tabous, est-ce que tu t’interdis des sujets malgré tout ?

De moi et de mon intimité. Ça ne m’intéresse pas et j’ai bien l’impression que ça n’intéresse personne. D’autres savent bien le faire, moi je ne veux pas et de toute façon, je suis moins drôle qu’avec mes sujets de prédilections.

 

L’avant-dernière fois que tu es venu jouer à Marseille, tu as donné ta vision (hilarante) de cette ville « alternative ». Y es-tu revenu depuis, notamment depuis qu’elle est devenue, selon certains magazines parisiens, « la capitale du cool » ? Et tu en penses quoi, de cette ruée de bobos qui s’installent ici ?

J’en pense beaucoup de bien. Je me suis de nouveau baladé dans la « Capitale du Cool ». Les rats sont plus détendus, peut-être parce qu’ils ont fait de bonnes ventes immobilières.
Blague à part, Marseille est habituée aux changements et aux migrations de toutes sortes. Le fait qu’une population arrive en étant active et force de proposition, je trouve ça bien.
En effet, ça sent un peu le bio et le pain aux graines de chia, mais à quand le kebab à l’épeautre ? Il faut de tout pour faire Marseille.

 

En 2017, tu as fait un spectacle éphémère sur l’élection présidentielle. Vas-tu remettre le couvert cette année ?

Non. Pour ne pas déprimer justement. La politique est devenue une comédie. Faire des blagues dessus est devenu un calvaire car il faut s’y intéresser et j’ai l’impression de régresser quand je les regarde.

 

Et quelles seraient tes premières mesures si tu étais élu président de la République ?

Redonner du pouvoir aux gens. Sauf aux imbéciles qui auraient voté pour moi.

 

Propos recueillis par Cynthia Cucchi

 

 

Haroun présentait son nouveau spectacle Seuls le 19/01 à Marseille, le 20 à Aix-en-Provence, le 21 à Miramas et le 22 à Velaux.

Pour en (sa)voir plus : https://www.haroun.fr/

 

 

 

 

Notes
  1. Pasquin était l’un des valets de comédie du théâtre français aux XVIIe et XVIIIe siècles. Haroun n’étant pas amateur de l’anglicisme « stand up », il a donc adopté le terme de « pasquinade », qui donne son nom à sa plateforme d’humour open source pasquinade.fr/(())