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Cinéma

[07 fév 2012] Musique(s), on tourne ! à la Cité de la Musique

La Musique du hasard

Très présente depuis quelques années dans le paysage local de la diffusion cinématographique, la structure Peuple & Culture Marseille nous invite à la Cité de la Musique et au Polygone Etoilé pour deux soirées autour des rapports qu’entretiennent la musique et le cinéma.

cine%20Off%20The%20Road.jpgAu sortir de la seconde guerre mondiale, le réseau Peuple & Culture commence à essaimer en France, bâtissant une utopie libertaire (devenue depuis bien réelle) visant à apporter le savoir, la connaissance des arts, le plaisir et l’utilité de la culture (terme aujourd’hui galvaudé et vidé de son sens) à un public trop longtemps abandonné par les arcanes de l’éducation. La plupart des pratiques artistiques y sont représentées, dont évidemment le cinéma. D’autres structures d’éducation populaire assumeront leur filiation directe à Peuple & Culture, à l’instar des Groupes Medvedkine, via l’implication de cinéastes tels Chris Marker, Joris Ivens ou Jean-Luc Godard, au sein du CCPPO, dans le désir de (re)nouer le lien entre l’ouvrier et la culture. Près de soixante-dix ans plus tard, les modes d’échange ont bien sûr évolué, mais l’implication de Peuple & Culture ne se dément pas, comme le prouve la fourmillante activité du réseau Marseille, pourtant créé récemment, en 2003. Un rapide coup d’œil sur le site nous permet de mesurer la densité des propositions, dont celles qui retiennent notre attention pour cette quinzaine : deux soirées autour, entre autres, de la vidéaste Manon de Boer (déjà rencontrée au détour du FID), et plus généralement de la porosité entre formes cinématographiques et formes musicales. La première, à la Cité de la Musique, est exclusivement consacrée à cette artiste d’origine néerlandaise (mais née en Inde), qui développe les voies possibles de la représentation musicale à l’écran, usant pour ce faire de différents médiums : la vidéo, l’installation plastique ou le portrait filmé. Cette approche visuelle reste assez rare, ou trop souvent malhabile. Capter l’instant de grâce où un musicien, un lecteur ou un danseur s’abandonne pleinement à son art est une gageure que relève avec brio Manon de Boer, qui a l’intelligence de ne jamais tomber dans la simple captation. On se souvient déjà que Peter Greenaway avait réalisé cette prouesse dans sa superbe tétralogie Four American Composers, où se croisaient Philip Glass, John Cage, Meredith Monk et Robert Ashley. Comme le rappelle la vidéaste, il est « fascinant d’observer le visage de quelqu’un qui lit, qui joue de la musique ou qui pense, parce que ce sont des moments où les gens semblent oublier leur “visage social” étant si concentrés par leur activité intérieure ; des moments dans lesquels un espace mental se reflète sur le visage — la surface entre l’intérieur et l’extérieur. » Quatre films seront proposés, autour des compositeurs George Van Dam, Frederic Rzewski ou John Cage. Une dizaine de jours plus tard, Peuple & Culture s’invite au Polygone Etoilé afin d’approfondir cette proposition, via la projection du film de Laurence Petit-Jouvet, Off The Road, parcours empreint de liberté le long de toutes les routes américaines, en compagnie du grand Peter Kowald, contrebassiste free jazz de génie.

Texte : Emmanuel Vigne
Photo : Off The Road

Musique(s), on tourne ! : le 9 à la Cité de la Musique (4 rue Bernard Duboic, 1er) et le 18 au Polygone Etoilé (1 rue Massabo, 2e).
Rens. 04 91 39 28 28 / www.peuple-culture-marseille.org

[07 fév 2012] Polar en Lumières au Cinéma Les Lumières

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Polars X

Le cinéma Les Lumières, à Vitrolles, accueille pour la troisième année consécutive le bien nommé festival Polar en Lumières, exclusivement consacré à ce genre protéiforme, passionnant, qui a profondément marqué les arts du XXe siècle. Petit tour d’horizon.

On se souvient de l’engagement du cinéma vitrollais lors des sombres années frontistes. Aujourd’hui, ce petit mais non moins charmant cinéma municipal accueille pour la troisième année le festival Polar en Lumières, qui s’est donné pour but d’explorer le genre via la littérature, le théâtre, la musique et, bien évidemment, le cinéma. La manifestation s’est dotée d’un parrain permanent en la personne de Serge Scotto (accompagné du chien Saucisse), et d’un invité spécial, Patrick Raynal, écrivain et scénariste, personnage incontournable du polar « made in France ». Comme cela reste souvent le cas dans ce type d’événement régional, les organisateurs ont le souci de jongler entre exigence cinéphilique et manifestation familiale ouverte à tous publics. La programmation oscille ainsi entre vraies découvertes et propositions plus anecdotiques. Le genre a pourtant offert au cinéma ses plus belles pages (on pense à Kiss Me Deadly d’Aldrich ou au Grand Sommeil de Hawks). Parmi les projections plus secondaires de cette troisième édition de Polar en Lumières, citons Les Lyonnais ou Omar m’a tuer, pas franchement indispensables, mais arrêtons-nous sur les petites perles de l’événement, à commencer par une soirée spéciale cinéma grec, et la diffusion de trois films inédits contemporains, piochés dans une cinématographie qui a parfois du mal à franchir les frontières. Autre surprise : l’équipe invite Philippe Carrese, écrivain, cinéaste, musicien et dessinateur (ouf !), souvent cité dans ces colonnes, pour l’avant-première de son dernier opus, Cassos, polar tourné à Berre l’Etang. Parmi les invités de marque, citons également la présence du trop rare Rabah Ameur Zaïmèche, qui confirme, avec son sublime Les Chants de Mandrin, son statut de très grand cinéaste au sein d’une production hexagonale souvent trop convenue. Au menu des réjouissances cinématographiques, le spectateur curieux aura également l’occasion de (re)voir Le Poulpe, présenté par Patrick Raynal, le récent (et troublant) Beau rivage, en présence de son réalisateur Julien Donada, ou l’excellent Hitchcock The Lodger, proposé en ciné-concert.

Texte : Emmanuel Vigne
Photo : Les Chants de Mandrin

Polar en Lumières : jusqu’au 12/02 au Cinéma Les Lumières (Arcades de Citeaux, Vitrolles). Rens. 04 42 77 90 77 / www.cinemaleslumieres.fr

[07 fév 2012] Une bouteille à la mer (France – 1h39) de Thierry Binisti avec Agathe Bonitzer, Mahmud Shalaby, Hiam Abbass…

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Si loin, si proches

Tal Levine est une adolescente comme les autres qui vit à Jérusalem. Israélienne d’origine française, elle se pose des questions sur la guerre. Quand un kamikaze se fait exploser dans un café près de chez elle, Tal prend la plume pour s’adresser à un Palestinien imaginaire, racontant ses craintes et ses espoirs. Elle enferme sa lettre dans une bouteille qu’elle lance à la mer comme un S.O.S. Naim, jeune Palestinien du même âge, trouve la bouteille sur une plage de Gaza. Intrigué par la lettre, il décide d’envoyer un mail à la jeune fille. Commence alors une relation épistolaire entre les deux adolescents. Entre découverte, colère et sentiments, ils vont apprendre à se connaître et tisser des liens forts en dépit du mur qui les sépare. Sans jamais se rencontrer, Tal et Naim, alias « Gazaman », apprennent à grandir ensemble. Thierry Binisti, qui avait mis en scène Eric Cantona dans L’Outremangeur, s’attaque ici à un sujet particulièrement casse-gueule, le conflit israélo-palestinien. Avec cette adaptation du roman de Valérie Zenatti paru en 2005, Une bouteille dans la mer de Gaza, il évite intelligemment de traiter le sujet épineux de la guerre en se focalisant sur la relation des deux personnages. Bien que l’on sente le conflit qui imprègne les protagonistes en toile de fond, on se passionne volontiers pour cette histoire d’amour platonique et atypique. Grâce à la langue française (cocorico !) qu’il apprend pour séduire sa belle, Naim échappera à son destin, contrairement à Tal. La naïveté avec laquelle la guerre est traitée, jouant la carte des bons sentiments, fait de ce film un objet assez inoffensif. La magie réside dans la façon très fine de raconter la belle histoire qui lie les deux personnages en dépit du désaveu de leurs familles respectives. A défaut de déchaîner les passions, Une bouteille à la mer offre à voir une jolie rencontre et deux beaux comédiens… Et c’est déjà pas mal.

Daniel Ouannou

[07 fév 2012] La Désintégration (France – 1h18) de Philippe Faucon avec Rashid Debbouze, Yassine Azzouz, Ymanol Perset…

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Réactions enchaînent

! Sortie le 15/02 !

Une cité dans la banlieue de Lille comme il en existe des dizaines en France. Ali, un étudiant sans histoire, Hamza, un « Gaulois » converti à l’islam, et Nasser, un jeune qui flirte avec la délinquance, vont faire la connaissance de Djamel, trentenaire charismatique et manipulateur. Utilisant la frustration provoquée par une exclusion sociale qui semble sans issue, Djamel va endoctriner les trois garçons dans une radicalisation religieuse et politique, les poussant à s’engager dans le djihâd…
Présenté à la Mostra de Venise l’an dernier, le treizième long-métrage de Philippe Faucon aborde un sujet particulièrement sensible. On pense à We Are Four Lions de l’Anglais Chris Morris. Mais la comparaison s’arrête là, car ici, point de comédie. Dans une mise en scène épurée, dénuée de musique et filmée au plus près des acteurs, il installe une tension omniprésente dans un milieu ghettoïsé où la société extérieure semble lointaine et déconnectée. A la manière d’un gourou, Djamel manipule ses proies avec un discours bien rodé, les éloignant progressivement de leurs espoirs, de leur famille et même de leur mosquée. Epaulé au scénario par le journaliste controversé Mohamed Sifaoui, auteur du documentaire J’ai infiltré une cellule islamiste, Philippe Faucon a pris le parti de faire un film assez court afin de resserrer et densifier son histoire. Mais ce qu’il gagne en rythme, il le perd peut-être à cause de certaines ellipses qui rendent quelque peu caricaturale la métamorphose des personnages. Le film s’avère par ailleurs très bien servi par ses acteurs. Professionnels (dont Rashid Debbouze, frère de…) ou amateurs, ils donnent une réelle épaisseur et une rare profondeur aux personnages via des dialogues percutants tombant souvent justes.
Ce film-choc aux accents de polar porte un regard cru sur l’exclusion sociale, le désespoir et l’exploitation qui peut en être faite.

Daniel Ouannou

[25 jan 2012] Cycle Eléments terre au Château de la Buzine

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Regain

La Ville rajoute un écran supplémentaire aux salles marseillaises, en rénovant dans le onzième arrondissement le Château de la Buzine, mythique domaine acquis par Marcel Pagnol dans les années quarante. Petit tour d’horizon de la programmation à venir.

Du bâtiment en ruine laissé à l’abandon depuis plusieurs décennies, mais habité encore par l’ombre de Pagnol, est né cette année l’un des plus ambitieux projets phocéens. Au cœur d’un cadre exceptionnel, le Château de la Buzine a pour vocation de reprendre le rêve de l’Aubagnais là où l’aventure s’était terminée : faire de la demeure un lieu privilégié, dédié au cinéma. Dont acte avec la création, sur 4 000 m2, d’une salle quasi-luxueuse, d’un musée dédié aux cinématographies méditerranéennes et, entre autres, d’une bibliothèque. Véritable Phœnix du septième art, ce projet marseillais, parfois critiqué, sort du bois et dévoile une programmation plutôt ambitieuse, proposant un cycle de projections construit autour des quatre éléments, soit un parcours initiatique permettant à la Buzine de revenir aux fondamentaux du cinéma. L’événement démarre en janvier par l’élément Terre, directement suivi par le Feu, l’Air et l’Eau. Chaque séquence est l’occasion de renouer avec des œuvres marquantes, parfois inégales, l’intention n’étant nullement ici d’explorer le cycle dans ses moindres circonvolutions. L’objectif est clair : le lieu est destiné au plus vaste public possible. D’où cet équilibre toujours périlleux entre exigence cinéphilique et propositions destinées au plus grand nombre. On ne boudera pas son plaisir à (re)voir en salle le chef d’œuvre de Christian Philibert, Les Quatre Saisons d’Espigoule, ou le sublime deuxième film de Terrence Malick, Les Moissons du ciel (tous deux programmés lors de la sélection Terre). Parmi les autres films incontournables de cette programmation, citons, bien sûr, Stromboli ou Fahrenheit 451 (cycle Feu), Les Climats (cycle Air), La Fille du puisatier — l’hommage à Marcel Pagnol était de rigueur — ou le chant du cygne de Federico Fellini, Et vogue le navire (cycle Eau), présenté ici par l’écrivain Pierre Murat. Les projections seront accompagnées de conférences, rencontres et ciné-concert, qui résonneront dans les larges salles de cet édifice chargé d’histoire(s).

Texte : Emmanuel Vigne
Photo : Fahrenheit 451

Cycle Eléments terre : jusqu’au 30/03 au Château de la Buzine (56 traverse de la Buzine, 11e). Rens. 04 91 45 27 60 / www.chateaudelabuzine.com

[25 jan 2012] Intégrale Maurice Pialat à la Cité du Livre

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Vivre libre

L’Institut de l’Image, à Aix-en-Provence, confirme en ce début d’année la qualité de ses programmations, remarquée depuis ces dernières années : en proposant une intégrale Maurice Pialat, son équipe met en lumière une des plus belles œuvres de l’histoire du cinéma.

Il est une conviction aujourd’hui partagée par tous : Maurice Pialat fut l’un des plus grands cinéastes de l’histoire. Son cinéma témoigne d’une intelligence hors normes, d’une finesse inouïe du regard, maître mot d’une œuvre qui n’a eu de cesse de plonger au cœur des personnages, au plus près des sentiments, sans artifices, avec une douce brutalité. Il ne filmait pas le monde original, mais originel, et laissait béantes les failles de la nature humaine. L’Institut de l’Image nous permet de (re)découvrir la force sans pareille des œuvres de Pialat, via une intégrale de ses longs-métrages, à laquelle s’ajoutent les films turcs réalisés pour le gouvernement entre 1963 et 1965. Son cinéma est un cinéma de révolte jamais aveuglé. On le disait vivement inspiré des frères Lumière. Il est vrai que les hommes et les femmes importaient plus que le temps, que son cinéma occulte parfois. Car ses personnages refusent de se laisser figer par ce temps, ou même de le fuir. Ils n’ont de cesse d’être vivants, contre la tentation du désespoir. On connaît la dureté, l’intransigeance du personnage, aussi sévère envers lui-même que ses pairs. Il reste des images fortes, notamment celles de Cannes, mais Pialat a accordé quelques rares interviews qui ont permis de pénétrer l’homme sans jamais vraiment l’atteindre. Son premier film, déjà, fut un coup de maître. L’Enfance nue témoigne d’une lucidité incroyable sur la société, les rapports entre les êtres et l’état de la jeunesse dans cette fin des années soixante. Il y dirige des acteurs non professionnels, qui démontreront déjà son immense capacité à laisser le comédien (reconnu ou inconnu) posséder son personnage. Il enchaîne alors avec un téléfilm sublime, en sept parties, pour l’ORTF (un peu comme si France 2 commandait une série diffusée en prime time à Léos Carax..) : La Maison des bois. Suivront alors une dizaine d’œuvres toutes incontournables et projetées lors de cette intégrale, dont Sous le soleil de Satan, Palme d’or en 1987. Ce film vient particulièrement rappeler le goût de Pialat pour la peinture, à l’instar d’un Kurosawa qu’il admirait. Cet homme fut donc, à l’image de son cinéma, libre et sans fard, refusant d’adhérer à tout mouvement et tout groupe (il exprimait de grandes réserves vis-à-vis des grands noms de la Nouvelle Vague). Un être de l’absolue liberté.

Texte : Emmanuel Vigne
Photo : L’Enfance nue

Intégrale Maurice Pialat : jusqu’au 31/01 à la Cité du Livre (8-10 rue des Allumettes, Aix-en-Provence). Rens. 04 42 26 81 82 / www.institut-image.org

[25 jan 2012] Les Nouveaux Chiens de garde - Documentaire (France – 1h44) de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat

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Cave Canem

Quand, en 1997, Serge Halimi fait paraître son essai Les Nouveaux Chiens de garde, la gauche vient d’arriver au pouvoir et le libéralisme financier n’est plus seulement considéré comme une idéologie, mais comme « La grande vérité ». En expliquant la collusion entre pouvoir politique, pouvoir économique et grands médias, Halimi lance un pavé dans la mare. Selon lui politiques, grands patrons et journalistes mangent à la même gamelle, et ces derniers, grassement payés par les différentes prestations qu’ils exercent pour des entreprises privées, sont chargés de nous convaincre qu’il n’y a plus qu’une seule alternative : accepter le libéralisme. En s’inspirant des travaux de Pierre Bourdieu et des Chiens de garde de Paul Nizan (1932), l’auteur tire à boulets rouges sur les plumitifs. Avec ses 250 000 exemplaires vendus, Serge Halimi ouvre une brèche et crée un nouveau courant : la critique des médias. L’association ACRIMED, le journal PLPL ou les travaux du documentariste Pierre Carles sont directement issus de ce mouvement. Quinze ans après, les journalistes Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, membres d’ACRIMED, décident de faire passer l’essai du papier à la pellicule. Et c’est peu dire que le sujet passionne.
Lundi 16 janvier, la fine fleur de la presse indépendante marseillaise, Le Ravi et CQFD, organisent au Variétés une projection/débat autour du film. Même si on est depuis longtemps au fait des fricotages entre médias et pouvoir, voir ces journalistes se vautrer dans le cynisme et la compromission a quelque chose de jubilatoire. Les exemples ne manquent pas… Michel Field, l’ancien trotskyste, faisant de la pub pour Casino. Isabelle Giordano qui anime une conférence pour l’organisme de Crédit Sofinco, facturée 12 000 euros, et qui invite ensuite le patron dans son émission. Arnaud Lagardere se faisant cirer les pompes en direct sur France 2 par son employé Jean-Pierre Elkabbach (à qui personne ne demande plus de se taire). Et tout ce beau monde de se retrouver pour converser tous les derniers mercredis du mois au fameux Dîner du Siècle
Mais les journalistes ne seraient rien s’ils n’étaient pas aidés par de nombreux « experts ». Pas ceux de Manhattan ou de Las Vegas, non, plutôt une trentaine d’économistes, qui pour la plupart arrondissent leurs fins de mois dans conseils d’administration des grands groupes industriels, se partagent plateaux télé et colonnes de journaux pour défendre des idées aussi diverses que « Il faut travailler plus, il faut démanteler l’Etat, il faut réduire les charges ». Voir Jacques Attali, Alain Minc ou Michel Godet, qui comptent un millier de passages télé à eux trois en une seule année, se gargariser de la santé et de l’autorégulation du système financier mondial trois mois avant la crise des subprimes fait doucement sourire (jaune). Cette séquence donne à entendre les commentaires du trop rare Frédéric Lordon, sûrement l’économiste le plus intelligent de France.
Le film se termine devant une salle enthousiaste. Le public semblait, il est vrai, conquis d’avance. Car, comme le fait remarquer un spectateur, «Malheureusement, ici, il n’y a que les gens qui lisent, le peuple n’est pas là. » Grincement de dents… Les intervenants mettent un bémol à la diatribe anti-journalistes développée dans le film. Michel Gairaud, rédacteur en chef du Ravi, rappelle que si la publicité dicte les choix éditoriaux des journaux, c’est bien parce qu’avec la désertion des lecteurs, elle est la principale pourvoyeuse de fonds. Pour Gilles Lucas de CQFD, la soumission des journalistes au pouvoir est comparable à la soumission d’un ouvrier aux contraintes capitalistes, tout le monde se tait pour ne pas perdre son boulot. Le débat se termine sur la judicieuse proposition d’un spectateur : « De nos jours, la principale source d’information est l’image, il faudrait que l’école éduque aussi les élèves au décryptage de cette image. »
Les Nouveaux Chiens de garde est un film partisan c’est sûr… Mais à l’inverse de ceux qu’il dénonce, il avance à visage découvert

Daniel Ouannou

[24 jan 2012] Millenium – Les hommes qui n’aimaient pas les femmes (Etats-Unis/Grande Bretagne/Suède/Allemagne – 2h38) de David Fincher avec Daniel Craig, Rooney Mara…

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(Presque) Dans le mille

Etait-il bien nécessaire de proposer une autre version pour grand écran de la trilogie culte du défunt Stieg Larsson, trois ans après celle de Niels Arden Oplev ? La question se pose. Mais l’adaptation de Fincher, qui n’est plus un débutant depuis Alien 3 (1992), se démarque bien de la précédente, ne serait-ce que par sa fin, radicalement différente. Mais aussi par le choix judicieux de Rooney Mara pour incarner Lisbeth Salander, informaticienne marginale qui aide le journaliste Blomkvist dans son enquête sur la mystérieuse disparition d’Harriet Vanger. Ce n’est pas un hasard si le réalisateur a abandonné le sous-titre original, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes (gardé par les distributeurs français), pour proposer le sien, The Girl With The Dragon Tattoo (La fille avec le tatouage de dragon). Marqué par un passé familial et sentimental douloureux, autant que sa peau tatouée, la jeune femme passe en un instant de l’introversion à une grande violence vengeresse. Avec une certaine ingéniosité, Fincher pratique un jeu de ping-pong entre passé et présent. Les épreuves que traverse Salander aujourd’hui répondent aux évènements dramatiques d’hier, tandis que battements et tic-tac sonores marquent l’écoulement du temps à l’approche de la vérité et font écho à des flashbacks polaroïdés sans parole. Les plans d’ensemble sont aussi utilisés à bon escient pour mieux rendre compte de l’effet Cluedo du petit hameau constitué par les membres de la famille Vanger, chaque maison, pont ou cabane représentant une pièce du puzzle. Pour autant, Fincher, perfectionniste, rend une copie un peu trop léchée pour traduire parfaitement la noirceur de l’œuvre de Larsson. Reste deux heures trente que le spectateur ne voit pas passer — plutôt rare dans le cinéma contemporain.

Guillaume Arias

[14 déc 2011] Bilan Cinéma 2011

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Black Swan (Etats-Unis – 1h43) de Darren Aronofsky
Longtemps perçu comme un réalisateur atypique et pas bankable, un peu arty (?, Requiem for a Dream) ou drôle à l’insu de son plein gré (The Fountain), Aronofsky a depuis redressé la barre. Via The Wrestler, dans un premier temps, qui racontait le combat de trop d’un catcheur et, en creux, les dégâts de la chirurgie esthétique de Rourke, et Black Swan, cette année, son sommet (provisoire). Si ce petit bijou noir traite le même sujet que The Wrestler, la passion destructrice, il s’accomplit dans sa version psychotique et hystérisée, où le réalisme laisse place au fantastique, outrancier, baroque, dans la lignée des films de Polanski ou De Palma.

Drive (Etats-Unis – 1h40) de Nicolas Winding Refn
Petit ami d’Eva Mendes, fraîchement élu l’homme le plus sexy de la planète, accessoirement leader du groupe pop Dead Man’s Bones, Ryan Gosling aura également marqué l’année en illuminant les trois films dans lesquels il a joué, Blue Valentine, Crazy, Stupid, Love et Drive, qui nous aura scotchés au plus haut point. Véritable choc esthétique et leçon de mise en scène (récompensée à Cannes), Drive dresse aussi le sublime portrait de l’anti-héros contemporain, flottant et fonceur, incertain et sentimental, de Vic Mackey à Jason Bourne, de Jack Bauer à Dom Cobb. Un chef-d’œuvre de plus à mettre l’actif du réalisateur de Valhalla Rising

Hors Satan (France – 1h49) de Bruno Dumont
Le cinéma de Bruno Dumont atteint film après film une forme plus approfondie encore de transfiguration visuelle, cherchant à éliminer le moindre espace de langage superflu, jusqu’à parvenir au dénuement le plus total. A l’instar d’Hadewijch, il se dégage de ce dernier opus une puissance mystique, sans qu’il y ait pourtant la moindre trace de religiosité. Les errements des personnages, dans ce paysage morne du nord de la France, se passent tellement de commentaires que le film en devient quasi-muet, à l’exception de quelques souffles de vent venant rappeler cette désolation. C’est plus que l’essence même de l’être que filme le cinéaste, c’est l’essence du cinéma.

Il était une fois en Anatolie (Turquie/Bosnie – 2h37) de Nuri Bilge Ceylan
Le cinéaste turc signe l’un de ses meilleurs films, troublante ronde de nuit aux confins de l’Anatolie. Mettant en retrait le parti pris très esthétique de ses deux derniers opus, le réalisateur fait preuve d’une grâce visuelle épurée et se joue de la temporalité dans un langage cinématographique particulièrement inspiré. La fluidité du regard, ajoutée à une densité romanesque hors du commun, permet dans cet espace-temps de développer un climat particulièrement chargé, où se mêlent l’humour (voire la bouffonnerie), le tragique, le réalisme, voire le spirituel. La plus belle leçon de cinéma de cette fin d’année.

L’Apollonide (France – 2h02) de Bertrand Bonello
Ses précédents films (Le Pornographe et The Doll is Mine en tête) nous avaient déjà interpellés sur les talents du cinéaste, plutôt bien placé au cœur d’une production hexagonale franchement désolante. L’Apollonide enfonce le clou. Le film orchestre une partition ciselée, où les déclinaisons du thème de la prostitution sont multiples. Au cœur de cette maison close, le désespoir côtoie le raffinement, la morale se frotte au cauchemar. Bonello fait preuve d’une maestria touchant au sublime, sans abandonner le film dans ses décors pourtant somptueux. La fragilité des êtres se dessine avec une élégance rare, sans que le regard ne porte le moindre jugement.

Melancholia (Danemark/Suède/France/Allemagne – 2h10) de Lars von Trier
Malgré les remous qui ont suivi une conférence de presse cannoise plus stupide que méchante, il n’est qu’une chose à retenir : Lars Von Trier est décidemment l’un des plus grands cinéastes de notre époque. Il signe ici une œuvre crépusculaire, qui résonne de manière troublante avec l’époque. Le film est d’ailleurs à décrypter à la lumière d’Antichrist, son opus précédent. Difficile de ne pas voir, dans ce mariage secoué par l’annonce d’une fin du monde, la propre dépression dont souffre le cinéaste, comme l’impossible échappée à toute forme de bonheur. Le symbolisme pictural ne plombe jamais le film, le portant au contraire dans des espaces d’expression rarement foulés.

Pina (Allemagne/France – 1h43) de Wim Wenders
Entre Wim Wenders et Pina Bausch, le désir de réaliser une œuvre commune fomentait depuis de nombreuses années. Mais le cinéaste ne se sentant pas prêt, le temps a filé, jusqu’à la disparition récente de la chorégraphe-danseuse. Alors que Les rêves dansants de Pina Bausch se focalisaient sur les danseurs, Pina est tout entier dédié au personnage, avec un souci esthétique particulier. Une démarche prenant toute son importance dans la version 3D qui, une fois n’est pas coutume, élève remarquablement le travail du réalisateur. Au-delà de l’aspect documentaire, Wenders s’interroge également sur le corps en mouvement au cinéma, jusqu’à l’hommage aux maîtres du genre.

The Artist (France – 1h40) de Michel Hazanavicius
Du Grand Détournement aux OSS 117, en passant par des collaborations avec Les Nuls, Michel Hazanavicius a su creuser son sillon dans la comédie française. L’emballement médiatique sur la Croisette avait de quoi laisser sceptique : en quoi un film muet, noir et blanc de surcroît, pourrait-il s’avérer captivant, ses effets plastiques mis à part ? Une question à laquelle le réalisateur répond avec brio, par une histoire certes entendue (grandeur et déchéance croisées de deux stars), mais qui confirme le talent comique — et physique — de ses acteurs principaux, et, surtout, dans laquelle le silence joue un rôle à part entière, grâce à une écriture habile.

The Tree of Life (Etats-Unis – 2h18) de Terrence Malick
Il est surprenant de constater que les meilleurs films de l’année ont pour beaucoup le même intérêt pour la symbolique, la transfiguration, voire le mysticisme. Le dernier film de Malick opte pour une interrogation assumée de la place de l’homme sur terre. Doublé d’un panthéisme familier dans son œuvre, The Tree of Life se construit en triptyque, dont le meilleur, et le plus important, reste cette tranche de vie d’une famille américaine moyenne dans les 50’s, qui répond aux deux autres et leur donne sens. Si le film a largement divisé, c’est bien parce que le paradigme développé ici ne fait appel qu’à la subjectivité des sens, et à sa propre vision du monde.

Une séparation (Iran – 2h03) d’Asghar Farhadi
Asghar Farhadi n’a pas son pareil pour représenter les (res)sentiments qui habitent ses personnages, et les raisons, plus ou moins rationnelles, qui les poussent à s’entre-déchirer. Le succès surprise du film, à la fois critique et public, tient sans doute au fait qu’il traite d’un sujet universel (une séparation, doublée d’un drame inextricable) avec pudeur, et une grande justesse dans le jeu des acteurs. La caméra se substitue à l’œil du spectateur, qui vit les drames des protagonistes et partage l’incompréhension qui les habite. Une œuvre subtile et poignante, qui ne laisse pas indifférent. Une divine comédie humaine.

Mais aussi…

L’Exercice de l’Etat
Polisse
Never Let Me Go
Tomboy
Black Power Mixtape
Donoma
Gasland
La guerre est déclarée
The ballad of Genesis and Lady Jaye
Scream 4
Too much pussy
True Grit
Waste land

[23 nov 2011] Les RISC – Rencontres internationales Sciences et Cinéma 2011

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La science dérive

L’équipe de Polly Maggoo investit la très belle salle de la Maison de la Région pour proposer la cinquième édition des Rencontres Internationales Sciences et Cinéma. Petit tour d’horizon.

Depuis cinq éditions, Polly Maggoo explore la rencontre d’un autre type entre deux disciplines, qui trouvent leur origine à la même source. Né sous les mains inspirées de scientifiques de tout poil, le cinéma, en devenant le divertissement universel que l’on connaît, a oublié l’une de ses fonctions premières : interroger le vivant, offrir une reproduction projetée de ce que l’œil observe, sans parfois le voir. Avant de devenir spectacle, le cinéma avait déjà inventé son langage par le biais des scientifiques, comme en témoignent les travaux d’Eadweard Muybridge ou Etienne-Jules Marey. Il était donc tout naturel qu’un évènement interroge tous les points de convergence existant entre cinéphile et chercheur. L’un des axes de cette nouvelle programmation est de toucher du doigt la condition de l’homme mortel. Ou comment se dessinent toutes les réactions comportementales face à la disparition pure et simple de notre existence. La croisée des chemins entre expression artistique de la mort et cheminement scientifique se révèle alors passionnante, jamais rébarbative, ni sordide. En laissant à la maladie une place non négligeable dans cette édition, l’équipe de Polly Maggoo prend le risque de développer un thème souvent tabou dans le domaine de l’image. Les finesses d’approche ne manquent pas, pourtant, comme dans les très beaux films de Sophie-Charlotte Gautier et Anne Loubet (La java bleue, sur Alzheimer), d’Hervé Nisic (Correspondances) ou d’Emmanuel Finkiel (Je suis, histoire d’un AVC). De maladie et de mort, il en est aussi question dans le chef-d’œuvre de Peter Watkins, La bombe, brûlot anti-nucléaire de 1965, dont la relecture résonne évidemment avec l’actualité. Le cinéaste décrit avec une froideur toute démonstrative les conséquences d’un combat nucléaire sur la population, usant du docu-fiction pour mieux pénétrer l’abomination de cette apocalypse. L’atome est également au cœur du film de Benoît Bourreau, Le chant des particules, qui revient sur les travaux vertigineux des accélérateurs de particules, destinés à percer l’origine de l’univers. Mais c’est dans le champ de l’image, aux frontières de l’expérimental, que le cinéma scientifique atteint une forme inédite de poésie, à l’instar de Parallax d’Inger Lise Hansen, qui se joue de la gravité au moyen d’une caméra 16mm, pour offrir une technique d’animation à la puissance onirique inouïe. Car la perception des sens est une interrogation dans les deux disciplines, comme en témoigne le film de Sabine Bally, sur Albert Hofmann, le père du LSD, décédé voilà trois ans. Au total, plus d’une trentaine de films venant nous rappeler les définitions même de la poésie scientifique.

Texte : Emmanuel Vigne
Photo : La java bleue de Sophie-Charlotte Gautier et Anne Loubet

Les RISC – Rencontres internationales Sciences et Cinéma : jusqu’au 27/11 à la Maison de la Région (31 La Canebière, 1er).
Rens. 04 91 91 45 49 / www.pollymaggoo.org

[23 nov 2011] PriMed - Prix international du documentaire et du reportage méditerranéen

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Télé et réalité

Festival itinérant, le PriMed s’arrête à Marseille pour la troisième année consécutive, proposant projections, rencontres avec les professionnels, ainsi qu’un panorama de la production audiovisuelle autour de la Méditerranée.

Les professionnels de l’audiovisuel, ceux-là mêmes que tançait Godard aux César, ont eux aussi investi cette partie du monde sur laquelle se braquent tous les regards : la Méditerranée. L’événement n’en est pas à ses balbutiements, puisque le Centre méditerranéen de la communication audiovisuelle (CMCA) propose la troisième édition, à Marseille, des PriMed, visant à récompenser les meilleures réalisations en provenance de nombreux pays bordant la Grande Bleue. Mais la manifestation tourne depuis seize ans dans diverses contrées : le PriMed reste aussi l’occasion aux professionnels de se rencontrer. Nous ne sommes donc pas ici, comme le précise son nom, dans le champ purement cinématographique, mais plus proche du reportage, l’essentiel étant de prendre en compte bien plus le sujet que son traitement. Une forme certes réductrice, qui n’exclut pas, cependant, la pertinence des thèmes abordés. Les principaux partenaires de l’événement sont donc fort logiquement le groupe France Télévisions, la Rai et l’Asbu, l’union des diffuseurs des pays arabes. De prime abord, le cinéphile un brin exigeant peut exprimer des doutes, rapidement effacés par une programmation qui ne manque pas d’intérêt. Les pays arabes sont évidemment à l’honneur, avec, entre autres, la Tunisie (Hymen National, Les imams vont à l’école), l’Egypte (Zelal, Wolves Plate) ou la Lybie (Lybie, les femmes de la révolution). Le Moyen-Orient n’est pas en reste, avec de nombreux reportages en provenance du Liban, d’Israël ou de Syrie. Les journalistes documentaristes en provenance des pays européens bordant la Méditerranée ont également trouvé leur place dans cette programmation diversifiée, en forme de grand panorama des productions audiovisuelles méditerranéennes.

Texte : Emmanuel Vigne

PriMed - Prix international du documentaire et du reportage méditerranéen : du 6 au 9/12 à la BMVR Alcazar (58 cours Belsunce, 1er) et à la Maison de la Région (31 La Canebière, 1er).
Rens. www.primed.tv

[23 nov 2011] Festival Tous Courts 2011

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Courts toujours

Début décembre, le court-métrage est à l’honneur avec la nouvelle édition du festival Tous Courts d’Aix-en-Provence, dont le foisonnement de films le dispute à la pertinence et à la richesse du genre.

L’un des doyens des festivals régionaux, totalement dédié aux formes cinématographiques courtes, conserve malgré son grand âge (vingt-neuf ans !) tout son mordant, toute sa pertinence, et demeure en France, avec Clermont, le rendez-vous incontournable des amateurs du genre. Son dynamisme vient sans nul doute de sa capacité à se renouveler sans cesse, porté par une équipe passionnée, conduite depuis quelques années par son sémillant président Jean-Paul Noguès. Le spectateur aura à loisir l’occasion de choisir parmi un bouquet de sélections couvrant plus de deux cents films venus des quatre coins du globe, à commencer par la compétition internationale qui promet, gageons-le, la découverte de petites perles cinématographiques. L’animation n’est pas oubliée, avec quatre programmations réunies sous la sélection Courts en liberté, au sein de laquelle nous pouvons retrouver les grands noms du cinéma et de l’expérimental, d’Harry Smith à David Lynch, en passant par Tim Burton, Stan Vanderbeek, Jan Svankmajer, les frères Quay ou Keiishi Tanaami. Carnets de voyage, quant à lui, offre une carte blanche à Joao Garçao Borges et Andreas Fock, pour un panorama de films allant de la Suède au Portugal, ainsi qu’à l’excellente Agence du Court-Métrage, pour un panaché de films développant les frontières du genre. La manifestation se dote également d’un marché du film court, qui permet aux cinéastes, aux producteurs et aux diffuseurs de se rencontrer, et, en point d’orgue, de quatre nuits du court, véritables moments de fête au cœur de la cité aixoise.

Texte : Emmanuel Vigne
Photo : Deep end Dance

Festival Tous Courts : du 28/11 au 2/12 en Pays d’Aix et du 5 au 10/12 à Aix-en-Provence.
Rens. 04 42 27 08 64 / www.festivaltouscourts.com

[09 nov 2011] Semaines Asymétriques au Polygone Etoilé

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Drôle d’endroit pour une rencontre

Pendant dix jours, une cinquantaine de réalisateurs s’invitent aux Semaines Asymétriques, événement cinématographique majeur au sein de la cité phocéenne, orchestré par l’équipe toujours sémillante du Polygone Etoilé.

Les projets spéculatifs ont beau avoir fait table rase de la vie sociale et culturelle du quartier de la Joliette, un îlot de résistance continue année après année à donner de la voix, véritable laboratoire cinématographique au sein duquel réalisateurs et spectateurs ont vocation à participer à une expérience collective, à nulle autre pareille. Ils ne sont pas légion en France, ces lieux de création qui, à l’instar du Polygone Etoilé, proposent, dans le champ de l’image filmée, d’accueillir l’autre, non pas en fonction de sa carte de visite, mais de ce qu’il consent à partager, à offrir, et par nature à recevoir. Pénétrer ce lieu est avant tout histoire de rencontres, d’aventures humaines. Ce qui n’exclut nullement la qualité des œuvres proposées. En point d’orgue à une activité annuelle dense et variée, l’équipe du Polygone a bâti depuis 2004 ces Semaines Asymétriques, passionnants instants de projections, où la vie et l’échange s’étendent au-delà des films. « On n’est pas ici dans une histoire de festival, mais de rencontres, entre des gens qui font du cinéma, et ceux qui le reçoivent. L’idée des Semaines Asymétriques est de ne pas sélectionner. Nous ne sommes pas dans la démarche de visionner, trier, puis imposer notre choix, comme si nous étions experts, en sous-entendant qu’il faut regarder ceci et non cela », souligne Fabrice Coppin. L’équipe organisatrice découvre parfois les films en même temps que le spectateur, privilégiant ainsi le temps laissé aux débats d’idées et à l’expression de chacun. Le temps, maître mot d’un mécanisme créatif cinématographique qui, de l’écriture à la diffusion, en manque aujourd’hui cruellement : « Ici, la porte est ouverte, toute l’année. Nous laissons le temps aux réalisateurs pour approfondir leur travail, aller au-delà des contraintes matérielles qu’impose la marchandisation du cinéma. C’est la raison pour laquelle nous laissons aussi lors de ces semaines une place privilégiée aux questions de réalités économiques et logistiques dans le processus de création cinématographique. Ou comment, de nos jours, finaliser les projets, quelle est l’économie des cinéastes, dans la région, et au-delà. » D’où une mixité particulièrement enrichissante, qui permet de découvrir de jeunes réalisateurs aux côtés de cinéastes confirmés (rappelons cette soirée exceptionnelle proposée le mois dernier en présence d’André S. Labarthe et Jacques Rozier !). Et Fabrice Coppin de rajouter : « La légitimité qui est la nôtre, c’est d’avoir fait des films qui n’appartiennent à rien, ni à personne. Ce sont des films impropres à la consommation. Ce sont des “films publics” pourtant, en ce que le public, et lui seul, donne un sens à notre geste. » C’est donc avec la même logique que le Polygone défend la gratuité de diffusion des films : le public s’invite. Au sein de cette nouvelle édition des Semaines Asymétriques, il pourra alors à loisir déambuler au cœur d’une programmation construite mais jamais figée, prônant une grande liberté avec les horaires. Parmi les cinéastes invités, citons la réalisatrice et écrivaine Dominique Abel, dont nous (re)découvrirons le Polygono Sur, Ahmed Nabil, pour trois cartes blanches, Boris Lehman, prolifique documentariste belge et habitué des lieux, ou encore Till Roeskens, auteur d’un conte documentaire au cœur du bassin de Séon. A leurs côtés, pas moins d’une cinquantaine de réalisateurs bien résolus à donner corps et vie, avec le public, à ces huitièmes Semaines Asymétriques.

Texte : Emmanuel Vigne
Photo : Flaky et camarades ou le cheval de fer d’Aaron Sievers

Semaines Asymétriques : du 17 au 26/11 au Polygone Etoilé (1 rue Massano, 2e), à la Compagnie (19 rue Francis de Pressensé, 1er) et au Théâtre de la Cité (54 rue Edmond Rostand, 6e).
Rens. 04 91 91 58 23 / http://semaineas.blogspot.com/

[09 nov 2011] Image de Ville à Aix-en-Provence

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La rue est vers l’art

Comme à chaque automne, l’équipe aixoise d’Image de Ville nous offre l’occasion d’approfondir notre regard sur l’espace urbain, à travers de nombreuses projections, débats, rencontres et autres colloques. Tour d’horizon rapide d’une programmation particulièrement riche.

Nouvelle édition pour Image de Ville, festival aixois mêlant avec intelligence architecture, cinéma et aménagement urbain, et dont la démarche exigeante est révélée par la qualité de ses invités, sa programmation et l’angle de ses thématiques, toujours pertinentes. Ce nouveau numéro n’échappe nullement à la règle, l’équipe du festival proposant cette année de se pencher sur cet espace hybride que l’on définit par « la rue ». Du pain bénit pour une programmation cinématographique, à la vue de l’immensité des films ayant investi ce territoire commun qui ne met, en apparence, aucune frontière entre les êtres. Longtemps cantonné à l’immensité des studios, le cinéma, avec l’évolution des caméras légères et la liberté d’un mode de production indépendant, a, peu après la seconde guerre mondiale, porté son regard sur la rue, désireux de plonger au cœur même d’une vie sociale trop longtemps observée de loin. De la production américaine fauchée des années 50 (Ray Ashley et Morris Engel) jusqu’à la Nouvelle Vague hexagonale, en passant par le Free Cinema anglais, nombreux sont les réalisateurs qui ont fait de cet espace de passage le théâtre intime de leurs œuvres. C’est donc fort logiquement qu’on retrouvera au sein de cette programmation Les rendez-vous de Paris de Rohmer, Place de la République de Louis Malle, Mur Murs de Varda ou Chats perchés de Chris Marker. Plus pertinente encore est la présence de Vincent Dieutre, formidable réalisateur français trop peu reconnu, cinéaste de l’urbain, qui présentera trois œuvres, dont le désespéré Rome désolée. Autre invité de marque, José Luis Guerin, auteur espagnol protéiforme, qui navigue depuis le début des années 80 aux frontières du documentaire, de la fiction et de l’expérimental. Parmi une programmation de haut vol, signalons l’avant-première du dernier opus de Kaurismaki, Le Havre, découvert cette année avec bonheur dans les salles cannoises. L’autre facette d’Image de Ville brille par la qualité des invités lors des débats et autres rencontres : l’architecte Christian de Portzamparc en maître de cérémonie (à l’instar de Jean Nouvel l’an passé), le Groupe Dunes ou Nicolas Mémain, déambulateur marseillais éclairé, toujours disposé à organiser de passionnantes visites en milieu urbain.

Texte : Emmanuel Vigne
Photo : Le Havre de Kaurismaki

Image de Ville : du 11 au 15/11 à Aix-en-Provence (Cité du Livre, Théâtre du Jeu de Paume, Fondation Vasarely, Seconde Nature, Mazarin).
Rens. 04 42 63 45 09 / www.imagedeville.org

[09 nov 2011] Nouveau Cinéma Italien à l’Institut Culturel Italien

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Voyage en Italie

L’Institut Culturel Italien programme une dizaine de films venant rappeler la nouvelle jeunesse de la production italienne récente.

L’Institut Culturel Italien soutient activement, depuis de nombreuses années, la diffusion d’œuvres cinématographiques transalpines au sein de la cité phocéenne. Dont acte avec une courte série de projections autour du nouveau cinéma italien. Malgré un pays en déconfiture économique, et après une longue période de disette créatrice, la production nationale semble ces trois dernières années renaître de ses cendres. Ce qui alimenterait l’idée que le cinéma italien n’est jamais aussi bouillonnant qu’en période de crise, comme l’attesta naguère le néo-réalisme d’après-guerre. Des opus comme La Bocca del Lupo de Pietro Marcello ou Le Quattro Volte de Michelangelo Frammartino nous avaient laissé croire à un sursaut que les dernières productions transalpines sont venues confirmer. Parmi la dizaine de films sélectionnés par l’Institut Culturel, on notera l’hommage rendu à Stefania Sandrelli, croisée jadis dans Le Conformiste de Bertolucci ou Nous nous sommes tant aimés d’Ettore Scola, diffusé lors de cet hommage aux côtés de ses deux derniers films, La Prima Cosa Bella et Christine Cristina, dont elle signe la réalisation. On retrouvera également à l’affiche de cette programmation La Pecora Nera, l’une des très bonnes surprises de l’année 2010, ainsi que La Nostra Vita et La Passione.

Texte : Emmanuel Vigne
Photo : Le Quattro Volte

Nouveau Cinéma Italien : du 21 au 24/11 à l’Institut Culturel Italien (6 rue Fernand Pauriol, 6e). Rens. 04 91 48 51 94

[25 oct 2011] Festival Cinématographique d’Automne de Gardanne 2011

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Orange amère

Programmation généreuse, regards sur le monde et ambiance familiale sont les ingrédients du vingt-troisième épisode du Festival Cinématographique d’Automne de Gardanne, qui accueille dans la cité minière cinéphiles avertis et curieux de tous poils.

Comptant parmi les vétérans des évènements cinématographiques régionaux, le Festival d’Automne de Gardanne attaque cette nouvelle édition avec les recettes qui ont contribué à son succès : une sélection importante de longs-métrages internationaux accessibles à tous publics. Il importe moins ici de dénicher la perle rare inconnue de tous que de permettre au spectateur d’embrasser, en une dizaine de jours, l’essentiel de la production cinématographique récente ou à venir. Une grande séance de rattrapage, en quelque sorte, le tout dans une ambiance bon enfant, jamais élitiste. Comme nous l’avons déjà fait dans ces colonnes, on peut toujours s’interroger sur la pertinence de réunir un jury pour récompenser un florilège de réalisateurs déjà très en vue dans les grands festivals internationaux (Marjane Satrapi, Nuri Bilge Ceylan, Radu Mihaileanu…), si ce n’est le plaisir de croiser au hasard des projections les personnalités présentes cette année, du raffiné Emmanuel Mouret à Christian Rouaud, réalisateur du fameux Lip, l’imagination au pouvoir. Dans la sélection des avant-premières en compétition, l’équipe du Festival d’Automne ratisse large et loin, nous permettant de découvrir l’essentiel des œuvres qui feront l’actualité des semaines à venir, du dernier Mouret, justement (L’art d’aimer), au Philippe Lioret (Toutes nos envies), en passant par le nouveau film de l’excellent Turc Nuri Bilge Ceylan (Il était une fois en Anatolie) ou encore celui du Canadien Denis Côté (Curling), dont on se souvient de l’étonnant Nos vies privées. Au rayon panorama, l’un des grands classiques du Festival, citons en vrac le très efficace Animal Kingdom de David Michôd, l’inégal mais attachant Cochon de Gaza de Sylvain Estibal ou La fée, de l’infernal trio belge Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy. Sans oublier l’inépuisable Faîtes le mur de Banksy ou l’injustement boudé Sound of Noise d’Ola Simonsson. Les sélections parallèles créent la surprise, avec entre autres un très bel hommage au cinéma iranien, riche d’une dizaine de longs passionnants, dont trois films de Jafar Panahi, cinéaste injustement bâillonné par le pouvoir en place, ainsi que les principaux opus d’Asghar Farhadi, dont A propos d’Elly et Une séparation restent dans toutes les mémoires. Une édition sous le signe de la lutte, donc, avec en ouverture le dernier brûlot de Christian Rouaud, Tous au Larzac, qui donne le ton de la manifestation.

Emmanuel Vigne

Jusqu’au 1/11 au Cinéma 3 Casino (11 Cours Forbin, Gardanne). Rens. 08 92 68 03 42 / www.cinema-gardanne.fr

[25 oct 2011] Cinéma(s) d’Egypte : du 2/11 au 10/12 à Marseille et dans la Région PACA

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La possibilité du Nil

Durant plus d’un mois, Aflam met à l’honneur le cinéma égyptien, l’une des productions cinématographiques les plus riches, qui trouve sa source dès le début du XXe siècle. Tour d’horizon d’un événement rare et passionnant.

Porté par un savoir-faire unique en matière de diffusion des cinémas arabes, Aflam décidait de mettre à l’honneur, pour cette rentrée 2011, l’immense richesse du cinéma égyptien, sans se douter du souffle révolutionnaire qui allait bouleverser le pays au printemps dernier. Cet événement offre ainsi, aujourd’hui, un double regard : la découverte d’une production bouillonnante que l’association dévoile avec brio, mais également la compréhension plus profonde des mutations de la société égyptienne, qui ont fini par déboucher sur les bouleversements que l’on connaît. Les liens développés entre le pays et la création cinématographique remontent quasiment aux origines de cet art. L’une des forces du cinéma égyptien, tout au long du XXe siècle, reste le mélange des genres : les films virevoltent de la comédie romantique au mélodrame, traversant en chemin le polar ou l’opus historique. Pour cet immense événement, qui rayonnera dans Marseille et sa région, Aflam a sélectionné plus d’une soixantaine de films qui, loin de faire preuve d’exhaustivité, permettront tout de même de se faire une idée plus précise de la richesse de la production. De grands cinéastes sont évidemment mis en avant, à commencer par Youssef Chahine, qui traverse presque cinq décennies d’engagement artistique, et dont il faut (re)voir les sublimes Gare centrale ou La Terre. L’équipe d’Aflam aborde alors l’histoire du cinéma égyptien par thèmes : on retrouvera un court panorama de la comédie musicale, avec les films de Niazi Mustapha ou Henri Barakat, genre qui a permis d’ailleurs de largement exporter les œuvres nationales dans la quasi-totalité des pays voisins du Maghreb, où il reste une référence. Dès les années 50, tout comme en Occident, les films sortent des studios et posent les caméras dans la rue, au plus près des habitants. C’est une nouvelle ère, un cinéma réaliste qui fait parfois étrangement écho au à la production italienne. On pense au Monstre de Salah Abou Seif, ou au Péché d’Henri Barakat. L’une des particularités de la production égyptienne fut également de maîtriser avec élégance l’art de l’adaptation littéraire. Aflam accorde ainsi une grande part de sa programmation aux films issus d’œuvres écrites, à l’instar de La Sangsue, de Salah Abou Seif, ou du Facteur d’Hussein Kamal. De nombreux films puisés dans le jeune cinéma contemporain, le documentaire ou le court-métrage parachèvent un événement de haute volée, unique en son genre.

Texte : Emmanuel Vigne
Photo : La Terre de Youssef Chahine

Cinéma(s) d’Egypte : du 2/11 au 10/12 à Marseille et dans la Région PACA.
Rens. 04 91 47 73 94 / www.aflam.fr

[25 oct 2011] Passer à la casserole, certes, mais pourquoi donc ?

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LIBERTE D’EXPRESSION

Passer à la casserole, certes, mais pourquoi donc ?

De l’effet du cinéma sur notre libido ou quand sexe et cuisine font bon ménage (à deux, voire plus si affinités).

On a tous en mémoire plusieurs scènes puissamment érotiques qui nous ont durablement marqués : de l’abominable partouze culinaire de La Grande Bouffe aux jeux inconséquents de Kim et Mickey dans 9 semaines ½, en passant par l’expérience interdite du gros Brando et de la frêle Maria Schneider à base de beurre dans Le Dernier Tango à Paris, le Septième Art n’a jamais été avare en représentations coïtales où il est question de nourritures et de sexe. Ainsi de la scène culte du Facteur sonne toujours deux fois, où Frank/Jack Nicholson, tout en animalerie pas du tout contenue, pressé de s’envoyer en l’air avec la sublime Cora/Jessica Lange, envoie valser ustensiles de cuisine et autres aliments de première nécessité via une chorégraphie désordonnée et emphatique, portée par une tension sexuelle à son comble. Pour le résultat que l’on connaît : un orgasme en forme de climax faisant suite à des coups de reins monumentaux — le fameux Reintintin. Pour ceux qui ont vu le film de Bob Rafelson et se souviennent de ces ébats, il ne fait aucun doute que le « passage » à la casserole en bonne et due forme de la jolie Cora aura été le point de départ, qu’écris-je (tremblant), l’épicentre de ladite expression qui nous intéresse présentement. Que nenni, les amis, il est vraisemblable que cet acte sexuel cuivré doive son origine à une délicate et imagée expression héritée du XIXe siècle, « faire un tour à la casserole », qui correspondait au traitement antivénérien que les jeunes femmes subissaient en cuisine — sympa — cependant que le cuistot, un manche à la main, faisait sauter, bouillir, chauffer tout ce qui l’entourait. Comme il est tout aussi vraisemblable qu’il est essentiel de se mettre à poêle avant de passer à la casserole. Je dis ça, je dis rien.

Henri Seard

[12 oct 2011] Cinéastes, de notre temps – Carte blanche à André S. Labarthe à l’Institut de l’Image (Aix)

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Histoire(s) d’un cinéphile

L’Institut de l’Image délocalise à Aix la formidable rétrospective consacrée à André S. Labarthe au printemps dernier à Beaubourg, et rend hommage à l’œuvre exceptionnelle laissée par ce « ciné-fils », en binôme avec Janine Bazin.

Il est regrettable de constater que la cinéphilie a parfois renvoyé au grand public l’image d’un cercle d’initiés, érudits blafards passant le plus clair de leur temps dans la pénombre des salles obscures, au contact de films jugés difficiles, aux antipodes de l’essence populaire qu’est à l’origine le cinéma. La cinéphilie, chantre d’un art élitiste ? Certainement pas, et les œuvres (dans l’œuvre) de Langlois, Buache, Douchet, Daney ou Labarthe viennent encore aujourd’hui l’attester. La cinéphilie est avant tout affaire de mémoire. Sans elle, une bonne partie de l’histoire du cinéma, aussi bien sur un plan théorique que technique (la restauration des copies), serait tombée dans les oubliettes du XXe siècle. La cinéphilie a finalement permis de révéler (comme on révèle la pellicule) sa propre histoire. D’en définir le langage, les grands auteurs, les grands mouvements cinématographiques. Et l’œuvre d’André S. Labarthe a largement contribué à diffuser cette expérience de l’image que fut, et reste, le cinéma. Ancien critique aux Cahiers, il fut débauché par la veuve d’André Bazin, auteur de l’incontournable Qu’est-ce que le cinéma, dans le but de réaliser une série filmée d’entretiens avec les plus grands réalisateurs. Ainsi naquit Cinéastes, de notre temps, renommé plus tard Cinéma, de notre temps. Soit une série de nombreux portraits (plus d’une centaine à ce jour), pénétrant l’univers créatif de Lang, Ford, Hitchcock, Gance, Godard, Cassavetes, Rohmer ou Bunuel, entre autres. La force des films de Labarthe est d’atteindre l’œil du maître par petites touches, avec subtilité, saisissant au bond quelques instants de vies de ces hommes et femmes qui finissent par en dire long sur leur rapport au monde, donc au cinéma. Car il faut rappeler ici que les films de Labarthe sont aussi de grandes œuvres, formidablement bien montées, intelligemment construites. Avec quelques souvenirs inoubliables et jubilatoires, comme la rencontre improbable entre Ford et Hitchcock, l’entretien maître/élève entre Lang et Godard, les anecdotes distillées par Rohmer, pourtant rétif à ce genre d’exercice, ou le vibrant témoignage de Cassavetes expliquant son travail. L’Institut de l’Image propose donc de (re)découvrir le travail de Labarthe, à travers la projection d’une poignée d’épisodes, qui seront accompagnés d’une œuvre originale des cinéastes sélectionnés. Le tout présenté sur certaines séances par Labarthe lui-même, ce qui fait de cet événement l’un des plus passionnants de la rentrée.

Emmanuel Vigne

Cinéastes, de notre temps – Carte blanche à André S. Labarthe : du 12/10 au 1/11 à l’Institut de l’Image/Cité du Livre (8-10 rue des Allumettes, Aix-en-Provence). Rens. 04 42 26 81 82 / www.institut-image.org

[12 oct 2011] CinéHorizontes : du 14 au 23/10 à Marseille

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Horizons lointains

La dixième édition du festival de cinéma espagnol CinéHorizontes est l’occasion pour le public marseillais de partir à la découverte de la production nationale, dont seule une partie émergée est diffusée en France.

Arrivé à l’âge de raison, le festival espagnol CinéHorizontes offre une édition en forme de pot-pourri des plus grands moments vécus cette dernière décennie. Depuis la venue de Carmen Maura en 2001, de grands noms de la cinématographie ibérique ont fait le déplacement dans la cité phocéenne. On en retrouve une pléiade prestigieuse cette année, de Carlos Saura à Alex de la Iglesia, venue présenter la richesse de la production nationale, et soutenir une équipe, celle d’Horizontes del Sur, particulièrement dynamique à Marseille, comme le prouve le menu de cette dixième édition. Le réalisateur de Cria Cuervos accompagne ainsi la projection de son nouvel opus, Flamenco flamenco, en forme de suite, quatorze ans plus tard, de son superbe Flamenco, tourné déjà avec la même équipe. Quant au déjanté auteur du Jour de la bête, il accompagnera la présentation de Balada triste de trompeta, tourné dans la veine de ses comédies noires, du Crime farpait à Mort de rire. Mais l’un des invités à découvrir avec le plus d’intérêt reste José Luis Alcaine, l’un des génies de la lumière du cinéma espagnol. Il fut l’un des plus brillants directeurs de la photographie de la production transpyrénéenne, et travailla avec les plus grands noms du cinéma, dont, surtout, Victor Erice, sur son sublime Éloge de la lumière. Le public phocéen aura donc l’occasion de converser avec lui lors de la diffusion de trois films dont il eut en charge la photographie (El Sur du même Victor Erice, Jamon jamon de Juan José Bigas Luna et Las trece rosas d’Emilio Martinez Lazaro). Autour de ces rencontres passionnantes, ce sont toujours une poignée de films riches et vivants que le public phocéen pourra découvrir, souvent en avant-première.

Emmanuel Vigne

CinéHorizontes : du 14 au 23/10 à Marseille (Prado, Variétés, BMVR Alcazar, Maison de la Région, Château de la Buzine et Espace Julien), Aix-en-Provence, Aubagne, La Ciotat, Vitrolles et Avignon. Rens. 04 91 08 53 78 / www.horizontesdelsur.fr

[12 oct 2011] Drive (Etats-Unis – 1h40) de Nicolas Winding Refn avec Ryan Gosling, Carey Mulligan, Bryan Cranston, Albert Brooks, Ron Perlman…

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Permis à très bons points

Disons-le tout net : Drive n’est ni plus ni moins qu’un chef d’œuvre. Le film de Nicolas Winding Refn, où les faux-pas se cherchent comme une aiguille dans une botte de foin, réussit à mêler harmonieusement dans une même histoire romantisme poignant et violence exacerbée. Ryan Gosling est le « chauffeur » ; un cascadeur automobile surdoué qui se rêve en pilote de stock-car le jour et se mue la nuit en conducteur, ganté et non armé, de braqueurs. Rien ne sera dévoilé sur son passé, mais quand Irène (étincelante Carey Mulligan) et son fils, voisins de palier et de cœur ayant éraflé son capot de solitude impassible, sont en danger, rien ne peut l’arrêter. Il les protègera alors au prix d’une accumulation de cadavres sur sa route vengeresse. En dépit d’un visage lustré de sérénité, le scorpion brodé sur le blouson de Ryan Gosling semblait pourtant dès le départ nous mettre en garde. Rarement un acteur aura réussi à exprimer autant d’émotions, avec une si grande économie dans son jeu. Naviguant entre Bulllit, History of Violence, et Taxi Driver, le film manie les ruptures de rythme comme le chauffeur ses changements de vitesse. La mise en scène, rythmée par une bande-son électronique exceptionnelle, agit sur nous comme un aimant. Par moments, la caméra nous raconte les situations de manière elliptique, laissant aux objets le soin de tisser le scénario, ou opère des allers-retours entre ce que regarde le chauffeur et son visage en gros plan, épousant ainsi pleinement l’action. Les seules respirations autorisées proviennent de ralentis, réservés aux instants de grâce entre l’innocente Irène et l’énigmatique chauffeur. L’histoire a beau avoir été quelque peu remaniée par rapport au livre éponyme de James Sallis, aucun point ne sera retiré du permis d’œuvre brillante que l’on décerne derechef à cet incroyable film.

Guillaume Arias

[27 sept 2011] Films Femmes Méditerranée : jusqu’au 4/10 à Marseille

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Profession : réalisatrices

La sixième édition des rencontres Films Femmes Méditerranée porte un regard tout autre sur notre époque et ce chapelet de pays reliant les îles éoliennes à Tanger.

L’équipe de Films Femmes Méditerranée ouvre donc le bal de cette nouvelle saison cinématographique, durant laquelle les principaux festivals phocéens, portés par une myriade d’associations, enrichissent notablement le paysage local en matière de diffusion. Le schéma reste le même pour cette sixième édition : donner la parole aux cinéastes féminines des divers pays bordant la Mare Nostrum, concept pertinent lorsque l’on connaît la place déterminante (mais parfois contradictoire) des femmes dans cette région du monde, et ce dès les premiers écrits mythologiques. Cette année, plus d’une douzaine de pays sont représentés à l’écran, du Maghreb à l’Europe, en passant par le Moyen-Orient. Avec à la clé de fort belles invitations, à commencer par Moufida Tatli, cinéaste tunisienne qui avait frappé les esprits dans les années 90 avec un superbe premier film, Les silences du Palais, programmé lors de cette nouvelle édition au Chambord. La réalisatrice raflera de nombreux prix pour cette œuvre puissante et sensible, puis tournera quelques années plus tard La saison des hommes, qui achèvera de la placer comme fer de lance du nouveau cinéma tunisien. Citons parmi les autres invitées Danielle Arbid, venue présenter Beyrouth Hôtel, inédit à Marseille, et programmé cette année à Locarno. La cinéaste libanaise cite souvent Henry Laurens, du Collège de France, qui précisait : « Si vous avez compris quelque chose au Liban, c’est qu’on vous l’a mal expliqué. » Le film suit la rencontre amoureuse de Zoha et Mathieu, sur fond de peinture sociale et politique d’un pays naviguant désespérément entre chaos et espoir. Autre curiosité programmée, le film de Pelin Esmer, Les collections de Mithat Bey, venu représenter la cité qui attire aujourd’hui tous les regards et autres fascinations par son dynamisme magnifique en perpétuelle mutation : Istanbul. Cette œuvre documentaire constitue un témoignage poétique et décalé sur la mémoire de l’ancienne Constantinople, sous le regard d’Ali, concierge de son immeuble. La rive européenne de la Méditerranée n’est pas en reste, avec l’avant-première du film Corpo celeste de l’Italienne Alice Rohrwacher, en partenariat avec l’Institut Culturel Italien de Marseille, décidément très investi dans la diffusion d’œuvres transalpines. Le film offre une plongée dans l’une des plus belles régions du pays, la Calabre. Au total, près d’une quinzaine d’opus seront présentés lors de cette nouvelle édition, auxquels s’adjoint une sélection de courts-métrages, achevant de brosser un portrait pertinent de la création cinématographique méditerranéenne au féminin.

Texte : Emmanuel Vigne
Photo : Les collections de Mithat Bey de Pelin Esmer

Films Femmes Méditerranée : jusqu’au 4/10 à Marseille (Prado, Chambord, Maison de la Région et Alcazar), puis le 8 à Hyères et le 9 à La Ciotat. Rens. 04 91 47 37 14 / www.films-femmes-med.org

[27 sept 2011] L’Apollonide - souvenirs de la maison close (France – 2h02) de Bertrand Bonello avec Hafsia Herzi, Céline Sallette…

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Et la tendresse, bordel

Loin de l’univers masculin de ses derniers films (De la guerre, Le Pornographe…), le nouveau Bonello, lancinant et sensuel, nous entraîne à l’intérieur d’une maison close parisienne au début du siècle dernier. Une prison dorée pour une douzaine de très jeunes filles, à laquelle chacune rêve d’échapper un jour, sans aucun espoir de réussite.
Eloge de la lenteur, le film s’adapte au temps qui s’écoule différemment dans cet espace clos, bercé par des chansons françaises et du rhythm’n’blues sixties, pas franchement déplacé dans cet univers particulier.
On regarde les filles vivre, passant de leurs chambres au salon, se métamorphosant dans l’escalier qui les mène à leurs clients, joyeuses et souriantes femmes de compagnies qui ne peuvent trouver le sommeil tant qu’un homme est dans la place.
Mélangeant cinéma et théâtre dans sa prise de vue (« Le salon, c’est la scène des filles, l’étage, leurs coulisses »), Bonello montre le quotidien des prostituées, sans vulgarité et en évitant les clichés. A travers les rituels d’hygiène, les espoirs, les amitiés, la maladie et l’envie d’en sortir, il dresse une délicate galerie de portraits, sans alourdir les traits et sans manichéisme. Qu’il s’agisse des clients, de « la femme qui rit », dont l’histoire rythme lentement le film, entre songe et éveil, ou de la mère maquerelle, parfait mélange entre la maman et la putain, personne n’est tout noir ou tout blanc dans cette jolie chronique. Bonello livre ici un film d’époque langoureux, la poussière en moins, hypnotisant dès les premières secondes.

Aileen Orain

[27 sept 2011] Restless - (Etats-Unis – 1h35) de Gus Van Sant avec Henry Hopper, Mia Wasikowska, Ryo Kase…

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Loss in translation

Après Paranoid Park et Elephant, qui abordaient certes d’autres sujets (l’adolescence notamment), Gus Van Sant continue d’explorer le thème de la mort, et plus particulièrement la résistance qu’offre l’innocence de l’amour à son inévitabilité.
Enoch (Henry Hopper, sage fils du rebelle et regretté Dennis) est un jeune homme replié sur lui-même, dont le seul exercice de sociabilité se résume à hanter les enterrements (il n’a pas pu assister à celui de ses parents). Cette morbidité laissera peu à peu la place à une renaissance grâce à une rencontre amoureuse avec Annabel Cotton (Mia Wasikowska), dont la gaieté semble insensible au cancer qui la ronge. Paradoxalement, plus les références à la mort s’accumulent, entre fête d’Halloween et fantôme kamikaze, ou aux chemins qui y mènent, du suicide à la maladie, plus la poésie romantique du film emporte le spectateur. Une atmosphère automnale et duveteuse que l’on doit à une bande son pop planante, à un éclairage atténuant la vivacité des couleurs et à une caméra fugacement braquée sur l’esquisse d’un sourire ou la courbe d’une nuque. Depuis le nuage où l’on contemple cette œuvre, le temps semble suspendu. Derrière les épreuves traversées par l’amour, qui doit affronter maladie et incompréhension de la famille, Gus Van Sant ne se prive pas de critiquer la fausse personnalisation — mais vraie normativité — des enterrements aux lieux et discours nostalgiques bien similaires : la phrase « Sorry for your loss » (« Toutes mes condoléances » en V.F.) n’est-elle pas assénée tout au long du film ? Tout comme nous ne cesserons de répéter que ce dernier est indispensable.

Guillaume Arias

[14 sept 2011] Les films de l’été

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Souviens-toi l’été dernier…

Pendant qu’un DSK priapique jouait dans un épisode de Law & Order, que la crise financière mondiale s’abattait comme la misère sur le pauvre monde et que les universités d’été des politiques nous faisaient mourir de rire, Ventilo a enfermé deux mois durant son journaliste dans des salles obscures et climatisées. La preuve.

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Melancholia de Lars Von Trier
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PITCH la fin du monde approche, la faute à la planète Melancholia. Pendant ce temps, Justine (Kirsten Dunst) et Michael (Alexander Skarsgård) se marient et s’empiffrent de petits fours.
Genre : un mariage et plein d’enterrements.
LE + Kirsten Dunst, nue, communiant avec la nature.
LE - Charlotte Gainsbourg, habillée, communiant avec le curé.
L’HALLU Kiefer Sutherland/Jack Bauer, un poil paumé, persuadé qu’il va/peut encore sauver le monde.
L’ALIBI CULTUREL l’œuvre de Tarkovski, pas très bien relue par LVT.
BILAN un film portant le nom d’une chanson de Mylène Farmer ne pouvait que décevoir.

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Super 8 de J.J. Abrams
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PITCH la fin du monde approche, la faute à une bestiole échappée de la zone 51 et d’un train qui déraille. Pendant ce temps, Alice (Elle Fanning) et Joe (Joel Courtney) se tournent autour pour de vrai et filment un film de zombies pour de faux.
Genre : Les Goonies rencontrent Cloverfield.
LE + le film (amateur) dans le film (blockbuster), tourné par des gamins exaltés.
LE - le film (blockbuster) dans le film (amateur), tourné par un enfant gâté.
L’HALLU l’utilisation des chutes du court-métrage tremblant et N&B qui servait à illustrer le projet Dharma dans Lost.
L’ALIBI CULTUREL l’œuvre de Spielberg, digérée jusqu’à la nausée par J.J. Abrams.
BILAN un film portant le nom d’une pellicule du siècle dernier ne pouvait que décevoir.

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La piel que habito de Pedro Almodovar
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PITCH la fin du monde approche, la faute aux Incas qui avaient prédit il y a fort longtemps, via un savant calcul, l’apocalypse en 2012. Pendant ce temps, Carole (Elena) et Hal (Antonio Banderas) jouent au docteur dans un manoir.
Genre : peau de chagrin.
LE + l’incroyablement sexy Elena Anaya, découverte il y a dix ans dans Lucia y el Sexo, malgré sa combi chair mais cheap.
LE - les nombreuse drogues prises par Almodovar sur le tournage.
L’HALLU l’arrivée d’un violeur déguisé en tigre. Aussi, le dealer de Pedro.
L’ALIBI CULTUREL l’œuvre d’Almodovar, abîmée par Almodovar.
BILAN Mary Shelley + Movida + Cerveza = caca

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Transformers 3 : la face cachée de la lune de Michael Bay
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PITCH la fin du monde approche, la faute aux Decepticons qui veulent encore (et toujours) se friter avec les Autobots. Pendant ce temps, Carly (Rosie Huntington-Whiteley) et Sam (Shia LaBeouf), humains après tout, se tripotent le lego©.
Genre : Aïe robots.
LE + pour les nuls en histoire, comme moi, retour sur la Bay des cochons.
LE - l’absence de la délurée Megan « je ferais bander un robot » Fox pour cause d’embrouilles avec le prude Spielberg.
L’HALLU un film de 155 minutes sans scénario, un véritable tour de force.
L’ALIBI CULTUREL l’œuvre de Jouet Club, complètement détruite par Michael Bay.
BILAN un coffre à jouets qui ne vaut déjà pas un clou sur e-Bay.

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La planète des singes : les origines de Rupert Wyatt
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PITCH la fin du monde approche, la faute à César, un jeune singe, à qui on n’apprend pas à faire la grimace. Pendant ce temps, Caroline (Freida Pinto) et Will (James Franco) jouent à Jane et Tarzan.
Genre : régime de bananes.
LE + l’apparition du toujours malin comme un singe John Lithgow.
LE - l’apparition en forme de peau de banane virtuelle de Charlon Heston qui, même mort, fait le singe.
L’HALLU après un singe en hiver, des singes en été, tout fout le camp.
L’ALIBI CULTUREL l’œuvre de Pierre Boulle, blanchie en monnaie de singe par Rupert Wyatt.
BILAN à trop singer, on chimpanzé. Demandez à Burton.

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les Schtroumpfs en 3D de Raja Gosnell
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PITCH la fin du monde approche, la faute à Gargamel (Hank Azaria) qui ne trouve rien de mieux que d’envoyer les Schtroumpfs à New York via un portail magique. Pendant ce temps, Grace (Jayma Mays) et Patrick (Neil Patrick Harris) se défoncent à la salsepareille.
Genre : les maux bleus.
LE + le cabotinage de Neil Patrick Harris et le sex-appeal de Sofia Vergara, respectivement échappés de How I Met Your Mother et Modern Family.
LE - l’humour US gentiment scatologique mais, paradoxalement, sans relief…
L’HALLU la poitrine de la Schtroumpfette, bonnet 3D !
L’ALIBI CULTUREL l’œuvre de Peyo, schtroumpfée façon pipi/caca par Raja Gosnell.
Bilan : les yeux dans les bleus, avec des lunettes.

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Green Lantern de Martin Campbell
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PITCH la fin du monde approche, la faute à Parallax, le frère de Microlax, qui menace de rompre l’équilibre entre les forces de l’univers. Pendant ce temps, Carole (Blake Lively) et Hal (Ryan Reynolds) se demandent ce qu’ils sont venus foutre dans ce nanar.
Genre : géant vert (fluo).
LE + la bande-annonce. Vachement bien faite. Parole de journaliste.
LE - le film. Je ne comprends pas, la bande-annonce était pourtant vachement bien faite. Qu’on éclaire ma lanterne.
L’HALLU le traitement chromatique et esthétique du film à dominante… verte. Vertigineux.
L’ALIBI CULTUREL l’œuvre de DC Comics, les rivaux de Marvel, pas vernie par Martin Campbell.
BILAN il ne faut jamais prendre un messie pour une lanterne.

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Captain America, first avenger de Joe Johnston
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PITCH la fin du monde approche, la faute aux nazis en général et à Hitler en particulier. Pendant ce temps, l’armée américaine décide de se débarrasser du nabot belliqueux à moustache en créant un super soldat (Chris Evans). Genre.
Genre : fantaisie militaire nauséabonde.
LE + le générique de fin, où tu comprends via moult clins d’œil qu’un méga blockbuster se prépare avec plein d’Avengers dedans.
LE - le générique de fin, où tu comprends via moult clins d’œil qu’un méga blockbuster se prépare avec plein d’Avengers dedans.
L’HALLU les mauvais effets spéciaux qui font passer le héros national de gringalet à monsieur muscles.
L’ALIBI CULTUREL l’œuvre de Marvel (les rivaux de DC Comics) gonflée aux stéroïdes de Joe Johnston.
BILAN guère épais, ce remake US de Guerre et Paix.

Henri Seard

[14 sept 2011] Les 4e Rencontres du cinéma européen

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Lisbonne Stories

Parmi les premières manifestations cinématographiques de la rentrée, Cinépage se fait particulièrement remarquer avec sa nouvelle édition des Rencontres du cinéma européen, consacrée cette année au Portugal.

L’association Cinépage propose depuis de nombreuses années, à Marseille, diverses activités visant « à développer, en France et à l’étranger, la culture cinématographique, l’initiation à la lecture de l’image », intention fort louable quoiqu’un peu floue, voire un zeste naïve, et qui se concrétise ici par l’édition d’une revue souvent dispensable et de projections qui, elles, le sont beaucoup moins. A fortiori pour cette proposition de rentrée, voyage au cœur d’une cinématographie passionnante : la production made in Portugal. Au travers de plus d’une quinzaine de films, Cinépage propose un parcours plutôt classique mais efficace des grands noms du cinéma lusitanien, de Manoel de Oliveira à Paulo Rocha, en passant par Antonio Reis et Joao Pedro Rodrigues, auteur, dernièrement, du superbe Mourir comme un homme (voir photo), qu’il présentera en personne aux Variétés. L’un des temps forts de la manifestation, donc, qui viendra s’ajouter à la soirée d’ouverture en compagnie de Teresa Garcia, ancienne assistante de Monteiro, qui fera le voyage avec, sous les bras, ses trois derniers moyens-métrages : Le chemin perdu, La maison oubliée et Un double voyage. Cette manifestation permettra au spectateur de mesurer toute la subtilité du cinéma portugais, qui navigue intelligemment dans un clair-obscur, entre mélancolie rêveuse, la fameuse saudade, et une fougue passionnelle qui n’a rien à envier à son voisin ibérique. Le vice-Président de la Cinémathèque de Lisbonne viendra en personne développer l’histoire de cette cinématographie aussi riche que mal connue, et dont on mesurera la beauté dans les œuvres, programmées par Cinépage, de Pedro Costa (le récent En avant jeunesse), de Joao Botelho, de José Vieira (et son chef d’œuvre Les gens du Salto), ou de Paulo Rocha, dont il faut (re)voir Le fleuve d’or.

Emmanuel Vigne

4e Rencontres du cinéma européen : du 20 au /09 à l’Alcazar (58 cours Belsunce, 1er), au Variétés (37 rue Vincent-Scotto, 1 er), au César (4 place Castellane, 6e), au Pathé Madeleine (36 avenue du Maréchal Foch, 4e) et au Polygone étoilé (1 rue Massabo, 2e).
Rens. 04 91 85 07 17 / www.cinepage.com

[29 juin 2011] Festival International du Documentaire de Marseille

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Jean-Pierre Rehm et son équipe nous convient à ce vingt-deuxième rendez-vous avec l’exigence qui animait les dernières éditions : une programmation de haut vol, la présence d’invités prestigieux et une prédilection de plus en plus marquée pour la diffusion de films en avant-première internationale. Le FID est devenu avec les années l’un des grands moments de rencontres cinématographiques, largement au-delà de nos frontières. Il a accompagné, éditions après éditions, l’explosion du documentaire et la mutation des formes d’expressions visuelles et sonores qui a vu les frontières évoluer entre fiction et documentaire. Au point que l’événement s’annonce, cette année, comme un festival de cinéma. De tous les cinémas. Pour sa séance d’ouverture, le FID a proposé à Arnaud des Pallières, réalisateur des formidables Disneyland, mon pays natal et Drancy avenir, de présenter en première mondiale son nouvel opus, Poussières d’Amérique, vision toute personnelle, on s’en doute, de l’histoire américaine, à base d’images d’archives privées. Un film qui figurera en compétition internationale aux côtés, entre autres, des réalisations de Joana Preiss (Sibérie), plus connue comme actrice chez Assayas,et vague égérie underground un temps magnifiée par Nan Goldin, de Bernhard Sallmann (Das schlechte feld), de Lech Kowalski, fantastique documentariste s’étant souvent penché sur la scène musicale punk et qui présente cette année The end of the world begins with one lie, ou Philippe Grandrieux, l’un des plus grands cinéastes français contemporains, avec Il se peut que la beauté ait renforcé notre résolution - Masao Adachi, annoncé comme un véritable ovni filmique. Au total de cette compétition, une vingtaine de films représentant dix-sept pays. Parallèlement, le jury aura également la tâche de récompenser le meilleur opus de la sélection française et de la compétition premier film. Catégories où se côtoieront Pierre Creton (déjà présent à l’édition de 2009), avec Le grand cortège, Elsa Quinette ou Eric Baudelaire. Parmi les points les plus passionnants du festival se trouvent sans conteste les éditions parallèles, cette année au nombre de six : « Une autre histoire du cinéma mexicain », qui permettra de découvrir la richesse d’une production peu connue, surtout sur la période d’après-guerre, « Souffrance et cruauté » qui, partant du raccourci lapidaire de Daney (« Au documentaire revient la cruauté, la souffrance appartient à la fiction »), tentera de démêler les fils d’une thématique large et enchevêtrée. Dans cette dernière sélection, on retrouvera les œuvres uniques de Werner Schroeter, disparu l’année dernière (Le règne de Naples) ou Koji Wakamatsu, avec United red army, récemment chroniqué dans ces colonnes. Autre rendez-vous, parmi les écrans parallèles : « Portraits Croisés », passionnante galerie de portraits cinématographiques, où l’on rencontrera Ophüls et Godard (dans le film de Frédéric Choffat et Vincent Lowy), Jonas Mekas ou Jean-Claude Biette. Enfin, l’un des autres très beaux rendez-vous du Festival se nomme « Conversations Secrètes », emprunt au chef d’œuvre de Francis Ford Coppola d’ailleurs présent dans cette sélection. Au final, une programmation colossale, pour l’un des plus grands rendez-vous cinématographiques de l’année.

Texte : Emmanuel Vigne
Photo : Disneyland, mon pays natal de Arnaud des Pallières

_Du 6 au 11/07 au TNM La Criée (30 quai de Rive Neuve, 7e), au Variétés (37 rue Vincent Scotto, 1er), à la BMVR Alcazar (58 cours Belsunce, 1er), au Théâtre Silvain (Chemin du Pont de la Fausse-Monnaie, 7e) et à la Maison de la Région (61 La Canebière, 1er). Rens. 04 95 04 44 90 / www.fidmarseille.org

[29 juin 2011] Images Contre Nature

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Avis aux amoureux de la vidéo expérimentale, aux héritiers de Mékas ou Anger et aux nostalgiques de Fluxus ! La belle équipe du festival international de vidéo expérimentale Images Contre Nature nous donne rendez-vous en juillet pour la onzième édition d’un événement mêlant, avec un brio rare, pertinence visuelle, questionnement de l’image, étirement des sens et chaleur des rencontres humaines. Le principe reste quasi-inchangé, même si cette nouvelle année offre son lot de surprises : cinq journées de projections au Théâtre des Chartreux, où les films sont diffusés sur six programmes (espace, identité, mouvement, perception, sens et temps), le tout accompagné de propositions satellitaires aux quatre coins de Marseille (à Circuit Court, aux Grands Terrains, au Vidéodrome, à Art/Positions). Deux excellentes structures sont cette saison à l’honneur, lors des soirées d’ouverture et de clôture, sous forme de cartes blanches. Le Collectif Jeune Cinéma (CJC) d’une part, plus ancienne coopérative hexagonale de films, qui viendra pour l’occasion fêter ses quarante ans, et la FixC, basée à Helsinki, organisme éminemment actif dans la diffusion et la promotion d’un cinéma différent. A signaler par ailleurs que le CJC partagera la soirée de clôture avec Emmanuel Vigne et Julien Chesnel, réalisateurs du film Zone portuaire, déjà chroniqué dans ces colonnes, et sélectionné cette année par Images contre Nature. Ce sont ensuite plus de quatre-vingt films, en provenance de dix-huit pays, que le spectateur curieux pourra découvrir dans les programmes susnommés. Une sélection exigeante et extrêmement variée de films courts interrogeant l’image et le son dans leur globalité, et qui n’exclut pas le rapport de l’expérimental au monde. Le regard politique et la colère sociale planent chaque année dans certaines œuvres, et les films polémiques sont souvent les bienvenus, à l’instar du dernier opus de Merejkowksy programmé cette année, Guédiguian n’est pas mort pour la France.

Texte : Sellan
Photo : Zone portuaire

_Le 8/07 à Circuit-Court (11 rue du Commandant Mages, 1er) et du 12 au 16/07 au Théâtre des Chartreux (105 avenue des Chartreux, 4e). + sélection de films au Vidéodrome (8 rue Vian, 6e) et expos aux Grands Terrains (8 rue Vian, 1er) et à Art/Positions (36 rue d’Aubagne, 6e). Rens. 04 91 42 21 75 / www.p-silo.org

[15 juin 2011] Regards sur le cinéma israélien

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Bobines sociales

Pour la douzième saison consécutive, l’équipe des Regards sur le cinéma israélien nous propose de découvrir la richesse d’une production chaque année plus passionnante, qui n’hésite pas à prendre à bras le corps les sujets les plus dérangeants de la société.

Interrogé par Xavier Nataf, directeur de la manifestation, le cinéaste Raphaël Nadjari, réalisateur d’une sublime Histoire du cinéma israélien, soulignait : « La fiction israélienne essaie de se préoccuper de ce qui est juste, c’est sa grandeur et c’est son piège. » Il est en effet surprenant d’observer la qualité des productions récentes (Ajami, Lebanon — Lion d’Or à Venise —, Tu n’aimeras point…), qui parviennent à toucher un large public international tout en se distinguant en festivals. Un cinéma particulièrement attaché aux mécanismes sociaux et humains qui troublent depuis trop longtemps cette région du Proche-Orient. Quel que soit le genre abordé, du polar à la comédie, l’essentiel de la production israélienne offre, quasi systématiquement, un regard ciselé, pertinent, audacieux, et finalement à contre-courant du discours étatique, sur une réalité sociale complexe, subie par la population. Cette douzième édition vient donc confirmer la bonne santé d’une production pourtant très réduite (guère plus d’une vingtaine de films par an), mais fort soutenue par les pouvoirs publics, autant dans le champ de la fiction que du documentaire. Au programme, une dizaine d’œuvres inédites, dont, pour la soirée d’ouverture, le Prix du Scénario à Cannes en mai dernier : Footnote, dernier opus de Joseph Cedar, auteur en 2007 du remarquable Beaufort. Le film oscille entre farce et tragédie, nous plongeant dans un microcosme universitaire où se marient frustration, jalousie et soif de reconnaissance, sur fond d’études talmudiques et de conflit père/fils. Citons également The matchmaker, dernière œuvre d’Avi Nesher, auteur entre autres d’Au bout du Monde à gauche, qui nous renvoie dans l’Haïfa des années 60, auprès d’un curieux agent matrimonial, survivant de l’Holocauste, et de son jeune assistant découvrant le bouleversement amoureux. Xavier Nataf et son équipe accueilleront, parmi les invités de cette nouvelle édition, le cinéaste Eitan Zur, pour la projection de Naomi, dans lequel un éminent professeur découvre la double vie de son épouse, sublime jeune femme dont il reste éperdument épris. Au-delà d’une programmation passionnante, ces Regards sur le cinéma israélien mettent en lumière un projet initié par Yaêl Perlov, donnant la parole à de jeunes cinéastes palestiniens et israéliens, lors d’une projection de huit courts-métrages réalisés par ces étudiants du département Cinéma de l’Université de Tel-Aviv. Cette passerelle reste indéniablement à l’image de la production contemporaine israélienne : ouverte sur l’autre et désireuse d’en finir avec les crispations politiques interminables.

Texte : Emmanuel Vigne
Photo : Footnote de Joseph Cedar

Regards sur le cinéma israélien : du 15 au 21/06 aux cinémas César (4 place Castellane, 6e) et Variétés (37 rue Vincent Scotto, 1er). Rens. 08 92 68 05 97 / www.judaicine.fr

[15 juin 2011] Se révolter, filmer - Rétrospective Jean-Pierre Thorn

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Face au mur

Parallèlement à son remarquable travail de transmission de la culture hip-hop, l’association The B-Side invite à Marseille Jean-Pierre Thorn, cinéaste de la lutte et de l’urgence, pour une rétrospective passionnante couvrant quatre décennies d’engagement cinématographique.

Peu de cinéastes semblent avoir gardé, de la fin des années soixante à aujourd’hui, une telle sincérité, doublée d’une infatigable volonté à accompagner les luttes. Jean-Pierre Thorn fait incontestablement partie de cette catégorie. L’homme attrape sa première caméra dès 1968 afin de rendre compte du combat des ouvriers de Renault Flins lors des grandes grèves. Une démarche qui lui permettra de rencontrer de nombreux techniciens et réalisateurs — dont Jean-Luc Godard — et de tirer quelques copies du film Oser lutter, oser vaincre, qui sonnera le glas de sa jeune carrière. Thorn devient alors durant une dizaine d’années ouvrier sur les chaînes d’Alsthom, expérience qui lui permettra de vivre la lutte syndicale au cœur du système, et de réaliser, au début des années 80, son œuvre phare, Le dos au mur, dans lequel il revient sur les occupations de son usine lors des grandes grèves d’octobre 79. Aujourd’hui encore, le film sonne avec une rare modernité. The B-side en propose une projection au CRDP, évidemment en présence du réalisateur, qui accompagnera toutes les soirées programmées lors de cette rétrospective. Par la suite, le cinéaste tissera son œuvre documentaire, en s’intéressant aux conditions de vie en banlieues, aux rêves avortés, aux espoirs d’une jeune génération, où se mêlent musique, danse, combats quotidiens et lutte des sans-papiers. On retrouve au cœur de sa filmographie l’une de ses rares fictions, Je t’ai dans la peau, tournée à Marseille. Mais il se fait plus récemment remarquer avec 93 la belle rebelle, épopée passionnante sur un demi-siècle de prises de paroles musicales, du rock au hip-hop en passant par le punk, dans ce département d’Île-de-France. Ou comment la mixité musicale, parfois de haut vol, devient la bande-son d’une histoire industrielle, sociale et humaine souvent déchirante mais encore, malgré les trahisons politiques, empreinte d’espoir. Parmi la dizaine de films présentés lors de cette rétrospective, aux quatre coins de la cité phocéenne, citons la projection, au collège Jacques Prévert, de On est pas des marques de vélo, œuvre de 2003 retraçant, via le parcours de Bouda, jeune danseur de hip-hop, toute la richesse du street art, du breakdance au graff.

Texte : Emmanuel Vigne
Photo : 93 la belle rebelle

Se révolter, filmer - Rétrospective Jean-Pierre Thorn : du 15 au 25/06 au CRDP (31 boulevard d’Athènes, 1er), au Polygone étoilé (1 rue Massabo, 2e), au Théâtre du merlan (Avenue Raimu, 14e), au Collège Jacques Prévert (87 avenue de Frais Vallon, 13e) et au Centre social l’Agora (La Busserine, 14e). Rens. 04 84 25 04 02 / www.thebside.org

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