Festival Tous Courts, édition en ligne

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L’un des plus importants festivals de courts métrages en France, le Festival Tous Courts d’Aix-en-Provence, réussit, dans les circonstances actuelles, le tour de force de proposer une édition, en ligne et gratuite, quasi identique à la programmation originale : avec cette trente-huitième édition, l’équipe du festival nous fournit son beau lot de découvertes via la plateforme Kinow.

 

 

Il est difficile aujourd’hui d’évaluer réellement les impacts profonds que la crise sanitaire provoquera sur la diffusion cinématographique, mais il est peu ou prou certain que le mouvement de la multiplication des supports, amorcé depuis plusieurs années, transformera notre rapport à l’image en mouvement, à tous les stades de son industrie.

Il est presque heureux que les contraintes vécues cette année par les organisateurs de festivals cinématographiques aient fait émerger de nouvelles pistes de travail, forçant l’imagination, les prises de risques, brisant au final une praxis devenue parfois mécanique : il est essentiel que ce soit de véritables amoureux du cinéma, du dispositif de la salle obscure, qui s’emparent de l’outil numérique via sites et plateformes, en non pas le marché seul qui, nous le savons, n’éprouvera aucun remord à détruire ce qui fit l’essence même de l’existence de l’image reproductible. Ainsi pourra s’opérer, avec intelligence, la fusion devenue évidente entre l’image projetée, celle qui nous oblige à lever le regard, et l’accès par toutes et tous des œuvres sur les plateformes au succès exponentiel.

C’est une des leçons que nous pouvons tirer des diverses manifestations cinématographiques qui ont, cet automne, décidé de maintenir leur édition malgré la fermeture des salles.

Si la plupart a raisonnablement proposé des événements plus réduits qu’à l’accoutumée, saluons le travail de l’équipe du Festival Tous Courts, qui maintient également sa trente-huitième édition, en ligne et gratuitement, mais presque intégralement ! L’un des rendez-vous majeurs, en France, consacrés au format cinématographique court s’offre ainsi le luxe d’une programmation toujours aussi plurielle, dynamique, sémillante, en diffusant les films sélectionnés via la plateforme Kinow.

L’interactivité du médium utilisé permet de fait une construction thématique proche de l’événement physique, avec son lot de séances quotidiennes, regroupant une poignée de courts métrages inédits, et disponibles durant quarante-huit heures.

Au total, ce sont plus de cent vingt films qu’a sélectionné l’équipe de Tous Courts, répartis en treize programmes, dix en compétition internationale, et trois en compétition expérimentale : l’occasion de saluer le festival pour cette sélection parallèle passionnante, maintenue depuis de nombreuses années, et qui offre la découverte d’un langage cinématographique toujours renouvelé, propre à la réinvention des formes.

De À la mer de David Bouttin à L’Enfer de Raúl de la Fuente, de Ruby de Mariana Gaivão à Je finirai en prison d’Alexandre Dostie ou Hidden de Jafar Panahi, autant d’opus à découvrir sans réserves afin d’aiguiser nos regards sur une production qui, nous l’avons souvent souligné dans ces colonnes, offre une pluralité des expressions et expérimentations cinématographiques que les contraintes du long métrage ne permet pas toujours.

Soulignons enfin que de nombreuses pistes développées dans les éditions précédentes ont également été, ici, maintenues, des cartes blanches cette année offertes à Aflam, Miyu Distribution ou le Festival International du Film Francophone de Tübingen, à la séance d’Arte du vendredi 4 décembre, en passant par la diffusion des films en Région.

 

Emmanuel Vigne

 

Festival Tous Courts : du 1er au 6/12 sur la plateforme https://festivaltouscourts.kinow.tv