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La fuite dans les idées

[09 déc 2009] … des cadeaux rock n’roll pour toute la famille

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*ŒUVRE D’ART*
• Anne-James Chaton – Consigne
Le poète sonore, performer, musicien et plasticien (ouf !) expose actuellement à la galerie Porte-Avion ses Consignes. Regroupées sous le titre Un monde merveilleux, ces pièces révèlent avec (im)pertinence et ironie le sens caché des (pour le moins curieux) panneaux signalétiques japonais. Où l’on apprend que certains lieux sont interdits aux femmes exhibitionnistes à forte poitrine et aux éléphants bordéliques, tandis que les hommes sujets à de fréquents coups de foudre sont invités à s’asseoir dans le métro. Un cadeau un peu onéreux (250 € la consigne, 300 € encadrée et 3000 € la série seize consignes encadrées), mais quand on rit, on ne compte pas.

*Livre POP-UP*
• Boisrobert & Rigaud - Popville (Hélium)
Au commencement, il y a des arbres, une église et une seule route. On tourne la page et la route se prolonge, tandis que plusieurs arbres disparaissent, au profit de quelques nouveaux bâtiments. Au fil des pages de ce pop-up, une ville toujours plus grande, haute et dense se construit en relief sous nos yeux. Inventif, magique, poétique et haut en couleurs, ce livre extrêmement ludique donne à voir avec limpidité et grande intelligence la naissance d’une ville. A mettre entre toutes les mains !

*DVD*
• Coffret Méliès – 173 films du premier magicien du cinéma (Lobster Films)
Poète, technicien hors pair, magicien, bricoleur de génie, créateur surdoué, artiste complet, George Méliès fut tout à la fois. Il permit au langage cinématographique balbutiant de construire ses premières grammaires. Se voyant refuser l’utilisation de leur invention par les frères Lumière, il construisit seul sa caméra, fonda les premiers studios, créa les premiers trucages, et transforma un phénomène de foire ancré dans le réel (les films des Lumière) en un spectacle onirique et magique, qui marquera à jamais l’industrie du film. Dont acte dans ce coffret complet, qui rassemble, avec force bonus à l’appui, l’essentiel de la filmographie du maître.

*BD/CD*
• Robert Crumb - Héros du blues, du jazz et de la country (La Martinière)
Déjà auteur d’une magnifique compilation — Hot Women — célébrant les voix féminines dans les musiques folkloriques du monde entier, Robert Crumb fait une nouvelle fois étalage de son amour immodéré pour les musiques populaires d’avant-guerre. Les pionniers méconnus du blues, du jazz et de la country sont ici portraiturés en couleur par le génial dessinateur, qui accorde le son à l’image en complétant ce joli livre d’un CD regroupant des morceaux rares sortis en 78 tours entre 1927 et 1931.

*DVD*
Llik your idols (USA – 2007) d’Angélique Bosio (éd. Le Chat Qui Fume)
Voilà le cadeau idéal pour remettre un peu de rock’n’roll sous le sapin familial, avec ce documentaire culte d’Angélique Bosio, plongée jouissive au cœur de la scène underground new-yorkaise des années 80 et du cinéma de la transgression. Un parcours chaotique où l’on croise les délires soniques d’un Thurston Moore déjanté, les films sexués et trash de Richard Kern ou les performances scéniques de Lydia Lunch. Une époque en réinvention totale de tous les codes artistiques, en opposition avec un reaganisme putride, piochant en vrac dans les influences dada ou punk. C’est grand-mère qui va être contente.

*ROMAN-PHOTO*
• Collectif – Les romans-photos du Professeur Choron (Drugstore)
Les inconditionnels du très regretté Hara Kiri vont bondir de joie en retrouvant les aventures baroques et politiquement très incorrectes de la « bande à Choron » (Cavanna, Cabu, Wolinski, Coluche…). Plus de vingt ans après, ce foutoir — inimaginable aujourd’hui — n’a rien perdu de son acidité, de sa verve et, surtout, de sa force critique. Compilées par Drugstore, les meilleures pages de ces romans-photos qui ont fait les grandes heures du journal satirique offrent un pur moment de délectation, du bonheur à l’état brut.

*DVD*
Panique au Village (Belgique – 2007/2009) de Stéphane Aubier et Vincent Patar (Studio Canal)
Stéphane Aubier et Vincent Patar affirment depuis longtemps leur refus de la synthèse et leur amour tactile de la matière. Panique au Village recycle ainsi avec bonheur nos figurines d’enfance pour nous livrer les aventures loufoques de Cheval, Indien et Cow-boy perdus dans un village Belge. Les vingt épisodes contenus sur ce DVD atteignent, plus que le long-métrage sorti cette année, des sommets d’humour et d’inventivité. De 3 à 103 ans, vous tenez là le cadeau idéal !

*LIVRE D’ART*
• Martin Parr - Luxe (Textuel)
Martin Parr aime la marche. Muni de son boîtier 24×36, il parcourt le monde à la recherche de l’incongru, de la démesure humaine : les vacanciers anglais, entassés sur les plages du Nord dans des accoutrements bariolés, les touristes japonais de l’Acropole, agglutinés tel un essaim d’abeilles… Exposée cette année aux Rencontres d’Arles, la dernière série du photographe nous dévoile les caprices et autres facéties des grandes fortunes de ce monde. Rolex, Dubaï, bling-bling, petits-fours et polos au programme. C’est Séguéla qui va être content !

*CD*
• V.A. - In The Christmas Groove (Strut)
Oubliez Tino Rossi et Elvis Presley, la bande-son de votre Noël 2009 sera funky ou ne sera pas. Belle idée de Strut que de compiler quelques semaines avant la fin de l’année nombre de raretés soul et funk qui célèbrent toutes à la leur manière le christmas day sans jamais verser dans la ballade à clochettes. In The Christmas Groove, ou comment le Père Noël devient un Soul Brother : ça va frotter sévère sous le sapin !

*DVD*
• Intégrale Dr. House saisons 1 à 4 (USA – 2004/2008) de David Shore (Universal)
En attendant la diffusion largement différée de la saison 5 sur TF1 en 2010, Universal propose aux fans purs et durs de revoir, via un sublime coffret de 23 DVD, les quatre premières saisons du « misanthrope, arrogant et odieux Dr. House », comme le martèle la pub. Au menu de cette intégrale de « saison », aucun bonus supplémentaire, mais un T-shirt exclusif offert et le plaisir toujours renouvelé de suivre le combat ordinaire d’un homme extraordinaire auquel aucune pathologie mystérieuse ne résiste. Et qui ne croit vraiment pas au Père Noël.

*BD*
• David Heatley - J’ai le cerveau sens dessus dessous (Delcourt)
Nouvelle figure de proue de la BD indépendante US, David Heatley livre ici un récit graphique d’une profondeur troublante. Derrière ses lignes claires et ses dessins faussement naïfs percent les interrogations d’un jeune trentenaire qui se raconte en images comme d’autres se livrent sur un divan. Long, complexe, jouant des couleurs et des formats, ce journal intime dessiné est une vraie petite merveille. Cerise sur le gâteau : la couverture est splendide, vous n’aurez pas besoin de papier-cadeau.

*CD/DVD*
• Nirvana – Live at Reading (Geffen)
Mais que vient faire le groupe emblématique du grunge dans ce journal ? Sommes-nous encore assez bêtes pour renflouer les caisses de la veuve noire du défunt (Courtney Love) et de sa maison de disques (Geffen) ? Oui, car ce document est essentiel : jusqu’à présent, aucun enregistrement « live » de Nirvana n’était officiellement disponible — à part le légendaire Unplugged. Or Nirvana était bien sûr un trio branché sur 220V, et ses prestations scéniques incendiaires ont façonné le mythe. En 1992, Kurt Cobain et les siens jouent à Reading devant 60 000 personnes. Ils viennent de sortir Nevermind. C’est purement et simplement une leçon de rock’n’roll, et Nirvana est à son… zénith. Un CD et (surtout) un DVD pour savoir enfin.

*LIVRE JEUNESSE*
• Claude Ponti - Bih-Bih et le Bouffon-Gouffron (Ecole des loisirs)
Les dessins de Claude Ponti, c’est le bonheur de redécouvrir les subtilités de l’aquarelle dans une phosphorescence des couleurs et une finesse du trait que la 3D n’égalera jamais. Ici, Claude Ponti emmène Bih-Bih sur un chemin qui n’est autre que la langue d’un monstre, prêt à engloutir la terre entière. Dans les entrailles de la bête, le petit personnage va découvrir un monde du passé fait de monuments, de châteaux, de tableaux… Tous les éléments propres à construire une légende et à magnifier la beauté des images.

*DVD*
Mind Game (Japon - 2004) de Masaaki Yuasa (Potemkine/Agnès b. DVD)
Avec ses trouvailles visuelles et scénaristiques résolument iconoclastes, Mind Game est l’un des « anime » les plus attendus depuis sa sortie de 2004 en import. Cet ovni fera redécouvrir l’animation japonaise à ceux qui croyaient la connaître, mais les persuadera également de croire aux vertus de l’imagination, le film se focalisant sur les fantasmes et coups de folie des personnages. Cette édition limitée récompensera tous les patients passionnés, avec en bonus un commentaire explicatif des quelques plans les moins évidents de ce qui reste un chef-d’œuvre inépuisable.

*CD*
• Coffret Big Star - Keep an eye on the sky (Rhino)
A l’heure des cadeaux de fin d’année, on peut logiquement douter de la pertinence d’offrir un tel coffret, réunissant l’intégrale d’un vieux groupe que personne ou presque ne connaît. Seulement voilà : à l’instar du Velvet Underground, qui a connu la sanctification bien après sa dissolution, Big Star est devenu un groupe totalement culte. Parce qu’il se revendiquait légitimement des Beatles et des Byrds à une époque (le début des 70’s) où le progressif et le glam faisaient dans la surenchère. Parce que ses deux leaders étaient des étoiles filantes, prêtes à se consumer. Parce qu’il était de Memphis, berceau de la soul. Un superbe coffret de quatre CD, avec livret complet, essentiel pour tout mélomane en devenir.

*LIVRE*
• Geoff Emerick - En studio avec les Beatles (Le Mot et le Reste)
Hasard du calendrier ou coup bien calculé, ce livre arrive au moment où le plus grand groupe de l’Histoire de la pop subit la plus grande entreprise marketing de l’Histoire de la pop. Réjouissons-nous, car cela pourrait bien profiter aux éditions marseillaises Le Mot et le Reste qui le méritent depuis longtemps pour l’ensemble de leur catalogue. En studio avec les Beatles relate l’expérience — ou plus précisément les expériences sonores — de Geoff Emerick, ingé-son des Fab Four de 1966 à la fin. C’est la meilleure période des Beatles, et le bouquin est passionnant. Préface d’Elvis Costello, traduction de l’éminent journaliste Philippe Paringaux : la totale.

*Jeu vidéo*
Braid (Number One / Xbox Live, Steam, PS-Store)
Jeu vidéo à télécharger, Braid peut être offert à distance pour ordinateur (Steam) ou en achetant des points pour les consoles Xbox 360 et PS3. Pourquoi feriez-vous ça ? Parce qu’il s’agit de proposer un jeu agréable à jouer, beau à regarder et surtout qui donne à penser à ceux qui ne connaissent que les jeux violents ou routiniers. Créé quasiment à deux (Jonathan Blow et l’illustrateur David Hellman), il ressemble à Super Mario, mais parle de la vie d’un couple, d’un amour compliqué… (Ne le répétez pas, mais Braid évoque en fait la relation des inventeurs de la bombe atomique envers leur création.)

*DVD*
Le jardin des délices (Italie – 1967) de Silvano Agosti (La vie est belle)
Film maudit, saucissonné à sa sortie sous la pression d’une église catholique très opposée à sa diffusion, Le jardin des délices connaît aujourd’hui une sortie particulièrement soignée, qui en fait l’un des objets les plus passionnants de cette fin d’année. Maurice Ronet et Léa Massari exposent leur corps à cet érotisme libertaire tant décrié à l’époque, baignés par une partition brillante du maître Morricone. Cette charge frontale contre une société bien pensante est enrichie de bonus exceptionnels et d’un livret fourni de trente–deux pages permettant de retracer toute l’histoire de cette aventure cinématographique injustement oubliée.

*CRAZY BOOK*
• Lili Scratchy - Crazy Coloriage (Editions Thierry Magnier)
Les temps ont bien changé et nos enfants aussi. Finis les nounours et autres clairs de lune qui bercent les nuits de doux rêves ouatés. Aujourd’hui, l’enfant veut du psychédélique, de l’incongru et des histoires un peu potaches. Présentant de très grandes planches illustrées originales, avec une boîte de crayons de couleur fournie, cet ouvrage offre le plaisir de s’éclater en grand, en utilisant tout ce qui passe par la main jusqu’à ce qu’il n’y ait plus une trace de blanc. Ça fait même rire les champignons !

*CD*
• Coffret Dutronc - L’intégrale des Ep Vogue (Sony)
L’homme au cigare et aux Ray-Ban remontera sur scène en 2010 (concert au Dôme). A part ça, une intégrale des « Ep » sortis chez Vogue entre 1966 et 1970 (au format vinyle) est enfin disponible sous la forme de 13 petits CD qui reprennent exactement l’apparence des originaux (pochettes, sillons vinyle sur fond noir, et bien sûr tracklisting). C’est évidemment la grande période de Dutronc, et la seule qui vaille : tous ses succès viennent de là (il y en a beaucoup plus qu’on ne l’imagine), et c’est un modèle indépassable de chanson décalée, largement inspiré par la scène garage/psyché londonienne. Bref : une exception française, loin des yé-yé. Et une indispensable anthologie livrée dans un joli coffret, pourvu d’un riche livret illustré.

*BD*
• Mathieu - Dieu en personne (Delcourt)
Dieu vient sur Terre. Cette arrivée génère la surprise, le doute, un certain état de grâce, puis, pour Dieu, des reproches et même un procès. Marc-Antoine Mathieu livre ici nombre de questionnements qui peuvent découler de l’incarnation de Dieu, qui plus est dans la société occidentale contemporaine. Au passage, il n’épargne pas la société du spectacle et son désir de tout maîtriser, y compris l’immatériel. Son album est un outil de réflexion dense, riche et brillant, mais également ludique par les fréquentes ruptures et retournements de situations qui dynamisent le récit. A lire le jour de Noël ?

*DVD*
Journal de voyage avec André Malraux (Doriane Films)
Outre son immense travail sur Peter Watkins, le Free Cinéma ou Alain Tanner, Doriane Films s’est penché cette année sur un double coffret passionnant autour du controversé André Malraux, personnage emblématique de la culture française, période De Gaulle. L’écrivain nous replonge dans tout un pan incontournable de l’Histoire de l’Art, via de longs entretiens enregistrés au Salon Bleu des Vilmorin, entrecoupés d’images d’archives souvent inédites. Plus de six heures de pur régal dans ce voyage initiatique rare, empreint d’humour et de lucidité, ciselé avec la plus grande intelligence.

*DVD*
• La collection Filmmuseum (Choses vues)
La jeune boîte d’édition Choses vues a permis cette année de diffuser en France les (très) rares chefs d’œuvres oubliés du cinéma international, leur offrant un écrin qui ravira les plus cinéphiles. Un coffret à merveilles puisé dans le fabuleux catalogue de Filmmuseum, où l’on retrouve de véritables perles cinématographiques, qui bénéficient d’un travail de restauration particulièrement soigné. Plus d’une quarantaine de titres, dont l’incroyable Berlin, symphonie d’une ville, ou l’Enthousiasme de Dziga Vertov, jusqu’au premier scandale du cinéma, le sulfureux Extase, illuminé par la présence de l’icône Hedy Lamarr

*Mode*
• T-shirt en chanvre
Que faire d’un t-shirt en chanvre ? Le fumer ? L’arborer fièrement en se disant que la voisine finira bien un jour, bourrée, par vous lécher le torse dans l’espoir d’en ressortir plus heureuse ? Ben nan, niet. Mais s’il contient 0 % de THC, ce bout de tissu a néanmoins l’avantage de retenir 30 % de transpiration en plus. Alors à Ventilo, pour les jours de bouclage… disons que certains l’ont adopté pour sa capacité à garder la sueur au chaud. Pour les autres, il permettra très concrètement de ne pas trop attirer l’attention sur eux au boulot, au sortir d’une nuit blanche et avinée…
Disponible à Terre de chanvre (rue Fontange, 6e)

[11 déc 2008] Highway to Noël

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Une fois n’est pas coutume, Ventilo s’est penché cette année sur l’épineux problème des cadeaux de Noël. Un coup de projecteur particulier est réservé au Cours Julien et à ses alentours. Et puisque les temps ne sont définitivement pas à l’euphorie financière, la moisson ci-dessous rassemble de tout pour toutes les bourses. Du petit cadeau entre potes au gros coup de cœur, il y a le choix !

Le Passage
Ne cherchez pas le numéro, il n’y en a pas ! Installé au milieu de la ruelle, ce mini capharnaüm se démarque par son originalité. Ayez la curiosité d’entrer et de fouiller sans craindre de vous contorsionner. Pas de rangement particulier dans le magasin et ce c’est qui en fait le charme : il y souffle comme un petit air de marché aux puces. On trouve du petit mobilier, de la vaisselle ou du linge de maison, des frusques joyeusement rétro ou années soixante-dix, chaussures à semelles compensées comprises. Une mention spéciale est décernée aux téléphones à touches énormes couleur mandarine ou anthracite (grands classiques des années quatre-vingt) et aux lampes de bureau. Sachez que si vous prenez plusieurs articles, le maître de céans vous fera certainement un bon prix.
Le Passage, rue Pastoret, 6e

L’Entrepôt
Beau et bobo sans complexe, le lieu dédié au mobilier et au luminaire rassemble des objets intemporels et nouvelle tendance. Une large gamme de gadgets et accessoires complète le tout : du haut de gamme mais aussi de petits prix .On note — signés par des designers italiens, suédois ou belges — les serre-livres en résine ou les porte-clés en métal. Palme de l’écolo décernée illico aux cabas en pneu recyclé et à la gamme d’art du bain 100 % hypoallergénique. Dans l’espace « cuisine » on slalome entre des accessoires culinaires aux couleurs survitaminées : râpe en métal, saladiers emboîtés en résine, dessous de plat fleuris « Warhol » . Les propriétaires sont également l’un des deux seuls dépositaires phocéens de la marque Geneva : son hi-fi haut de gamme garanti en plus d’un bel objet design.
L’Entrepôt, 13, rue Pastoret 6e
Ouvert du mardi au samedi, de 10h30 à 13h et de 14h15 à 19h15
Rens. 04 91 92 61 81

Casablanca
Cette petite boutique tire son nom du cultissime opus de Michael Curtiz, avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman en vedette. Et les cartes du magasin sont frappées à l’effigie immortalisée des deux acteurs. On l’aura compris, c’est l’antre de l’univers glamour version fringues made in Marseille. Le lieu décline donc des collections faussement sages aux matières et aux teintes originales avec un grand choix de tuniques agréables et pratiques : la polaire microfibre est privilégiée. On trouve les mêmes en version mini pour les miss qui veulent jouer les grandes avant l’heure. N’oublions pas le coin braderie alimenté au gré des saisons, où se cachent parfois de beaux spécimens plus qu’abordables (manteaux, vestes, tuniques et pantalons).
Casablanca, 63, Cours Julien, 6e
Ouvert du lundi au samedi de 10h à 19h
Rens. 04 91 47 16 48


CompleX

C’est le dernier lieu tendance du Cours Julien, où sont réunis dans un même espace l’architecture, le stylisme (avec la marque éthique Guediawaye) et l’art contemporain tendance. Une mixité osée qui semble réussir, car l’idée originale à placer sous le sapin cette saison, c’est l’œuvre d’art contemporain (le sex toy étant définitivement has been). Du 18 au 21 décembre, CompleX organise une vente de multiples (œuvre d’art produite en série) et de petites œuvres d’art contemporain. Et si votre portefeuille fait la grimace, rien ne vous empêche d’y aller pour vous rincer l’œil, car la vente fait également office d’exposition.
CompleX, 3, rue Pastoret, 6e
Ouvert du lundi au samedi de 9h à 13h et de 14h à 19h
Rens. 09 54 92 23 21
Vernissage le 18 à 18h
Vente à la galerie les 19, 20 et 21 décembre
Vente au marteau le dimanche 21 à 16h30

Les Fées Bizar(t)
Une halte s’impose chez ces créatrices dont les bijoux, accessoires et vêtements donneront l’occasion de trouver le cadeau idéal pour sa meilleure amie, qu’elle ait un look totalement déjanté (Bridget Jones sous hallucinogène) ou au contraire coincé (inspectrice de l’URSSAF). On trouve des chaussures montantes japonaises (avec le gros doigt de pied autonome), de drôles de guêtres signées Natalie de Angelis, des vêtements aux motifs bigarrés en alternance avec des coloris plus neutres (on craque pour les modèles uniques des « chiffonnières »), mais aussi des breloques pour customiser son portable ou ses oreilles. Le problème, c’est qu’on a envie de les dévaliser ! Bref, une adresse définitivement « girly » à partager entre copines, dans le secret espoir qu’elles en parlent au Père Noël.
Les Fées Bizar(t), 8, rue des Trois Rois, 6e
Rens. 06 67 86 04 57
Ouvert du mardi au vendredi de 12h à 19h30 et le samedi de 12h à 19h30

Ti-Sa-Ouni Boutique
Cette jolie caverne d’« Ali-Bébé » tire son appellation d’un prénom vietnamien francisé. Axée à ses débuts essentiellement autour des accessoires bébé, on y chine désormais aussi bien du petit mobilier et des accessoires que des vêtements pour les mamans. Des marques marseillaises comme La Muse aux Pieds Nus (spécialisée dans les vêtements pour enfants) ou portugaises, comme Bakalao, qui propose des accessoires en toile cirée, pochettes et sacs. En rayon également, des produits labellisés commerce équitable comme ceux de la marque laotienne Akha Biladjo, qui cible la déco pour chambre d’enfants : lampions, poupées et jouets ou coussins bariolés. A noter : les stands de créateurs jusqu’au 23 décembre, avec accessoires, bijoux et vêtements. Le plus à souligner ? Un accueil irréprochable.
Ti-Sa-Ouni Boutique, 31, rue des Trois rois,6e
Ouvert du mardi au samedi, de 10h à 13h et de 15h à 19h
Rens. 04 91 37 52 64


La réserve à bulles

Comme son nom l’indique, c’est l’empire de la Bande dessinée. Ouverte depuis trois ans, cette librairie s’est spécialisée dans les petits éditeurs alternatifs comme Six Pieds sous Terre, Les Requins Marteaux, Akiléos, Flblb, Vertige Graphic ou l’Association. On y trouve aussi des albums illustrés pour les sept à soixante-dix sept ans sans exception, quel que soit l’univers de prédilection. Des expositions y sont également régulièrement présentées. Cerise sur le gâteau ? La pause-lecture est permise et même recommandée puisque l’on peut piocher dans le large choix de BD et de magazines mis à la disposition du chaland en savourant un thé ou un café. Des revues spécialisées comme Bodoï ou DBD cohabitent avec une sélection d’albums issus directement des rayons du magasin.
La réserve à bulles, 76, rue des Trois frères Barthélémy, 6e
Ouvert du mardi au samedi, de 10h à 20h
Rens. 04 91 53 28 91

Lollipop Music Store
Un cadeau à faire pour un mélomane averti ? Ne cherchez plus : Lollipop est la bonne adresse, celle qui vous permettra de dénicher le disque, la biographie, le concert filmé ou le t-shirt d’un artiste culte ou indé, en bénéficiant des conseils éclairés des gérants qui baignent dans le circuit musical depuis des lustres. Du rock’n’roll à l’électro en passant par les musiques noires, on trouve tout ce qui fait le sel de nos chroniques disques, avec un très large choix de vinyles. En deux ans ce « café-disquaire » s’est imposé grâce à un accueil exemplaire ponctué d’événements réguliers (showcases et expos). Venez fêter ça le 19 décembre avec l’équipe en musique au son de ses sélections : une bonne occasion pour jeter un œil sur les nombreuses nouveautés dans les bacs.
Lollipop Music Store, 2, Bld Théodore Turner, 6e
Ouvert du lundi au samedi, de 11h à 20h
Rens. 04 91 81 23 39

Loubess
Installé derrière le paquebot de l’Alcazar, ce magasin rassemble des créations et des produits issus du commerce équitable, africains pour la plupart. Le recyclage donne une seconde vie à la matière : les boîtes de sardines sont customisées en instruments diatoniques, les couvercles de peintures deviennent des miroirs. La propriétaire joue le guide entre les tapis, les bijoux en argent touaregs et la vannerie issue des coopératives de femmes du Sénégal. On remarque les créations de Nathalie Bonino, qui transforme des pneumatiques d’avions de Centrafrique en étui à lunettes et tapis de souris, ou celles de Pascale Piloni, qui travaille le papier japonais. Et puisque l’hiver met nos épidermes à rude épreuve, on fera le plein de beurre de karité venu du Burkina Faso.
Loubess, 34, rue du Baignoir, 1er
Rens. 04 91 90 91 39
- 10% sur tout le magasin actuellement, - 15% pour les lecteurs de Ventilo sur présentation de ce numéro


Mobile de Curiosités

Attention, coup de cœur absolu pour cet endroit : ouverte tout récemment, cette boutique se distingue par sa qualité et son originalité. L’antre tenu par trois amis d’enfance associe les créations en carterie et papeterie de la marque Mimi Pinson et les dernières tendances en déco et en accessoires d’autres créateurs, rarissimes dans l’Hexagone. On y trouve les bijoux de Julie Sion ou Cécile Boccara (colliers et bracelets en perles de soie), des coussins aux motifs fleuris ou « herbes » imprimés comme une photo par Les Bucoliques, des luminaires en papier faits main ou en verre soufflé signés Céline Wright. Mais aussi du linge de maison, des pochettes et des sacs, et une gamme d’arts de la table. A noter : une palette de prix très large et une gamme majoritairement fabriquée en France.
Mobile de Curiosités, 159, rue Paradis, 6e
Ouvert du lundi au samedi, de 10h30 à 19h30
Rens. 04 91 94 23 87

www.designandasia.com
Tout nouveau et déjà culte : ce site, élaboré par deux Français qui sillonnent les routes d’Asie, offre un large choix de produits de déco renouvelé au gré de leurs pérégrinations. Du petit mobilier, du linge de maison mais aussi des gadgets originaux. Ce mois-ci c’est le Japon qui est à l’honneur.

www.chicdressing.com
On retrouve sur ce site spécialisé dans les vêtements et les accessoires des créateurs marseillais et de grandes marques pour des prix 30 à 40 % moins cher que sur le marché. A noter : les ventes privées régulières, qui proposent notamment cette année des objets de déco pour Noël signés par des designers et des artistes.

www.virginieetc.com
Cette créatrice marseillaise s’est spécialisée dans les en bijoux et les accessoires. Des colliers en papier recyclé, bonbons ou « gipsy », des broches coccinelles ou papillons en dentelle, des bagues fleurs en feutrine et bouton de métal. Dernière nouveauté ? Les boucles d’oreille en broderie ancienne.
Retrouvez la créatrice sur le Marché des créateurs du Cours Julien.

Pour les achats de dernière minute, hantez le Marché de Noël des Créateurs du Cours Julien, du 19 au 21 décembre, de 10h à 18h.
Rens. http://marchedecreateurs.free.fr

Page coordonnée par Bénédicte Jouve avec Pascale Arnichand, Céline Ghisleri, Marika Nanquette Querette et Olivier Zanettin

[26 nov 2008] Quartier libre - Saint Victor

Crier Victor

Dominant la rive sud du Vieux Port, le quartier Saint Victor s’étend autour de la fameuse Abbaye du même nom, offrant l’occasion d’une jolie balade aux curieux, particulièrement aux gourmands.

Lieu de culte et d’activités culturelles (un festival de musique classique y est organisé chaque année), dont on peut admirer les fortifications médiévales depuis le Vieux Port, l’Abbaye de Saint Victor, où l’on peut découvrir la Vierge noire dans les cryptes, offre une vue imprenable sur l’entrée du port, les forts Saint-Jean et Saint-Nicolas et la Cathédrale de la Major. Tout autour de l’Abbaye, le quartier fourmille de commerces et de lieux de vie, regorgeant d’adresses qui raviront particulièrement les gourmets. Au carrefour du boulevard de la Corderie, de l’avenue de la Corse et de la rue d’Endoume, l’immense pâtisserie boulangerie Mandonato (voir ci-contre) est devenue une véritable institution pour les Marseillais. On peut commencer sa balade gourmande en descendant la rue d’Endoume, en prenant « la Clé des Champs » pour s’approvisionner en délicieux fruits et légumes de saison ou en faisant un détour par la Fiorentina, une épicerie fine pour faire le plein de bons produits italiens (huiles d’olive, pâtes fraîches, fromages, charcuterie…). Pour se restaurer, on pourra s’arrêter à la Vellada pour y déguster une pizza « entre amis » ou manger sur le pouce au fast-food asiatique Perle d’Asie. Après un « détour » par l’incontournable Four des Navettes (voir ci-contre), on ne manquera pas d’aller profiter de la chaleureuse ambiance du Café de l’Abbaye, charmant petit bistrot qui ne désemplit pas depuis son ouverture en 2004. En remontant sur la gauche, la petite rue de l’Abbaye, qui ne figure même pas sur tous les plans de la ville, mérite pourtant un passage : on y trouve le comptoir des peuples, Pangea (voir ci-contre), ainsi que la boutique de design rattachée au Centre Design Marseille et à la Boutique du Chocolat (voir ci-contre). En remontant vers l’avenue de la Corse par la rue du Commandant Lamy, on pourra faire une pause bucolique au petit Square Berthie Albrecht, situé à côté de la maison où a vécu Paul Valéry.
Le « haut » du quartier, prenant place autour de la place Joseph Etienne (qui rejoint Notre Dame de la Garde par les Lices), n’est pas en reste de bonnes adresses. Après avoir fait le plein de thés, de cafés et de confiseries à la Torréfaction Noailles et fait préparer un superbe bouquet chez Côté Fleurs, on ne manquera pas de choix pour manger : succulentes salades chez Merci Qui ? (qui fait également salon de thé et glacier), sushis et mets thaï sur la mini terrasse de J’adore les sushis ou pause sandwich au Fournil des Remparts qui, sans faire de l’ombre à l’immense Mandonato, propose d’excellents produits. Pour finir la promenade, on s’arrêtera boire un verre au soleil sur la grande terrasse de la Brasserie le Saint-Victor, ou on profitera de l’ambiance typique de la Relève, une toute petite brasserie qui, si elle ne paie pas de mine, révèle tous les charmes d’un vieux quartier ô combien chaleureux.

CC (avec Nas/im)

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La boutique du chocolat / Centre Design Marseille / Designbox
Dans son antre de l’avenue de la Corse, Jacqueline Régis réussit le pari de mêler nourritures terrestres et spirituelles. L’ex-madame Mistre a en effet réinstallé l’affaire familiale au sein de sa galerie, perpétuant les recettes de feu son mari, le célèbre chocolatier créateur des boutiques Amandine. Avant de flâner parmi les œuvres exposées dans l’élégant espace du Centre Design, on pourra ainsi faire le plein de petits plaisirs sucrés (chocolats bien sûr avec une trentaine de variétés au choix, marrons glacés, fondants…), mais aussi de thés, d’épices ou d’alcools au packaging s(o)igné par des designers. « En bas », côté rue de l’Abbaye, Antoine Lazerges vous accueille quant à lui dans sa boutique de design aux allures de caverne d’Ali Baba, où l’on pourra trouver pléthore d’objets fonctionnels et/ou décoratifs.
La boutique du chocolat / Centre Design Marseille / Designbox, 6 avenue de la Corse / 3 rue de l’Abbaye, 7e.
Ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 19h.
Rens. 04 91 54 08 88 / www.designmarseille.org

Boulangerie Pâtisserie Saint Victor (Mandonato)
C’est une évidence pour ceux qui la fréquentent ou la découvrent : la meilleure boulangerie de Marseille est à Saint Victor. A l’angle de l’avenue de la Corse et de la rue d’Endoume, la maison Mandonato (Sauveur, puis Richard, et maintenant Gregory) égaye les tables marseillaises depuis 1956. L’histoire de famille est aussi une histoire de bon goût. Si le service traiteur, les glaces, les chocolats et les pâtisseries y sont irréprochables, les pains et les viennoiseries frôlent la perfection. Avec ses pains spéciaux (cacao, tomate/basilic… que des merveilles !), l’artisanat classique du boulanger se mue ici en un véritable travail de recherche et de création. Mandonato, c’est de la poésie racontée avec de la farine, des œufs et du sucre.
Boulangerie Pâtisserie Saint Victor Mandonato, 2 avenue de la Corse, 7e.
Ouvert tous les jours (sauf mardi) de 6h30 à 20h30.
Rens. 04 91 33 23 02


Four des Navettes

Une délicieuse odeur de fleur d’oranger nous happe dès l’entrée. « La plus ancienne boulangerie de Marseille », comme l’annonce sa devanture, accueille depuis 1781 les « pèlerins » venus des quatre coins de Marseille, de France et d’ailleurs pour goûter les célèbres navettes (que l’on peut désormais aussi se procurer sur Internet), dont la recette ancestrale se transmet jalousement depuis trois générations de propriétaires. Si la boutique fait le plein pendant les fêtes de la Chandeleur (la tradition veut que le 2 février, l’Archevêque de Marseille vienne bénir le Four en présence du Maire et d’autres personnalités de la ville), elle ne désemplit pas le reste de l’année, où l’on se bouscule pour acheter le fameux biscuit « porte-bonheur » en forme de barque, ainsi que les traditionnelles pompes à huile, autres spécialités de la maison.
Four des Navettes, 136 rue Sainte, 7e.
Rens. 04 91 33 32 14 / www.fourdesnavettes.com

Pangea, Comptoir des Peuples
C’est une invitation au voyage à laquelle nous convie Christelle Olimé depuis trois ans au sein de sa boutique-galerie en duplex, sise dans une ancienne écurie du cloître de l’Abbaye. Dans une ambiance chaleureuse aux couleurs de l’Amérique du Sud, on y dénichera une multitude de trouvailles en provenance directe du Chili, d’Equateur ou du Mexique, des produits issus du commerce équitable ou encore les créations d’artisans « voyageurs » locaux (les Jnoun, Mes gris-gris, Valérie Mandine…) : tissus, vêtements, accessoires, bijoux, livres, thés, épices, savons… Une sorte de musée ethnique contemporain donc, qui permet de « consommer autrement », en luttant contre l’uniformisation ambiante, mais aussi d’aller à la rencontre d’autres cultures, en jetant un œil aux expositions dépaysantes proposées à l’étage, où sera bientôt inaugurée une agence de voyages équitable.
Pangea, Comptoir des Peuples, 1 rue de l’Abbaye, 7e.
Ouvert du mardi au samedi de 10h à 13h & de 14h à 19h et le lundi de 14h à 19h. Ouverture spéciale sept jours sur sept de 10h à 19h à partir du 10/12.
Rens. 04 91 33 64 13

[25 nov 2008] Aires de repas - Le moment

L’art de la transformation

Nouvelle adresse incontournable de la gastronomie marseillaise, le restaurant Le Moment nous propose une vision véritablement moderne de la cuisine de qualité.

resto-Le-moment.jpgLe lieu est nouveau, la décoration à l’avenant. De larges baies vitrées nous dévoilent, sur deux étages, un mobilier classieux et moderne. Contemporain sans être tape-à-l’œil, spacieux sans être froid, le restaurant a tout pour séduire. Il joue la carte de la transparence : de grands luminaires pendent au plafond, on peut apercevoir une grande cuisine à travers le plancher vitré, rien ne clôt l’espace. De larges murs chaudement colorés participent à cette impression : tout semble être fait pour que les clients se sentent à l’aise et passent un moment délicieux.
Si le cadre est raffiné, comment qualifier les plats qui nous sont servis ? Sublimes ? Aventureux ? Ludiques ? Un peu tout cela à la fois… Nous touchons ici à une certaine avant-garde culinaire, à une expérience gustative plutôt rare. Le chef — Chistian Ernst — nous avait prévenus : « Je ne vais pas vous dire que vous allez bien manger, car bien manger, c’est le minimum ! J’essaie de transformer le bon en très bon. Je ne travaille qu’avec des produits de grande qualité, avec une équipe qui partage le même souci du détail et la même exigence que moi. De la cuisine au service, on veut donner une belle idée de notre lieu et de notre métier. » Et quand Christian parle, on le croit. Tout en lui respire la précision et la passion. Et le talent aussi. Cet ancien finaliste des championnats de France de pâtisserie va en effet recevoir sa première étoile au Guide Michelin l’an prochain. Une distinction qui le place déjà, malgré son jeune âge (trente-six ans) dans la catégorie des grands chefs. Et il suffit de dérouler le menu pour s’en convaincre. Noix de Saint-Jacques aux agrumes et fruits rouges en amuse-bouche, raviolis de moule, crème brûlée à la poutargue coiffée de poisson séché en première entrée, lasagne de crustacés, tuile au pamplemousse et œuf de caille mollet en seconde entrée… La succession de ces trois plats à l’esthétique aussi soignée que le goût nous en dit déjà beaucoup sur le restaurant et son chef. Celui-ci joue autant avec les saveurs que les textures ou les couleurs. Le Moment est véritablement un lieu de création d’art contemporain. Pour suivre — et aussi pour vous donner envie de goûter par vous-même aux merveilles de l’artiste —, nous n’évoquerons ici que le turbo au champagne et sa poilée de champignons au citron confit, le pot-au-feu de foie gras et sa glace au clou de girofle (étonnant !), ainsi que les magnifiques variations autour du chocolat (excellent !) ou la version très moderne du banana split. Ajoutez à cela les conseils d’un sommelier, un service irréprochable et un accueil vraiment sympathique, vous obtenez ainsi une des plus belles adresses marseillaises avec un rapport qualité/prix rare dans le milieu de la gastronomie. Comme Le Moment ne fait pas les choses à moitié, il propose aussi un service traiteur, ainsi qu’un point de vente à emporter le midi avec des prix n’excédant pas 10 € ! Si vous voulez découvrir les secrets du maître des lieux, il organise le samedi matin des cours de cuisine ouverts à tous avec des sessions thématiques (foie gras, cuisine moléculaire…) qui reflètent parfaitement les tendances novatrices et subtiles du restaurant.

nas/im

Le moment, 5 place Sadi Carnot, 2e.
Tous les midis et du mercredi au samedi soir
Rens. 04 91 52 47 49 / www.lemoment-marseille.com

[12 nov 2008] Quartier libre - La préfecture

Antique et chic

Traditionnellement organisé autour de la Préfecture, le quartier des antiquaires se décline également en boutiques branchées ou originales et quelques bonnes tables. Petit tour d’horizon.

Planquées derrière le mastodonte architectural de la Préfecture de Marseille, un dédale de rues qui se croisent : la rue Sylvabelle, la rue Edmond Rostand et la rue Dragon. Une arche en fer forgé arc-boutée entre les deux trottoirs de la rue Edmond Rostand donne le ton en lettres capitales : Quartier des antiquaires. Posée il y a un an à l’initiative de l’association des commerçants de la rue Edmond Rostand, elle représente le passage officiel dans le coin des antiquaires. « C’est pour donner un atout supplémentaire au quartier », précise Thierry Hochberg, libraire. On peut flâner en remontant l’artère principale que constitue la rue Edmond Rostand, où il y en a pour tous les goûts : les arts premiers au Carnet de Voyages, les tableaux provençaux du XIXe et XXe siècles à la galerie Leoni, ou encore les cartes postales et les affiches anciennes chez Marseille Collections. L’association propose également une série de manifestations et d’animations toute l’année : défilés de voitures anciennes ou brocantes déclinées au long des quatre saisons, rassemblant des exposants venus de toute la région. En septembre dernier, une compagnie de théâtre a joué en plein air Cyrano de Bergerac dans la rue… Edmond Rostand (qui a vécu au numéro 14). On pourra faire le plein d’idées cadeaux pour Noël au Diable Méridien ou au Doma Nova (voir ci-contre). Pour déjeuner, on peut faire halte à La Table Ronde, une taverne bretonne située rue Sylvabelle : au menu, galettes à la farine de blé noir bio de Bretagne arrosées de cidre. Pour un autre type de cuisine (et d’ambiance), le Bistrot Saint Jacques, à l’angle de la rue du même nom et de la rue Edmond Rostand : il y souffle un petit air de brasserie à l’ancienne, dû au charme désuet de la devanture et du comptoir en zinc (c’est devenu rare). Les menus confirment : formule et plats du jour de dix à douze euros, plats à la carte autour de treize euros (lasagne, filet mignon, entrecôte…) et fondant au chocolat ou faisselle miel amande en dessert.

Bénédicte Jouve

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Le Ferry Book
Ouvert depuis onze ans, l’endroit est un joyeux capharnaüm d’étagères de livres à perte de vue. « D’habitude, c’est rangé ! » précise le maître de céans, Thierry Hochberg. Ancien libraire spécialisé dans les ouvrages universitaires, il s’est reconverti dans cette formule un peu différente : on trouve dans son magasin des livres anciens ou épuisés, des raretés, des occasions. « J’ai une clientèle de curieux ou de passionnés venus dénicher un livre particulier. » Le lieu accueille également des soirées rencontre-dédicace avec des auteurs : « Je ne fonctionne qu’au coup de cœur ! », précise le propriétaire. Dernier en date ? Le touche-à-tout éclectique et auteur de polar Serge Scotto, venu apposer son autographe sur son dernier opus (aussi noir que déjanté). Le prochain ? L’ancien maire de Marseille Robert Vigouroux, qui, après avoir lâché le scalpel puis la politique, viendra le 29 novembre tenir le stylo.
Le Ferry Book, 6 rue Edmond Rostand, 6e.
Rens. 04 91 57 16 46.
Ouvert du lundi au samedi de 9h30 à 12h30 et de 14h30 à 18h30


… Sur le gâteau

C’est une devanture colorée comme une boîte de bonbons agrémentée par des guirlandes de macarons dans la vitrine. A l’intérieur ce jour-là, une demi-douzaine de pitchouns officient sous la houlette d’une chef, remplissant avec entrain des petits moules de pâte colorée. L’endroit est occupé par une longue table en inox, une rangée de fours et des tables de préparation. Au fonds du local lumineux, le maestro, Jérôme Cellier. Issu d’une lignée de pâtissiers-chocolatiers-glaciers-confiseurs (excusez du peu !), il a également à son actif un passage dans la capitale british. Enseignant en Ecole hôtelière, il a décidé d’ouvrir sa propre structure car « j’ai été très bien formé, j’ai eu envie de transmettre à tous ce que l’on m’a donné. » On pourra ainsi réaliser de grands classiques de la pâtisserie, des desserts de fête, les dernières tendances (verrines et macarons) et des plats de résistance. Dégustation sur place, matériel et ingrédients fournis.
Sur le gâteau, les Ateliers culinaires de Jérôme Cellier,19, rue Saint Jacques, 6e.
Rens. 06 79 52 26 92/ www.cerisesurlegateau.fr
Horaires et tarifs variables, à consulter sur le site

Le Diable Méridien
On y trouve aussi bien des accessoires que de la maroquinerie ou de la papeterie. Des produits de papeterie devenus cultes comme ceux de Spalding & Bros cohabitent à côté de carnets à couverture souple en papier recyclé et des jeux de poche. Les fameux carnets de notes Moleskine (les préférés d’Hemingway !) s’empilent à côté des présentoirs de vêtements. Palme du décalé ? Les bavoirs premier âge estampillés « La lutte continue » avec un poing levé (à offrir d’urgence aux jeunes parents). Gadgets luxueux, serviettes et draps de bain mais aussi pendentifs émaillés, bracelets en argent et en cuir, ceintures ou sacs branchés et chics, portefeuilles et pochettes… On pourra donc y remplir son cabas de bonnes idées cadeaux pour les fêtes : les prix s’échelonnent de cinq à deux cent cinquante euros.
Le Diable Méridien, 2, rue Edmond Rostand, 6e.
Rens. 04 91 53 26 42
Du 10h30 à 19h tous les jours sauf dimanche

Doma Nova
Une grande vitrine annonce la couleur : résolument hivernale. Des lampes, des éléments des arts de la table, du petit mobilier, mais aussi de plus petits objets. A noter : les petits prix (bon plan !) Des objets de déco en bois ou en métal, importés spécialement d’Allemagne pour l’occasion : de petits rênes en métal délicieusement rétro, des pantins Pères Noël en bois peint, des angelots et des photophores, parfaits pour égayer une table de fête. Pour les aficionados, sachez que Marie-Caroline Garnie, la jeune et jolie propriétaire, est également ensemblière : vous pourrez discuter d’un chantier à votre domicile. Les dernières nouveautés à cet effet sont les cheminées écologiques murales, très design. Fonctionnant au bioéthanol liquide (essence de betterave ou de canne à sucre), elles sont non polluantes et peuvent aussi bien réchauffer le living que la terrasse.
Doma Nova, 9, rue Edmond Rostand / 24, rue Saint Jacques, 6e
Rens. 04 91 67 33 51

[12 nov 2008] Aires de repas - Chez Janet

Caraïbou

Du Nord au Sud, du noir au blanc, du chaud au froid, du salé au sucré, les contraires s’attirent et les unions se savourent Chez Janet. Voyage gastronomique au pays des mélanges.

Chez-janet.jpgDécouvrir que Chez Janet, Québec et Haïti ont singulièrement associé leurs gastronomies, peut plonger le gourmand dans une profonde perplexité. Un tel mélange est-il possible ? Afin d’en savoir plus sur cette affaire, nous poussons la porte de ce restaurant atypique.
Une devanture bleu azur aux airs caribéens, une décoration sobre, des murs blancs, une expo photos d’Haïti, des tableaux colorés, quelques souvenirs de voyage, des objets traditionnels vaudous, des plantes en masse pour le côté tropical, un jardin aromatique derrière la vitrine et des herbes à portée de main pour le cuistot… : le décor est planté. Janet est aux platines et distille sa petite sélection ; musique créole et québécoise s’enchaînent harmonieusement. Stéphane pianote derrière ses fourneaux, tout en accomplissant un grand écart entre le Canada et les tropiques, quelle souplesse !
La carte est originale, on en n’attendait pas moins d’une telle rencontre : des plats venus du froid se marient volontiers à des mets exotiques. Ici, le bison croise paisiblement les poissons de l’île de la Tortue, les épices côtoient le sirop d’érable, les bananes plantain poussent à côté des cheasecake, et la « Pisse de Caribou » coule au pied du bois bandé. Le choix n’est pas exhaustif, ce qui ne l’empêche nullement d’être délicat. On aimerait tout essayer, c’est déjà bon signe.
Le voyage commence et les breuvages nous conduisent d’abord au Nord : kir au sirop d’érable et eau bénite, une sacrée bonne bière. D’un bond, nous partons sous les tropiques goûter les bananes et ignames sauce hareng saur, et les grillots de Port-au-Prince. Puis nous plongeons dans un délire de saveurs au milieu d’une estouffade de bison à l’eau bénite et du poulet grillé à la créole, accompagné du mystérieux riz au djon-djon.
Outre cette carte insolite, le chef concocte des surprises à ses hôtes. Côté froid, un potage maison en guise d’introduction. Côté tropique, un trou normand exotique en deux temps : le sorbet salé juste après l’entrée, le rhum arrangé en guise de conclusion.
L’alcool aidant, nous entamons un grand débat au cours duquel la perplexité du départ fait place au dilemme. Entre les beans au lard marinés à l’eau bénite dans les étendues du grand nord ou un steak de cabri façon créole à l’ombre d’un cocotier, le choix est-il nécessairement symbole de liberté ? Bref, quelle sera notre prochaine destination de voyage ? En attendant le verdict, la réponse se trouve peut-être Chez Janet.

Yves Bouyx & Pascale Arnichand

Chez Janet. 40, rue Saint-Savournin, 1er.
Ouvert tous les jours sauf dimanche et lundi.
Rens. 04 91 42 04 80 / www.chez-janet.fr

[28 oct 2008] Quartier libre - Le Panier

Panier garni

Lové entre le Vieux Port et la Gare Saint-Charles, le légendaire quartier historique de Marseille est décidément en pleine mutation. Le dédale de ruelles s’enrichit de lieux de culture et de création ou de magasins à l’enseigne résolument branchée, sans oublier les restaurants qui pullulent. Coup de projecteur sur un coin emblématique : la place de Lenche et ses environs.

C’est un rectangle en pente douce, à quelques encablures du Vieux Port, offrant une vue imprenable sur les mâts de bateaux et Notre-Dame de la Garde. Le théâtre de Lenche est situé tout en haut, idéal pour une escapade culturelle en soirée. On pourra se restaurer dans l’un des nombreux établissements : un snack sur le pouce au Okezako, un bon plat de viande ou une salade au Caveau du Théâtre ou encore une assiette de pâtes au Montmartre, pour jouir de la vue. La Flambée offre un large choix de pizzas au feu de bois, tandis que le Lamparo, situé de l’autre côté de la place, propose un assortiment de spécialités marines ou de viandes à la plancha. En journée, on fait le plein de bons vins, de charcuterie et de fromage italiens : il suffit pour cela de remonter au début de la rue de l’Evêché, où Alain, qui officie à la Descente des Accoules, vous proposera un large choix de produits (voir ci-dessous). Un pas de côté dans la branchitude, au 14 de la rue Saint-Pons : le Baba of Marseille se distingue avec ses spécialités du sud-ouest et son espace d’exposition. A noter : la soirée voyance tous les premiers samedis du mois. Une étape obligée pour grignoter des biscuits artisanaux : Les navettes des Accoules, en descendant la place, rue Caisserie (voir ci-dessous). Toujours rue Caisserie, en face de la pizzeria Chez Angèle, l’enseigne Wild Style, pour les amateurs de deux roues (voir dessous). On continue dans le panel gastronomique en arpentant la rue Caisserie : étape indispensable pour les carnivores, la Paricha, un restaurant de viandes spécialisé dans le bœuf argentin. En flânant le long de la rue, on déboule sur la place des Augustines, idéale pour la pause après le shopping : à l’Effet Clochette, choix de glaces artisanales et de sandwichs. En face, le très bobo-chic Cup of Tea, un café-librairie qui offre un choix de thés du monde entier. On pourra souffler sur la jolie terrasse, en sortant du Savon de Marseille, qui rassemble une gamme de produits de toilette « branchouille » ou du Comptoir du Panier, situé rue de la Prison (voir ci-dessous). Ce petit magasin rassemble les collections de créateurs exclusivement marseillais, pour tous les goûts et toutes les bourses, pour les grand(es) et les petit(es) puisqu’on y déniche aussi des créations originales pour les minots.

Escapade réalisée par Bénédicte Jouve & Henri Seard

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Les Navettes des Accoules
La modestie de la devanture des lieux ne dit rien des trésors culinaires qu’ils recèlent. Tenue par l’inénarrable José Orsoni, cette biscuiterie sise en plein cœur du Panier fait en effet depuis quatre ans le bonheur des gourmands du quartier et des touristes du monde entier. « J’aime ce que je fais et je le fais très bien, se targue « Jo », vous ne trouverez pas de meilleures navettes dans la région, les autres ont perverti la recette dont le secret est l’œuf. » Si l’ami Jo égratigne gentiment ses concurrents de Saint-Victor, c’est moins pour pointer leurs faiblesses que pour mettre l’accent (corse) sur son savoir-faire, reconnu par la France d’en haut et médiatique : « Dès que Paris fait une émission sur le Panier, on vient me voir, j’ai grandi ici, je pourrais vous en raconter des vertes et des pas mûres. » Rendez-vous est déjà pris.
Les Navettes des Accoules, 68 rue caisserie, 2e.
Rens. 04 91 90 99 42/ www.les-navettes-des-accoules.fr
Ouvert du lundi au samedi de 9h30 à 19h


La Descente des Accoules

Planquée entre la Place de Lenche et l’Evêché, la cave à vins d’Alain Bartoli a pourtant fière allure. Ce dernier ne cache d’ailleurs pas son bonheur d’avoir repris, il y a sept mois, l’enseigne centenaire sise à deux pas du joli petit théâtre : « Depuis que je suis arrivé, le quartier me manifeste sa sympathie, cet endroit appartient à l’histoire du Panier, je suis ravi de m’inscrire dans cette tradition », s’enorgueillit l’heureux propriétaire. Encadrée par des fûts vieux de cent ans, le lieu fait, vous l’aurez compris, la part belle au vin (en vrac, bouteilles et BIB) et autres spiritueux liquides (bière, champagne), mais n’oublie pas le solide : des fromages italiens (ou auvergnats) à la charcuterie dans tous ses états, en passant par la tapenade maison, accompagnés de pain bio, il y a assurément à boire et à manger chez l’ami Bartoli.
La Descente des Accoules, 4 rue de l’évêché, 2e.
Rens. 04 91 90 76 33/ contact@cavedesaccoules.com
Ouvert du mardi au samedi de 9h à 13h et de 16h30 à 19h30

Le Comptoir du Panier
L’habit ne fait décidément pas le moine : établi rue de la Prison, derrière l’Hôtel de Ville, le repaire des jeunes créateurs marseillais est une jolie boutique accueillante à la décoration hautement textile. Créé il y a six ans par Céline Roueche, absente car en attente d’un heureux événement, le magasin est présentement tenu par la délicieuse et affable Véronique : « C’est ici, exclusivement, que se joue et se vend la création marseillaise. De Tcheka à La méchante sardine, d’Oputincon à Inari, le fleuron des créateurs est largement représenté. » Tout comme Les Pitchounes, la ligne pour enfants du Comptoir. Quant à la clientèle, fétichiste, elle n’est pas forcément locale : « En effet, ce sont plutôt les Américains, les Italiens, les Allemands, voire des Russes qui passent et reviennent à la boutique. » C’est écrit, nul n’est prophète en son pays…
Le Comptoir du Panier : 5 rue de la prison, 2e.
Rens. 04 91 91 29 65/ www.lecomptoirdupanier.com
Ouvert du mardi au samedi de 10h30 à 18h30

Wild Style
La devanture annonce la couleur : on entre ici dans un coin des States, très Born to be wild. Le lieu est à l’image de son art : sol métallisé, canapé « Cadillac » chiné, plaques minéralogiques et casques aux murs, pompe à essence siglée « Route 66 ». La star ? Le dax, décliné sous toutes ses coutures, pardon chromes. Philippe et Sofia, les maîtres des lieux, sont deux passionnés qui réparent, restaurent, vendent et customisent le fameux deux roues « inventé » outre-Atlantique dans les années soixante-dix. Ils proposent également des accessoires et on peut lamper un café ou un coca entre deux achats dans le bar installé au fonds du magasin. Pour le frisson « road-movie », surfez sur le site : les propriétaires organisent des expéditions motorisées dans la région. A vos dax, prêts, partez !
Wild Style, 27 rue Caisserie, 2e.
Rens. 04 91 90 75 48 / www.wild-style.eu
Du mardi au samedi, de 10h à 18h30

[28 oct 2008] Aires de repas - Le César Place

C’est vraiment très fin

Notre journaliste a troqué sa casquette de responsable musique pour celle d’apprenti gastronome. Il raconte par le menu son expérience au César Place, fine adresse de la cuisine moderne à Marseille.

resto-cesar-place.jpgC’est une amie, et pas des moindres, qui m’en parle en ces termes : « un restaurant de la Place aux Huiles, sur le Vieux Port, plutôt « nouvelle cuisine » dans l’esprit. Dans le menu de base, tu ne choisis que le plat principal : pour les entrées et les desserts, c’est le patron qui décide, tu ne sais pas ce que tu vas manger… Et la carte change toutes les semaines. » Bon, au moins, il y a du concept, et le concept, c’est très important pour les gens comme moi qui, par nature, s’enfilent tout ce qui peut ressembler à un jouet, sandwiches en forme de Tetris, saucisses taillées pour une partie de flipper : je l’invite. Arrivés sur place, grand bien nous fasse, nous optons pour la terrasse. Un coup d’œil à l’intérieur : design sobre, épuré, plutôt chic mais à mille lieux des restaurants « lounge » qui sont au moins aussi rédhibitoires que les compilations du même nom. Le jeune homme qui nous accueille nous met à l’aise : petit malin, va, ton sourire taquin en dit long sur les surprises que nous prépare le chef… Et m’entraîne illico vers la réserve à vin, bien que je n’y capte rien, c’en est à croire que j’ai une tête qui lui rappelle le Guide Michelin. Le vin est ici une affaire sérieuse : on vous en parle comme s’il était ton nouvel ami sur les deux prochaines heures, et nous optons pour un blanc, ou plutôt trois, tous impeccables, du sec au moelleux, c’est bon d’avoir des amis moelleux. Les entrées arrivent. Nouvelle cuisine oblige, elles sont aussi minuscules que recherchées. Ça commence avec un velouté de carottes à la cacahouète, servi dans une toute petite bouteille en verre, avec paille. Je m’apprête à le sniffer puis me ravise, nous sommes en place publique. La suite est à l’avenant, avec des intitulés dont la taille est inversement proportionnelle au contenu de votre assiette : tartare de saumon à la mangue & blinis aux œufs de poisson, magret de canard au gros sel & beurre de foie gras, salade de lactaires & allumette de fromage… C’est très bon. On passe au plat principal, préalablement choisi, donc : cuisse de canard à l’orange avec son gratin pour moi, carré de veau avec fanes de carottes pour elle, qui est du même avis que moi, oui, c’est très bon, et oui, c’est très joli. Le même serveur, pointant nos choix de gastronomes, nous fait un speech un peu moins long qu’à l’accoutumée. Je le raille : « c’est un peu court, jeune homme. » Il élude en observant que je suis certainement plus jeune, c’est vrai, je fais jeune, voilà qui s’appelle un service de qualité, je reviendrai. A quelques mètres, on peut distinguer le chef1 dans ses grandes œuvres : une large ouverture donne directement sur les cuisines, souci de transparence, de faire corps avec ses hôtes, superbe allégorie, je m’enflamme, la cuisine, c’est aussi de l’Art, et pas seulement du cochon. Je tâche de ne point manger comme ce rose mammifère, quand bientôt surgissent les desserts. Soupe d’agrumes au Grand Marnier avec son sorbet ananas, attendez je prend des notes, gelée de Passoa sans son petit dictionnaire, crumble de je-ne-sais-quoi et son moelleux au chocolat : cinq miniatures aussi exquises qu’éphémères, c’est un choix, car avec le menu au-dessus, le chef nous prenait en charge de A à Z, en insistant bien sur toutes les lettres de l’alphabet. Une prochaine fois, pour y goûter.

PLX

César Place, 21 Place aux Huiles (1er). Rens. 04 91 33 25 22
www.cesar-place.com

  1. Roland Schembri []

[14 oct 2008] Quartier libre - l’Opéra

Opéra des villes

Entre la rue Sainte et le Vieux Port, le quartier de l’Opéra, qui reste encore un rendez-vous pour noctambules en mal de « sensations fortes » (boîtes à kékés, bars américains…), s’est transformé, la journée, en un lieu de vie et de création, idéal pour une petite séance de shopping ou une pause-café.

En prenant dans la rue Francis Davso, on s’aperçoit que la Casertane, fameuse enseigne aux couleurs de l’Italie (traiteur, petit restau), a fait peau neuve et des émules, puisqu’à deux pas, on y trouve un minuscule snack italien, le Comptoir. Pourvu d’une petite terrasse, idéale pour grignoter des sandwiches, des salades ou des pâtes sur le pouce, il propose également une denrée hélas rare dans la ville : des glaces artisanales.
Entre deux boutiques, on prendra son café ou son thé (grand choix) en face, au Café Debout, où l’on pourra également se ravitailler en douceurs, la boutique proposant la fameuse barre marseillaise, des biscuits à l’ancienne et autres délicieuses confiseries. Juste à côté, on fera le plein de couleurs et de verdure aux Champs de l’Opéra, l’un des plus beaux fleuristes du centre-ville.
Rue Pythéas, la créatrice de bijoux Virginie Monroe constitue une excellente introduction à la rue de la Tour (ou rue de la Mode), qui regroupe quelques créateurs locaux. Si l’on déplore la disparition de la boutique de Manon Martin et de ses délirants chapeaux, on y retrouvera quelques « noms » de la création textile marseillaise, comme Casablanca, Filles de Lune et Diable Noir (qui sont également implantés sur le Cours Julien), ou encore la Sardine à paillettes (voir encadré ci-contre) et La Griffe Mesur, spécialisée comme son nom l’indique dans les chemises pour hommes sur mesure.
Le quartier fourmille de bonnes boulangeries, de snacks et de restaurants pour toutes les bourses. Dans la rue Lulli, on pourra ainsi s’arrêter pour un délicieux kébab Au Falafel ou manger italien à toute heure du jour et de la nuit au Mas.
On tourne à droite et nous voilà rue Sainte, où ont pris place des grandes enseignes de la mode (Zadig et Voltaire, les Petites…). Là, on pourra terminer sa journée par un hammam au sein de la très chic Bastide des Bains, suivi d’un petit apéro au comptoir du Bistrot à Vins ou de la Part des Anges.

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La sardine à paillettes
La jolie devanture, ornée d’une cage à oiseaux, annonce la couleur : acidulée. A l’intérieur, l’univers de Laurence Morignot — ludique et décalé — s’exprime à travers toute une série d’objets de déco et de mode pour femmes et enfants. L’illustratrice et styliste — qui a ouvert sa boutique en avril après six ans sur le Cours Julien — est intarissable sur les trésors qu’elle déniche auprès de créateurs gentiment farfelus (lampes champignons, valises à pois, petites têtes de cerfs, culottes argentines au modèle unique…) et les vêtements et accessoires qu’elle a soigneusement sélectionnés, plus sobres mais témoins de cet esprit frais qui fait tout le charme des lieux, à l’instar des créations pour bébés de la marque marseillaise Underten.
La sardine à paillettes, 9 rue de la Tour, 1er. Rens. 06 18 31 46 04 / www.sardinesapaillettes.com
Ouvert le lundi de 14h à 19h et du mardi au samedi de 10h30 à 13h30 et de 14h30 à 19h

La Maison marseillaise
Ne dites surtout pas à Delphine que vous cherchez des objets de déco ! La propriétaire de ce grand et bel espace aux lignes épurées l’affirme haut et fort : « Ici, il n’y a rien pour “faire joli”. Tout ce qu’il y a dans la boutique doit être pratique, utile et beau. » Créée il y a bientôt vingt ans, La Maison marseillaise propose ainsi un panel de meubles et d’objets venus des quatre coins du monde (Angleterre, Scandinavie, Etats-Unis…), qui raviront surtout les esthètes amateurs de cuisine (vaisselle, ustensiles design…). Mais pas que, puisqu’on y trouve également des chaînes hi-fi high-tech, quelques accessoires à destination des femmes (bijoux, fringues, sacs…), ou encore, pour les petits budgets, des stylos — un objet utile, donc, pas de bibelot !
La Maison marseillaise, 38 rue Francis Davso, 1er. Rens. 04 91 55 54 43
Ouvert du lundi au samedi, de 10h à 19h

Flowerbox
Sur la vitrine flambant neuve cerclée de murs d’un rouge éclatant, le concept du lieu s’étale en grand : « Accrochez la nature à vos murs ». Emanation apparue à la mi-septembre de la boutique installée depuis trois ans au Cours Julien par deux paysagistes, Thibaut De Breyne et Philippe Tisserand, cette « galerie de fleurs » propose d’orner vos murs de tableaux végétaux, créés sur mesure par les maîtres des lieux en fonction de vos goûts, de votre intérieur, mais aussi de vos aptitudes en jardinage. Une manière originale de mettre en valeur les végétaux (une centaine de variétés est à disposition) à travers différents supports jouant sur la verticalité, mais aussi de « réussir son expérience avec les plantes. » En bref, tout un art de vivre.
Flowerbox, 65 rue Francis Davso, 1er et 80 Cours Julien, 6e. Rens. : 04 91 48 93 32 / www.flowerbox-gallery.com
Ouvert du mardi au samedi, de 10h à 13h et de 14h à 19h (non-stop le samedi)

Le Couloir
La boutique porte très bien son nom. Dans son minuscule Couloir à l’ambiance très « girly », Nathalie propose depuis un an à sa clientèle presque exclusivement féminine (« Je dois avoir deux hommes ! ») pléthore de petits objets « d’art, de désir, futiles et précieux ». Dans ce décor rose et mauve qui met en effet la féminité à l’honneur, on trouvera ainsi tout un tas d’idées déco (coussins, bibelots, tapis, photophores, lampes…), quelques fringues et accessoires, de jolis bijoux ou encore des produits pour bébés (habits, petits jouets…)… et ce, pour tous les budgets. Une mini caverne d’Ali Baba à découvrir pour les femmes désireuses de s’offrir (et d’offrir) des petits plaisirs.
Le Couloir, 22 rue Glandeves, 1er. Rens. : 04 91 04 63 13
Ouvert le mardi et du jeudi au samedi, de 11h à 18h (jusqu’à 19h le samedi)

CC

[14 oct 2008] Aires de repas - Le Blok

Filet garni

Mélanger bonne chère et foot, tel est le concept pour le moins original proposé par le Blok depuis fin septembre à la Valentine. L’occasion d’oublier, l’espace de quelques heures, le décorum peu glamour de la zone commerciale.

block.jpgUn immense espace chaleureux bordé de larges baies vitrées et paré d’un bar circulaire du plus bel effet, une grande et belle terrasse ensoleillée à l’abri du vent, quelques notes de jazz et « des serveuses mignonnes et sympa » (dixit mon voisin de table)… Arrivés au restaurant du Blok, on peine à se croire en pleine zone commerciale, à deux pas du complexe des 3 Palmes et à quelques encablures des hypermarchés et autres enseignes gigantesques qui dominent la Valentine. D’autant que, comme son nom l’indique, le lieu ressemble de l’extérieur à un gros bloc de béton, d’une froideur certaine. Et qu’on peut également y croiser des énergumènes suants qui viennent de s’adonner à une partie de “Foot@2”. Ques aco ? Une version minimale et en salle du sport le plus populaire de la ville, qui voit s’affronter deux équipes de deux joueurs pendant quarante-cinq minutes.
« Jean-Philippe Durand (ndlr : ancien joueur de l’OM, champion d’Europe en 1993 et aujourd’hui au recrutement dans le club phocéen) avait depuis un moment en tête le concept de “Foot@2”. Il a ensuite pensé à la restauration… L’idée, c’était de créer un Lieu », explique Bill Boudia, le directeur du Blok (ndlr : anciennement directeur de la Folle Epoque à la Préfecture), qui se balade entre les tables en arborant fièrement un élégant tablier à l’effigie de la maison.
Le Blok dispose ainsi de 2 000 mètres carrés, répartis en deux espaces totalement indépendants (vous pouvez aller « au foot » pour jouer ou regarder, aller manger, ou faire les deux). « On a voulu quelque chose d’aéré, d’épuré et de convivial. En un mot : ouvert. On n’est pas confinés entre deux vitres. On est dans la vérité, on ne veut pas tricher. » L’ouverture semble en effet être le mot d’ordre de la maison, comme en témoigne l’architecture du lieu — élaborée par le cabinet du Marseillais Julien Montfort — avec ses grandes baies vitrées et ses cuisines « transparentes » (les chefs préparent leurs plats devant les clients), qui « offrent un visuel aux clients ». Le chef, Luc Soccodato, joue lui aussi l’ouverture en proposant une carte éclectique — à des tarifs accessibles—, comprenant aussi bien des tapas (verrine de chèvre, plancha de Saint-Jacques…) que des pizzas plutôt originales (auxquelles le champion d’Europe de la discipline a apporté sa touche personnelle), des plats au wok ou des recettes plus « traditionnelles » (tartare de loup bien préparé, pâtes aux asperges ou à la brousse, viandes succulentes et bien présentées…). Avec autant d’ouvertures, il serait stupide de ne pas conclure.

CC

Le Blok, Montée du Commandant Robien, 11e. Ouvert tous les jours de 11h45 à 14h30 et de 19h30 à 22h30 (le samedi jusqu’à 23h30). Service tapas 7/7 de 11h45 à minuit sans interruption. Salles de foot@2 ouvertes tous les jours de 9h à 22h.
Rens. 04 91 19 14 60 / www.le-blok.com

[30 sept 2008] Identités Remarquables : Stryker

Back in Black

Il s’appelle Philippe mais il est connu dans le milieu du rock marseillais sous le sobriquet de Stryker. Son omaine ? Le rock : hard, metal, gothique et punk. Son parcours ? Vingt ans d’implication comme organisateur de concerts, service d’ordre, gérant d’association et tenancier de bar rock.

stryker2.jpgJe pousse la porte de son antre, Sabre-Tooth, un magasin de disques ouvert depuis neuf ans. Stryker officie drapé d’un t-shirt Motörhead. Derrière lui, des photos encadrées où il pose à côté du batteur des Ramones, de Lemmy de Motörhead et bien d’autres encore. Deux ados en piercings et Doc’ rentrent en effeuillant des flyers, remorquant un groupe de costauds plutôt crânes rasés et treillis. « Ce sont des Russes qui jouent ce soir à Marseille », explique l’un d’eux. Et les Slaves de se jeter goulûment sur le magasin : ils fouillent dans les bacs, effleurent les vêtements suspendus à côté de l’entrée où les t-shirts siglés Korn ou Soulfly cohabitent avec des grenouillères noires frappées AC DC, Iron Maiden ou Megadeth. Plutôt inhabituel dans ce type de magasin, non ? « Ah, mais c’est que j’ai mes sources ! Et ma fille en a porté aussi, de ces grenouillères ! » explique Stryker. Un des camarades Popov brandit un vinyle : « - Can I listen ? - No problem. » Stryker s’empresse avec le disque et lâche les quelques mots de russe qu’il connaît. Qu’est-ce qui a changé dans cette musique en vingt ans ? « La musique évolue avec les instruments et les technologies, mais des groupes ont posé des références incontournables. Et l’énergie du rock reste la même. Des groupes ont la haine, d’autres sont plus commerciaux et d’autres continueront de jouer dans leur cave, ça existera toujours… A Marseille, il y a moins de groupes très amateurs et davantage de locaux de répétition ; les groupes arrivent sur le marché des concerts avec des heures de répet’, le son est moins artisanal. » Dans une scène essentiellement blanche, pas un peu « hard » d’être le seul black face à un public qui peut parfois se braquer là-dessus ? Stryker hausse les épaules avec tant d’énergie que ses pattes flirtent avec ses omoplates : visiblement, on lui a posé la question une bonne centaine de fois. « Que ce soit en tant que membre du public ou d’un service d’ordre, je suis un être humain en face d’autres êtres humains et nous sommes rassemblés pour faire la fête tous ensemble. Les “faf”, j’en ai croisés plein. S’ils veulent rentrer et délirer en concert, pas de soucis. Mais je leur disais “Les mecs, vous laissez les insignes dans la voiture : vous êtes à un concert, pas à un meeting. Un point c’est tout.” » Le meilleur souvenir d’un concert marseillais que tu as organisé ? « Peut-être une soirée AC DC pour la Maison Hantée, en 92. Le même soir, il y avait une soirée étudiante à l’Espace Julien. On s’est battus avec les organisateurs par affiches interposées pendant toute la préparation. Lorsque je suis arrivé le soir du concert, j’ai vu une file immense devant l’Espace Julien, mais en tournant au coin de la rue, j’ai vu à peu près cent cinquante personnes devant la Maison Hantée, hallucinant ! On a fait trois cents entrées. » La scène marseillaise ? « Réduite. Pour la deuxième ville de France, c’est pitoyable. Tout de même, le premier festival de trash en France, c’était au Trolleybus qui s’appelait à l’époque l’Arsenal des Galères, en 86. A Marseille dans les années 80 et 90, il y avait six émissions de hard rock à la radio. Mais cela a disparu. Il y a actuellement un boycott radiophonique local de cette musique, je ne sais pas pourquoi. Mais l’avantage pour les jeunes maintenant, c’est qu’il y a Internet. » Alors, le hard serait-il démodé en France ? « Tu crois ? Alors regarde un peu les ventes de disques ! Et les concerts : Metallica remplit Bercy sans problème. » L’endroit le plus dingue où tu as vu un concert ? La réponse fuse : « Lourdes ! Un festival de trash en 89, avec Holy Moses, Sabbat et Sodom en têtes d’affiche. » Je médite un instant sur ce mélange surréaliste de pèlerins… un ange passe. Et pour résumer, le rock dans tout ça ? « C’est fédérateur. Cette musique abat les barrières. Ici, je vois passer de tout : toutes les origines, toutes les couleurs de peau et toutes les catégories socioprofessionnelles. J’ai des clients flics, banquiers, patrons de boîte, fonctionnaires, médecins, étudiants. J’ai un pote qui a travaillé au Liban pendant les années de guerre ; ça tirait à tous les coins de rue. Un jour, il est passé dans une rue de Beyrouth où il a entendu du rock : ça venait d’un petit club qui était resté ouvert. Il a halluciné : le mec à l’entrée, c’était un punk avec une crête montée de quarante centimètres. D’un coup, il est entré dans un autre monde, sans barrières. » Alors, le rock, c’est… un drapeau ? « Oui ! Et un sacré drapeau, parce qu’il est universel. » Long life to rock n’ roll.

Bénédicte Jouve

Sabre-Tooth, 19, rue des Trois Mages, 1er.
Rens. 04 91 48 39 29 / www.sabre-tooth.net

[30 sept 2008] Aires de repas - Le Bouchon Marseillais

Bouchon futé

Parce qu’il n’y a pas que les nourritures spirituelles dans la vie, Ventilo vous emmènera désormais tous les quinze jours au restaurant. Cette semaine, les tapas s’emballent au Bouchon Marseillais.

bouchon-marseillais.jpgIl a certainement changé la définition que les Marseillais se faisaient du mot « bouchon », troquant dans leurs esprits les interminables processions de voitures sur la Canebière ou le Jarret pour le petit resto traditionnel où l’on peut faire ripaille à peu de frais. La trentaine dynamique, Yann Defrance officie depuis 2000 au piano du Bouchon Marseillais. Ce cuisinier autodidacte, maintes fois salué par la critique gastronomique (en témoignent ses multiples 13/20 au Gault et Millau), a importé le concept lyonnais dans la cité phocéenne en y apportant sa patte, résolument méditerranéenne. D’abord restaurant gastronomique, le Bouchon Marseillais fait désormais dans la « cuisine miniature », proposant chaque soir une trentaine de tapas variés à petits prix (de 3,60 à 3,90 € par pièce), accompagnés de vins triés sur le volet par un œnologue. Si la cuisine, finement concoctée à partir de produits frais du marché ou en provenance du pourtour méditerranéen (Maroc, Tunisie, Italie, Espagne…), est évidemment au cœur du « concept » imaginé par Yann, les à-côtés ne manquent pas. Ainsi, tandis que tous les jeudis soirs, un œnologue propose en « happy hour » une dégustation avec des vins au prix de la cave, des libraires locaux transforment le lieu en café littéraire tous les quinze jours en y invitant des écrivains. Sans compter les expositions qui habillent régulièrement les murs de la spacieuse salle intérieure au décor épuré et ceux de la véranda cosy, ou encore les fameux apéro-mix qui rythment le Bouchon un week-end sur deux. Ce à quoi viendront s’ajouter désormais des cours de cuisine prodigués par le chef Defrance himself tous les lundis et la prochaine inauguration d’un coin épicerie avec de succulents mets à emporter. Mais la grande nouveauté de cette rentrée, c’est surtout l’ouverture du restaurant le midi, avec une formule « bistro » qui verra les tapas nocturnes montés en assiettes, ainsi qu’un brunch méditerranéen à base de produits bio chaque samedi. Une sympathique manière de profiter de la large terrasse ombragée — joliment dédicacée par le couturier Jean-Charles de Castelbajac — qui double la surface du restaurant, été comme hiver, la cour étant bâchée pour accueillir les amateurs d’air frais et/ou de tabac. Autant de manifestations qui devraient amener toujours plus de curieux dans l’antre de Yann, déjà bien achalandé par la grâce d’un bouche-à-oreille phénoménal. Pousser le Bouchon n’aura jamais été aussi agréable…

CC

Le Bouchon Marseillais, 43 rue Thiers, 1er. Ouvert du mardi au samedi, midi et soir.
Rens. 04 91 42 47 33 / www.lebouchonmarseillais.com

[17 juin 2008] Web Side Story

Web Side Story

Ou comment un fan de mythologie s’est retrouvé à la tête de deux cartons du Web.

Le pouvoir viral d’Internet est tel qu’une idée toute bête suffit parfois à créer un véritable phénomène. Ainsi du concept d’Alex Tew, cet étudiant anglais devenu millionnaire en quelques mois en vendant… des pixels (1) ! Ce n’est pas Pierre Germain qui nous contredira. Son idée, le fondateur de l’éditeur de logiciels Gerwin l’a trouvée… devant une machine à café. Nous sommes en 2002, le jeu Qui veut gagner des millions vient de débarquer en France. Tout le monde en parle, de l’accro au Trivial Pursuit à la fameuse ménagère de moins de cinquante ans. « Au boulot, j’ai constaté que des gens de profils très différents étaient sensibles au concept. C’est ça qui m’a interpellé, plus que le principe même de gagner un paquet de pognon très facilement. » Pierre est alors ingénieur dans les télécommunications, Internet est son domaine ; il s’étonne que l’idée n’ait pas été exploitée sur la toile.
Dans sa chambre, aidé d’un ami, le jeune homme va alors imaginer un quiz en ligne en s’inspirant de sa passion pour la mythologie : Mon légionnaire est né. « La structure hiérarchique et l’univers “faussement viril” de la légion romaine s’adaptent très bien à un jeu… Et puis la chanson de Piaf parle à tout le monde. » Bien que le but de la manœuvre ne soit pas professionnel a priori (« Je voulais juste créer une communauté à taille humaine, avec un niveau de jeu assez élevé »), très vite, le site connaît un relatif succès. Le système de parrainage et le bouche-à-oreille attirent près de 2 000 à 3 000 personnes par jour.
Il faut donc alimenter le site avec des nouveaux QCM (questionnaires à choix multiples). Or, non seulement Pierre n’est pas omniscient, mais il travaille ailleurs pour gagner sa vie. Il décide donc rapidement de tirer parti de la communauté, et amène les joueurs eux-mêmes à contribuer au site en posant des questions à leur tour. Au niveau financier, les achats de parties supplémentaires (plus que la pub, dont les revenus ne sont finalement que marginaux) permettent de payer les serveurs et les lots offerts aux gagnants.
En 2005, le jeu devient une référence : avec le système de classements privés — qui permet aux membres d’une petite communauté (famille, bande d’amis, école…) de jouer entre eux —, presque toutes les grandes écoles de France et de nombreuses entreprises fréquentent assidûment le site, qui compte près de 600 000 inscriptions. Pierre et son acolyte, qui ont constitué une SARL afin d’être dans la légalité, passent de plus en plus de temps à faire tourner le site. En 2006, Pierre s’y met à plein temps et Ronan Joncour le rejoint dans l’aventure pour prendre en charge la partie rédactionnelle.
Parallèlement, de nombreuses structures — noyautées par des fans de « Mon Lég’ » — font appel à Gerwin pour leur fournir du contenu. Un partenariat se monte notamment avec Eurosport, que Gerwin alimente encore aujourd’hui en quiz. En 2007, c’est Effervescence, société conceptrice de Tout le monde veut prendre sa place sur France 2, qui les contacte pour créer une version du jeu en ligne. A l’instar de son pendant télévisuel, le jeu cartonne : plus d’un million de personnes sont aujourd’hui inscrites sur le site.
Fort de ce succès, Gerwin, installée dans une pépinière d’entreprises au cœur de l’Europole de l’Arbois, compte désormais cinq salariés, qui planchent actuellement sur l’adaptation d’un nouveau jeu, Duel, qui verra le jour début juillet, simultanément sur France 2 et sur Internet. Un nouveau succès annoncé pour Pierre, qui continue de percevoir ce qui est désormais son boulot en vrai passionné : « Internet abolit le temps et l’espace. Il y a une force communautaire : chacun amène un tout petit quelque chose pour aboutir à quelque chose de phénoménal. J’aime canaliser ces énergies, en être au cœur. »

CC

www.monlegionnaire.com
http://tout-le-monde-veut-prendre-sa-place.france2.fr/

(1) Le jeune homme a créé une page Web vide, The million dollar homepage, découpée en un million de pixels, vendus un dollar pièce. En moins d’un mois, un tiers de la page était rempli en ayant rapporté à son créateur plus de 300 000 $.

[17 juin 2008] Dixit 226

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[17 juin 2008] La série sur le gâteau - Maguy

serie-maguy.jpgJe vois souvent rouge, avec moi ça bouge, quand mon cœur s’enflamme, je joue toute la gamme, oh, je fais ma météo, chez moi il y fait toujours beau… Je suis, je suis, je suis ? Pas Véronique Sanson, ni Evelyne Dhéliat, mais bel et bien Maguy, l’héroïne de la sitcom éponyme qui berça (trop près du mur) nos après-midi dominicaux sur Antenne 2 au mitan des années 80. Série culte s’il en est, qui enthousiasma de février 1985 à mai 1991 les téléspectateurs français de 7 à 77 ans — j’en veux pour preuve notre jeune et délicieuse stagiaire graphiste qui connaît sur le bout des doigts le thème de la série alors qu’elle n’était même pas née le jour de la diffusion du premier épisode —, Maguy avait ceci de particulier qu’elle fut la toute première série en France à être enregistrée en public, façon Au théâtre ce soir, sans les costumes de Donald Cardwell. En effet, calquée sur le modèle US en vigueur depuis 1951 et la diffusion du show I love Lucy, la série créée par Jean-Guy Gingembre (reconnu pour être dur en affaires) et Stéphane Barbier (qui était un poil plus souple) redessina alors les contours d’une fiction à la française poussiéreuse, muséifiée par l’ORTF, en « américanisant » la forme : unité de lieu, intrigues domestiques et participation du public — qui fut prié au bout d’une saison de retourner en maison de retraite. Vraisemblablement au détriment du fond, puisque, 333 épisodes et vingt-trois ans après, on ne sait toujours pas de quoi parlait Maguy ou ce qui s’y passait. On se souvient seulement — remercions Freud et sa théorie de la mémoire sélective —, du jeu tout en retenue de Rosy Varte, du charisme passif de Jean-Marc Thibault et des envolées verbales de Marthe Villalonga — et ses inoubliables « Ma Maguy ». Aussi opaques que la puissance comique de Shirley et Dino, les intrigues autour d’une quinquagénaire femme au foyer hystérique qui entraînait sans cesse son électricien de mari dans des aventures rocambolesques, sans jamais sortir de chez eux, semblaient illustrer le leitmotiv du pouvoir politique alors en place : « la force tranquille ». Mais Maguy, c’était aussi un feu d’artifice d’invités prestigieux. Chaque dimanche, pour le plus grand plaisir de nos grands-parents qui, déjà au taquet d’avoir passé l’après-midi avec Jacques Martin, manquaient d’avaler leurs dentiers de bonheur lorsque surgissaient dans l’appartement Jacky Sardou, Marcel Amont, Jacques Chazot, Michel Galabru, Garcimore, Enrico Macias, Francis Perrin, Nicolas Peyrac, Pascal Sevran ou Jean-Marie Bigard — notons que tous ces guest sont morts ou soutiennent Sarkozy, flippant… Bref, qu’on l’aime ou pas, Maguy, la première sitcom française digne de ce nom, bâtie sur du vide, rien, nada, niet, nichts — fabuleux concept que reprendra dix ans plus tard Jerry Seinfeld avec plus de succès — restera surtout, n’ayons pas peur des mots, comme le premier docu-fiction sur les ravages de la ménopause. Saluons la mission pédagogique jamais prise à défaut du service public. Pour la gaudriole, on (se) repassera (l’intégrale des 400 coups de Virgnie).

Henri Seard

[17 juin 2008] Buzzomètre 226

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[17 juin 2008] Buzzomètre 226

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[03 juin 2008] Pierre Sauvageot du Centre National des Arts de la Rue

Oh, sauvage !

Pierre Sauvageot travaille, voyage, parle. Beaucoup. Compositeur de (dé)formation, il dirige depuis 2001 le Centre National des Arts de la Rue, Lieux Publics. Rencontre avec un tourbillon qui expose sa vision personnelle et impertinente d’un art à sortir des musées et des salles d’exposition pour exploser dans la rue.

Il est à l’heure. Entre deux rendez-vous et deux trains : Pierre revient de Liverpool, l’actuelle Capitale Européenne de la Culture. Se rinçant le gosier à coups de jus de fruits bio, il explique avec le débit d’une mitrailleuse et une agréable voix de basse sa conception de l’art sonore et de l’art tout court. A la tête de Lieux Publics après un long parcours de créateur sonore, Pierre Sauvageot revendique avec délice le droit de se réapproprier l’espace public : « C’est un incroyable paramètre. En tant que musicien et compositeur, je travaille avec l’écoute. Le monde de la musique est très cloisonné mais dans l’espace public, l’oreille n’est pas formatée, les gens n’écoutent pas de manière référencée. Ils se disent qu’ils participent à un moment exceptionnel, les oreilles ouvertes. J’ai envie de me trouver avec un public qui n’est pas dans un jeu de reconnaissance, en donnant à entendre un son qui bouge dans l’espace. Et Lieux Publics, c’est une maison très particulière car c’est une institution nationale, et elle est à l’échelle européenne depuis 2001. Je souhaite que nous soyons encore plus visibles ici, puisque nous y sommes installés ! » Ici, c’est Marseille où il vit depuis près de quinze ans et où il entrevoit bon nombre de « possibles » à réaliser. « C’est une ville atypique, bordélique et absolue qui ne ressemble à aucune autre grande ville française. Sans sombrer dans le marseillisme primaire, c’est une ville où il y a tout à inventer, une ville ouverte, un fantasme de contre-modèle. Marseille n’est pas encore une ville dite normale ; la mondialisation et Jean-Claude Decaux réunis ne sont pas encore passés, même si on voit le rouleau compresseur approcher. Ce serait passionnant que la culture accompagne fortement les modifications de cette ville. » Justement, qu’en est-il selon lui du projet de Marseille Capitale de la Culture en 2013, qu’il a soutenu dès le début ? « C’est une chance unique à saisir. La vie culturelle va mal, si Marseille est désignée ce sera une bouffée d’oxygène incroyable. » Lieux Publics pilote un réseau européen avec une vingtaine de partenaires dans une douzaine de réseaux européens élaborant des créations communes et des projets croisés, cofinancés par la Commission Européenne. Pierre Sauvageot s’est engouffré dans la brèche avec enthousiasme : « Lieux Publics est fort de ses réseaux européens et Bernard Latarjet1 a senti que cette question de l’espace public était cruciale pour le projet de candidature. Cette région possède à la fois une pépinière d’artistes travaillant dans l’espace public et les grandes institutions nécessaires. Ne manquait plus que la grande manifestation pour marquer la place des artistes dans l’espace public : une belle occasion de pérenniser des choses bien au-delà de la seule année 2013. » Et dans la rue, la rue comme espace à conquérir et à réinventer, où l’art doit prendre sa place. De force, peut-être ? « La marchandise domine et elle, elle se fout de l’art. Il faut se bagarrer, on revient comme ça à la question de l’espace public à renégocier : si les artistes restent dans leur coin en pleurant parce que personne ne les aime, il ne se passera rien. Au moment où j’ai commencé, dans les années 70, il y avait très peu de financements publics et même si les artistes étaient mauvais, les gens venaient ! L’art jouait ce rôle immense de transformateur de la société. Aujourd’hui, les artistes doivent reprendre leur place, aller là où on a besoin d’eux en tant que gens qui ont une parole singulière à donner. »

Bénédicte Jouve

  1. Directeur du projet de candidature pour Marseille Capitale Européenne de la Culture 2013 []

[03 juin 2008] La série sur le gâteau - Kyle XY

Kyle XY

serie-Kyle-XY.jpgDe prime abord, Kyle a tout d’un adolescent normal — si l’on veut bien faire abstraction de son hallucinant regard bleu ciel sans nuage un chouïa flippant. Il engloutit des céréales au petit-déjeuner, joue dans l’équipe de basket du lycée, vomit comme il se doit après une soirée bien arrosée et est amoureux de sa girl next door de voisine. Sauf qu’à y regarder de plus près, Kyle est du genre particulier. Il n’a pas de nombril, ne peut dormir ailleurs que dans une baignoire, possède des capacités physiques extraordinaires, façon L’homme qui valait trois milliards sans le bruitage couillon, et développe une activité cérébrale anormalement élevée, de celle qui le verrait rester toute sa vie dans le fauteuil du champion de Tout le monde veut prendre sa place. Bref, pour faire court et reprendre une chanson célèbre d’Alain Bashung, « ça cache quelque chose… » En effet, retrouvé quelques mois auparavant dans une forêt de Seattle nu comme un ver, sans le moindre souvenir, tel un nouveau-né venu au monde après une grossesse de seize ans (sic), le naturiste, adopté par une famille bien sous tous rapports, suscite déjà l’intérêt d’un organisme opaque, connecté, bien entendu, au gouvernement — icelui avide de trouver des réponses aux origines mystérieuses de Kyle et d’étudier ses incroyables capacités. Entre John Doe (pour le réveil amnésique et le Q.I. de 485), X-Files (pour le complot gouvernemental mâtiné d’expérience génétique et de rencontre du troisième type) et Freaks & geeks (pour son approche teen oblique), Kyle (XY parce qu’il a une zigounette) est une série éminemment sympathique qui a conquis, lors de son lancement, critiques et téléspectateurs US. Avant de surprendre la chaîne ABC qui ne s’attendait pas à aller au-delà des dix épisodes de la saison 1. Parfaitement troussée par Eric Bress et J. Mackye Gruber, qui s’y connaissent en ados perturbés plongés dans une ambiance paranormale — Destination finale et L’effet papillon, c’est eux —, Kyle XY est moins un show sur un adolescent « fantastique » que sur l’apprentissage de la vie. A l’instar de Buffy qui tuait des vampires comme on affronte les montagnes russes de l’adolescence, Kyle éprouve la vie pour être enfin l’acteur de la sienne. Comme de coutume, ce n’est pas tant la destination que le voyage qui importe.

Henri Seard

[03 juin 2008] Dixit 225

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[03 juin 2008] Buzzomètre 225

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[20 mai 2008] Logement, matière de nos villes, à la Maison de l’Architecture

Plus belle la ville

Après Paris, Nasrine Seraji, architecte et directrice de l’école nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais, propose sa rétrospective Logement, matière de nos villes à la Maison de l’Architecture. Un siècle d’évolution de l’habitat, ses réalités et ses utopies.

archi-Nemausus.jpgL’idée est ambitieuse : mettre en exergue « cent réalisations qui ont nourri la pensée urbaine » dans un XXe siècle qui a connu de multiples tourments économiques, sociaux et deux guerres mondiales. Une époque de mutations qui représente une formidable opportunité pour l’urbaniste de mettre en pratique sa réflexion sur l’homme et son mode de vie. Dont acte avec le travail de recensement dans toute l’Europe réalisé par Nasrine Seraji. La mise en scène de l’exposition prend la forme d’une frise chronologique dans laquelle on chemine à la découverte de cent logements collectifs entre 1900 et 2007. Au-delà d’une écriture plastique forte, leur point commun réside dans l’envie d’élever l’homme par son habitat. Les documents d’époque (photos, plans, coupes, coupures de presse) traduisent une volonté pédagogique qui place cette rétrospective en dehors du terrain des initiés, pour celui du grand public en donnant une valeur patrimoniale. Dans cette logique, on aurait aimé qu’elle soit, à l’image de sa grande sœur parisienne, aussi complète que le catalogue édité pour l’occasion (463 pages, autant dire un livre), qui reprend la chronologie ponctuée par des faits de société marquants et des articles de fond. Pourtant, grâce à cette mise en perspective, on appréhende la porosité entre le contexte politique, économique ou social et l’urbanisme. En témoigne le type de logement en terrasse initié par Henri Sauvages en 1912, très lumineux et aéré, recouvert de carrelage blanc afin de prescrire une cure d’air et de soleil à ses occupants pour combattre la tuberculose (maladie responsable à l’époque d’un décès sur huit). Ou ce paradoxe qui voit les contraintes budgétaires à l’origine de la monotonie des ZUP construites après guerre sur le modèle économique uniforme de la barre (toujours mieux que le bidonville, il est vrai), quand pour des logements sociaux comme le Némausus à Nîmes, Jean Nouvel innove par la forme et construit un habitat en duplex, traversant, avec terrasse, sans dépasser le budget global de ce genre d’opérations. Entre les deux, la pensée de mai 68 a fait son œuvre, « rendre le logement de l’employé supérieur à celui du bourgeois grâce à l’architecture.1 » A l’heure de l’extension du projet Euroméditerranée, cette exposition peut (doit ?) questionner le citoyen sur les projets qu’on lui propose et inviter les promoteurs à expliquer leur démarche. C’est par la pédagogie que naît l’acceptation des mutations d’une ville par ses habitants.

Damien Bœuf

Logement, matière de nos villes, jusqu’au 14/06 à la Maison de l’Architecture (12 bd Théodore Thurner, 6e). Catalogue du même nom édité aux éditions Picard.

  1. Françoise Fromonot dans Logement , matière de nos villes []

[20 mai 2008] La série sur le gâteau - Brothers & sisters

serie-Brothers-sisters.jpgA moins d’être passé à côté des deux grandes séries que sont Six feet under et Les Soprano, le sériephile averti sait combien le thème de la famille — avec ses blessures, non-dits et autres drames — a envahi le champ des séries américaines depuis une dizaine d’années. Jusqu’aux plus proches Desperate Housewives (tensions sourdes et secrets enfouis), Nip/Tuck (famille dé/recomposée) ou Big love (polygamie assumée), les scénaristes hollywoodiens n’en finissent plus aujourd’hui de redessiner les contours de la cellule familiale, en l’alimentant d’une dramaturgie intarissable. Objectif aussi simple qu’exigeant, la série contemporaine a donc décidé de régler son « conte » à la famille, de lui donner un coup de pied au cul(te), en interrogeant un bonheur domestique trop opaque pour être honnête et en sondant individuellement les âmes (en peine). Vaste et joli programme que l’on retrouve dans Brothers & sisters, nouvelle série d’ABC inédite en France — mais trouvable sur le Net pour les plus débrouillards d’entre vous. Suivant une trame narrative assez classique, plus proche des tourments soap de Dynastie que ceux anxiogènes des Sopranos, B&S débute après le décès du patriarche — tout comme Six feet under ou Dirty sexy money, dans laquelle on retrouve avec bonheur Peter Krause/Nathan Fisher. Ce trépas est l’occasion pour toute la fratrie de creuser la part d’ombre de la tribu, traversée par des révélations moins soudaines que glauques. Bien construite et sans temps morts, la série, écrite par Ken Olin, producteur d’Alias, et Greg Berlanti, créateur d’Everwood, vaut aussi et surtout pour son casting impeccable, dominé par deux actrices au sommet de leur forme : Calista Flockhart et Rachel Griffiths, découvertes respectivement dans Ally McBeal et, encore et toujours, Six feet under. Aux côtés de quelques autres grands acteurs — de Sally Field, éternelle Norma Rae, à Rob Lowe d’A la Maison Blanche, en passant par Ron Rifkin, le pourri d’Alias —, les deux jeunes femmes, fortes, drôles et sexy, font de leur renaissance cathodique les cerises sur le gâteau d’une série qu’on n’abandonnera pas de si tôt, juste pour les admirer. Et ce n’est pas rien.

Henri Seard

[20 mai 2008] Liberté d’expression

Se rincer l’œil, certes, mais pourquoi donc ? Ma nièce — qui a oublié d’être conne puisqu’elle ne répond pas à Dora lorsqu’elle lui demande bêtement d’appeler son sac à dos — me demandait l’autre jour avec l’insouciance de celles qui ne savent pas encore que les princesses font caca et que les rois portent plus volontiers des maillots de Valbuena que des cottes de maille : « Dis tonton, est-ce que se rincer l’œil rend sourd ? » se-rincer-l-oeil.gifSpontanément, là, comme ça, j’ai envie de dire oui, bien qu’il soit tout de même physiquement assez risqué et techniquement audacieux de se palucher en mettant ses gouttes. Peut-être n’y a-t-il d’ailleurs derrière tout cela qu’une vague histoire d’hygiène corporelle. De Gaulle a bien essayé de nous le cacher, mais on sait aujourd’hui que la fin du XIXe siècle fût une période de crasse sans précédent. Par réaction, les linguistes furent pris d’une véritable passion pour les vertus du nettoyage à sec. On se rinçait alors beaucoup de choses : le gosier, la dalle, le cornet et bien sûr l’œil. Le Français a ses raisons et il en va donc de la contemplation émue des jambes affolantes mises à nu par la magie du printemps, du rock-and-roll et de la minijupe comme de la boisson ; un plaisir éphémère et rafraîchissant qui se consume immanquablement dans les toilettes du sous-sol pour peu que l’on en abuse un peu trop. Mais revenons à la question qui nous intéresse moi et ma nièce : se rincer l’œil rend-il sourd ? Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer ce passage lumineux des Affinités érectiles où Goethe nous conte joyeusement et en allemand une ballade au pré entre Beethoven et son maître Haydn : « Ludwig Van : Pom, pom, pom-pom ; - Haydn : Tu pourrais quand même éviter de te rincer l’œil, pervers… ; - Ludwig Van : Hein ?!? ; Haydn : Non, rien… Tiens un cyprès. » CQFD.

Romain Carlioz

[20 mai 2008] Dixit 224

Dixit-224.gif

[06 mai 2008] Ça tourne à Hollywood

Alors que les chaînes hertziennes US tentent de se relever après avoir été terrassées par la grève des scénaristes des séries télé, Ventilo fait un état des lieux post-conflit.

serie-lost.jpgS’il y a bien une série qui n’a pas été touchée de plein fouet par la grève, c’est bel et bien Lost. Programmée pour ne durer que seize épisodes, afin de redonner du punch au récit, la saison 4, finalement limitée à treize segments, a débuté en mars comme la précédente s’était conclue : à grands coups de flash-forwards intrigants et acclamée par les fans. Buzz de 2007, Heroes, bousculée par le conflit, a vu par la force des choses sa saison 2 passer de 24 à 11 épisodes, sous peine de perdre son étoffe. Si les cinq premiers épisodes autour des origines de Hiro sont anecdotiques, les six autres, conçus dans l’urgence par Tim Kring, ont fait des étincelles. A l’instar du nouveau personnage incarné par Kristen Bell (feu Veronica Mars) qu’on se languit de revoir dans le chapitre 3. Prévue, elle aussi, pour durer 22 épisodes, la saison 3 de Prison Break s’est fait limer le barreau au Panama, en en atteignant péniblement treize. Chiffre, semble-t-il, porte-bonheur, puisque le show a été reconduit, à la surprise générale. Attendu qu’il n’était pas question de donner une demi-journée à Jack Bauer pour sauver le monde, 24 heures chrono a simplement été annulée et repoussée à janvier 2009 — « tant mieux », disent les mauvaises langues échaudées par une saison 6 pas top. Enfin, tout va bien pour nos deux séries chéries, Docteur House et Desperate housewives, aux saison 4 éblouissantes. En tête des audiences après la diffusion d’une dizaine d’épisodes à l’automne, le médecin misanthrope et les viragos de Victoria Lane ont repris, mi-avril, leur fauteuil des shows les plus regardés — comme si la grève n’avait pas eu lieu, la classe. Pendant ce temps, alors que les « gros » (ABC, NBC, CBS et FOX) s’arrachaient les boutons de la télécommande pour composer avec la pénurie de nouveaux épisodes, les chaînes du câble — qui produisent des séries plus courtes, exemptes de pubs — ont continué leur petit bonhomme de chemin vertical. HBO a lancé deux nouveaux petits bijoux, Tell me you love me et In treatment, pendant que Doug Ellin terminait le tournage de la saison 5 d’Entourage, annoncée pour juin, tout comme la saison 3 de Big love et son traitement polygame. Du côté de Showtime, tout a été mis en œuvre pour que les pulsions morbides de Dexter (saison 3), la Californication (saison 2) de Hank Moody et la très bonne Weeds (saison 4) de Nancy Botwin reviennent nourrir l’appétence cathodique des téléspectateurs, entre juin et septembre. Même son de cloche du côté de FX, qui a bouclé la sixième levée de The shield et le second volet de Damages. Enfin, rappelons que ACM a raflé deux Golden Globe Awards pour ses Mad Men, au bout d’une (trop petite) saison. Ou comment la marge câblée a botté les fesses de la norme hertzienne. Telle est la morale de l’histoire.

Henri Seard

[06 mai 2008] Dixit 223

« Bertrand, il n’est jamais content des efforts de la C.U.M. Fais du bien à Bertrand, il te le rend en caguant… »
Jean-Claude Gaudin, à propos de Jean-Pierre Bertrand, maire divers droite, membre de la Communauté Urbaine de Marseille qui a voté en faveur du PS Eugène Caselli (Le Canard enchaîné, 23/04)

« Gaudin n’a pas accepté que je sois le vainqueur des Municipales, parce que sans ma victoire dans mon secteur, il aurait perdu la ville. Il a donc voulu me le faire payer. »
Renaud Muselier (Le Canard enchaîné, 30/04)

« Nouveau coup dur pour la DST : Mai 1968, le gouvernement était prêt à parquer les militants de gauche dans le stade de Marseille. »
Une de Libération en mai 68 (Marseille L’Hebdo, 30/04)

« Gaston Deferre, député-maire de l’époque, est venu dès le premier meeting sur la Canebière, et il a assuré les manifestants de sa solidarité. A Marseille, les parcours des manifestants étaient à chaque fois discutés, organisés, et les CRS maintenus à distance. Si on se battait, c’était avec les mecs d’extrême-droite ! C’était bon enfant, avec des sit-in aux carrefours. »
A. Mercier, universitaire (Elle, 5/05)

« Valbuena, depuis que les Russes nous l’ont abîmé, il est quand même souvent blessé, non ? Il nous aurait fait du bien, ce soir, non ? Il l’économise ou quoi, Gerets ? »
Un supporter, pendant la rencontre Monaco-Marseille (Marseille L’Hebdo, 30/04)

[22 avr 2008] C’est arrivé prés de chez vous : les Grandes Tables de la Friche

Tout le monde déguste

Patrimoine immatériel ou pas, la gastronomie fait partie de la richesse culturelle d’un pays. Ne parle-t-on pas d’ailleurs d’« art culinaire » ? Dans un décor post-industriel avec vue sur rails, les grandes Tables de la Friche donnent tout son sens à cette affirmation.

4 septembre 2006 : après des années de disette, la Friche inaugure enfin son restaurant. A deux pas des baraques Algeco multicolores qui abritent plusieurs de ses structures, les Grandes Tables se posent et s’imposent avec pour credo la « Cuisine du quotidien et de l’extraordinaire ». Difficile de mieux résumer l’esprit qui habite cet espace de 400 m2 au décor de tôle et de béton, à la fois sobre et chaleureux : revisitée chaque jour selon les envies du Chef et les produits de saison, la carte s’adapte aussi bien aux besoins quotidiens des salariés du site — en proposant des petits plats cuisinés de frais et des « grignotages » à des prix abordables — qu’aux exigences des plus fins gourmets, qui peuvent y découvrir les « nouvelles écritures de la cuisine » par le biais de résidences de grands Chefs. C’est là toute la particularité du lieu, qui accueille les créateurs du goût comme les scènes artistiques hébergent pour un temps des compagnies théâtrales ou chorégraphiques. De fait, les Grandes Tables proposent une programmation « culturelle », qui accompagne celle de la Friche (l’accueil des apéros de Radio Grenouille par exemple), mais reflète également les aspirations de son équipe : travailler la notion de diversité avec exigence et inventivité, faire découvrir de nouvelles saveurs, mais aussi des parcours de vie. En témoigne la « brigade d’Amateurs », constituée de personnalités venant de tous horizons (Italie, Inde, Bénin, France…), illustres inconnus qui ont fait de leurs cuisines des écrins pour donner libre cours à leurs envies, leurs talents, leurs expérimentations. Parce que « le renouveau artistique de la cuisine est aussi lié à la pratique amateur », chacun s’emparera du piano à tour de rôle dès le 8 mai pour faire partager au plus grand nombre (le restaurant compte 200 couverts) leurs recettes « comme à la maison ». Les mois à venir seront marqués par de multiples autres manifestations, à commencer ce jeudi 24 avril par la proposition poétique et savoureuse du Conservatoire des Cuisines Méditerranéennes autour des saveurs de la mer : un menu unique à base de poissons bleus (ces espèces peu chères que l’on trouve en abondance en Méditerranée : loups, daurades, muges…) et d’huile d’olive. Suivront la Cooksound Party orchestrée par Laurent Kouby (le 15 mai, rendez-vous au prochain numéro), le Festival des vins animés initié par les frères Rohel (créateurs de vins naturels) ou encore une semaine sous le signe du… Néolithique. Autant de propositions qui attestent de la créativité et du dynamisme d’un lieu ouvert sur le monde.

CC

Les Grandes Tables de la Friche, Friche la Belle de Mai, 41 rue Jobin/12 rue François Simon, 3e. Rens. 04 95 04 95 85 / www.tablesdelafriche.com

[22 avr 2008] Dixit 222

« Dans ce métier, on pense cuisine, on vit cuisine, on dort cuisine. Souvent je rêve à des goûts, des amalgames, des associations. »
Gérald Passédat (L’Expansion, supplément Tendances, avril 2008)

« Carrasso devra me marcher dessus pour me reprendre la place. »
Steve Mandanda (So Foot, Avril 2008)

« Un lundi de 1969, on a créé le cercle Guy Môquet de l’Estaque en étant intimement persuadés que la Révolution surviendrait dès le mercredi. Et je crois que, quelque part, on a toujours le sentiment de vivre un interminable mardi. »
Gérard Meylan (Marseille L’Hebdo, 9/04)

« Je me fous d’être apprécié de l’élite marseillaise. Je ne suis pas un petit-bourgeois. »
Robert Guédiguian (L’Express, 16/04)

« On vient de voir ce qu’il y a de plus laid dans la vie politique : des élus de droite ont trahi leur électorat, leurs principes, leurs engagements, le suffrage universel. »
Renaud Muselier, suite à la nomination du PS Eugène Caselli à la tête de Marseille Provence Métropole (La Provence, 18/04)

« Il a pour lui et contre lui le fait d’être une star : il récolte les lauriers quand ça va, mais il est la cible prioritaire quand ça déraille. Comme il n’a jamais refusé ce rôle, il assume. »
Pape Diouf, à propos de Djibril Cissé (Le Journal du Dimanche, 20/04)

Certains n’ont pas compris qu’il fallait trahir tout le temps.
Un élu UMP, suite au vote contre un banal rapport présenté par Eugène Caselli le jour de son élection à la tête de MPM (La Provence, 18/04)

[08 avr 2008] Identités Remarquables : David Defendi

Au nom du père

Ou comment un ancien pigiste de Ventilo refait surface « de l’autre côté des médias » avec un fulgurant pavé littéraire sur les coulisses de 68. Retour sur un parcours hors norme.

« Je suis en train de finir mon roman. » Cette phrase, nous avons dû l’entendre des centaines de fois pendant les quelques années où nous avons côtoyé David Defendi. Jusqu’à ce qu’elle devienne un sujet de plaisanterie, y compris avec l’intéressé. Quelle ne fut donc pas notre surprise de le voir débarquer à la rédaction voilà un mois avec un livre signé de son nom, publié chez Flammarion s’il vous plaît. Surprise aussi en découvrant l’ouvrage en question : loin du délire cyberpunk attendu, L’arme à gauche est un thriller façon Ellroy sur les coulisses de 68. David y raconte comment la DST (Direction de la Surveillance du Territoire, autrement dit les services secrets français) a infiltré la gauche prolétarienne à la fin des années 60. Et si les faits y sont quelque peu romancés, relatés avec une force littéraire incontestable, « tout est absolument vrai ». David est bien placé pour l’affirmer : l’un des deux héros de L’arme à gauche, Dominique Goldoni, n’est autre que son père, ex-agent de la DST chargé de recruter l’ouvrier Denis Mercier pour manipuler les maoïstes.
Suite à la mort « accidentelle » de Mercier en 1973, Goldoni — pardon, Defendi —, écœuré, quitte la DST. Ce qui n’est pas pour déplaire à la mère de David, « très à gauche, même si elle devait trouver ça sexy d’être amoureuse d’un espion. » Toujours est-il que David naît neuf mois après le décès de « l’infiltré ». Coïncidence ?
Il apprendra assez tôt le passé de son père. « Mais je m’en foutais, je voulais pas trop en entendre parler, et puis je réalisais pas bien ce que c’était… » Il « réalisera » à l’adolescence, en se rebellant comme « un vrai con » contre la figure paternelle : il menace l’un de ses professeurs avec un cutter, se fait virer de l’Académie de Bourgogne ; les relations familiales se tendent. A seize ans, voyant sa carrière de footballeur professionnel (il était présélectionné en équipe de France) brisée par une fracture, il se retrouve en pension.
Il viendra à l’écriture par « amour » : « Je suis tombé raide dingue d’une nana qui adorait la littérature, et pour la draguer, je me suis mis à lire. » Et à écrire, des poèmes principalement. En attendant de s’adonner complètement à sa passion pour la littérature, il vit de petits jobs : « Dès l’âge de 18 ans, j’ai participé à des tests médicaux, je restais quinze jours, je sortais avec 15 000 balles et je voyageais… » Première destination : l’Amérique du Sud. Pas tant par goût de la révolution que pour « oublier mon ancienne vie. » Se définissant lui-même comme un « anar cynique un peu voyou sur les bords », il fait sienne la devise de James Dean « Vivre vite, mourir jeune et faire un beau cadavre. » Nihiliste, il brûle la vie par les deux bouts, consomme des drogues. Beaucoup de drogues : « Je suis rentré complètement cramé d’Amérique du Sud. » A son retour en France, il s’inscrit en lettres et philo à la Sorbonne. Une manière de « rentrer dans le droit chemin », même s’il n’a aucune envie d’être prof. Sa vocation, il la connaît déjà : écrivain. « Artiste, c’est une antenne chez les bandits et une autre chez les fous, c’est ça qui me plaisait. » Dans la prestigieuse fac parisienne, il fréquente peu de gens, quelques babas un peu utopistes, « mais j’étais trop solitaire pour faire partie d’un groupe. Et puis quand j’étais en Amérique, je voyais les Indiens mater Alerte à Malibu et quand je suis revenu à la Sorbonne, les mecs me parlaient de révolution, alors ça me faisait rire. »
C’est après ses études qu’il se met réellement à écrire, principalement des nouvelles « sur les voyages, la fin de l’innocence, la fin du romantisme… » Puis il part une nouvelle fois à la conquête de l’Amérique. Du Nord, cette fois : « Pour comprendre. J’aimais pas les Etats-Unis, mais j’avais envie de voir la Californie, de rencontrer des Américains. Et puis, surtout, je suis tombé raide dingue d’une Colombienne. » Il y restera six ans, entre San Francisco et New York, en vivotant de petits jobs — serveur, vendeur d’essuie-glace, de bougies, peintre, livreur de plantes de luxe… « Au bout de quelques années, j’ai compris que l’image qu’on avait de l’Amérique était erronée. J’ai vu le beau visage de l’Amérique. Et puis je suis né en Bourgogne et niveau connerie et racisme, ça vaux bien le Texas… » Surtout, il découvre la littérature américaine — « Ellroy, Palanhiuk… Une grosse claque ! »
Mais cette vie ne lui convient plus : finie la bohème, il lui faut écrire. Retour en France en 2003, direction Marseille, « pour l’OM… Non, je déconne ! » Entre deux petits boulots (tests médicaux, encore, déménagement d’antiquités…), un groupe de « slam rock » (« Avec mon ami Tarik, on en avait marre de la poésie officielle “intello chiante”, alors on a voulu faire un truc sexy, avec musicien et vidéo ») et des piges pour Ventilo, il s’attelle à ce fameux roman, inspiré des « cyberpunks » américains (Sterling, Gibson) et des thématiques de Houellebecq et Dantec (la transformation du corps) : « C’est en Amérique, avec les seins refaits des bourgeoises et mes tatouages, que j’ai compris ce qui allait se passer pour les prochaines décennies. » Mais peu enclin à publier des histoires de scarification, son éditeur potentiel, Actes Sud, recule. L’affaire ne se conclut pas, mais David persiste.
Puis c’est la révélation : en lisant un ouvrage d’Olivier Rolin1) (le chef de la branche armée de la gauche prolétarienne), il reconnaît Denis Mercier. Dès lors, tout va très vite : voyant approcher l’anniversaire de mai 68, David sent qu’il « tient un truc. » Son père lui déballe toute l’affaire et lui propose de rencontrer des anciens collègues des services secrets. « Il a été cool. Je crois qu’il voulait se rapprocher de moi, tandis que de mon côté, je m’étais calmé. » Ce « livre de la réconciliation » est comme un cadeau qu’ils se font l’un à l’autre. Passionnément, David mène l’enquête, accumule les documents, les témoignages et les nuits blanches pour parachever son récit. Huit mois plus tard, la presse est conquise : Tecknikart, Le Figaro, Le Monde, Rue89, Médiapart et Le Nouvel Obs ne tarissent pas d’éloges à son sujet, Olivier Marchal2 serait même sur les rangs pour en faire un film. Une surprise ? Pas vraiment : si David est un jeune homme étonnant, si l’histoire qu’il raconte est singulière, son talent n’est désormais plus à prouver.

Cynthia Cucchi

L’arme à gauche (Flammarion)

  1. Tigre en papier (Le Seuil []
  2. Dont l’histoire de L’arme à gauche lui rappelle la sienne, l’ancien flic et réalisateur de 36 Quai des Orfèvres ayant infiltré Action directe dans les années 80. []

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