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mai 2008

[20 mai 2008] Bettina Samson et Julien Tibéri, Stratos Fear, à la galerie RLBQ

La science des rêves

Pour l’exposition Stratos Fear, Julien Tiberi et Bettina Samson nous font pénétrer au sein de phénomènes paradoxaux qui défient notre grille habituelle de lecture du monde.

expo-Stratos-fear.jpgLes deux artistes réalisent ici un véritable tour de force en créant un dialogue fécond entre leurs œuvres tout en affirmant, chacun à leur façon, l’originalité de leurs créations. D’une manière générale, leur mode de construction des œuvres mettent en jeu une logique de l’appropriation et de la référence qui confère de nouvelles configurations aux données mobilisées et explorées. Pour l’occasion, des rêveries sur des phénomènes spatio-temporels réels ou fictifs (qu’ils soient scientifiques, littéraires, artistiques ou biologiques) sont le point de départ de la création.
Est-il possible de réaliser des photographies en l’absence même de lumière ? De transformer une expérience scientifique en logique artistique ? Ou encore de perturber l’enchaînement des découvertes scientifiques en modifiant la flèche du temps ? Bettina Samson donne chair à ces interrogations en réalisant deux œuvres qui renvoient l’une à l’autre par un jeu de tensions. L’artiste fait cohabiter dans une même salle des photographies en noir et blanc aux allures « lunaires », quasi-immatérielles et évanescentes, et un établi en bois, massif et pesant. Explicitement, comme l’indiquent les titres des œuvres, elles font toutes deux référence au scientifique Becquerel : l’une par la reprise du procédé à la source de la découverte de la radioactivité1, l’autre en étant une réplique surdimensionnée de la table de travail du chercheur. Implicitement, elles instituent un rapprochement entre la démarche artistique et scientifique (l’importance des outils et du travail en atelier, l’accent porté sur l’intuition, l’expérimentation et le hasard), mais, surtout, elles perturbent la lecture linéaire de l’histoire des créations. En effet, un décalage temporel se forme entre les photos rejouant l’expérience de 1896 et l’établi, qui semble arriver tout droit du futur, accompagné d’une lettre datée de 1939 écrite par Albert Einstein faisant état d’une des applications possibles de la découverte de la radioactivité : les bombes nucléaires. De l’une aux autres, n’y a-t-il qu’un pas à franchir ? Relation de contingence ou de nécessité ? Ellipse temporelle ou contemporanéité logique des deux découvertes ?
Des perturbations temporelles et spatiales, sur un mode souvent ironique et fantasmagorique, sont également à l’œuvre chez Julien Tiberi. Il enchevêtre les références avec une conscience aigue de ce que cette démarche peut avoir de périlleux (à quel point celles-ci peuvent entraver la compréhension visuelle, déterminer le sens de l’œuvre, ou encore lui conférer, de l’extérieur, une certaine légitimité), sans jamais tomber dans ces écueils. Car ses œuvres ne se réduisent nullement aux différents éléments qui les composent, mais ouvrent un nouveau champ perceptif et conceptuel tout en nous offrant une lecture singulière de l’histoire de l’art en marge de l’histoire pompeuse, avec lucidité et ironie à la fois, et même parfois avec auto-ironie, à l’instar du dessin Le Panthéon.

Elodie Guida

Bettina Samson et Julien Tibéri - Stratos Fear. Jusqu’au 14/06 à la galerie RLBQ (41 rue du Tapis Vert, 1er).
Rens. (0)4 91 91 50 26 / www.rlbq.com

  1. C’est plus ou moins par hasard, en tentant de déterminer si la phosphorescence des sels d’uranium et les rayons X étaient de même nature, que Becquerel découvrit en 1896 la radioactivité. Il commence par exposer des sels d’uranium sur une plaque photographique à l’extérieur, au soleil. Suite à une série d’intempéries, il range ce matériel dans le noir, dans un tiroir de son bureau. C’est alors qu’il découvre que la plaque photo a été impressionnée, et du même coup, la radioactivité : l’émission spontanée (sans apport d’énergie extérieure) de radiation par une substance inerte. []

[20 mai 2008] Frédéric Platéus, Documentation Evidence à la galerie Buy-Sellf Art Club

California Dreamin’

A l’occasion de l’exposition du travail de Frédéric Platéus, la galerie Buy Sellf à Marseille et la galerie Marion Meyer à Paris présentent chacune simultanément une facette d’une œuvre qui fait interférer, de manière toujours plus codifiée, les mondes développés par les communautés spécialisées du jeu et de la recherche scientifique.

expo-Plateus-Bipolar.jpgFaçonnée par un effet de fascination pour l’industrie cinématographique et les studios Hollywoodiens d’une part, et pour l’industrie aéronautique et le surf d’autre part, l’image de Los Angeles est celle d’une ville fondée sur et par des communautés culturelles, industrielles, ou encore militaires. Fasciné par la « low culture » qu’incarnent les industries de L.A. par opposition à New York, Frédéric Platéus exploite, notamment à travers ses sculptures, les langages plastiques et systèmes propres, presque autarciques, produits au sein de toutes formes de communautés. Le travail exposé à la galerie Buy Sellf est le résultat d’un double procédé. Dans un premier temps, l’artiste s’est introduit dans une communauté, plus réduite que celle du Tuning car très spécifique et réunie autour de la customisation de Rubik’s cube, afin d’en intégrer les principes. Ici, la customisation est engagée selon les termes d’une recherche scientifique et guidée par les possibilités de division d’un polyèdre. Sans jamais s’attacher définitivement à un réseau ou un système, Frédéric Platéus intègre et réplique dans un autre milieu, celui des arts plastiques, une formule codifiée qui ne prend normalement son sens qu’au sein de la communauté qu’elle a fondée. La série de photographies Scrambled, qui portraitise trois personnalités de l’astrophysique, de l’armée ou de l’informatique selon un principe de diffraction emprunté à la géométrie moléculaire, est à ce titre représentative du modus operandi de Frédéric Platéus. Jeux de codes et couleurs électriques, manipulation moléculaire ou peinture de carénage, l’artiste belge relève l’évidente perméabilité des réseaux les plus spécialisés en les utilisant comme une matière à création. Un véritable répertoire des cultures « West Coast », marginalisantes ou marginalisées, qui marque la vanité de nos tentatives perpétuelles de hiérarchisation des références. Pour mieux renouveler le langage sculptural lui-même, historiquement très codifié, et le projeter vers d’autres territoires et identités.

Leslie Compan

Frédéric Platéus - Documentation Evidence. Jusqu’au 14/06 à la galerie Buy-Sellf Art Club (101 rue Consolat, 1er). Rens. www.buy-sellf.com

[20 mai 2008] Française - (France/Maroc – 1h24) de Souad El-Bouhati avec Hafsia Herzi, Farida Khelfa, Maher Kamoun…

Douce France, cher pays de mon enfance…

cine-francaise.jpgDroite face à l’objectif, avec une salopette et une chemise à carreaux dont les couleurs évoquent le drapeau tricolore, Hafsia Herzi ne regarde pas exactement devant elle. Son regard semble fixer un ailleurs, d’ailleurs pas si lointain. Cette image, c’est l’affiche de Française. Une image simple, forte et programmatique. Une image frontale, comme le film. Sofia, née en France de parents maghrébins, passe une enfance heureuse dans une cité de province. Mais son père a le mal du pays, et aussi des problèmes financiers. Pour toute la famille, c’est le grand départ. Sofia se retrouve alors dans une ferme au Maroc où elle n’aura désormais qu’un seul objectif : retourner en France. De la première partie du film, qui se déroule en France, on retiendra surtout une séquence forte, un moment-clef que beaucoup de films traitant de l’immigration suggèrent sans jamais montrer : le moment du départ. Si pour les parents il s’agit simplement d’un retour, pour Sofia la scène se révèle bien plus violente ; c’est presque un enlèvement. Dans l’ensemble, il faut avouer que le film nous interroge plus qu’il ne nous émeut, même s’il fait preuve d’un beau réalisme en évitant soigneusement l’imagerie idéalisée et l’exotisme qu’évoque pour beaucoup le retour au bled. Peut-être que pour son premier long-métrage, Souad El-Bouhati a surtout cherché à maîtriser un récit dont la simplicité apparente cache pourtant quelques troublantes vérités. La relation au père, l’adolescence et ses désirs, le tiraillement entre la tradition et la modernité occidentale sont autant de questions que le film frôle par moment sans jamais les approfondir. On pourrait faire une remarque similaire concernant la manière de filmer de la réalisatrice ; les trop rares mouvements de caméra ne jouent pas forcément en faveur de la dynamique du film. Au final, on retiendra surtout la prestation sans faille de Hafsia Herzi qui, malgré le peu de matière fictionnelle que lui offre le film, confirme ici son immense talent.

nas/im

Sortie en salles le 28.

[20 mai 2008] Semi-pro - (USA – 1h30 – 2007) de Kent Alterman avec Will Ferrell, Woody Harrelson…

Trous de balles

cine-semi-pro.jpgDepuis la secousse sismique et débilitante qui a frappé Hollywood en 1994, via l’irrésistible autant qu’affligeant Dumb and Dumber des frères Farrelly, la comédie américaine a définitivement changé de visage(s), laissant derrière elle des icônes 70-80’s exsangues (Steve Martin, Stevy Chase, Eddie Murphy, Leslie Nielsen…), tout en ouvrant la voie à une nouvelle race de comiques — à la fois dérangés, dépressifs, régressifs, en surchauffe ou inquiétants. Depuis quatorze ans, donc, le rire (jaune) US vit n’importe comment au rythme de trois cinéastes majeurs : Wes Anderson (La vie aquatique), les frères Farrelly (Mary à tout prix) et Judd Apatow (En cloque, mode d’emploi) ; avec leur tribu d’acteurs complètement barrés, tous issus du mythique et inusable show de NBC, le Saturday night live : Ben Stiller, Owen Wilson, Steve Carell, Jack Black, Vince Vaughn et Will Ferrell. Aussi méconnu en France qu’énorme de l’autre côté de l’Atlantique, ce dernier, à l’affiche de ce Semi-pro gentiment foutraque, continue, film après film, de creuser le même sillon transformiste et d’hébétude explosive qui l’a vu jouer depuis dix ans, grimaces et perruques ahurissantes à l’appui, un styliste maléfique (Zoolander), un présentateur télé texan idiot (La légende Ron Burgundy), un dealer mou du gland (Starsky & Hutch) ou un patineur à glace raté (Les rois du patin). En campant ici Jackie Moon, propriétaire et joueur de l’équipe de basket des Flint Tropics, Will Ferrell nous donne à voir sa vision du basket, burlesque et modeste, librement inspirée des 70’s, où se mêlaient alors sur le parquet coupes afro, dunk en souplesse et joueurs funky-cool qui voulaient moins réussir leur match que la troisième mi-temps avec les pom-pom girls en écoutant les Brothers Johnson. Ou le sacre d’une certaine idée de l’amateurisme, avant l’avènement de la très professionnelle et lucrative NBA, avec la nostalgie des Harlem Globe Trotters d’antan plutôt que les Spurs de San Antonio d’aujourd’hui. La scène d’ouverture est en ce sens représentative des enjeux inexistants du film : introduits par un speaker en folie à leur entrée sur le parquet, les joueurs voient leurs coucheries, casiers judiciaires et scandales en tous genres dévoilés et énumérés au public en lieu et place des statistiques habituelles. Quand un chapelet d’horreurs se substitue au tableau d’honneur, les basketteurs de Ferrell ont tout compris, l’important était bel et bien de participer.

Henri Seard

[20 mai 2008] Rec - (Espagne - 1h20) de Jaume Balaguero et Paco Plaza, avec Manuela Velasco, Ferran Terraza, Jorge Yamam…

Le labyrinthe de sang

cine-REC-1.jpgDans tout critique (pour peu qu’il ait eu le malheur de naître dans les années 80) sommeille un adolescent exalté à l’idée d’assister à une énième intégrale Romero. Ne boudons donc pas bêtement notre plaisir ludo-cinéphile : le dispositif mis en place dans Rec constitue une machine à foutre les jetons plutôt efficace. La première demi-heure du film, avec son exposition oppressante, est même impeccable dans sa manière d’utiliser la matière vidéo et ses possibilités de hors champ (un corps qui tombe, une masse informe qui se dessine entre les pixels). A ce titre, Rec s’avance comme le versant « light » de Cloverfield, un pur slasher débarrassé de tout appareil idéologique et voué à délivrer un divertissement sous acide. L’intention est louable et pourrait contenter le spectateur si le contrat était pleinement rempli. Or, il faut bien dire qu’une fois les chevaux lâchés, on s’ennuie un peu, dans le ventre mou d’un film qui s’arme de velléités sociologiques pataudes pour combler à la truelle les 90 minutes réglementaires… Pire, lorsque la machine repart, Balaguero et Plaza préfèrent avoir recours à de vieux trucs éculés du fantastique espagnol (le bon vieux coup du black-out, genre Amenabar cheap) plutôt que de continuer à fouiller le flux d’image protéiforme dont ils disposent. Là où Rec semblait tisser la voie pertinente d’un gore porté par la force centrifuge de la vidéo, centré sur son dispositif de terreur et les secousses provoquées, il ne reste plus que les oripeaux d’un énième produit gothique espagnol, empêtré dans des justifications mystico-grotesques, digne d’une Bernadette Soubirous trash. Pourtant, c’est bien connu : il est très difficile de prendre son pied sous un crucifix. Et une demi-heure de zombification glaçante ne fait pas un film.

Romain Carlioz

[20 mai 2008] Edito 224

Ballon d’oxygène

EDITO-224.gifLe festival des cannes a gagné le pays ce week-end. Quelques paires de jambes aux chaussettes relevées et tibias protégés ont offert un spectacle inouï à des amateurs stupéfaits par le suspense et l’incertitude du sport. Fidèles des tragédies grecques, mettez-vous au football. Ce sport, si souvent décrit comme le Tranxene® du peuple endormi à trop en avaler, donne encore à réfléchir sur l’essence du spectacle. Doit-il amener à penser sa condition, transmettre des émotions, les deux mon capitaine ? La société du spectacle ne fait-elle qu’hypnotiser son audience pour lui cacher les véritables ressorts de la société capitaliste ? Dont acte. Mais enfin. Quand un événement nourrit tellement de joies et de peines, de satisfactions et de désespoir, faut-il cracher dans la soupe ? Ça ne remplit pas l’estomac du prolo qui a payé son coup ou sa place, c’est certain. Mais la ferveur des gens réunis dans une enceinte sportive ou sur une terrasse festive fait du bien, et c’est là l’intérêt. Le foot ne change pas la vie, il la repeint en bleu et blanc. Un prisme inutile donc rigoureusement indispensable1. Quand les joueurs d’Eric Gerets perdent au Vélodrome et voient s’envoler une chance de participer à la prochaine Ligue des champions, il n’y a pas mort d’homme. Seul son espoir s’éteint. Mais quand Djibril Cissé envoie un ballon rond au fond du filet d’une cage gardée, il libère la frustration et la joie enfouies que peu de moments révèlent. On ne peut pas bouder tout le temps notre plaisir. Et si Madame ou Monsieur de l’académie du bon goût s’en offusquent, qu’ils tapent sur autre chose que sur un ballon. Il n’y a pas que les supporters du Kop de Boulogne qui méritent des gifles. Les cibles sont nombreuses. En vrac, le ministre de l’Education nationale, Jean-Luc Reichmann, Xavier Bertrand, le type des Assedic, Arthur, la voiture de devant qui rame à la vue du vert, Eric Zemmour (vous rajouterez la vôtre et vous l’enverrez au journal, on fera une compil). Après une trente-huitième journée comme celle-là, on en convient, le quotidien retrouve ses marques et la société prend sa revanche sur les siens. Mais on aura vécu tous ensemble, Nancéens ou Marseillais, Lyonnais ou Lensois, une expérience humaine, une communion unique. Bref, y a pas que le foot dans la vie, mais y a de la vie dans le foot.

Texte : Victor Léo
Photo : Sophie Lavillegrand

  1. Jérome Bonaldi dans le texte []

[07 mai 2008] The last shadow puppets - The age of understatement (Domino/Pias)

galette-the-last-shadow-pup.jpgCeux qui n’ont toujours pas compris qu’Alex Turner est un songwriter de génie devront revoir leur jugement à l’écoute de The age of the understatement. En vacances des Arctic Monkeys, accompagné de Miles Kayne des Rascals, le leader du quatuor de Sheffield vient tout bonnement de signer, déjà, un des grands albums de 2008. Embrassant d’une même étreinte quarante ans de pop épique, romantique et classieuse, le premier opus de The last shadow puppets active la mémoire de ses glorieux aînés — Love, Scott Walker, David Bowie, John Barry — tout en s’ancrant dans le présent, via un songwriting toujours aussi social (la marque des Arctic) et une production moderne (la marque de James Ford). Exit (provisoirement) les singeries, place à la maturité.

HS

[07 mai 2008] Turner Cody - First light (Boy Scout Recordings/Differ-Ant)

galette-turner-cody.jpgLes premières notes de First light sont trompeuses. Elles nous donnent l’illusion de voyager dans les profondeurs sudistes au son d’une musique rurale et nostalgique qui évoque en nous des images de grandes plaines, d’aventuriers et de chevaux. Pourtant, sous l’habit country de rigueur se cache une certaine modernité dans l’écriture de ces petites comptines acoustiques. Rien de plus normal lorsqu’on sait que Turner Cody taquine la basse chez Herman Düne et fréquente la nouvelle école new-yorkaise de songwriters que l’on nomme néo-folk ou anti-folk ; allez comprendre… De belles histoires, des guitares en bois et des perdants magnifiques : le tableau est classique mais vraiment somptueux.

nas/im

[07 mai 2008] Duval Mc – Matières premières (autoproduction/Contrevents)

Galette-Duval-MC.jpgLes rappers marseillais n’ont majoritairement plus rien à dire. Les grandes bouches alterno, que l’on retrouve en général dans le reggae ou le rock festif, nous les brisent menu. Duval Mc, à l’exacte intersection de ces deux tribus, inspire pourtant le respect. Pourquoi ? 1/ Parce qu’il connaît son sujet. 2/ Parce qu’il est militant avant d’être entertainer. Grand pourfendeur de la Françafrique, animateur sur Radio Galère, Duval Mc est un alter-mondialiste au sens noble : il met en pratique ce qu’il prêche (et prêche avec une belle pratique de la langue), certaines de ses chansons n’y allant pas par quatre chemins… Ce premier album est donc nécessaire, car à la fois instruit et drôle, accessible et intransigeant : présentation le 16 mai au Balthazar.

PLX

[07 mai 2008] Plantlife - Time Traveller (Rapster/!K7)

galette-Plant-life.jpgQuelle surprise ! On pensait que la verve psychédélique et funky était définitivement éteinte depuis la pré-retraite dans laquelle se complaisent Georges Clinton et ses acolytes. Avec Plantlife, le funk à guitares semble retrouver une seconde jeunesse dont la vigueur et la rondeur organique évoquent aussi bien Gap, Betty Davis que l’indépassable Prince. Sensuel et funky, le disque évite le piège de la veine nostalgie et s’aventure parfois du côté de l’électro - l’originelle, celle du début des 80’s - avec ce que cela comporte d’efficacité, et aussi de mauvais goût. Avec un son très actuel, Time traveller respire le funk et l’authenticité, bien loin de l’effet de mode revival qui commence à s’avérer lassant.

nas/im

[07 mai 2008] Apparat – Things to be frickled (InFiné/Discograph)

galette-Apparat.jpgIl y a un an tout juste, Sascha Ring livrait avec Walls l’un des chefs-d’œuvre de 2007 : une odyssée onirique et sensorielle à la croisée de la pop et du numérique, célébrée un peu partout. Le voici de retour avec une double compilation de remixes tout aussi recommandable : quand la matière première est bonne, ça limite déjà la casse… Et cela vaut ici dans les deux sens, puisque le jeune Allemand revisite la crème de la scène électronique (Swayzak, Nathan Fake, Boys Noize…) avant de se faire lui-même relifter sur un second CD (Monolake, Telefon tel Aviv, Chris de Luca vs Phon.O, Modeselektor…). La grande force de cette compilation est sa cohérence : vingt-deux titres et quasiment rien à jeter, un travail sur le son de toute beauté.

PLX

[07 mai 2008] Equus - Eutheria (Get A Life / Season of Mist)

galette-equus.jpgOn croyait les Canadiens — sous l’impulsion des joyeux drilles du label Constellation (Godspeed You Black Emperor, Fly Pan Am…) — maîtres incontestés du post-rock instrumental. C’est pourtant de Suisse que vient Equus, jeune quatuor capable du meilleur (mélopées de guitares lancinantes, structures complexes mais laissant toute sa place à l’émotion comme chez Mogwai) comme du pire (incursions « heavy » trop heavy, conclusions interminables). Composé de trois longues plages et autant de morceaux qui s’étirent dans une lente progression jusqu’à un climax incertain, cet Eutheria porte donc de belles promesses, voire de purs instants de grâce, hélas gâchés par des (excellents) musiciens touche-à-tout qui se font plaisir en laissant parfois l’auditeur de côté.

CC

[07 mai 2008] Beck – Odelay : Deluxe Edition (Geffen/Polydor)

galette-Beck.jpgD’abord, l’objet : une splendide réédition au format double digipack, artwork et livret reliftés, truffée de faces B, d’inédits et de remixes. Une mine d’or pour le fan (qui n’aurait pas déjà tout cela sur les maxis de l’époque). Ensuite, ce qui justifie l’objet : le célèbre album de Beck, celui qui, en 1996, allait faire de lui une star internationale. Odelay est le disque où le talent protéiforme de Beck s’exprime le mieux, une somme d’influences puisées dans la musique américaine (hip-hop, country, punk…), subtilement digérées puis recrachées en direction du plus grand nombre. La coolitude absolue, mais aussi un disque à l’aune duquel bien des crossovers prendront forme, à l’instar de Ruby Vroom (Soul Coughing), Ill communication (Beastie Boys) ou Orange (JSBX).

PLX

[07 mai 2008] Be Your Own Pet - Get awkward (XL/Beggars)

galette-get-awkward.jpgUne fois de plus, voilà des gamins (quatre en l’occurrence) qui viennent nous donner des leçons de rock’n’roll. Cela frise l’insolence : ils ont entre dix-huit et vingt ans, et ont eux aussi tout compris au rock. En l’espèce, Get awkward fait la part belle aux sonorités punk-rock mâtinées d’arrangements « garage », et sublimées par la voix d’ange de Jemina Pearl qui se fait démon façon riot girl (voilà qui explique sûrement la comparaison avec les Yeah Yeah Yeahs). Be Your Own Pet, c’est aussi une formidable énergie juvénile qui pointe les problèmes de notre société : comment vivre l’interdiction d’aller voir un film d’horreur lorsqu’on est en dessous de l’âge légal ? Allez, on est juste frustrés de ne plus pouvoir être insouciants comme eux !

dB

[07 mai 2008] Emily Jane White - Dark undercoat (Double Negative/Talitres)

galette-Emily-Jane-White.jpgDepuis quelques années, l’actualité discographique remet en question nos plus intimes certitudes. Avec Joni Mitchell, PJ Harvey et Cat Power, on pensait tenir là notre trinité féminine acoustique, mais le temps fait son œuvre et certaines artistes suppléent joliment nos idoles en déclin. Originaire de San Francisco, la jeune Emily Jane White dépouille sa musique pour n’en garder que l’essence, et ses ballades pastorales semblent constituer la suite idéale du sublime You are free de Chan Marshall. Ici, le calme n’est qu’apparent, la tranquillité qu’une illusion qui cache les meurtrissures de la belle Californienne. Comme les doigts dans la chair, cette musique s’incruste profondément.
nas/im

[07 mai 2008] V/A – Funky Nassau : the Compass Point story 1980-1986 (Strut/Pias)

galette-Funky-nassau.jpgRécemment remis en selle, le label anglais Strut poursuit son entreprise d’exhumation de pépites aux origines de la dance music, et s’intéresse aujourd’hui au studio fondé par Chris Blackwell (le patron d’Island) aux Bahamas. A l’époque, le gratin du rock s’y croisait, mais pas seulement : Blackwell, qui fut pour beaucoup dans l’importation du reggae en Europe, s’était entouré de Sly & Robbie pour produire tout un tas d’artistes à la croisée des genres. Une époque bénie : les frontières éclataient alors entre pop, reggae, funk, disco, electro et musiques ethniques (on retrouve ici les Talking Heads, Grace Jones, Larry Levan, Ian Dury…). Une compilation datée mais lumineuse, comme marquée par la moiteur tropicale de son contexte.

PLX

[06 mai 2008] La question humaine - (France – 2006) de Nicolas Klotz (Arcades)

menu-la-question-humaine.jpgLa question de l’aliénation au travail est aujourd’hui un thème largement discuté, et pourtant peu représenté à l’image. La schizophrénie de nos systèmes professionnels est donc au cœur de ce second film de Nicolas Klotz (après un vibrant La blessure). Un Matthieu Amalric, chargé de jauger les capacités psychologiques des employés d’une grande entreprise, est bientôt en proie à une lente dégradation mentale. Le tout filmé, au cœur de l’entreprise, de manière tout à fait clinique, où les individus ne deviennent plus que des patients. La force du cinéaste, outre un sujet fort, est réellement de créer une forme cinématographique hybride, jouant des longueurs, du temps, de l’espace, accentuant la sensation omniprésente d’étrangeté.

EV

[06 mai 2008] Mai 68 – Les images de la télévision - (France – 2008) d’Hugues Nancy (INA)

menu-mai-68.jpgLe joli mois de mai à venir est aussi l’occasion, les médias dominants nous le rabâchent sans cesse, d’une commémoration on ne peut plus d’actualité : les vingt ans des soulèvements de mai 68. A l’heure où le président lui-même espère bien enterrer l’héritage de cette révolution sociale, on ne compte plus les films et autres documentaires sur le sujet. Cette édition de l’INA a la particularité de nous faire vivre les évènements via le bout de la lorgnette cathodique, en utilisant presque exclusivement des extraits de journaux télévisés sur l’évolution du soulèvement populaire. Du 22 mars au 30 juin, le film retrace jour après jour la progression du mouvement lancé par les étudiants, mais fomenté par toute une couche sociale qui exprimait depuis plusieurs années son ras-le-bol.
EV

[06 mai 2008] Le ballon rouge - (France – 1956) d’Albert Lamorisse (Shellac)

menu-le-ballon-rouge.jpgIl est de ces films dont la beauté et la puissance poétique restent universelles. Cette œuvre de 1956 en est un parfait exemple : on y suit un jeune garçon qui lui-même suit un ballon rouge dans les quartiers de Paris. Un Paris des années 50 superbement filmé, avec simplicité et profondeur, sans tomber dans le cliché nostalgique de rigueur. Avec une mention spéciale pour le vingtième arrondissement et Ménilmontant, quartier populaire par excellence dont l’auteur atteint ici le cœur même. La course folle de l’enfant pour attraper l’objet conduit parfois à des scènes quasi chorégraphiées, de toute beauté. On appréciera enfin le travail de restauration minutieux conduit en partie par le réalisateur lui-même.

EV

[06 mai 2008] Tsahal - (France – 1994) de Claude Lanzmann (Editions Montparnasse)

menu-tsahal.jpgLes films de Lanzmann vont au-delà des règles du documentaire. Ils associent une pratique de l’image virtuose, un sens du montage exceptionnel et une réflexion des plus profondes qui fait justement la spécificité du travail du cinéaste. Les films de Lanzmann ne sont jamais là pour montrer, ils n’égrènent pas les images sans raison, ne déroulent pas la pellicule sans une profonde pensée qui la porte. Tsahal désigne les formes de défense israélienne, dont l’ampleur est aujourd’hui vivement critiquée sur la scène internationale. Une défense qui a pourtant été essentielle dans la guerre d’indépendance de 1948, lors de la création de l’Etat d’Israël, tout autant que lors de la guerre des Six-Jours de 1967, du Kippour de 1973 et des violents combats à l’orée des années 80 lors de la guerre du Liban.

EV

[06 mai 2008] Horacio Castellanos Moya - L’homme en arme (10-18)

millefeuille-horacio-castel.jpgAncien sergent d’un escadron de la mort salvadorien, pour lequel il a été enlevé à son père, celui que l’on surnommait Robocop retourne à la vie civile, désorienté par l’arrêt des combats et une paix à laquelle il n’était pas préparé. Commence alors une errance dans ce pays dont il livre un portrait au vitriol. Après de minables tentatives de vols, il croit rejoindre la lutte clandestine contre les révolutionnaires, mais se retrouve très vite au cœur d’un système sans morale où pouvoir et argent règnent en maîtres dans un climat de trahison et de corruption généralisées. Horacio Castellanos Moya s’offre un portrait macabre du Salvador et de l’Amérique latine en général. Dans une langue toujours aussi sèche et violente, il continue de dénoncer et d’offrir de véritables petites bombes qui l’ont contraint plusieurs fois à l’exil.

JB

[06 mai 2008] Jose Luiz Munoz - La dernière enquête de l’inspecteur Rodriguez Pachon (Actes Sud)

millefuilles-jose-luiz-muno.jpgFlic plutôt ripoux de La Havane, en charge de la traque des maisons closes clandestines, le castriste Rodriguez Pachon n’hésite pourtant pas à profiter du corps des nombreuses jeunes prostituées de la ville. Dans un Cuba loin de la carte postale touristique, hantée par les putes et les habitants luttant contre la pauvreté, l’inspecteur va peu à peu sombrer… Jusqu’à ce que le tronc d’une femme soit découvert dans un terrain vague. Chargés de l’enquête, Pachon et son partenaire Dimitri vont peu à peu retrouver les autres parties du corps et révéler une vérité compromettante, jusqu’au final inattendu, violent et inéluctable. Ce roman rapide, court et incisif sur une réalité cubaine en mutation, décrit avec humour et ironie la déchéance d’un individu dans une ville suante où il ne reste, semble-t-il, pour beaucoup, qu’alcool et sexe.

JB

[06 mai 2008] Janssens & Borrini - Karma, tome 3 : La fleur du bouffange (Dupuis)

millefeuilles-Janssens-Borr.jpgDans ce troisième tome des aventures de Karma, le petit diablotin est à la recherche d’une fleur qui sert d’antidote aux flèches empoisonnées décochées par les anges. L’aventure sert surtout de prétexte à nous présenter davantage l’un des univers dans lesquels il évolue (Outrelieu), tout en nous dévoilant quelques secrets liés à son passé. De fait, si cette nouvelle histoire est un peu moins forte que les précédentes, on mord quand même à l’hameçon tant les trouvailles macabro-comiques sont nombreuses, bien vues et souvent extrêmement poétiques — à l’image de ces « volcanimaux » faits de feu et vivant dans des volcans. Cette série jeunesse est à lire à tous les âges, surtout si on est friand des œuvres mettant en scène un monde étrange peuplé de créatures monstrueuses hautes en couleur et proche de celui de Tim Burton.

BH

[06 mai 2008] Adam & Nicol - D’Artagnan !, tome 1 : La Sublime porte (Vents d’Ouest)

millefeuilles-Adam-Nicol.jpgQu’ont vécu D’Artagnan et ses trois compagnons entre Les Trois Mousquetaires et Vingt ans après ? Voilà ce qu’imaginent Eric Adam et Hugues Micol, proposant ainsi de prolonger l’œuvre d’Alexandre Dumas. Mais est-il possible, au 21e siècle, de faire une aventure de ce type avec une exigence créative en se limitant au premier degré ? C’est manifestement difficile ; ce premier tome de D’Artagnan ! paraît ainsi constamment osciller entre aventure classique au rythme effréné et relecture amusée — ironique ? — des codes et passages obligés de ce type de récit. A la lecture de cet album, on ne sait donc pas vraiment sur quel pied danser et c’est là l’une de ses singularités, particulièrement intéressante et assez jouissive. Et le dessin de Micol contribue pleinement à l’élaboration de ce ressenti.

BH

[06 mai 2008] Melting Pot 223

Le Marseille-Dakar du commerce équitable
Premier réseau de commerce équitable en France, Artisans du Monde reçoit cette semaine son partenaire sénégalais, M. Babacar. Ouverture des festivités ce mercredi à 18h, autour d’un pot de bienvenue à la boutique. Le lendemain sera consacré à la découverte du village de notre homme, clôturée là encore par un pot de l’amitié à la Maison de la vie associative d’Aubagne, à 19h. Le week-end se poursuivra le vendredi avec une conférence sur l’expérience du développement durable au Sénégal, suivie d’une soirée de contes africains à La baleine qui dit « vagues ». Samedi à 15h, on célèbrera « l’instant thé », toujours à la baleine, l’occasion d’échanger avec M. Babacar autour d’une dé?gustation de thés du Laos, avant la soirée de clôture festive à l’Equitable Café.
Du 7 au 10 à Artisans du Monde (10 rue de la Grande Armée, 1er), à la Maison de la vie Associative d’Aubagne (Allée Robert Govi les défensions), à La Baleine qui dit « vagues » (59 Cours Julien, 6e) et à l’Equitable Café (rue de la Loubière, 6e). Rens. 04 91 31 22 48 / www.artisansdumonde.org

Ça tire-bouchonne aux Grandes Tables
Comment rassembler à la fois musique électro et œnologie respectueuse de la nature ? La quatrième édition du Festival des Vins Animés à Marseille l’a fait ! Trois jours de conférences, de dégustations et d’animations autour de la production des vins respectueux de la nature rassembleront plus de 40 appellations représentées par 25 vignerons venus de toute la France. Au programme, des conférences avec des écrivains, de « Ce qui se boit bien s’énonce clairement. Démocratiser le vin pour mieux le partager » à des ateliers démo-live d’assemblages de cépages, en passant par le carafage des grands rouges, animés par des sommeliers et des œnologues. Electricité garantie le dimanche dès 19h au Cabaret Aléatoire : Markovo en live machine et Jack de Marseille en Dj Set.
Du 17 au 19 aux Grandes Tables de la Friche, Friche la Belle de Mai, 12 rue François Simon, 3e. Entrée au Salon : 5 €, festivités gratuites (25 € le repas vigneron). Rens. 04 91 90 67 09 / www.desvinsanimes.com

Estaque surprise !
La quatrième édition du « Rallye Débrouill’Art, le Rallye de l’Estaque » s’ouvre sur une double thématique : l’Année internationale de la planète Terre, prônée par l’UNESCO et l’Année européenne de la diversité culturelle, soutenue par la commission Européenne. Avant le grand raout du 1er juin, quelques manifestations viendront ponctuer la manifestation, à commencer par un grand vide-grenier à l’Estaque, avec animations sportives, kermesse et —nouveauté de cette édition — animations liées à la sécurité routière. Notons aussi, le 30 mai, la projection du film documentaire Un jour sur terre, périple spectaculaire de l’océan Arctique au printemps à l’Antarctique au cœur de l’hiver, avant le rallye-surprise sous forme de chasse aux trésors, à faire véhiculé.
Le 17, vide-grenier au Quai de la Lave et au stade Riaux. Le 30 à 20h30, projection à l’Alhambra (rue du Cinéma, 16e). Le 1er/06, rallye, départ à 9h devant la MMA Estaque Plage (90 plage de l’Estaque, 16e) - 20 € par véhicule.

Des bambous à Bonneveine
Dans le cadre des Rendez-vous de Bonneveine, le centre Bonneveine invite pour la cinquième année consécutive à « être bien » pendant une semaine. Au programme : bilan forme, atelier souffle et respiration animé par un professeur de l’Institut de Yoga de Marseille, relaxation sur chaise ergonomique, mais aussi conseils personnalisés en nutrition ou en relooking. Bref, on se fait (enfin) chouchouter dans un décor de bambous, sous une tente zen dressée pour l’occasion. Et c’est gratuit sur inscription auprès de l’hôtesse. Quelle veine !
Du 19 au 24, de 10h30 à 19h au Centre Bonneveine (118 avenue de Hambourg, 8e).

Réservoir à voir
Acquérir une œuvre artistique originale à prix réduit, c’est possible ! La galerie Reservo’Art propose un panel d’œuvres régulièrement renouvelé en provenance directe d’Indonésie. Une coopérative de dix-sept artistes locaux travaillant sur des thèmes liés aux racines indonésiennes ou d’inspiration aborigène collabore avec la galerie aixoise. Les œuvres de tous les formats sont montées sur des châssis en bois et fournies avec leur certificat d’authenticité.
Reservo’Art (65 rue d’Italie, Aix-en-Provence). Rens. 04 42 21 48 75

[06 mai 2008] Brèves 223

Déjà la quatrième édition pour La Mangrove, festival des arts de la Caraïbe, du Pacifique et de l’Océan indien. Mêlant les disciplines culturelles (musique, danse, arts plastiques, cinéma et littérature), la manifestation initiée par l’association Médinina se veut un espace de rencontres et d’échanges autour de la culture ultramarine. Jusqu’au 17 mai, entre Aix et Marseille, on pourra ainsi découvrir les peintures bigarrées de Jean-Marc Hunt ou Lobie Cognac à l’Espace Ecureuil, danser au rythme des bigines de Bwakoré (au Gymnase) ou se familiariser pendant deux soirées exceptionnelles avec la fine fleur des chorégraphes d’outre-mer. Au programme également, des rencontres littéraires, des projections et du théâtre, avec le huis clos tragique Comme deux frères de Maryse Condé (toujours au Gymnase). Programmation détaillée dans les agendas. Rens. 04 42 62 96 73 / 04 91 94 12 48

C’est l’un des grands projets culturels et patrimoniaux de Marseille, et pour cause : pour la première fois en France, un musée national s’installe en région. En 2012, le Musée National des Arts et Traditions Populaires (MNATP) deviendra le Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée. En attendant cette inauguration, le bâtiment, conçu par Rudy Ricciotti dans le Fort Saint-Jean, ouvrira exceptionnellement ses portes au public du 8 au 12 mai. Rens. 04 96 11 63 22

Créée en 2005 à l’initiative du Ministère de la Culture et de la Communication afin d’attirer de nouveaux publics dans ces temples de culture, la Nuit des Musées fêtera sa quatrième édition samedi 17 mai. Sans contrainte horaire ni financière (entrée libre de 20h à minuit), chacun pourra flâner d’un musée à l’autre et profiter des nombreuses animations proposées à l’occasion : visites commentées bien sûr, mais aussi animations pour les minots (autour des animaux au Préau des Accoules ou de Buffalo Bill au Musée d’Histoire), interventions théâtrales (avec la Cie du Funambule au Musée du Vieux Marseille, avec le Théâtre Off au Musée d’Archéologie méditerranéenne) ou encore un concert de l’Ensemble Musicatreize, De la toile à la partition (à 20h au musée Cantini, 21h30 au [mac] et 23h au Centre de la Vieille Charité). Rens. http://nuitdesmusees.culture.fr

La cinquième édition de la Nuit de l’éthique, samedi 17 mai au Parvis des arts, aura pour thème « Sagesses et folies ». Ponctué par des interventions artistiques (théâtre, danse…), ce repas philosophique — réunissant des chercheurs dans de multiples disciplines (psychologie, histoire, sciences politiques, littérature…) — s’articulera autour de quatre déclinaisons du thème principal : sagesse et folie seront d’abord étudiées sous un aspect clinique, puis mystique, artistique et politique. Rens. 04 91 64 06 37 / www.parvisdesarts.com

Décidément, le 17 mai sera pluridisciplinaire et placé sous le signe de la réflexion : un meeting se tiendra en effet à la Faculté de droit sur le thème « Quelle liberté pour les sujets à l’époque de la folie quantitative ? ». Professionnels et artistes d’horizons divers (philosophie, littérature, droit, sciences…), comme Christian Bruschi (juriste spécialiste des sans papiers), Brice Matthieussent (écrivain et traducteur), l’inévitable Maître Collard ou encore le poète Nicolas Cendo interviendront sur le dictat des chiffres, un thème éminemment d’actualité à l’heure où même le moral des Français se mesure avec des chiffres… Rens. 06 81 53 31 35 / 06 85 30 93 09 / 06 61 89 98 70

[06 mai 2008] Ça tourne à Hollywood

Alors que les chaînes hertziennes US tentent de se relever après avoir été terrassées par la grève des scénaristes des séries télé, Ventilo fait un état des lieux post-conflit.

serie-lost.jpgS’il y a bien une série qui n’a pas été touchée de plein fouet par la grève, c’est bel et bien Lost. Programmée pour ne durer que seize épisodes, afin de redonner du punch au récit, la saison 4, finalement limitée à treize segments, a débuté en mars comme la précédente s’était conclue : à grands coups de flash-forwards intrigants et acclamée par les fans. Buzz de 2007, Heroes, bousculée par le conflit, a vu par la force des choses sa saison 2 passer de 24 à 11 épisodes, sous peine de perdre son étoffe. Si les cinq premiers épisodes autour des origines de Hiro sont anecdotiques, les six autres, conçus dans l’urgence par Tim Kring, ont fait des étincelles. A l’instar du nouveau personnage incarné par Kristen Bell (feu Veronica Mars) qu’on se languit de revoir dans le chapitre 3. Prévue, elle aussi, pour durer 22 épisodes, la saison 3 de Prison Break s’est fait limer le barreau au Panama, en en atteignant péniblement treize. Chiffre, semble-t-il, porte-bonheur, puisque le show a été reconduit, à la surprise générale. Attendu qu’il n’était pas question de donner une demi-journée à Jack Bauer pour sauver le monde, 24 heures chrono a simplement été annulée et repoussée à janvier 2009 — « tant mieux », disent les mauvaises langues échaudées par une saison 6 pas top. Enfin, tout va bien pour nos deux séries chéries, Docteur House et Desperate housewives, aux saison 4 éblouissantes. En tête des audiences après la diffusion d’une dizaine d’épisodes à l’automne, le médecin misanthrope et les viragos de Victoria Lane ont repris, mi-avril, leur fauteuil des shows les plus regardés — comme si la grève n’avait pas eu lieu, la classe. Pendant ce temps, alors que les « gros » (ABC, NBC, CBS et FOX) s’arrachaient les boutons de la télécommande pour composer avec la pénurie de nouveaux épisodes, les chaînes du câble — qui produisent des séries plus courtes, exemptes de pubs — ont continué leur petit bonhomme de chemin vertical. HBO a lancé deux nouveaux petits bijoux, Tell me you love me et In treatment, pendant que Doug Ellin terminait le tournage de la saison 5 d’Entourage, annoncée pour juin, tout comme la saison 3 de Big love et son traitement polygame. Du côté de Showtime, tout a été mis en œuvre pour que les pulsions morbides de Dexter (saison 3), la Californication (saison 2) de Hank Moody et la très bonne Weeds (saison 4) de Nancy Botwin reviennent nourrir l’appétence cathodique des téléspectateurs, entre juin et septembre. Même son de cloche du côté de FX, qui a bouclé la sixième levée de The shield et le second volet de Damages. Enfin, rappelons que ACM a raflé deux Golden Globe Awards pour ses Mad Men, au bout d’une (trop petite) saison. Ou comment la marge câblée a botté les fesses de la norme hertzienne. Telle est la morale de l’histoire.

Henri Seard

[06 mai 2008] Dixit 223

« Bertrand, il n’est jamais content des efforts de la C.U.M. Fais du bien à Bertrand, il te le rend en caguant… »
Jean-Claude Gaudin, à propos de Jean-Pierre Bertrand, maire divers droite, membre de la Communauté Urbaine de Marseille qui a voté en faveur du PS Eugène Caselli (Le Canard enchaîné, 23/04)

« Gaudin n’a pas accepté que je sois le vainqueur des Municipales, parce que sans ma victoire dans mon secteur, il aurait perdu la ville. Il a donc voulu me le faire payer. »
Renaud Muselier (Le Canard enchaîné, 30/04)

« Nouveau coup dur pour la DST : Mai 1968, le gouvernement était prêt à parquer les militants de gauche dans le stade de Marseille. »
Une de Libération en mai 68 (Marseille L’Hebdo, 30/04)

« Gaston Deferre, député-maire de l’époque, est venu dès le premier meeting sur la Canebière, et il a assuré les manifestants de sa solidarité. A Marseille, les parcours des manifestants étaient à chaque fois discutés, organisés, et les CRS maintenus à distance. Si on se battait, c’était avec les mecs d’extrême-droite ! C’était bon enfant, avec des sit-in aux carrefours. »
A. Mercier, universitaire (Elle, 5/05)

« Valbuena, depuis que les Russes nous l’ont abîmé, il est quand même souvent blessé, non ? Il nous aurait fait du bien, ce soir, non ? Il l’économise ou quoi, Gerets ? »
Un supporter, pendant la rencontre Monaco-Marseille (Marseille L’Hebdo, 30/04)

[06 mai 2008] Edito 223

edito-coleoptere-223.gif

Quinzomadaire

Canal + a innové avec son Mensomadaire, la presse marseillaise aura désormais son quinzomadaire : Ventilo. Sept ans de réflexion auront donc été nécessaires pour que votre hebdomadaire ne se métamorphose, passant du statut de canard à celui de coléoptère, pardon, de quinzomadaire. Quelle est donc cette étrange espèce ? Ami Google, tirons ça au clair. Une discussion à bâtons rompus entre défenseurs acharnés de la langue française1 nous apprend que ce terme, qui désigne tout connement un bimensuel, est apparu il y a quelques années dans le monde de la presse pour deux principales raisons. La première, c’est que vous êtes un paquet à confondre « bimensuel » (deux fois par mois) et « bimestriel » (tous les deux mois). Si vous aviez réfléchi trente secondes comme ces messieurs, vous auriez noté que « bimestriel » est un mot composé à l’instar de « trimestriel » ou « semestriel », qu’il ne peut donc y avoir erreur, et puis, « quinzomadaire » indique la quinzaine, chacun sait bien que « quinze jours » représentent deux semaines, et puis, imaginez que le jour de parution tombe un 1er du mois, le numéro suivant paraîtrait le 15, et le suivant le 29, ce serait donc un « trimensuel », bordel, ça y est, on peut poursuivre ? La seconde, c’est que tout un tas de magazines (TV notamment) sont apparus sur ce format, et qu’un néologisme est par définition toujours vendeur. Si, contrairement à ces « esprits élevés que l’on rencontre en nombre sur le forum fr.lettres.langue.française », vous n’achetiez pas Télé 2 semaines, nous n’en serions pas là.
Ceci étant posé, Ventilo tire donc un trait sur son accroche : « Toutes vos sorties, tous les mercredis »… C’est fini. Il y a quelques semaines, les impératifs économiques (on vous passe le discours sur les difficultés que continue de rencontrer la presse) nous ont poussés à ne pas sortir un numéro. On s’est donc rattrapé sur le suivant : un « pilote » majoré de quatre pages, avec un agenda courant sur les deux semaines suivantes… La première ébauche dudit animal. Et l’on s’est vite aperçu d’une chose : chacun semble y trouver son compte. Vous-mêmes (qui avez une lecture de l’actu culturelle sur les quinze jours), les annonceurs publicitaires (qui ont une visibilité accrue) et bien sûr Ventilo (qui est logiquement plus consistant : parce qu’il s’étoffe, parce qu’on a le temps). Notre grande peur, légitime, était de perdre ce lien ténu avec l’actualité, ce lien qui fait de Ventilo le premier intermédiaire, à Marseille, entre le monde de la culture et vous. Après un mois d’essais, nous pouvons aujourd’hui attester qu’il n’en est rien : hormis pour l’agenda cinéma – les salles communiquent seulement pour la semaine à venir – que vous pourrez désormais retrouver en ligne sur notre site, la nouvelle formule reste étonnamment souple… Alors ? Ventilo commence donc officiellement sa deuxième vie. De là à dire si elle sera aussi longue que la première par le truchement de ce quinzomadaire…

Texte : PLX
Photo : SOPHIE LAVILLEGRAND

  1. www.langue-fr.net/index/q/quinzomadaire.htm []

[06 mai 2008] La Danse dans tous ses états du 17 au 24/05 à l’Opéra de Marseille

Recycl’art

A la tête du BNM et du bouillonnement de la danse à Marseille, le très actif Frédéric Flamand propose une nouvelle manifestation à thème autour du contemporain : entrons dans la danse !

M%C3%A9tamorphoses-C-Pino-Pipito.jpgLa Danse dans tous ses états se présente sous la forme d’un mini-festival où, pendant trois jours, on verra le résultat du travail entrepris sur un thème porteur et contemporain : le recyclage. Autour d’un éventail exhaustif de quatre spectacles, le BNM et son école1 vont investir l’Opéra et, grâce à l’intervention de divers artistes, élargir les multiples techniques de danse (classique, baroque, moderne et contemporaine). L’intérêt principal du projet ? La sollicitation de plusieurs chorégraphes — certains pour revisiter une technique de danse (par exemple Kelemenis et la danse classique), d’autres pour mêler deux techniques (contemporain et néoclassique pour Nacho Duato) — et l’intervention d’autres disciplines (musique, littérature et arts visuels) sur la notion du recyclage et ses différentes définitions.
Fruit d’une coopération avec les designers brésiliens Fernando et Humberto Campana, le nouveau projet de Flamand, Métamorphoses, autour des neuf histoires d’Ovide, présenté à l’Opéra le dernier soir, se propose de réutiliser la technique classique pour danser du contemporain, mêler la danse à l’audiovisuel et aux arts plastiques. Avec les frères Campana, qui travaillent avec des matériaux pauvres récupérés, le chorégraphe belge a trouvé les interlocuteurs rêvés pour aborder le thème de la métamorphose. Un choix également motivé par sa résonance avec notre époque, préoccupée par le mythe d’un changement perpétuel (vies à cent à l’heure où l’on change de partenaire, de lieu, de visage…). Pour le chorégraphe, il s’agit de « s’immerger dans l’imaginaire fantastique d’Ovide à travers des temps et des espaces différents, pour mieux analyser en quoi ces métamorphoses peuvent renvoyer à nos mythes contemporains. Jeux de métamorphoses et d’hybridation à partir des mythes emblématiques : Persée et la Méduse, Diane et Actéon, Narcisse… Evoquer un ailleurs ancien pour mieux interroger notre contemporanéité. » Cette collaboration Flamand/Campana en a suscité d’autres : sont ainsi venus s’agréger au projet le [mac], le GRIM, le FRAC et l’Ecole d’Architecture de Marseille. Tous ont été interpellés par le thème du recyclage. Le [mac] présentera ainsi une exposition où les œuvres de la collection permanente témoignent de ce recyclage dans l’art. Les artistes exposés — Arman, César, Tinguely et Warhol, pour ne citer que les plus connus — ont d’ailleurs marqué la création contemporaine en anticipant l’intérêt pour les objets de consommation et leur manipulation. Côté musique, le GRIM donnera l’occasion de découvrir le Japonais Otomo Yoshihide, créateur du mythique groupe Ground Zero, qui travaille autour du recyclage sonore. Un programme éclectique pour méditer encore et toujours la fameuse maxime de Lavoisier : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

Texte : Eva D
Photo : Pino Pipitone

Du 17 au 24/05 à l’Opéra de Marseille (+ soirées « Démonstrations » au Ballet National de Marseille). Voir programmation détaillée dans l’Agenda p. 12-17.
Rens./réservations : 04 91 327 327
NB : Rencontre avec Frédéric Flamand le 10/05 à 17h à la Fnac La Valentine.

  1. BNM : Ballet National de Marseille. A ses côtés, l’Ecole Nationale Supérieure de Danse. []

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