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septembre 2008

[30 sept 2008] Identités Remarquables : Stryker

Back in Black

Il s’appelle Philippe mais il est connu dans le milieu du rock marseillais sous le sobriquet de Stryker. Son omaine ? Le rock : hard, metal, gothique et punk. Son parcours ? Vingt ans d’implication comme organisateur de concerts, service d’ordre, gérant d’association et tenancier de bar rock.

stryker2.jpgJe pousse la porte de son antre, Sabre-Tooth, un magasin de disques ouvert depuis neuf ans. Stryker officie drapé d’un t-shirt Motörhead. Derrière lui, des photos encadrées où il pose à côté du batteur des Ramones, de Lemmy de Motörhead et bien d’autres encore. Deux ados en piercings et Doc’ rentrent en effeuillant des flyers, remorquant un groupe de costauds plutôt crânes rasés et treillis. « Ce sont des Russes qui jouent ce soir à Marseille », explique l’un d’eux. Et les Slaves de se jeter goulûment sur le magasin : ils fouillent dans les bacs, effleurent les vêtements suspendus à côté de l’entrée où les t-shirts siglés Korn ou Soulfly cohabitent avec des grenouillères noires frappées AC DC, Iron Maiden ou Megadeth. Plutôt inhabituel dans ce type de magasin, non ? « Ah, mais c’est que j’ai mes sources ! Et ma fille en a porté aussi, de ces grenouillères ! » explique Stryker. Un des camarades Popov brandit un vinyle : « - Can I listen ? - No problem. » Stryker s’empresse avec le disque et lâche les quelques mots de russe qu’il connaît. Qu’est-ce qui a changé dans cette musique en vingt ans ? « La musique évolue avec les instruments et les technologies, mais des groupes ont posé des références incontournables. Et l’énergie du rock reste la même. Des groupes ont la haine, d’autres sont plus commerciaux et d’autres continueront de jouer dans leur cave, ça existera toujours… A Marseille, il y a moins de groupes très amateurs et davantage de locaux de répétition ; les groupes arrivent sur le marché des concerts avec des heures de répet’, le son est moins artisanal. » Dans une scène essentiellement blanche, pas un peu « hard » d’être le seul black face à un public qui peut parfois se braquer là-dessus ? Stryker hausse les épaules avec tant d’énergie que ses pattes flirtent avec ses omoplates : visiblement, on lui a posé la question une bonne centaine de fois. « Que ce soit en tant que membre du public ou d’un service d’ordre, je suis un être humain en face d’autres êtres humains et nous sommes rassemblés pour faire la fête tous ensemble. Les “faf”, j’en ai croisés plein. S’ils veulent rentrer et délirer en concert, pas de soucis. Mais je leur disais “Les mecs, vous laissez les insignes dans la voiture : vous êtes à un concert, pas à un meeting. Un point c’est tout.” » Le meilleur souvenir d’un concert marseillais que tu as organisé ? « Peut-être une soirée AC DC pour la Maison Hantée, en 92. Le même soir, il y avait une soirée étudiante à l’Espace Julien. On s’est battus avec les organisateurs par affiches interposées pendant toute la préparation. Lorsque je suis arrivé le soir du concert, j’ai vu une file immense devant l’Espace Julien, mais en tournant au coin de la rue, j’ai vu à peu près cent cinquante personnes devant la Maison Hantée, hallucinant ! On a fait trois cents entrées. » La scène marseillaise ? « Réduite. Pour la deuxième ville de France, c’est pitoyable. Tout de même, le premier festival de trash en France, c’était au Trolleybus qui s’appelait à l’époque l’Arsenal des Galères, en 86. A Marseille dans les années 80 et 90, il y avait six émissions de hard rock à la radio. Mais cela a disparu. Il y a actuellement un boycott radiophonique local de cette musique, je ne sais pas pourquoi. Mais l’avantage pour les jeunes maintenant, c’est qu’il y a Internet. » Alors, le hard serait-il démodé en France ? « Tu crois ? Alors regarde un peu les ventes de disques ! Et les concerts : Metallica remplit Bercy sans problème. » L’endroit le plus dingue où tu as vu un concert ? La réponse fuse : « Lourdes ! Un festival de trash en 89, avec Holy Moses, Sabbat et Sodom en têtes d’affiche. » Je médite un instant sur ce mélange surréaliste de pèlerins… un ange passe. Et pour résumer, le rock dans tout ça ? « C’est fédérateur. Cette musique abat les barrières. Ici, je vois passer de tout : toutes les origines, toutes les couleurs de peau et toutes les catégories socioprofessionnelles. J’ai des clients flics, banquiers, patrons de boîte, fonctionnaires, médecins, étudiants. J’ai un pote qui a travaillé au Liban pendant les années de guerre ; ça tirait à tous les coins de rue. Un jour, il est passé dans une rue de Beyrouth où il a entendu du rock : ça venait d’un petit club qui était resté ouvert. Il a halluciné : le mec à l’entrée, c’était un punk avec une crête montée de quarante centimètres. D’un coup, il est entré dans un autre monde, sans barrières. » Alors, le rock, c’est… un drapeau ? « Oui ! Et un sacré drapeau, parce qu’il est universel. » Long life to rock n’ roll.

Bénédicte Jouve

Sabre-Tooth, 19, rue des Trois Mages, 1er.
Rens. 04 91 48 39 29 / www.sabre-tooth.net

[30 sept 2008] Aires de repas - Le Bouchon Marseillais

Bouchon futé

Parce qu’il n’y a pas que les nourritures spirituelles dans la vie, Ventilo vous emmènera désormais tous les quinze jours au restaurant. Cette semaine, les tapas s’emballent au Bouchon Marseillais.

bouchon-marseillais.jpgIl a certainement changé la définition que les Marseillais se faisaient du mot « bouchon », troquant dans leurs esprits les interminables processions de voitures sur la Canebière ou le Jarret pour le petit resto traditionnel où l’on peut faire ripaille à peu de frais. La trentaine dynamique, Yann Defrance officie depuis 2000 au piano du Bouchon Marseillais. Ce cuisinier autodidacte, maintes fois salué par la critique gastronomique (en témoignent ses multiples 13/20 au Gault et Millau), a importé le concept lyonnais dans la cité phocéenne en y apportant sa patte, résolument méditerranéenne. D’abord restaurant gastronomique, le Bouchon Marseillais fait désormais dans la « cuisine miniature », proposant chaque soir une trentaine de tapas variés à petits prix (de 3,60 à 3,90 € par pièce), accompagnés de vins triés sur le volet par un œnologue. Si la cuisine, finement concoctée à partir de produits frais du marché ou en provenance du pourtour méditerranéen (Maroc, Tunisie, Italie, Espagne…), est évidemment au cœur du « concept » imaginé par Yann, les à-côtés ne manquent pas. Ainsi, tandis que tous les jeudis soirs, un œnologue propose en « happy hour » une dégustation avec des vins au prix de la cave, des libraires locaux transforment le lieu en café littéraire tous les quinze jours en y invitant des écrivains. Sans compter les expositions qui habillent régulièrement les murs de la spacieuse salle intérieure au décor épuré et ceux de la véranda cosy, ou encore les fameux apéro-mix qui rythment le Bouchon un week-end sur deux. Ce à quoi viendront s’ajouter désormais des cours de cuisine prodigués par le chef Defrance himself tous les lundis et la prochaine inauguration d’un coin épicerie avec de succulents mets à emporter. Mais la grande nouveauté de cette rentrée, c’est surtout l’ouverture du restaurant le midi, avec une formule « bistro » qui verra les tapas nocturnes montés en assiettes, ainsi qu’un brunch méditerranéen à base de produits bio chaque samedi. Une sympathique manière de profiter de la large terrasse ombragée — joliment dédicacée par le couturier Jean-Charles de Castelbajac — qui double la surface du restaurant, été comme hiver, la cour étant bâchée pour accueillir les amateurs d’air frais et/ou de tabac. Autant de manifestations qui devraient amener toujours plus de curieux dans l’antre de Yann, déjà bien achalandé par la grâce d’un bouche-à-oreille phénoménal. Pousser le Bouchon n’aura jamais été aussi agréable…

CC

Le Bouchon Marseillais, 43 rue Thiers, 1er. Ouvert du mardi au samedi, midi et soir.
Rens. 04 91 42 47 33 / www.lebouchonmarseillais.com

[30 sept 2008] Journal intime d’une call-girl

Journal-intime-une-call-gir.jpg« La première chose que vous devez savoir sur moi, c’est que je suis une pute », lance en toute simplicité la très belle Hannah, face caméra, boucles blondes au vent, tailleur chic, montée sur des jambes interminables, avant de continuer à confier à tous les garçons de la planète, transformés pour l’occasion en loup de Tex Avery, combien ce mode de vie la comble. Et nous donc. Assistante juridique à Londres le jour — version officielle pour son entourage —, Hanna se métamorphose la nuit venue en Belle, prostituée de luxe, coutumière des soirées coquines dans des hôtels chics. A la manière d’un journal intime, très « hot », sur les pas de Bridget Jones, kilos et complexes en moins, Hanna/Belle nous fait découvrir son quotidien libertin et une profession pas comme les autres, qu’elle a choisie autant par goût de l’argent que par amour du sexe. Balayant ainsi le spectre large de la sexualité rémunérée, Journal intime d’une call-girl réussit entre autres la gageure de traiter frontalement tous les possibles inhérents à ce type de sujet (fellation, partouze, triolisme, onanisme, SM, fétichisme…) sans jamais être vulgaire, ni graveleuse. La « faute » aux scénarii, tout d’abord, accrocheurs et carrés, adaptés du récit pudique et transparent d’une blogueuse mystérieuse, Belle de Jour, qui enflamma les esprits et affola la cyber-communauté. Mais aussi au charisme et à la plastique de Billie Piper, véritable fantasme sur pattes. Sex-appeal (rechargeable) hallucinant, yeux de biche aux abois, bouche démesurée, sourire à l’avenant et corps atomique, la blonde actrice tue en travailleuse du sexe épanouie, après nous avoir fait mourir de rire dans Doctor Who. Cette fille est définitivement mortelle. Et exportable, puisque prévue pour être adaptée aux USA, la série anglaise a finalement a été diffusée telle quelle par la sulfureuse chaîne Showtime, emballée par le potentiel de la jeune femme. Calée entre Weeds et Californication, les aventures coquines de Belle ont maintenu en haleine, pour rester poli, les habitués de Nancy Botwin et Hank Moody. Et rendu les monologues du vagin enfin fréquentables.

Henri Seard

[30 sept 2008] Brèves 229

Les Belges de la compagnie Marius (voir p. 5) ne sont pas les seuls à fouler les collines dans le sillage de Marcel Pagnol. Depuis dix ans en effet, la compagnie Scènes d’Esprit propose des randonnées théâtrales d’environ dix kilomètres sur les sites de la vie et de l’œuvre de l’auteur provençal. A la Treille, dans le massif de l’Etoile, elle rejoue aujourd’hui Manon des Sources, avec l’aval de la famille Pagnol et la complicité des « spect-acteurs » du coin : idéal pour (re)découvrir les paysages de garrigue et/ou la prose de Pagnol. Rendez-vous tous les dimanches, du 4 octobre au 2 novembre. Réservations auprès de l’Office de Tourisme de Marseille (04 91 13 89 00 / www.marseille-tourisme.com) ou du Comité Départemental du Tourisme (04 90 59 49 40 / www.visitprovence.com)

Entre la belle vigueur du cinéma d’horreur (Rec et Fragiles de Jaume Balaguero…) et le perpétuel renouveau post-movida (Jaime Rosales, Isabel Coixet…), le cinéma espagnol ne s’est peut-être jamais si bien porté. Comme en témoigne le festival CineHorizontes, qui fête déjà son septième anniversaire, sous le parrainage du peintre Herman Braun Vega. Du 10 au 18 octobre, l’association Horizontes del Sur livrera au Prado un panorama haut en couleurs de la production ibérique, avec plusieurs événements en points d’orgue : une Nuit du Fantastique (le 11), un cycle consacré au cinéma catalan au féminin, une Nuit du Court-métrage (le 17) ou encore un hommage à Fernando Fernan Gomez, grand touche-à-tout —acteur, réalisateur, romancier, auteur de théâtre… — disparu l’an dernier (le 12). Musique, tapas et sangria seront bien sûr de la partie. Rens. 04 88 01 38 18 / www.horizontesdelsur.fr

« Fédérer les différents acteurs de la vie sociale et économique autour de l’art et tisser une nouvelle géographie du quartier (ndlr : Châpitre-Consolat-Libération) », telles sont les ambitions affichées pour la troisième édition des Portes ouvertes Consolat — rebaptisées Les Consolations —, du 10 au 12 octobre. Réduite par manque de financement à un parcours d’expositions (photos, peintures, sculptures, performances, luminaires…), la manifestation animera tout de même une quarantaine de lieux sous la houlette du Comptoir artistique phocéen Andiamo, le tout ponctué d’animations pour petits et grands (chasse au trésor, plateforme interactive sur le thème « Démocratie et territoire »…) et du traditionnel repas de quartier dimanche dès 12h30 rue Léon Bourgeois. Rens. 04 91 95 80 88

Bien qu’il soit né dans nos contrées, on connaît mal le Tarot de Marseille, que l’on assimile souvent à une tradition désuète ou un simple jeu de bistrot. Depuis 2004, l’association Le Tarot du Panier tente de percer le mystère à travers un festival — Les rencontres du Tarot — qui se tient désormais en automne. Du 1er au 14 octobre, spectacles (instants chorégraphiques avec la compagnie Jabirue, cabaret par The natural mystic orchestra…), conférences, projections (notamment le film consacré par l’Allemand Peter Schamoni à Nikki de Saint Phalle), expositions et jeux exploreront ce thème où se mêlent l’Histoire et les légendes et dont l’imagerie éveille l’inspiration. Rens. 06 29 46 41 46 / www.letarotdupanier.com

[30 sept 2008] L’interview - Bernard Latarjet

Deux semaines après la victoire marseillaise au titre de Capitale Européenne de la Culture 2013, qu’en est-il du projet qui a convaincu le jury européen ? Que peut-on espérer pour Marseille ? Bernard Latarjet, directeur du projet de candidature, répond : engagez-vous !

B-Latarget.jpgMaintenant que c’est « gagné », on dirait que tout le monde soutient la candidature de Marseille, non?
Il y a toujours des sceptiques à Marseille, cela fait partie de la culture locale, mais je n’ai jamais eu l’impression que c’était la majorité de la population. Cela dit, effectivement, le succès de la candidature a amplifié ce mouvement d’adhésion. Les gens me le disent, dans la rue, dans le train. J’ai l’impression que les citoyens dans l’ensemble sont plutôt heureux et les sceptiques en sont pour leurs frais !

Et maintenant, qui va prendre les décisions concernant le plan d’attaque des projets ?
Les décisions sont prises par le Conseil d’administration qui constitue le gouvernement de la candidature. Elles sont préparées par le comité de pilotage qui va redevenir très actif dans les semaines qui viennent. Comme nous l’avons dit devant le jury, le fonctionnement de ce gouvernement de la candidature a fait ses preuves !

Quelles sont les évolutions possibles par rapport au projet tel qu’il a été présenté ?
Il est trop tôt pour le dire précisément. Le projet tel qu’il est constitue un guide qui engage déjà beaucoup de choses. Des projets sont déjà engagés dans leur réalisation : nous n’avons pas attendu la décision finale du jury pour commencer à lancer des projets : leur réalisation va s’accélérer. Et ce, en fonction du budget 2009. Mais le jeu reste ouvert, rien n’est coulé dans le marbre. Sachant qu’il faut deux ou trois ans pour préparer les manifestations majeures — une exposition internationale, un nouveau festival — ou pour lancer des commandes artistiques…

D’où provient l’argent qui finance les projets ?
Il vient essentiellement des collectivités territoriales : de la communauté urbaine, du département, de la région, des autres communautés de communes et en partie, de l’Etat. Mais aussi de financements privés, de partenariats avec le monde économique. Tout cela représente quatre-vingts dix-huit millions d’euros.

Il y a beaucoup d’élus dans ce conseil d’administration : peut-on craindre que ce projet reste entre les mains d’une poignée de gens ?
Mais c’est toujours comme ça ! Tout type de projet est finalement entre les mains de ceux qui paient. Et ceux qui paient utilisent l’argent du contribuable, ce sont eux qui commandent. Certaines institutions culturelles vont coproduire une partie des manifestations et donc décider aussi : les élus n’ont pas la totalité des décisions entre les mains. Ils sont importants parce qu’ils paient beaucoup. A l’intérieur de thèmes balisés, il existe encore beaucoup de place pour des projets à venir.

Donc, il y a de la place pour tout le monde ?
Non ! Il n’y a jamais de la place pour tout le monde. Tout le monde n’obtiendra pas le même pourcentage de moyens, c’est de la démagogie de dire cela. Il y a de la place pour ceux qui « veulent ». Comme peuvent en témoigner tous ceux qui sont venus nous voir depuis deux ans avec des projets sérieux en accord avec les thèmes choisis dans la ligne de cette candidature.

Que peut-on dire à ceux qui ont peur d’être les oubliés de la fête ?
C’est normal. Cela a été comme ça dans toutes les capitales européennes de la culture : du fait de la dimension exceptionnelle des projets, il y a toujours une partie des acteurs qui redoute de ne pas en profiter ou d’être oubliée. Mais j’ai toujours dit aux acteurs de ce territoire, grands ou petits : faites des propositions, participez ! Je ne suis pas quelqu’un qui va se substituer aux pouvoirs publics pour distribuer de l’argent ! Je ne suis pas un guichet, mais un producteur de projets. Je suis prêt à collaborer avec tous ceux qui ont des projets et qui viennent en parler. Mais qu’ils n’attendent pas en se barricadant, en se demandant si cela va finalement leur retomber dessus. Une capitale européenne de la culture, c’est le rassemblement de tous ceux qui ont des projets et qui sont prêts à les partager. On les étudiera tous, et ensuite, comme toujours, il y aura des choix à faire.

Vous avez déclaré que Marseille était probablement, parmi les candidates, la ville qui avait davantage besoin de cette victoire : cela a t-il eu un poids décisif dans la décision du jury ?
Non, il ne suffit pas d’en avoir le plus besoin pour l’emporter, encore faut-il prouver que l’on est capable de réaliser les projets ! Cela a joué parmi les autres facteurs. Mais le fait qu’une ville soit engagée dans une dynamique de progrès pour surmonter ses difficultés a bien sûr été pris en compte par un jury européen. Et c’est normal.

Cela peut-il réellement représenter un renouveau pour Marseille ?
C’est un processus similaire pour toutes les capitales européennes de la culture et c’est pour cela qu’il y a de plus en plus de villes qui souhaitent être candidates. Les réalisations dynamisent l’ensemble d’une cité et de ses citoyens : les associations dans les quartiers, les salariés et les institutions culturelles… C’est l’occasion de donner du souffle à des projets et au bout du compte, d’offrir à la ville plus de rayonnement et de visibilité internationale. Globalement, une ville est reconnue par toute l’Europe comme une métropole européenne, elle se dote d’un pouvoir d’attraction avec ce phénomène : cela a été le cas pour Lille. Et si l’on a tant de témoignages de Marseillais qui ne sont pas des professionnels de la culture, c’est qu’ils sentent bien que c’est porteur. Bien sûr, cela ne règlera pas tous les problèmes de la ville, qu’ils soient sociaux, économiques ou urbains. Mais c’est un facteur d’accélération de l’ensemble des efforts de progrès qui sont engagés depuis des années dans ce territoire.

Propos recueillis par Bénédicte Jouve
Photo : EPPGHV-W. Beaucardet

marseille-2013-projets.jpg

Les grands chantiers

Le projet marseillais, qui met en valeur les échanges culturels entre l’Europe et les pays du Sud, s’appuie entre autres sur quelques grands chantiers culturels lancés sur le périmètre d’Euroméditerranée. Sur moins de six km2, entre le Vieux Port et les bassins portuaires d’Arenc, cinq équipements majeurs verront le jour d’ici à 2013.

- Le Musée des civilisations d’Europe et de Méditerranée (Mucem), conçu par Rudy Ricciotti et Roland Carta (146 millions d’euros d’investissement) ;

- Le Centre régional de Méditerranée, conçu par Stefano Boeri (40 millions d’euros) ;

- La transformation des anciens silos à grains en salle de spectacles, conduite par le groupement Sogima-Castaldi (50 millions d’euros) ;

- La réalisation du nouveau Fond régional d’Art contemporain (FRAC PACA), dessiné par Kengo Kuma (10 millions d’euros) ;

- L’aménagement de l’esplanade du J1 pour accueillir les grands évènements…

[30 sept 2008] Eclats de frontières au FRAC PACA

Frontières en FRACtales

Axée sur la thématique identitaire du bassin méditerranéen, l’exposition Eclats de frontières dévoile les dernières acquisitions du FRAC PACA. Un choix de démarches utilisant essentiellement le médium vidéo pour décrire un monde en mutations et ouvrir de nouveaux horizons.

expo-2.jpgParmi la dizaine de pièces proposées, sept sont l’œuvre de vidéastes. Des questionnements concernant le marasme d’un monde en mutation émergent. La manifestation nous amène à porter différents regards sur notre environnement géopolitique, architectural et social, tout en convoquant une poésie du réel réinvesti. La part belle est faite à l’image : photographique, imprimée ou en mouvement, elle nous embarque sur le terrain des conflits, des désarrois, d’un quotidien marqué par l’absurde, la solitude ou l’impuissance. Le misérabilisme n’est pourtant pas de mise.
Deux vidéos sortent du lot : La Contrebandière d’Yto Barrada, qui témoigne, par un déballage méticuleux, du commerce illégal auquel est obligée de se livrer une vieille femme de Tanger, et No Future de l’Espagnole Jordi Colomer, tambourinant lors d’un happening dynamique pour réveiller les consciences d’une ville endormie. D’autres installations perturbent notre imaginaire. Eva Marisaldi confronte ainsi une palette de chantier capitonné à un dessin infographique à l’effigie du poète Gabriele d’Annunzio. Sous forme de mini labyrinthe, Canal Grande de Stefano Arienti (voir photo) nous invite à observer une recomposition panoramique (étonnement découpée sur carton) des rives vénitiennes. On aimerait pouvoir s’y balader dans une version aux dimensions monumentales ! Il s’agit de flâner dans un espace, agencé ici avec brio, et d’en disséquer les propositions en entrant dans un échange (ré)créatif. Cette approche se trouve enrichie par un carnet d’activités destiné à tous (des enfants aux adultes, en passant par les lycéens), support intelligent et ludique car véritable outil d’accompagnement à remplir — dessins, collages et écritures sont encouragés. Un livre-objet qui, selon Elène Laurent (chargée de médiation et de l’accueil des publics), favorisera la continuité et la compréhension du travail de mémoire accompli par les artistes présentés, en permettant à l’observateur de se réapproprier des clefs de lecture.
Si l’on déplore une certaine froideur et la faiblesse de bandes sonores parfois parasitaires, l’exposition permet un dialogue des cultures original et intense. Une expérience qui ouvre d’autres horizons… bien au-delà des simples limites territoriales.

M. Nanquette-Querette

Eclats de frontières : jusqu’au 13/12 au FRAC PACA (1 place Francis Chirat, 2e).
Rens. 04 91 91 27 55 / www.fracpaca.org

[30 sept 2008] Entre les murs - (France - 2h08) de Laurent Cantet, avec François Bégaudeau, Nassim Amrabt…

Lutte des classes

cine-Entre-les-murs.jpgDepuis Ressources humaines, le cinéma de Laurent Cantet pose, peu ou prou, la même question : celle de la place de l’être humain dans une société (quelle qu’elle soit), de la survie du corps humain dans le corps social. En cela, son cinéma est éminemment politique et finalement assez loin du carcan des « films à thèses » dans lequel nos médias voudraient bien l’enfermer. Entre les murs ne développe donc aucune thèse sur l’école mais agit plutôt comme une onde de chocs née de la confrontation des images, des postures, des genres ou des registres de langues. A l’instar du cinéma de Pialat vers lequel, immanquablement, elle tend, l’œuvre de Cantet produit un discours en entrechoquant les plans et en plongeant ses héros dans un milieu hostile, histoire de voir comment ils se débattent. Et François, le professeur de français, débat justement, dans le ring de la classe, prend des coups, se relève et assomme (provisoirement) un adversaire, affichant des failles presque aussi béantes que celles des élèves qui lui font face. C’est dans cette logique rigoureuse de montage que le film trouve son rythme et sa revigorante beauté. La séquence inaugurale est, à ce titre, parfaite : un dernier café dans la main, François se prépare à entrer dans son collège. Chaque mouvement, chaque visage, est scruté comme dans un long round d’observation. Puis le match commence, deux heures durant. Une lutte où chacun joue une partition et d’où certains sortent vaincus (Souleymane), sans que cette microsociété n’en semble affectée. Les derniers plans du film ne disent rien d’autre : quoi qu’il arrive, il faut continuer à vivre, à enseigner, à être ensemble, même si cela a tous les airs d’un perpétuel combat.

Romain Carlioz

[30 sept 2008] De la guerre - (France – 2h10) de Bertrand Bonello avec Mathieu Amalric, Asia Argento…

Mort au combat

cine-De-la-guerre.jpgÇa commençait pourtant pas trop mal, quoi que : réalisateur en panne d’inspiration et en pleine crise conjugale, Bertrand — double patent de Bonello incarné par le toujours irréprochable et tout terrain Mathieu Amalric — décide de suivre à l’insu de son plein gré le mystérieux Charles (Guillaume Depardieu) dans un étrange château. Lieu isolé du monde et habité par une communauté utopique où se trament d’« autres » enjeux — comme jouir en permanence ou envisager la quête du bonheur comme un combat —, le Royaume, dirigé par la grande prêtresse Uma (Asia Argento), va servir de révélateur au déserteur… et faire basculer, hélas, le film dans du grand n’importe quoi. En roue libre, freins lâchés et pneus à plat, Bonello nous invite dès lors à un supplice de quatre-vingt-dix minutes, ne nous épargnant rien : scènes d’hystérie collective, chorégraphies surréalistes avec masques de sangliers et godes-ceintures, gymkhana érotique (même pas sauvé par la sublime Léa Seydoux), danses extatiques en sous-bois, siestes en mode hippie, grandes tirades existentielles et dialogues ineptes — « Je viens de me gratter le bras pendant une demi-heure, c’était bien. » Objet filmique aussi grotesque qu’entropique, De la guerre ne nous donne pas seulement à voir la mise en abîme et les errements d’un réalisateur complètement à la rue, mais aussi l’impuissance d’un enfant du cinéma empêtré dans une intertextualité trop grande pour lui. En citant — via une réplique, un caméo, une scène, un plan — Weerasethakul, Kubrick, Coppola, Van Sant, Cronenberg, Grandrieux, Ferran ou Lynch, le réalisateur du Pornographe nous permet de mesurer, juste retour de bâton, l’énorme fossé qui le sépare de ses illustres références. Sentiment validé par le dernier quart d’heure du film où Bertrand/Amalric rejoue la fin d’Apocalypse now, après l’apparition de Michel Piccoli en colonel Kurtz — ultime clin d’œil épileptique. Avant de s’éteindre le 30 novembre 1900 dans une chambre d’hôtel parisienne, Oscar Wilde prononça, encore et toujours spirituel, ces mots : « Est-ce le papier peint qui s’en va ou est-ce moi ? » Voilà ce que j’ai à peu près ressenti en regardant la scène de trop. Alors je suis parti. De guerre lasse.

Henri Seard

[30 sept 2008] Khamsa (France – 1h50) de Karim Dridi avec Marc Cortes, Raymond Adam, Simon Abkarian…

Le camp des gitans

cine-Khamsa-1.jpgDe Pigalle aux ruelles de Cuba, Karim Dridi s’intéresse depuis ses débuts aux minorités, à la marge plus qu’au centre. Khamsa, son dernier film, se déroule à Marseille dans le « camp Mirabeau », véritable village de caravanes où résident de nombreuses familles gitanes. Avant d’aller plus loin, deux précisions s’imposent. La première : Khamsa est une fiction, malgré son réalisme assez « cru » et ses acteurs non professionnels, dont la plupart vivent au camp Mirabeau. La seconde : si vous allez au cinéma pour faire du tourisme social dans votre propre ville, vous risquez d’être fort déçus. Ici, pas de condescendance ou de misérabilisme, rien de tout ce qui fait la médiocrité quotidienne de nos télévisions : le camp de gitans n’est pas une zone interdite ou un cirque à la Kusturica. Le personnage central, Marco, a onze ans. Réfugié au camp pour éviter son placement dans une famille d’accueil, il y fait les quatre cents coups, des plongeons anodins dans le chantier naval de Saumaty jusqu’au cambriolage d’une villa bourgeoise. Dans sa manière de filmer l’enfance, Dridi se rapproche bien plus de Kanevski1 que de Truffaut ; son naturalisme n’a rien d’artificiel et la distance qu’il entretient avec ses personnages semble parfaitement juste, bien loin de l’écueil tentant du voyeurisme. Plus qu’une succession de faits — dont la prédestination lève pour nous tout mystère —, le geste, le regard et le langage occupent le centre de l’écran, livrant des images très fortes. Cet enfant de trois ans que l’on calme en lui faisant boire de la bière ou ces visages bruns et soucieux d’adolescents dépenaillés qui se préparent à aller voler du cuivre resteront ainsi de très beaux moments de cinéma. Oubliez la sociologie ou la psychologie, ces photogrammes valent bien plus que de longs discours ; nous sommes là au cœur de la matière.
On a souvent cru par chez nous que les bons sentiments faisaient les bons films (Carpita, Guédiguian…), alors que seul importe le regard. Au petit jeu du réalisme social, Karim Dridi donne avec Khamsa une parfaite petite leçon de justesse, et si le film n’est pas sans failles, ses rares moments de flottement ne le rendent que plus touchant.

nas/im

  1. A voir ou revoir : Bouge pas, meurs, ressuscite, sorti en 1990, une merveille de cinéma et de poésie. []

[30 sept 2008] Sur la route d’Oklahoma de Franck Dimech

La mort leur va si bien

Adaptée de Kafka, la nouvelle création de Franck Dimech nous emmène Sur la route d’Oklahoma pour une danse macabre troublante et mystérieuse.

oklahoma-C-F.Blaise.jpgSur l’espace longitudinal, un cadre scénique, matelassé d’un tissu beige au motif de croisillons, occupe tout le jeu : c’est un champ de patates dans un cercueil. D’emblée, les évocations contradictoires foisonnent, entre fertilité, mort et poussière soulevée par les pommes de terre qui roulent comme autant de chairs molles. Dans un coin mais en avant-scène, une jeune fille aux jupes longues (Camille Carraz) vient s’accroupir sur une litière de chat avec un plaisir indécent, saisissant le spectateur de son bonheur affiché. Brusquement, elle se précipite au fond du plateau, gravit une échelle et ouvre le petit vasistas, seulement pour écouter les pleurs d’un enfant qui n’est plus, un enfant devenu invisible — inaccessible ?
L’histoire est celle de Karl Rossmann (interprété par le trop rare Laurent de Richemond), un Allemand venu se présenter au Grand Théâtre d’Oklahoma , « le théâtre qui utilise tout le monde et chacun à sa place ! » Il est seul avec d’autres. D’autres qui évoluent à force d’attendre. Il va devenir leur proie. A leur contact, il se décompose et décompose lui-même tout ce qui le construisait : ses envies, ses désirs, ses fantasmes…
En adaptant Amerika le disparu et Description d’un combat, œuvres peu connues de Kafka, Franck Dimech nous dévoile un monde inconnu de ceux qui y vivent, fait de superpositions de mondes intimes. Sur la route d’Oklahoma vient ainsi nourrir ceux qui ont faim et ne donne aucune réponse à ceux qui refusent de se poser des questions.
La matière textuelle joue avec les ellipses, si bien que la communication, réelle entre les personnages, se trouve épurée des répliques inutiles, laissant ainsi le soin au spectateur de rétablir les sens multiples des dialogues. Malgré les intentions annoncées du metteur en scène de ne pas exposer de psychologies, on voit des êtres en devenir, qui se relient les uns aux autres sans s’attendrir, sans s’émouvoir. Le jeu excessif des comédiens ne vient pas pour autant troubler ni rompre l’intérêt que le spectateur peut porter à ce qui se passe — ou ne se passe pas — sous ses yeux. Davantage que la mise en espace, contenue dans ce terrain-cercueil, c’est la mise en corps qui nous émeut (en particulier celle de Boris Lemant, formidable « danseur de mort ») : les mains longues et ballantes de ces êtres mis à nu, le corps ému par l’expérience, les regards très prégnants, les bouches ouvertes, les organes de la communication exacerbés par la lumière crue.
Comme Karl qui répond à la figure opprimée du Soutier, on se retrouve nous aussi « heureux de ne pas savoir pourquoi on est là », mais d’être là. Etre là, au monde.

Texte : Joanna Selvidès
Photo : F. Blaise

Sur la route d’Oklahoma : jusqu’au 2 à la Friche la Belle de Mai. Rens. 04 95 04 95 04

[30 sept 2008] Macadam Cyrano par les Batteurs de Pavé

Les doigts dans le nez

Devant la maison natale d’Edmond Rostand, les Batteurs de Pavé ont revisité Cyrano de Bergerac avec simplicité et énergie.

macadam-Cyrano-C-Martial-Gi.jpg14, rue Edmond Rostand. Rendez-vous est pris sur le lieu hautement symbolique de la maison où naquit le père de Cyrano. Nous ne sommes qu’une cinquantaine en cette fin de mercredi après-midi ; pas d’enfants ou presque. La pourtant dynamique compagnie des Batteurs de Pavé n’a pas bénéficié d’un battage médiatique à la hauteur de son talent.
C’est dans le cadre de sa mission de diffusion d’une compagnie étrangère sur la région —celle-ci est helvète — que Karwan, en préfiguration de la Folle Histoire des Arts de la Rue qui nous fera voyager ces tout prochains jours, propose de revisiter ce classique dont beaucoup se souviennent surtout de la fidèle version cinématographique.
Le dispositif est simple, léger : cinq comédiens pour soixante-neuf personnages, habillés de treillis noirs, une échelle qui nous emmène et nous déplace à chaque acte, en remontant toute la rue pour s’achever au pied de la statue de l’auteur.
Si le jeu s’avère très marqué — ce que veut aussi la langue de Rostand —, dans l’effusion et dans l’excès, frôlant le trop injustement méprisé grotesque, il n’en fait pas moins évoluer nos émotions. On se retrouve ainsi avec une naïveté tout droit rejaillie de l’enfance à se plonger dans l’heureuse agonie d’amour de Cyrano pour sa cousine Roxane. Et l’on partage avec bonheur la complicité de la troupe.
Pleine d’heureuse intelligence et de drôles d’anachronismes, qui revisitent au passage les standards du théâtre de rue, la relecture du texte nous rappelle que la tendresse et l’humour peuvent être simples, tant à donner qu’à recevoir.
Emmenez-y donc votre enfant, et pas que le vôtre ou celui de votre voisine : celui qui est en vous…

Texte : JS
Photo : Martial Girardet

Macadam Cyrano était présenté le 24 devant le 14, rue Edmond Rostand dans le cadre d’une tournée RIR Rue.
Prochaines représentations : le 1er à La Valette (83), le 2 à Pernes-les-Fontaines (84), le 3 à Valbonne (06) et le 4 à Puget Théniers (06)

[30 sept 2008] Jean de Florette et Manon, jusqu’au 5/10 au Domaine de Pichauris

Histoire d’eau

Après une trilogie Marius and co délicieusement irrévérencieuse sur le Vieux Port il y a deux ans, les fringants Flamands de la compagnie Marius s’en reviennent pour une adaptation grandeur nature du conte cruel de Pagnol, L’eau des collines.

manon2-C-Serveur-TSE.jpgLe récit sent bon le ruralisme « ras du sol » et un brin réac’ de Pagnol : entre le port phocéen et les mines de Gardanne, légèrement évoquées, l’action reste confinée au terroir des collines en manque d’eau. La troupe belge ridiculise cet esprit étriqué des Provençaü : l’accent des acteurs (ah ! ce passage du « desthain » au « destingue » par Kon Van Impe dans le rôle du Papet…) et leur gaieté communicative donnent à l’ensemble un aspect universel. L’authentique vénéré par ce pauvre Ugolin (formidable Kris Van Trier) est arraché à la condescendance pagnolesque pour le peuple paysan : il devient propice à un véritable drame antique. Le paysage renforce cet archaïsme : les barres rocheuses du massif du Garlaban, la forêt et la garrigue forment un décor vivant dans lequel comédiens et public se fondent avec délectation (comme la cuisse de lapin, fondante elle aussi), grâce à une mise en scène réduite à sa plus simple expression. Les quelques accessoires présents finissent par donner au spectacle un côté « Hergé » décalé. Au final, un doux délire satirique par ces Belges qui nous volent nostre patrimoine ; et c’est tant mieux !

Texte : Laurent Dussutour
Photo : Serveur-TSE

Jean de Florette et Manon : jusqu’au 5/10 au Domaine de Pichauris.
Rens. Théâtre du Merlan : 04 91 11 19 20

[30 sept 2008] Far Far Far Away les 25 et 26/09 à La Compagnie

Tournez ménages

Avec Far Far Far Away, trois artistes en résidence à la Compagnie portent un regard frais et drôle sur le couple.

De la rencontre entre ces trois-là — la plasticienne Marion Abeille, le comédien Geoffrey Coppini et le danseur-performer Paulo Guerreiro — est née cet été une pièce, ou plutôt un jeu. Un jeu qui se joue à trois, glissant en finesse du marivaudage à la critique de la standardisation de nos sexes. Evénement inaugural de la Plateforme biennale de jeunes artistes européens du spectacle vivant que l’association Komm’n’act vient de créer, et qui a choisi pour première thématique « Fusion et contradiction du corps social » — vaste programme ! —, Far Far Far Away porte sur le couple. « Dans le lit d’un couple, on n’est jamais que deux, on y vient avec les parents, les grands-parents, etc. de chacun et c’est une partie qui se joue à plusieurs… », disait Alejandro Jodorowski. Ici, par des petites saynètes presque sans paroles, une recette en portugais, une conférence argumentée aux allures télévisuelles, une machine à trinquer, et avec surtout beaucoup d’humour et de fraîcheur, le public, hélas peu nombreux, a pu voir cette rencontre à trois, et à d’autres… Une sortie de résidence elle-même critique de la mise en représentation, tournant à la dérision les manipulations psychologiques quotidiennes dont nous sommes acteurs et, au final, peu victimes.

JS

Une étape de travail de Far Far Far Away était présentée les 25 et 26/09 à La Compagnie.
La rencontre se poursuivra du 2 au 16/02 au Théâtre Durance et la forme finale sera présentée pendant les Rencontres//02 du 14 au 21/04 à la Minoterie. Rens. www.komm-n-act.com

[30 sept 2008] Festival Jazz sur la Ville 3

Au-dessus de la mêlée

Troisième édition pour Jazz sur la Ville, une manifestation qui offre une programmation de qualité et s’attache à mettre un peu d’éthique là où d’autres se contentent parfois de ne mettre qu’un peu de musique.

Pour ceux qui consomment les concerts comme les conserves, la vie musicale marseillaise se réduit à quelques événements-phares. Mais par-delà Marsatac, la Fiesta des Suds ou Jazz des 5 Continents, la vie continue, même si elle ne s’affiche pas en gras sur nos murs et les pages de nos magazines. Depuis trois ans, Jazz sur la Ville se joue des modes (mineures) pour devenir un événement jazz majeur. L’appellation elle-même est trompeuse : à la différence des autres festivités, Jazz sur la Ville est animé par un collectif informel qui réunit en son sein des lieux de diffusion marseillais pour que vive le jazz dans notre ville. Cette collaboration est unique en son genre, puisqu’elle lie des salles spécialisées en jazz à d’autres plus habituées à recevoir du rock, de la « world music » ou de l’électronique. Chaque lieu choisit sa programmation en fonction de ses goûts, de son public ou de sa capacité d’accueil, et de cette démocratie participative et musicale, Jazz sur la Ville tire sa richesse et son éclectisme. Du big band In & Out au solo de contrebasse avec boucles de Merakhaazan, le jazz se montre ici sous sa nature première : aventureux, multiple et généreux. Outre sa programmation, cette manifestation se démarque du tout venant événementiel car son action s’inscrit véritablement sur le territoire et le tissu associatif local. Cette valorisation de la création régionale et de ses lieux de diffusion apporte un peu de fraîcheur à l’heure où d’autres manifestations, malgré leur budget conséquent, négligent presque les artistes et les techniciens intermittents locaux… Une autre particularité de Jazz sur la Ville est de placer tous les artistes sur un pied d’égalité, et il n’y a qu’à jeter un œil au programme distribué pour s’en apercevoir : aucun nom d’artiste n’est mentionné en gros caractère, même ceux qui demeurent connus et reconnus et qui pourraient drainer un public plus large. Il faudrait bien plus que cette page pour vous parler de tous les concerts qui auront lieu du 2 au 17 octobre pour cette édition 2008, et c’est en toute subjectivité que nous avons choisi de mettre en avant cinq d’entre eux. Swing, bop, free, soul, hip-hop : le jazz se teinte à l’automne de toutes les couleurs et investit Marseille de sa vive modernité. Le bleu des villes n’a pas fini de nous fasciner.

nas/im

Jazz sur la Ville, du 2 au 17 dans divers lieux
Voir programmation complète dans l’Agenda et sur : www.myspace.com/jazzsurlaville

Jazz-sur-la-Ville.jpg

Dominique Bouzon Quartet
La nouvelle création de la flûtiste interpelle. Le sujet : Marseille au mois d’août, une ville qui respire à peine, écrasée par la chaleur, où ne restent que ceux qui n’ont pu partir en vacances. Evocation fugitive, résonance de musiques populaires et de sonorités urbaines, la soirée d’ouverture de Jazz sur la Ville place la barre très haut !
Jeudi 2 au Cri du Port, 20h30.

Farenji avec Nuestra Cosa & Uli Wolters
L’histoire débute avec une voix singulière contée dans le noir. Puis les images envahissent l’écran, nous sommes quelque part entre Marseille et l’Ethiopie. La musique se fait alors, dialogue avec le film : sur et sous l’écran se construit une histoire. Farenji, c’est une proposition poétique et politique, initiée par le franc-filmeur Jean-Marc Lamour.
Dimanche 5 au cinéma Pathé Madeleine, 20h30.

PHM & François Rossi
D’un côté, PHM, un duo de beatboxers exceptionnels, de l’autre, François Rossi, jeune batteur marseillais aux idées larges. Cette rencontre prometteuse et cohérente, spécialement conçue pour Jazz sur la Ville, renforce les liens entre les musiques improvisées et le hip-hop. Voilà exactement le type de propositions qu’on affectionne.
Vendredi 10 au Balthazar, 21h.

Trio Winsberg – Di Fraya – Maillard
En musique, comme au supermarché, il faut se méfier des étiquettes. Si on vous a parfois vendu de la musique au kilomètre en la nommant « électro-jazz » pour la crédibiliser, il existe encore des musiciens qui ont quelque chose à dire avec leurs instruments et leurs machines. C’est le cas de ce trio qui, avec samplers et vocoder, nous présente pour la première fois sa création Technovoïdjazzform3.
Samedi 11 à la Meson, 20h.

Danilo Rea
Les novices l’ignorent peut-être mais l’Italie demeure une place forte du jazz en Europe. Danilo Rea, qui accompagne régulièrement Gato Barbieri et Aldo Romano, est un pianiste subtil dont le jeu s’inscrit quelque part entre l’école romantique française et le langage improvisé propre au jazz. Piano solo pour soirée feutrée, voilà un bel épilogue pour cette édition 2008.
Vendredi 17 à l’Institut Culturel Italien, 21h.

[30 sept 2008] 3 questions à… Karma Cramé

Ils s’inscrivent dans le sillage des VRP/Nonnes Troppo et détonnent dans le paysage de la scène chanson locale. Présentations d’un tandem à suivre, à l’occasion d’un passage au Festival de la Chanson en Pays d’Aix.

karma-crame.jpgKarma Cramé, vous vous revendiquez de la chanson « pararéaliste ». C’est-à-dire ?
Vlad : L’appellation « pararéaliste » est une sorte de pied de nez aux clichés « chansons à textes » et aussi une façon de définir notre imaginaire. Honnêtement, la chanson « réaliste », de Bruant à Mano Solo, n’a absolument pas bercé mes fantasmes musicaux, elle laisse trop peu de place aux possibilités d’imagination des auditeurs. Le pararéalisme, c’est un peu la pataphysique appliquée à la chanson : on prend une situation ou une réflexion quelconque et on la pousse jusqu’au paradoxe, jusqu’à l’impasse logique où elle prendra un sens inattendu, peut-être le bon.
Blah-Blah : « Pararéaliste », c’est aussi pour signifier que nous écrivons souvent pendant nos séjours respectifs dans les divers centres psychiatriques du grand Sud-Est.

Karma Cramé, vous n’êtes que deux mais vous n’en pensez pas moins. Qui incarne le karma, qui incarne le cramé ?
Blah-Blah : Karma Cramé, c’est une des interprétations possibles de nos chansons respectives, nous avons choisi celles qui faisaient parties d’un même univers. Sinon, autant Vlad que moi-même avons à notre actif pas mal de créations : Le Professeur Sombre et Valse à Risque pour Vlad, Les Mèches Folles et On vend la caravane pour moi, sans parler de nos projets perso. Pour « l’esprit » Karma Cramé, il est dans l’intitulé : ceux qui font des excès de Yin comprendront…
Vlad : C’est l’association de deux types qui ont passé beaucoup de temps à bosser chacun de leur côté avant.

Karma Cramé, vos textes ne font parfois pas dans la dentelle. A l’heure où le discours s’uniformise de plus en plus, la chanson peut-elle encore avoir une résonance politique ?
Blah-Blah : J’écris et je joue des chansons, c’est une traduction de mon quotidien. Si certains s’y retrouvent politiquement, c’est bien, si les autres ne s’y retrouvent pas (ou les prennent sur le biais du visage), c’est mieux.
Vlad : La résonance politique d’une chanson, c’est quand elle se transforme en hymne. On n’écrit pas tous les jours Guns of Brixton ou El pueblo unido… Il faut être dans une situation bien particulière pour écrire efficacement une chanson « engagée » qui attaque un sujet frontalement. En ce qui nous concerne, on tente de faire passer ça insidieusement, par le biais de l’illustration. Il vaut parfois mieux évoquer une situation qui parle d’elle-même plutôt que les problèmes qu’elle soulève. Et puis la situation est étrange : comment les Béru soulèveraient-ils les masses aujourd’hui avec un Salut à toi sur MySpace entouré de publicités animées pour des bagnoles et des loteries ? Sinon, politiquement, on trouve que Notre Président fait du bon boulot. La France a rarement eu à sa tête quelqu’un qui faisait si rapidement entrevoir à son peuple les ficelles grossières unissant le pouvoir et l’argent sale…

Propos recueillis par PLX

Le 2 à la salle du Bois de l’Aune dans le cadre du Festival de la Chanson en Pays d’Aix, avec Marthélène et Maison Rouge
www.myspace.com/karmacrame

[30 sept 2008] Festival Nuits Métis, les 2 et 3 au Nomad’ Café

Le métier à (mé)tisser

Le festival Nuits Métis fête cette année ses quinze ans d’existence. Lieu de rencontre entre artistes africains et européens, il n’est que la vitrine d’un travail d’échanges culturels qui s’inscrit sur la durée.

NUITS-METIS-KANJHA-KORA.jpgLe Nomad’ Café accueille le temps d’un week-end les concerts proposés par l’équipe des Nuits Métis. Deux soirs de concerts, c’est bien peu pour représenter la richesse et la diversité d’une action menée depuis longtemps. En effet, Nuits Métis est bien plus qu’un simple festival : la musique s’inscrit ici dans un cadre beaucoup plus large, et les concerts illustrent un travail quotidien qui vise à concilier culture, social et pédagogie. C’est ainsi qu’en collaboration avec ASF (Animateurs Sociaux Urbains Sans Frontières) et le centre social La Gavotte Peyret (Septèmes-les-Vallons), des jeunes partent chaque année en Algérie pour participer à un chantier qui vise à doter Béni Abbès d’un centre culturel. Une action du même type est menée en Guinée. France, Algérie, Liban, Guinée : l’internationale culturelle dessinée par Nuits Métis n’est peut-être pas l’action la plus spectaculaire ou la plus médiatisée, mais elle demeure indispensable et efficace. Côté musique, même credo : ne perdez pas votre temps à chercher des têtes d’affiche, les concerts proposés ici sont presque tous nés de rencontres et d’échanges. Le moment fort de cette édition 2008 sera la présentation de Temenik Electrik, une création issue de la collaboration entre des artistes français et algériens, et du projet Kanjha Kora, créé par des musiciens libanais et guinéens. Les artistes locaux sélectionnés s’inscrivent eux aussi dans le joyeux métissage musical, comme les Montpelliérains de Fanga dont nous suivons le parcours depuis des années, et qui ont aujourd’hui atteint une maturité rare, au point d’apparaître comme l’un des meilleurs groupes d’afrobeat en France. Autre bel exemple : Sam Karpienia, qui fait depuis longtemps rimer Occitanie musicale avec modernité. Une affiche de qualité, une action qui a réussi à s’inscrire dans la durée : Nuits Métis est une belle occasion de fêter le début de la saison automnale en écoutant un peu plus que de la musique.

nas/im

Les 2 et 3 au Nomad’ Café à 21h.
Programme complet : www.nuits-metis.org
Rens. : 04 91 42 86 23

[30 sept 2008] Short Cuts 229

Les 4 saisons des Quatre Saisons > jusqu’au 21 dans la communauté du pays d’Aix
Quand un ensemble de percussions contemporain s’atèle à retranscrire les Quatre saisons de Vivaldi, le rendu n’est pas forcément réservé à une élite. Ainsi de l’ensemble marseillais Symblêma qui, associé à l’origine à Eric Sammut (marimbiste et timbalier à l’Orchestre National de Paris), propose ici un spectacle plus qu’un concert : l’utilisation d’un riche instrumentarium, que met en valeur un joli travail sur les lumières, confère à cette célèbre partition des couleurs inédites. Cette tournée de concerts en pays d’Aix a déjà fait ses preuves par le passé, ne la manquez pas.
Les 4 saisons des Quatre Saisons (label Symblêma) www.symblema.com

Nada Surf + Kim Novak + Underground Railroad > le 1er à l’Espace Julien
L’Espace Julien ouvre sa saison avec ce plateau rock, fort d’une date unique de Nada Surf dans le sud-est. De ce trio américain, beaucoup ne gardent en mémoire que le hit Popular, sorti au milieu des années 90. Depuis, il a pourtant enchaîné les albums de qualité avec régularité : un groupe qui n’a pas à rougir de ses incursions sur la bande FM. Deux excellents groupes français l’accompagnent : Kim Novak (Caen), doté d’une belle maîtrise des tables de l’indie-rock, et Underground Railroad (Paris), nettement plus indomptable. Nada Surf pourrait bien se faire voler la vedette…
Lucky (City Slang/Coop) www.nadasurf.com

Hip Hop Luminy >le 2 sur le campus de Luminy
Les initiatives de ce type n’étant plus forcément légion à Marseille, saluons les étudiants du Centre Culturel de Luminy, qui organisent un festival de découverte de la culture hip-hop – à l’origine bien différente de ces clichés dont elle s’est entichée avec le temps. Au programme sur le campus : une après-midi d’ateliers animés par des activistes de la scène locale (écriture, mix, breakdance, graff… toutes les facettes de cette culture sont à l’honneur) et suivie par quelques concerts. Détail de taille : tout est gratuit, mais il est recommandé de réserver pour les ateliers (voir agenda).
www.hiphopluminy.fr

Soirée Ventilo/Festival de la Chanson Française >le 2 à la salle du Bois de l’Aune (Aix)
Porté par quelques têtes d’affiche et un bon nombre d’artistes en émergence, le Festival de la Chanson Française en Pays d’Aix a vu défiler une quinzaine d’artistes depuis fin septembre. Alors que cette sixième édition touche à sa fin, nous nous sommes associés à elle, le temps d’une soirée, pour mettre en valeur quelques talents locaux : Karma Cramé (voir ci-dessous) mais aussi Maison Rouge (chanson acoustique métissée – vainqueurs du tremplin organisé par le festival l’an passé) et Marthélène (dont les musiciens tirent leur singularité de tous sortir du conservatoire). Un plateau bigarré.
www.festival-chanson-francaise.com

NTM > le 3 au Dôme
On voulait une interview, ces messieurs ne sont pas à ça près : trois Bercy blindés, relayés par de bons échos. Depuis l’annonce de leur reformation, il y a six mois, les fans ne parlent plus que de ça. Pensez, le plus authentik des groupes de rap français remonte sur scène, un domaine où il excelle depuis toujours. Alors certes, les billets sont assez chers : Kool Shen et Joey Starr ne font pas ça pour la gloire (ils l’ont déjà). Mais pour tous ceux qui ont vécu avec eux l’émergence de la culture hip-hop en France, sans même parler des plus jeunes, ce concert à Marseille n’a pas de prix.
www.supreme-ntm.com

José James > le 3 au Cabaret Aléatoire
Sa dégaine de b-boy et ses racines latino respirent sa ville d’origine, New York. Mais c’est d’un chanteur de jazz dont il est ici question, et autant le dire d’emblée, d’une vraie révélation : des voix comme ça, on n’a plus guère l’occasion d’en entendre. Un timbre que certains comparent à Jon Lucien ou Terry Callier, sensuel au possible, un cadeau du ciel que viennent soutenir des musiciens tout en retenue : superbe. Gilles Peterson ne s’y est d’ailleurs pas trompé en le signant sur son propre label… Le concert est organisé par Selecter the Punisher, dans le cadre de Jazz sur la Ville.
The dreamer (Brownswood Recordings) http://josejamesmusic.com

Moussu T e lei Jovents > le 4 au Balthazar
Déjà l’heure du troisième album pour Tatou alias Moussu T, pilier historique du Massilia Sound System. Une excellente nouvelle à elle seule, puisqu’elle confirme qu’un artiste aussi fortement ancré dans le folklore local peut continuer à vendre des disques à l’étranger (le projet marche bien en Angleterre). Parce qu’il n’oublie jamais les amis, Tatou donne ici un concert de soutien au Balthazar (avant une date à la Fiesta des Suds) avec les dj’s du Son des Collègues et une fanfare de… La Ciotat, sa patrie d’origine. On reparle de l’album, fidèle aux précédents, dans le prochain numéro.
Home sweet home (Manivette/Harmonia Mundi) http://moussut.ohaime.com

Phoebe Killdeer & The Short Straws > le 9 au Poste à Galène

Décidément, le projet Nouvelle Vague aura drainé avec lui quelques-unes des filles les plus atypiques de la scène musicale française : Camille, Sir Alice et donc Phoebe Killdeer, une Australienne épaulée par trois musiciens parisiens (dont deux, Cédric Le Roux et Alexandre Maillard, furent des piliers de la scène rock marseillaise). Mais avec ce projet solo, la brune magnétique va beaucoup plus loin en célébrant les noces du rock, du blues et de la soul, quelque part entre Pj Harvey et Dr John. Le disque est sublime, et on ne doute pas du potentiel de tout ce petit monde sur scène…
Weather’s coming (The Perfect Kiss/Pias) www.myspace.com/phoebekilldeer

Mahjongg > le 11 à Montévidéo
Surprise ! Le festival actOral.7 s’offre un final musical de choix en conviant Mahjongg, un collectif chicagoan totalement inconnu de par chez nous – mais fantastique. Dans la droite lignée du travail accompli par Brian Eno et David Byrne (Talking Heads) au début des années 80, leur art-rock se frotte à la transe percussive africaine, parasitages synthétiques en prime. De Liars à Foals, beaucoup dans le rock ont récemment exploré cette veine tribale, mais peu ont approché le niveau d’étrangeté atteint par les parrains suscités. Un grand moment de groove expérimental en perspective.
Kontpab (K Records/Differ-Ant) www.myspace.com/machinegong

Cabaret Shinjuku > le 11 au Poste à Galène
Par le biais de son label Saravah, historique, on connaissait surtout l’amour de Pierre Barouh pour le Brésil et l’Afrique, bien avant que l’on ne parle de « sono mondiale ». C’était sans compter sur Maïa, qui est bien la fille de son père : installée au Japon, elle revient depuis trois ans en France pour présenter les musiciens underground du quartier de Shinjuku, à Tokyo. Au programme : folklore nippon (Mommonashi), pop burlesque en costumes (Les Romanesques), solo guitare oscillant entre « jazz manouche et black metal acoustique » (Katan Hiviya – photo)… Totalement hors-normes.
V/A Kusamakura vol.1 (Saravah) www.myspace.com/cabaretshinjuku

PLX

[30 sept 2008] Edito 229

edito-vogue.jpg

Et vogue la galère…

« Oh pauvre ! » Dans la bouche d’un Provençal, cette locution évoque l’espoir de ne pas voir arriver quelque chose ou, si c’est déjà trop tard, la compassion avec le malheureux bougre. Je ne doute pas qu’à la vue de ces belles photos, la réaction ne soit celle-là. Le magazine Vogue India, dans son numéro d’août, a trouvé très fin d’affubler de pauvres villageois indiens d’accessoires de mode très chics, très chers. Un enfant dans les bras d’une vieille femme édentée porte autour du cou un bavoir à 100 $ ou un paysan pieds nus abrite sa femme du soleil à l’aide d’un parapluie de luxe. Le logo s’insère partout. Sa promotion est la mission de centaines de happy few en direction des millions de leurs victimes. Et ils se régalent à narguer la masse de l’humanité qui subit les exactions de la frange.
Vous me direz : « T’affole pas, c’est pas nouveau. » A Salvador de Bahia au Brésil, la chapelle des églises où se serraient les esclaves au XVIIIe siècle est littéralement couverte d’or. Aujourd’hui, le Pape chausse des Prada et des lunettes Gucci, son uniforme haute couture coûte un bras. Et un bras de Pape, ça pèse. Mais dans un pays où l’équivalent du total de la population européenne survit avec moins de 1,25 $ par jour, le pauvre sert de modèle dans les magazines de mode ? On peut se limiter à penser que ça se passe en Inde, un pays dont on ne connaît pas les castes et coutumes. Mouais. Mais dans la galère que partagent des milliards d’êtres humains, qu’au moins ceux qui ne rament pas ne la ramènent pas.
Et ledit Provençal de s’esclaffer de plus belle. « Oh pauvre ! » Il lit les journaux, écoute la radio : il n’en croit pas ses yeux et ses oreilles. Les plus fervents bigots du dogme de la main invisible1 se mordent aujourd’hui les doigts et se flagellent en public. Le système financier international qu’ils ont glorifié pourrait disparaître. Un corridor humanitaire a été ouvert en urgence pour réalimenter ces banques devenues faméliques en argent public2. L’Etat Providence qu’ils rudoyaient n’a jamais si bien porté son nom. Et tous ces commentateurs avisés d’encenser aujourd’hui la réglementation, le contrôle et l’intervention d’Etat. Jean-Pierre Gaillard doit se retourner dans son placard. Pour leur sauver la mise, les contribuables que nous sommes vont devoir mettre la main à la poche alors qu’en toute justice on leur foutrait bien dans la gueule. « Oh pauvre ! »

Victor Léo

  1. Ce n’est pas un avatar de l’Ordre du temple solaire, mais un dangereux mouvement de pensée économique qui sévit depuis trente-cinq ans au sein des gouvernements de la planète en prônant systématiquement le laissez faire plutôt que l’intervention publique. []
  2. Les chiffres sont indécents : quand on estime que cinq milliards de dollars par an suffiraient à nourrir les 850 millions d’affamés, des milliers de milliards de dollars sont sortis de nulle part depuis le début de la débâcle financière en août 2007. []

[23 sept 2008] Nos partenaires

Le Moulin

Cabaret aléatoire

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[17 sept 2008] Brèves 228

Le mot d’ordre, c’est démolition ! Dans le cadre de l’intervention Restricted Area d’Anne-Valérie Gasc, vous pouvez participer au hors série Validé par édité par la Compagnie. Il suffit de proposer des éléments de tout type en lien avec le thème de la démolition, d’un format inférieur ou égal à un A4 : texte, dessin, image, papier, objet ou… déchet. Le hors série regroupera les contenus récoltés. A partir du 3 octobre, lors de l’intervention consistant à plastiquer les sous-sols de la Compagnie, ces derniers seront ouverts au public. Envoi jusqu’au 26 septembre par dépôt, à l’intérieur de la boîte aux lettres fixée sur le devant de la Compagnie, par mail : valide@la-compagnie.org ou par fax : 04 91 9177 48.
Rens.www.la-compagnie.org

Forte de la formule qui a fait son succès, la Fête du Plateau devient le Festival du Plateau après dix années d’existence. Les deux jours d’animation et de concerts gratuits, les 20 et 21 septembre, font la part belle aux spectacles vivants et balaient l’ensemble des disciplines artistiques : littérature, danse, théâtre, performance, arts plastiques et cinéma. Particularité ? L’engagement citoyen : les associations seront représentées lors d’un forum et une action de tri sélectif sera mise en place avec les associations Recyclodrome et 13e lieu. Thématique de cette édition : l’eau, qui sera mise à l’honneur avec des projections sur écran d’eau et l’utilisation des fontaines du Cours Julien. Rens. Association Cours Julien : 04 96 12 07 76

Qui a dit qu’il fallait s’enfermer pour profiter des Journées Européennes du Patrimoine ? L’association Voyons voir propose un week-end de déambulations et de découvertes en plein air, dans les vignobles de la Sainte-Victoire et les sites remarquables. Samedi 20, le vernissage des œuvres réalisées par les artistes en résidence d’été sera suivi d’un concert du Bamboo Orchestra. Dimanche 21, un itinéraire emmènera les participants à travers un circuit-lecture du paysage en présence d’un paysagiste spécialiste de la flore méditerranéenne. Arrivé à l’ermitage de Saint-Jean du Puy, le public assistera à une chorégraphie de Marie-Hélène Desmaris et découvrira des installations d’Isa Barbier. Rens. 04 42 61 48 19 / www.voyonsvoir.org

Les Archives et Bibliothèques Départementales Gaston Deferre se mettent elles aussi aux couleurs des Journées Européennes du Patrimoine. Les réserves et les bâtiments habituellement fermés au public ouvrent leurs portes. Au programme : des visites thématiques, des ateliers d’initiation à la recherche documentaire pour adultes mais aussi jeune public. Des espaces de jeux interactifs et des ateliers sont prévus. La journée du samedi sera clôturée par un spectacle sur l’histoire des mineurs provençaux (sur réservation uniquement). Renseignements et réservations : 04 91 08 61 00 / archives13@cg13.fr

[17 sept 2008] Rentrée expos

On dirait le Sud

Evénement de la rentrée 2008, l’exposition Van Gogh/Monticelli établit des passerelles entre les deux peintres « du Sud ».

expo-Monticelli.jpgLes écrits d’artistes sont bien souvent un témoignage précieux, une entrée singulière dans la compréhension de la genèse du travail, du rapport entre l’art et la vie, du regard d’un artiste sur ses pairs. La correspondance de Van Gogh avec son frère Théo pendant la période où il se trouvait dans le sud de la France (de 1888 à 1890) abonde de références au peintre marseillais Monticelli. Comme s’il trouvait confirmation, à la lumière du midi, de ce qui l’avait attiré dans l’art de Monticelli, qu’il découvrit dès son arrivée en France en 1886, et qui avait déjà favorisé la réalisation d’une série de bouquets pendant son séjour parisien : « Monticelli prenait quelquefois un bouquet de fleurs pour motif de rassembler sur un seul panneau toute la gamme de ses tons les plus riches et les mieux équilibrés. » (Vincent à Théo, Arles, le 24 mars 1888). En parlant de Monticelli, Van Gogh rend visible un aspect de sa propre quête : l’exploration de la couleur comme un véritable moyen d’expression et pas seulement comme un mode de représentation.
Aussi cette exposition est-elle une tentative, par la mise en relation d’une soixantaine d’œuvres organisée par thèmes (autoportrait, bouquet, nature morte, marine, paysage…), de montrer ce que Van Gogh voyait dans l’œuvre d’un peintre dont il se dit le continuateur. Cette filiation revendiquée par Van Gogh est-elle perceptible dans ses œuvres ? Cette mise en relation motive-t-elle une lecture singulière des peintures de Van Gogh ainsi qu’un autre regard sur les œuvres de Monticelli ? Le traitement de la couleur, de la lumière, mais plus encore de la matière, ainsi que la liberté d’exécution dont fait preuve Monticelli (cf. notamment l’étonnante robe de Madame Pascale) semblent avoir attiré Van Gogh. En même temps, il semble que c’est en explorant la singularité de sa démarche et de son rapport au monde qu’il rencontre, chemin faisant, certaines problématiques picturales présentes chez Monticelli, et qui l’amènent ailleurs. La présentation des natures mortes de Monticelli à côté de celles de Van Gogh (Nature morte aux harengs, Paris, 1886 et Harengs saurs sur un morceau de papier jaune, Arles, 1889) est particulièrement significative de ce point de vue.
La force de cette exposition est de réussir le pari qu’elle s’était lancé, en créant un véritable dialogue entre les œuvres des deux peintres et en soulignant à quel point une œuvre, en étant une nouvelle modulation du langage de la peinture, représente aussi une « réponse à ce que le monde, le passé, les œuvres faites demandaient, accomplissement, fraternité $$Merleau-Ponty, Signes, Gallimard, Paris, 1960, p. 95.$$. » Et que parallèlement, au lieu de clore un chapitre et d’en ouvrir un autre, une œuvre ouvre un champ ou une dimension dans lesquels l’ordre du sens n’est jamais achevé.

Elodie Guida

Jusqu’au 11/01/09 à la Vieille Charité (2 rue de la Charité, 2e).

[17 sept 2008] Souviens-toi l’été dernier

ete-cine.jpgPendant qu’un milliard de Chinois (et moi, et moi, et moi) vibraient devant les J.O., que le Petit Nicolas était pris en flagrant délit d’adultère et totalitaire avec Edvige et qu’Ingrid Betancourt regoûtait aux joies de l’épilation, votre journal, altruiste et exigeant, a enfermé deux mois durant ses journalistes dans des salles obscures. Tour d’horizon pas du tout exhaustif et complètement subjectif.

SOS fantômes ?
D’Hollywood, on connaissait son fameux boulevard, ses starlettes (O’Hara ou Johansson), ses chewing-gums et ses blockbusters, véritables machines à fric et pop-corn conçues pour nous faire pleurer (E.T), rêver (Star Wars), bondir (Indiana Jones) ou courir (Rocky). Dépassé par l’explosion cathodique des séries télé et miné par une grève des scénaristes qui a entre autres obligé la Warner à repousser la sortie du — espérons-le — dernier Harry Potter à l’été 2009, Hollywood tire la tronche et n’a plus que des « blaguebusters » à nous proposer. La preuve par beaucoup, avec La momie 3, version Hong Kong avec Jet Li dans le rôle du Chinois sournois de service (sic) et l’improbable Brendan Fraser, aussi expressif qu’une vache regardant passer un train. Fraser que l’on retrouve dans Voyage au centre de la terre, nouvelle version du classique de Jules Verne, globalement boostée par la 3D mais considérablement desservie par l’acteur bovin, toujours aussi peu expressif, même devant un dinosaure, mystère… Un cas étrange sur lequel Mulder et Scully ne se sont pas penchés, trop occupés qu’ils étaient à faire n’importe quoi, n’importe comment, avec n’importe qui dans X-Files 2 : régénération. Chris Carter n’arrive plus à foutre la trouille et son couple d’agents est chiant comme la pluie, rendez-nous Hank Moody ! Au rayon « super héros », enfin, notons le nouveau gâchis autour de L’incroyable Hulk, anti-héros réduit à une bouillie numérique qui crie très fort, filmé à la truelle par un copain de Besson exilé aux USA. Ou Hancock, sorte de super SDF amnésique et alcoolique, joué (trop) à la cool par Will Smith, même pas mal. La lumière, blafarde et spectrale, sera donc venue de The dark knight. Précédé d’une odeur de souffre — décès de Heath Ledger, qui incarnait le Joker, quelques heures après avoir tourné le dernier plan —, le Batman de Christopher Nolan est de toute beauté. Scénario vertigineux et feuilletonesque, mise en scène de haut vol et Joker pathétique au-delà du raisonnable : les fans sont ravis et les chauves sourient.

Un massacre et un enterrement
Avec moins de fric mais plus de sens, le cinéma d’art et d’essai aura une fois de plus tiré son épingle du jeu en nous offrant deux chocs cinématographiques. A commencer par Valse avec Bashir, nouveau film de genre, entre documentaire et animation, sur le génocide de Sabra et Chatila en 1982. Quelque part entre The Wall, trip psyché, et Persepolis, leçon d’histoire sans langue de bois, Ari Folman a mis tout le monde d’accord — malgré quelques zones d’ombre dans son récit. Tout comme l’impressionnant Les sept jours de Ronit et Shlomi Elkabetz, déjà auteurs du bouleversant Prendre femme, premier volet d’une trilogie sur la famille. Emporté par une Ronit Elkabetz exceptionnelle, figure sensuelle et de l’excès entre Maria Callas et Anna Magnani, ce deuil choral, viscéral et israélien aurait pu être tourné par John Cassavetes. Le film de l’été. De l’année ? Juste derrière, en embuscade, avec Le silence de Lorna, les frères Dardenne ont encore frappé fort et juste : belgitude glauque, destins sordides… les frérots poussent ici le corps-marchandise dans ses derniers retranchements et nous offrent un final sidérant, digne de Robert Bresson. Un cran en dessous, car plus dans la gaudriole et l’humour couillon, mais toujours localisé du côté du plat Pays, El Dorado de Bouli Lanner nous aura gentiment fait marrer, en nous montrant notamment comment reprendre le volant malgré un taux d’alcoolémie exceptionnel : énorme ! Sinon, on peut être « fille de… » et faire un peu tout et n’importe quoi, comme Jennifer Chambers, la fille de David Lynch qui, moufles à l’appui, a sorti Surveillance, polar en bois aux différents points de vue, façon Rashomon, qui donne envie de se faire Hara-kiri. Ou de Zoé, la fille de John Cassavetes, auteur d’une bluette indie, Broken english, sauvée par les craquants Parker Posey et Melvil Poupaud. Ça marche aussi avec les garçons, comme en témoigne Emmanuel Bourdieu, dont le Intrusions ressemble à la saga de l’été de TF1. Enfin, dans le registre « je sors deux films par an qui servent à rien comme Woody Allen », le Coréen Hong-Sang Soo a squatté les salles avec Night & day et Woman on the beach. Au programme : badinage artistique, rhomérien à signaler. Au suivant !

Henri Seard (avec nas/im et RC)

[17 sept 2008] La belle personne - (France - 1h30) de Christophe Honoré avec Léa Seydoux, Louis Garrel…

Un point Seydoux !

cine-La-belle-personne.jpgIl y a, dans le dernier film de Christophe Honoré, une superbe séquence qui ne laisse pas de nous faire regretter la demi-réussite de cette adaptation de La Princesse de Clèves. Elle se situe au cœur même de La Belle personne, scinde le récit en deux parties d’inégale vigueur et, conséquemment, le déséquilibre. Junie — magnifique Léa Seydoux — est assise dans un café, la musique mélancolique et vaporeuse de Nick Drake s’échappe d’un juke-box et le temps semble indéfiniment se figer autour du visage pâle et mystérieux de la jeune fille. Cet instant suspendu, capté par une caméra aérienne, constitue l’essence du film, ce vers quoi il tend dans sa première partie : le portrait d’une jeunesse fantasmée, presque idéale et plongée avec insouciance dans un flot complexe de sentiments. La liberté de ton d’Honoré et sa croyance dans le récit auquel il s’attelle s’y exprime d’ailleurs avec bien plus de force que dans ses précédents opus. La caméra furète entre les corps, s’attarde sur les gestes adolescents avec une habileté rarement atteinte. Malheureusement, le climax du film constitue aussi son point de chute. Trop appliqué à suivre le schéma classique du roman de Madame de La Fayette, Honoré pèche par excès de sérieux dans une deuxième partie où, justement, la légèreté de son style aurait fait merveille. Il ne reste alors au spectateur qu’une pierre à laquelle s’accrocher, mais elle est inestimable. Léa Seydoux, actrice d’une beauté sidérante, marque La Belle personne de sa présence virginale. Et, malgré quelques coupables baisses de régime, le film en sort revigoré.

Romain Carlioz

[17 sept 2008] L’homme de Londres - (France/Hongrie – 2h12) de Béla Tarr avec Miroslav Krobot, Tilda Swinton…

Les promesses de Londres

cine-homme-de-Londres.jpgDu film noir, on connaissait les ambiances, les codes et les maîtres. Avec le dernier film de Béla Tarr, il faudra désormais revoir notre palette chromatique et aborder ce qu’il convient de nommer le film gris. Gris comme la synthèse du noir & blanc très stylisé du réalisateur hongrois, gris comme l’ambiance qui transpire de cet étrange film adapté d’un roman de Simenon, gris aussi comme notre mine à la fin de la projection. Déception d’une nature bien singulière, puisqu’on a le sentiment d’avoir vécu un moment rare et creux à la fois, d’avoir perçu un film double, une sorte d’essai cinématographique schizophrénique. Sur la forme, L’homme de Londres est une vraie réussite : le cadre, les mouvements d’appareils qui semblent balayer tout l’espace, les raccords invisibles et presque magiques — tout ici respire le grand cinéma et la maîtrise de son auteur. Malheureusement, il y a aussi le fond et là, ça se gâte sérieusement. Si le roman originel n’a rien de bien sexy, le récit prend à l’écran des faux airs de Maigret, voire pire : d’inspecteur Derrick. Si L’homme de Londres est un polar, il est franchement ennuyeux. De plus, dans les rares moments où les personnages sortent de leur mutisme, le film tourne au ridicule, les dialogues à l’absurde. Il faut l’avouer : on frise parfois le néant. Et pourtant, les images défilent toujours à l’écran, d’une plastique toujours aussi subtile, d’une technique étourdissante. Entre le fond et la forme, le divorce n’est même pas consommé : l’union n’a jamais eu lieu. On cherche en vain l’humain dans ce dispositif (trop) bien huilé, ces infimes traces de sentiments qui font appel à notre part sensible et permettent à la matière de prendre vie. Le film se termine, l’énigme se résout mais c’est trop tard : nous sommes déjà ailleurs, depuis longtemps.

nas/im

[17 sept 2008] Rentrée sur les planches

Ça vient de la rue

Les arts de la rue se taillent la part du lion dans une rentrée comme toujours dense et riche en événements.

theatre-Macadam-Cyrano.jpgOn prend les mêmes et on recommence ? C’est en tout cas ce que laisse à penser la programmation de ce mois de septembre, marquée par trois événements qui ont fait les beaux jours de l’été indien les années passées : le festival ActOral (voir p. 9), la nouvelle création de Franck Dimech et le rendez-vous pagnolesque en plein air avec la compagnie belge Marius proposé par le Merlan. Après s’être frotté au minimalisme asiatique avec le sublime Gens de Séoul, 1919 d’Oriza Hirata, le metteur en scène marseillais s’attaque à Kafka en adaptant très librement Amérika ou le Disparu et Description d’un Combat dans Sur la Route d’Oklahoma, qui suit les pérégrinations d’un dénommé Karl — avatar de tous les K. que compte l’œuvre du Tchèque. Quant aux joyeux drilles flamands, après leur adaptation inattendue de la fameuse trilogie sur le Vieux Port il y a deux ans, ils retrouvent la truculence de l’écrivain provençal avec une « rave théâtrale éclairée à la lune » dans les collines d’Allauch, entraînant les spectateurs sur les traces de Jean de Florette et Manon, une dégustation de cuisse de lapin en guise d’entracte et de cerise sur le gâteau.
Septembre marque également l’ouverture d’une saison « arts de la rue » exceptionnelle. La tournée-marathon de la compagnie suisse Les Batteurs de Pavé — qui traversera 1106 kilomètres et huit villes de la région pour livrer une version Macadam de Cyrano —, la quatrième édition de Tremblement de Rue à Gardanne, la onzième de Petit Art Petit (voir p. 9), les désormais traditionnels Rendez-vous Chaud Dehors à Aubagne et, dans un autre registre, Préavis de désordre urbain, le festival de performances initié l’an passé par Ornic’Art, préfigurent un nouveau rendez-vous biennal proposé par Karwan dans les Bouches-du-Rhône. S’inscrivant dans la continuité de L’année des 13 lunes et de l’extraordinaire exposition Le Grand Répertoire-Machines de spectacles, La Folle Histoire des Arts de la Rue propose de retracer les grandes lignes et les petites histoires de cette discipline riche et très ancrée dans notre territoire. Pour cela, cinq compagnies locales investiront chacune une commune pour y présenter au moins trois spectacles de leur répertoire. En parallèle, sorte de fil rouge de la manifestation, un bus-expo de trente mètres carrés sillonnera le département pendant plus d’un mois pour mettre en avant de manière ludique et didactique les points de vue et de formes de cette histoire en train de se construire. Un programme dense et éclectique que viendra admirablement compléter Lieux Publics fin octobre avec la deuxième édition de Small is beautiful, mini-festival destiné à animer pendant tout un week-end les rues de Saint-André, où le Centre National des Arts de la Rue est implanté depuis dix-huit ans.
Sur les planches stricto sensu, si l’on suivra de près les premiers pas du Théâtre Nono, qui inaugure sa première saison avec une création « maison », Le labyrinthe, faisant la part belle au métissage (formel et géographique), l’événement viendra du Théâtre Massalia, dont la programmation automnale préfigure la première édition d’une biennale jeune public. Des compagnies venues de toute l’Europe fouleront ainsi les planches du théâtre phocéen et de son alter ego toulonnais, le Pôle Jeune Public à la Maison des Comoni : un feu d’artifice de propositions en tous genres (danse, théâtre, cirque, marionnettes…) pour fêter les vingt ans du lieu dirigé par Philippe Foulquié. Le jeune public sera également à l’honneur cette année au pôle Gymnase / Jeu de Paume — auquel il convient désormais d’associer le Grand Théâtre de Provence — qui, en parallèle de son traditionnel défilé de stars (Galabru, Lhermitte, l’immense Caubère pour l’épilogue à sa saga autobiographique, le non moins immense Rochefort avec un one man show singulier…), se fera le théâtre de la « transmission » à travers une programmation éclectique (le nouveau ballet de Preljocaj, une série de concerts consacrée à Mozart, le Pinocchio de Joël Pommerat…), mais aussi d’ateliers et d’animations.
Les autres scènes marseillaises et alentours dérouleront leurs programmations en alternant événements (John Malkovitch et Guy Cassier aux Salins, Edouard Baer et Torreton au Théâtre de l’Olivier…) et créations locales, qui en multipliant les cartes blanches (le Centre Dramatique de l’Océan Indien et le Théâtre National Algérien au Lenche), qui en se spécialisant dans les créations (Les caprices de Marianne revus et corrigés par Françoise Chatôt et Notre Dallas par la compagnie L’Individu au Gyptis). A noter que si l’équipe de la Minoterie effectuera une nouvelle saison dans ses murs de la rue d’Hozier, s’engageant toujours plus dans les expressions contemporaines (accueil du Cosmos Kolej, de la compagnie Lesgensd’enface pour une création autour d’un texte de Marie Darrieussecq), La Criée vagabondera dès novembre dans toute la ville, laissant seul son hall ouvert, transformé en cabaret pour l’occasion.

Texte : CC
Photo : Loïc Pipoz

[17 sept 2008] ActOral.7, un acte subversif

ActOral-au-hommes.jpgActOral.7, festival international des écritures contemporaines, se présente avant tout comme un acte de subversion. Figure de proue de la scène contemporaine à Marseille, festival de formes non formatées, ActOral met l’accent sur les sentiments pour faire de la scène, du plateau et de la rue les lieux des engagements (amoureux, politiques, identitaires…) sans lesquels tout art serait vain, interrogeant partout notre rapport à la norme. Prenant le pouls de la ville grâce à un formidable partenariat culturel, cette septième édition s’ouvre aux arts de la rue, au cirque, aux théâtres, aux galeries, aux écrans pour faire voyager nos émotions entre violence et poésie, délicatesse, humour et sentiment schizophrène, mémoire-oubli et sentiment d’existence. Grâce aux lectures, performances, spectacles et autres occasions informelles, le festival nous offre la possibilité de rencontrer des œuvres mais aussi des artistes ; mieux, des paroles d’homme, de personne, au-delà du personnage. Sans compromission à la tendance, ActOral se veut ainsi critique, toujours exigeant et jamais dupe, mais conscient des mondes possibles, des envers du décor médiatique, curieux de ce qui se passe en nous et entre nous.

JS

Du 29/11 au 11/10, à Montévidéo et dans divers lieux de la ville.
Rens. 04 91 37 30 27 / www.actoral.org

[17 sept 2008] Petit Art Petit, petit(e) Oasis

Makadam-Kanibal.jpgProposant à la fois arts de la rue, spectacle vivant, expositions et ateliers d’initiation artistique, le festival Petit Art Petit fête ses onze ans cette année. Après avoir successivement résidé aux Anciens Abattoirs de Marseille et à la Cité des Arts de la Rue, la manifestation investit cette année le parc de l’Oasis, dans la Cité des Aygalades. Implantée dans le territoire des quartiers Nord de Marseille depuis ses débuts, l’association Lézara’part, à qui revient la paternité du festival, met l’accent sur la mixité. Pluralité des publics, mais aussi des propositions artistiques : spectacles et ateliers au coude à coude dans un même élan afin d’offrir à la fois une représentation et une expérience culturelle, réalisée avec des artistes à la disposition du public. Sept ateliers différents prendront ainsi place au cœur du festival. Particularité cette année, la nouvelle édition est placée sous le signe du décalage et de l’insolite. Burlesque ? Certes : magie et poésie avec l’Oiseau Bleu et le spectacle forain de Domi & Claude, mais aussi du piquant, comme ce Makadam Kanibal, un cabaret de fakir à la fois ludique et insolite. Décidément sous le signe de la convivialité, la journée commencera avec un pique-nique géant. Populaire, on vous dit !

Bénédicte Jouve

Le 20 au Parc de l’Oasis (49, Chemin de Saint-Antoine à Saint-Joseph, 15e). Entrée libre.
Rens. www.lezarapart.com

[17 sept 2008] Dansem : « Savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va. »

Dansem-Loin.jpgIdentité des racines, confusion des genres, identité de soi et de ce que l’on donne à voir : les chorégraphes invités pour cette onzième édition déclinent la notion d’identité sous toutes ses formes. Avec leurs histoires, leur parcours et leurs origines méditerranéennes, tous donnent à voir une réflexion « identitaire » autour du mouvement dansé.
Avec Loin…, Rachid Ouramdane part ainsi à la quête de son histoire, revisitant le parcours de son père algérien engagé sous la bannière de l’armée française pendant la guerre d’Indochine. « Nos différences assumées et notre méconnaissance de l’ailleurs créent le lieu pour que notre regard puisse se repenser », explique le chorégraphe à propos de sa recherche sur ses identités multiples.
L’Egyptienne Karima Mansour montrera la difficulté de se libérer de l’emprise des préjugés pour être soi, Georges Appaix réfléchira à la question du métier et de son rapport avec le public, Christophe Haleb s’interrogera sur les transformations de l’homme occidental dans ses rapports à l’espace public et domestique.
Avec Huit minutes de pose, la jeune photographe/chorégraphe marseillaise Manon Avram pourrait résumer cette édition centrée sur le dévoilement du soi dans la création, si difficile dans la vraie vie. Partie de simples portraits photographiques et vivants, elle a cherché à questionner l’intime au creux de la représentation. Un temps de pose de hui minutes pendant lequel l’immobilité d’une personne face à l’appareil révèle un moi singulier. Par des mouvements très écrits, trois comédiens-danseurs cherchent à montrer la difficulté de saisir cette partie profonde de nos êtres, notre intimité, sur une scène, un lieu peu propice à l’abandon de soi, au « lâcher prise ».
Au final, une édition non pas nombriliste mais ouverte sur tous ces « Soi » qui baignent leurs réflexions en Méditerranée.

Texte : Eva D
Photo : Patrick Imbert

Du 14/11 au 13/12 dans divers lieux de la ville et des environs.
Rens. 04 91 55 68 06 / www.dansem.org

[17 sept 2008] L’interview - Dro Kilndjian

Déjà la dixième édition pour Marsatac, le festival marseillais qui a su imposer contre vents et marées sa vision des musiques actuelles, à la croisée des genres. Un cap important par définition, puisqu’il invite à réfléchir sur les nécessaires conditions de réinvention d’un tel événement. Les réponses à nos questions avec Dro Kilndjian, programmateur.

Dro.jpgMarsatac fête cette année ses dix ans : c’est toujours l’occasion de faire un premier bilan sur une histoire, plutôt mouvementée en ce qui vous concerne… Quel regard portes-tu sur cette première décade ?
C’est d’abord une aventure personnelle très enrichissante, et aussi une histoire d’amitié entre quelques personnes, presque familiale puisque Béatrice (Desgranges – responsable production) et moi sommes cousins. Le fait de porter un projet professionnel ensemble à ce niveau-là est pour nous assez fort, fusionnel… Mais son évolution a été assez laborieuse : déjà parce que nous n’étions pas des gens du métier, donc il a fallu apprendre sur le tas ; ensuite parce qu’on a pâti d’une situation locale pas très porteuse, et enfin à cause de toutes ces difficultés qui ont jalonné notre parcours : problèmes de billetterie sur la deuxième édition, annulation au Frioul pour raisons météorologiques, puis l’année suivante au Palais Longchamp, incendie du Dock des Suds… Des choses qui ont fait que l’événement a bénéficié d’une exposition médiatique certaine, mais qui ont aussi ralenti son évolution. Je porte donc un regard très positif sur ces dix ans, fasciné par le chemin qu’on a pu parcourir, avec l’implication personnelle qu’on y a mis, les gens qui nous ont suivi malgré tout… et bien sûr les artistes : pouvoir faire jouer Public Enemy ou De La Soul, c’est un rêve de gosse.
Je pense que l’on possède aujourd’hui une base suffisante pour pouvoir partir sur un événement plus gros encore, pour le réinventer ou en inventer d’autres. Je me vois encore là dans dix ans… mais je n’ai pas envie de devenir un papy à la tête d’un événement dédié à des gens qui ont entre vingt et trente ans : il faudra donc trouver les moyens de la transmission de Marsatac à d’autres, plus jeunes.

Depuis quelques années, vous avez franchi un palier en termes de succès public : le festival semble désormais installé, renvoyant l’image d’une grosse machine que rien ne pourrait désormais faire dévier de sa trajectoire. Comment continuer à susciter, dès lors, l’attente, l’excitation ?
C’est une question qui nous préoccupe quotidiennement. On a été un peu contraints de garder un format, une certaine manière de faire pendant deux ou trois ans pour fidéliser le public : une date et un lieu fixes, une configuration de site qui se perpétue dans le temps, afin que les gens trouvent leurs repères… Nous sommes arrivés au terme de cette période : il s’agit maintenant de trouver de nouvelles formules pour susciter cette envie. La question du lieu va être déterminante, puisque dès l’année prochaine le J4 n’existera plus. L’implantation du festival nous obligera à revoir les choses. Je pense aussi qu’il faudra augmenter le nombre de scènes et donc d’artistes invités, car la préoccupation première du festival reste de faire jouer à Marseille des artistes qui viennent rarement ici, de lui donner une dimension internationale.

Vous avez un budget total de un million d’euros, et êtes en partie financés par l’ensemble des institutions. Or, tu n’as pas été très tendre avec certains d’entre eux lors de la conférence de presse, pointant l’arrivée tardive du Conseil Général ou le manque d’investissement de la Ville dans le financement du festival… Peux-tu nous expliquer comment un festival comme Marsatac en vient aujourd’hui encore à taper du poing sur la table pour obtenir davantage de moyens ?
Il y a déjà l’augmentation des cachets artistiques depuis quelques années, liée à la chute des revenus liés à l’industrie du disque. Cette part, artistique, représente 40 % de notre budget. La mise en place technique du site représente aussi 40 % de ce budget. Puis un peu moins de 10% vont à la communication, et le reste pour les frais structurels… C’est un budget qui est certes important, financé à 40 % par de l’argent public et à 60 % par de l’autofinancement (billetterie, buvette, sponsoring…), mais au regard d’autres événements équivalents, il reste assez faible : le rapport est inversé. Marsatac est au final assez peu porté par les institutions concernées, même par rapport à d’autres événements locaux qui sont mieux financés que le nôtre.

Si Marsatac occupe une place à part à Marseille et dans la région, c’est sans doute moins vrai dans l’hexagone (vos homologues au sein du Réseau des Festivals de Culture Electronique). Après toutes ces années, comment définirais-tu l’identité du festival ?
En plaisantant, je disais l’autre jour à quelqu’un que c’était une sorte de Transmusicales qui auraient forcé le trait sur le hip-hop et les musiques noires… Je pense que nous sommes les seuls en France à être nés du hip-hop, alors que les autres sont plutôt de culture techno. On a fait le chemin inverse : eux ont intégré plus récemment la dimension hip-hop, alors que nous en sommes partis pour aller ensuite vers la techno et le rock.

Est-ce que cette identité est amenée à évoluer ?
Je souhaite que le festival s’ouvre à d’autres courants musicaux. On a longtemps été diabolisés parce qu’on faisait du hip-hop, puis de la musique électronique… On essaie donc d’ouvrir le plus possible la programmation tout en gardant une cohérence artistique, ce qui n’est pas évident, mais aussi de donner un éclairage sur le passé de ces musiques.

Justement, le festival s’ouvre cette année aux musiques du monde avec une soirée supplémentaire dédiée à l’Afrique. On ne vous connaissait pas sur ce terrain-là : pourquoi ce choix ?
C’est un choix de cœur parce que j’ai vécu plusieurs années en Afrique : j’avais envie de donner une place à ce continent, d’abord pour montrer que les musiques africaines ne sont pas nécessairement has-been, et ensuite que les « musiques actuelles » sont très actives en Afrique. Nous avons donc initié, avec le soutien de quelques partenaires, une création au Mali en février dernier : Mix Up Bamako, avec les Marseillais David Walters et Alif Tree. On s’est dit qu’en plaçant cette création mandingue au cœur de la programmation, ce pourrait être mal mis en valeur ou mal perçu par le public… La soirée africaine est donc un prétexte pour montrer cette création.

Vous rentrez de ce fait en concurrence avec la Fiesta des Suds, dont le coup d’envoi sera donné seulement trois semaines plus tard…
Nous ne nous sentons en aucune manière en concurrence avec la Fiesta, car nous ne sommes pas voués à programmer des musiques du monde chaque année… même si l’on ne s’interdit rien dans le futur : tout dépend des opportunités, des projets que l’on aura menés. Quand on a programmé Pierre Henry l’an dernier, on ne s’est pas dit que l’on rentrait en concurrence avec le GMEM…

C’est différent : l’œuvre de Pierre Henry a une filiation directe avec la musique électronique.
Pas faux.

La pérennité d’un tel festival, aujourd’hui, doit-elle nécessairement passer par une ouverture artistique à tous crins ?

Aujourd’hui, le public qui fréquente les événements de ce type n’est pas extensible à l’infini. Donc soit on décide que le format est figé, et il n’y aura pas d’évolution possible en termes de public, soit on ouvre la programmation — au reggae par exemple. Il faut savoir que nous ne sommes pas encore capables de rentrer dans un système de course à la tête d’affiche.

Reste qu’entre cette première soirée sur le J4 et celles que vous organisez régulièrement, depuis plusieurs mois, sur le créneau des musiques noires (funk, soul…), vous donnez l’impression de marcher sur les plates-bandes de certains acteurs locaux historiques.
C’est vrai… le gâteau est tellement petit à Marseille que nous pouvons parfois marcher sur les plates-bandes de certains, mais ça vaut aussi dans le sens inverse ! Marsatac reste un événement ponctuel, avec quelques soirées dans l’année organisées dans des salles. Je ne vais pas m’empêcher de faire un concert de funk sous prétexte que certains acteurs sont déjà sur ce créneau : ça fait partie de l’expansion du festival. Il y a, à un moment donné, des envies de programmation, de croisements, de rencontres… C’est un état de fait.

Le projet Mix Up Bamako implique deux artistes-phare de la scène locale, c’est une excellente nouvelle. Pour autant, peu d’artistes marseillais restent à l’affiche de Marsatac cette année. Quand on connaît le potentiel de certains d’entre eux et la visibilité qu’offre Marsatac, c’est un peu dommage…
J’en suis persuadé, et je pense que nous sommes mieux positionnés aujourd’hui qu’hier pour les mettre en valeur. Maintenant que l’événement est identifié pour sa coloration internationale, il faut que nous donnions plus largement leur chance à ces artistes locaux… Seulement, avec les capacités dont on dispose aujourd’hui, je préfère exposer certains de ces artistes au milieu d’une scène où se produisent des stars d’envergure internationale, plutôt que de les faire jouer sur une petite scène dans un coin du festival. C’est un compromis à trouver.

Quels sont les Marseillais que tu envisagerais donc de programmer en 2009 ?
Oh Tiger Mountain, Dondolo peut-être…

Vous avez travaillé l’an dernier avec des intermittents de Bourges, ce qui n’a pas manqué de provoquer un tollé au vu du mécontentement de leurs homologues marseillais…
C’est faux. L’équipe technique a effectivement été renouvelée pour des raisons qui nous sont propres, mais les prestataires sont les mêmes. Sur les 300 personnes qui travaillent sur l’événement, six, dont le directeur technique, le régisseur plateau et les ingé-sons des deux scènes, venaient de Bourges. De toute façon, l’équipe technique est au final constituée de quinze personnes au maximum… En grande majorité, les intermittents qui ont travaillé l’an dernier sur le festival étaient locaux, et ce sera encore le cas cette année. Mais de la même manière, quand des intermittents marseillais vont bosser à l’extérieur, ils prennent bien le boulot de quelqu’un…

Bien sûr, mais à partir du moment où vous êtes financés par des institutions locales, que Marsatac s’inscrit en outre dans la perspective de Marseille Provence 2013, il semble logique qu’une telle manifestation serve en partie les intérêts de certains acteurs culturels locaux concernés de près ou de loin par celle-ci…
Je suis surpris de cette perception car cela fait dix ans que l’on s’agite sur le terrain local, des artistes et des techniciens ont bénéficié du festival, ont grandi avec lui. Peut-être ne sommes-nous pas tombés sur les bonnes personnes, qu’il y a des intermittents locaux que nous ne connaissons pas encore… Je ne décortique pas les CV des gens en fonction de leur provenance, mais de leurs compétences. Tous les événements français similaires travaillent parfois avec des gens de l’extérieur, et je ne considère pas Marsatac comme un événement local, mais national. On a tout intérêt à s’allouer les compétences les plus pointues si l’on veut arriver à un résultat plus probant.

Propos recueillis par PLX

Marsatac #10, du 25 au 27/09 sur le J4
Voir programmation Short Cuts
www.marsatac.com

[17 sept 2008] Usthiax le 20 au Théâtre de Lenche

Les mots bleus

Deux premiers albums autoproduits, dont le très prometteur Ecrire à l’envers, nous avaient mis la puce à l’oreille. Bleu palpitant, troisième essai (transformé) d’Usthiax, confirme enfin tout le bien qu’on pensait du bonhomme. Et réussit les noces entre les mots de Manset et les maux d’Elliot Smith, la chanson française et l’americana.

usthiax.jpgA priori, Usthiax — Mathias pour les intimes — fait partie de ces gars que l’on aime détester : belle gueule (pfft…), carrure impeccable (arrgh…) et guitare en bandoulière (grrrr…) qui fait tomber toutes les filles. Oui, Usthiax appartient à ce club très fermé des types à qui l’on rêve de casser la gueule, histoire de lui faire payer moult années de frustrations sentimentales en forme de voyages scolaires finissant toujours en eau de boudin à cause du playboy de service qui ravissait toujours le cœur de la craquante Laëtitia, celle-là même avec qui nous projetions d’échanger Dragibus et salive. Mais Usthiax n’est pas comme ça, hein, dis ? « Le plan drague avec une guitare est vieux comme le monde, mais je n’ai pas appris cet instrument pour sortir avec les filles, même si ça aide parfois… En fait, c’est venu de mon père. Aussi loin que je me souvienne, il y avait chez nous des instruments et des disques un peu partout, mon père jouait souvent de la gratte, ça s’est fait naturellement. A l’époque, j’écoutais Iron Maiden, je voulais reprendre leurs morceaux. Ce que j’ai fait, de manière totalement autodidacte. » Acculé dans les cordes dès l’âge de neuf ans, le jeune Usthiax lâche très vite celles du « délicat » combo anglais pour écrire ses premières compos et rejoindre son tout premier groupe, celui de son batteur de frère : « Je n’aimais pas reprendre la musique des uns et des autres, ça me gonflait, j’ai très vite appris à écrire et à composer mes propres trucs… J’ai commencé à douze ans à l’époque, j’en ai trente aujourd’hui, je n’ai jamais arrêté. »

Conte de faits

La trentaine pas encore glorieuse, Usthiax sait pourtant, avec son Bleu palpitant, que le talent ne l’a pas mis en quarantaine, aidé en cela par de prestigieux parrains. « En 2001, je suis revenu vivre à Marseille, après avoir terminé mon cursus universitaire au Québec. C’est là que j’ai commencé à écrire les morceaux qui allaient nourrir mes deux premiers albums. » Le deuxième, Ecrire à l’envers, sorti en 2005, se voit « écouter et approuver » par, excusez du peu, CharlElie Couture. « Deux ans plus tôt, j’avais balancé des MP3 à des gens que j’aimais. CharlElie a été le premier à me rappeler. On s’est rencontrés sur Paris dans la foulée et à partir de là, il a commencé à m’aider, me supporter, me conseiller. Ça a été le déclic. Mon travail prenait enfin un sens. » Le bon, puisque de conseils en collaborations — Usthiax taille un costard sur mesure à Couture sur son album Double vue et assure ses premières parties —, son mentor lorrain à barbichette invite le label Bonsaï Music à se pencher sur son poulain. Ledit label mise sur le bon cheval, signe Usthiax et lui propose d’établir une liste d’artistes français dans laquelle Bonsaï choisira le directeur artistique du futur opus : « J’avais cité sans trop y croire Higelin, Dominique A, Bashung, Rodolphe Burger… ». Né officiellement sous une bonne étoile, ce Chasseur d’ourse apprend que l’ex-leader de Kat Onoma, excusez encore du peu, accepte de superviser Bleu palpitant. « C’est un grand monsieur, un musicien incroyable, j’ai eu beaucoup de chance. Il a beaucoup d’expérience, de recul, de classe, il m’a aidé à y voir plus clair, à mettre en son l’album. Sur lequel il m’a fait l’honneur de jouer de la guitare. Comme un malade ! »

Un parfum de liberté…
Un album que l’ami Usthiax défendra dans quelques jours, sans Burger mais avec plein de guitares, sur les planches du Théâtre de Lenche, en formation quatuor. L’occasion pour cet éternel insatisfait de relire — ou de recreuser le sillon — de certains morceaux, au gré de l’humeur du jour ou de l’envie du moment. Aussi, lorsqu’on lui dit qu’on aurait aimé le voir sur scène quelques jours plus tard dans le cadre de Marsatac, qui continue de loucher vers les dancefloor d’en haut et d’ignorer la scène folk d’en bas, Usthiax « s’en fiche », ne se voyant pas jouer entre deux tentes, devant 2000 personnes venues danser toute la nuit. Foin de paillettes, de bières au prix exorbitant et d’acoustique façon mistral, le bonhomme préférera toujours un bon bœuf avec un pote dans une cave aux soirées mondaines avec des caves. Ça tombe bien, Usthiax s’est trouvé un complice ad hoc, un compagnon de gratte, une émulation exigeante, en la personne du talentueux Mathieu Poulain, plus connu sous le nom de Oh ! Tiger Mountain. « J’ai beaucoup de respect pour Mathieu, le mec, le musicien. J’avais pris déjà une grosse claque avec Nation All Dust, Oh ! Tiger a fini de m’achever. » Ce rapprochement musical et humain, orchestré par Thierry Calvier, le boss érudit du label Sous nos ailes, portera bientôt ses fruits. Accompagnés du batteur suédois David Lillkvist et de François Agati (Nascimiento) au violon, nos deux talentueux lascars, réunis sous le nom de code Drakkar Initiative — sorte de laboratoire musical et réflexif autour de la pop européenne —, devraient bientôt révéler leurs premières compos, aux premiers échos plus que flatteurs. Avant, soyons fous, de retrouver un jour ces vikings de la pop en première partie de Pearl Jam, suite à une sombre, mais lumineuse, histoire de recettes de pâtes au thon échangée entre Seattle et Marseille. Mais ceci est une autre histoire que je vous raconterai plus tard. Car, a posteriori, Usthiax fera toujours partie de ces gars que l’on aime détester. Et raconter.

Henri Seard

En concert le 20 au Théâtre de Lenche (et en show case la veille à la Fnac Centre Bourse).
Dans les bacs : Bleu palpitant (Bonsaï Musique/EMI)

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