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décembre 2007

[19 déc 2007] Edito n°211

edito.jpgLes enfants comptent les jours avant de pouvoir contempler sous le sapin l’étendue du pouvoir d’achat de papa et maman et nous, pauvres hères, en sommes à en calculer le nombre qui nous sépare de la fin du règne de Sarko Ier. Ne vous faites pas mal à la tête, ça fait encore 1608 jours à espérer qu’il n’y en aura pas 1826 de plus. On en est presque à vouloir croire à nouveau au gros bonhomme rouge à la barbe blanche pour qu’il nous fasse un joli cadeau en 2012. En attendant, cette année qui s’achève mérite un retour en arrière. Vous avez tous votre avis sur les moments qui ont éclairé les esprits en 2007, Ventilo a dressé sa sélection. Vous retrouverez dans nos pages la crème du cinéma, de la musique, des livres, du théâtre, de la danse et des expositions que nous avons dégustée cette année. Le choix d’un artiste ou d’une œuvre est évidemment affaire de goût, mais il repose sur ceux (souvent) partagés des hommes et femmes qui rédigent votre journal culturel toutes les semaines (enfin, sauf les cinq prochaines, puisque nous reviendrons le 30 janvier).
Du divorce présidentiel au couple Disney, 2007 est sans conteste l’année Sarkozy. Elu à une large majorité le 16 mai, il doit faire face à des manifestations d’opposants le soir même. Il ne s’en laissera pas compter. Il distribue. Il crée un ministère de l’immigration et de l’identité nationale et embauche les socialistes de droite. Il vend Gaz de France et les autoroutes chèrement payées par les contribuables qui n’en verront pas les bénéfices. Car pour améliorer le pouvoir d’achat de ceux qui payent beaucoup d’impôts, il leur offre quinze milliards d’euros sortis des caisses de l’Etat. Et sinon ? Les enfants de Don quichotte n’en finissent plus de mobiliser les foules pour crier le manque de logements dans le pays.
Hors de l’hexagone, que retenir de ces douze derniers mois ? L’Europe a fêté son cinquantième anniversaire, six pays d’Amérique latine ont créé la Banque du Sud pour développer leurs grands projets sans le FMI ou la Banque mondiale, Al Gore a été nommé prix Nobel de la paix pour honorer son combat pour la Terre, et Michel Platini est devenu le gros président de l’UEFA. Enfin, il n’est pas de rétrospective digne de ce nom sans rubrique nécrologique. Six millions d’enfants sont morts de faim cette année encore, 32 autres sont tombés sous les balles d’un étudiant de l’Université de Virginia Tech aux Etats-Unis, et l’Abbé Pierre, Lucie Aubrac, Philippe Noiret, Michel Serrault, Fred Chichin, Ingmar Bergman, Michelangelo Antonioni, Lee Hazzlewood, Jacques Martin et Bézu sont partis les rejoindre. Alors, 2007 : annus horribilis ? Si l’Histoire est, paraît-il, un éternel recommencement, c’est que nos vies et nos mémoires sont trop courtes. Coucher sur le papier ce qu’il s’est passé, c’est détailler ce que nous allons bientôt oublier. Quand on vous dit qu’il faut croire au Père Noël…

LP

[19 déc 2007] Bilan : les spectacles arts du geste de l’année (danse, cirque, art de la rue)

art-geste---Mmm.jpgMickael Clark Compagny - Mmm… (Stravinsky Project Part 2) (Parc Henri Fabre, Festival de Marseille)
Poursuivant sa relecture des ballets russes de Diaghilev, Mickael Clark livre une création originale et rageuse, provocante à souhait et non dénuée d’humour. Dans une chorégraphie acérée et précise, s’appuyant sur des mouvements très techniques et parfaitement interprétés, l’extravagant Britannique mélange rigueur classique et énergie punk dans un maelström visuel et sonore (Stravinsky vs les Sex Pistols) époustouflant. Glacé et sensuel, virtuose et jusqu’au-boutiste, un spectacle Mmm… savoureux !

art-geste---PLIC-PLOCjpg.jpgCirque Plume - Plic Ploc (J4. Programmation : Gymnase)
Tout commence par une fuite discrète au toit du chapiteau, qui va rapidement faire déborder la scène de prouesses et d’inventions ; un petit « ploc » qui suffit à lancer la formidable machine à rêver et à créer du Cirque Plume. Sur la scène peu à peu transformée en véritable miroir d’eau, régulièrement épongée, une dizaine d’artiste enchaînent avec jubilation les jeux d’eau, les jeux de main, les jeux de mots. Un univers baigné de poésie et d’humour pour un spectacle qui a de la fuite dans les idées…

art-geste---Spiegel.jpgCie Ultima Vez - Spiegel (Parc Henri Fabre, Festival de Marseille)
Création-événement pour fêter les vingt ans de la compagnie Ultima Vez, Spiegel condense toute l’œuvre de Wim Vandekeybus. Inédit mais pétri de mémoire, le spectacle, qui puise sa force plus dans l’énergie que dans l’esthétique, permet de mesurer l’apport chorégraphique du Flamand depuis ses débuts. Via une danse très physique, toujours à la limite, charnelle et violente comme une bagarre, le chorégraphe belge montre la force du corps en exposant la fragilité de l’individu : impressionnant.

art-geste-Umwelt.jpgCie Maguy Marin - Umwelt (Pavillon Noir)
Maguy Marin s’affirme une fois de plus comme une artiste exigeante et brillante avec cette chorégraphie-performance conceptuelle. Assez difficile d’accès, la création s’appuie sur des bases philosophiques et un rigoureux travail du corps (pas, jeu des accessoires, entrées, sorties, régularité parfaite, danseurs en symbiose totale), pour aller au-delà de la danse et du mouvement, et proposer un long moment de réflexion intense et provocant sur notre vie quotidienne. Une merveille.

art-geste---waterproof.jpgDaniel Larrieu - Waterproof (Cercle des Nageurs, Festival de Marseille)
En inauguration du Festival de Marseille, les danseurs du spectacle d’Anne Frémy se remettent dans le bain. Créée en 1985 par Daniel Larieu, cette chorégraphie aquatique marque les débuts du mouvement dansé dans l’eau. L’émotion se conjugue avec la grâce. Travaillant sur la mémoire, authentique éloge de la lenteur et de l’apesanteur, ce spectacle, outre le plaisir des yeux, rappelle que nous venons tous de ce fluide, avant d’avoir été expulsés et précipités dans le monde. Ce n’est pas le moindre de ses mérites.

art-geste---Belladone.jpgCollectif - Belladone (Gymnase. Programmation : Merlan)
Fruit de la concertation entre sept chorégraphes (Vandekeybus, Platel…) et sept professionnels qui dévoilent leur sexe par la digression du théâtre, Belladone nous offre, dans la multiplicité de ses propositions, un moment d’égarement, une réflexion sur le signifiant du corps et l’engagement de l’interprète. Utilisant les atouts de la scène pour donner à la nudité des airs d’ironie et une beauté étrange, la pièce emmène les formes sur des plages inconnues, dessinant de nouvelles peintures pour la tendance de demain.

art-geste---8-mn-de-pose.jpgCollectif K.O.com - Huit minutes de pose II (Daki Ling)
A partir de simples portraits photographiques et vivants, le collectif K.O.com imagine une chorégraphie où le corps se déplace au gré des images projetées sur trois écrans mobiles. Par des mouvements très écrits, les trois comédiens-danseurs cherchent à montrer la difficulté de saisir notre intimité sur une scène, lieu peu propice à l’abandon de soi et au « lâcher prise ». Un spectacle graphique et poétique qui pose des questions philosophiques simples mais essentielles sur nos vies si pressées…

art-geste---Massimo-furlan.jpgMassimo Furlan - Numéro 10 (Stade Vélodrome. Programmation : Merlan)
Seul sur le terrain, avec pour unique costume le maillot de l’équipe de France floqué du fameux n°10 de Michel Platini, Massimo Furlan nous a fait revivre la demi-finale France-RFA de la coupe du monde 82. L’histoire se rejoue devant nous, public-supporteur, venu nombreux encourager le performeur suisse en ce lieu symbolique. Rarement proposition de « scène » n’a eu une telle dimension populaire, synthétisant un fait marquant de notre mémoire collective. Malgré le temps glacial, nous avons (re)vécu ensemble un drôle de moment.

art-geste---eldorado.jpgEldorado (Ballet Preljocaj), au Pavillon Noir
Ni paradisiaque ni candide, l’Eldorado de Preljocaj est une oasis peuplée de figures à la limite même de l’humain. Fruit d’une collaboration synergique (chorégraphie, costumes, musique, décors), la nouvelle création du ballet aixois comprend le corps comme une forme malléable et perméable, en quête perpétuelle de son incarnation, entre mythe originel et monde « extrême contemporain ». Réglé comme du papier à musique (celle de Stockhausen), le spectacle voit ainsi surgir par moments une belle fragilité.

art-geste---Kelemenis.jpgFestival Olé ! Les 20 ans de la Cie Kéléménis
Le festival Olé nous propose une dizaine de créations dans différents lieux marseillais et des alentours. Un anniversaire en forme d’hommage à l’ouverture. Au terme de vingt ans de travail, la compagnie Kéléminis rassemble les créations qui ont marqué son histoire. A commencer par les fameux Aphorismes géométriques de la compagnie, basés sur le travail solo de quatre danseuses, mais aussi une reprise de Bagouet ou la présence de Maguy Marin. De grands noms pour en fêter un autre, symbole de l’ouverture artistique de la ville.

[19 déc 2007] Bilan Théâtre

Theatre---Karl-Max.jpgCie du Mini-théâtre - Karl Max, le retour (Théâtre de Lenche)
Barbu et corrosif, Karl Marx est de retour, par le truchement du comédien Ivan Romeuf. Campé dans un décor qu’il installe lui-même au fur et à mesure, Marx vitupère, tempête, apostrophe. Contournant l’écueil de la leçon de morale grâce à un humour grinçant, il nous embarque dans des allers et retours entre l’argent d’aujourd’hui et les beaux jours de la révolution prolétarienne. En revisitant pour nous ses souvenirs personnels, ce Karl historique et historien nous gratte juste là où ça démange déjà.

theatre---Hedda-Gabler.jpgSchaubühne - Hedda Gabler (TNM La Criée)
Thomas Ostermeier, électron libre du théâtre trash allemand, signe une époustouflante mise en scène. L’entreprise est pourtant périlleuse : mille fois revisitée, la pièce d’Ibsen a collé la migraine à plus d’un spectateur. Ici, le décor épuré devient vertigineux : à l’aide de miroirs qui nous transforment en voyeurs, le drame de l’amour et de l’ambition fantasmée prend tout son sens. Dans son ennui conjugué à la frustration, cette Hedda tragique est décidément singulièrement contemporaine.

Theatre---fausse-piste.jpgCie Microsillon - Fausse piste (Daki Ling)
Un parti pris burlesque avec du rire à décoiffer le brushing, c’est promis ! La mise en scène décapante de cette fausse piste prend de court, dans le bon sens. On se croirait dans un cartoon délirant pendant une heure, où le quotidien tue-l’amour d’un couple est ausculté dans ses moindres détails dérangés. Porté par Boris Arquier et Patricia Marinier, le spectacle nous balade dans des clowneries déjantées. Les jours de surdose de vitamine C, on leur ressemble peut-être. Inventif, jouissif.

Theatre-seoul.jpgThéâtre de Ajmer - Kafka, comédie (La Minoterie) et Gens de Séoul 1919 (TNM La Criée)
D’un côté, un plaidoyer passionné en faveur des monstres qui dérange jusqu’à la nausée, montrant un Kafka crucifié pour l’exemple du malaise occidental : volontairement sauvage et cru, un spectacle déconseillé aux âmes sensibles et aux ménagères de moins de cinquante ans. De l’autre, un deuxième projet « asiatique » attaché au texte du Japonais Oriza Hirata, rappel du contexte de l’insurrection coréenne avec au premier plan, un face à face entre colons japonais et domestiques coréens. Décidément, Franck Dimech déroute et enchante.

Theatre--inattendu.jpgCie des Pas sages - L’inattendu (Théâtre de Lenche)
Le monologue bouleversant d’une femme en deuil défrichant les sillons du souvenir. La solitude du personnage sur une scène épurée n’est interrompue que par les irruptions du chorégraphe Patrick Servius. A l’aide de bouteilles colorées qui sont autant de jalons d’une mémoire presque enfuie, elle va revivre un passé douloureux. Sa confession plonge au cœur des thèmes qui hantent l’auteur, Fabrice Melquiot : la guerre, la mort et la misère. Une attente au terme de laquelle elle pourra peut-être accueillir l’Inattendu.

theatre--ma-vie.jpgGrand magasin - Ma vie (La minoterie. Programmation : Marseille Objectif Danse)
Des souvenirs minuscules et dérisoires égrenés par le duo François Hiffler et Pascale Murtin. On peut se reconnaître dans ce défilé de bribes qui nous ont tous marqués. Le procédé s’éloigne du risque de l’aléatoire, en trouvant sa pleine justification dans le jeu des personnages. Esquissant une danse, se croisant ou se séparant pour mieux se synchroniser, ils incarnent une mémoire qui finit par ressembler à la nôtre. Le souvenir se déforme ou se dilate pour mieux appartenir à notre histoire personnelle.

Theatre---push.jpgCie Kaïros - Push (Friche la Belle de Mai, Théâtre Massalia)
Harlem : Precious Jones, seize ans, violée par son père, maman de la petite Mongo, enceinte de nouveau, illettrée, addict au crack. L’actrice Sophia Johnson fait du personnage du roman de Saphirre une icône de la douleur et de la dignité. La sobriété de la mise en scène de Jeanne Mathis, délicatement soulignée par l’éclairage d’Ivan Mathis, fait de ce spectacle un tourbillon d’émotions contre l’acculturation et pour la résilience par l’écriture de soi, sur fond de soul et de hip-hop. Saisissant.

Theatre---barbe-bleue-1.jpgBadaboum Théâtre - La Barbe-bleue (Badaboum Théâtre)
Une adaptation inspirée du conte de Perrault et du livret de Béla Balasz. La mise en scène de Laurence Janner livre un Barbe-Bleue et son épouse comme espionnés par le trou de la serrure. On se surprend à se mettre sur la pointe des pieds et à étreindre sa peluche favorite. L’intimité du couple mis à nu interroge en profondeur la capacité d’entente, le secret vécu et transporté dans la vie à deux. Poétique et semé d’extraits vidéo, le spectacle nous plonge au cœur des relations humaines.

Theatre--hamlet-exhibition.jpgCie A travers l’étang - Hamlet exhibition (Bancs Publics)
Exercice de haute voltige pour le metteur en scène Thomas Gonzales, sélectionné pour la Biennale des Jeunes Créateurs 2007. Il propose de plonger le spectateur au cœur d’une réflexion sur l’idée même du théâtre et du répertoire en s’appuyant sur l’un des personnages les plus célèbres et les plus incarnés des planches. D’interrogations en déconstructions, cet Hamlet-là appuie sur l’instable et l’instant. Une évocation virtuose, où un Shakespeare revisité et restauré en sort comme dépoussiéré.

Theatre---lecture-S-Olry.jpgCie Lanicolacheur - La lecture, ce vice impuni (La Minoterie)
Mobile et déambulatoire, écrit par Stéphane Olry et mis en scène par Xavier Marchand, cette Lecture est pour le moins déroutante. Un questionnaire portant sur les pratiques de lecture est disséqué, permettant de dresser le portrait de lecteurs qui pourraient nous ressembler. Les mille et une manières d’engranger du texte rappellent finalement des traits de caractère : de celui qui vole une phrase par-dessus l’épaule à celui qui chipe des livres entiers chez les autres. Lire, un acte militant.

[19 déc 2007] Bilan : les 10 films de l’année

cine-climats.jpgLes Climats (Turquie – 1h37) de Nuri Blige Ceylan
Un couple, une séparation… Sur une trame éculée, Nuri Blige Ceylan tisse, sans pathos ni artifices, un récit d’une incroyable justesse. On effleure des vérités plus qu’on ne les dévoile, la subtilité tient ici à la force évocatrice des images. Si les personnages apparaissent dans le même cadre, ils ne sont jamais vraiment ensemble ; rarement la profondeur de champ n’avait été utilisée avec autant d’intelligence. L’histoire est triste, le film sublime, à l’image de certaines de nos amours perdues…

cine-graine-et-mulet.jpgLa graine et le mulet (France – 2h31) d’Abdellatif Kechiche
LE choc de l’année ! Il faut du génie pour pouvoir retranscrire avec autant de justesse et d’intensité ces tranches de vie, cette histoire de famille et de couple sur fond de sinistre économique. Les dialogues fusent, la caméra virevolte, on vit autant le film qu’on le voit. Et que dire des actrices, notamment d’Hafsia Herzi, dont la fulgurance et la beauté annihilent tout ce qu’on croyait connaître des femmes au cinéma. Ce film est une des plus belles propositions du cinéma français contemporain.

cine-still-life.jpgStill life (Chine – 1h48) de Zia Zhang-Ke
Jia Zhang-Ke réussit une nouvelle fois à mêler dans un même espace cinématographique souffrances individuelles et destin collectif, vision politique et écriture poétique, tradition et modernité de la société chinoise. Comme la photographie immobilise une réalité pour mieux la cerner, son cinéma tente de définir un instant présent, qui n’est déjà plus que du passé au moment où il est capté : c’est vain et c’est beau. Au milieu des ruines, ne restent que les souvenirs…

cine-promesses.jpgLes Promesses de l’ombre (USA – 1h45) de David Cronenberg
Confirmation en forme de prolongement, Les Promesses de l’ombre vaut beaucoup mieux que son titre. Cette variation autour du triangle famille/thriller/effraction est aussi monumentale que le précédent opus de Cronenberg, A History of Violence. Imprégné d’une écriture sèche, porté par un Viggo Mortensen habité et jalonné de scènes déjà culte — le combat dans un hammam —, les Promesses de l’Ombre dresse le portrait morbide d’une humanité repliée sur ses rites et ses peurs. Simplement magistral.

cine-paranoid.jpgParanoid Park (USA -1h25) de Gus van Sant
Quatrième jalon de l’entreprise cinématographique élaborée par Gus Van Sant depuis Gerry, Paranoid Park en constitue à la fois l’aboutissement parfait et le subtil dépassement. Elégie aquatique du skateboard, percée musicale dans l’univers adolescent et expérimentation formelle orchestrée par l’ex-chef opérateur de Wong Kar-waï, Paranoid Park séduit surtout par sa capacité à renouveler une œuvre tout en l’approfondissant. Pour ceux qui en doutaient encore : Gus Van Sant est un grand cinéaste.

cine-la-nuit.jpgLa Nuit nous appartient (USA – 1h45) de James Gray
James Gray avait bluffé une bonne partie de la rédaction avec Little Odessa et The Yards. Sans tutoyer les mêmes sommets, La Nuit nous appartient constitue un petit bijou de cinéma opératique. Une tragédie néo-classique qui embrasse en un même geste Le Parrain de Coppola et Nos Funérailles de Ferrara. Mais surtout un film scandé par de vrais moments de grâce qui élabore avec minutie la chute majestueuse d’un ordre ancien. Largement de quoi faire oublier les quelques longueurs du dénouement.

cine-tres-bien-merci.jpgTrès bien merci ( France – 1h40) d’Emmanuelle Cuau
Ce qu’il y a de fort, et de fort triste, dans ce film, c’est son côté réaliste, contemporain, le genre d’histoire qui pourrait arriver à tout le monde, à vous, à moi… L’enchaînement de faits aussi anodins qu’absurdes nous entraîne dans une spirale narrative implacable. Sous les apparences d’une gentille comédie se cache un film sérieux, voire inquiétant, qui représente une superbe proposition de cinéma politique. Enfin un film réjouissant sur une époque bien triste.

cine-zodiac.jpgZodiac (USA – 2h22) de David Fincher
Longtemps, David Fincher a incarné l’éternel espoir déçu du cinéma américain, empêtré dans de vains exercices de style. C’est dire l’émerveillement que produit Zodiac, film brillant, débarrassé de tout arsenal idéologique et occupé à montrer ce qui échappe inéluctablement à la fiction — les images, leur sens. Un changement de perspective surprenant autant que passionnant, servi par une distribution d’une rare justesse (Gyllenhal, Downey Jr., Ruffalo). Et si Fincher avait (enfin) franchi un/le cap ?

cine-chansons-amour.jpgLes chansons d’amour (France – 1h40) de Christophe Honoré
Bien plus qu’un hommage réussi à la Nouvelle vague, ce film, d’une étourdissante beauté, est un véritable chant de poésie fugitive. On y chante l’amour et le sexe avec une spontanéité contagieuse dans un Paris nocturne et populaire qui n’avait que rarement été filmé avec autant de grâce et de justesse. Les dialogues sont vifs, le récit enjoué, et Louis Garrel toujours aussi irrésistible. Au jeu périlleux de la comédie musicale, Christophe Honoré rivalise d’inventivité avec ses glorieux aînés.

cine-naissance-pieuvres.jpgNaissance des pieuvres (France – 1h25) de Céline Sciamma
Fraîche émoulue de la Femis, Céline Sciamma a tout simplement réalisé le meilleur « premier film » français de l’année. Au-delà d’une impressionnante maîtrise du cadre, du rythme et de la direction d’acteurs, le film décline méthodiquement les fluides — bains, douches, taches de sang, crachats d’eau puis de salive — et évoque, dans sa façon de parler de désirs triangulaires sur fond de discipline sportive, Douches froides d’Anthony Cordier. Un ciné-moment de spasme, avec une distance et un détachement troublants, à l’instar de la renversante Adèle Haenel.

[19 déc 2007] Bilan : les 10 concerts de l’année

Musique-Cut-Chemist.jpgCut Chemist @ Cabaret Aléatoire (le 24 février)
Cet homme est un génie ! Bien plus que la virtuosité manuelle du Dj californien, c’est sa manière de raconter une histoire qui impressionne, son souci constant de regarder et de jouer avec le public, de mêler musique et images avec maîtrise et humour… Un set de Cut Chemist ressemble plus à un concert qu’à une performance de turntablist : il se passe quelque chose sur scène, les disques prennent vie pour nous (et avec nous). Ses sets sont imparables, obscurs et accessibles à la fois, en un mot : universels.

musique-oxmo.jpgOxmo Puccino @ l’Affranchi (le 16 mars) Dans le paysage rap français, Oxmo fait figure d’exception. On connaissait jusque-là sa plume et son phrasé, sa corpulente présence et son sourire bonhomme. Mais pour défendre son dernier album sorti chez Blue Note, le garçon est venu à L’Affranchi accompagné de musiciens – aussi classieux que leurs impeccables costards. Leur prestation frôlait la perfection : jamais un artiste français issu du hip-hop n’avait maîtrisé à ce point le sens du récit et de la scène, avec un final rock’n’roll pour le moins détonant…

musique-Nosfell.jpgNosfell @ Poste à Galène (le 28 mars)
Il parle une langue imaginaire, nous conte les histoires d’un pays qui n’existe pas, et met en musique ses drôles d’élucubrations. Nosfell n’est pas un doux rêveur, c’est un poète, un musicien inspiré, un vocaliste hors norme et aussi un danseur au corps androgyne et superbe. Son passage au Poste à Galène restera comme un grand moment de musique, presque de théâtre tant sa présence hypnotise nos regards : oui, nous avons goûté aux plaisir inconnus d’une expérience musicale nouvelle.

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Babel Med Music @ Dock des Suds (du 29 au 31 mars)

Concerts, conférences, lieu de rencontre pour professionnels : en 2007, le festival Babel Med continue de lutter à sa manière pour la diversité musicale. Outre la confirmation du talent d’Ilene Barnes et de Nathalie Natiembé, la surprise est venue cette année du sud de l’Italie avec le quatuor Assurd et son irrésistible tarentelle, et de Turquie avec le oud électrique de Baba Zula, qui mariait psychédélisme rock et transe orientale. Babel Med Music confirme sa place singulière dans le paysage des « autres musiques » : elle est Babel la vie ?

musique-chick.jpg!!! @ Cabaret Aléatoire (le 1er avril)
Le concert de l’année, sans exception. Première venue à Marseille pour le groupe américain, Cabaret bien rempli et en surchauffe : avant même que ça commence, l’excitation était à son comble. Après, tout cela releva purement et simplement de la transe : un cocktail hybride et tribal de (kraut)rock et (afro)funk, avec chanteur allumé en short et galure piqué à l’un de nos journalistes. Le concert était organisé par les Girlz In The Garage (Marseille). Merci les filles : même dans la pénombre de l’underground, you shine.

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Woven Hand @ Espace Doun/Rognes (le 8 juin)

Assis au milieu de la scène, David Eugene Edwards prie. Ses premiers mots après le concert sont pour Dieu, il remerciera le public plus tard. Cette image résume bien cet exceptionnel concert : une musique hantée, une voix sombre et profonde, et un lieu magnifique qui nous permet d’être très proches de la scène. L’ancien leader des 16 Horsepower livre en concert le meilleur de lui-même, et ses chansons ressemblent à des sermons rock’n’roll qui nous emplissent d’une indescriptible joie… In Woven Hand we trust !

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Daft Punk @ Arènes de Nîmes (le 26 juin)

Ce soir-là, nous étions en train de boucler notre dernier numéro de la saison : le spécial (F)estival(S), annonciateur d’un été que les Daft Punk allaient catapulter dans une autre dimension. Donc, nous n’y étions pas… ou presque : un valeureux pigiste, pour ne pas dire le plus hédoniste, avait fait le déplacement. En général, son truc à lui, c’est la techno minimale. Or il s’est pris un retour de maximale en pleine tête, son et lumières, communion extatique en plein air : au moins un qui pourra en parler à ses gamins…

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Arcade Fire + Arctic Monkeys @ Arènes de Nîmes (le 22 juillet)

L’un des temps forts de l’été. Diablement efficaces, les gamins de Sheffield entament les hostilités avec un set d’une énergie débordante, enchaînant les hits avec un plaisir évident (et communicatif). Mais la claque viendra du concert d’Arcade Fire, un vertigineux délire symphonique, un feu d’artifice à la fois visuel et sonore, les Canadiens, tour à tour bouleversants et loufoques, nous gratifiant même d’une reprise survitaminée de Poupée de cire, poupée de son. Monumental.

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Spoke Orchestra @ l’Affranchi (le 3 novembre)

Spoke Orchestra n’existe pas : c’était donc le nom de leur nouvel album, et le cruel constat auquel nous avons assisté, impuissants, dans cette salle de périphérie où seule une quinzaine de personnes avaient fait le déplacement. Celles-ci se souviendront encore longtemps de cette équipée fantastique, entre poésie brute de décoffrage (qui a dit slam ?) et bande-son iradiée de lumière noire. Un univers qui sent la zone, et ce soir-là, celle-ci était déserte. Mais pleine de promesses : les Parisiens reviendront à la Friche à la rentrée 2008.

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Rufus Wainwright @ Espace Julien (le 14 novembre)

Trois heures de concert, un entracte, des lumières éblouissantes… L’Espace Julien a revêtu le temps d’un soir les habits pourpres d’un cabaret décadent, où le raffinement désuet du dandy canadien nous a éblouis. Apparaissant dans des tenues de scène sidérantes, en costume à paillette façon Elvis à Vegas, en chanteur tyrolien, en peignoir, puis en Lisa Minelli période Cabaret dans un final très music-hall, Rufus menait la revue avec cet excès de préciosité qui le caractérise. Grandiose !

[19 déc 2007] Bilan : les 10 expos de l’année

expo-N%2BN-Corsino.jpgN+N Corsino - Seule avec Loup (Espace muséal Villeneuve-Bargemon, à l’occasion du Festival de Marseille)
Une installation interactive saisissante où les moyens techniques mis en œuvre (son, image, processus interactif) sont au service d’un beau projet artistique. Danseurs virtuels et spectateurs-acteurs évoluent ensemble dans différents univers tous aussi intéressants les uns que les autres, se détachant des lois qui régissent le réel pour suivre les chemins féconds (et fécondés par le numérique) de l’imaginaire. Les artistes marseillais nous offrent une fois encore un voyage visuel, sonore et sensoriel captivant.

expo-Frac.jpgJoachim Mogarra – L’art de la figue (FRAC et Galerie Territoires partagés)
Face à la position de l’artiste, trop souvent théoricien, scientifique et un peu barbant, Mogarra opte pour un sévère retour en enfance et une dérision totale. Opérant par détournement, il fait de ses photographies des mises en scène miniatures, constituées d’objets détournés de leur destin oublié, puis scénarisées par l’ajout de légendes, pour former ainsi des ensembles sériels proches du story-board et de la BD. Il démontre ainsi que l’important dans l’art, c’est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art.

Expo-Laurent-Dejente.jpgLaurent Dejente – Stations (La Traverse)
Le dispositif employé par l’artiste — un renversement de 90 degrés de l’image (photo ou vidéo) — et l’espace qu’il crée fonctionnent comme instruments d’expérimentation, comme points de tension du sens de la relation du corps au monde. La force de ces images est ainsi de faire en sorte que le procédé adopté, systématique, soit plus qu’une technique (renversante !) de fabrication. L’acte de basculement se déploie comme interrogation du sens physique et métaphysique de la place de l’homme dans le monde.

expo-Hotel-transuniversaal.jpgDenis Brun – Fan club 3000 (3bisF)
Hantant les espaces du 3bisf, les créations vidéo et installations monumentales de Denis Brun cohabitent de manière cohérente mais inexpliquée, de manière fictionnelle mais sensible. Expérimentateur fasciné et fascinant, l’artiste travaille à réduire l’espace entre les différents seuils d’appréhension du monde. Une fois digérées, les multiples influences qui dynamitent son travail (culture skate, New wave, Ready-made), portées par des effets de fascination pure, font de sa création une expérience unique.

expo-Ouverture-ateliers-art.jpgOuverture d’ateliers d’artistes (programmation : Château de Servières)
Une occasion rare et unique de découvrir les coulisses de la création, l’artiste dans son environnement quotidien, en proie au doute et animé par sa passion — autrement dit, dans une certaine vérité du travail (une exposition étant déjà une interprétation, un accrochage étant aussi un accident). Une manifestation à saluer, à encourager, à soutenir, d’autant qu’on la doit à l’association Château de Servières, qui promeut depuis dix-neuf ans — malgré un contexte difficile — la création et la diffusion de l’art contemporain.

expo-Ouverture-ateliers-art%20Bains.jpgMarie Thébault (Galerie des Grands Bain Douches)
L’esthétique mise en œuvre par Marie Thébault, l’association de la peinture et du dessin, le fonctionnement du support comme une scène où d’étranges créatures mi-humaines mi-animales se montrent, apparaissent, surgissent et se répondent, concourent à la création d’un univers tout simplement passionnant. Les pièces présentées nous font découvrir les strates de rêve et d’imaginaire qui composent avec le réel, ces fantômes visuels qui n’ont pas fini de nous hanter… En tout cas, on l’espère de tout cœur.

expo-Malphettes.jpgPierre Malphettes – Un arbre, un rocher, une source (Galerie Buy Sellf Art Club)
Dans cette installation particulière, dont on ne sait si elle est constituée d’une ou trois œuvres, chaque élément est capable de recréer un environnement, un temps de la contemplation. S’aventurant sur les territoires des contes de fées, l’artiste questionne la place de notre potentiel imaginaire dans la société industrielle à travers des objets environnementaux, à ressentir. Il gagne ainsi en universalité et en objectivité, asseyant sa position d’artiste non seulement contemporain, mais aussi inscrit dans le monde dans lequel il vit.

expo-instants-video--Diapas.jpgInstants vidéo
En prise avec les pulsations du monde, ouvert aux nouvelles expérimentations en matière d’écriture visuelle et de multimédia, ce festival international est pensé et organisé comme un espace de rencontres, de découvertes et de confrontations — ce qui fait sa force. Pour sa vingtième édition, il a accueilli des artistes en provenance de cinquante-quatre pays, mis en place des espaces de discussion tout en présentant des productions étonnantes, qui dépassent les limites traditionnelles entre les disciplines et les médias.

expo-Clement-Laigle.jpgLabo HO – Clément Laigle (Galerie-librairie Histoire de l’œil)
Chaque année, la galerie HO lance un appel à candidatures à l’attention des artistes et des architectes, qui permet au lauréat d’investir l’espace de la galerie ainsi que de la librairie qui la contient, en respectant la contrainte du lieu commerçant. Confrontation/concentration entre deux espaces, deux natures, deux publics. Même si l’installation de Clément Laigle a sans doute cédé trop de terrain aux livres (principe de réalité oblige), l’hétérotopie proposée était très efficace, plaçant le client dans une posture inhabituelle de spectateur.

expo-Pailhas.jpgHommage à Roger Pailhas (Mac)
Cette exposition a eu le mérite de témoigner d’un état de fait : le monde de l’art est composé de multiples acteurs et Roger Pailhas, collectionneur, galeriste et marchand, était de ceux qui aménagent une rencontre entre les artistes, les œuvres et le public, misant sur les qualités et l’importance des œuvres nouvelles. Parmi celles présentées ici, plutôt conceptuelles, on retiendra les installations de Dan Graham et Pierre Huygue, ou encore l’imposante vidéo de Bernard Bazile, qui à elles seules méritaient le déplacement.

[19 déc 2007] Bilan: les 10 disques de l’année

galette-Patrick-Watson.jpg1/ Patrick Watson – Close to paradise (Secret City Records/V2)
L’effet quasi surnaturel que provoque le second opus de Patrick Watson réside dans une association hétéroclite entre songwriting folk, musique improvisée, electronica discrète, chants de sirènes, bouffées beatlesiennes et harmonies classiques. Chez d’autres, moins pointilleux quant à la décantation et l’association de tous ces arômes contradictoires, le résultat pourrait vite tourner à la piquette. Mais l’élémentaire Watson possède une vraie recette qui est la marque des très grands. Déjà un classique ?

Galette-LCD-Soundsystem-.jpg2/ LCD Soundsystem – Sound of silver (DFA/EMI)
Evidemment, on l’attendait de pied ferme. Le premier album du projet emmené par le New-Yorkais James Murphy était arrivé en tête de notre bilan 2005 : un lifting imparable du son de la Grosse Pomme dans ses années fastes (disco, punk-funk) avec des accents pop pour mettre tout le monde d’accord. Celui-ci est moins évident – tant mieux – et continue de creuser le passionnant sillon des musiques « bis » (de Can à Brian Eno). Une certitude : le fer de lance de l’écurie DFA est loin d’avoir tout dit.

Galette-Queens-Of-The-Stone.jpg3/ Queens Of The Stone Age – Era Vulgaris (Interscope)
C’est une histoire qui commence dans le désert californien, à base de défonce bon marché, puis prend une tournure inattendue avec le fameux Songs for the deaf. Depuis, les têtes brûlées de QOTSA ont emmené le stoner-rock dans des directions inédites : des harmonies vocales insensées viennent se greffer sur des riffs obsessionnels, eux-mêmes portés par une rythmique éléphantesque au groove de plus en plus insidieux. C’est solaire, intense, dément, et terriblement dangereux pour vos cervicales.

Galette-Alela-Diane.jpg4/ Alela Diane – The pirate’s gospel (Fargo)
Au pays des merveilles, l’enchanteresse Alela Diane use de son timbre magique comme d’une baguette argentée. On navigue ici dans la douceur cotonneuse et sensuelle de nos premiers émois, et l’on voudrait garder jalousement ces douces mélopées, comme autant de secrets qui éveillent en nous ces sentiments que l’on croyait éteints. Faites de la place dans votre discothèque, juste à côté de vos disques de Cat Power : une nouvelle fée accompagnera vos rêveries les plus intimes.

Galette-Jens-Lekman-.jpg5/ Jens Lekman – Night falls over Kortedala (Secretly Canadian/Differ-Ant)
Voici la musique idéale pour séduire vos amies les plus sensibles (ou vos copains les plus extravertis). Cette pop joyeuse et mélancolique est irrésistible, sucrée, raffinée comme la meilleure cuvée de Belle and Sebastian, avec un petit côté grandiloquent que ne renieront pas les amoureux d’Antony ou de Rufus Wainwright. C’est de la pop comme on l’aime, celle qui nous fait sourire et qui nous rend heureux, celle qui est si légère qu’elle en devient fragile, celle qui chante notre jeunesse éternelle…

Galette--Apparat-.jpg6/ Apparat – Walls (In Finé/Discograph)
Au rayon pop électronique évanescente et rêveuse, on avait eu, l’an passé, Thom Yorke. Et vu l’empressement avec lequel les fans de Radiohead viennent de remplir, en quelques heures, les deux prochains concerts dans les arènes de Nîmes, on imagine que vous êtes quelques-uns à avoir kiffé son album solo. D’où l’intérêt d’investir dans celui-là, celui d’un jeune Allemand repéré aux côtés d’Ellen Allien, qui réussit à concilier approche avant-gardiste et format pop : une odyssée onirique à l’heure du numérique.

Galette-Of-Montreal-.jpg7/ Of Montreal – Hissing fauna, are you the destroyer ? (Polivinyl/La Baleine)
D’une incroyable complexité, le treizième (!) album d’Of Montreal est à la fois un petit chef-d’œuvre de pop azimutée et une expérience psychiatrique effrayante — quelles choses, quels pièges se cachent au détour d’un refrain ? Dans sa schizophrénie plurielle, Hissing Fauna… paume ses repères chez les Beatles, cherche des poux pop à Prince, ou bâtit avec les douze minutes krautpop de The past is a grotesque animal une impressionnante cathédrale surréaliste. Ceci n’est pas un disque !

Galette-Tumi--The-Volume.jpg8/ Tumi & The Volume – Tumi & The Volume (Sakifo Records)
Voici enfin le disque hip-hop que l’on attendait. Très éloigné des codes en vigueur, Tumi et sa bande partagent avec The Roots bien des points communs : un sens du groove imparable, un éclectisme à toute épreuve, et aussi cette formidable énergie que peut générer un groupe lorsqu’il ne se contente pas des outils électroniques. Ils viennent d’Afrique du Sud et représentent aujourd’hui ce que le hip-hop peut nous offrir de meilleur. Jamais l’Amérique et l’Afrique n’avaient été si proches.

Galette-L.Pierre.jpg9/ L.Pierre – Dip (Melodic/La Baleine)
Si la musique est faite de sons, c’est le silence qui l’aère, qui lui donne son rythme et son âme. Au petit jeu du minimalisme musical, L. Pierre, ancien membre d’Arab Strap, fait des merveilles : sa pop doit autant à l’ambient d’Eno qu’au jazz nordique et épuré du label ECM. Le ressac des vagues se joint aux sonorités organiques des instruments qui ont rarement raconté autant de choses en si peu de notes : l’eau, l’air, la terre… les éléments se mêlent pour toucher à l’universel. Un pur moment de grâce.

Galette-Dondolo.jpg10/ Dondolo – Dondolisme (La Bulle Sonore/Differ-Ant)
Parmi les réels coups de cœur de la rédaction sur la scène locale, il y a eu cette année Danton Eeprom, le flamboyant. Mais Danton n’a pas (encore) sorti d’album. Dondolo, si : cet Aixois issu du collectif de vidéastes Respect is Boring, touche-à-tout doté d’une réelle personnalité artistique, aurait pu taper dans le mille avec sa pop synthétique à la fois drôle et cultivée, à la croisée (improbable) des univers de Jacno, Katerine et Visage. Pour le voir faire le grand écart entre Tracks et la Star’Ac, on attendra donc encore un peu…

[19 déc 2007] Bilan : les 6 dvd de l’année

dvd-Cinq-colonnes-la-Une.jpg5 colonnes à la Une - Anthologie : 1959/68 (INA)
Michèle Cotta propose une plongée dans l’histoire du monde contemporain mais aussi dans l’histoire de la télévison elle-même à travers l’exhumation des plus belles heures du magazine de reportages Cinq Colonnes à la une. Lancée en 1959 par Pierre Lazareff sur l’unique chaîne de la RTF, l’émission marqua une vraie rupture dans la fabrication de l’info télévisée. Avec le trio Desgraupes/Dumayet/Barrère, Lazareff sut le premier faire de l’info un spectacle populaire, sans renier l’éthique du métier.

 

 

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Les frères Quay - 8 courts-métrages d’animation (Ed Distribution)

Marionnettes, miroirs, bouteilles vides, appareils photos déglingués, ouvrages reliés, vieux membres, ligaments, vis et poussière : c’est avec ces « accessoires », concassés et détournés, que les frères Quay donnent vie à leurs films d’animation, en véritables artisans qui construisent tout de leurs mains. Parfaitement ciselés et magistralement compilés par l’éditeur indépendant Ed Distribution, ces courts nous permettent une immersion totale dans l’univers de deux réalisateurs hors du commun.

 

dvd-twin_peaks.jpgTwin Peaks : saison 1 - David Lynch (TF1 Vidéo)
La sortie tant attendue de la série culte de David Lynch était sans aucun doute l’évènement de cette rentrée 2007. Même si l’éditeur ne s’est pas fendu en bonus, au grand dam des fans hardcore, reste une série ébouriffante, aux lectures innombrables, aux personnages mythiques et qui joue des contraintes du genre pour en dépasser les codes. Ceux qui n’ont pas découvert la série sur La 5, au début des années 90, découvriront une œuvre intelligente, profondément jouissive, visiblement créée sous influence (de Bob ?)…

 

 

dvd-life-and-debt.jpgLife and debt - Documentaire (USA – 2002 – 1h26) de Stéphanie Black (Blaq Out)
Fans de reggae, voilà de quoi réveiller votre conscience politique, avec ce très bon documentaire de Stephanie Black, inspiré du roman A Small Place de Jamaïca Kincaid. Le film dresse un nouveau portrait effarant des conséquences de la mondialisation dans un pays rongé par la dette et par la politique imposée par le Fond Monétaire International. La B.O. (Bob Marley en tête) résonne alors de ses accents contestataires, au sein d’une nation encore traumatisée par les conséquences de la colonisation.

 

 

dvd-Cinmatons.jpg120 Cinématons - (France – 1978/2006) de Gérard Courant (Malavida)
Deux solutions s’imposent face aux interviews mainstream des cinéastes souvent formatés pour le petit écran : deux longues heures d’entretien façon Labarthe ou les Cinématons de Gérard Courant. Le principe : des rencontres de trois minutes et demie montre en main, un plan-séquence, une seule prise durant laquelle le « people » est libre de faire ce que bon lui semble. Cinéastes, acteurs, écrivains et intellectuels se sont prêtés au jeu du réalisateur pour un résultat souvent très drôle.

 

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Coffrets Ingmar Bergman - Le Septième sceau, La Source… (Opening)

Distributeur français attitré d’Ingmar Bergman mort cet été, Opening nous offre l’occasion d’une plongée très complète dans l’univers de l’artiste suédois, homme de théâtre tout autant que d’image, esthète de l’âme humaine tout autant que grand bâtisseur pictural. Saltimbanque artisan à l’intelligence acérée, le réalisateur a exploré dans son œuvre de nombreux thèmes récurrents — du rapport à la mort aux questions religieuses — avec une rigueur toute luthérienne qui fit la force de son travail.

[19 déc 2007] Bilan : les 10 livres de l’année

ROMANS

millefeuille-A-labri-de-rie.jpgOlivier Adam - A l’abri de rien (L’Olivier)
Ça se passe à Calais. Marie, mère de famille au chômage, a du mal à joindre les deux bouts et à entrer dans sa vie, se tenant au bord, spectatrice de sa propre inertie. Jusqu’à ce qu’elle se retrouve, presque par hasard, à distribuer de la soupe et des couvertures à des réfugiés attendant de passer clandestinement en Angleterre. Pour la première fois depuis longtemps, elle se sent vivre… Olivier Adam écrit la chute de cette femme en marge de sa propre vie avec une justesse et une douceur rares. Magnifique.

 

 

millefeuille-Le-Bal-des-vip.jpgHoracio Castellanos Moya - Le Bal des vipères (Les Allusifs)
L’auteur du Dégoût et de La Mort d’Olga Maria nous entraîne ici dans un polar fantasque et halluciné. Quelque part dans une capitale sud-américaine, un SDF squatte en bas d’un immeuble dans une vieille Chevrolet jaune, au grand dam de ses voisins. L’un d’eux, jeune homme désœuvré, décide d’en savoir un peu plus. Il questionne le SDF, le suit, le tue, prend sa place… On dévore ce roman qui nous tient dans sa course effrénée pendant trois jours de délire intense. On en sort épuisé, mais repu.

 

 

millefeuille-Tribulationsn-.jpgIain Levison - Tribulations d’un précaire (Liana Levi)
Devenu malgré lui travailleur itinérant, l’auteur raconte un parcours professionnel chaotique qui l’a mené à exercer quarante-deux jobs en dix ans dans six Etats différents. Sans langue de bois, mais sans jamais tirer à boulets rouges sur un système qui pourtant expose ses failles, Levison livre une chronique désabusée et drôle, d’une beauté désespérée, le conte d’une lutte des classes sans nom qui dévoile à chaque page un pan de l’histoire de l’Amérique, et du monde occidental, en train de se faire.

 

 

millefeuille-Mal-de-Pierres.jpgMilena Agus - Mal de Pierres (Liana Levi)
Dans une Sardaigne qui connaît les affres de la Seconde Guerre mondiale, la mystérieuse héroïne du livre, en quête d’idéal, tarde à trouver l’amour. Elle le rencontrera sur le Continent, lors d’une cure thermale destinée à guérir son « mal de pierres », des calculs rénaux, qui aura aussi raison de son mal d’amour. Quelques décennies plus tard, elle se confie à sa petite fille… Milena Agus livre un beau roman charnel, une fresque familiale dont on croit saisir l’ambiguïté, jusqu’à la dernière page…

 

 

millefeuille-Cartographie.jpgDavid Mitchell - Cartographie des nuages (L’Olivier)
A l’instar de son précédent roman Ecrits fantômes, ce nouvel opus de David Mitchell conjugue virtuosités formelles et forces narratives. A travers six histoires se déroulant à des époques différentes et dans des registres littéraires variés, l’auteur tisse une trame narrative qui surpasse les effets de forme et de style. Chaque histoire se suffit à elle-même et s’ouvre à la fois sur quelque chose de bien plus grand, dépassant le cadre d’une vie et s’inscrivant dans une perspective historique.

 

 

BD

millefeuille-Jerome-et-Sult.jpgNylso et Marie Saur - Jérôme et Sultana (Flblb)
Quand le patron de Jérôme lui propose de lui léguer sa librairie, le jeune homme s’interroge sur les choix à opérer… L’album nous transporte dans un ailleurs à la fois dépaysant et étrangement familier, où questionnement personnel et vision d’ensemble de la nature humaine et du monde s’entremêlent très finement. Jérôme et Sultana n’a de cesse de nous surprendre, tout en étant fréquemment en adéquation avec nos préoccupations les plus intimes, suscitant en nous de nombreuses réflexions et émotions.

millefeuille-Pascal-est-enf.jpgMatthey - Pascal est enfoncé (L’employé du Moi)
Pascal Matthey revient sur son enfance et notamment sur ses angoisses quotidiennes liées à la mort. La prière du soir, le décès d’un copain… Autant d’éléments qui offrent au petit Pascal l’occasion de penser à la mort — à celle des membres de sa famille comme à la sienne — et d’être effrayé par ces pensées. Avec ses pages presque entièrement muettes, Pascal est enfoncé est une bande dessinée particulièrement fine et délicate qui ne cesse de nous toucher et de nous faire réfléchir. Bouleversant.

 

 

millefeuille-Les-rivieres-d.jpgJanssens et Borrini - Les rivières du temps, Tome 2 : Karma (Dupuis)
Karma est un petit diablotin qui a fui les persécutions commises par les anges en terre d’Outrelieu. Réfugié dans le monde des humains au sein du cirque Zombini, il retourne fréquemment dans son ancien univers afin d’y aider les siens. Karma est à la BD ce que les films de Tim Burton sont au cinéma : une initiation au fantastique riche et dense, pleine de trouvailles et aux atmosphères brumeuses à souhait. Les amateurs d’univers gentiment macabres abordables dès l’enfance apprécieront particulièrement.

 

millefeuille-Virginie-la-co.jpgKek - Virginie, une histoire qui sent la colle Cléopâtre (Delcourt)
En CM1, Kek était en classe avec une dénommée Virginie ; c’était son amoureuse, mais elle a déménagé en cours d’année. Devenu adulte, le jeune homme met tout en œuvre pour la retrouver. Mine de rien, sa démarche impressionne, d’autant plus qu’il conte cette aventure en alternant implication extrême et détachement. Nous tenant en haleine et nous plaçant sur un petit nuage durant ses quarante-huit pages, la BD rappellera également à plus d’un des souvenirs liés à la colle mentionnée dans le titre !

 

 

millefeuille-Les-Indegivrab.jpgGorce - Les Indégivrables, Tome 2 (Editions Inzemoon)
Revoici les manchots dont les préoccupations humaines reflètent particulièrement celles de la société française. Il est ainsi question du réchauffement climatique, de la société de consommation, des élections, de précarité, d’injustice… L’humour de Xavier Gorce, acéré ou tendre, volontiers décalé et philosophique, fait mouche. Collant souvent à l’actualité, ces pages la dépassent souvent en nous conduisant vers des préoccupations universelles. Le dessin, vif, minimaliste et expressif, leur donne une saveur particulière.

[19 déc 2007] Bilan : les 6 séries de l’année

serie-californication.jpgCalifornication de Tom Kapinos
Série dont tout le monde parle, Californication est, à juste titre, LA série de l’année. Politiquement incorrecte, drôle, crue, sexy et brillamment écrite, cette première saison en forme de vertige cathodique vaut aussi pour le retour en grâce de David Duchovny. Rangé des soucoupes depuis X-Files, l’acteur se réinvente en personnage misanthrope, queutard et cynique. Vous pensiez avoir fait le tour des séries TV ? Détrompez-vous, icelle emporte tout sur son passage.

serie-dexter.jpgDexter de James Manos Jr
Expert en taches de sang le jour, Dexter (Michael C. Hall de Six Feet Under) se transforme en serial killer qui saigne à blanc les méchants la nuit ; évoluant avec une aisance malsaine sur un fil ténu, méprisant morale et lois. Irréprochable dans son formalisme, la série ne se hasarde pas à faire de son héros un bloc d’inhumanité, ni un monstre trop humain. Une manière intéressante et trouble d’explorer les pulsions du spectateur, le poussant à se confronter à sa complaisance et à sa propre violence.

serie-dr-house.jpgDr House de David Shore
Grégory House est misanthrope, cynique, odieux, infirme, barré et drogué ; ce qui ne l’empêche pas, serment d’Hippocrate oblige, d’aider son prochain. Et de le guérir, car aucune pathologie mystérieuse ne résiste à la pensée en action de ce brillant praticien. Dr House, comme son nom l’indique, est une maison, son cerveau la toiture, son corps les murs d’une charpente branlante les bons jours, ou de sa prison, les mauvais. Dr House n’est pas agréable, chaleureux ou solide, il ne s’appelle pas Dr Home.

serie-desperate.jpgDesperate Housewives de Marc Cherry
Si la banlieue huppée de Wisteria Lane et ses lourds secrets nous avaient tenus en haleine lors d’une première saison en tous points parfaite, la suite des (més)aventures redondantes des femmes au foyer désespérées nous avait laissés sur notre faim. C’était sans compter sur le brio du créateur Marc Cherry qui a su, 23 épisodes durant, redonner du lustre à son show diabolique. Coma, mariage(s), enfant illégitime, suicide, grossesse, adultère, prise d’otages et cancer rythmeront une saison 3 mémorable et déjà culte.

[12 déc 2007] Edito n°210

edito.gifA en croire les « informations » qui l’occultent, le mouvement de la jeunesse étudiante et lycéenne contre la loi « libertés et responsabilités des universités » (LRU) s’est éteint doucement. Et la ministre de l’enseignement supérieur peut se voir décerner par le quotidien Libération le titre de « bonne élève du gouvernement qui a tenu bon ». Pourtant, la réalité est tout autre. Du nord au sud, de nombreux lycées marseillais restent en grève, à l’initiative des élèves, suite à des scrutins en assemblée générale, à main levée ou à bulletin secret. Ceux-là n’ont pas encore acquis le droit de vote que leur donne l’âge de la majorité qu’ils s’expriment démocratiquement, confrontent des points de vue et les mettent en action. De l’élitiste lycée Thiers au populaire lycée Victor Hugo, les profils et les aspirations divergent parfois, les revendications cette fois convergent. Ils s’organisent contre des décisions gouvernementales qu’ils réprouvent, craignant légitimement pour l’avenir de leurs études. Ils ne sont pas seuls, relayés par les étudiants et leurs professeurs pour s’opposer à cette loi qui impose de mauvaises solutions à de véritables difficultés. Le texte de la pétition du collectif Sauvons la recherche avance l’enjeu du débat : « L’enseignement et la connaissance sont importants parce qu’ils définissent ce qui, à travers les siècles, a fait de nous des humains, et non parce qu’ils peuvent améliorer notre compétitivité mondiale. » La jeunesse manifeste ainsi que l’organisation de l’université et de la recherche françaises ne doit pas nécessairement suivre les règles de l’entreprise pour satisfaire les objectifs de production et de transmission des connaissances. Quelles sont les réponses des autorités à ces initiatives citoyennes ? En premier lieu, la répression. Les chefs d’établissement suivent souvent les consignes de leur hiérarchie. Ils font appel à la police pour dégager les accès aux établissements. Et celle-ci ne s’en prive pas. Agents de la paix et brigade anti-criminalité viennent en force pour dissoudre la contestation, rarement la fleur au flashball. En deuxième lieu, la désinformation. La grève est finie, circulez y a rien à voir. La perception de la fin du mouvement vaut plus que la réalité de la contestation. Les étudiants ne s’y trompent pas. Ils ont envahi mardi dernier la rédaction du journal Le Monde « dans le but d’alerter l’opinion publique sur la désinformation voire la non-information des médias à propos de la mobilisation étudiante et lycéenne. » Les journalistes sont-ils derrière le gouvernement et ne relayent pas les mots d’ordre de grève ? Plus grave, est-ce qu’ils ne sont pas informés que la contestation ne s’est pas tue ? Encore pire, prennent-ils le parti de taire ces informations au grand public ? Une fois encore, la responsabilité des médias est mise en cause. Mais c’est plus généralement au sujet du pouvoir de l’information à l’ère de l’Internet et de la « guerre au terrorisme » qu’il convient de s’interroger. Qui plus est après la terrible aventure que vient de vivre un journaliste du Monde la semaine dernière. Spécialiste du milieu du renseignement, Guillaume Dasquié avait révélé dans le quotidien du soir le 17 avril 2007 la teneur de documents classés secret-défense de la DGSE (notre CIA) qui mettaient en évidence qu’elle avait prévenu à plusieurs reprises les Etats-Unis de l’imminence d’un attentat par les airs, longtemps avant la date fatidique du 11 septembre 2001. Qu’avait-il fait là ? Nous informer, répondrons-nous candidement. L’administration française ne l’a pas entendu de cette oreille. Elle a l’habitude de distiller les informations sensibles qu’elle veut voir publiées. Mais dans ce cas, ce journaliste avait trop bien fait son boulot. Il n’avait pas attendu l’autorisation. Mis en garde à vue dans les locaux de la DST (notre FBI), il a été sommé de dénoncer la source de ses infos. Sûr de son bon droit, il leur a rétorqué que la loi le laissait libre, en tant que journaliste, de ne pas la révéler. Il fut alors menacé par un juge d’être placé en détention. Au bout de quarante heures de pression psychologique par des experts, il a craqué. Il fallait voir dimanche sur France 5 l’émotion de cet homme, dégoûté de son métier et de son pays, ne retenant plus ses larmes face à la caméra[1]. Emouvant, et éprouvant, son témoignage répond à nos interrogations. L’information est une chose trop importante pour être laissée au seul bon vouloir des journalistes. Mais si « le pays des droits de l’homme » s’assoit dessus pour empêcher l’information non autorisée, nous serons tous écrasés.

Texte : LP
Illustraion : Damien Boeuf
Notes

[1] Plus de renseignements sur http://www.france5.fr/revuetcorrige/ Voir la vidéo sur http://www.dailymotion.com/video/x3ph2f_journaliste-menace-de-prison-dasqui_news

[12 déc 2007] Promenons-nous dans…

A La Minoterie, le spectacle La lecture, ce vice impuni rompt la relative monotonie d’une représentation et le lien classique scène-salle en nous faisant faire un (dernier ?) tour du propriétaire.

Sans doute l’aurez-vous déjà remarqué, la chronique de théâtre s’intéresse peu au corps du spectateur. Et pourtant ! Ce corps, qu’on laisse parfois passer des plombes, immobile sur des sièges raides ou des strapontins grinçants, révèle que si l’ennui est le pire des maux, il n’en est pas le seul : mal au cul, fourmis dans les jambes, réveil de vieilles douleurs, etc. Alors, pour celui qui se lèverait volontiers d’un bond, bien avant une éventuelle « standing ovation », le spectacle déambulatoire constitue un salutaire remède et La lecture, ce vice impuni, un exemple du genre. Imaginez : dix scènes ou tableaux et presque autant de déplacements. Jamais plus de vingt-cinq minutes au même endroit ! Heureux celui qui aime à se dégourdir les jambes. Le théâtre s’ouvre entièrement au public qui n’est jamais où on l’attend, c’est-à-dire dans les fauteuils de la salle : il déambule, se promène, s’égare. Enfin, la chronique s’égare : le spectateur, quant à lui, découvre au (supposé) hasard de ses déambulations les tableaux écrits par Stéphane Olry et mis en scène par Xavier Marchand. Pratiquant le hold-up ou détournement d’enquête sociologique, ces deux-là ont dressé quelques portraits de lecteur à partir d’un questionnaire portant sur les pratiques de lecture. D’un portrait à l’autre, le travail de restitution n’est pas égal mais quelques perles se détachent, dont un Voleur qui dans l’intimité procurée par une obscurité totale vient comme nous murmurer son texte. Au gré des rencontres, chaque spectateur reconnaît sans doute, amusé, un bout de lui-même ; certains rient peut-être de ce lecteur qu’ils ne sont heureusement pas. Mais, de celui qui vole des phrases par-dessus les épaules ou des livres entiers chez les autres, à celles qui voient en France Loisirs le pourvoyeur d’une extraordinaire et indispensable came (Les dévoreuses), tous partagent une même (pré)occupation : lire. Dans un final quelque peu maladroit (simulacre d’arrestation renvoyant au titre…), Olry et Marchand en font même un acte politique et résistant qu’ils rapprochent de celui qui anime l’équipe de La Minoterie depuis quelques temps (cf Ventilo n° 199). Si le Théâtre de La Joliette finit par s’écrouler, on l’aura désormais entièrement visité…

Texte : Guillaume Jourdan
Photo : S. Olry

La lecture, ce vice impuni était représenté jusqu’au 2/12 à La Minoterie.

[12 déc 2007] I’m Not There - (USA - 2h15) de Todd Haynes avec Cate Blanchett, Christian Bale, Marcus Carl Franklin…

Non mercy

Depuis le début de sa carrière d’auteur « post - moderne - expérimental - et - tendance », Todd Haynes affiche un goût prononcé pour les hommages en forme de collage référentiel. Son parcours passionnant autant qu’irritant est jalonné de très belles réussites (Safe et Loin du Paradis), mais conserve un caractère assez limité sur le long terme. C’est d’ailleurs de cet étalage clinquant et tape-à-l’œil que souffre principalement I’m Not There. On l’a déjà écrit dans ces pages et j’en parlais l’autre jour avec ma mère (qui a dit Henri Seard ?) : trop de figural tue le figural. Capter ne serait-ce qu’un infime éclat de la personnalité protéiforme de Bob Dylan exige sans doute un peu plus qu’un simple dispositif formel, aussi intelligent soit-il. Six corps pour six Dylan et autant d’effets de réflexion, c’est à la fois habile et un poil systémique. Car, dissocier ce qui ne fait qu’un revient fatalement à en extraire l’extraordinaire potentiel esthétique. Et, là où on espérait une déconstruction, Haynes nous accable d’une surproduction de sens, dénuée de profondeur. Dylan, débarrassé de son charme multipolaire, se décline donc avec insignifiance — et beaucoup de didactisme — sur le mode cow-boy 70’s (Gere, fade), protest singer habité (Bale, too much) ou icône électrique (Blanchett, très ressemblante), sans que jamais il n’en ressorte autre chose qu’une vision convenue du corps chantant. Celui-là même auquel Todd Haynes tente justement d’accéder en se livrant aux délices du mensonge fictionnel. C’est peut-être le pire dans I’m Not There : même animé de louables intentions, il continue à nous ennuyer.

Romain Carlioz

[12 déc 2007] Un baiser s’il vous plaît - (France - 1h40) de et avec Emmanuel Mouret, avec Virginie Ledoyen, Julie Gayet, Frédérique Bel…

Jeu t’aime, moi non plus

Avec ce cinquième film, Emmanuel Mouret assume décidément son goût pour la « comédie légère », comme il aime les appeler. Le sujet s’inscrit dans la logique des précédentes pellicules du réalisateur marseillais : les hommes et les femmes. Qui se cherchent, se désirent, se séparent. Partant du postulat de base, un triangle amoureux, femme-amant-mari, Mouret explore à sa manière les rituels du désir en posant la question : un baiser peut-il être sans conséquences ? Il y incarne le meilleur ami de Virginie Ledoyen, une jeune femme rangée. En collier de perles et chemisier boutonné jusqu’au cou, elle lampe du vin rouge avec lui en refaisant le monde gentiment, quand ils ne font pas du jogging. Trottinant ou buvant de concert, leur intimité satisfait tout le monde, jusqu’au jour où Mouret, esseulé, quémande plus. Sa maladresse, tout en œil rond et gaucherie empruntée en veste de tweed, cache mal le désir de palper le mohair de sa meilleure amie. Leur liaison est racontée en voix off, par une jeune femme (Julie Gayet), mariée elle aussi et en voyage d’affaires, à qui un bel inconnu d’un soir demande un baiser. Va-t-elle céder ? Dans une lente mise en abyme, on attend l’action dans des décors qui ressemblent à des appartements témoins, lisses et rangés. De cette bluette sympathique mais pas impérissable, on retiendra surtout une Frédérique Bel décalée et plus blonde que jamais, en hôtesse de l’air maladroite et touchante. Frais et léger pour certains, soporifique pour d’autres : à tenter pour vérifier que l’on aime toujours (ou pas) les dragées couleur pastel.

Bénédicte Jouve

[12 déc 2007] Le petit dicon du cinéma

 

L’homme invisible : le figurant

Figurez-vous que d’après les dictionnaires spécialisés, « le figurant fait partie de la figuration. » Oh génie ! Oh surprise ! La logique ne nous était que trop rarement apparue aussi évidente… Toutefois, à s’y pencher d’un peu plus près, pas trop non plus (attention à la chute !), il est dans ce drôle de métier des subtilités que vous devez ignorer… Oui oui, je vous assure, même vous ; c’est ce que l’on appelle les degrés de figuration. En premier lieu, le degré zéro : la figuration passive, c’est-à-dire ceux dont on peut seulement dire qu’ils sont là, dans le cadre, histoire de donner vie au décor. Point de raillerie, cette aptitude à une telle transparence frôle le génie : que de tact faut-il pour savoir à ce point disparaître, et cela pour 87,5 euros par jour ! Lorsque les figurants apparaissent en groupe, cela forme une masse, terme technique qui désigne tout simplement la foule. Au-dessus de ce sous-prolétariat cinématographique, il y a le figurant qui doit exprimer une émotion, faire une action ou dire un mot précis, voire dans le meilleur des cas une phrase : il fait ce que l’on appelle de la figuration intelligente, enjoliveuse appellation qui confirme qu’il n’y a, au cinéma pas plus qu’ailleurs, point de sot métier. Ne vous y trompez pas, vous avez affaire ici à l’élite du métier, à la crème figurative dont seuls les rares élus peuvent prétendre à être silhouette, sorte d’aristocratie de la figuration où l’on n’a pas de texte à dire (pratique pour les figurants muets), mais un aspect physique qui nous distingue aisément du lot des autres figurants. L’histoire du cinéma recèle, comme ma grand-mère, de mille anecdotes sur ce demi-métier, mais une seule fois au cours du grand siècle, un figurant a osé se révolter contre sa condition en devenant le centre d’un film[1]. Le cliché du tremplin vers de vrais rôles a fatigué toute une génération d’intermittents du spectacle qui ne peuvent qu’au mieux espérer faire table commune avec les comédiens et les techniciens à la cantine où ils ne pourront s’empêcher de faire bonne figure. En définitive, figurant au cinéma, c’est un peu comme ramasseur de balle au tennis : il n’y a que quand on s’ennuie qu’on les voit.

nas/im

 

Notes

[1] L’impayable Peter Sellers dans The Party de Blake Edwards en 1968

[12 déc 2007] Remuer le bassin

Initié par La Cité de la Musique, le projet Cantates des Rives a permis la rencontre de quatre musiciens issus du bassin méditerranéen, dont le concert de lundi clôturait cette heureuse initiative.

Dérive des rives, des côtes qui se meuvent, des musiques qui se mêlent… Quand la Méditerranée devient mère, ses enfants jouent ensemble la même musique. Lundi, 21h, Cité de la Musique. Quatre musiciens entrent en scène. Aux côtés de Manu Théron, leader du groupe vocal marseillais Lo Cor de la Plana, se trouvent trois jeunes instrumentistes : Zied Zouari, violoniste tunisien, Dionysos Papastergios, joueur de luth grec, et Saïd El Maloumi, percussionniste marocain. Après plusieurs mois de résidence dans chacun des quatre pays dont ils sont issus, cette formation musicale semble rodée. Plus qu’un assemblage de traditions musicales hétérogènes, c’est l’identité commune à toutes les musiques du bassin méditerranéen qui ressort ici. Musique occitane, arabe, espagnole ou italienne, il nous est impossible de qualifier ces compositions, de leur attribuer une origine bien précise. Dans cet entrelacs méridional et mélodieux, on apprécie tout particulièrement le jeu subtil de Saïd El Maloumi, dont le touché, aussi sensible qu’efficace, fait des merveilles. Le violoniste Zied Zouari se démarque aussi par une virtuosité qui lui est propre, et les accents presque slaves qui agrémentent son jeu. Seul Dionysos Papastregios, le jeune joueur de luth grec, semble en retrait, même si son jeu rythmique supporte bien l’ensemble. Portés par la voix de Manu Théron, les morceaux deviennent de jolis contes, et l’on reste, malgré la barrière de la langue, suspendu au récit du volubile chanteur marseillais qui achèvera la soirée avec une complainte sicilienne dont le texte et l’intensité dramatique ont dû faire fondre quelques cœurs sensibles. Fin du concert, il est 22h30. Marseille résonne encore de ces Cantates des Rives. Encore d’autres chants, encore d’autres histoires. Vivement l’année prochaine.

Nas/im

La dernière de Cantates des Rives était présentée le 10 décembre à la Cité de la Musique

[12 déc 2007] 5 concerts à la Une n° 210

 

Stereo Total + Hifiklub > le 14 au Cabaret Aléatoire
On commence direct avec le concert de la semaine, comme ça au moins, vous êtes fixés. Peu connus en France, les Stereo Total auraient pourtant mérité ici un succès à la hauteur de leur fantaisie : ce couple (à la scène comme à la ville) installé à Berlin est mené par une Française qui chante tour à tour, dans ses langues d’origine et d’adoption, de petites comptines rigolotes autour de ses thèmes de prédilection (le sexe, la rébellion, la nostalgie). C’est rétro-futuriste à souhait, très synthétique sur disque et plutôt rock sur scène (où ils utilisent guitare et batterie), ils font ça depuis plus de dix ans et ont tourné tout autour du globe. Comme les filles de l’asso In The Garage, qui organisent, font généralement les choses bien, elles ont placé en ouverture les Toulonnais de Hifiklub. Le premier album de ce trio était déjà une révélation (voir Ventilo #199), leur récente prestation à Marsatac en fut une autre. Date de la semaine, bon sang !
Paris Berlin (Disko B/Nocturne) www.stereototal.de

Projet Lafaille > le 14 à l’Intermédiaire
S’ils ne sont certainement pas du genre à se prendre le chou, ces messieurs du Projet Lafaille déboulent quand même avec un concept : « l’orchestre de bal électronique ». Dit comme ça, on a d’emblée envie de les envoyer au fin fond de la Lozère, là où les champs sont verts, et les raves encore d’actu. Oui mais. La formule présentée par ces quelques musiciens (et donc un Dj) a ceci pour elle qu’elle donne un sens nouveau à la notion de… mix, quand bien même il s’agit là d’un concert. Mix des influences, tout d’abord : funk, disco, musiques latines, jungle, jazz, techno… Le cocktail résolument festif qui en découle n’est bien sûr pas le premier du genre, mais l’essentiel est ailleurs : dans le mix des morceaux eux-mêmes, puisque chacune des prestations donnée par le Projet Lafaille est un longue jam, largement basée sur l’impro et l’accueil du public, s’étirant souvent jusqu’à trois ou quatre heures. Bref : un truc de scène.
www.myspace.com/projetlafaille __ Fancy > le 14 à l’Escale St-Michel (Aubagne) et le 15 au Cargo (Arles)__
Fancy, ou les limites de la hype. Un trio parisien qui, avec son premier album, entend profiter de l’action conjuguée du revival rock et de la génération Justice (le retour à « l’image » et le business érigé en valeur culte) avec la suffisance des TTC. Extraits : « On est là pour devenir des stars énormes comme Beethoven, Michael Jackson ou les Beatles » (Rock & Folk) ou « Le plus grand stade où l’on jouera, il n’existe pas encore, il faudra le construire » (Technikart). Quand bien même ce serait du second degré (ce qui est loin d’être le cas), moi je veux bien, mais encore faudrait-il qu’il se vende cet album. Pour l’instant, c’est pas trop ça. Les « kids » n’ont sans doute pas encore compris le potentiel extraordinaire de cet affreux cocktail de glam et de hard-rock FM, servi par une voix de castrat qui donne envie d’acheter un fusil à pompe. Hey, les kids, remuez-vous, il paraît qu’ils déchirent graaave sur scène ! Ils sont cons ces kids.
Kings of the worlds (Exclaim/BMG) http://www.myspace.com/welovefancy

Keny Arkana > le 14 au Dock des Suds
Pour certains des lecteurs de ce journal, qui ont sans doute eu la chance de recevoir une éducation très en phase avec ses aspirations culturelles et donc forcément un peu élitistes, Keny Arkana est cette petite fille des cités qui parle beaucoup mais n’arrive pas à s’extraire des poncifs inhérents au rap : sur fond de boucles qui sortent les violons, elle vous raconte sa douloureuse expérience du (des) ghetto(s), sauf que… c’est nous-mêmes qui la ghettoïsons. Il n’est donc jamais vain de rappeler quelques évidences : 1/ Keny a eu l’intelligence de mettre à profit son passif dans les foyers d’accueil pour s’instruire, et a donc la légitimité pour être le porte-voix d’une immense « minorité silencieuse ». 2/ Keny ne prêche pas contre, mais pour, Keny part pour Porto Alegre mais agit en bas de chez elle, et son collectif La Rage du Peuple a donc un sens. 3/ Keny est une fille, et en rap comme en politique, c’est toujours salutaire.
Entre ciment et belle étoile (Because/Wagram) www.keny-arkana.com

Nuit d’Hiver #5 : Les Blues > à partir du 18 à Montévidéo
La manifestation ayant débuté la semaine dernière « hors les murs », nous avons déjà fait écho de la cinquième édition du festival Nuit d’Hiver (voir Ventilo #209), consacrée cette année aux blues. Mais au-delà du fait qu’elle décloisonne de façon tout à fait transversale, tant sur la forme (des conférences s’ajoutent aux concerts dans les médiathèques de la région) que sur le fond (la « musique du diable » est ici presque envisagée comme un prétexte), les choses sérieuses ne débutent à Montévidéo que la semaine prochaine. Tous les artistes programmés s’y retrouveront : des guitaristes, bien sûr, qu’ils jouent au bottleneck ou sur les résonances, qu’ils privilégient le saz ou le banjo, mais aussi un virtuose du doudouk arménien, un groupe de saxophonistes, des musiciens électroacoustiques. Et d’ores et déjà un temps fort : Abbèbè Feqadé & Eténèsh Wassié, sortes de « ménestrels » éthiopiens (les azmaris) hors du temps.
www.grim-marseille.com

PLX

[12 déc 2007] Tapage Nocturne - Opus Vj #3

Ils sont de plus en plus nombreux à partager l’affiche sur les flyers des soirées. Et il n’est plus un festival d’envergure qui ne leur accorde une large place dans sa programmation. Dans le milieu de la nuit, et plus particulièrement des musiques électroniques, ils se sont imposés naturellement : parce qu’il n’y avait rien à voir (mais là n’a jamais été le but d’une soirée en club), et aussi parce qu’il était inévitable que l’image, à son tour, soit l’objet de manipulations en tous genres. Les Vj’s (vidéo-jockeys) : une nouvelle race d’entertainers ? Pour l’heure, et du fait qu’ils n’aient pas encore investi la sphère du star-system, on parlera plutôt d’électrons libres au service de l’image – et des relations étroites que celle-ci peut entretenir avec la musique. L’association Digital Borax, qui œuvre à la Friche dans le champ de la création cinématographique et numérique, est l’une des rares à proposer en France un événement qui soit entièrement consacré à cette culture émergente. Le traitement de l’image en direct, par la réalisation de « films en temps réel », est devenu au fil des ans sa principale raison d’être, car elle correspond à une demande à l’international qui avance au rythme des nouvelles technologies : plus ça innove, et plus les possibilités de croisement entre les différentes disciplines artistiques explosent. D’où l’importance d’Opus Vj, qui reconduit cette année peu ou prou la mécanique des deux éditions précédentes : une soirée « club » où les Vj’s, enfin, voient leur travail reconnu à sa juste valeur (une dizaine d’écrans géants, des installations), avec en préambule une nécessaire table ronde autour des enjeux de la création numérique, dont celui qui entoure la question des droits d’auteur (en direct et en public avec l’équipe de Radio Grenouille). Côté musique, après Dj Morpheus et Siskid, c’est aujourd’hui Jack de Marseille qui se chargera de fédérer, en tant que tête d’affiche, ceux qu’une telle proposition pourrait laisser de marbre : il est toujours judicieux de croiser les publics, dans un sens comme dans l’autre… Mais la grande nouveauté de cette édition, c’est son ouverture, dès la fin de l’après-midi et en entrée libre, à des performances et autres projections de créations originales, toujours orientées sur la pratique du « temps réel ». On se souvient que l’an dernier, Denis Cartet (Digital Borax) et deux autres Vj’s avaient revisité intégralement THX 1138, le premier long-métrage de George Lucas. Samedi prochain, on pourra voir à l’œuvre le collectif franco-belge V-Atak, regroupement hybride de vidéastes et de musiciens réputés sans concessions (ils sont aussi la veille à l’Embob’…), ou encore les « films sans héros » de Vj Anyone, l’un des pontes du genre (imaginez les Rocky et Taxi Driver amputés de leurs personnages principaux et ramassés sur un format court…). Bref : une vraie proposition, et l’une des dernières avant les fêtes.

PLX

Opus Vj #3, le 15 au Cabaret Aléatoire à partir de 17h (voir infos ci-dessous). Rens. 04 95 04 95 26 www.digitalborax.org

[12 déc 2007] Identité Rermarquable : Alt Attitude

Altitude, le dernier livre d’Alfons Alt, rassemble portraits de famille, animaux et bâtiments photographiés à travers le monde. Un opus « métabiographique » où les textes d’Emmanuel Loi sont couplés aux images.

« Attention, ici c’est un endroit sale », prévient-il en secouant à grands gestes un pinceau plein de colle. Nous sommes dans l’atelier d’Alfons Alt, à la Friche, où il officie depuis 1996. « Le lieu de tous les crimes », précise t-il dans un rire. Un antre qui tient du laboratoire de Frankenstein. Partout, des toiles qui sèchent, des pinceaux, des étagères surchargées de livres, de papiers, de bouteilles ou de pots mystérieux. Il faut enjamber, contourner, faire attention où l’on s’assied. Punaisées sur une porte de placard, des photos de pêcheurs de Karachi et de soldats afghans accroupis voisinent avec une photo de groupe, « un portrait de la famille de mon restaurateur ». Un corbeau empaillé grimace au-dessus de l’établi où il maroufle une œuvre. Allemand descendant d’une famille d’ébénistes, Alfons Alt, installé dans le Sud de la France depuis plus de vingt ans, a beaucoup voyagé. Il photographie en explorant des thèmes qui ramènent inexorablement à faire des allers et retours dans toute l’histoire de l’art. Selon un procédé hérité des débuts de la photographie, il retravaille sur ses clichés à l’aide de pigments enduits de gélatine et de résine. Une méthode élaborée en 1859, le « résinopigmentype » qu’il a simplifiée. La matière et la chair sont évoquées dans leur crudité, au travers de rouges, de bleus, de noirs. Des nébuleuses, des moutonnements apparaissent dans des images jamais nettes : portraits de famille, tauromachie, jungle urbaine ou forêts. Fasciné par les animaux, Alt produit des bestiaires qui le font connaître. Des taureaux, les chevaux de Zingaro sur qui il a fait plusieurs livres, mais aussi léopards, lapins ou animaux marins. « Je ne peux pas m’extraire de cette attraction qu’exercent les animaux sur moi. » Alt emprunte à la mythologie nord-américaine, amérindienne ou celtique, « dont je suis issu. Je suis allemand, mais je revendique un héritage celte. En Bavière d’où je viens, 500 ans avant Jésus-Christ, c’est la grande époque celte. On ne peut pas s’extraire de toute cette culture. Nous sommes des acteurs venus de nos pères. Altitude comme Alt, oui, ce nom me vient de mes pères », martèle t-il. La transmission est une idée récurrente chez Alt. Transmission venue de l’intégration dans une lignée en y inscrivant sa propre histoire, mais aussi de la force issue de la rencontre avec le sujet. « J’utilise des pigments venant du monde entier. Là où j’ai vécu pendant dix ans, dans le Roussillon, il y a beaucoup d’ocre. Je le mélange avec cette résine », dit-il en secouant une petite bouteille, un regard en coin. Méfiance. Il y a de l’alchimiste et du chaman chez cet homme-là.

Texte : Bénédicte Jouve
Photo : Mir Grabe

Exposition-performance le15 à la Poissonnerie. Rens. 04 91 52 96 07
Exposition Gravures du 18/12 au 12/12 à la Galerie Mourlot. Rens. 04 91 90 68 90
Dans les bons bacs : Altitude (Images En Manœuvres Editions)
www.alfons-alt.com

[12 déc 2007] Just do it

Engagé depuis deux ans auprès de la création contemporaine marseillaise, le collectif Buy sellf Art Club profite de cet anniversaire pour réaffirmer sa présence et sa singularité dans le paysage des arts plastiques. La galerie de la rue Consolat présente, à cette occasion, un panorama d’œuvres significatives de leur engagement. Ou le refus de voir l’idée céder face aux contraintes de la réalisation.

Le projet du collectif Buy Sellf Art Club se développe en réaction aux nouvelles contraintes économiques qui orientent souvent les pratiques artistiques actuelles. Face aux besoins matériels et humains qu’un artiste est amené à convoquer pour la réalisation de son œuvre, le projet initial est souvent mis à mal. Il était donc impératif pour Buy Sellf Art Club de faire en sorte que l’artiste continue à maîtriser la production, en se projetant de manière active à l’intérieur de cette économie et afin d’en maîtriser sa participation depuis la conception jusqu’à la réalisation.
Pendant visible de cette activité, l’exposition à la rue Consolat regroupe les œuvres produites de neuf artistes. Convoquant des techniques ou des matériaux industriels qui font parfois s’approcher les œuvres du design, ils prennent une distance non dissimulée avec la fonctionnalité et l’esthétisme des objets, préférant leur mise à l’épreuve. Un principe créatif qui se formalise dans l’œuvre de Wilfried Almendra par la collision, dans un même objet, de deux matériaux antithétiques comme deux fragments de cultures inconciliables finalement associées. Cette tension sensible entre les objets et leur soumission à la volonté de l’artiste peut également être de nature parodique, comme c’est le cas pour Lilian Bourgeat, ou brutale, comme chez Anita Molinero. Refusant la notion d’ordre qui guide généralement nos rapports aux objets, cette dernière leur fait subir les ravages du chaos créatif pour extirper, du matériau même, l’essence de leur beauté : celle du déchet. La pratique d’Anita Molinero qui, tel un mineur extirperait des bas-fonds une nouvelle forme lumineuse et colorée de la beauté, est ainsi représentative de la confrontation de l’artiste avec son idée, son projet artistique et les matériaux employés. Une confrontation dont le corps même de l’artiste est le réceptacle, chez Anita Molinero comme chez Laurent Tixador & Abraham Poincheval.
Les œuvres présentées ici témoignent dans toute leur multiplicité d’une grande cohérence. Elles semblent avoir intégré le principe même qui guide le collectif Buy Sellf Art Club : ne pas soumettre l’idée créatrice aux contraintes extérieures, mais au contraire l’affirmer comme puissance unique et insoumise. Le collectif et les artistes témoignent ainsi, via ces réalisations concrétisées, de l’énergie employée pour ne jamais concevoir l’impossibilité et surtout de l’impérativité d’une lutte volontaire pour les rêves donnés comme impossibles.

Leslie Compan

Group Show. Jusqu’au 26/01 à la galerie Buy-Sellf Art Club (101 rue Consolat, 1er). Rens. 04 91 50 81 22

[12 déc 2007] Brèves 210

Plus qu’une radio, Gazelle (98.0) est devenue, en vingt-sept ans de bons et loyaux services, une véritable institution locale, de par sa diversité culturelle et son action en faveur des différentes communautés représentées à Marseille, auxquelles elle permet de s’exprimer et de s’écouter, de se connaître et de se comprendre. C’est donc avec stupeur et tristesse que l’on a appris la récente décision du CSA de ne pas renouveler son autorisation d’émettre dès février prochain. Du côté de l’association, la résistance s’organise (meeting, pétitions…). Gageons que le CSA saura entendre les voix qui commencent à s’élever pour défendre une radio porteuse de valeurs communes essentielles pour la république et garante de la liberté d’expression et du pluralisme. A suivre… Plus de renseignements sur www.radiogazelle.net

Depuis quatre ans, l’association Débrouill’Art récupère des jouets en bon état, les nettoie et les reconditionne pour les redistribuer aux enfants et familles en difficulté sociale. Sous l’appellation Lutins du Père Noël, l’association mène ainsi différents types d’actions : organisation d’arbres de Noël pour les enfants nécessiteux (avec spectacle, goûter et distribution de cadeaux), ventes sociales en faveur des familles défavorisées (la prochaine aura lieu vendredi et samedi à la MMA Estaque Gare) et collecte de jouets auprès des gens qui ont la chance de fêter Noël dignement. Les Lutins seront ainsi du 15 au 23 décembre dans la galerie marchande de Grand Littoral. Messieurs, dames, à votre bon cœur… Rens. 06 60 21 72 36

C’est à une drôle d’expérience que vous invite Nicolas Gerber mardi prochain (le 18), de 9h30 à 17h30. Avec son nouveau projet La part maudite (inspiré par l’œuvre éponyme de Bataille), l’artiste se propose en effet de se « sacrifier » sur l’autel de l’improductivité, en devenant votre dépense tandis que vous devenez sa croissance. Autrement dit, il accomplira tous les actes inutiles que vous ne pouvez faire vous-même car vous êtes occupés à réaliser quelque chose de plus productif. But du jeu : établir un équilibre entre croissance productive et dépense improductive. « La croissance est invitée à venir à la Friche Belle de Mai le 18 décembre à 17h30 pour la dernière partie. » Vous avez jusqu’au 18 à 7h30 pour envoyer vos propositions à ngerber@wanadoo.fr

Class’euRock 2008, c’est parti ! Pour la dix-huitième année, Aix’Qui ? organise son tremplin musical des bahuts ouverts aux groupes de la région PACA. A la clé, après une année d’encadrement (concerts, stages, enregistrement studio, DVD…), un concert en Europe grâce à des partenariats noués au fil des années depuis 2002. Pour participer, il suffit de répondre aux trois règles d’or édictées par l’association aixoise : au moins un lycéen, collégien ou apprenti dans le groupe, pas de musicien de plus de 23 ans et pas de reprise. Les groupes éligibles sont invités à télécharger une fiche d’inscription sur le site www.classrock.com et de la renvoyer accompagnée d’un support sonore à l’adresse suivante : Aix’Qui ? Ancien chemin du coton rouge – 13100 Aix-en-Provence. Plus de renseignements au 04 42 27 08 75.

[12 déc 2007] The fiery furnaces - Widow city (Thrill Jockey records)

A l’instar d’un certain duo de Detroit, Eleanor et Matthew Friedberger laissent planer le doute sur la nature de leur relation, se présentant, au choix, comme mari et femme ou frère et sœur. On aurait pourtant tort de ne voir en The Fiery Furnaces qu’un simple succédané psyché de la secousse sismique que les White Stripes ont fait subir au rock’n’roll. Puisque dès les premières mesures de The Philadelphia grand jury, l’époustouflant morceau qui ouvre ce cinquième opus, le binôme new-yorkais nous embarque immédiatement pour une très longue traversée en mer (déchaînée). Une fois au large et les amarres bien larguées, la croisière Widow City s’amusera désormais à emboutir tout ce qui passe : prog rock, pop, dub, krautrock, lo-fi, punk, blues et autres icebergs. Boire la tasse n’aura jamais été aussi agréable.

HS

[12 déc 2007] Iliketrains - Elegies to Lessons Learnt (Beggars Banquet)

Un arbre décharné esquissé sur une pochette oscillant entre gris foncé et noir corbeau, des titres suintant le malheur (The deception, We all fall down, Death is the end…), nous voilà prévenus : Iliketrains n’a pas le cœur à la fête. Comme si Low convoquait le fantôme de Ian Curtis, comme si Explosions in The Sky invitait un Nick Cave plus désespéré que jamais à poser sa voix sépulcrale sur des murs de guitares, le quintette de Leeds dessine un paysage (post-)apocalyptique dont le calme apparent ne masque jamais la tempête qui se prépare. Omniprésentes, les guitares ont le bourdon, entre tensions latentes et déferlantes soniques, à l’unisson avec le chant caverneux d’un Dave Martin inconsolable, tandis que cordes et trompettes pleurent discrètement sur quelques-unes de ces onze ballades sinistres, belles à pleurer.

CC

[12 déc 2007] Dirty Projectors - Rise Above (Rough Trade/Beggars)

Les membres de Dirty Projectors font de la musique comme les enfants construisent des cabanes : l’édifice est aéré, la construction bancale, mais le tout respire une fraîcheur et une poésie rares. Leur inspiration semble aussi prolixe que désordonnée, et cela donne au final un disque fourre-tout, que l’on pourrait au mieux qualifier de pop expérimentale. Rise Above rappellera les plus anciens au bon souvenir de David Byrne, et les plus jeunes, eux, trouveront ici une réponse américaine aux expérimentations australes d’Architecture in Helsinki. Cet album, qui est en fait une relecture du premier album de… Black Flag, ressemble à une suite de pirouettes musicales dont l’exécution nous enchante et la succession nous déroute. On perd parfois le fil du récit mais l’essentiel est ailleurs : c’est pour se perdre qu’on se laisse conter les histoires.

nas/im

[12 déc 2007] Imani Coppola - The black & white album (Ipecac/Southern records)

Dix ans après s’être fait connaître avec le single Legend of a cow girl, sur les pas du Loser de Beck, et Chupacabra, un premier album primesautier, Imani Coppola nous revient enfin avec un nouvel opus consistant et sexy. La traversée du désert terminée, c’est donc l’heure du dessert pour l’Afro-Américaine qui vient de retrouver la foi en la personne de Mike Patton. En effet, après l’avoir invitée sur son séminal projet Peeping Tom, l’ex Faith no more en chef a signé la belle sur son label, l’exigeant et défricheur Ipecac, où icelle a eu tout le loisir de pondre un troisième album qui propose la rencontre du double blanc des Beatles, pour ses envolées orchestrales et les expérimentations sonores, et du Black Album de Jay-Z, beats hip-hop déglingués et riffs furieux au programme — des réjouissances.

HS

[12 déc 2007] Headcharger Vs Down

Headcharger - Watch the sun (Customcore/Season of Mist)
Down - Over the under (Roadrunner)

Galette-Headcharger.jpgDown et Headcharger, ou comment décliner ce bon vieux heavy rock graisseux, redneck et nonchalant. Headcharger persiste, sous la forme d’un brûlot à haute teneur en octane (certains disent rock’n’roll !) à la façon des Hellacopters. Loin des envolées de solos, il puise dans son background hardcore (rodé au sein de Doggystyle) une voix rugueuse et une propension à aller à l’essentiel, dans les traces du To ride… d’Entombed : la classe. A l’inverse, Down est plus proche de Black Sabbath. Un tempo lent, un son écrasant, mais un groove implacable (doom ?) : c’est toute la magie de ce « all-star band » formé par des membres de Pantera, Corrosion Of Conformity, Crowbar et EyeHateGod. Mythique, depuis son premier effort en 1995, le groupe confirme avec ce troisième jet que plus c’est long, plus c’est bon !

dB

[12 déc 2007] Suspiria, édition collector 2 DVD - (Italie – 1976) de Dario Argento (Tf1)

dvd-suspiria.jpgNous l’avions déjà souligné dans ces colonnes, l’œuvre de Dario Argento dépasse largement le cadre du film de genre. Gothiques, lyriques, sombres, picturaux, les films du maître italien ont dépassé le cadre de l’influence (Murnau, Bava) pour atteindre un niveau d’expression unique dans le septième art. Hormis Les frissons de l’angoisse, superbement édité par Wild Side, les films d’Argento ont connu une version DVD, sortie chez TF1, absolument désastreuse : films saucissonnés, traductions minables, copies de piètre qualité, etc. Cette version collector de Suspiria, l’un des plus beaux films de l’Italien (avec Ténèbres et Profondo rosso) vient corriger ces erreurs, et proposer enfin une version digne de ce chef d’œuvre, enrichi de nombreux bonus.

EV

[12 déc 2007] Coffret 3 DVD Fernand Deligny - Dont Le moindre geste… (Editions Montparnasse)

dvd-Coffret-Fernand-Deligny.jpgToujours le même refrain : que reste-t-il des précurseurs, de tous ceux et celles qui ont ouvert les voies, inspiré des générations ? Parfois rien, le mérite ne revenant qu’aux suiveurs. C’est le cas de Fernand Deligny, écrivain et pédagogue, mais également cinéaste peu connu, qui a, dans les années 70, créé une autre façon de s’adresser aux jeunes, de répondre à leurs difficultés. Avec Le moindre geste, film réalisé à plusieurs mains, dont Jean-Pierre Daniel, ancien directeur de l’Alhambra à Marseille, Deligny développe son approche de la jeunesse, et ouvre une voie à tous les éducateurs qui suivront, en questionnant la place de l’enfant et de l’adolescent dans la société. Ce coffret très complet vient nous rappeler la force exceptionnelle de ce travail.

EV

[12 déc 2007] Coffret 3 films Nicolas Vannier - Dont L’odyssée blanche… (TF1)

dvd-Nicolas-Vannier-.jpgVoilà une nouvelle fois une collection d’œuvres magnifiques, éditée avec une désinvolture totale. C’est le drame de l’exploitation cinématographique : quand des groupes de médias deviennent distributeurs puis éditeurs, ils sont amenés en grossissant à racheter divers concurrents, et à se retrouver ainsi avec un fond de catalogue des plus intéressants, dont ils se moquent éperdument. Dont acte dans ce coffret des films écolo et extrêmes de Nicolas Vannier, qui n’aura pas la chance de voir le moindre bonus ou autre livret l’accompagner. Nous passerons donc sur ce point pour apprécier la démarche du cinéaste, qui n’a cessé de sensibiliser le grand public sur les enjeux existant autour du grand nord. On y retrouve la fougue aventurière d’un London ou d’un Stevenson.

EV

[12 déc 2007] Les Femmes de Stepford - (USA – 1974) de Bryan Forbes (Paramount)

dvd-Les-Femmes-de-Stepford.jpgLes nostalgiques des années 70 s’accorderont encore une fois à dire qu’il est fort regrettable que l’on n’entrevoie plus la création cinématographique de la manière dont elle est abordée ici. A sa sortie en salle, Les Femmes de Stepford a suscité moult incompréhensions. Il s’agit pourtant bien d’une œuvre profondément féministe, d’une diatribe allégorique et inventive du patriarcat. Stepford, bourgade américaine paisible et bourgeoise, est le fruit de l’imagination d’un homme riche. De jeunes cadres, en couple, viennent s’y installer. Mais d’étranges événements s’y déroulent aussi. On n’en dira pas plus, sinon que cet haletant thriller fantastique n’a pas pris une ride et que l’intensité qu’il dégage réside tant dans son scénario que dans sa facture. La fin, angoissante et pessimiste, confirme la beauté et la nécessité d’un genre aujourd’hui tombé en désuétude.

LV

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