Ventilo n°294
du 22 février au 6 mars
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LIVRES
• David McCandless – Datavision (Robert Laffont, 23 €)
David McCandless propose de nous expliquer, visuels à l’appui, comment, au royaume de l’information, l’image est reine. Chaque couleur, chaque forme peut délivrer un message professionnel ou culturel de manière ludique et plus efficace que les seuls chiffres et textes. Drôle et sérieux à la fois.
• Sven Ortoli et Michel Serres - Tintin au pays des philosophes (Philo Eds, 19,50 €)
Depuis plus de 80 ans, Tintin sert à tout. A se distraire, à réfléchir et même… à philosopher. Pour cette fin d’année, Philosophie Magazine réédite un numéro atypique — devenu introuvable — où de nombreux tintinophiles, épistémologistes, historiens et essayistes dissertent, dans une bonne humeur communicative, sur le célèbre reporter.
• Frederik Peeters - Lupus, l’intégrale (Atrabile, 38 €)
Atrabile a eu l’excellente idée de regrouper, dans un magnifique volume, les quatre épisodes de l’atypique Lupus. Epopée psychologique, SF décalée et anti spectaculaire, cette série n’entre dans aucune case, ne correspond à aucune définition. Peeters livre ici une œuvre très singulière, spatiale et en perpétuel mouvement.
Naoki Urasawa – Pluto, l’Intégrale (Kana, 59 €)
Basé sur une œuvre d’Osamu Tezuka (le père du manga moderne), l’ambitieux Pluto est un thriller palpitant sur l’assassinat de robots aux capacités inouïes, sur fond de questionnements quant aux avancées technologiques. Une réussite graphique et narrative signée Naoki Urasawa, certainement l’un des meilleurs mangakas de son époque.
• Benoît Peeters & Jacques Samson - Chris Ware, la BD réinventée (Impressions nouvelles, 22 €)
Cette première étude en français montre comment et pourquoi le génial Chris Ware a acquis une telle renommée dans le monde graphique. Son œuvre, d’une inventivité exceptionnelle, tord le cou à la BD moderne. Les auteurs s’appliquent, via analyses justes, entretiens et facteurs biographiques, à aiguiller tant le passionné que le néophyte dans cet univers atypique.
• Collection « Nous Les Enfants » (Wartberg Verlag, 12,90 € / livre)
Nés entre 1930 et 1977, les auteurs de cette collection racontent en images et dans un style vivant leur année de naissance. Destinés aux personnes de la même génération, ces albums « nostalgie » sont aussi l’occasion pour tous d’explorer de manière originale une certaine histoire sociale, politique et culturelle.
Game Stories, l’histoire secrète du jeu vidéo (Hors série collector de la revue Trois Couleurs - 6,90 €)
Trois couleurs, admirable magazine gratuit, propose un hors série destiné à accompagner l’exposition Game Story. L’occasion de dévorer quelques dossiers sur l’histoire vidéoludique, ainsi que des articles de fond qui questionnent sa place dans la société. Un ouvrage accessible et hautement intéressant, qui servira d’initiation aux profanes.
Bernard Benoliel & Jean-Baptiste Thoret - Road movie USA (éd. Hoëbeke, 45 €)
Cet ouvrage de référence traite avec talent d’un genre cher à l’Amérique, une sorte de nouveau western : le road movie. Avec force illustrations, les auteurs conduisent le lecteur à travers les classiques du genre, ouvrant la voie à une réflexion sur la route, le mouvement, les paysages américains. A suivre cheveux au vent …
• Sébastien Carletti et Jean-Marc Lainé - Nos années Strange (1970-1996) (Flammarion, 25 €)
Préfacé par l’irrésistible Alexandre Astier, ce bel ouvrage pop et ultra-référencé en forme de super-madeleine nous replonge dans les années Strange, qui permirent la découverte des super-héros de tous poils. Tout en retraçant, avec une riche iconographie et force anecdotes, trente ans d’héroïsme (graphique, cathodique et filmique) en cape et collants. Oui, l’art est niais, l’art est niais.
• Petits soupers entre amis (La Belle Ecriture, 22 €)
Par ici les bonnes soupes ! Au menu de ce livre de cuisine atypique, illustré par de belles photos en noir et blanc : 42 recettes de soupes livrées par autant d’auteurs venus d’horizons très différents (de la styliste au détective, en passant par l’orfèvre), qui expliquent leur choix de manière psychanalytique (sic). Idéal pour se (re)mettre au vert après les fêtes.
• Catalogue d’exposition : Ed Fella Documents (Pyramyd, 33 €)
De sa collection de polaroids de typographies vernaculaires aux croquis et dessins de typos en passant par ses prospectus d’expos, les 250 pages de ce catalogue d’exposition font résonner l’œuvre de ce graphiste, actuellement mis à l’honneur par Fotokino, dont la pratique déborde largement vers l’art. Un beau livre classieux.
• Legs McNeil & Jennifer Osborne - The Other Hollywood, l’histoire du porno par ceux qui l’ont fait (Allia, 29 €)
Voilà le cadeau idéal, en cette période chargée en sapins phalliques et autres boules, pour les (a)mateurs de porno, avec la caution intello de deux journalistes américains qui ont enquêté la fièvre et la probité chevillées au corps sur l’industrie du X. Tout, tout, tout, vous saurez (enfin) tout sur le zizi !
• Charlie Hebdo - Les 1000 unes 1992-2011 (Les Echappés, 39 €)
Toutes les unes de l’hebdo satirique français avec une sélection des meilleures brèves depuis 1992. Audaces, critiques et polémiques qui lui ont valu quelques procès sulfureux et tout récemment un incendie de ses locaux… Un concentré de l’esprit Charlie !
CD / DVD
• Les légendes de l’OM (Coffret DVD - France Télévisions, 19,90 €)
Cette série de dix beaux reportages part à la rencontre d’anciennes gloires du club, bien décidées à nous conter l’histoire de leur vie, pas uniquement sportive, de superbes images d’archives à l’appui. Des portraits tout à tour tellement exaltants ou sensibles que, lorsque les larmes troublent le regard de Skoblar, c’est tout Marseille qui pleure avec lui. Peuchère !
• Jarring Effects 100 (Coffret collector 3 CD ou 3 LP – Jarring Effects, 24,90 € / 36,90 €)
Pour sa centième référence, Jarring Effects a multiplié les rencontres grandioses et les inédits les plus étonnants : 34 titres des plus grands groupes de la scène dub & électro hip-hop actuelle (Ez3kiel, High Tone, Le Peuple de l’herbe, Fumuj…) se côtoient au sein de ce coffret collector incontournable et exceptionnel.
• Coffret Vinyl/CD/BD : Kunamaka - Kunamaka’s Ladies, Deluxe limited Edition (Pyromane Records, 36 €)
Après un premier opus convaincant, les Clermontois récidivent avec ce condensé de heavy rock groovy, mâtiné de piano jazzy, que n’aurait pas renié Mike Patton. Etoile sur le sapin, ce coffret deluxe très alléchant comprend entre autres un double vinyl transparent, une version CD, une carte mp3 et une BD de Nicolas Deschamps et Gerald Jay.
DIVERS
• www.chambresapart.fr
Que faire lorsque l’on ne cherche pas un simple lieu et un prix en France mais aussi une ambiance ou une décoration particulière, une localisation en bord de mer ou à la montagne ? Visiter et se décider pour un hébergement original avec ce site marseillais. A vos claviers, partez.
• Abonnement : Vidéodrome (35 € / an)
Une petite enveloppe spéciale Fêtes, qui permet à son heureux bénéficiaire de louer pendant un an un nombre illimité de films (et de séries) parmi un choix gigantesque de films (et de séries) d’auteurs (+ de 5000 DVD !).
• Abonnement : Vélodrome (entre 730 et 2320 €)
Une grosse enveloppe spéciale Défaites, qui permet à son malheureux bénéficiaire d’assister pendant un an à un nombre limité de matchs pourris et de gags en tout genre (+ de 5000 tirs ratés !)
• Abonnement : Le Ravi (35 € / an)
Parce qu’un santon vaudra toujours mieux que cent boudins et que la presse satirique régionale a plus que jamais besoin de lecteurs, cet abonnement ravira tous les amateurs d’enquêtes fouillées et de dessins au vitriol. Ne soyez plus le ravi de la crèche et faites donc entrer le loup dans la bergerie !
• Kinect (Microsoft, 149 € seul, ou 299 € en pack avec la console Xbox 360)
Le capteur de mouvements pour Xbox 360 a récemment bénéficié d’applications détournées sur PC, mais surtout de l’arrivée de quelques jeux orientés « gamers » : Child of Eden (suite spirituelle du sublime Rez), The Gunstringer (western débridé dans lequel les mains miment les colts), ou encore Forza 4. Un jouet onéreux mais prometteur.
• Posters : posters poétiques de Ian Monk et Dorothée Volut (Contre-Mur, 2 €)
Moins cher et plus original que la déco estampillée suédoise, offrez de la poésie contemporaine à coller sur les murs !
• Michaël Leblond & Frédérique Bertrand - New York en pyjamarama (Rouergue, 15,90 €)
Le premier né de la série Pyjamarama nous emmène à la visite de la ville qui ne dort jamais grâce aux animations de l’ombro-cinéma. A l’aide d’une feuille de calque lignée que l’on déplace, les illustrations de Mickaël Leblond s’animent de page en page, révélant le traffic automobile ou le frémissement des feuilles des arbres. Ludique et magique !

La vitrine de la librairie-galerie à l’acuité jamais démentie nous fait de l’œil en nous proposant une sélection à perte de vue.
25 rue Fontange, 6e. Rens. 04 91 48 29 92 / www.histoiredeloeil.com
Jeu : Junzo Terada - Magical Menagerie (Chronicle books, 24,95 €)
Livre-jeu : Bruno Munari - Piu e meno (Corraini, 40 €)
Beau livre : David Lynch Works on paper (Steidl, 145 €)
DVD : Sarah Moon - Quatre contes (Sceren, 19 €)

Un univers chaleureux et poétique où l’on croise des produits de créateurs à découvrir ou à redécouvrir mêlant l’imprévu et l’utile, le précieux et l’accessoire.
_159 rue Paradis, 6e. Rens. 04 91 94 23 87 / www.mobiledecuriosites.com
• Ming (98 €)
• Perrette (Y’a pas le feu au lac, de 72 à 83 €)
• Coussin Grain de Couleur (Life, 47 €)
• Calendrier Pose Temps (Papier Tigre, 33 €)

Oogie « les bons tuyaux » en connaît un rayon, et même plusieurs : vêtements homme & femme, accessoires, bijoux, corner livres, son et images… Idéal pour vous offrir un Noël inédit et inouï.
55 Cours Julien, 6e. Rens. 04 91 53 10 70 / oogie.eu/
• Lomography: Appareil Diana Série limité (Butter Cup, 89 €)
• Casque Marshall, Major 99€ & Minor 59€
• Le meilleur de Taschen : 1000 Record Covers, 1000 Tattoos, 1000 Chairs… (à partir de 10 €)
• DVD : Dimitri Pailhe et Julien Potart - T-Shirt Stories, Cotton, Arts & Fun (Ex Nihilo, 19,95 €)

Notre bistrot culturel préféré s’est cassé la Waaw pour vous concocter une fin d’année aux petits oignons…
17 Rue Pastoret, 6e. Rens. 04 91 42 16 33 / www.waaw.fr
• Amélie Jacowski - Les cartes de la Fortune de Madame Duberckowski (20 €), pour les joueurs, amateurs de belles images et désespérés de la Française des Jeux
• Serge Morin - Les bons mots d’excuse pour l’automobile (Les Prestigieux Etablissements Frichtre, 10,50 €), un carnet contenant toutes les excuses pour arriver en retard ou se garer n’importe où sans craindre de représailles
• Legs McNeil et Gillian McCain - Please Kill Me, l’histoire non censurée du punk racontée par ses auteurs (Allia, 25 €)
• Waaw les chocolats magiques ! (8/15€)

Le marché de Noël en ligne imaginé par Youshou et Walea nous éclaire et brille par la sélection de la dizaine de sites de créateurs et boutiques du Sud qu’il regroupe.
www.brillante-idee.com
• Trophée Peluche Elan (BIBIB, 61 € - youshou.fr)
• Fauteuil en rotin vintage pour enfants (55 € - baos.fr)
• Famille Goutte « 1950» (59 € - zushop.bigcartel.com)
• Sautoirs crânes, crâne Jonas « Infinite Vanity » (102 € - jonasbowman.com)

Lollipop part en sucette et nous propose ses friandises pour cette fin d’année, à déguster sans modération.
2 Boulevard Théodore Thurner, 6e. Rens. 04 91 81 23 39 / lollipopstore.free.fr
• Phil Spector - The Philles Album Collection (Coffret 7 CD, 49 €)
• Sonic Youth – Dirty Box + Goo Box + Daydream Nation Box (4 LP par box, 39,90 € l’unité)
• Sigur Ros - Inni Coffret (2CD + 2DVD, 32,60 €)
• Johnny Cash - Bootleg vol. 1, 2 et 3 (3 LP par coffret - 39,90 € l’unité)
Brillante idée, le marché de Noël en ligne qui porte bien son nom (voir sélection ci-dessus)
> www.brillante-idee.com
La boutique de Marseille 2013 Off. Les trublions du Off proposent t-shirts (hommes, femmes et enfants), sacs, tabliers de cuisine et taies d’oreillers (pour ne pas oublier que « la culture, ça donne mal à la tête ») aux slogans plus délirants les uns que les autres. Idéal pour fêter la capitale de la merguez avant l’heure !
> www.marseille2013.com/boutique/
La Braderie de la Mode AIDES. L’édition hivernale du rendez-vous des fashion victimes de Marseille réunit les plus grandes marques au profit de la lutte contre le sida.
> Mer 14 et jeu 15/12. Rouge Belle de Mai (47 rue Fortuné Jourdan, 3e). 11h-18h (mercredi jusqu’à 20h). Entrée libre. Rens. www.braderiedelamode.aides.org
Expo-vente solidaire. Petits formats des élèves de l’école d’Arts Plastiques au profit de l’association Etincelle 2000, qui apporte aides et services aux personnes handicapées et de La Maison (centre de soins palliatifs à Gardanne).
> Jusqu’au 16/12. Espace Bontemps (1 boulevard Bontemps, Gardanne). 10h-12h et 14h-19h. Entrée libre. Rens. 04 42 65 77 00
Noël solidaire chez Artisans du Monde. Une ouverture exceptionnelle pour faire vos cadeaux de Noël en douceur, une boisson chaude à la main, et soutenir les petits artisans du monde.
> Dim 18/12. Artisans du Monde (87 boulevard de la Libération, 1er). 13h-18h30. Entrée libre. Rens. 04 91 50 32 18 / www.artisansdumonde.org
Le Train de Noël. La boutique du Train propose une collection d’objets solidaires pour la décoration du sapin, à petits prix (entre 3 et 15 €). Une partie des ventes sera reversée à l’Association Petits Princes, « qui donne vie aux rêves des enfants et adolescents gravement malades. »
> Mer 21/12. Gare St Charles. 10h-18h. Rens. www.xmas.coke.com
Christmas Art Fair. Offrez la crème des artistes locaux (éditions, livres, objets et œuvres récentes) réunis à la foire d’art contemporain organisée par Marseille Expos dans son nouvel espace du Panier.
> Jusqu’au 23/12 à la Galerie HLM – Hors Les Murs (20 rue St Antoine, 2e). Jeu-sam, 15h-19h. Rens. www.marseilleexpos.com
Christmas Crunch. Expo-vente éphémère d’images, d’albums et de catalogues graphiques proposée par l’association Sur la Place.
> Jusqu’au 18/12. Enseigne Ripolin (45 boulevard de la Libération, 1er). Rens. 04 91 54 48 76 / www.surlaplace.fr
Le Mini Market Créateurs de Miopop-up. Pour un Noël arty, la nouvelle galerie-boutique de la rue Saint-Jacques propose une sélection de cadeaux « hors du commun » (pièces uniques, vintage…) exposés sur ses murs, pour faire comme au supermarché — mais en beaucoup plus sympa !
> Jusqu’au 24/12. Miopop-up (15 rue Saint Jacques, 6e). Mer-sam, 14h-18h (sam, apéro- shopping jusqu’à 20h). Rens. 06 72 52 90 25 / http://miopop-up.blogspot.com
Moi - Wellnessboudoir. Ce nouveau concept-store tire tous azimuts (de l’épicerie fine aux cosmétiques en passant par la déco, les massages ou les séances de relooking !), mais organise aussi, pour des achats sans stress, des soirées « Apéro-cadeaux » (les 15 au 22, de 18h à 22h) & des dimanches « Brunch-cadeaux-détente » le 18, de 11h à 16h).
> Moi – Wellnessboudoir (57 rue Edmond Rostand, 6e). Mar-sam, 11h-19h. Rens. 06 67 83 37 44 / www.moi-wellnessboudoir.com
Expo-vente collective de Noël. Les créations de dix peintres et plasticiens pour offrir de l’art, à tous les prix (de 30 à plus de 2 000 €).
> Sam 17 & dim 18/12. Grenier à Sel (2 rue du Rempart Saint Lazare, Avignon). 9h30-17h. Entrée libre. Rens. 04 90 27 09 09 / www.grenierasel.com
Superflux. Deuxième édition du concept store éphémère itinérant : une vingtaine de créateurs locaux (bijoux, textile, déco, design…), mais aussi des expos, des ateliers pour enfants, des concerts et Dj-sets, ainsi que des espaces fooding, pour faire le plein des sens.
> Sam 17 & dim 18/12. Seconde Nature (27B rue du 11 novembre, Aix-en-Provence). Sam 12h-20 et dim 11h-19h. 3 € (gratuit pour les membres 2011/2012). Rens. www.secondenature.org
Les bijoux de Noël de Virginie. La créatrice marseillaise ouvre son atelier pour les Fêtes.
> Atelier de Virginie (5 Place de Rome, 6e). Sur rendez-vous au 06 25 14 67 99. Possibilité de commander en ligne sur http://virginieetc.dawanda.com
Le Noël du Magasin Alternatif. De la mode aux arts de la table en passant par les bijoux, les accessoires ou la déco, la boutique fait la part belle aux créateurs locaux, et propose aussi un « Apéro shopping », le 20 jusqu’à 21h30 avec surprises, performances et avantages à la clé.
> Magasin Alternatif (128 Bd de la Libération, 4e). Lun-sam, 9h-19h30 (sam à partir de 16h). Rens. 04 91 37 78 17 / www.magasin-alternatif.fr
Créateurs sans frontières. La traditionnelle expo-vente du « world concept store » de Saint-Victor propose les créations d’une centaine d’artisans traditionnels des peuples du monde mais aussi celles d’une quinzaine d’artistes et artisans locaux.
> Jusqu’au 7/01. Pangea, Comptoir des Peuples (1 rue de l’Abbaye, 7e). Lun-sam (sf mer), 10h-13h et 14h30-19h et 7j/7 non-stop, 10h-19h, jusqu’au 24/12. Entrée libre. Rens. 04 91 33 64 13 / www.pangea-ethicomundo.com
Le Noël du Magasin de Jouets. L’épicerie d’art arlésienne se transforme en petit marché pour fêter Noël avec ses voisins du Mélilabo, autour des pièces d’une dizaine de créateurs locaux (bijoux, mobilier, déco, accessoires, objets et œuvres d’art…).
> Jusqu’au 24/12. Le Magasin de jouets (19 rue Jouvène, Arles). Mer-dim, 13h30-19h30. Rens. 04 90 43 38 92 / http://lemagasindejouets.fr
Marché de Noël des créateurs de Gardanne. Cet espace artisanal regroupe une dizaine de créateurs (céramistes, mosaïstes, sculpteurs, ferronniers, verriers, artisans horlogers…) pour découvrir leur démarche artistique et un Noël à petits prix.
> Sam 17 et dim 18/12. Tuilerie Bossy (Chemin du Moulin du Fort, Gardanne). Heure NC. Rens. 06 61 18 80 27
Marché des petits créateurs de la Gare. Des créations d’artistes et artisans locaux, à découvrir autour d’un chocolat chaud.
> Dim 21/12. La Gare (105 quai des entreprises – Coustellet, Maubec, 84). 9h-18h. Entrée libre. Rens. 04 90 76 84 38 / www.aveclagare.org

Moi et mon cheveu par la Cie La Part du Pauvre
Du 10 au 18/02 aux Bernardines et du 7 au 9/07 au Gymnase dans le cadre du Festival de Marseille
Reprenant des textes de Marie-Louise Bibish Mumbu, Eva Doumbia plonge dans les racines de l’émancipation féminine noire en décortiquant l’histoire du cheveu crépu. La pièce commence dans les loges où des femmes se tressent en se racontant mille histoires, qui finissent par n’en devenir qu’une. Car sous les tresses ou les perruques se cache une histoire commune, celle d’un peuple, de sa mise en esclavage, de sa colonisation, de son exil. Pour la découvrir, on s’installe alors dans la salle où danses africaines, chants brésiliens, textes et vidéos sont de mèche pour un cabaret capillaire explosif. Femmes noires et métisses, libérez vos cheveux et assumez vos différences !
A sec de François-Michel Pesenti par le Théâtre du Point Aveugle
Du 17 au 24/02 à la Cartonnerie et du 22 au 26/07 aux Bernardines
Sur un plateau presque désert, six hommes et femmes vont construire leurs personnages. Tous dans la force de leur âge, ils ont le regard qui brille, la voix qui clame, le cœur asséché de larmes mais toujours plein de désir, tandis que le nôtre se gonfle d’une émotion devenue trop rare. Tableau vivant sans narration, enfer dantesque où se débattent dans un rythme souterrain des hommes désespérés qui taisent tout autant leurs espoirs qu’ils crient à la gueule de l’autre leur amour solitaire, A sec évoque une histoire de l’humanité faite de fuites et de suites… Une pièce viscérale et aride à la fois, en un mot : vitale.
Cheval d’Antoine Defoort & Halory Goerger
Du 3 au 5/03 au Théâtre du Merlan
En collaboration avec Halory Goerger, le doux dingue bruxellois Antoine Defoort livre une performance délirante en forme de vaste blague. Fait de ficelles, au sens propre comme au figuré, et de « ricochets », s’amusant des concepts qui peuplent les discours de l’art aujourd’hui, le spectacle livre en creux une critique des dispositifs scéniques, et surtout du jargon « interactif » et « multimédia », utilisé à tout bout de champ. Ainsi se déploient des stratagèmes home made et old school, faisant du raté une posture presque revendiquée. Une source naturelle de bonheur bien frais.
Jr (Me, Myself and I) d’Olivier Maltinti par le Collectif Kati Bur
Du 5 au 7/05 au Théâtre de la Minoterie et jusqu’au 17/12 aux Bernardines
Décadent et cynique, politiquement incorrect et jubilatoire, le dernier spectacle d’Olivier Maltinti nous offre les dernières heures d’un capitaliste tout droit sorti de Dallas. Autour d’une simple question — A qui léguer toute sa fortune pour emmerder le maximum de gens ? — Junior dévoile toutes les turpitudes de sa vie très « Sex, drugs and rock’n’roll » dans une mise en scène qui marie intelligemment théâtre et musique. L’excès et les outrances tout comme la déchéance et la rédemption font de cet anti-héros un personnage attachant et cruel qu’on adore détester.
Cucinema par la Cie Laika et le Circo Ripopolo
Du 6 au 9/06 à la Cartonnerie
L’installation par table de six achevée, nous sommes happés par le démarrage d’un film muet à la façon des années 50 ; le spectacle peut enfin commencer… Soudain, les acteurs déchirent l’écran et le service prend vie sous nos yeux, tambour battant. Défilent les plats et des créations aussi inattendues que délicieuses. La cuisine sur deux étages cache d’infinies trouvailles et machines fabuleuses, transformant les aliments bruts en véritable festin pour les sens. Une performance truculente, esthétique et culinaire, que l’on déguste autant avec les papilles qu’avec les yeux.
Le Cid de Jules Massenet
Du 17 au 26/06 à l’Opéra de Marseille
A point nommé pour faire taire de bien malvenues critiques, Le Cid clôturait en beauté la saison lyrique avec Roberto Alagna, et une retransmission dans plus de trente pays. Captées par les caméras de Mezzo et les micros de France Musique, ces représentations étaient attendues avec le frémissement qui précède les grands rendez-vous. L’attente ne fut pas vaine, le duo formé par le ténor et Béatrice Uria-Monzon, au niveau duquel se montra Kimy McLaren en délicieuse infante, remporta brillamment l’adhésion des publics et vient même d’être élu « opéra de l’année » par les abonnés de la chaîne classique.
Le Quai des oubliés par le Théâtre Dromesko
Du 16 au 23/07 dans le cadre du festival Villeneuve en scène
Sous un chapiteau, Igor Dromesko met en scène un « cyclone ferroviaire ». Sur un quai, un violoncelliste débonnaire accompagne les fantaisies de trois voyageurs tandis qu’un cheminot zélé défend une certaine discipline. Paroles vives, ombres et hurlements des trains qui passent rythment les séquences. Les corps se chevauchent et s’insinuent : le dépit se glisse dans un tango jaloux et la tristesse se fond dans la consolation. Vibration, raideur, frénésie : le choc a son langage et le spectateur est saisi. Déplacements cocasses du caméléon, du singe et du paresseux… : le rire est aussi de la partie. L’inventivité de ce théâtre dansé nous fait sentir combien l’humour et la poésie partagent la même parenté.
Parlement (L’Encyclopédie de la parole) de Joris Lacoste
Les 13 et 14/09 à la Criée dans le cadre d’actOral
Attention, immense actrice : Emmanuelle Lafon fait de Parlement, performance satellite du projet Encyclopédie de la Parole de Joris Lacoste, un véritable one woman show… Dans un rythme haletant, elle part en vrille, glissant sans complexe d’un univers à l’autre grâce à un savant montage élaboré entre autres à partir de conversations quotidiennes, de dialogues de films, de spots de pub… Le tout dans une volonté de recenser de façon exhaustive tout ce qui relève de la communication verbale, créant souvent des coïncidences loin de tout hasard et généreuses de polysémie. Un slam archi contemporain et chic, drôle, affûté, plus qu’(im)pertinent.
Festival Préavis de désordre urbain
Du 19 au 24/09 à Marseille
Pour sa cinquième édition, le festival questionne la cartographie urbaine et sociale de Marseille. Durant une semaine, une cinquantaine d’artistes du monde entier envahissent la ville en y insérant des micros territoires d’expériences artistiques. On croise ainsi, au détour d’une rue, une lavandière dans une fontaine, un homme à tête d’œufs, une femme enceinte d’un poisson rouge ou des corps nus entremêlés. Des performances inattendues et déroutantes, loin de la culture formatée et marchande, diffusées directement dans le quotidien. Un festival qui perturbe, interroge et interpelle, où l’art vient à la rencontre du spectateur, et se fond avec le public.
Petit Pierre par la Cie Et Compagnie
Le 15/11 au Théâtre Antoine Vitez/ Aix
Au départ, un dispositif scénique intrigant, fait de plaques en alu dressées sur des tiges entre lesquelles circule une comédienne endossant plusieurs rôles. A l’arrivée, un véritable manège de bric et de broc finalement sophistiqué et des spectateurs sous le charme. Inspiré d’une histoire vraie, Petit Pierre met en parallèle la vie de Pierre Avezard — inventeur et artiste en herbe au physique disgracieux —, ses œuvres et des images d’archive de guerre à l’aide de découpages, de pliages d’objets et de projections. Face au progrès technique, la nature a encore son mot à dire, comprend-t-on. Et c’est tant mieux.
Crédits photos :
Franc?is Blaise
Amicale de production
Philippe Gromelle Orange
Christian Berthelot
Laurent Marro
Yann Marquis
Non Grata
Phile Deprez

Battles - Gloss Drop (Warp)
Devenu trio au départ de Tyondai Braxton, le fer de lance du math rock new-yorkais n’a pas passé l’arme à gauche, loin de là ! Ce troisième album doit beaucoup à ses productions originales, jouant sur le rapport dualiste simple/complexe qui a déjà fait recette par le passé, et permis au groupe d’entrer au panthéon Warp. Voici donc une pépite expérimentale — mais très accessible —, à consonance sucrée et exotique, quasi caribéenne… Et s’il figure dans ce top, c’est naturellement parce qu’il aura parfaitement su intégrer plusieurs niveaux de lectures, formant un tout massif, joyeux et extrêmement cohérent. Beau boulot.
Baxter Dury - Happy Soup (Regal / EMI)
Baxter Dury s’était déjà fendu, par le passé, de deux albums d’une qualité rare, ayant laissé un souvenir tenace à son public. Mais rien ne laissait présager que ce troisième effort, après six années d’absence, puisse s’avérer aussi enthousiasmant. Ces mélodies apaisées, cette décontraction maîtrisée, ce chant qui installe une proximité avec l’auditeur — entre spoken word et chœurs aériens — forment un ensemble de dix pistes délectables. Ne vous fiez pas à la pochette : malgré son air faussement idiot, on embrasserait volontiers l’habile Baxter.
James Ferraro - Far Side Virtual (Hippos in Tanks)
Méconnu du grand public, James Ferraro aura pourtant été l’un des artistes majeurs de ces dernières années pour bon nombre d’internautes en quête de nouvelles esthétiques. Inspiré par les aspects outranciers de la culture pop des années 80/90, il est l’instigateur de la fameuse « pop hypnagogique », composée à partir des sensations perçues au moment où l’on s’endort. Au-delà d’une écoute agréable, cet album en appelle aux confins de nos souvenirs : s’insinuant dans notre inconscient depuis l’enfance, la réalité augmentée nous ouvre en effet les portes de l’étrange. Ce chef d’œuvre en est le principal témoin.
Ford & Lopatin - Channel Pressure (Software)
Au moment où une grande partie de la sphère indie verse dans le lo-fi, le rock, la pop ou l’ambient, Joël Ford (Tigercity) et Daniel Lopatin (Oneohtrix Point Never), anciennement connus sous le pseudonyme Games, créent la surprise avec cette ode aux tubes synth-pop des années 80. Les références — de qualité — sont évidentes : Scritti Politti période 85, YMO… Mais loin du simple revival, ils construisent un pont entre les époques, rendant ainsi tout ce qu’il y a de plus actuel des sonorités jugées passéistes. Cet album est véritablement unique en son genre, hybride et scintillant, définitivement tourné vers le futur.
Girls - Father, Son, Holy Ghost (Turnstile)
A la première écoute, cet album se place dans la ligne droite du premier LP de Girls, paru en 2009 : brut, distillant autant de merveilles qu’il possède de temps morts, en fonction de l’humeur ou du degré d’acceptation de tant d’âpreté de la part de l’auditeur. Pourtant, comme son prédécesseur, s’il ne nous caresse pas toujours dans le sens du poil, ce nouvel opus sait prendre son temps pour nous hypnotiser, jusqu’à nous rendre accro. Lorsqu’arrive la triplette My ma, Vomit et Just a song, quand les frissons nous parcourent l’échine, alors les signes de se trouver pris dans les filets d’un grand disque sont évidents.
Metronomy - The English Riviera (Because)
En mai dernier, nous qualifions cet album de « taillé pour le printemps ». Sept mois plus tard, force est de constater que la dernière fournée des Anglais a passé l’épreuve du temps avec une classe folle. Sa ribambelle de pop songs à la fois bancales et évidentes— dont une bonne moitié font d’ores et déjà figure de classiques du genre — aura en effet accompagné chaque saison d’une année passée à se balader sous le doux soleil du Devonshire. Difficile de se lasser de cet objet aussi insaisissable qu’élégant, idéal sur les dancefloors comme lové sous la couette, et dont la légèreté (apparente) n’a d’égal que la profonde mélancolie.
Connan Mockasin - Forever dolphin love (Because)
Toux ceux qui ont eu la chance de croiser ce dauphin au printemps dernier en sont tout de suite tombés amoureux. Il nous a parlé de sa passion pour Syd Barrett et le psychédélisme anglais, les voyages immobiles de Robert Wyatt, les drogues récréatives et l’eau salée… On parle souvent du chant des sirènes, beaucoup moins du chant des dauphins. Pourtant, ce n’est pas seulement une affaire de sonar, ça va bien plus loin que ça. C’est de l’amour, et puis énormément de sensibilité. Ça nous dépasse.
Panda Bear - Tomboy (Paw Tracks)
Les Beach Boys en snowboard. Tout l’esprit de la Californie insouciante des années 60, le soleil, l’océan, les filles, mais transposé dans les méandres de notre ère technologique, fragmenté en autant de vignettes numériques squattant votre cortex. La filiation est inévitable, et le plus doué de la fratrie Animal Collective n’a nul besoin de ses camarades de jeu pour démultiplier à l’infini sa voix, couplant ses harmonies vocales avec des boucles insidieuses qui créent une pop ultra moderne. Soyons précis : les Beach Boys sur le même snowboard, en mode freestyle, coincés dans le « half-pipe » sans jamais pouvoir en sortir… Endless winter.
Maceo Plex - Life index (Crosstown Rebels)
Choisir un disque « club » pour résumer 2011 : pas une mince affaire. James Blake ? Très chouette, mais pour se coucher. Justice ? Bof. Birdy Nam Nam ? Et mon cul, c’est du cui-cui ? En 2011, ce qui fait danser les kids qui ont du goût, les filles les plus sexy et les quadras en pleine rechute, c’est la house, jamais disparue, toujours underground. Signe des temps : après avoir subi un bon lifting à Berlin, elle se régénère aujourd’hui à la source, dans les Amériques. Et Maceo Plex a juste sorti l’album parfait, de sueur, de sexe et de stupre.
Tahiti 80 - The Past, the Present and the Possible (Human Sounds/Discograph)
Tahiti 80 ou les éternels cocus de la pop française. Cependant que les Versaillais de Phœnix reçoivent depuis dix ans tous les honneurs et enfilent les récompenses par-delà les frontières via des albums surestimés, nos Rouennais chéris, énormes au Japon, continuent leur petit bonhomme de chemin hexagonal dans l’indifférence générale. Une tendance que n’aura pas réussi à inverser ce cinquième opus, le meilleur à ce jour, riche en tubes (Darlin, Gate 33, Easy), plus électronique (Crack up) que jamais, qui force le respect et les portes de ce bilan.

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Emmanuel Carrère
Limonov (P.O.L)
On en attendait pas moins du fils de sa mère, soviétologue experte. Emmanuel Carrère livre le roman journalistique et biographique soigneusement documenté d’un personnage bien réel et toujours vivant. Poète délinquant, dissident branché en URSS, clochard à New York, écrivain sans le sou à Paris, putschiste à Moscou, soldat pro-serbe perdu dans les Balkans, fondateur du Parti national bolchevik, puis militant démocrate anti-Poutine… héros ou salaud ? Chacun jugera en découvrant la vie ambiguë et trépidante du diable Edouard Limonov. Une belle plume, un bon roman d’aventures et l’histoire d’un homme rocambolesque dans l’histoire de l’ancienne et la nouvelle Russie.
Jonathan Coe
La Vie très privée de Mr Sim (Gallimard)
Ou les tribulations d’un loser dépressif au nom de carte à puce qui arpente le Royaume-Uni pour faire la promo d’une brosse à dents « révolutionnaire ». Coe profite des (més)aventures de son anti-héros pour passer au crible le monde occidental et ses avaries — le consumérisme « zombie », le côté « Big Brother » des nouvelles technologies… —, en trempant une nouvelle fois sa plume dans l’acide. Mêlant réalisme et extravagance « à l’anglaise », cette nouvelle satire sociale, à la narration d’une rare fluidité, embarque son lecteur pour un voyage déroutant et captivant, de la première à la dernière page. Un petit bijou !
Jonathan Franzen
Freedom (L’Olivier)
Patty Berglund est-elle la femme idéale ? Pour Walter, son mari, la réponse ne souffre aucun doute : c’est oui. Epouse et mère parfaites, Patty (r)assure et n’est jamais prise en défaut. Mais qu’en pense-t-elle ? En renonçant à Walter, le « mauvais garçon dont elle était amoureuse à la fac et qui se trouve être le meilleur ami de Walter », Patty a peut-être choisi le mauvais garçon, soit le gentil Walter, et commis l’erreur de sa vie… Dix ans après son chef-d’œuvre absolu Les Corrections, Franzen raconte l’histoire de ce trio à base de Walter et capture le climat culturel et politique des USA entre 1970 et 2010 avec une virtuosité hallucinante.
Heather Lewis
Le Règlement (P.O.L.)
Tout se dérègle dès la première page lorsque Lee, quinze ans, est renvoyée de l’internat pour avoir fumé de l’herbe. Plutôt que de retourner dans sa famille, où l’attend un père qui la viole depuis son plus jeune âge, la jeune fille décide d’aller de l’avant et de rejoindre Silas, le propriétaire d’un centre équestre, qui l’a formée à l’équitation. Une écurie où tout le monde baise avec tout le monde, défoncé du matin au soir, jusqu’à la nausée… Heather Lewis dresse ainsi le portrait bouleversant d’une individualité désabusée, désenchantée, résignée au pire, où la seule issue serait le suicide, comme le dernier geste de l’auteur, disparue en 2002.
Philippe Robert
Folk et renouveau – Une balade anglo-saxonne (Le Mot et le reste)
Il serait interminable de vouloir dresser la liste des qualités qui font la pertinence du folk à l’heure actuelle, sous l’ombre tutélaire d’artistes comme Woody Guthrie, rentrés dans la légende au fil de leurs vagabondages. Il serait également interminable de vouloir dresser la liste des références accumulées et intelligemment ordonnées sur papier par l’érudit Philippe Robert, dont on ne peut que vous conseiller l’ensemble de la biographie éditée par Le Mot et le Reste, maison d’édition marseillaise, dont il serait interminable de dresser la liste des bienfaits.
Mais aussi…
Marco Mancassola - La Vie sexuelle des super-héros (Gallimard)
Glenn Taylor - La ballade de Gueule-Tranchée (Grasset)
Pete Dexter - Spooner (L’Olivier)
Paul Auster - Sunset Park (Actes Sud)
Michel Guérin – Philosophie du geste (Actes Sud)
Meltin Ardito – Le Turquetto (Actes Sud)
Carole Martinez – Du domaine des murmures (Gallimard)
Antonia Kerr - Des fleurs pour Zoé (Gallimard)
Philip Roth - Le Rabaissement (Gallimard)
La Planque, 13 ateliers d’artistes… (Parenthèses)
Michéa Jacobi - Le piéton chronique (Parenthèses)
Mick Brown - Phil Spector, le mur du son (Sonatine)
Steve Roden – I Listen to the Wind That Obliterates My Traces: Music in Vernacular Photographs 1880-1955 (Dust-to-Digital)
////////////////////////////////////////// BD /////////////////////////////////////////////////
Nicolas Presl
L’Hydrie (Atrabile)
Fidèle aux types de récits développés dans ses précédents albums, Nicolas Presl signe ici une aventure muette, en noir et blanc, sur deux beaux-frères partis ensemble à la guerre. L’univers se révèle sombre et âpre, reflétant les relations entre les deux soldats qui vont rapidement se détériorer. Presl met également en avant plusieurs éléments qui relèvent de l’affrontement (combats entre cerfs mâles) ou du sacrifice (animaux tués pour communiquer avec les dieux). Ici, tout fait sens et le jeu sur les symboles contribue pleinement à élaborer l’atmosphère étrange et délétère au centre de cet album impressionnant.
Angel de la Calle
Tina Modotti (Vertige Graphic)
Enfin une vraie biographie dans le monde de la BD ! Terminés ici les raccourcis qui dénaturent le propos à tout bout de champ. On sent très vite à quel point Angel de la Calle respecte cette femme exceptionnelle, à la fois mannequin, actrice, photographe et militante révolutionnaire. L’extrême exigence de l’auteur irrigue cette œuvre de haute tenue. En effet, il a mis tout son talent, sa passion et ses tripes dans cette création. Et parler aujourd’hui, en ces temps troublés, d’une figure aussi emblématique, aussi « sociale », n’est pas le fruit du hasard. Il y a une sorte de quête initiatique de la part de l’auteur, une quête essentielle qu’il nous transmet magistralement.
Jean-Claude Denis
Tous à Matha, tome 2 (Futuropolis)
Où l’on retrouve le jeune Antoine, sa bande de pot(ach)es et sa belle, Christelle, en vacances sur l’île d’Oléron à la fin des années 60. Le premier tome nous plongeait dans la vie quotidienne de ces jeunes gens avant de nous embarquer avec eux en vacances, posant ainsi plusieurs lieux et ambiances. Ici, nous suivons le déroulement des vacances au jour le jour. Le récit paraît plus linéaire, mais les éléments marquants sont à chercher en creux, dans les non-dits, les rendez-vous manqués… Cela accepté, cet album s’ouvre au lecteur, se révélant davantage luxuriant et fort touchant. Un très bel hommage aux émois adolescents dans la France des sixties.
James Sturm
America (Delcourt)
La dernière histoire de cet ouvrage avait initialement été éditée par feu les éditions BD du Seuil. Delcourt, toujours par l’intermédiaire de Vincent Bernière, réédite et complète en incorporant à America deux autres nouvelles graphiques de James Sturm, remarquable auteur indépendant. L’idée tient bien la route, le regroupement est cohérent. Cette « trilogie » narrative américaine, axée sur les fondements en péril d’une nation mixte, aborde de façon subtile des sujets sensibles tels que le puritanisme (The Revival), la foi matérielle (Hundreds of Feet Below Ground) ou encore les violences et les sectarismes de toutes sortes (Le Swing du Golem).
Anouk Ricard
Coucous Bouzon (Gallimard)
Les premières pages annoncent la couleur : le personnage principal est tombé dans une usine de dingues. Si les situations comme les dialogues s’avèrent délirants, la vision du monde du travail que donne Anouk Ricard n’est pas si éloignée de certaines réalités quotidiennes. Ici, nous ne sommes jamais au bout de nos surprises et une action ou une situation surprenantes en cachent d’autres, encore plus folles. De fait, lorsque le récit s’aventure du côté du polar, il s’étoffe sans perdre son énergie, son humour et son sens aiguisé de l’absurde. Anouk Ricard construit au fil des albums une œuvre à part entière, véritablement personnelle et de grande qualité.
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Mais aussi…
Thomas Cadène et collectifs - Les autres gens, tome 1 (Dupuis)
Pedrosa - Portugal (Dupuis)
Chaemin - Junk Love (Casterman)
Valérian vu par… Manu Larcenet - L’armure du Jakolass (Dargaud)
Marc-Antoine Mathieu - 3 Secondes (Delcourt)
Takashi Murakami - Le Chien Gardien d’étoiles (Sarbacane)
Cyril Bonin - Chambre Obscure 1 et 2 (Dargaud)
Appollo et Oiry - Une vie sans Barjot (Futuropolis)
Fred Bernard - Ursula vers l’amour et au-delà (Delcourt)
Daniel Goossens - Sacré comique (Fluide Glacial)
Hugues Micol - Le chien dans la vallée de Chambara (Futuropolis)
Pascal Matthey - Du shimmy dans la vision(L’employé du Moi)
Yoon-sun Park - Sous l’eau, l’obscurité (Sarbacane)

Pascal Navarro - Boîte n°5 : Chambre d’écho
Du 4 au 28/02 à l’Espace Culture
Une installation toute en subtilité et délicatesse. Le geste de l’artiste, sobre, minimal, emprunte à Annie Ernaux des phrases extraites de son livre Les années, dans lequel elle tente de fixer pour l’éternité ce qui disparaîtra. En résonance avec l’intime de Pascal Navarro, les mots de l’écrivaine viennent aussi se nicher dans notre propre intimité (nos souvenirs, nos images), avant de disparaître lentement, libérés de la phosphorescence dans laquelle ils étaient baignés. En entrant dans la Chambre d’échos, le visiteur plonge dans un « avant », aidé par le son du projecteur diapo, pour un voyage dans le temps à la fois nostalgique et heureux.
RIAM08 : Olivier Ratsi, Frédéric Joseph Sanchez et Jean-Baptiste Ganne
Du 4 au 19/02 à la galerie Seize, à Où et à Vidéochroniques
Centrée cette année sur la dimension performative de l’art, la programmation visuelle des RIAM nous a donné l’occasion d’expérimenter de diverses façons la participation de l’art à une reconfiguration réelle et symbolique de l’espace social. Les trois artistes présentés ont affirmé leurs modes de création comme autant de modalités d’action : fragmenter et transformer les architectures urbaines avec les photos d’Olivier Ratsi ; faire vivre les images et les objets comme traces et vecteurs d’échanges humains avec Frédéric Joseph Sanchez ; multiplier les prises sur la réalité sociale et politique par une économie de moyens avec Jean-Baptiste Ganne.
Vincent Beaume et Claire Ruffin - L’Insomnante
Du 11/02 au 8/04/2011 à La Baleine qui dit « Vagues »
D’abord, le lit s’est forgé une place entre un photographe, globe oculaire trotteur, et une auteure comédienne. Puis, au gré des nombreux paysages traversés par cette équipe, une série de clichés aussi poétiques qu’incongrus s’est lovée sur papier. Sous des bogues, enneigée, en ville ou au bord de la falaise, la silhouette endormie se décline comme un cycle d’insomnies enfantant ses gestations. Parallèlement, des invités de tous âges sont venus poser leurs grains de sommeil sur l’oreiller et de textes en atelier d’écriture. Au final, une démarche qui délie les talents par impressions superposées dans la chambre d’un imaginaire partagé.
Caroline Duchatelet – Trois Films
Du 9/04 au 16/07 à la Compagnie
L’instant de grâce de 2011. Une scénographie minimale et pour cause, pas la peine d’en rajouter : les images de Caroline Duchatelet suffisent à embarquer le spectateur dans un autre rythme, vers un autre temps. On suit d’abord du regard les nuages qui passent (à l’envers ou à l’endroit ?, se demande-t-on) au-dessus d’une montagne… Juste ça… Juste comme ça… Et puis l’on pénètre dans un cube noir dans lequel l’artiste nous enferme. Et là, lentement, on distingue l’image. Une image qu’on a gardée en rentrant chez soi, le soir en s’endormant et qui ne nous avait pas quittés le lendemain matin. Une image, des images, d’une poésie folle, qui ne nous quitteraient plus…
Caroline le Méhauté – Cocotrope (Printemps de l’Art Contemporain)
Du 12/05 au 23/07 à la galerie du Château de Servières
Fraîchement diplômée des Beaux-Arts de Marseille, Caroline Le Méhauté avait déjà marqué les esprits l’an passé avec son mur monumental sorti de terre au Festival des Arts éphémères. Et ce solo show, proposé dans le cadre du PAC, en a bluffé plus d’un ! Ses sculptures, formes biomorphiques de tourbe de coco, prennent possession de l’espace avec une assurance digne des plus grands, mettant à l’épreuve nos perceptions et nos sensations aussi bien que l’environnement. L’artiste rompt ici avec les poncifs de l’insupportable « Woman art », assumant avant tout un travail de la matière et des proportions qui sont les préoccupations des grands sculpteurs.
Berdaguer & Péjus (Printemps de l’Art Contemporain)
Du 12/05 au 15/07 à la galerieofmarseille
La scène artistique internationale se les arrache, mais la cité phocéenne semble les avoir oubliés. Pourtant, l’univers des deux Marseillais fascine quiconque se décide à y plonger. L’exposition rue de Chevalier Roze nous invite à entrer dans l’esprit tortueux d’Houdini, fil conducteur scénographique entre les différentes œuvres de Berdaguer et Péjus, qui explorent et mettent en résonance nos architectures psychiques et physiques, à l’instar de la Bulle de confiance diffusant de l’ocytocine ou de la vidéo Time Zone, référence explicite à la spirale Getty de Robert Smithon. D’où la question : à quand une rétrospective consacrée à notre duo d’artistes préféré ?
Collection Planque, l’exemple de Cézanne
Du 11/06 au 6/11 au Musée Granet (Aix-en-Provence)
Ou la possibilité de voir, comprendre et partager l’audace, la vision et l’intuition du grand collectionneur suisse Jean Planque, ami de Picasso et Debuffet. Forte de 120 pièces prêtées pour quinze ans au musée aixois, l’exposition dénombre seize Picasso, quinze Dubuffet et des ensembles exceptionnels de Rouault ou Bissière, mais aussi une œuvre et quelques esquisses de Jean Planque lui-même. Elle reflète ainsi les accents de cette collection exigeante et sans concessions, faite d’opportunités, de rencontres et de coups de cœur. Ici, tout se répond avec humanité et chaque tableau raconte une histoire, notamment celle d’un regard, d’une sensibilité.
Alias Ipin - Du goudron et des plumes
Du 29/09 au 19/10 à la galerie Andiamo
La démarche protéiforme (peinture, volume, sérigraphie, vidéo…) de Germain Prévost — Alias Ipin — consiste à clouer le bec à ceux pour qui les artistes issus du street art n’ont pas de suite sur les murs de leurs idées. Un parti pris autant humoristique qu’onirique : avec une maturité aux références foisonnantes, l’artiste déploie des ailes d’ingéniosité pour flanquer ses plumes sur le goudron de nos déboires. Par le biais d’assemblages judicieux et d’images « ipinales », il « taxidermise » l’attrait anxiogène pour l’effroi en désossant les peurs et met sous cloche le rêve brisé d’Icare pour approcher la face cachée de la boule qui s’est logée dans nos ventres.
Les Instants Vidéo
Du 4 au 13/11 à Marseille, en PACA et ailleurs…
En plaçant au cœur de sa programmation le dialogue entre révolutions poétiques, esthétiques et politiques, le festival international protéiforme nous a fait découvrir des installations vidéo saisissantes comme Terres arbitraires de Nicolas Clauss ou Men on Fire de Dominik Barbier, des performances détonantes comme Ma vie, mon œuvre, mes bugs de Michel Jaffrennou, ainsi que d’innombrables vidéos percutantes… Autant d’œuvres qui nous permettent de ressentir, d’expérimenter et de penser ensemble les rythmes du monde et ceux de la création artistique actuelle. A l’image de la manifestation : atypique et précieuse.
La Trocade
Du 24 au 26/11 à la rue de la République
2 049 trocs proposés aux 85 artistes présents, plus de 3 000 visiteurs en trois jours et une presse emballée (à juste titre)… Au-delà de ces chiffres témoignant du succès public et critique de la manifestation, l’initiative originale portée par Marseille 2013 et Mouv’Art aura été une réussite à bien des égards. Non contents d’accroître leur assise au sein de la vie culturelle locale, les activistes du Off ont su rendre l’art véritablement accessible à tous, ne serait-ce qu’un petit week-end, permettant la (re)découverte de talents locaux et offrant de belles tranches de rigolade à ses visiteurs/futurs collectionneurs potentiels.
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Mais aussi…
Raoul Marek - Vivre ou mourir à la GalerieofMarseille
Driss Aroussi - En chantier aux Archives et Bibliothèque départementales Gaston Defferre
Christophe Boursault - Peintre Patent Paré à la Galerie Porte-Avion
Tristan Favre au Musée Grobet-Labadié
Dominique Castell - El jardin del amor à la Tangente
Medhi meddaci – Ce qui est perdu… à la galerie HLM

Deep End (Royaume-Uni/Allemagne) de Jerzy Skolimowski (Carlotta)
C’était l’Arlésienne en matière d’édition ! Le plus beau film de Jerzy Skolimowski, lui-même cinéaste de génie trop peu cité, bénéficie d’une double sortie, par les bons soins de Carlotta : copie neuve en salles, film restauré en DVD, enrichi d’excellents bonus. Deep End nous plonge dans l’Angleterre pop art de la fin des 60’s, et offre l’un des plus beaux portraits au cinéma de l’adolescence, où un jeune homme un peu gauche, embauché dans un bain public, se retrouve confronté à un champ des possibles féminins. Il se dégage du film une atmosphère embuée, où l’intelligence du rythme le dispute à la qualité des plans : sublime !
Coffret Andrei Tarkovski – 8DVD - 3 courts et 7 longs-métrages (Potemkine)
Nous avons régulièrement vanté dans ces colonnes le travail de Potemkine, maison indépendante inspirée, à la ligne éditoriale exigeante. En cadeau de fin d’année, l’équipe nous gratifie ni plus ni moins d’une (quasi) intégrale de l’immense Andreï Tarkovski, où se côtoient ses plus grands chefs-d’œuvre, d’Andréï Roublev à Stalker, en passant par Solaris, Le Miroir ou Nosthalgia. Ce coffret incontournable est complété par un DVD bonus d’une richesse folle : de nombreux entretiens du maître, trois films d’études, le documentaire rarissime Tempo di Viaggio, tourné lors des repérages de Nosthalgia, ou un travail jusque-là inédit : Meeting Andréï Tarkovski.
Dexter, saison 5 - Série (Etats-Unis) de James Manos Jr. (Paramount)
Après l’ahurissante dernière scène de la saison 4, qui bouclait la boucle sanguinolente et aurait pu constituer la fin de la série, le cru 2010 était attendu avec autant d’excitation que de fébrilité, posant ces deux questions cruciales : comment notre expert sanguin/tueur en série allait-il surmonter la mort de (chut !) et surtout conserver sa double identité secrète, avec autant de flics à ses trousses, dont sa sœur pas très fute-fute ou dans le déni ? Si la première question est assez bien traitée avec la venue d’un nouveau personnage féminin (Lumen/Julia Stiles), la seconde nous apporte son lot de réponses abracadabrantes. Mais qu’importe le flacon…
Sons of Anarchy, saison 3 (Etats-Unis) de Kurt Sutter (20th Century Fox)
Arrêtez de croire ce qu’on vous dit : la meilleure série actuelle n’est ni Mad Men, ni Breaking Bad, mais bel et bien Sons of Anarchy, le « bébé » de Kurt Sutter à base de motards qui n’ont besoin de personne en Harley-Davidson©. Créée en 2008 sur les cendres de The Shield, show auquel le créateur avait grandement participé après avoir fait ses classes chez Les Soprano, SOA n’est pas qu’une série sur les bikers qui jouent aux cow-boys et aux Indiens avec les gangs rivaux. Il y est aussi question de faire cohabiter violence des situations et délicatesse des enjeux, mythologie de l’Amérique et nœuds furieusement shakespeariens. Magistral !
Coffret Youssef Chahine (4 DVD + 1 livret) 4 films inédits : Gare centrale + La Terre + Le Moineau + Le Retour de l’enfant prodigue (Pyramide)
Pyramide a connu cette année une activité dense, dont le point d’orgue est la sortie de quatre œuvres rares et sublimes du cinéaste égyptien. Ce coffret vient rappeler la vitalité du réalisateur et sa propension à développer un large panel de personnages, souvent issus du prolétariat égyptien. C’est avec bonheur qu’on y retrouve Gare centrale, sans doute le plus beau film de Chahine, qui lui ouvrit les portes d’une notoriété internationale, ainsi qu’une large présence dans les plus grands festivals de la planète. Ces quatre films tournés entre 1958 et 1976 témoignent de l’intelligence du regard vis-à-vis des gens simples qui fondent la société égyptienne.
Taking off (Etas-Unis) de Milos Forman (Carlotta)
Une fois de plus à l’honneur, Carlotta ressort le premier film américain de Milos Forman, qui en ce début des 70’s, décide de quitter sa Tchécoslovaquie natale pour se frotter aux grands studios hollywoodiens. Il choisit pour ce premier opus de se pencher sur le phénomène hippie, qui secoue alors toute la société américaine, mais vu du côté des parents. Un axe qui lui permet une peinture sans concession du pays fraîchement rejoint, saupoudrant son récit d’un humour et d’un cynisme assumé, sachant que le mouvement même des Flower Power n’avait que très peu d’intérêt à ses yeux. Le résultat est un film hybride, intelligent et espiègle, rattaché encore à sa jeune carrière tchèque.
Cochon qui s’en dédit (France) de Jean-Louis Le Tacon (Editions Montparnasse)
Soulignons ici le travail des Editions Montparnasse, qui continuent d’enrichir leur catalogue des plus grands documentaires. Ainsi de ce film peu connu mais éblouissant de Jean-Louis Le Tacon, parti filmer au milieu des 70’s un élevage de porcs au cœur de sa Bretagne natale. Elève de Jean Rouch, l’apprenti cinéaste signe une œuvre troublante et protéiforme où se mêlent l’héritage du cinéma direct, les références (Pasolini) et les expérimentations visuelles. Avec, en filigrane, un portrait de l’exploitation agricole qui connaissait dans cette région les prémisses de l’industrialisation et de la surproduction, pour arriver aux résultats catastrophiques que l’on constate aujourd’hui.
Cinéma Hors Capital(e) (France - Les édition communes / Film Flamme)
Marseille est dotée d’un laboratoire cinématographique unique en France : le Polygone Etoilé. La structure s’est dotée depuis peu d’une activité d’édition, incluant livre et DVD, un grand soin étant apporté à la réalisation. Pour ses deux premiers titres, le Polygone a opté pour deux cinéastes de l’équipe, qui participent grandement à faire vivre le lieu : Jean-François Neplaz (avec La Remontée du temps), et Aaron Sievers (Flacky & Camarades). Chaque édition est complétée d’un ensemble de textes sur les œuvres, la création, l’acte de filmer en liberté, aujourd’hui, dans un carcan économique castrateur. A découvrir sans tarder !
Filmer le monde - Festival Jean Rouch (France - Editions Montparnasse)
Jean Rouch est connu pour son œuvre documentaire exceptionnelle, construisant les bases d’un style dont l’influence est omniprésente aujourd’hui. Il est aussi le créateur d’un festival, l’un des plus dynamiques en France, permettant la diffusion d’œuvres centrées sur une observation vivante du monde, dépassant le cadre de l’ethnologie. Les éditions Montparnasse proposent ici, en dix DVD, de présenter une somme importante de films, tous primés lors de la manifestation. Cette vision kaléidoscopique de la planète et de ses habitants, outre la diversité de leurs langages cinématographiques, permettent une vision du monde à nulle autre pareille.
Je suis curieuse, édition bleue (Suède) de Vilgot Sjöman (Malavida)
L’érotisme et la pornographie au cinéma sont quasiment nés dans les pays nordiques, aux avant-postes de la libération sexuelle dès les 60’s. La Suède a notamment été l’un des premiers pays à légiférer sur la question, permettant au grand public d’avoir accès aux œuvres porno. Bien que considéré comme l’un des films ayant allumé la mèche, Je suis curieuse, malgré des scènes plutôt crues, ne ferait plus scandale aujourd’hui. Ce qui saisit ici, c’est le rapport direct qui existait dans les 60’s entre l’expression libre de son corps et de sa sexualité, et l’engagement politique qui y était rattaché, le sexe se mêlant aux discussions enflammées sur tous les sujets de société.

Batman : Arkham City
(Warner Bros Interactive / Xbox 360, PS3, PC)
En 2009, les joueurs découvraient un Arkham Asylum d’une noirceur et d’un degré d’immersion immenses, aux niveaux technique et ludique incroyables pour un jeune studio de développement. Batman héritait d’un jeu digne de son image de super-héros sombre, rivalisant sans peine avec le Dark Knight de Christopher Nolan. Rocksteady réussit l’exploit de proposer une suite prodigieuse, et encore plus riche, l’univers restreint de l’asile cédant le pas à la ville d’Arkham. L’infiltration et les gadgets sont toujours de mise, la cité offrant désormais ses bâtiments, ses hauteurs et ses ruelles aux plus explorateurs, qui alterneront entre quête principale et missions secondaires, variées et nombreuses.
Dark Souls
(Namco Bandai Games / Xbox 360, PS3)
From Software nous livre ici son dernier bébé, qui s’inscrit dans la lignée du remarqué et impitoyable Demon’s Souls. Cette fois-ci, la mort rôdera dans tous les recoins d’un monde ouvert. Varié, ingénieux, beau, recelant de créatures terribles, de boss monstrueux (quoique moins impressionnants que par le passé) et de pièges plus vicieux les uns que les autres, il met tout en œuvre pour empêcher le joueur d’atteindre son but. Laisserez-vous un jeu vous botter les fesses ? Ce n’est qu’une affaire d’orgueil, mais il vous faudra vous accrocher, persévérer, encore et toujours, trépasser des dizaines, des centaines de fois, jusqu’à connaître les lieux par cœur, comme une poésie à réciter.
Gears of War 3
(Microsoft Game Studios / Xbox 360)
Les Gears of War auront donné ses lettres de noblesse à la Xbox 360 auprès des gamers assidus et porté aux nues un moteur 3D, l’Unreal Engine 3. Ce nouveau volet est toujours un jeu de tir à la troisième personne, dans lequel quelques humains tentent de repousser une invasion d’extraterrestres aux doux noms de Locustes et Lambents. Sanguinolent et nerveux, il est la synthèse parfaite de la série, et clôt en beauté une trilogie qui, dans la veine d’un Resident Evil 4, aura marqué le genre par son dynamisme. Encore plus beau (et enfin coloré !) que ses prédécesseurs, cet ultime volet se targue même de proposer un mode multi ouvert à quatre joueurs. Radicalement efficace, bougrement jouissif.
Rayman Origins
(Ubi Soft / Xbox 360, PS3, Wii)
Tourner le dos à un titre aussi immense que Rayman Origins relève du crime. Fort d’un moteur maison permettant de donner vie aux créations les plus folles de ses artistes, il est un chef-d’œuvre de plates-formes en 2D, et probablement le plus beau représentant que le genre ait jamais connu. Admirablement coloré, d’une très grande finesse, il propose une animation d’une fluidité confondante, et un niveau de détails inouïs. De plus, dans sa grande mansuétude, il permet aux joueurs de se regrouper à quatre autour de la même machine, afin de parcourir ses nombreux mondes, vivants et vivifiants. Michel Ancel, son créateur, a su se montrer digne de son titre de Chevalier des Arts et des Lettres.
The Elder Scrolls V : Skyrim
(Bethesda Softworks / Xbox 360, PS3, PC)
Plus de cinq ans après Oblivion, la grande aventure revient à point nommé pour l’hiver avec un Skyrim glacial se déroulant en terres nordiques. L’univers se révèle beau, cohérent et mature, bien que ses villes soient plus modestes que jadis. Adrien apprécie les centaines de quêtes et heures de jeu, bien que trop courtes à ses yeux, et peste devant une IA en régression. Néanmoins, il salue un souci du détail flagrant et un système qui met en exergue l’accessibilité. Sébastien, pour sa part, se régale de la multiplicité de quêtes à accomplir et de lieux à visiter, épaté par la richesse du monde magnifique et vivant. Quand les dragons, grands ennemis de ce volet, l’impressionnent toujours.
The Legend of Zelda : Skyward Sword
(Nintendo / Wii)
A bout de souffle, la Wii réalise un ultime tour de force en nous offrant l’un des meilleurs The Legend of Zelda de l’histoire. Donner des coups d’épée grâce à la Wiimote permet d’incarner réellement ce cher Link, volant une fois encore au secours de sa belle. Divisé en deux zones distinctes, la Terre et le Ciel, l’univers de Skyward Sword, impressionnant de diversité, pousse sans cesse à l’exploration. De nombreux nouveaux objets viennent aider notre héros dans sa quête, quand des boss dantesques se dressent sur son passage. Grâce à un scénario sans temps mort, des donjons épiques et quelques énigmes retorses, cet énième opus se doit de figurer dans toute ludothèque qui se respecte.

Black Swan (Etats-Unis – 1h43) de Darren Aronofsky
Longtemps perçu comme un réalisateur atypique et pas bankable, un peu arty (?, Requiem for a Dream) ou drôle à l’insu de son plein gré (The Fountain), Aronofsky a depuis redressé la barre. Via The Wrestler, dans un premier temps, qui racontait le combat de trop d’un catcheur et, en creux, les dégâts de la chirurgie esthétique de Rourke, et Black Swan, cette année, son sommet (provisoire). Si ce petit bijou noir traite le même sujet que The Wrestler, la passion destructrice, il s’accomplit dans sa version psychotique et hystérisée, où le réalisme laisse place au fantastique, outrancier, baroque, dans la lignée des films de Polanski ou De Palma.
Drive (Etats-Unis – 1h40) de Nicolas Winding Refn
Petit ami d’Eva Mendes, fraîchement élu l’homme le plus sexy de la planète, accessoirement leader du groupe pop Dead Man’s Bones, Ryan Gosling aura également marqué l’année en illuminant les trois films dans lesquels il a joué, Blue Valentine, Crazy, Stupid, Love et Drive, qui nous aura scotchés au plus haut point. Véritable choc esthétique et leçon de mise en scène (récompensée à Cannes), Drive dresse aussi le sublime portrait de l’anti-héros contemporain, flottant et fonceur, incertain et sentimental, de Vic Mackey à Jason Bourne, de Jack Bauer à Dom Cobb. Un chef-d’œuvre de plus à mettre l’actif du réalisateur de Valhalla Rising…
Hors Satan (France – 1h49) de Bruno Dumont
Le cinéma de Bruno Dumont atteint film après film une forme plus approfondie encore de transfiguration visuelle, cherchant à éliminer le moindre espace de langage superflu, jusqu’à parvenir au dénuement le plus total. A l’instar d’Hadewijch, il se dégage de ce dernier opus une puissance mystique, sans qu’il y ait pourtant la moindre trace de religiosité. Les errements des personnages, dans ce paysage morne du nord de la France, se passent tellement de commentaires que le film en devient quasi-muet, à l’exception de quelques souffles de vent venant rappeler cette désolation. C’est plus que l’essence même de l’être que filme le cinéaste, c’est l’essence du cinéma.
Il était une fois en Anatolie (Turquie/Bosnie – 2h37) de Nuri Bilge Ceylan
Le cinéaste turc signe l’un de ses meilleurs films, troublante ronde de nuit aux confins de l’Anatolie. Mettant en retrait le parti pris très esthétique de ses deux derniers opus, le réalisateur fait preuve d’une grâce visuelle épurée et se joue de la temporalité dans un langage cinématographique particulièrement inspiré. La fluidité du regard, ajoutée à une densité romanesque hors du commun, permet dans cet espace-temps de développer un climat particulièrement chargé, où se mêlent l’humour (voire la bouffonnerie), le tragique, le réalisme, voire le spirituel. La plus belle leçon de cinéma de cette fin d’année.
L’Apollonide (France – 2h02) de Bertrand Bonello
Ses précédents films (Le Pornographe et The Doll is Mine en tête) nous avaient déjà interpellés sur les talents du cinéaste, plutôt bien placé au cœur d’une production hexagonale franchement désolante. L’Apollonide enfonce le clou. Le film orchestre une partition ciselée, où les déclinaisons du thème de la prostitution sont multiples. Au cœur de cette maison close, le désespoir côtoie le raffinement, la morale se frotte au cauchemar. Bonello fait preuve d’une maestria touchant au sublime, sans abandonner le film dans ses décors pourtant somptueux. La fragilité des êtres se dessine avec une élégance rare, sans que le regard ne porte le moindre jugement.
Melancholia (Danemark/Suède/France/Allemagne – 2h10) de Lars von Trier
Malgré les remous qui ont suivi une conférence de presse cannoise plus stupide que méchante, il n’est qu’une chose à retenir : Lars Von Trier est décidemment l’un des plus grands cinéastes de notre époque. Il signe ici une œuvre crépusculaire, qui résonne de manière troublante avec l’époque. Le film est d’ailleurs à décrypter à la lumière d’Antichrist, son opus précédent. Difficile de ne pas voir, dans ce mariage secoué par l’annonce d’une fin du monde, la propre dépression dont souffre le cinéaste, comme l’impossible échappée à toute forme de bonheur. Le symbolisme pictural ne plombe jamais le film, le portant au contraire dans des espaces d’expression rarement foulés.
Pina (Allemagne/France – 1h43) de Wim Wenders
Entre Wim Wenders et Pina Bausch, le désir de réaliser une œuvre commune fomentait depuis de nombreuses années. Mais le cinéaste ne se sentant pas prêt, le temps a filé, jusqu’à la disparition récente de la chorégraphe-danseuse. Alors que Les rêves dansants de Pina Bausch se focalisaient sur les danseurs, Pina est tout entier dédié au personnage, avec un souci esthétique particulier. Une démarche prenant toute son importance dans la version 3D qui, une fois n’est pas coutume, élève remarquablement le travail du réalisateur. Au-delà de l’aspect documentaire, Wenders s’interroge également sur le corps en mouvement au cinéma, jusqu’à l’hommage aux maîtres du genre.
The Artist (France – 1h40) de Michel Hazanavicius
Du Grand Détournement aux OSS 117, en passant par des collaborations avec Les Nuls, Michel Hazanavicius a su creuser son sillon dans la comédie française. L’emballement médiatique sur la Croisette avait de quoi laisser sceptique : en quoi un film muet, noir et blanc de surcroît, pourrait-il s’avérer captivant, ses effets plastiques mis à part ? Une question à laquelle le réalisateur répond avec brio, par une histoire certes entendue (grandeur et déchéance croisées de deux stars), mais qui confirme le talent comique — et physique — de ses acteurs principaux, et, surtout, dans laquelle le silence joue un rôle à part entière, grâce à une écriture habile.
The Tree of Life (Etats-Unis – 2h18) de Terrence Malick
Il est surprenant de constater que les meilleurs films de l’année ont pour beaucoup le même intérêt pour la symbolique, la transfiguration, voire le mysticisme. Le dernier film de Malick opte pour une interrogation assumée de la place de l’homme sur terre. Doublé d’un panthéisme familier dans son œuvre, The Tree of Life se construit en triptyque, dont le meilleur, et le plus important, reste cette tranche de vie d’une famille américaine moyenne dans les 50’s, qui répond aux deux autres et leur donne sens. Si le film a largement divisé, c’est bien parce que le paradigme développé ici ne fait appel qu’à la subjectivité des sens, et à sa propre vision du monde.
Une séparation (Iran – 2h03) d’Asghar Farhadi
Asghar Farhadi n’a pas son pareil pour représenter les (res)sentiments qui habitent ses personnages, et les raisons, plus ou moins rationnelles, qui les poussent à s’entre-déchirer. Le succès surprise du film, à la fois critique et public, tient sans doute au fait qu’il traite d’un sujet universel (une séparation, doublée d’un drame inextricable) avec pudeur, et une grande justesse dans le jeu des acteurs. La caméra se substitue à l’œil du spectateur, qui vit les drames des protagonistes et partage l’incompréhension qui les habite. Une œuvre subtile et poignante, qui ne laisse pas indifférent. Une divine comédie humaine.
Mais aussi…
L’Exercice de l’Etat
Polisse
Never Let Me Go
Tomboy
Black Power Mixtape
Donoma
Gasland
La guerre est déclarée
The ballad of Genesis and Lady Jaye
Scream 4
Too much pussy
True Grit
Waste land

Gare centrale par la Cie Grenade
Du 13 au 15/01 au Pavillon Noir (Aix-en-Provence)
Dans un hall de gare, douze danseurs, des annonces, des bruits d’ambiance, l’attente et l’ennui. Les corps se cherchent, se rencontrent et se découvrent. Des mouvements mécaniques au son des messages de la SNCF, puis l’agitation devient chorégraphie jubilatoire quand la musique de Bach fait exulter les corps. Mêlant brillamment hip-hop, danse contemporaine et classique, avec une fraîcheur et une joie communicative, Josette Baïz exprime, dans une chorégraphie riche et métissée, les états d’âme des voyageurs, passant de la chaleur d’une rencontre au désœuvrement d’une solitude au milieu de la foule.
32, rue Vandenbranden par Peeping Tom
Du 3 au 5/02 au Théâtre du Merlan
Peeping Tom, c’est l’aventure d’un collectif qui revisite le quotidien pour le transposer dans des situations incongrues : le huis clos du jardin, l’exiguïté du salon, les fantômes du sous-sol et ici, le grand froid de l’Antarctique. Une manière de dire que même sur les territoires vierges, il existe une condition humaine avec ses querelles de voisinage, ses histoires d’inceste, ce regard méfiant sur l’étranger et la précarité du quotidien. Peeping Tom, ce sont les enfants d’Alain Platel et de Jan Lawers, le cri caustique d’une Belgique qui s’attaque aux problèmes dans un regard décalé et outrancier, parce que dans le grand froid, on met les mains dans le slip.
Nice night for an evening de Peter Shub
Les 6 & 7/05 au Daki Ling dans le cadre du Festival Tendance Clown #6
Peter Shub n’en est pas à son coup d’essai, bien que son nom résonne comme celui d’un illustre inconnu. De nombreuses collaborations et une reconnaissance par ses pairs en font même une référence en la matière. Ses axes de travail s’orientent vers la comédie, l’humain, l’improvisation et les rythmes du théâtre. Puisant dans ses expériences personnelles, le clown américain nous livre ici un solo loufoque et autobiographique sur la peur, la déception et le destin des objets qui font notre quotidien. Promener une laisse abandonnée, se suicider contre son gré… ou l’art de provoquer des situations embarrassantes et de s’en sortir maladroitement, de manière hilarante.
Singularités ordinaires par le GdRA
Du 5 au 7/05 au Théâtre du Merlan (et les 16 & 17/12 à Châteauvallon)
Le collectif d’artistes singuliers — un anthropologue, musicien et chanteur autodidacte ; un acrobate, danseur et voltigeur ; et un comédien bonimenteur — met en scène trois récits de vie à travers des bouts de films et extraits d’interviews. On découvre Arthur, 86 ans, musicien-guérisseur dans le Quercy rural, Wilfride, 64 ans, danseuse étoile retraitée de l’Opéra de Paris, et Michèle, 41 ans, pilier de bar « malvenue ». Alliant leurs techniques mutuelles, ils se font les passeurs de ces trois histoires exceptionnelles et ordinaires à la fois, créant, à travers une écriture foisonnante et inventive, un théâtre d’idées autant que de mouvements, de mots autant que de musique.
Mayday, Mayday, Mayday, This is… par le Ballet National de Marseille
Du 11 au 14/05 au TNM La Criée
Le BNM revient ici sur la catastrophe de Fukushima et propose aux danseurs un travail dans l’urgence où la gestuelle et le choix des costumes touchent à l’affectif. Le groupe se disloque et se resserre à la manière d’une tribu qui jongle entre peur et euphorie. La danse posée s’abandonne à des actes désordonnés qui, dans un élan de panique, nous dévoilent une énergie nouvelle. On est encore loin de l’intervention du scénario et du dialogue sur un corps qui tente de nous ressembler, mais on s’en approche. Le BNM continue lentement sa mue et commence à ressembler aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui.
Nearly 902 de Merce Cunningham
Les 21 & 22/06 à la Salle Vallier dans le cadre du Festival de Marseille F/D/Am/M
Dans une scénographie épurée jusqu’à la seule projection de lumières colorées, cet ensemble de duos ne forme plus qu’une seule et même pièce, la dernière œuvre maîtresse de l’artiste le plus important de la danse contemporaine du XXe siècle. Faisant de la géométrie de l’espace la pierre angulaire de sa danse, Cunnningham déploie sur le plateau ses infinitésimales combinaisons de gestes qui, assemblées en un tourbillon sonore, nous emmènent dans un « ailleurs » intemporel. La minutie des interprétations et le foisonnement des compositions chorégraphiques donnent à voir un chant du cygne qui s’élève jusqu’à la perfection avec une étrange sérénité.
Small Is Beautiful
Du 5 au 16/10 à Marseille, Aubagne et Martigues
Avec cette cinquième édition du festival de création en espace public, Lieux Publics a frappé fort. Non contentes de faire appel à tous les registres du spectacle vivant, les œuvres et performances présentées font preuve d’une grande créativité et clament, en manifeste, que l’art doit rester partout, même — et surtout — dans la rue. Les spectateurs, ébahis, croisent des danseurs sur des tracteurs, participent à une balade sonore ou à la construction d’un gigantesque phare. Au regard de la motivation des équipes présentes et de l’écho favorable reçu auprès du public, on se réjouit déjà de la prochaine édition préfigurant celle, capitale, de 2013.
S’approcher et Mahalli de Danya Hammoud
Le 23/10 à la Chapelle des Pénitents noirs (Aubagne) et les 2 & 3/11 aux Bernardines, dans le cadre de Dansem
Danya Hammoud vient d’un pays en guerre, d’une terre rendue stérile par l’enlisement de ses oppositions, le Liban. Alors, elle décide d’oser et de S’approcher de ce qui pourrait bien changer son monde, si fragile et si féminin… Ne se contentant guère de revisiter son héritage culturel à la lunette de la danse contemporaine occidentale, avec Mahalli, elle invente plus qu’une danse : un autre monde. Résolument femme, elle a choisi le bassin de son corps comme origine de tout mouvement et de tout déplacement. De lascifs, ses gestes deviennent alors une oscillation de plus en plus ample, animale et puissante. Une ode à l’amour, comme un cri face aux déchirements du monde.
Nei Volti (Dans les visages) de Virgilio Sieni
Les 17 & 19/11 au Théâtre du Merlan dans le cadre de Dansem
Repenser aux personnes qui l’entourent, décrypter leurs gestes, les inviter à se rencontrer, ressentir leur présence et partager leur résistance, tel est ici le dessein du Toscan. Une intention décelée, des traits dessinés, des pas esquissés pour cette chorégraphie contemporaine qui appelle à la mémoire du geste, celui du quotidien. En quatre temps, comme une valse, le danseur et chorégraphe rend le banal onirique et le labeur léger, des visages évoquant la mémoire et les pages de Bach ou de Telemann soulignant les différents moments de la scène. Tout se concrétise et se lie quand, in fine, il retrouve sur scène Jean Berthet, 90 ans, ancien résistant et déporté à Buchenwald.
Exposition universelle de Rachid Ouramdane
Le 9/12 à la Minoterie dans le cadre de Dansem
Le corps figé sur un petit socle tournant, Rachid Ouramdane se fait accompagner sur scène du musicien virtuose Jean-Baptiste Julien, mais aussi de métronomes et de caisses réceptacles de portraits vidéo. Endossant tour à tour différentes identités avec force costumes et maquillages, le chorégraphe résolument engagé laisse le spectateur s’emparer des images de notre inconscient collectif, rapidement balayées l’une par l’autre, ne se satisfaisant jamais du confort d’un symbole univoque. La pièce est d’une hyper actualité déconcertante, où la danse puissante et toujours en métamorphose porte en elle l’enjeu politique identitaire et l’imminence des totalitarismes.
Crédits photos :
Josette Bai?z
Thierry Hauswald
Anna Finke
Pasquale Juzzolino
Herman Sorgeloos
Florence Delahaye
Artonik
Chris Van der Burght
Kepler de rien
Il est grand temps de saluer comme il se doit ce pauvre petit télescope qui, loin de se regarder le nombril, sua sang et rouille pour nous signaler l’existence de Kepler-22b, exoplanète située dans une zone habitable de la constellation du Cygne, située à environ 600 années-lumière de notre astre. Si Kepler a pu réaliser cette étonnante performance, c’est sans compter avec les revers qu’il a dû essuyer de la part de ses pairs, jaloux de ne plus avoir la plus grosse optique, pour la plupart fils de bonnes familles et entretenus par de copieuses missions d’entretiens. D’un autre côté, des scientifiques supposent que l’on pourrait éventuellement, d’ici quelques années, faire naître un enfant à l’image de l’homme de Néandertal. Imaginez le lointain cousin sonner à votre porte et vous demander le sel qu’il n’a pas su trouver au supermarché. Bref, rien n’est impossible lorsque les époques s’entrechoquent. Et rien ne s’entrechoque lorsque tout est impossible. Mais avant de convier votre ami du premier (le Paléolithique moyen) à rester manger (attention, il vaut mieux l’avoir en photo qu’en pension !), tendez-lui fièrement ce Ventilo pour lui donner les bonnes idées cadeaux de Noël, et lui permettre de découvrir un concentré de l’année culturelle qui vient de s’écouler, avec les yeux ébahis d’un nouveau-né. De 150 000 ans.
Jordan Saïsset

Beau travail
Décidément, Joël Pommerat est infatigable. Après une quinzaine de spectacles créés en dix ans, il ajoute, avec Ma Chambre Froide, une corde plus réaliste à son arc.
La boulimie de travail de notre homme n’entache pas la qualité de ses œuvres, comme le montrent les Molières obtenus et, surtout, un succès public toujours soutenu. Cette nouvelle création ne fait pas exception à la règle, bien que d’autres spectacles resteront gravés plus longtemps dans nos mémoires. Comme pour Cercles/Fictions, les spectateurs sont ici rassemblés autour d’une scène circulaire, plongés dans le noir mais bien prêts à dévorer les acteurs de cette Chambre Froide. De même, nous retrouvons avec bonheur l’ingéniosité d’un dispositif qui cherche à surprendre le public par la rapidité avec laquelle objets et acteurs apparaissent et disparaissent sur scène. Pendant deux heures, l’évolution personnelle et professionnelle d’Estelle nous est narrée dans un climat alternant drame et humour. De déboires en victoires, d’enfermements en libérations, Estelle va petit à petit s’imposer dans l’entreprise où elle travaille en dépit d’un entourage et d’un patron plutôt oppressants. Le fil narratif adopté tranche, de par son ancrage dans une histoire plus vraie que nature, avec d’autres œuvres plus abstraites de la compagnie Louis Brouillard. C’est peut-être ce réalisme qui, paradoxalement, nuance la qualité de Ma Chambre Froide, car l’imagination du spectateur n’est pas vraiment mise à contribution. Une voix off guide le en effet tout au long du spectacle, comme si le metteur en scène voulait qu’il se concentre sur les rapports humains bien concrets qui s’étalent sous ses yeux. Ce n’est pas la viande mais le langage qui est parfois cru dans cette Chambre Froide, comme pour mieux nous rappeler qu’une proximité entre collègues de travail peut vite s’instaurer et que le monde de l’entreprise n’est pas l’antre des bonnes manières. Le fantastique n’est toutefois jamais loin. Il revient sous la forme des rêves d’Estelle, qui sont l’occasion de découvrir de surprenants costumes et têtes géantes. Ces pauses, ponctuées d’une musique nostalgique des années 80, permettent au spectateur de s’extraire temporairement du drame pour mieux y replonger ensuite. Il est en effet question de fermeture d’usine, de meurtre, de harcèlement sexuel et… de répétitions d’une pièce de théâtre incomprise de ses acteurs amateurs ! Livrant comme un pied de nez à ceux qui assimilent théâtre et abstraction élitiste voire ridicule, Joël Pommerat en profite donc pour critiquer sur scène les a priori vis-à-vis du théâtre et ceux qui pourraient croire que travail et théâtre sont incompatibles (puisque les comédiens sur scène jouent des employés qui sont de mauvais acteurs). Au final, c’est une histoire bien concrète qui nous est proposée là où l’on ne l’attendait pas.
Texte : Guillaume Arias
Photo : Elisabeth Carecchio
Ma Chambre Froide était présenté du 24 au 26/11 au Centre national de création et de diffusion culturelle de Châteauvallon (Ollioules)

Godspeed you! Black Emperor > Le 28/01 à l’Espace Julien
Fin janvier, en pleine période creuse : une file d’attente interminable devant l’Espace
Julien. Ce soir, les gourous du rock alternatif canadien, figures de proue du label Constellation, donnent un concert unique dans le grand sud. On se déplace de loin, car ils témoignent d’une contestation sourde qui résonne foutrement avec son époque. Des morceaux de vingt minutes en moyenne, traversés de déflagrations et couplés à des projections qui appuient la dimension apocalyptique de l’ensemble : on connaît. Mais tant qu’il y aura des groupes pour dire non avec autant d’intelligence et d’humanité, il y aura de l’espoir. « Hope », après deux heures et demie de fracas sonique, il fallait l’écrire.
Morton Subotnick & Lillevan > Le 6/02 au GMEM, dans le cadre des RIAM
Du haut de ses 78 ans, Subotnick est probablement l’un des pères de la techno. C’est en tout cas le premier à avoir introduit des « rythmes réguliers » dans des improvisations purement électroniques, tirées de la célèbre Buchla 200 (un synthé modulaire conçu à partir de ses suggestions par son ami, Don Buchla). La plus célèbre, Silver Apples of the Moon (1967), était donc à l’origine de cette performance. Quel choc de (re)découvrir sur scène la portée novatrice d’un tel chef d’œuvre, transcendant plusieurs générations d’amateurs de musique électronique ! Bien plus qu’un voyage dans le temps, une renaissance.
Thee Oh Sees > Le 9/05 à La Machine à Coudre, dans le cadre du festival B-Side
Figure actuelle emblématique du rock garage, le quatuor californien a su se mettre la Machine dans la poche. En premier lieu, c’était l’occasion de les rencontrer dans l’intimité d’une petite salle chaleureuse (ils ont l’habitude d’évoluer dans de plus grands espaces : le Primavera Sound Festival, All Tomorrow’s Parties…), puis de constater que cette recette, certes classique (les Cramps en tête), fait toujours terriblement mouche. On ne peut maintenant que vous orienter vers leur dernier album, Castlemania, sorti juste après leur passage dans une ville qui ne les oubliera pas de sitôt.
Cowboys From Outerspace + Holy Curse > Le 26/05 à La Machine à Coudre
La soirée devait être sans surprise, réunissant deux groupes marseillais qui se produisent fréquemment dans le coin. De quoi passer un agréable moment, le comptoir de la Machine à portée de coude. Mais la grâce opère toujours quand on s’y attend le moins. Les Cowboys entament un set rock’n’roll endiablé dont ils ont le secret, emballant le public par leur redoutable d’efficacité. Quant aux Holy Curse, dont c’était là le dernier concert, ils nous ont laissé une impression de gâchis de ne pas avoir découvert plus tôt leur rock catchy, puissant, entêtant. Bref, une véritable claque.
Shellac + Helen Money > Le 24/05 à l’Espace Julien
En première partie, la violoncelliste Helen Money démarre hélas à l’heure de l’ouverture des portes devant une salle encore vide, nous immergeant dans une ambiance à la Twin Peaks… Puis vient le tour de Shellac — le groupe du fameux Steve Albini, dont la réputation n’est plus à faire (il a produit Nirvana, les Pixies, PJ Harvey, NIN…) — qui nous gratifie d’un set étonnant, attendu par les Marseillais depuis près de vingt ans. Le trio explore sa discographie, passé maître dans le genre rugueux, brut et direct. Comme une énorme claque donnée par un bûcheron.
Beirut > Le 12/07 au Théâtre antique d’Arles
Tout était pourtant réuni pour passer une soirée magique : une virée entre amis, une douce nuit d’été, un décor merveilleux, un public au rendez-vous, des filles court-vêtues et la venue de Beirut, tous cuivres dehors. Mais voilà, c’était sans compter avec les moustiques, ces insectes gonflants, volants et piquants, qui passèrent au supplice toute l’assistance, sans exception, venant s’échouer sur la foule, tels des kamikazes d’Al-Mosqita. Cela dit, on a adoré le concert, hum, entre deux averses… Une soirée magique ? Tu pArles !
Portishead + Mogwai > Le 19/07 aux Arènes de Nîmes
On passera sur la prestation moyenne des post-rockers de Mogwai (certes desservis par le jour et le vent) pour s’en tenir à celle des Bristoliens. De leur dernier passage dans le coin (au Dôme en… 1998 !), ils nous avaient laissés le souvenir d’une puissance scénique rare, portée par la bouleversante Beth Gibbons. Rebelote cette année dans le cadre enchanteur des Arènes de Nîmes, parfait écrin pour accueillir les subtiles pépites trip-hop des éminences grises du genre. L’occasion de (re)découvrir toutes les richesses du mésestimé Third et, surtout, de frissonner à l’écoute de ces merveilles sonores, dont la noirceur le dispute à l’éclat.
Kruder & Dorfmeister > Le 23/07 au Théâtre antique d’Arles
Depuis leurs fameuses K&D Sessions (1998), les Autrichiens Kruder & Dorfmeister s’étaient payé le luxe de partir chacun en solo, récoltant régulièrement les dividendes de cette pierre angulaire du « downtempo ». Leur supposé album ? L’arlésienne des années 2000. Quelle surprise, donc, de les voir annoncés pour un « live »… Et quel choc ! En lieu et place du show pépère attendu, les deux hommes ont montré toute l’étendue de leur savoir-faire sonore, du groove le plus moelleux à la bossa-house la plus scotchante. Un son extraordinaire (en plein air !), appuyé par une scénographie avec mur de leds (hallu totale) : le futur était à nos portes.
Cheveu + Motto > Le 28/10 au Poste à Galène, dans le cadre du festival Chhhhhut
En première partie, le duo basse-batterie de mathcore Motto envoie sévère, depuis le milieu de la fosse où il s’est installé. Quant au style difficilement définissable — un mélange improbable des genres — des joyeux drilles de Cheveu, il fait étrangement l’unanimité. Une bonne partie du public se met à gesticuler compulsivement sans trop comprendre pourquoi, comme si la désinhibition s’associait à la parade amoureuse d’un lamantin dans un ballet russe. Une fois la transe terminée, chacun rentre chez soi, pour enfin réaliser qu’il s’est ce soir-là passé quelque chose de spécial.
Honest Jon’s Chop Up > Le 30/10 au Dock des Suds, dans le cadre de la Fiesta
C’était l’événement de la vingtième Fiesta des Suds : une date unique en France du projet initié par Damon Albarn (Blur/Gorillaz) avec de nombreux musiciens majoritairement issus de la « world » (dont la divine chanteuse malienne Fatou). Au final, sans doute à cause du manque de rodage, on a davantage eu l’impression d’assister à une présentation de ces différents univers qu’à une véritable fusion. Celle-ci, appuyée par la formidable section rythmique de Tony Allen et Flea, ne s’est en fait produite que sur la fin du concert, donnant à entendre ce fantasme de musique « totale », érigé sur la pulsation afro originelle. Mais dans l’intention¬, l’un des concerts de l’année, sans hésitation.
Crédits photos :
Pirlouiiiit - Concertandco.com
David Heang - www.soul-kitchen.fr
www.touhid.fr
Pierre Gondard

Philippe Robert… ce nom vous dit sûrement quelque chose. Si vous vous intéressez à la littérature musicale du moins, vous l’aurez probablement déjà croisé en rayons ou en bas d’un article. Après avoir collaboré pour de nombreux titres de la presse écrite française spécialisée (des Inrocks à Mouvement, pour ne citer que les plus connus), il se consacre depuis quelques années à la rédaction d’ouvrages, en proposant des discographies sélectives élaborées en parcours initiatiques, au cœur des musiques d’hier et d’aujourd’hui, tous styles confondus. Invité début décembre au Daki Ling pour animer une séance d’écoute collective organisée par le GRIM et l’AMI, afin de marquer la sortie de son nouveau bouquin Folk et renouveau, une balade anglo-saxonne paru aux éditions marseillaises Le Mot et le Reste, nous nous sommes longuement entretenu avec lui.
Peux-tu te présenter comme tu te présenterais à des personnes que tu viens de rencontrer ?
J’ai beaucoup de mal avec ça. Déjà, j’ai un boulot à côté, qui me prend beaucoup de temps, donc le principal de mon activité, ce n’est pas d’écrire des livres, même si c’est ce qui m’intéresse le plus. Je ne vis pas de l’écriture et je ne me présente pas comme un auteur. J’en ai un peu vécu à l’époque où je travaillais dans la presse, mais je ne me suis également jamais considéré comme un journaliste, tout au plus comme un collaborateur free-lance. Pour ceux dont je me souviens de tête, j’ai bossé pour Les Inrockuptibles, Vibrations, Jazz Magazine, Mouvement, Revue & Corrigée, Guitare & Claviers, Batteur Magazine… Et puis j’ai surtout travaillé pour des fanzines plus ou moins connus comme Octopus, des choses plus underground comme Ortie. J’ai commencé avec les fanzines, mon propre titre bien sûr, Numéro Zéro, mais aussi celui de Marie-Pierre Bonniol, Supersonic Jazz, anciennement installé à Marseille. J’ai peut-être été professionnel à une époque, donc, mais je n’ai jamais revendiqué ce statut, tout comme je ne revendique pas, aujourd’hui, le statut d’auteur. J’écris des livres pour partager des choses et y voir plus clair dans ma discothèque, principalement. Et je préfère plutôt discuter avec les gens que de me présenter de quelque manière que ce soit.
Comment présenterais-tu ton dernier livre, Folk & renouveau, une balade anglo-saxonne ?
Tout d’abord, je n’ai pas écrit ce livre tout seul, mais avec Bruno Mellier, un ami de longue date, que j’avais interviewé pour Revue & Corrigée, car il est musicien. Il organise désormais, entre autres, le festival Les Musiques innovatrices à Saint-Etienne. Mon premier bouquin, Rock, Pop, un itinéraire bis en 140 albums essentiels, toujours chez Le Mot et le Reste, faisait déjà la part belle au folk. Puis j’ai sorti plusieurs livres, et Yves Jolivet, le fondateur de la maison d’édition, m’a proposé d’écrire un livre sur le folk. Et même si à l’époque j’aurais préféré écrire un livre sur le psychédélisme, l’idée a finalement germé. Ce qui était important pour Bruno et moi, c’est que ce ne soit pas un livre de plus sur le folk ; la notion de « renouveau » est d’autant plus importante que le folk, si on le regarde bien, tout au moins au XXe siècle — on commence le bouquin en 1927 —, n’est qu’une succession de renouveaux et d’allers-retours, notamment entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni.
A propos, malgré le fait que le folk soit traditionnellement anglo-saxon, penses-tu qu’il y avait, à l’époque, une culture folk française ?
Oui, bien sûr. Il y a des groupes de folk français historiques, issus des années 70. Il y a même un livre assez peu connu qui, il me semble, a été édité par la Librairie Parallèle à Paris, recensant tous les disques de folk sortis en France à cette époque-là. Et puis il ne faut pas oublier que nous avons un magazine nommé Rock & Folk, et s’il s’appelle comme ça, c’est, entre autres, grâce à Jacques Vassal, qui tenait sa rubrique « Fou du folk », faisant écho de ce qui se passait en France mais pas seulement. Ok, dans Rock & Folk, le gros de l’artillerie c’était des articles consacrés à Bob Dylan et Leonard Cohen, mais à côté de ça, Jacques Vassal pouvait parler de Malicorne, La Bamboche ou autres. En ce qui nous concerne, nous ne voulions pas trop élargir le sujet, qui nous paraît trop vaste, et puis nous ne sommes pas assez compétents en matière de folk français. Il y a très peu de spécialistes dans ce domaine. D’ailleurs, j’aimerais beaucoup livre un livre sur ce mouvement. En plus, si la majorité des vinyles de folk anglo-saxons ont été réédités, même les plus obscurs, ce n’est pas du tout le cas des français. Beaucoup coûtent désormais une fortune et sont réservés aux collectionneurs.
Tu parles souvent de ta propre collection de disques, et tu construis, à travers tes livres, des parcours assez personnels…
Oui. Après, je n’ai pas beaucoup de recul là-dessus. Avec Bruno, on s’est retrouvés sur beaucoup de choses. Mais je ne pense pas que l’on soit des spécialistes du folk. On est passionnés par cette musique comme on l’est pour d’autres. On avait donc envie de proposer un parcours certes subjectif mais pas seulement. Il fallait donc également parler des disques qui ne sont peut-être pas ceux que l’on préfère mais ceux qui nous paraissent tout de même indispensables. Très franchement, je ne suis pas un grand fan de Nebraska de Bruce Springsteen, mais je pense que c’est un disque honnête, honorable, qui se devait d’être enregistré à l’époque. On a défendu tous les disques sans problèmes.
Ce qui est particulièrement impressionnant dans tes livres, c’est le fait de brasser tous les styles : le folk, la soul, la pop, le rock, jusqu’au drone en passant par le noise, etc. As-tu « traversé » tous ces genres dans une même période ou as-tu connu des phases ?
Tout cela est simultané. Déjà quand j’étais au lycée, j’écoutais du rock et du jazz, et je n’ai jamais opposé l’un à l’autre. Presque tous mes potes écoutaient du rock, mais pour ma part, c’est le free jazz qui m’a ouvert à d’autres horizons. J’écoutais aussi de la musique minimale comme, entre autres, Philip Glass, La Monte Young, l’Art Ensemble of Chicago, Lou Reed… Les choses découlent les unes des autres. Quand tu t’intéresses à la musique, la diversification de ton écoute se fait fort logiquement. C’est Duke Ellington qui disait qu’il n’y a pas de mauvais genre en soi, il y a juste la bonne et la mauvaise musique. Il y a de très bons disques et des daubes dans tous les genres. Et puis je crois que les choses se décloisonnent de plus en plus, fort heureusement. Il n’y a qu’à voir la programmation d’un festival comme All Tomorrow’s Parties en Angleterre, qui choisit chaque année un curateur différent à charge de la programmation, à l’instar de Portishead une année où j’y suis allé. Et cette année donc, j’avais été surpris d’y voir des artistes comme Boris, Earth, Sunn O))) et toute cette vague. Cela restait cohérent parce que, finalement, le côté sombre de Portishead vient probablement de l’écoute de ces artistes-là. Et tu rends compte qu’à Bristol, il y a des groupes psychédéliques très intéressants comme The Heads, qui se retrouvent programmés aux côtés d’artistes comme Silver Apples, etc. Et tout cela fonctionne. Quand tu lis le sommaire du magazine Wire par exemple, c’est très intéressant d’avoir un article sur le psychédélisme turc et un peu plus loin un autre consacré à l’électroacoustique. Je trouve cela salvateur. Après, chacun aborde la musique comme il veut. Certains se cantonnent à une époque, d’autres à un musicien… mais ça n’a jamais été mon truc.
Penses-tu que le rapport à l’objet disque se soit perdu avec la dématérialisation de la musique ? Dématérialisation qui aura tout de même permis à un grand nombre d’auditeurs de « se cultiver » à l’aide de bibliothèques interminables de MP3 téléchargés…
Je suis un peu vieux jeu, car à mon domicile, l’écoute de la musique passe par le support. J’aime bien les pochettes etc. Bien sûr, il y a un côté fétichiste dans tout cela, mais c’est la musique qui prime. Je ne suis pas non plus un collectionneur. Je n’ai rien contre le CD ni contre la dématérialisation. Je pense que le CD aura permis d’avoir accès à beaucoup de choses auxquelles on n’aurait jamais eu accès auparavant. J’éprouvais beaucoup de frustrations face à ces vitrines remplies de vinyles que l’on ne pouvait ni se payer, ni écouter tant les vendeurs craignaient la moindre éraflure. Je trouve donc très bien le fait que des labels aient pu les rééditer en CD, à des prix accessibles. Ce qui compte, c’est l’accès à la musique. J’aime l’objet disque mais si la possibilité d’accès à la musique, c’est la dématérialisation, il n’y a pas de souci.
Quand on voit que le vinyle s’est refait une place, comment imaginer le futur de la musique ?
Oui, la cassette audio aussi. Après, concernant le futur, je n’en sais trop rien. Il est surtout question d’économie. C’est-à-dire que pour certaines musiques, l’économie la plus facile passe soit par le CD-R, la cassette audio, ou bien par la dématérialisation totale via le Myspace, le blog. Je suis plutôt du genre à acheter des livres et des disques, parce que j’aime ça. J’aime chiner aussi… Je trouve que le rapport à l’ordinateur manque de sensualité. Mais attention, je ne dénigre rien. Sauf, parfois, quand des amis me disent : « Hier soir, j’ai téléchargé l’intégralité de l’œuvre de Luc Ferrari. » Ils l’écoutent en deux jours, pour rétorquer : « Celui-là il est bien, celui-là moins, celui-là un peu mieux… » Je ne vois pas très bien comment on peut se faire un avis aussi rapidement sur l’œuvre de quelqu’un. C’est important de constater une évolution dans l’écoute d’un disque. Je ne sais pas si tout avoir d’un bloc, très vite, n’est pas plus préjudiciable qu’autre chose. Je n’ai pas d’opinion arrêtée sur la chose, mais j’aime bien l’idée de parcours.
Tu écoutes de la musique à ton domicile ou en concert, mais accompagne-t-elle également tes déplacements ?
Je n’ai jamais écouté de musique en voiture. En voiture, j’écoute le moteur, réellement, ou bien je discute avec mon passager. Je n’écoute jamais de la musique au casque non plus, et je ne me suis jamais servi d’un walkman.
Revenons-en à tes livres, qui se révèlent assez impressionnants : lorsqu’on y lit la chronique d’un artiste que l’on pensait connaître sur le bout des doigts, on apprend toujours quelque chose…
Tout cela est lié à la lecture, qui permet de glaner des informations à droite à gauche. Il est évident que je n’ai pas rencontré tous les artistes dont je parle, un certain nombre, mais pas tous. Avant d’écrire un livre, je me nourris beaucoup. Je lis et écoute énormément de musique.
A propos de l’évolution des styles, arrives-tu aujourd’hui à avoir assez de recul pour voir où on en est, ou bien est-ce quelque chose de très difficile ?
C’est quelque chose de très difficile, et de surprenant aussi. Au moment où, avec Jean-Sylvain Cabot, nous avons écrit le deuxième tome sur le metal, il était clair qu’il se passait quelque chose de l’ordre de l’expérimentation dans la sphère de ce genre. Quelque chose de nouveau. Je pense à tous ces groupes que l’on peut associer au drone, comme Sunn O))). Et je trouvais donc important d’écrire un livre sur le metal parce que cette évolution était véritablement intéressante. Mais rien n’était prévisible. Le folk qui devient l’acid folk en intégrant des musiques psychédéliques, ce n’est pas nouveau. Mais par contre, le fait qu’il intègre le krautrock, voire le free jazz, voire de l’improvisation totale, est très récent. Et tu m’aurais dit ça en 1990, je ne dis pas que j’y aurais pas cru, mais je n’y aurais pas pensé. Cela démontre, en premier lieu, que le rock est une musique toujours vivante et que le jour où il ne bougera plus, ce sera fini (rires). Mais je suis très enthousiaste. Il n’y a pas un jour où je n’écoute pas de musique, il n’y a pas un jour où je n’achète pas de disques, et je découvre tous les jours des choses très intéressantes.
Selon toi, faut-il être un état d’esprit pour écouter un disque ?
Non. Pour ma part, il n’y a pas de disque du matin, de disque du soir, de disque d’été, de disque d’hiver, etc. Je me suis posé la question, mais j’ai du mal avec tout ça. J’ai également du mal avec l’idée que l’on puisse être triste après avoir écouté un disque mélancolique. Par exemple, on peut dire, à l’inverse, que ce disque est un soleil. On peut aussi dire du noise qu’il est violent, agressif. Il m’arrive pourtant d’en écouter pour m’endormir. Je trouve que le noise est une musique psychédélique, et dans tous les cas, je suis plutôt dans l’écoute immersive, qui abolit tout pathos.
Tu maintiens cette distance pour toutes les formes d’art ?
Complètement. En ce qui concerne le cinéma par exemple, je suis totalement incapable de procéder par identification quant à l’histoire ou à la psychologie des personnages. D’ailleurs, j’ai beaucoup de mal avec les acteurs que l’on peut voir d’un film à l’autre… Quand je regarde un film, je regarde un film, quand j’écoute un disque, j’écoute de la musique. Certes, je m’intéresse à l’histoire de ceux qui ont composé cette musique, mais cela ne modifie en rien ma perception. D’ailleurs, je ne m’intéresse à l’histoire du disque qu’après m’être intéressé à la musique.
Tu as des albums cultes ?
Oui, mais j’en ai trop pour les citer. La musique que j’ai le plus écoutée dans ma vie doit être le jazz. J’ai d’ailleurs un projet de livre sur le free jazz…
Es-tu musicien ?
J’ai essayé et j’y ai mis tout mon cœur, mais ça n’a pas suffi pour avoir un résultat convaincant. J’ai par exemple joué ici (ndlr : à Montévidéo). Une expérience personnellement vécue comme une catastrophe, car j’étais bloqué par le trac. J’ai voulu, à un moment de ma vie, jouer de la musique, je l’ai fait, et j’ai pensé qu’il valait mieux que je m’arrête. Ça peut me manquer parfois, mais pas tant que ça. Je préfère très nettement écouter la musique des autres plutôt que d’en faire moi-même. Cela changera peut-être un jour, mais aujourd’hui c’est très clair.
Propos recueillis par Nicolas Debade
Disponibles en librairie, aux éditions Le Mot et Le reste :
Folk & renouveau - Une balade anglo-saxonne (avec Bruno Meillier)
Great Black Music - Un parcours en 110 albums essentiels
Hard’n’heavy 1966-1978 - Sonic Attack (avec Jean-Sylvain Cabot)
Hard’n’Heavy 1978-2010 - Zero tolerance for silence (avec Jean-Sylvain Cabot)
Musiques expérimentales - Une anthologie transversale d’enregistrements emblématiques
Post-Punk, No Wave, Indus & Noise, chronologie et chassés-croisés
Rock, Pop - Un itinéraire bis en 140 albums essentiels (préface de Gilles Tordjman)
Rens. 09 75 28 42 27 / www.atheles.org/lemotetlereste
Playlist de la séance d’écoute collective Nirvana #4 (proposée au Daki Ling par le GRIM et l’AMI, en guise de prélude au festival Nuit d’Hiver #9), consacrée à l’acid folk et au free folk :
1- Sandy Bull - Blend
2- Pat Kilroy - The Magic Carpet et Star Dance
3- Robbie Basho - Cathedral et Fleur de Lis
4- Robbie Basho - Wine Song (Sweet Wine Of Life)
5- Perry Leopold - The Absurd Paranoid
6- James Blackshaw - River Of Heaven