Archives par mois
septembre 2011

[28 sept 2011]

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[28 sept 2011] Joakim - Nothing gold (Tigersushi)

galette-Joakim.jpgELECTRO-POP En France, deux producteurs se partagent actuellement l’héritage de la secousse post-French Touch : David Guetta (lol) et Philippe Zdar (Cassius). Le premier est une erreur qui a conquis les stars du r’n’b (les cons), le second un outsider aux goûts sûrs (Beastie Boys, The Rapture). Et puis il y a Joakim. Qui, s’il décidait de déborder de son underground, pourrait tout fracasser. Chaque fois un peu plus pop, soufflant le chaud et le froid sur ses trouvailles synthétiques, il est un peu notre Brian Eno à nous. Pour toute demande, prière de s’adresser à son label, Tigersushi.

PLX

[28 sept 2011] Baxter Dury - Happy Soup (EMI)

Galette-Baxter.jpgPOP Après une longue période de retraite suivant l’excellent Floorshow, Baxter Dury nous livre un troisième LP plus pop que les deux précédents. Son chant s’est affirmé et s’accorde parfaitement à la voix de Madeleine Hart qui, très présente, apporte une touche vaporeuse et lumineuse, répétitive, parfois parlée. En résulte un disque minimaliste, empreint de simplicité, porté par les mélodies et les arrangements presque parfaits de Craig Silvey (The Coral, The Horrors), qui distille comme à son habitude une pop riche et tortueuse.

MM-S

[28 sept 2011] Eugène S. Robinson & Philippe Petit - The Crying of Lot 69 (Monotype)

Galette-Eugene-S-robinson.jpgEXPERIMENTAL/SPOKEN WORD Le premier est le vocaliste du groupe rock Oxbow, le second « l’agent de voyage musical » le plus prolifique de ces dix dernières années. Tous deux se rencontrent aux travers d’un récit torturé, sur fond de textures et d’ambiances sonores immersives. Ce qui frappe de prime abord, c’est la cohérence du duo, la façon dont l’un et l’autre se répondent, se complètent et s’écoutent, ne laissant que peu d’alternatives à l’auditeur, pris dès la première seconde. A tel point qu’au rayon des rencontres musicales aventureuses, ce disque pourrait être érigé comme ce qui se fait de meilleur. Bravo.

JSa

[28 sept 2011] Under Kontrol - Strickly from The Mouth (I.O.T. Records / L’autre Distribution)

Galette-Under-Kontrol.jpgHUMAN BEATBOX Auréolé de son titre de champion du monde beatbox en 2009, Under Kontrol, qui compte dans ses rangs les deux Marseillais de PHM, livre son premier album. Haute technicité, belle musicalité, les vocalistes sillonnent le large spectre des musiques urbaines avec talent et plaisir. Ils y ajoutent une touche d’humour, parfois potache mais toujours efficace. Un petit regret toutefois, un son un peu fade au regard de leur virtuosité. Souhaitons leur le même sort que les Birdy Nam Nam : qu’ils élargissent l’auditoire d’une pratique underground sans en altérer la qualité.

nas/im

[28 sept 2011] Siskiyou - Keep Away The Dead (Constellation/Differ-Ant)

Galette-Siskiyou.jpgPOP/FOLK Pour les mélomanes avertis, c’est une évidence : l’épicentre de la pop music se situe au Canada, quelque part entre Montréal et Vancouver. Colin Huebert et Erik Amesen, ex-Great Lake Swimmers, le prouvent une nouvelle fois avec ce nouveau projet qui combine habilement retenue mélancolique et exaltation romantique. Une sorte de cathédrale sonore faite en allumettes, où la grandeur le dispute à la fragilité. Voix murmurées, cordes discrètes et cuivres étouffés, la musique de Siskiyou s’affranchit des lois de l’apesanteur pour notre grand bonheur. Doux comme du Sparklehorse.

nas/im

[28 sept 2011] Jamie Jones - Fabric 59 (Fabric)

Galette-Jamie-Jones.jpgHOUSE Après avoir trouvé un second souffle à Berlin, sous le double effet d’une énergie neuve et de l’avènement des technologies de pointe, la house se régénère actuellement à sa propre source, en Amérique du Nord. Jamie Jones est anglais, métis, mais il fraye avec des Américains qui prennent enfin conscience de leur propre richesse (Soul Clap, Seth Troxler, Art Department). Cette compilation mixée en est témoin : organique, riche en basses rondes, la fragrance house de 2011 replonge dans ses racines électro-funk et… new-wave. Ce n’est pas le futur, juste la tendance du moment.

PLX

[28 sept 2011] Girls - Father, Son, Holy Ghost (True Panther)

Galette-Girls.jpgPOP/ROCK Après leur premier Album enthousiasmant, les Californiens de Girls réitèrent l’expérience, deux ans plus tard jour pour jour, avec ce deuxième LP enregistré entre San Francisco et Los Angeles. Un disque puissant et cohérent, où le charme naïf qui ornait le premier opus laisse place à des mélodies plus sophistiquées, transcendées par une production éclatante. Les références sont nombreuses, entre shoegaze 90’s (Alex) ou mélange de rock 70’s et gospel comme sur le premier single Vomit… Cependant, le duo parvient à conserver son originalité et nous livre un disque à la fois humble et complexe.

MM-S

[28 sept 2011] dEUs - Keep You Close (Pias)

Galette-dEUs.jpgPOP A L’ANVERS Pour qui a assisté à l’éclosion des Anversois au mitan des années 90, via les magistraux Worst Case Scenario, In A Bar, Under The Sea et The Ideal Crash, écouter dEUs en 2011 relève plus d’une démarche nostalgique molle du gland que d’une volonté d’explorer de nouveaux territoires bandants. Ce que confirme ce sixième opus, aussi bien troussé et dispensable que les deux précédents, où se télescopent savoir-faire automatique et inspiration en berne, pour un résultat en forme de pétard mouillé, loin du crash idéal. Que reste-t-il de nos amours ? Une mauvaise blague belge.

HS

[28 sept 2011] François Thomazeau (avec Sylvain Ageorges) Le guide du promeneur de Marseille (éd. Les Beaux Jours)

millefeuille-Le-guide-du-pr.jpgL’auteur de Marseille Insolite nous emmène avec lui en balade. En dix-sept promenades, d’une heure à deux heures et demie, il nous raconte la grande et la petite histoire de la ville. On découvrira, entre autres, qu’il est possible de construire une galère en une journée, de présider au baptême d’un château en se querellant avec ses voisins, ou encore de jouer aux Lego® avec les pierres d’une mosquée. Dans une écriture limpide et efficace, l’auteur s’attache aux personnages, aux légendes et à l’anecdote, en nous gratifiant parfois de quelques clins d’œil farceurs. Après le centre, le Prado, le Roucas Blanc et les autres incontournables, il nous entraîne dans les arrondissements à deux chiffres : on le suit à Saint Marcel dans ce havre de nature qui abrite une pagode ou encore à Sainte Marthe pour une promenade qui « permet (…) de changer d’idée sur les quartiers nord. »

CV

_Promenade guidée par l’auteur et rencontre-dédicace le 1/10 dès 15h à la librairie Maupetit (142 La Canebière, 1er)

[28 sept 2011] Mathieu - 3” (Delcourt)

millefeuille-3.jpgComme à l’accoutumée, Marc-Antoine Mathieu nous propose ici de vivre une expérience singulière. Le récit met en scène plusieurs événements se déroulant en seulement trois secondes. Au fil des cases (toujours neuf par planche) et des pages, on suit un long zoom qui rapproche notre regard d’un élément dans lequel se reflète un autre et ainsi de suite jusqu’à la fin. Fenêtres, ampoules, cuillères… conduisent donc à voir à plusieurs reprises la même scène sous des angles différents. Complexe et brillant, ce dispositif nécessite une lecture particulièrement attentive (y compris des pages de journaux présentes dans les cases). Cette BD muette à l’intrigue policière qui s’éclaircit progressivement se révèle ainsi une réflexion ludique, riche et dense sur le point de vue, les images et les apparences, montrant à quel point ces dernières peuvent être trompeuses.

BH

[28 sept 2011] Cyril Pedrosa Portugal (Dupuis)

millefeuille-Cyril-Pedrosa.jpgDeux ans d’absence pour finaliser un projet ambitieux, long, porteur de choix et de sens… On sait que la mode actuelle en BD est à l’autobiographie, qui offre son lot d’ouvrages aussi égocentriques que nullissimes. Et pourtant, il arrive que certains auteurs — dont Pedrosa — fassent franchir un palier au genre. D’un point de vue graphique d’abord : ici, les options s’appliquent à enrichir le propos, sans jamais prendre le pas sur le récit. Les couleurs, les écarts de structuration au sein même d’une case font toujours sens avec cette transmission de l’intime. Portugal dégage aussi sa force de la qualité de ses dialogues ; l’écriture quasi cinématographique de chaque réplique fait mouche (on pense au duo Bacri/Jaoui). Le récit se poursuit sans encombre, plaisant, furtif, grave, sincère. Et on a envie de le suivre encore longtemps après la dernière page…

LV

[28 sept 2011] Mizuno - Cinderalla (Imho)

millefeuille-Mizuno-Cindera.jpgLe père de Cinderalla est un restaurateur de renom. Lorsqu’il meurt subitement, Cinderalla doit préparer les yakitori à sa place, ce qu’elle ne sait pas faire. Se rendant de nuit au cimetière, elle retrouve son père qui, devenu un zombie, accepte de l’aider. Mais celui-ci tombe amoureux d’une morte et souhaite l’épouser. Cinderalla doit désormais composer avec une belle-mère et deux belles-sœurs… Premier manga de Junko Mizuno (paru au Japon en 1995), Cinderalla est une relecture toute personnelle de l’histoire de Cendrillon. Le conte se teinte ici d’une dimension gothique et lorgne du côté de l’horreur sans se départir d’un humour volontiers ironique. Le dessin simple, souple et particulièrement stylisé de Mizuno apporte fantaisie et poésie, noirceur et cruauté. Un coup d’essai qui fut un coup de maître.

BH

[27 sept 2011] The cat, the reverend and the slave - Documentaire (France - 2010) de Alain Della Negra et Kaori Kinoshita (Capricci)

dvd-The-cat-the-reverend-an.jpgCe documentaire étrange, presque envoûtant, nous plonge dans le quotidien bien réel de trois communautés adeptes à la virtualité de Second Life : un homme travesti en chat en proie aux enjeux amoureux, une église imaginaire créée par un pasteur et un travesti soumis, tels sont les personnages et leurs avatars — tous américains — qui traversent le film avec un sens du surréalisme assumé. Leur histoire est pourtant bien réelle, et si l’on sourit aisément aux premières images, cette plongée dans l’abstraction virtuelle dégage très vite un sentiment de malaise abyssal. Le film oscille ainsi, grâce aux personnages filmés, entre humour noir et vérité glaçante, pour déboucher sur une scène finale, sublime et terrifiante, où les personnages d’une communauté utopiste présente dans Second Life se retrouvent dans un désert californien, pour une communion générale en l’honneur du rituel « Burning man ».

EV

[27 sept 2011] Le Mystère Andromède (Etats-Unis – 1971) de Robert Wise (Opening Video)

dvd-Le-Mystere-Andromede.jpgLes fans du genre et ceux de ce grand metteur en scène apprécieront la réédition de ce film de SF. Tiré d’un roman de Crichton, ce Mystère Andromède fait une nouvelle fois la part belle, un peu comme dans Le Jour où la Terre s’arrêta, à un positionnement philosophique et ontologique cher à Wise. Le « science versus conscience » plane tout au long de ces deux heures technologiques où, concrètement, il se passe très peu de choses. Il n’empêche. Chez Wise, l’action existe, mais elle apparaît via un montage complexe et ultra serré. L’enchaînement de séquences intriquées (lieu, espace, temps) et interdépendantes fonctionne comme dans ces films catastrophe des années 70, si ce n’est que Wise les détourne, non pour des raisons spectaculaires, mais afin d’amener le spectateur vers une réflexion sur la vie et le hasard biologique des espèces. Fascinant.

LV

[27 sept 2011] L’avenir du souvenir - Documentaire (France) de Jean Rouch et Germaine Dieterlen (L’harmattan)

dvd-avenir-du-souvenir.jpgOn doit aux Editions Montparnasse la plupart des rééditions du grand artiste que fut Jean Rouch, cinéaste et ethnologue, fer de lance du cinéma-vérité (et donc inspiration majeure pour un grand nombre de — jeunes — réalisateurs documentaristes contemporains), également à l’origine de la création des Ateliers Varan. L’Harmattan, occasionnellement éditeur DVD, propose ici le travail que Rouch accomplit avec Germaine Dieterlen, également ethnologue, lors des cérémonies du Sigui, au Mali, en pays Dogon. En 2003, le cinéaste revient sur les traces de ce travail, retrouvant à Sangha les descendants des principaux personnages qui accompagnèrent les recherches des deux scientifiques. Le film permet de pénétrer l’univers cinématographique de Jean Rouch, ses mécanismes de travail, et la grande humanité qui se dégage de ses rapports aux autres. Un bonheur !

EV

[27 sept 2011] L’âme de l’ouest - Deux films (Etats-Unis) de Richard C. Sarafian (Wild Side)

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Malgré une ligne éditrice inégale, Wild Side continue son défrichage de petites perles cinématographiques parfois tombées aux oubliettes, particulièrement dans le patrimoine américain. Parmi ses collections, l’une des plus remarquables reste Classics Confidential, dont est issu ce magnifique coffret, enrichi d’un livret conséquent (80 pages), rédigé par Philippe Garnier, bien connu des lecteurs de Libé. Ces deux westerns de Sarafian tiennent le haut du pavé du genre : le cinéaste a beau avoir toujours été relégué dans la catégorie des artistes mineurs, il est incontestable, à la découverte de ces deux films, que son talent fut mésestimé. On découvre dans son écriture un subtil équilibre des forces entre l’homme et la nature, aux frontières du mysticisme. L’âme du héros, en l’occurrence dans Le convoi sauvage, y est sondée avec une justesse rare dans le genre, ce que développe avec brio Philippe Garnier.

EV

[27 sept 2011] El Shaddai: Ascension of the Metatron (Ignition Entertainment / Xbox 360, PS3)

jeu-el-shaddai.jpgEl Shaddai jouit d’une ambition esthétique rare et d’un visuel inouï : de l’aquarelle à l’aurore boréale, la magnificence et la fantasmagorie de ses environnements servent une trame basée sur d’anciens textes religieux. Le jeu, qui alterne phases d’action à caméra fixe et séquences de plates-formes classiques, narre la traque par un prêtre de sept anges déchus du paradis. La mise en scène, portée par une voix off énigmatique, bénéficie d’un décalage typiquement nippon qui n’est pas sans rappeler le brillant Bayonetta. Les combats, dynamiques, auraient gagné à être plus variés quand la maniabilité pêche en précision lors des séquences en 2D, mais ces bémols n’entachent pas une expérience inédite.

SV

[27 sept 2011] Duke Nukem Forever (THQ / Xbox 360, PS3, PC)

jeu-Duke-nukem-forever.jpgQu’en est-il de ce jeu à la gestation chaotique d’une décennie et demie, porté par la nostalgie et le battage médiatique ? Il possède un esprit proche de celui d’un film Grindhouse, au décalage assumé et au sens de la dérision s’adressant à qui en saisira les références (en l’occurrence, celles-ci tournent autour de lui-même). Un titre qui plébiscite l’action linéaire et dont le level design et la technique battent le chaud et le froid, attestant d’un manque d’homogénéité imputable à l’alternance des développeurs. Néanmoins, loin de la révolution attendue jadis, il se tient droit dans ses bottes et se présente comme un représentant correct d’un genre qui a bien évolué depuis sa première sortie.

SV

[27 sept 2011] Ar Tonelico Qoga : Knell of Ar Ciel (Namco Bandai / PS3)

jeu-ar-tonelico.jpgGust nous offre la suite d’une série particulière de jeux de rôle, axée sur les relations qu’entretient le héros avec les Reyvateils, des êtres artificiels ressemblant fort aux humaines — ce peuple étant exclusivement féminin. Le joueur aura droit à son lot de dialogues (65 à 70 % de l’aventure) tantôt niais, tantôt fascinants, souvent bourrés d’humour… ou d’allusions coquines (titre déconseillé aux moins de douze ans). Le tout en anglais. Le reste se partage entre exploration et combats orientés action qui font la part belle aux dévastatrices Reyvateils, une fois assimilées les subtilités de leur rôle. Ce bon divertissement, sans difficulté majeure, reste avant tout destiné aux initiés.

AD

[27 sept 2011] Transformers 3 : la face cachée de la Lune (Activision / Xbox 360, PS3, Wii, DS, PC)

transformers-3.jpgLe cinéma et le jeu vidéo ont toujours tissé des liens étroits, les licences populaires du premier assurant des ventes conséquentes au second. Un manque d’ambition récurrent est toutefois à l’origine de certains de nos pires souvenirs vidéoludiques, tels que E.T. (1982) ou Superman (1999). Dans le cas présent, le titre suit la trame du dernier film en date et permet de diriger un robot protéiforme. Hélas, les espoirs d’un gameplay renouvelé par ces transformations ne sont pas tenus et l’on se contente d’enchaîner des phases d’action sans génie, portées par une réalisation technique moyenne. Ce produit, néanmoins divertissant, est loin de la flamboyance du Transformers de 2004 (Atari, PS2).

SV

[27 sept 2011] À vendre : du 30/09 au 2/10 à l’Immeuble Communica

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Pour vous Servières !

Après la randonnée artistique du week-end dernier, pendant laquelle nous avons arpenté les 144 ateliers d’artistes ouverts au public pour l’occasion, voici venir le deuxième volet de la manifestation proposée depuis treize ans par le Château de Servières : À vendre, une exposition éphémère dans un lieu inédit…

Depuis l’an passé, les Ouvertures d’Ateliers d’Artistes ne concernent plus seulement Marseille puisque dix-huit artistes dublinois et lisboètes étaient invités à montrer leurs œuvres dans les ateliers marseillais. Echange de bons procédés : nos artistes locaux partiront à leur tour au Portugal et en Irlande, en octobre et juin prochains.
Né à la demande des artistes participant aux O.A.A., À Vendre est un rassemblement artistique pour lequel les préoccupations curatoriales n’empiètent pas sur la volonté initiale d’offrir des murs convertis momentanément en cimaises au plus grand nombre. D’où l’incroyable hétérogénéité des propositions artistiques d’une manifestation plus proche de l’accrochage collectif que de l’exposition. Si elle a pour but de donner la possibilité aux plasticiens de vendre des œuvres à des prix plus qu’abordables, elle représente surtout pour l’amateur d’art contemporain un focus sur la création artistique marseillaise actuelle.
Sous l’égide de Martine Robin, directrice du Château de Servières, les 144 artistes montreront leurs dernières pièces, selon un accrochage tributaire du lieu insolite dans laquelle la manifestation s’installe momentanément. L’exposition réunit de jeunes artistes sortis de l’école comme des artistes confirmés, tous logés à la même enseigne. Une mise en commun des œuvres, des moyens, des volontés…

Texte : Céline Ghisleri
Photo : Ectoplasme de Ghislaine Giordano

À vendre : du 30/09 au 2/10 à l’Immeuble Communica (2 place François Mireur, 1er). Vernissage jeudi 30/09 à 18h. Rens. www.chateaudeservieres.org

C’est Jérémie Delhome qui remporte cette édition du prix Mourlot. Ses formes muettes aux couleurs sourdes ont su séduire les membres du jury.

[27 sept 2011] Portes Ouvertes Consolat : du 7 au 9/10 dans les hauts de la Canebière

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Poursuivre l’Opération Coûte que coûte…

Le festival Portes Ouvertes Consolat cumule cette année les challenges : diffuser des propositions au cœur d’un parcours artistique varié et de qualité, rester proche du grand public, faire vivre tout un week-end le quartier des hauts Canebière… et survivre !

Pour leur sixième édition, les POC ont maintenu les concerts gratuits prévus malgré des difficultés politico-conjoncturelles. L’association prend le risque de se mettre en danger financièrement pour ne pas amputer la richesse de sa programmation. Le partenariat avec Mouv’Art, instauré en 2010, ne se fera pas : l’autre manifestation n’ayant pas encore obtenu les subventions de la cité nécessaires pour mener à bien son projet d’art contemporain (dans des containers sur le Cours d’Estienne d’Orves), elle se voit contrainte de repousser ses dates. Si le soutien des acteurs dynamiques est négligé, l’ambiance post-2013 se verra entachée d’une coulée de désertification du vivier artistique. On ne peut donc que s’incliner devant la ténacité et l’exigence de ceux qui refusent d’abandonner, et les soutenir en masse (en répondant à l’appel aux bénévoles, par exemple) afin de faire passer un message fort : les Marseillais ont le droit à autre chose que des santons et des matchs de foot !
En plus des activités diverses proposées pour l’occasion (circuit nocturne, spectacles, repas, ballade en proxi-pousse, chasse au trésor, tombola….), les POC offriront l’occasion de découvrir une centaine de plasticiens et artisans à travers une cinquantaine de lieux. Des installations d’artistes invités tels Pierre Surtel, François Piquet et le Collectif Ordur’hier (Stéphanie Ruiz et Coralie Grandjean) trouveront aussi place dans l’espace public en questionnant vos sens et votre intelligence.
Parmi les sites ouverts dès le vendredi soir, l’atelier de gravure de la graphiste allemande Gabi Wagner (qui accueille également les œuvres de Catherine Pellissier et les bijoux de Zaza of Mayotte) prouve qu’un engagement à la fois citoyen et plastique n’est pas lettre morte. Maîtrisant « l’intagliotypie » (technique expérimentale compatible avec l’environnement car moins toxique), Gabi poursuit un travail assidu en formulant « qu’on pourrait passer toute sa vie sur une série. » Ses extraordinaires tirages ne troueront pas trop votre porte-monnaie.
Et puis quand on aime, on ne compte pas… surtout pas sur certains décisionnaires culturels !

Texte : Marika Nanquette-Querette
Photo : Experimentelle Drucktechnik de Gabi Wagner

Portes Ouvertes Consolat : du 7 au 9/10 dans les hauts de la Canebière. Rens. 04 91 95 80 88 / www.assopoc.org
Gabi Wagner, atelier de gravure (23 Rue Léon Bourgeois, 1er) : prolongation du 10 au 15/10, Rens. 04 91 50 66 95 / www.gabiwagner.de

[27 sept 2011] Prix Mourlot 2011 : jusqu’au 8/10 à la Galerie de l’ESBAM

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« C’est une grande joie ! »

L’exposition des quatre finalistes du Prix de Peinture Mourlot 2011 à la galerie de l’ESBAM permet de prendre le pouls d’un art qui se renouvelle toujours et encore, s’imposant comme un intarissable médium …

Dans La Carte et le Territoire, Michel Houellebecq campe le personnage d’un artiste qui se fraye une place dans le milieu de l’art contemporain, entre Jeff Koons et Damien Hirst. L’auteur choisit de faire de Jed un peintre, en déroulant tout au long du roman l’idée sous-jacente que la peinture reste le médium premier. A la question « Compte tenu de tous les médiums possibles aujourd’hui, pourquoi choisir la peinture ? », Julie Dawid répond : « Parce que c’est une grande joie ! » C’est même une joie perceptible, et communicative quand on regarde les compositions de l’artiste, agencées comme un puzzle où les couleurs fusent et nous ramènent à ce qui l’anime : le monde végétal, le monde animal, quelque chose d’originel, de primitif, qu’elle retrouve en peignant à même le sol.
Les formes muettes aux couleurs sourdes de Jérémie Delhome ont su séduire les membres du jury, qui en ont fait le lauréat de cette onzième édition. On ne prend conscience de l’étrangeté de ses œuvres qu’à la deuxième lecture. Le peintre joue sur les codes de représentation, décontenançant notre regard au fur et à mesure que la chose représentée nous échappe, parce qu’elle n’est pas identifiable… Le travail des couleurs aux correspondances de tonalités improbables et, surtout, les jeux de lumière, viennent renforcer l’incongruité du sujet. Ils constituent surtout pour Jérémie Delhome le lieu de ses recherches picturales, qui évoluent récemment vers des effets de textures, de matières, des préoccupations tournant autour de la surface de sa peinture.
Nous reverrons sans doute très vite les grands formats aux sujets solennels de Claire Tabouret, qui vient de se voir décerner le prix Berwin à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Enfin, il nous tarde de revoir les enfants turbulents de David Lihard (découvert grâce au Prix Mourlot), sujets d’une peinture qui lie un sens accru du cadrage et de la composition, un sens poétique des couleurs, et qui évite avec brio la mièvrerie dans laquelle ils pourraient la faire choir…

Texte : Céline Ghisleri
Photo : Marseille 2010 de Jérémie Delhome

Prix Mourlot 2011 : jusqu’au 8/10 à la Galerie de l’ESBAM (40 rue Montgrand, 6e). Rens. 04 91 90 68 90 / galeriemourlot.free.fr

[27 sept 2011] Seize x 16 : jusqu’au 8/10 à la galerie Seize

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Seize’âme

La galerie Seize a fêté sa troisième rentrée au 16 rue Fontange, ayant à l’esprit ses seize expositions passées et ses nombreux projets à venir.

Sachant que Ventilo est un peu la Madame Irma de vos sorties culturelles et que les membres de Seize semblent nourrir quelque monomanie pour les chiffres, un peu de numérologie s’impose. Calculez votre chiffre pour l’année 2011 : additionnez votre jour et votre mois de naissance au chiffre 8 (le total du collectif des créateurs), puis réduisez le résultat jusqu’à obtenir un chiffre entre 1 et 6 (là, débrouillez-vous). Le résultat vous donnera votre vibration artistique pour la semaine.

1/ Innovez !
Comme la galerie Seize, aux installations rythmées : les expositions se renouvellent chaque mois. Se démarquant des autres galeries d’art contemporain par cette boulimie raisonnée d’accrochages ou d’envahissements (les œuvres de certains artistes, du wall drawing aux installations vidéo en passant par le paper design, investissent l’espace au sens premier), la structure veut agir de manière innovante et décalée, à l’image de ses consœurs parisiennes de 9e concept ou Magda Danysz.

2/ Sachez vous recycler.
Les lieux ont une âme et inspirent les nouveaux occupants. C’est le cas de cette ancienne chambre froide, ancien atelier de couture aussi, devenu un espace de création pour le collectif qui compte dans ses rangs six graphistes, un développeur web et un chef de projet. Le lieu se définit comme un espace de soutien et de promotion d’artistes français et étrangers émergents et la vitrine des choix unanimes et des travaux des huit concepteurs. A la fois galerie et atelier graphique, Seize porte un concept collectif et recyclable, parce qu’il est à suivre et qu’il est vert.

3 : Continuez, vous êtes sur la bonne voie.
Comme Seize, vous allez vivre une troisième rentrée placée sous les bienfaits des chiffres. Riche de seize expositions passées et d’artistes locaux révélés ou à venir comme Mona Lumir Fabiani, Vincent Landry ou Mothi Limbu, la galerie poursuit aussi son chemin vers des horizons internationaux en présentant des artistes comme Alfredo Maffei (Sao Polo), Gabriel Moreno (Espagne) ou Clemens Behr (Allemagne).

4 : Attention, c’est maintenant que ça se concrétise.
Avec 256 carrés de 16 couleurs différentes et de 16 centimètres de côté vendus à 16 euros, Seize a invité 6 artistes à produire 42 œuvres afin de marquer cette nouvelle rentrée. Cette installation collective fait écho à une œuvre également commune réalisée par le studio graphique, mais en noir et blanc cette fois ci.

5 : Springboardez et ne soyez pas jaloux.
Comme Seize, soyez un véritable tremplin (en anglais dans le texte : springboard) pour le street art et pour d’autres structures marseillaises et régionales : Backside gallery ou encore la maison de ventes aux enchères Leclere. Sachez être un élément déclencheur tout en gardant l’esprit street !

6 : Bravo ! Vous avez tiré le bon numéro.
La galerie prévoit d’inviter, pour sa troisième saison, des artistes reconnus et cotés comme Shaka. L’exposition à venir (du 26 octobre au 19 novembre 2011), signée Amigo, mêle avec finesse et humanité dessins et photos. Un des artistes clés du lieu, Clemens Behr, viendra quant à lui clôturer la saison en juillet 2012, permettant ainsi aux amateurs qui ont pu découvrir son travail à l’ouverture de la galerie de suivre son évolution artistique.

Christelle Guidicelli

Seize x 16 : jusqu’au 8/10 à la galerie Seize (16 rue Fontange, 6e).
Rens. 04 91 33 61 02 / www.seizegalerie.com

[27 sept 2011] Sophie Testa - La galerie des Sauvages à la Poissonnerie

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Des masqués

Après avoir fêté ses dix ans lors de trois journées riches en événements artistiques, la Poissonnerie, dirigée par Thierry Tannières, reprend sa programmation de plus belle avec une collection de dessins réalisés par Sophie Testa.

Les festivités organisées à l’occasion de son anniversaire — exposition de quarante artistes présentés depuis 2001, sortie d’un CD avec 25 pochettes originales par 25 artistes, concerts, happening musical, danse, projection de films d’artistes et lectures — manifestent bien le dynamisme et l’engagement de cette structure associative culturelle implantée à deux pas de la mer. Une structure qui a la particularité de présenter arts plastiques et musicaux, via l’organisation régulière d’expositions et de concerts, tout en prolongeant sa volonté de promouvoir les arts par un travail d’édition. Par ailleurs, elle participe intensément aux projets culturels marseillais en collaboration avec des structures institutionnelles ou associatives. C’est justement en partenariat avec le Château de Servières, à l’occasion des Ouvertures d’Ateliers d’artistes et de l’événement A vendre !, que la Poissonnerie présente actuellement La galerie des sauvages, une série de dessins réalisée par Sophie Testa. Depuis 2004, l’artiste étudie les collections des arts dits primitifs des musées en cherchant à leur donner forme et corps par un acte d’appropriation. Pour cette série, c’est surtout une collection d’art mexicain (statuettes et masques utilisés lors de rites funéraires) qui fonctionne comme support de la création : l’artiste explore leurs particularités graphiques et stylistiques en laissant libre cours à son imagination pour inventer un corps aux masques, amplifier ou rejouer autrement l’expressivité et l’imaginaire des statuettes. En croisant habilement restitution à visée anthropologique et geste artistique contemporain, elle nous fait pénétrer dans un monde à la fois réel et symbolique, passé et présent, dans lequel la mise en scène des figures peut être réélaborée et réinvestie de significations selon le regard que l’on porte sur elles.

Elodie Guida

Sophie Testa - La galerie des Sauvages : jusqu’au 4/10 à la Poissonnerie (360 rue d’Endoume, 7e). Rens. 04 91 52 96 07 / lapoissonnerie.free.fr/

[27 sept 2011] Joëlle Fouilloux – Résonances… à la galerie Songe d’Icare

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Corps à Corse

La galerie Songe d’Icare inaugure sa saison avec une exposition d’huiles et de dessins signés Joëlle Fouilloux. Une première riche en couleurs, marquée par la danse et la Corse.

L’artiste peint la mer, ou plus exactement des calanques, peut-être du côté de Piana ou de Scandole, et développe des couleurs étonnamment attractives, notamment dans les bleus de ces portions de mer abritées des reflets solaires par la grâce de corridors de minéralité qu’elle sait rendre vertigineux de verticalité. Au pied de ces roches, l’eau, qui pour calme qu’elle soit n’en est pas moins mouvante, de ce mouvement incessant dont respirent les mers. Elle manie efficacement la juxtaposition des plans, verticaux, horizontaux ou inclinés, dont elle compose des paysages saisissants, d’où surgissent instantanément les volumes et se restituent les reliefs et replis de la terre. D’ailleurs, elle travaille aussi la matière et joue de cette dimension-là dans ses tableaux, en renforçant, par la quantité de peinture utilisée en certains endroits, cette impression de volume, de relief. Non tant de profondeur que d’épaisseur et de consistance, comme si elle ne cherchait pas à représenter mais à faire exister. Une autre série de tableaux semble très marquée par la danse, bien qu’aucun des titres de ces œuvres n’aillent en ce sens de façon explicite. Une suite dans laquelle le mot « tronc » revient souvent dans l’intitulé et qui fait apparaître des arbres — jamais dans leur entièreté : on n’en voit pas la base, encore moins les racines ; ils n’ont pas de feuillages, seuls leurs troncs se dessinent, parcourus de tensions, élancés de mouvement, parfois noueux, montrés en plan serré. Ils évoquent en cela des mouvements chorégraphiques, plus particulièrement de tango, ce mélange d’abandon et de retenue, de pulsion et de contrôle, cette façon de savourer le plaisir en retardant l’arrivée de son paroxysme. Une exposition par ailleurs traversée de beaux moments de lumières …

Frédéric Marty

Joëlle Fouilloux – Résonances… : jusqu’au 29/10 à la galerie Songe d’Icare (21 rue Edmond Rostand, 6e). Rens. 04 91 81 76 34 / 09 62 50 43 03 / songedicarelagalerie.com

[27 sept 2011] Films Femmes Méditerranée : jusqu’au 4/10 à Marseille

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Profession : réalisatrices

La sixième édition des rencontres Films Femmes Méditerranée porte un regard tout autre sur notre époque et ce chapelet de pays reliant les îles éoliennes à Tanger.

L’équipe de Films Femmes Méditerranée ouvre donc le bal de cette nouvelle saison cinématographique, durant laquelle les principaux festivals phocéens, portés par une myriade d’associations, enrichissent notablement le paysage local en matière de diffusion. Le schéma reste le même pour cette sixième édition : donner la parole aux cinéastes féminines des divers pays bordant la Mare Nostrum, concept pertinent lorsque l’on connaît la place déterminante (mais parfois contradictoire) des femmes dans cette région du monde, et ce dès les premiers écrits mythologiques. Cette année, plus d’une douzaine de pays sont représentés à l’écran, du Maghreb à l’Europe, en passant par le Moyen-Orient. Avec à la clé de fort belles invitations, à commencer par Moufida Tatli, cinéaste tunisienne qui avait frappé les esprits dans les années 90 avec un superbe premier film, Les silences du Palais, programmé lors de cette nouvelle édition au Chambord. La réalisatrice raflera de nombreux prix pour cette œuvre puissante et sensible, puis tournera quelques années plus tard La saison des hommes, qui achèvera de la placer comme fer de lance du nouveau cinéma tunisien. Citons parmi les autres invitées Danielle Arbid, venue présenter Beyrouth Hôtel, inédit à Marseille, et programmé cette année à Locarno. La cinéaste libanaise cite souvent Henry Laurens, du Collège de France, qui précisait : « Si vous avez compris quelque chose au Liban, c’est qu’on vous l’a mal expliqué. » Le film suit la rencontre amoureuse de Zoha et Mathieu, sur fond de peinture sociale et politique d’un pays naviguant désespérément entre chaos et espoir. Autre curiosité programmée, le film de Pelin Esmer, Les collections de Mithat Bey, venu représenter la cité qui attire aujourd’hui tous les regards et autres fascinations par son dynamisme magnifique en perpétuelle mutation : Istanbul. Cette œuvre documentaire constitue un témoignage poétique et décalé sur la mémoire de l’ancienne Constantinople, sous le regard d’Ali, concierge de son immeuble. La rive européenne de la Méditerranée n’est pas en reste, avec l’avant-première du film Corpo celeste de l’Italienne Alice Rohrwacher, en partenariat avec l’Institut Culturel Italien de Marseille, décidément très investi dans la diffusion d’œuvres transalpines. Le film offre une plongée dans l’une des plus belles régions du pays, la Calabre. Au total, près d’une quinzaine d’opus seront présentés lors de cette nouvelle édition, auxquels s’adjoint une sélection de courts-métrages, achevant de brosser un portrait pertinent de la création cinématographique méditerranéenne au féminin.

Texte : Emmanuel Vigne
Photo : Les collections de Mithat Bey de Pelin Esmer

Films Femmes Méditerranée : jusqu’au 4/10 à Marseille (Prado, Chambord, Maison de la Région et Alcazar), puis le 8 à Hyères et le 9 à La Ciotat. Rens. 04 91 47 37 14 / www.films-femmes-med.org

[27 sept 2011] L’Apollonide - souvenirs de la maison close (France – 2h02) de Bertrand Bonello avec Hafsia Herzi, Céline Sallette…

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Et la tendresse, bordel

Loin de l’univers masculin de ses derniers films (De la guerre, Le Pornographe…), le nouveau Bonello, lancinant et sensuel, nous entraîne à l’intérieur d’une maison close parisienne au début du siècle dernier. Une prison dorée pour une douzaine de très jeunes filles, à laquelle chacune rêve d’échapper un jour, sans aucun espoir de réussite.
Eloge de la lenteur, le film s’adapte au temps qui s’écoule différemment dans cet espace clos, bercé par des chansons françaises et du rhythm’n’blues sixties, pas franchement déplacé dans cet univers particulier.
On regarde les filles vivre, passant de leurs chambres au salon, se métamorphosant dans l’escalier qui les mène à leurs clients, joyeuses et souriantes femmes de compagnies qui ne peuvent trouver le sommeil tant qu’un homme est dans la place.
Mélangeant cinéma et théâtre dans sa prise de vue (« Le salon, c’est la scène des filles, l’étage, leurs coulisses »), Bonello montre le quotidien des prostituées, sans vulgarité et en évitant les clichés. A travers les rituels d’hygiène, les espoirs, les amitiés, la maladie et l’envie d’en sortir, il dresse une délicate galerie de portraits, sans alourdir les traits et sans manichéisme. Qu’il s’agisse des clients, de « la femme qui rit », dont l’histoire rythme lentement le film, entre songe et éveil, ou de la mère maquerelle, parfait mélange entre la maman et la putain, personne n’est tout noir ou tout blanc dans cette jolie chronique. Bonello livre ici un film d’époque langoureux, la poussière en moins, hypnotisant dès les premières secondes.

Aileen Orain

[27 sept 2011] Restless - (Etats-Unis – 1h35) de Gus Van Sant avec Henry Hopper, Mia Wasikowska, Ryo Kase…

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Loss in translation

Après Paranoid Park et Elephant, qui abordaient certes d’autres sujets (l’adolescence notamment), Gus Van Sant continue d’explorer le thème de la mort, et plus particulièrement la résistance qu’offre l’innocence de l’amour à son inévitabilité.
Enoch (Henry Hopper, sage fils du rebelle et regretté Dennis) est un jeune homme replié sur lui-même, dont le seul exercice de sociabilité se résume à hanter les enterrements (il n’a pas pu assister à celui de ses parents). Cette morbidité laissera peu à peu la place à une renaissance grâce à une rencontre amoureuse avec Annabel Cotton (Mia Wasikowska), dont la gaieté semble insensible au cancer qui la ronge. Paradoxalement, plus les références à la mort s’accumulent, entre fête d’Halloween et fantôme kamikaze, ou aux chemins qui y mènent, du suicide à la maladie, plus la poésie romantique du film emporte le spectateur. Une atmosphère automnale et duveteuse que l’on doit à une bande son pop planante, à un éclairage atténuant la vivacité des couleurs et à une caméra fugacement braquée sur l’esquisse d’un sourire ou la courbe d’une nuque. Depuis le nuage où l’on contemple cette œuvre, le temps semble suspendu. Derrière les épreuves traversées par l’amour, qui doit affronter maladie et incompréhension de la famille, Gus Van Sant ne se prive pas de critiquer la fausse personnalisation — mais vraie normativité — des enterrements aux lieux et discours nostalgiques bien similaires : la phrase « Sorry for your loss » (« Toutes mes condoléances » en V.F.) n’est-elle pas assénée tout au long du film ? Tout comme nous ne cesserons de répéter que ce dernier est indispensable.

Guillaume Arias

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