Restless - (Etats-Unis – 1h35) de Gus Van Sant avec Henry Hopper, Mia Wasikowska, Ryo Kase…

Restless – (Etats-Unis – 1h35) de Gus Van Sant avec Henry Hopper, Mia Wasikowska, Ryo Kase…

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Loss in translation

Après Paranoid Park et Elephant, qui abordaient certes d’autres sujets (l’adolescence notamment), Gus Van Sant continue d’explorer le thème de la mort, et plus particulièrement la résistance qu’offre l’innocence de l’amour à son inévitabilité.
Enoch (Henry Hopper, sage fils du rebelle et regretté Dennis) est un jeune homme replié sur lui-même, dont le seul exercice de sociabilité se résume à hanter les enterrements (il n’a pas pu assister à celui de ses parents). Cette morbidité laissera peu à peu la place à une renaissance grâce à une rencontre amoureuse avec Annabel Cotton (Mia Wasikowska), dont la gaieté semble insensible au cancer qui la ronge. Paradoxalement, plus les références à la mort s’accumulent, entre fête d’Halloween et fantôme kamikaze, ou aux chemins qui y mènent, du suicide à la maladie, plus la poésie romantique du film emporte le spectateur. Une atmosphère automnale et duveteuse que l’on doit à une bande son pop planante, à un éclairage atténuant la vivacité des couleurs et à une caméra fugacement braquée sur l’esquisse d’un sourire ou la courbe d’une nuque. Depuis le nuage où l’on contemple cette œuvre, le temps semble suspendu. Derrière les épreuves traversées par l’amour, qui doit affronter maladie et incompréhension de la famille, Gus Van Sant ne se prive pas de critiquer la fausse personnalisation — mais vraie normativité — des enterrements aux lieux et discours nostalgiques bien similaires : la phrase « Sorry for your loss » (« Toutes mes condoléances » en V.F.) n’est-elle pas assénée tout au long du film ? Tout comme nous ne cesserons de répéter que ce dernier est indispensable.

Guillaume Arias