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janvier 2010

[27 jan 2010] L’Echange par le Théâtre de Ajmer

Un Echange franco-japonais

Un peu à la manière de Paul Claudel, qui avait écrit plusieurs versions de L’échange, Frank Dimech remonte le texte qu’il avait une première fois proposé en 2003. Un voyage dans l’univers impitoyable de l’Amérique des succès… mais au Japon.

echange.jpgL’œuvre qui en résulte est pour le moins singulière et troublante : de formidables acteurs japonais jouent Louis Laine et Marthe, ce couple presque naïf du fait de sa jeunesse, fougueux mais fragilisé par la perversion de la toute-puissance américaine, par la tentation du Nouveau Monde qui prend les traits de la perfide diva Lechy et du mercantile Thomas Pollock Nageoire. Dans le texte, mais en japonais !
La langue, incompréhensible parce que sans racines communes avec la nôtre, devient un univers sonore qui, grâce à la traduction sporadique de certaines répliques, emmène le spectateur à appréhender l’intrigue de manière sensitive. La corporéité est un élément fort dans l’interprétation des acteurs, véritables virtuoses tout à la fois danseurs et chanteurs. On retrouve des ressorts dramatiques chers au metteur en scène, à commencer par un décor à la fois épuré et signifiant : une petite maison de papier mise à feu, une pluie d’objets — ici de lourdes billes de plomb qui se déversent bruyamment comme autant de pièces d’une machine à sous… Tout un symbole. Si l’on regrette la longueur de la pièce, qui abuse de l’attention de spectateur, on ne pourra que saluer l’audace d’une telle initiative, celle d’une mise en scène — réussie — qui assume jusqu’au bout l’étranger, phénomène trop rare sur les scènes françaises.

Texte : Joanna Selvidès
Photo : Nagare Tanaka

L’Echange par le Théâtre de Ajmer était présenté du 12 au 16/01 à la Friche la Belle de Mai

[27 jan 2010] Lhasa – Lhasa (Tôt ou Tard)

Galettes-Lhasa.jpgAu soir du 1er janvier 2010, Lhasa est donc partie discrètement, touchée en son sein par ce fléau contre lequel ne peut lutter la plus fleurie des âmes. Evidemment, ça nous touche, parce que la chanteuse américano-mexicaine avait résidé à Marseille, au début de la décennie. Mais surtout parce que sa musique était unique, à la fois intimiste et universelle. Pris dans le flot des sorties, nous n’avions pas parlé l’an passé de son dernier album, une merveille là encore. Il ressort, et porte simplement son prénom, comme si elle s’était enfin trouvée après des années d’errance.
PLX

[27 jan 2010] Owen Pallett - Heartland (Domino/PIAS)

Galettes-Owen-Pallett-heart.jpgRêvons un peu. Et si ce n’était pas l’air du temps qui faisait converger la musique qu’on aime ? Et s’il y avait plus que « Brooklyn » et « 2009 » pour inspirer ces vocalises et ces arrangements orchestraux complexes qui se trouvent brillamment intriqués à des touches de rock psychédélique et de noise ? Willy Wonka et le patron de la Motown dirigeraient le label des Dirty Projectors et d’Owen Pallett (aka le violoniste d’Arcade Fire), et il y aurait ce lieu enchanteur fondé à l’endroit exact où le monde sauvage avait éclos de la main de Dionysos : les studios Domino.
JS

[27 jan 2010] Vampire Weekend – Contra (XL/Naïve)

Galettes-vampire-weekend-co.jpgIls sont apparus il y a deux ans avec leurs dégaines de jeunes gens bien propres sur eux, plus Manhattan que Brooklyn, ce qui tranchait avec ces sonorités africaines brandies en étendard. Derrière le décorum, un fantastique premier album de pop minimaliste et délurée, blindé d’hymnes instantanés. Voici venu le temps du toujours difficile deuxième album, et comme pour Franz Ferdinand ou Bloc Party, les chansons sont moins fortes. En revanche, l’accent a été mis sur le groove : on attendra donc un peu pour voir si Vampire Weekend sont les Talking Heads des années 2010.

PLX

[27 jan 2010] Nathalie Natiembé – Karma (Sakifo Records)

Galettes-Nathalie-Natiemb%C3%A9-.jpgAprès le sublime album Sankèr en 2005, qui ouvrait de nouvelles voies au maloya, Nathalie Natiembé poursuit sa quête de modernité avec ce Karma, aidée par les deux aventuriers de génie du duo Bumcello. Quasiment improvisé en studio, enregistré en quatre jours, le disque confronte brillamment le savoir-faire instrumental de Vincent Segal et Cyril Atef avec la féminine créolité de la chanteuse réunionnaise. Traditionnel, jazz, rock… Les étiquettes glissent sur cet opus inspiré qui réussit la gageure de garder du début à la fin une parfaite homogénéité. Une vraie réussite.

nas/im

[27 jan 2010] Kurt Vile – Childish prodigy (Matador/Naïve)

Galettes-Kurt-Ville-Childis.jpgAprès deux albums confidentiels, Kurt Vile, ancien guitariste de War On Drugs (les rockers du tonnerre de Secretly Canadian), s’invite chez Matador pour nous servir ce Childish prodigy très réussi. C’est simple, direct, rock’n’roll en diable, avec cette touche lo-fi et je-m’en-foutiste qui, du Velvet à Pavement, semble caractériser une certaine frange de l’indie US. Le tout culmine avec ces quelques passages magistralement robotiques, servis par une voix lointaine et triturée, qui jouent la carte de l’hypnose rock façon Suicide. Une bonne dose de décharge électrique.

nas/im

[27 jan 2010] V/A – Panama ! 3 (Soundway)

Galettes-V-A-Panama.jpgTroisième volume de la série initiée par les défricheurs de Soundway, cette nouvelle compilation renforce l’idée que le Panama tient une place à part dans la musique latine, coincé entre l’Amérique du Sud et celle du Nord, entre la tradition afro-cubaine et la modernité occidentale. Sur la route imaginaire qui relie l’Afrique aux Etats-Unis, l’escale panaméenne paraît donc incontournable et s’avère fort jouissive. Avec ses petites perles pour la plupart inédites en CD et son livret joliment illustré, ce Panama ! 3 excelle dans l’exercice périlleux des compilations vintage.

nas/im

[27 jan 2010] Jamie Lloyd – Beware of the light (Future Classic/Module)

Galettes-Jamie-Lloyd-Beware.jpgDécouvert il y a deux ans par le biais d’un fabuleux remix de Quarion, autre jeune pousse qui symbolisa dès lors le grand retour de la deep-house, Jamie Lloyd avait mis en lumière l’excellent petit label Future Classic, de Sydney. Mais le réduire à cette seule formule musicale était déjà une erreur : son premier album, plutôt downtempo, lorgnait vers la scène autrichienne. Sur le nouveau, le producteur australien opère un virage à 180° en s’essayant à retranscrire les vibrations disco new-yorkaises, quelque part entre Metro Area et les missiles de DFA. Un pari réussi.
PLX

[27 jan 2010] V/A - Welcome to the Twisted Cabaret vol.1 (Volvox music)

Galettes-V-A-Welcome-to-the.jpgUne quinzaine d’artistes se sont réunis autour d’une idée : dessiner en musique l’équation dont le résultat est « Cabaret ». Peu importe la langue ou le style (pop, swing/jazz, metal…), on trouvera là dix-huit (très) bonnes chansons qui démontrent de façon évidente qu’ajouter un peu du vernis de l’excentricité à des timbres rappelant l’univers forain promet un spectacle incandescent, bien qu’éphémère. Les plaisirs d’aujourd’hui se nommeront Budam, Tiger Lillies, Evelyn ou Baby Dee. Et demain, ils revêtiront tous les autres noms inscrits ici. Et ce n’est que le volume 1…
JS

[27 jan 2010] Philip Roth - Exit le fantôme (Gallimard)

Millefeuilles-Philip-Roth-E.jpgDe retour dans la ville dont il s’était volontairement exilé pour fuir des menaces de mort, Zuckerman, double de Philip Roth, est revenu de tout : la littérature demeure son seul rempart face à un pessimisme grandissant sur fond de réélection de George Bush. Pourtant, la ténacité des fantasmes le ramène à la vie. Le voici aux prises avec trois personnages mus par une même passion, l’écriture : la désirable Jamie Logan, auteur en devenir, le teigneux Richard Kilman, arriviste prêt à déterrer les secrets honteux des grandes figures de la littérature pour se faire un nom, et Amy Bellette, autrefois égérie d’ un écrivain. Avec une humanité distanciée, ce roman — balade mélancolique au sein d’un New York qui n’en finit pas de panser ses plaies — dévoile le regard ironique et tendre d’un septuagénaire projeté dans l’ère du numérique et du « prêt à imprimer ».
AFH

[27 jan 2010] François Beaune - Un homme louche (Verticales)

Millefeuilles-Fran%C3%A7ois-Beau.jpgC’est sous la forme d’un journal de bord que l’on suit Jean-Daniel Dugommier à deux moments de sa vie. Il vit son adolescence dans un environnement terne et insipide sur lequel il pose un regard empli de sarcasmes. Avide d’en comprendre le fonctionnement, il consigne dans un carnet ses différentes observations. Vingt-cinq ans plus tard, on retrouve un homme esseulé, abîmé par une vie chaotique et un séjour en établissement psychiatrique. Son carnet est à nouveau l’endroit d’une anthropologie de son quotidien à laquelle s’ajoute la théorie d’un « univers sous-réaliste” ». Une couche de réalité a priori imperceptible composée des évènements ordinaires, de l’habituel, du « bruit de fond ». « L’infra-ordinaire » de Perec n’est pas loin… Avec ce premier roman inventif, séduisant et drôle, François Beaune nous livre l’une des meilleures surprises de la rentrée littéraire.
EL
(Voir http://loucheactu.blogspot.com/)

[27 jan 2010] Auguste derrière - Les moustiques n’aiment pas les applaudissements (Le Castor Astral)

Millefeuilles-Auguste-derri.jpg« La caravane passe et le ciseau à bois », « Ne pas confondre : Trois soupes et Tripotages », « Un vieillard maniaque devient vite saoulant. », « On ne dit pas : “ Elle est spacieuse ta baleine ” mais “ Cétacé grand chez toi ”. »… Voilà le genre de petites perles que l’on trouve dans ce recueil de (fausses) sentences dont la principale raison d’être est de livrer jeux de mots et calembours. Si tout, évidemment, n’est pas hilarant, il y a ici de quoi faire travailler abondamment ses muscles zygomatiques. La typographie comme les illustrations renvoient brillamment — et de manière efficace — au style des publicités paraissant dans les journaux du XIXe et début du XXe siècles. Si vous souhaitez approfondir votre sens de l’humour absurde, cet ouvrage est fait pour vous !

BH

[27 jan 2010] Patrick McEown - Hair Shirt (Gallimard/Bayou)

Millefeuilles-Patrick-McEow.jpgPatrick McEown œuvre dans les comics depuis plus de trente ans. Les X-Men ou les Batman dessinés à la chaîne n’auront pas eu raison de sa créativité puisque son dernier ouvrage est une pure merveille de roman graphique. Malgré un dessin peu révolutionnaire car bien ancré dans la mouvance « indé » actuelle, Hair Shirt se lit d’une traite. Cet admirable récit d’ados meurtris par la vie — qui juxtapose avec une remarquable finesse passé et présent, rêve et réalité — nous happe par la pertinence de son propos. Les abysses psychologiques de ces protagonistes complexes se débattant en vain au sein d’une tragédie universelle, leurs relations emplies d’espoirs impossibles, de songes et de cauchemars fascinent littéralement. Avec cet ouvrage à la sensibilité exacerbée, véritable perle noire venue du Canada, l’année commence bien pour Gallimard et la collection Bayou.

LV

[27 jan 2010] Left 4 dead (Valve, Xbox 360 / PC)

jeux-left-4-dead.jpgLe briefing : quatre personnages (deux jouables sur un écran séparé ou quatre par Internet) complètement archétypaux doivent affronter des nuées de zombies.
Proposition ludique : la survie comme un sport, une interface intuitive (peu de boutons à apprendre), où le talent compte pour beaucoup, mais aussi la bonne volonté, puisque veiller sur les autres ou mettre en place une tactique n’est pas une obligation et reste renégociable à tout moment.
Enjeu du trip : observer le déploiement de l’avarice, de l’envie et de la gourmandise dans la gestion des ressources (les trousses de soins), de la luxure (gaspillage des munitions) dans l’utilisation des munitions, de la paresse dans la participation au combat et finalement de la colère vis-à-vis de tout ce qui précède (ou d’une mauvaise utilisation d’une munition rare).

Avec Left 4 dead, c’est l’affectif qui pose problème dans le jeu de survie à plusieurs.

Jonathan Suissa

[27 jan 2010] Army of Two : le 40e jour (Electronic Arts, Xbox 360 / Playstation 3)

jeux-Army-of-Two-le-40-jour.jpgLe briefing : se retrouvant à Shanghai au milieu d’une guerre civile, deux mercenaires (jouables sur un écran séparé ou par Internet) doivent survivre et intervenir dans la limite de leurs capacités.
Proposition ludique : la survie imposée par le scénario, une interface complexe donc immersive (avec notamment la personnalisation des armes et l’écran rétractable permettant le guidage GPS affiché au sol et le marquage des cibles pendant le combat), où le talent compte un peu mais où c’est surtout la discipline, le fait de veiller sur les autres et d’employer des tactiques scrupuleuses, qui est incontournable.
Enjeu du trip : jouissance d’un monde où la science (tactique et technologie militaire) et la discipline permettent de briller.

Avec Army of Two, la technologie et la tactique sont les seuls moyens d’échapper à des légions d’ennemis surarmés.

Jonathan Suissa

[27 jan 2010] Sumo (A matter of size) - (Israël – 1h32) de Sharon Maymon et Erez Tadmor avec Itzik Cohen, Irit Kaplan…

Grosse détente

cine-sumo.jpgIl n’est pas évident de trouver des points communs entre deux pays aussi différents qu’Israël et le Japon. Et pourtant… Ces deux-là cultivent le sens de la famille, de la religion et ont pendant longtemps noué des relations commerciales et financières avec les puissances économiques occidentales plutôt qu’avec leurs voisins proches. Les conflits n’ont été ou ne sont jamais loin. C’est peut-être ce qui a conduit les réalisateurs de Sumo à raconter l’histoire d’une bande d’Israéliens obèses s’entraînant à ce sport avec l’aide d’un ancien arbitre japonais. Contrairement à d’autres œuvres traitant du surpoids par une forte exagération comique et à l’aide de trucages bien visibles (L’amour extra-large), Sumo affiche les rondeurs à l’écran sans subterfuge technique. Seuls ou en groupe, les nombreux personnages bénéficient de gros plans. L’humour reste pourtant aussi léger et subtil que l’embonpoint des acteurs est évident. Au-delà de l’originalité manifeste du scénario, le succès du film réside certainement dans cette capacité à faire rire le spectateur avec ses protagonistes enrobés qui se moquent d’eux-mêmes. Mais qu’on ne s’y trompe pas, Sumo est loin d’être une simple comédie, aussi efficace soit-elle. L’isolement géographique des deux pays en question est à l’image d’Hertzl et ses amis dans une société qui alimente le culte de l’apparence physique. On rit avec eux mais on re-questionne sans cesse les travers de notre société : l’intolérance à l’égard de la différence physique, sans considération du véritable bien-être, ou culturelle, à travers les idées préconçues sur les étrangers. La morosité ambiante avait bien besoin de ces ventres distendus pour mieux l’écraser, ne serait-ce que le temps d’un film.

Guillaume Arias

[27 jan 2010] D’une seule voix - Documentaire (France – 1h23) de Xavier de Lauzanne

Le Chœur à l’ouvrage

cine-une-seule-voix.jpgParmi les bonnes résolutions de l’année 2010, les citoyens du monde que nous sommes peuvent espérer qu’Israéliens et Palestiniens continuent à œuvrer pour que le processus de paix au Proche-Orient avance. L’objectif du documentaire D’une Seule Voix n’est en aucun cas de donner une vision politique du sujet, qui aurait forcément été partisane, mais d’interroger la dimension transcendante de l’art — ici de la musique — face aux violences impliquées. C’est donc caméra à l’épaule que Xavier de Lauzanne suit Jean-Yves Labat de Rossi, organisateur d’une tournée française hors norme associant des chanteurs juifs israéliens, arabo-palestiniens et arméniens. Les gros plans sur les quartiers de résidence, le mobilier ou les instruments de musique nous rappellent que le quotidien des uns et des autres se ressemble de ce point de vue. L’espoir est également de mise puisque ces artistes, temporairement extirpés d’une vie tragique, se retrouvent le temps d’une tournée autour des valeurs de la musique, de l’humour et, plus généralement, du partage. Avant de quitter leur domicile et en prévision de ces concerts, tous avaient reconnu la neutralité de la musique, sorte de bulle increvable et sourde aux cris des armes ou des enfants. Quelques éléments viennent pourtant souligner que le retour à une réalité, autrement plus difficile, n’est jamais loin : symboliquement, à travers une séparation de barreaux de fenêtres ou, plus concrètement, par cette vision du mur isolant la Palestine d’une partie d’Israël, et l’irruption du conflit politique dans la bouche même d’un manager palestinien pendant la tournée. Le plus surprenant vient peut-être du contraste entre ces jeunes choristes plus gais que leurs aînés, mais aussi plus pessimistes quant à la possibilité d’une issue pacifique au conflit. Le proverbe ne ment donc pas : la musique adoucit les mœurs.

Guillaume Arias

[27 jan 2010] A serious man - (USA – 1h45) d’Ethan et Joel Cohen avec Michael Stuhlbarg, Sari Lennick, Richard Kind…

Double peine

cine-a-serious-man.jpgAprès le très noir No country for old men, les frères Coen avaient besoin de se relâcher un peu. Ils nous offraient ainsi Burn after reading, une comédie policière qui, sans atteindre des sommets de virtuosité, remplissait son rôle de manière assez correcte. Il faut croire que ce n’était pas suffisant et qu’il leur fallait signer une pure comédie, sans armes ni cadavres. C’est chose faite avec ce long-métrage bizarrement intitulé A serious man. Le seul problème, c’est que le film n’est pas vraiment drôle et que la légèreté affichée par ses auteurs peine à nous convaincre. Cumulant les mésaventures dans sa vie professionnelle comme familiale, un jeune professeur d’université cherche le réconfort auprès des rabbins de sa communauté. Ceux-ci, loin de le rassurer, accentuent les névroses de ce loser très ordinaire dont la maladresse chronique exclut toute idée de pitié. On attend ainsi pendant tout le film qu’il se passe quelque chose, que le récit décolle, que le personnage réagisse : en vain. Le préambule du film nous le laissait pourtant deviner avec sa pauvre reconstitution historique, ses dialogues abscons et sa triste fin moralisatrice. On s’aperçoit très vite qu’on est bien loin de l’efficacité tarantinienne d’Inglorious basterds qui, en quelques minutes et via un dispositif minimal, réussissait à installer une tension forte ouvrant brillamment l’histoire à venir. Suite de saynètes dignes d’une série télé quelconque, A serious man s’embourbe dans les méandres — devenus clichés depuis Woody Allen — de l’adulte juif américain qui s’interroge façon psychanalyse de comptoir. Cherchant l’effet comique, le gag frondeur à tout prix, les frères Coen n’y parviennent presque jamais. Et si le scénario ne restera pas dans les anales du septième art, que dire de la pathétique performance d’acteur de Michael Stuhlbarg ? A côté, Pierre Richard, c’est Buster Keaton ! A serious man : sérieusement ennuyeux.

nas/im

[27 jan 2010] Emploi Saisonnier : jusqu’au 13/02 à la Galerie de la Friche

C’est Byzance à la Friche

Dans le cadre de la saison de la Turquie en France, Sextant et plus présente à la Galerie de la Friche Emploi Saisonnier, un projet réunissant sur 1 300 m2 une quinzaine d’artistes emblématiques de la création contemporaine turque. Trois expositions différentes pour trois propositions artistiques plurielles où s’entremêlent humour, poésie et politique.

emploi-saisonnier.pngLe point de départ du projet, initié en 2008 par Sextant et plus et IKSV, était « de rendre compte des questions urbaines, sociales et culturelles des villes du pourtour méditerranéen, et plus particulièrement de la Turquie. »
Cœur de l’exposition, Arrangements est le fruit d’une collaboration de huit artistes originaires d’Izmir, grande métropole turque. Chacun à leur manière, ils ont élaboré des procédés singuliers pour évoquer les questions du quotidien et des modes de vie. Les photographies, vidéos et installations s’apparentent à une esthétique de la trouvaille. Loin de l’art « entertainment », ces poésies bricolées au coin d’une table s’inscrivent en marge de tout exotisme.
Deuxième volet de l’exposition, Quelques-uns des mots qui jusqu’ici m’étaient mystérieusement interdits (titre emprunté à un poème écrit en 1936 par Paul Eluard et dédié à André Breton) présente les vidéos et les photographies de trois artistes originaires de Diyarbakir, ville du sud-est secouée par des conflits sociaux et politiques. Les travaux présentés ici traitent de ses tensions avec un humour parfois caustique.
Le dernier versant de cette trilogie est une proposition du collectif Xurban, La ville blanc, dont le titre a été inspiré d’un graffiti inscrit sur une enseigne d’un projet urbain du centre ville de Marseille. Les membres du collectif y voient l’amorce d’une critique sur les processus de gentrification1 qui s’opèrent dans les villes « all-white », de New York à la Nouvelle-Orléans. En attendant de nouvelles formes de résistance face à un développement urbain néolibéral, Xurban « porte son regard en direction de la mer, en sachant par expérience que son apparente sérénité est trompeuse et que sa colère dépasse l’inimaginable. »

Texte : Anne-Sophie Popon
Photo : Deniz Gul - Ottoman Cuff

Emploi Saisonnier : jusqu’au 13/02 à la Galerie de la Friche (41 rue Jobin, 3e). Rens. www.sextantetplus.org / www.iskv.org / www.culturesfrance.com / www.saisondelaturquie.fr

  1. La gentrification (de gentry : « petite noblesse » en anglais) est un phénomène urbain d’embourgeoisement. []

[27 jan 2010] Franck Aslan – Hatirasi

Aslan le Magnifique

Une exposition avec son ami Nin Bek au CAC de Istres, un Trombone inauguré à Nice, une exposition personnelle à la galerie Mourlot : joli début 2010 pour Frank Aslan, le plus « allumé » des peintres marseillais…

expo-frank-stache.jpgL’histoire raconte que le grand-père de Frank quitta sa Constantinople natale pour « servir de chair à Canon » à Verdun. De cette « dénaturalisation », il gagna un œil et un bras en mois, mais conserva sa moustache… A la recherche de son histoire personnelle, le jeune artiste marseillais débarque donc à Istanbul en 2004, où il découvre que son patronyme y est l’équivalent de « Martin » en France. De ce premier voyage, il ramènera une série de photos répertoriant les enseignes utilisant son patronyme.
L’exposition à la galerie Mourlot est le récit du périple qu’il réitère en 2009, duquel il ramène dessins, photos et peintures, autant de « Souvenirs à acheter » (Hatirasi en VF) qui racontent Sa Turquie, ses similitudes avec Marseille, ses différences… Plus que l’art lui-même, c’est le lien qu’il lui permet d’entretenir avec les gens qui semble intéresser Aslan, comme le filtre à travers lequel il aurait choisi d’appréhender autrui ; ses peintures figurant les souvenirs de l’intérêt qu’il nous porte — avec joie chez Mourlot, avec gravité à Istres. « Funky » selon ses propres mots, pleines de couleurs acidulées, de paillettes, de cadres dorés, les œuvres de Franck célèbrent une joie de peindre perceptible et un véritable intérêt pour le medium, sa matière, ses gestes, et sa « petite cuisine ». Les deux dômes déclinent des nuances infimes de noirs qui rappellent les essais de Manet sur l’Olympien… Le chat (presque sacré en Turquie) inachevé laisse apparaître une toile non apprêtée qui lève le voile sur la méthode de travail du peintre. Une peinture « poïétique »1, démontrant combien les secrets ennuient l’artiste… Car Frank Aslan est un irrévérencieux : il maugrée quand on lui parle de postérité et enrage contre « les opportunistes de la peinture ». On se souvient d’ailleurs de l’installation présentée aux Ateliers Boisson dans laquelle il nous invitait à tirer à la carabine sur une œuvre… Cet artiste « aquoiboniste » et faiseur de « plaisantristes » peint avec panache. Sans chercher à épater, sa peinture nous séduit grâce à sa sincérité, dans ses sujets et dans sa facture.

Céline Ghisleri

Franck Aslan – Hatirasi : jusqu’au 28/02 à la Galerie Mourlot-Jeu de Paume (27 Rue Thubaneau, 1er).
Rens. 04 91 90 68 90

  1. En art, étude des processus de création. []

[27 jan 2010] Sandro Della Noce - Tour à tour

Les mécanos de Sandro

Architecturale et urbaine pour les uns, futuriste pour les autres, l’œuvre de Sandro Della Noce — qui réunit pour l’exposition Tour à tour un pylône déchu et un en érection — ne se laisse pas facilement mettre en case…

sandro-della-noche.jpgTour à tour est une exposition où deux sculptures entretiennent un lien de l’ordre de la gémellité. L’une des tours tient encore debout tandis que l’autre s’est écroulée. A son insu, le regardeur omet l’idée de deux formes distinctes et leur invente une histoire commune, impliquant une notion de mouvement, et par conséquent de temps. Au lieu de déambuler autour d’elles, il reste figé devant les épisodes d’une catastrophe, constatant les résultats chronophotographiques de la chute d’une tour.
Baroque, Brut, Bauhaus : si les sculptures de Sandro Della Noce s’inscrivent dans l’Histoire de l’art, elles ne dérogent cependant pas à leur contemporanéité. La monumentalité des deux tours frappe dès l’entrée dans la galerie. La mise en scène impose un effet dramatique (baroque), mais dans un langage esthétique qui évoque davantage les minimalistes que Le Bernin. Assemblage de formes et de matières dans l’espace, les matériaux de Sandro sont peu retravaillés, pratiquement à l’état brut, comme dans le courant artistique éponyme. Les matières, pas nobles (bois, corde, craie), sont livrées aux regards telles quelles. Elles semblent appartenir à un univers industriel. C’est dans cet environnement que l’artiste extirpe des formes que son œil détecte et qu’il réachemine vers son propre langage plastique.
Les pièces de l’Italien — qu’il qualifie de « sculptures en kit » — sont des assemblages de modules géométriques, répétitifs, déclinables et combinatoires : un répertoire de formes abstraites qui invite à toutes les interprétations. Son travail s’inscrit ainsi dans la plus pure tradition constructiviste, les mécanismes de ses sculptures nous ramenant aux premières tentatives d’assemblage du début du XXe siècle (Naum Gabo, Tatline, Moholo-Nagy…). Débarrassés de la représentation, ces jeux de constructions jouissifs tendent à l’universel.

Céline Ghisleri

Sandro Della Noce - Tour à tour : jusqu’au 13/02 à Buy-Sellf Art Club (101 rue Consolat, 1er).
Rens. 04 91 50 81 22

[27 jan 2010] Dondolo : Une vie de plaisir dans un monde nouveau

Sixteen again

Une vie de plaisir dans un monde nouveau : c’est ce que nous promet Dondolo, le trublion pop qui s’est replongé dans ses racines « indie » pour composer son nouvel album. Une seconde jeunesse ?

dondolo.jpgAu printemps 2007, le premier opus de Dondolo nous avait bien tapé dans l’œil. En compilant une bonne partie de son travail sur une petite décennie, ce trentenaire installé à Aix intronisait un alter ego pour le moins fantasque, puisant dans la pop synthétique des 80’s en faisant fi des supposées barrières entre bon et mauvais goût. Vrai sens de la mélodie et du gimmick, désinvolture et humour à froid : coup de cœur, rencontre, pleine page. On s’était mis à espérer que ce disque, autoproduit, puisse rencontrer à juste titre un large public. Malheureusement, on s’est plantés : Dondolisme est resté un secret d’initiés, et Romain Guerret (pour l’état civil) est passé à autre chose. Pour enfiler un costume de cadre ? Non : Romain est toujours intermittent et il continue de faire des concerts, avec son groupe, dans les petites salles. Ce qui a changé, c’est sa musique : son nouvel album a été réalisé en formation serrée, toutes guitares dehors, et renoue pleinement avec ses influences « indé ». On avait aperçu Dondolo en héritier de Jacno (dandysme et synthés cheap), le voici aujourd’hui en leader d’un groupe qui pourrait presque être affilié au revival « twee-pop » (anglo-saxon), avec ses mélodies diaphanes tapies sur un nuage de décibels. Pourquoi un tel virage ? « Je viens du rock mais j’ai toujours écouté de la musique populaire à la radio, il n’y a pas de fossé pour moi : je pars du principe qu’une bonne chanson, c’est une bonne chanson. Ce qui guide mon parcours, c’est la recherche de la pop-song parfaite, qu’elle soit faite avec un synthé ou une guitare. Bon, les synthés m’ont un peu gonflé ces derniers temps… Je préfère les guitares, clairement, avec un son crade. » Composé en quelques mois et enregistré très rapidement, le disque, essentiellement chanté en anglais cette fois-ci, résonne comme une ode aux premiers émois adolescents, ceux du plaisir simple de jouer avec ses potes des chansons qui n’ont pas leur âge, entre classicisme indie et accélérations punk. Une orientation musicale qui est en totale résonance avec le fil conducteur d’Une vie de plaisir dans un monde nouveau : la fuite en avant, mêlée d’un sentiment diffus de nostalgie pour une époque désormais bien révolue. « J’ai composé cet album dans une période de ras-le-bol de plein de choses, avec l’envie de partir vite sans savoir vraiment où aller. J’aime cette phrase, Une vie de plaisir dans un monde nouveau : elle est pleine de promesses, et en même temps très pessimiste, ça peut sonner comme un slogan publicitaire. » L’album sortira sur Division Aléatoire, le label du Cabaret Aléatoire, dans les prochaines semaines. Qu’il rencontre ou non son public, finalement, n’est sans doute pas l’essentiel, puisqu’il témoigne simplement d’un besoin artistique de faire, malgré la crise, mais également de l’habileté de son géniteur à enfiler les costumes. Soyez-en sûrs, Dondolo n’est jamais vraiment là où on l’attend.

PLX

Prochainement dans les bacs : Une vie de plaisir dans un monde nouveau (Division Aléatoire)
Rens. www.myspace.com/dondolo8

[27 jan 2010] Anything Maria

Ave Maria

Sélectionnée pour la Biennale des Jeunes Créateurs en 2007, Sophie Gonthier, alias Anything Maria, a depuis suscité l’engouement d’un large réseau de fans.

anything-maria.jpgSophie Gonthier est née en 1983 à Marseille. Après des études de musicologie et de médiation culturelle à la fac, elle part à Berlin où elle réside deux ans dans l’optique de rencontrer un maximum de nationalités possibles. Son projet solo Anything Maria, c’est d’abord un souffle clair, une voix qui monte haut, porte le son et le module dans le mezzo et le crescendo, selon la volonté et les errements de l’artiste. Sophie aime brouiller les genres, de la pop à la noise en passant par l’électro : « J’oscille entre des ballades éthérées, discrètement électroniques, et un rock plus sauvage, en passant par des morceaux plus dancefloor. » Tantôt seule sur scène, à la guitare et aux samples, tantôt avec un musicien (Jean-Marc Montera pour un album avec Radio France, Meisterfackt pour une version « strictement club » présentée à Seconde Nature), elle laisse ses émotions l’envahir sur des mélodies minimalistes où rien n’est jamais pareil, quand les textes parlent de dualité (masculin/féminin, dominant/dominé). La question qui se pose au contact de sa présence est le devenir d’un travail dont la première des qualités est la fragilité. Sophie Gonthier ne construit pas des tubes, elle avance dans une déambulation du laisser-aller vers ce qui touche à l’essentiel. Au festival MIMI, elle apparaît au milieu d’un quintette de jazz pour transpercer l’air de l’île du Frioul. Au Baby, elle utilise le confinement de la salle pour prendre le temps de brouiller les sons et les effets du larsen… Chaque endroit est une occasion de découvrir, sous un autre angle, un air qui nous trotte dans la tête. « Si j’ai bien différentes facettes, je garde toujours la même patte. C’est ce qui m’a amenée à jouer aussi bien dans des clubs que dans des salles de concert. » Anything Maria impose avec beaucoup de naturel le corps sur scène, sans mur, sans fard, en acceptant la timidité du moment et les errements du trac. C’est dans cet instant où tout peut se casser la gueule que le public s’accroche et s’identifie, parce qu’on a le sentiment de pouvoir monter sur scène, de tenter l’aventure avec elle. « Mon but reste toujours d’écrire dans le feu du moment des chansons bien faites, qu’elles soient mélancoliques, énergiques, passionnées… D’où cet éclectisme, influencé directement par du vécu, à l’état brut. »

Karim Grandi-Baupain

Le 27/01 à l’Enthropy, le 29/01 à l’Escale Saint-Michel (Aubagne) et le 5/02 à Seconde Nature (Aix-en-Pce) en duo avec Meisterfackt.
Rens. www.myspace.com/anythingmaria

[27 jan 2010] Short Cuts 254

Eric Legnini Trio > Le 28 au Théâtre de la colonne (Miramas)
Cet excellent trio de notoriété internationale revitalise le piano jazz à l’aide d’influences iconoclastes : du latin-jazz à la soul ou au funk, en passant par un clin d’œil au rappeur Jay Dee, qu’on ne pourra déceler qu’en tendant l’oreille avec attention. C’est ainsi qu’il construit depuis dix ans un hard-bop endiablé bien que très complexe. Se réinventant comme personne, Eric Legnini nous proposera d’aller à la rencontre de l’Afrique, avec l’album Trippin’.
Trippin’ (Discograph) JS

Savage Republic > le 29 à l’Embobineuse
L’Embobineuse accueille ici son premier concert majeur de 2010, celui d’une formation très underground des 80’s que l’on pourrait légitimement considérer comme culte. Née sur les cendres d’Africa Corps, dont le patronyme a rapidement du être abandonné, Savage Republic a détonné au sein de la scène post-punk US en revendiquant les influences conjuguées de Black Flag, Throbbing Gristle et Can. Très percussif, le groupe, reformé il y a quelques années, a de bons restes.
1938 (Neurot Recordings) PLX

Tambour Battant > le 30 à la salle des fêtes de Venelles
De l’électro qui bastonne, par deux jeunes Français qui se sont fait un nom à la force du poignet, c’est-à-dire sur scène où ils ont le mérite de livrer un « vrai » live (contrairement à ces charlots de Justice, faut-il le rappeler). Ils se situent d’ailleurs à mi-chemin de l’école « banger » et de celle des sound-systems (hip-hop, breakbeat…), ce qui leur permet de toucher pas mal de monde avec un vrai sens de la montée. Dans le genre, c’est assez imparable.
Chip Jockey vol.10 (Expressillon) PLX

The Dodoz > le 30 au Cabaret Aléatoire
Ils sont de Toulouse, font du rock et sortent à peine du lycée. Dit comme ça, on pourrait croire à une mauvaise blague post-« baby rockers », sauf que ces gamins n’ont pas attendu Philippe Manœuvre pour se faire un nom, et que contrairement à nombre de leurs homologues parisiens, ils ont davantage écouté Bloc Party (ou Gang Of Four) que les Libertines (ou les Heartbreakers). C’est donc plutôt dansant et incisif, bien plus stimulant que la moyenne des « teen groups ».
The Dodoz (Murrayfield/Discograph) PLX

Orchestre Philharmonique du Pays d’Aix > Le 31 au GTP (Aix en Provence)
Le désastre en Haïti appelle actuellement à toutes les mobilisations. L’une d’entre elles a retenu notre attention : le Grand Théâtre de Provence s’associe à l’Orchestre Philharmonique du Pays d’Aix pour un concert exceptionnel, où l’intégralité des dons (l’entrée est gratuite) sera reversée à la Croix Rouge Française. Le programme proposé fera honneur aux compositeurs russes, soit l’occasion pour les toutes petites bourses d’écouter de la très grande musique.
PLX

Tony Allen > Le 3 à l’Espace Julien
Si l’on a autant de mal à oublier Fela, c’est surtout pour les lignes de batterie de Tony Allen. Aujourd’hui seul aux commandes, sa vision très métissée de l’afro-beat risque bien d’élargir encore le nombre des fidèles. En témoigne son nouvel album, qui de l’Afrique au r’n’b, et malgré des compositions inégales, emporte le morceau. Le groupe réuni pour cette tournée française est à la hauteur, improvisant fort quand il n’abreuve pas la foule de riants refrains.
Secret Agent (World Circuit) JS

So So Modern > le 5 à la Machine à Coudre
Imaginez le tableau : quatre Néo-Zélandais qui associent le post-punk haut en couleurs de Foals (camarades de label), le rétro-futurisme d’Add N to (X) et l’attitude scénique de Devo. Quatre types déguisés à l’occasion comme Jacques Villeret dans La soupe aux choux, se partageant à tour de rôle synthés analogiques, batterie et guitares… On les avait ratés à l’Embob’ en juin 2008, les filles de l’association In The Garage rattrapent le coup. Concert de la quinzaine !
Crude futures (Transgressive)

Andrew Weatherall > le 5 au Cabaret Aléatoire
Lui, c’est un peu le parrain, le prince noir, il est toujours délicat de présenter pour la énième fois un tel monument. Andrew Weatherall a été le premier à oser un rapprochement entre cultures rock et techno, en produisant des disques séminaux et pas que pour sa pomme, en pilotant des labels ou en s’emparant des platines avec la même exigence, comme ce sera ici encore le cas. Ce mec peut faire danser un branché sur du rockab’, ce qui n’est pas donné à tout le monde…
A pox on the pioneers (Rotters Golf Club/La Baleine) PLX

The Heavy > le 6 au Poste à Galène
Les Anglais ont beau être extrêmement suffisants, du fait sans doute de leur position insulaire, ils n’ont jamais caché leur obsession pour les Américains. Des Rolling Stones à Tony Blair, ça se vérifie tout le temps, et The Heavy en est une nouvelle preuve : prenez un peu de boogie-rock, tapez dans les archives Nuggets, puisez abondamment dans le catalogue Stax et secouez bien : vous avez le petit groupe qui marche du moment. Groovy, sexy, sympa… et sans prétentions.
The house that dirt built (Counter/Pias)

Etienne Jaumet > le 6 à l’Oméga Live (Toulon)
Certains d’entre vous le connaissent déjà : au cours de ces deux dernières années, ce musicien protéiforme a joué à Marseille avec The Married Monk (au Merlan) ou au sein de Zombie Zombie (à l’Embobineuse). En solo, Etienne le « geek » — il est aussi féru de nouvelles technologies que de vieux synthétiseurs — donne dans la techno de Detroit. Et il ne fait pas les choses à moitié : son récent album a été produit par Carl Craig. En live, ça plane aussi très haut.
Night music (Versatile/Module) PLX

[27 jan 2010] Les Elancées : du 27/01 au 7/02 à Istres, Miramas, Fos-sur-Mer, Grans et Port-Saint-Louis-du-Rhône

L’Ouest s’envoie en l’air

Svelte et aérien. On dirait mon portrait… Pas du tout, c’est celui des Elancées, festival des arts du geste dont la douzième édition promet son lot de sensations fortes.

elances.jpg

Comment ça, vous ne connaissez pas le festival des Elancées ? Douzième édition, ça commence à compter tout de même. Effectivement, ce n’est pas à Marseille. Raison de plus pour qu’on en parle. Mais la raison principale est ailleurs. Où ça, à Istres, Fos-sur-Mer, Miramas…? Certes, mais le principal est ailleurs. Une quinzaine de spectacles, sept compagnies internationales et trois locales, des spectacles axés sur le cirque et la danse, bref, de quoi satisfaire un large public. C’est d’ailleurs la recette « maison » qui fait le succès du festival depuis onze ans : une programmation variée, originale, mais accessible à tous, une diffusion sur plusieurs communes de Ouest Provence, associée à la rencontre du jeune public et des artistes à travers une sensibilisation dans les écoles. L’enfant au cœur de la démarche, voilà le credo. Et ce n’est pas un vœu pieu puisque Bach à Sable s’adresse aux tout-petits à partir de 18 mois. A l’instar du Roi penché de Carolyn Carlson, que l’on ne présente plus (mais finalement si — cf. infra), spécialement dédié au jeune public. Toujours au rayon danse, le hip-hop se fera une place de choix avec trois spectacles, tandis que le Théâtre de l’Olivier proposera une drôle de Zoopsie Comedi musicale (cf. infra). Vous pourrez aussi partir en voyage initiatique aux pays des Farfalle, découvrir un album de Coloriage grandeur nature et dédié à l’enfant (mais puisqu’on vous le dit) ou grimper au paradis en compagnie d’Aracaladanza. Côté cirque, ça va envoyer du lourd avec, entre autres, la dernière création d’Archaos, que l’on ne présente plus (mais finalement si – cf. infra), Le Grand C qui envoie en l’air dix-sept acrobates (cf. infra) et les Vietnamiens de Lang-Toi qui marchent sur des bambous et ça leur va bien. La suite du programme prévoit un duo aérien et saugrenu détournant les objets dans un Bal Caustique, une compagnie de saltimbanques virtuoses sur fond de musique tsigane (Rasposo), la visite d’un Trippo où se mêlent acrobaties et tours de magie, ou encore une heure de fous rires (Ha ha ha !).
Alors d’accord, c’est un peu loin. Mais avec une bonne prise d’élan, un petit covoiturage, et peut-être une rencontre à la clé, les élancés pourraient devenir enlacés, qui sait ?

Texte : Yves Bouyx
Photo : FLoD

Les Elancées : du 27/01 au 7/02 à Istres, Miramas, Fos-sur-Mer, Grans et Port-Saint-Louis-du-Rhône. Rens. www.scenesetcines.fr

LA SELECTION DE VENTILO

Zoopsi Comedi (Cies Lolita et Beau Geste)
elances-Zoopsie-comedi.jpgLa Zoopsie comedi, c’est un fantasme né de la collaboration de deux compagnies (Lolita et Beau Geste). Dans l’euphorie des années quatre-vingt, les chorégraphes ont décidé de sortir la danse du carcan du pas compté pour l’amener vers le théâtre, les arts plastiques, le music hall et réécrire la formidable histoire de la scène. Dans le prolongement du travail innovant de Philippe Decouflé avec Codex et du K.O.K. de Régine Chopinot avec les costumes de Jean-Paul Gaultier, Zoopsie comedi s’attache les services de Christian Lacroix, qui impose, par là même, les contraintes du costume et des coiffures à la liberté du geste. L’un dans l’autre, un festival de couleurs et de nuances baroques dessine le synopsis d’un cabaret démesuré où les codes du cirque nouveau, du hip-hop et du contemporain s’entremêlent dans un joyeux bordel. L’histoire d’un magicien amoureux d’une fée est un prétexte à la démultiplication des situations et des lieux de rencontres consacrant, de fait, le retour du kitsch et de l’insouciance.

Texte : KGB
Photo : Dan Aucante

_Le 30/01 au Théâtre de l’Olivier (Istres)

Le Grand C (Cie XY)
elances-Le_Grand_C.jpgLes portés sont une affaire de duo, un costaud et un poids plume, un chromosome X qui transpire en-dessous, et un autre Y qui s’envoie en l’air. En 2005, la compagnie XY décide qu’il est temps de partouzer ce beau monde et rassemble sur une même scène dix-sept acrobates, porteurs et voltigeurs. Tous ces duos fusionnent dans une proposition artistique mêlant lancés, chutes, propulsions, constructions et pyramides humaines, se jouant de l’apesanteur dans un ballet acrobatique. Les énergies se combinent pour expérimenter les audaces possibles des portés et des envols. Une démarche Collective où tout est question de Confiance, avec un Grand C. Il paraît que c’est renversant.

Texte : YB
Photo : Raynaud De Lage

_Le 2/02 à 20h30 au Théâtre La Colonne (Miramas).

Le roi penché (CCN Roubaix- Nord Pas-de-Calais)
elances-Le_roi_penche.jpgCarolyn Carlson, c’est une silhouette et un visage. On lui associe la grâce et l’aisance d’un corps né pour la danse. Avec l’écrivaine Marie Desplechin, deux sensibilités se côtoient et envisagent un point de rencontre autour de l’idée du conte pour enfant. Travailler sur le merveilleux, c’est une manière d’envisager l’instant, l’incertitude et la liberté du récit pour marier le geste et la parole. Rien n’est figé, des esquisses de dessins se télescopent avec des ébauches d’histoires, des ateliers d’improvisations posent une chorégraphie des pas sur l’élaboration d’un sentiment. Carolyn Carlson et Marie Desplechin ont un faible pour les haïkus, ces associations de phrases qui développent une poésie sans morale, ni point de vue, une ébauche de l’art qui se manifeste avant d’en comprendre tout le sens. Dans l’éphémère, il y a la vibration de l’instant, ce qui donne la chair de poule.

Texte : KGB
Photo : Frédéric Iovino

_ Le 2/02 au Théâtre de l’Olivier (Istres)

In Vitro 09 (Cie Archaos)
elances-In-vitro.jpgPiste de cirque transformée en cage d’acier chromée, roulements de tambours électroniques, garçons de piste devenus laborantins… : In Vitro échafaude un cirque résolument contemporain. Les artistes, poils, plumes ou blouses médicales incarnent les habitants d’un laboratoire qui s’adonnent au clonage d’êtres mi-hommes mi-animaux. Le savant fou, figure de metteur en scène ou de formateur tyrannique, pris dans un désir contradictoire d’Eros et de Thanatos sur ses créatures, tente de trouver l’être parfait, mais finira criblé de balles de jonglages. Dans une esthétique « bilalienne », In Vitro commence comme une tragédie mais se termine dans l’intimité d’une histoire d’amour naissante. Avec cette création, Archaos place de jeunes artistes sortis des grandes écoles de cirque européennes, brésiliennes et même guinéennes face à leur propre statut : celui de jeunes « produits » dont on peut facilement façonner le corps et l’esprit au risque d’en faire des moutons ou des autruches et dont la fougue pousse au vice de la performance. Intrigué par la naissance de Dolly en 1996, Guy Carrara, qui partage la mise en scène avec Raquel Rache de Andrade, défend ici que « l’artiste de cirque n’est pas un gladiateur que l’on sacrifie et remplace au jour le jour par une créature plus compétitive sortie du laboratoire. » Loin de ses débuts trash, punk & rock’n’roll de la fin des années 80, Archaos défriche son langage au profit de la narration et au péril de la poésie des corps et de la personnalité des artistes. In Vitro flirte avec une dramaturgie théâtrale via des artistes qui, bien que touchant à beaucoup de disciplines, ne sont pas des acteurs. L’invention d’une dramaturgie purement circassienne reste encore en suspens. Cependant, le propos, qui s’attache à défendre la fragilité et la différence contre toute forme de tyrannie de rentabilité, de compétitivité et de performance, nous touche et nous donne à voir l’inventivité, la sensualité et la finesse de ces jeunes artistes internationaux.

Texte : Coline Trouvé
Photo : Philippe Cibille

_Les 5 & 6/02 au Théâtre de l’Olivier (Istres)
(A voir également à Marseille au CREAC mercredi 27/01)

[27 jan 2010] Victoria à la Cartonnerie

La célébration du désastre

Avec Victoria, troisième et dernier volet du cycle Les Suppliantes, la compagnie Du Zieu dans les Bleus livre un spectacle total et inventif, entre tragique et féérie.

victoria.jpg

Dernière figure tragique des Suppliantes, Victoria toise du regard ses deux aînées : Ismène et Ursule. Désormais, le mythe se décline sur le mode du nucléaire à travers tout un arsenal convoqué sur une scène envahie par un bric-à-brac d’objets et de discours bien huilés. A l’heure de la realpolitik, tout est affaire de responsabilité. Le pouvoir se défausse, cherchant une échappatoire dans le déferlement de désirs aspergés de phéromones. Dressing et tuyauterie à vue, la mise en scène, orchestrée avec maestria par Nathalie Garraud et Olivier Saccomano, nous convie à une formidable danse macabre scandée par une écriture ramassée, semée d’impacts. Portée avec énergie par des comédiens visiblement séduits et convaincants, la tragédie jaillit. Au centre, Little Boy (Conchita Paz), présidente indécise, contrainte de vendre ses têtes nucléaires pour éviter la rébellion ; à ses côtés, l’éminence grise Victoria (trois comédiennes au tailleur sexy et à la voix suave berçant les consciences). Puis viennent les « commensaux » : Mike le généralissime, Gadget la science, Ivan le marchand, des chœurs implosés… On sort désorientés, fascinés par cette polyphonie visuelle épurée d’une grande exigence esthétique. Trouvailles et contrepoints abondent et il faut alors laisser le tout décanter pour savourer le cynisme de ce théâtre « politico-féerique », mêlant chamallows et talons aiguilles, faisant se côtoyer Alice et Chaplin en dictateur sur grand écran. Voilà de quoi réaffirmer la permanence du tragique.

Texte : Anne Faurie-Herbert
Photo : du zieu dans les bleus

Victoria : jusqu’au 30/01 à la Cartonnerie (Friche la Belle de Mai). Programmation : Théâtre Massalia. Rens. 04 95 04 95 70 / www.theatremassalia.com

[27 jan 2010] Hypatie ou la mémoire des hommes au Théâtre Gyptis

Hypatie prenante

En abordant quelques problématiques éternelles, la nouvelle création du Gyptis, Hypatie ou la mémoire des hommes, trouve sa pertinence et sa modernité.

Hypatie.jpg

Basée sur des évènements sujets à controverse (la disparition de la Bibliothèque d’Alexandrie, la mise à mort d’Hypatie…), la pièce de Pan Bouyoucas n’a pas pour objectif l’établissement d’une vérité historique ou la réhabilitation d’une personne. Elle fait sienne une des hypothèses retenues par les historiens : celle de moines incendiaires, faisant table rase du savoir de l’humanité afin d’asseoir le pouvoir grandissant de l’Eglise. Deux camps se font face et chacun se revendique source de « lumière » : Hypatie via le savoir et Cyrille l’Evêque d’Alexandrie via la foi. S’ouvrant sur un incendie et se terminant sur un bûcher, Hypatie dépeint une vie faite enfer par cette parenthèse de flammes et l’ambition politique du Prélat. Oreste le Préfet romain symbolise la loi des hommes à laquelle on fait dire ce que l’on veut. Conquérant, Cyrille personnifie le pouvoir fanatique et absolu. Autour et en fonction de ses exactions se positionnent les autres. Son attaque initiale a figé Hypatie dans un rôle de résistante, puisqu’elle renonce à vivre et à aimer tant que ne sera pas rouverte la bibliothèque. Il a aussi semé le doute dans l’esprit du diacre Jean, interprété avec nuance, justesse et belle présence par Martin Kamoun. La foi et le doute, qui se conjuguent en lui, en font le personnage le plus sensible, le plus évolutif et, finalement, la vraie lumière. Il figure, et plus encore qu’Hypatie, la voix de la raison, à laquelle il est fidèle sans en faire une religion. Au moment où le sort d’Hypatie sera scellé, cette voix, pas plus que celle de la loi des hommes, ne saura se faire entendre. Ainsi les civilisations se supplantent-elles, chacune plantant son glaive, sa croix ou son drapeau dans la chair de la précédente. Elles suivent un calendrier identique (naissance, croissance, intransigeance et décadence), mais décalé. Et ce décalage n’est aucunement une expérience transmise, mais un prétexte à conflit, une rupture plus qu’une succession. C’est ce perpétuel déni de « justesse », des civilisations comme des générations, que stigmatise, en mêlant théâtre, musique (avec l’Ensemble Télémaque), chant (avec la soprano Murielle Tomao) et danse (avec la compagnie Grenade), la création d’Andonis Vouyoucas.

Texte : Frédéric Marty
Photo : François Mouren-Provensal

Hypatie ou la mémoire des hommes
: jusqu’au 6/02 au Théâtre Gyptis (136 rue Loubon, 3e). Rens. 04 91 11 00 91 / www.theatregyptis.com

[27 jan 2010] Pippo Delbono accueilli par le Merlan et la Criée du 5 au 16/01

La folle lucidité

La Criée (involontairement hors les murs) et le Merlan nous ont offert en ce début d’année un cycle consacré à l’immense Pippo Delbono. Retour sur cet événement pour le moins marquant.

Pippo-Delbono-questo-buio.jpgDans le panorama théâtral contemporain, peu de metteurs en scène peuvent se targuer d’atteindre, de toucher, ou même de frôler la transcendance dans quasi chacune de leurs créations. Pippo Delbono est de ceux-là. Certes, ses sujets de prédilection (l’humanité et l’absurde) lui laissent un immense champ des possibles. Mais cela n’empêche pas le maestro de rester méfiant et d’éviter régulièrement les écueils. C’est justement l’une des forces de l’Italien que de gouverner un théâtre profond ne s’embarrassant pas de fioritures, de tics ou de « tendances » qui viendraient pourrir sa réflexion. Delbono va vers le vital. Il épure, symbolise et désire — avec cette « rage » qui le caractérise — voir enfin cette lumière, la lumière de ceux qui ne s’illusionnent plus que pour l’essentiel. La quête de lucidité conduit, forge plus que toute autre chose son œuvre gigantesque. La preuve avec le magnifique Questo Buio Feroce qui fit l’ouverture de ce cycle. Questo Buio… raconte le rêve d’une vie quand on n’a pas le sida, d’une vie possible. C’est l’histoire de l’équilibre délicat du silence envahissant, de la douleur des regrets. Ça parle de la liberté aussi, de la force de la liberté, inventée ou pas. Les images remarquables dont se sert Delbono (ces acteurs « cabossés », cette interprétation si désarmante de la chanson My Way…) débordent une scène immaculée pour mieux nous submerger. Le metteur en scène nous embarque dans un univers fragile où chaque geste, chaque mouvement dessine l’évidence. Dans son adaptation du drame shakespearien Enrico V, Delbono embrasse là aussi l’évidence, celle du cri, de la guerre. L’évidence de la folie, de la perdition. Sans décor, épuré, avec à peine quelques jeux de lumière, le spectacle donne à voir une autre dimension de la puissance, de la présence de Delbono et de ses préoccupations ontologiques. Seule La Menzogna, dernière création en date, laisse un arrière-goût d’inachevé. Sans trancher dans la manière, mais sans être vraiment convaincant non plus — parce que trop décousu et tombant parfois dans un voyeurisme de mauvais goût —, ce mensonge n’a pas l’ampleur majestueuse habituelle. Toujours est-il que ces expériences scéniques compteront parmi les plus revigorantes et les plus enthousiasmantes de cette morne saison 2009/2010.

Lionel Vicari

Pippo Delbono était accueilli par le Merlan et la Criée du 5 au 16/01.

[26 jan 2010] Putaindebordeldemerde présenté le 14/01 à Montévidéo

Noircestnoir

Avec putaindebordeldemerde, Simon Siegmann et Jean-Michel Espitallier ont livré une évocation sarcastique de l’hygiène sociale, dotée d’un humour noir. Très noir.

putaindebordeldemerde-C-Mat.jpgDans une boîte noire, deux silhouettes assises vont psalmodier un texte composé d’insultes et d’énumérations indigestes. Tout en noir, cachés, ils répètent en chœur un « credo » sur le trou, motif récurrent de l’écriture contemporaine, ici proclamé comme destructeur et constructeur tout à la fois. La pièce va crescendo. Il y va de la recherche du sens, de l’écœurement de soi. Un ras-le-bol, un trop-plein de désillusions, un nihilisme affiché, mais dont la noirceur affichée devient tendre à force de litanies et dont l’humour grinçant d’autodérision rend bienveillant le public venu nombreux et curieux. La bande-son, très présente, donne à la lecture des allures de pièce radiophonique, d’autant qu’on se retrouve presque dans les conditions d’une écoute nocturne. Les sons des grillons, qui pouvaient évoquer la douceur d’une nuit, deviennent presque assourdissants. L’impossible saisie des détails physiques des deux hommes en présence fait davantage référence aux chemises noires du fascisme qu’au militantisme anarchiste, dans un début de siècle qui s’empeste des bubons de la bienséance. La colère intérieure évolue alors vers le sarcasme, qui ne vise plus rien ni personne, mais qui voudrait presque retourner l’arme contre son propre ventre. Gageons que cette proposition actuellement en création atteindra au fil de ses pérégrinations l’audace impertinente que nous attendons, et dont la violence sensible s’avère décidément humaine.

Texte : Joanna Selvidès
Photo : Mathias Nouel

Putaindebordeldemerde était présenté le 14/01 à Montévidéo

[26 jan 2010] Edito 254

Avatar, du sanskrit avâtara : « descente »

Il était vraiment temps que 2009 tire sa révérence. Bon d’accord, 2010 ne part pas vraiment sur les chapeaux de roue, entre la misère qui comme le chantait Coluche « s’abat toujours sur les pauvres gens »1 et la crise qui rode au guichet du Pôle Emploi, fallait en plus que le seul mec de droite qui ressemblait à Enrico Macias casse sa pipe et que le pape perde par ippon en finale de coupe du monde de judo2. De biens sombres présages pour commencer cette année.
Mais restons positifs, après tout on ne s’en sort pas si mal si on veut bien admettre que l’être humain n’est qu’un génial avatar, un animal de la taille d’un veau (mes hommages, Mon Général) doté par un caprice de la nature d’une capacité cérébrale hors normes. Capable à titre individuel de réelles prouesses mais condamné au grand « n’importe quoi » sitôt qu’il joue collectif : et que je te fabrique des téléphones qui font le café mais peuvent te refiler la tumeur du citron, et que je m’en vais explorer l’espace, mais que « casse-toi, pov’con ! ». Magnifique espèce en vérité, délirante et inventive, de l’ambivalence sublime d’un Egon Schiele à la froide beauté d’un Taser flambant neuf : l’Homme, ou comment le hasard et la génétique peuvent déboucher sur l’abscons.
Alors, même si Copenhague se résume plus à un virolo de paraplégique qu’au grand virage annoncé, même si le point G n’existe pas (?), même si l’autre face de traître va continuer à nous bassiner avec son identité nationale, même si les poubelles à Marseille dégagent toujours plus qu’ailleurs une odeur pestilentielle3 et même si, pour couronner le tout, notre inénarrable Bachelot, ayant enfin réussi à recaser ses stocks, voit la pandémie redémarrer et ravager la population : réjouissons-nous ! La vie est belle, tout le temps qu’elle dure, absurde et magnifique. Nantis, classes moyennes, largués de toujours et amputés de frais, donnons-nous la main, la folle farandole continue, et qui sait le grand soir est peut-être pour après-demain…
Et bonne année bien sûr !

Laurent Centofanti

  1. Les normes anti-sismiques sont contraires à la volonté divine : une évidence que devrait s’empresser de rappeler par encyclique « l’enmitré » Von Ratzinger. Dieu est partout, instillant toujours une touche d’équité dans ses débordements : j’en veux pour preuve qu’à l’inverse de l’histoire des trois petits cochons, les masures haïtiennes de bois et plastiques aient mieux résisté que les riches demeures bétonnées des potentats. []
  2. A domicile et de surcroît contre une illustre inconnue en kimono rouge. []
  3. Cf. « l’affaire des déchets » qui plane au-dessus de Marseille Provence Métropole et du Conseil Général des Bouches du Rhône. []

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