Ventilo n°293
du 8 au 21 février
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Le Portugais Manoel de Oliveira est un cas d’école : passé cette année même centenaire, le cinéaste continue de construire une œuvre dense et raffinée, se permettant dans ce Miroir magique de frôler un certain mysticisme, voire une religiosité cachée, baignée d’une sobriété dont la puissance est la marque de fabrique de ce cinéaste immense. Un homme fraîchement sorti de prison se retrouve l’employé d’une dame âgée, au cœur d’une énorme habitation cossue. L’obsession du jeune homme prend alors forme dans sa volonté absolue de voir apparaître la Vierge. Comme le soulignait de Oliveira lui-même, le film prend son sens dans cette simple phrase : « Chacun a besoin d’une révélation. »
EV
Ed Distribution se charge de la diffusion en France des œuvres du Canadien, barré, de génie, Guy Maddin. Ce dernier opus en date, présenté à Cannes, est une plongée abyssale du réalisateur dans l’atmosphère un brin décalée de son enfance. Evidemment, les éléments autobiographiques le disputent à la réinvention d’un monde mystérieux cher au cinéaste. Une jeunesse passée ici sur une île perdue, au milieu d’une horde d’orphelins surveillés par l’imposante mère de Guy Maddin. Mais bientôt, les secrets et traumas font voler en éclats ce précaire équilibre. Le Canadien offre à nouveau, à l’instar de The saddest music in the world, une œuvre totalement inclassable, photographiée avec sensibilité, portée par la voix enchanteresse d’Isabella Rossellini.
EV
Guillaume Laborie - Jim Steranko, tout n’est qu’illusion (Les moutons électriques)
Harry Morgan et Manuel Hirtz - Les apocalypses de Jack Kirby (Les moutons électriques)
Maison d’édition spécialisée dans les cultures populaires, Les moutons électriques publie coup sur coup deux superbes ouvrages pop qui rendent hommage à deux monstres sacrés de la BD américaine. A tout seigneur tout honneur, le « King » Jack Kirby, à qui l’on doit Captain America, Hulk ou encore Les X-Men, a créé presque à lui seul l’univers et la mythologie des comics Marvel. Son art du récit dessiné a influencé durablement toute une génération d’auteurs et tout un pan de la pop culture américaine. Touche-à-tout de génie, tour à tour artiste de l’évasion, dessinateur, éditeur, collaborateur de Spielberg et Coppola, Jim Steranko aura quant à lui été l’un des premiers (avant Frank Miller ou Alan Moore) à revendiquer et obtenir le statut d’auteur au sein de l’industrie des comics. A la plus grande satisfaction de tous les super-héros.
SZ
Nini Patalo et les siens reviennent enfin ! Jean-Pierre, l’homme des cavernes récemment décongelé, souhaite plus que jamais être reconnu pour ses talents culinaires. André, le canard râleur, décide de devenir le génie du mal et s’applique à… arracher les ailes des mouches. Quant à Nini, elle se retrouve à lire les aventures de Plipli et Ploplo ! Tome après tome, Lisa Mandel a bâti avec Nini Patalo une série où tout est possible, son imagination étant foisonnante (sans limites ?) et porteuse d’idées toujours plus incroyables et drôles. Si la forme a quelque peu changé — le format est plus petit, à l’italienne, le nombre de pages a augmenté et bien des gags sont traités en strips de quelques cases —, ce cinquième tome est aussi réussi et indispensable que les précédents. Cerise sur le gâteau : on y apprend l’origine des mini-pingouins nettoyeurs de frigo !
BH
C’est l’une des sensations du moment. En général, on les évite soigneusement, parce qu’elles n’ont nul besoin de notre assentiment et qu’on aime bien ne rien faire comme tout le monde, mais quand même. The XX vient de commettre le classique new-wave (nu-wave ?) des années 00, un disque plus chaud et sensuel que son minimalisme polaire, en descendance directe des Young Marble Giants, pourrait le laisser croire. Deux garçons, deux filles, vingt ans de moyenne d’âge et une maturité impressionnante : la digne réponse anglaise aux productions du label Italians Do It Better.
PLX
D’une évidente simplicité, le folk du Charentais François Marry, rebaptisé pour l’occasion François & The Atlas Mountains, touche juste. Entre douceur onirique et tristesse de velours, les sentiments y sont calfeutrés, seuls percent quelques envolées mélodiques d’une grâce infinie. Hors l’écriture, peut-être que le véritable miracle de ce disque réside dans la facilité avec laquelle les voix mélangent français et anglais sans affecter la crédibilité des chansons ni l’évocation poétique qu’elles recèlent. Sans forcer, le vide se fait autour de cette Plaine inondable.
nas/im
Coil est le nom d’un fameux duo électro-indus des années 80-90. Il signifie « spirale » ou « trouble »… Pas étonnant, dès lors, que l’album collectif en leur hommage soit un puits insondable, ses parois semblant réfléchir indéfiniment le Waiting for a miracle de Leonard Cohen (B.O. de Tueurs nés). Ce qu’a ici orchestré le producteur Stéphane Grégoire se révèle aussi abrasif et érotique que l’étoile noire qui orne sa pochette, quand bien même les interprétations en solo (signées Yaël Naim, Matt Elliott ou DAUU & Christine Ott) soient ses gemmes les plus étourdissantes.
JS
Jeune prodige du minimalisme allemand, auquel il a donné ses dernières lettres de noblesse au sein du très coté label Vakant, le Suisse Mathias Kaden sort enfin son premier album. Et surprise : Studio 10 n’a rien de l’œuvre décharnée que l’on était en mesure d’attendre. Mûri durant deux ans avec divers musiciens, ce disque suinte le groove par tous les pores, et doit autant à la deep-house qu’à la « minimale », au jazz ou au dub. C’est chaud et organique, superbement produit du début à la fin. Mine de rien, Kaden vient de commettre l’un des sommets électroniques de 2009.
PLX
Pendant longtemps Kim erra, jusqu’à son album Kim is dead en 2005 —premier disque posthume d’un vivant — qui le situait sur la carte de l’underground français. Ayant pris l’habitude de tout faire seul, Kim (mono) joue, chante et produit. Le résultat est tout simplement jouissif. On saute allègrement de la pop au disco, du folk au funk : Kim porte le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ! Capable de pondre en une nuit plus de perles qu’une poule croisée avec une huître, le lointain cousin de Beck apporte sur la scène hexagonale une fraîcheur inattendue.
nas/im
Thomas Grimmonprez
Bleu (Zig Zag Territoires/Harmonia Mundi)
Vijay Iyer Trio
Historicity (Act Music)
Deux trios jazz à l’honneur ce mois-ci. Le premier est celui du batteur Thomas Grimmonprez autour duquel rôdent le Fender Rhodes de Jérémie Ternoy et la contrebasse de Christophe Hache. Le ton est soul, presque rock : du jazz accessible et rythmique. Le second est américain, réuni autour du piano de Vijay Iyer, entre jazz modal et polyrythmie complexe. Deux jolis disques qui, même s’ils ne partagent pas la même esthétique, nous donnent une belle image de la modernité jazz.
nas/im
Quatre ans après Black Kites, qui avait fait son petit effet dans le circuit indé régional, les Marseillais de Lo reviennent avec un deuxième album de « garage pop », à savoir dix petits feux d’artifice (Fireworks) mélodiques et pétaradants. Pour faire simple : c’est du rock (impeccablement) joué le nez dans le guidon, avec une certaine accroche et une production très correcte. Le bémol, une fois encore, c’est que les compositions sont bien souvent coulées dans le même moule, et qu’une réelle identité peine à émerger. Il reste que Lo continue à faire du bon boulot.
PLX
Les professions d’acteur et de musicien font rarement bon ménage, et Juliette Lewis, qui a laissé tomber sa carrière d’actrice, semble plus avoir bénéficié d’une attention curieuse qu’autre chose. Mais voilà, débarrassée de son groupe The Licks, elle s’offre les services d’Omar Rodriguez-Lopez, compositeur, guitariste et producteur chez The Mars Volta… et sur ce Terra Incognita. Titres psyché ou hispanisant, flirts 80’s… : la patte du maestro est bien là. Si quelques morceaux sont bien dispensables, pour le reste, nous sommes en… terre connue : celle des hits !
dB
A fleur de peau
L’édition 2009 du festival organisé par les Instants vidéo, qui se déploie à Marseille jusqu’au 19 décembre, a débuté par un hommage à l’un des plus grands artistes vidéo de ces trente dernières années, disparu en 2007 : Thierry Kuntzel.
La programmation diversifiée de la nouvelle édition des Instants Vidéo ne cherche pas à être réunie sous un thème commun, mais bien plutôt à être dynamisée par une interrogation : « Avez-vous vu l’horizon récemment ? ». Avant d’ouvrir les perspectives haletantes offertes par la richesse de ce festival (sur lequel on reviendra très prochainement), prenons notre souffle avec La Peau de Thierry Kuntzel. L’artiste traite la vidéo à la fois comme outil et comme finalité : par un jeu de redoublement et d’aller-retour constant, la caméra vidéo révèle, crée, fait et découpe le visible ; et inversement le visible révèle, fait et montre la technique à l’œuvre, c’est-à-dire le dispositif de vision qui oriente et modèle toujours notre perception. Ici, l’étrange dispositif (le projecteur photomobile) nous montre par une vision extrêmement rapprochée le défilement de différentes peaux à travers une impression de continuité. Cette œuvre nous invite à faire l’expérience d’une « perception haptique » (une sorte de toucher visuel) car l’on peut voir/sentir les changements de grain et de densité de la peau ; mais aussi car le défilement à la surface de la peau s’apparente à une caresse, à un contact. C’est bien de l’être humain dont il est question mais en tant qu’il est un visible parmi le Visible, qu’il témoigne du Visible dont il fait partie, mieux, dont il est imprégné. En effet, la vision est si proche de ces peaux que différentes matières du monde peuvent être perçues en elles, celles d’un paysage lunaire, terreux, désertique. Notre œil glisse sur ces surfaces vivantes, expressives d’un corps, du monde, d’une histoire. Et le voyage qu’il effectue témoigne de notre facticité, de notre finitude, de nos douleurs. La peau est marquée par la vie, c’est une trace, un récit, mais c’est aussi un tracé, un trajet… Une temporalité : redoublement avec l’appareil filmique. Une finitude : la boucle est bouclée. Eternel retour sans avenir possible ? Et vous, avez-vous vu l’horizon récemment ?
Elodie Guida
Thierry Kuntzel – La peau : jusqu’au 7/11 à la Compagnie (19 rue Francis de Pressencé, 1er). Rens. 04 91 90 04 26 / www.la-compagnie.org
Projections de vidéos de l’artiste les 29/10 (Echolia, Time smoking a picture) et 5/11 (Still, La peinture cubiste) à 19h30.
Quand la beauté n’est pas en reste…
Le Musée d’art contemporain de Châteauneuf-Le-Rouge (d)étonne avec une expo collective à la fois drôle et éclectique. Ou comment les rebuts ou matériaux pauvres viennent tinter dans la tirelire imaginaire des arts plastiques.
Tous un peu fêlés, les quelque douze plasticiens réunis ici nous ravissent par l’éclectisme et la force d’assemblage des petits riens détournés. « Autant de questions, d’invitations au rêve que ces artistes nous proposent dans un élan créateur qui ne connaît pas de règle ni de contingence… de marché, de tendances ou de modes. Leur “récolte élémentaire” faite à partir de “restes” du quotidien est là pour enrichir notre mémoire tant par l’allégorie, la métaphore ou le registre symbolique dont se nourrit toute œuvre d’art, du moins celles que nous aimons. Ce sont des arpenteurs du monde. Ce sont des “passeurs”… dont nous ne saurions nous passer tant leur constructions savantes sont attentionnées, pleines d’une intention, voire d’une affection particulière qui nous va droit au cœur » décrit très justement Pierre Vallauri, le Président d’Arteum. Ce dernier s’est souvent déplacé dans les ateliers avec Christiane Courbon, commissaire de l’exposition et critique d’art : une approche, toute en nuances, à travers les textes qui ponctuent le parcours, démontre un grand respect dans la restitution des démarches. Parmi les collectionneurs contribuant à diffuser le vivier, les époux Sotta ont vraisemblablement influencé le choix des participants car on rencontre nombre de leurs chouchoux. Sabrina Gruss fait resurgir les ossements voués à la terre… Naissent alors des personnages d’une grâce inquiétante. Ceux de Petra Werlé sont facétieux : ils ne mangent pas de (mie de) pain et ne sont pas à piquer des hannetons ! Quant à Jean-Jacques Ceccarelli, quand Jeanne Gérardin roule ses bouts d’étoffes et qu’Odon tisse, il nous déroule des binômes de torchons dans lesquels l’usure se poétise. Brice Mathey, petit-fils spirituel de Tinguely, a compris que bien des drames et des inventions se jouaient en cour de récréation. Marie Morel s’évertue à mettre ses propres émotions dans des cases : s’en dégage une douceur amère, parfois crue(lle), qui fonctionne à merveille. Louis Pons intègre savamment les objets comme autant de « miracles qui tombent sous la main »… D’autres glaneurs de génie sont à découvrir dans cette fine sélection qui réjouira un public de 7 à 77 ans, pour une miette d’euros.
Texte : M. Nanquette-Querette
Photo : Jacques Ceccarelli de?tail de On me?lange les torchons et les serviettes
La beauté des restes : jusqu’au 28/11 à Arteum (RN7, Châteauneuf-Le-Rouge).
Rens. 04 42 58 61 53 / http://www.mac-arteum.net
Faut (pas) rêver !
Quand on a quatre ans ou presque, on a beaucoup d’imagination, encore faut-il la nourrir. Quand on a quatorze ans, comme la compagnie Clandestine, on nourrit celle des autres.
Avec pour toile de fond les thèmes humanistes de respect et de droit à la différence, C’est pas pareil ! déplie — sous les yeux ébaubis et les sourires ébahis — des personnages de papier, tous identiques ou presque, et déploie un arsenal surprenant et varié de formes découpées, créant des volumes de-ci de-là. Dans un espace volontairement réduit, la comédienne et conceptrice Ester Bichucher déplace les pliages, agence son petit monde, le désorganise, le réinstalle. Si les enfants les plus jeunes ont du mal à percevoir le sens profond que la pièce veut transmettre — peut-être précisément parce qu’eux n’ont pas même conscience de ce problème de la différence —, il n’en reste pas moins qu’à entendre leurs réactions et à les voir s’impliquer, réagir et rire des farces facétieuses de la comédienne, on est sûr qu’ils sont subjugués. C’est pas pareil ! est bien une pièce pour le jeune public, non seulement parce qu’elle n’essaie pas seulement de partager du sensible et de l’émotion, mais aussi parce qu’elle les implique dans une recherche, dans une investigation de la pensée : « Qu’est ce que le comédien cherche à me dire ? Qu’est ce qu’il me montre ? »
La curiosité chez l’enfant du XXIe siècle est bel et bien là, l’émerveillement au théâtre aussi. En ces temps de révolution de nos modes de vie, qu’est ce qui davantage que le théâtre, dans la confrontation du corps d’un acteur et du dispositif qu’il déroule face à un public, peut rendre plus singulière et authentique la rencontre entre les uns et les autres ? On ne peut alors que déplorer l’annulation de la Biennale Jeune Public à l’initiative du Théâtre Massalia « faute de financements ». Que l’on se souvienne de la célèbre citation du philosophe Alain: « On dit que les nouvelles générations seront difficiles à gouverner ; je l’espère bien. » Nous aussi, nous l’espérons. Marseille Capitale ne semble encore être qu’un enfant…
Texte : Joanna Selvidès
Photo : Alain Le Breton
C’est pas pareil ! : jusqu’au 30/10 à la Friche la Belle de Mai. Rens. Théâtre Massalia : 04 95 04 95 70 / www.theatremassalia.com
Les VRP de l’absurde
En deux spectacles, Panorama Commenté et Les Déplacements de problème, la Compagnie Grand Magasin a conquis le public par ses inventions décalées dévoilant et répondant au désordre du quotidien. Ambitieux et délicieux.
L’emprise des habitudes est si forte que nous ne trouvons finalement qu’un sens formel, unique, au quotidien. Heureusement, pour les utopistes qui sommeillent en nous, les faux VRP de Grand Magasin sont là pour réinventer la signification des objets qui nous entourent.
A l’invitation du Théâtre de la Minoterie, ces commerciaux de l’absurde ont posé leurs valises à la Joliette. Le choix d’un quartier en plein renouvellement urbain est d’ailleurs hautement symbolique pour une compagnie souhaitant mettre l’avenir en chantier.
Des solutions jubilatoires sont ainsi proposées pour simplifier la vie. Il s’agit de mettre en évidence un problème par un moyen détourné (Les déplacements de problème) ou d’y répondre (Panorama commenté). Dans le premier cas, des obstacles sonores à la communication sont illustrés par des inventions atypiques (émetteur de doutes, contradicteur de propos…). Dans le deuxième, la géométrie cachée d’une nature en désordre (un phare qui clignote, un homme qui fait sa gymnastique…) nous est dévoilée par de faux dispositifs électroniques.
Au-delà de l’humour décapant de ces inventeurs de génie aux allures clownesques, c’est bien le circuit de la compréhension humaine qui est perturbé : pour bien comprendre, il ne faut pas nécessairement tout entendre — et cela n’implique pas forcément que l’on soit intéressé. Ainsi, le décryptage géométrique du désordre quotidien peut paraître futile à certains, mais on en comprend la logique. De même, un bruit de marteau-piqueur va certes nous empêcher d’entendre une conversation, mais pas forcément de l’interpréter.
Les séances de démonstration s’enchaînent et prennent un malin plaisir à chambouler ce circuit dans tous les sens ; à tel point que l’illustration et le contournement des obstacles à l’intelligibilité deviennent eux-mêmes sources de confusion… jouissive et ludique.
A mi-chemin entre le showroom décalé, la performance théâtrale et le cirque, le trio du Grand Magasin se joue des codes du spectacle et distille une vraie interactivité avec le public. Quand pourra-t-on, enfin, acheter leurs inventions ?
Guillaume Arias
Panorama Commenté était présenté les 19 & 20/10 dans les locaux du futur restaurant Dock of the Bay.
Les déplacements de problème était présenté du 22 au 24/10 au Théâtre de la Minoterie.
C’est Lamerboitel qui a perdu la tête
Réfugié onirique du théâtre du Merlan depuis bientôt cinq ans, Camille Boitel désarticule les « fragiles acrobates » de sa compagnie, Lamerboitel. A la frontière entre théâtre physique, performance et cirque, sa dernière création, L’immédiat, s’attache à tout ce qui se détache du contrôle humain, à la recherche du temps présent.
Ça commence déjà par une ampoule qui grille et par un objet qui dégringole. Chez Lamerboitel, c’est pas très bien rangé, ça n’en finit plus de s’effondrer, ça s’effrite comme un château de sable… C’est un vaste chantier, celui de la vie. On penche un peu le monde, on renverse l’attraction terrestre et on saupoudre cet univers singulier de quelques objets patinés, vestiges des trottoirs marseillais. Dans ce monde précaire, on introduit quelques illuminés, à peine sortis de leurs songes éveillés et on observe avec le cœur, jusqu’à en avoir le mal de mer. Entre deux numéros, on fait place nette. Et hop, d’un grand coup de balai, ce joyeux bordel disparaît ! Et nous de nous prendre en pleine gueule une belle évocation du coup de Karcher recouvert du miel « eurome(r)ditérrannée » qui pèse sur notre belle cité phocéenne et qui fera petit à petit du Marseille populo un Marseille « pro-poulet ». Avec sa troupe « boiteuse », sorte de compagnie du Hanneton (avec laquelle Camille Boitel a d’ailleurs travaillé) version Emmaüs, celui qu’on appelle « le fragile acrobate » affirme une poésie née d’un théâtre pauvre qui fait la part belle aux rêveurs. L’immédiat nous dévoile le quotidien d’une femme qui ne cesse de vouloir toucher les étoiles, d’un homme bancal ou d’un autre qui fait tanguer les objets. La structure poétique du spectacle leur permet de vivre (ou de subir) un quotidien qui, à l’heure actuelle, ne tend qu’à les liquider. Sale temps pour les rêveurs, comme le constatent de plus en plus les artistes. Alors, en espérant que ces boiteux-là dansent encore longtemps leurs rondes effrontées, on saluera la dynamique d’investissement de l’espace public que Camille Boitel poursuit avec son équipe à Marseille depuis quelques années.
Coliné Trouvé
L’immédiat était présenté du 13 au 23/10 au Théâtre du Merlan
Un p’tit coin de parapluie…
La dernière création de la compagnie de l’Egrégore est un cabaret à l’image du théâtre accueillant la compagnie qui y est associée depuis déjà plusieurs années : populaire, humaniste, drôle et généreux. Nécessaire, donc.
Avant même l’entrée en salle, l’accueil s’avère particulièrement chaleureux, non seulement parce que c’est l’une des caractéristiques fondamentales du théâtre de Lenche, mais aussi parce que les comédiens — déjà en costumes — investissent les espaces extérieurs, offrant numéros improvisés, thé et petits gâteaux en ce soir de pluie.
Entraîné par le truculent Ivan Romeuf, le public se retrouve dans une salle transformée en cabaret. Toute une revue de personnages, plus ou moins désespérés mais plus pittoresques les uns que les autres, va alors faire tourner les têtes et muscler les zygomatiques pendant plus d’une heure et demie.
Sur les notes de la pianiste Anne Gastine, sorte de Charly Oleg montmartrois orchestrant le joyeux ballet, les numéros défilent, les chansons et les histoires aussi, qui nous parlent de maris trompés — incarnés notamment par l’inénarrable Denys Fouqueray, aux faux airs de Philippe Léotard —, de femmes manipulatrices ou abusées. Autant de personnages vaudevillesques qui nous transportent grâce à une interprétation vive et enjouée, techniquement admirable parce que sincère chez l’ensemble des comédiens, jamais fausse dans l’excès. Intermèdes musicaux sur fond de chœur traditionnel russe et anecdotes égrenées depuis les coulisses — on saluera particulièrement les interventions drôles et piquantes du comédien et danseur Jean Marc Fillet — ponctuent la pièce. On prend plaisir à se laisser emporter dans cette aventure tourbillonnante et on ressent alors la joie du partage, avec une véritable troupe de théâtre qui nous a donné, généreusement. Une preuve supplémentaire que le rire n’est pas incompatible avec la finesse et l’intelligence. Nul doute que le théâtre populaire de Tchekhov a encore de belles heures à vivre. L’Egrégore aussi.
Joanna Selvidès
Il n’a été heureux qu’une fois : sous un parapluie était présenté du 13 au 25/10 au Théâtre de Lenche
La musique, les mots… et le reste
Depuis quelques années, la maison d’édition marseillaise Le Mot et le Reste distille quelques petites perles de littérature musicale dont certaines sont devenues des incontournables du genre. Il y a longtemps que nous souhaitions mettre en avant leur travail : c’est aujourd’hui chose faite.
Il y a dans l’imaginaire collectif un peu de connaissances mais surtout beaucoup de croyances. Comme l’Histoire en général, celle des musiques populaires n’est pas une science, mais un art. On n’y réussit que par l’imagination. Bercés comme tous ceux de notre génération et de la précédente par les écrits de magazines spécialisés, nous visitions l’histoire à reculons, cherchant à démêler le bon grain de l’ivraie, nous fiant aveuglément aux goûts de certains ou aux « discothèques idéales » d’autres. La littérature sur le sujet était alors bien maigre (surtout en français !) et les émissions radio plutôt éparses. Pour étancher sa soif de pop culture, il fallait avoir les oreilles un peu bouchées ou l’appétit bien mince. Ce constat, un brin nostalgique d’un temps où il fallait scruter les pochettes de disques vinyles pour puiser quelques trop rares informations, est bien révolu. Et tant mieux ! Si le réseau a joué un rôle non négligeable dans le partage des connaissances, c’est peut-être le milieu de l’édition qui a le plus contribué à satisfaire ceux qui écoutent tellement de musique qu’ils ont aussi envie d’en lire. Apprendre les anecdotes, connaître l’intimité d’un studio d’enregistrement ou suivre les frasques d’une tournée, « lire » la musique permet de la vivre de l’intérieur, de réaliser ce fantasme ultime d’être au cœur de l’œuvre et aux côtés de son auteur. Fondée en 1996, la maison d’édition Le Mot et le Reste ne s’est pas immédiatement orientée vers la musique. « Au départ, on avait quelques velléités, mais on éditait surtout des livres d’artistes, de la poésie. On s’est aperçu qu’on pouvait toucher un large public notamment grâce à Internet. Le déclic, c’était en 2006 avec Rock, Pop – un itinéraire bis de Philippe Robert, un beau succès… » Yves Jolivet, fondateur de la structure, a le flow posé et les mots justes de ceux qui ont pris le temps de faire les choses, et surtout de les faire bien. Avec une volonté de toucher le grand public mais aussi d’apporter quelque chose aux spécialistes, la collection musicale de l’éditeur marseillais s’étend aujourd’hui à une trentaine de titres qui se divise en trois collections : Formes, Attitudes et Solo. Si la première est plutôt classique et demeure au plus près de la matière musicale, la deuxième gravite au contraire autour, privilégiant l’analyse sociologique au décryptage sonore. Quant à la dernière, elle est certainement la plus originale car la plus personnelle : des auteurs, pas forcément issus du monde du journalisme ou de la musique, se mettent à nu, décrivant d’une manière intime la relation qu’ils ont avec un disque, et cela va de Spooky Tooth à Morton Feldman en passant par les Cowboys Junkies. On est ici bien plus proche du journal intime que de la chronique de disque, « une sorte de fiction autour de la musique » qui plait bien à Yves Jolivet. L’actualité de la maison d’édition est multiple : Hard’n’Heavy, de Jean-Sylvain Cabot et Philippe Robert, s’intéresse au rock lourd et métallique de 1966 à 1978 avec une discographie sélective qui risque d’animer les conversations des amateurs passionnés. Kind of Blue, making of du chef-d’œuvre de Miles Davis d’Ashley Kahn, très bien documenté, devrait ravir les archivistes jazz qui veulent remonter à la genèse d’un album culte. Dès l’année prochaine, entre L’histoire de la musique expérimentale au Japon et L’histoire des free parties, le calendrier semble déjà bien rempli pour Le Mot et le Reste, une activité débordante pour une équipe de passionnés, de trois personnes seulement. « Ce sont ceux qui aiment qui ont raison ! » : Philippe Paringaux, ancien rédacteur en chef de Rock & Folk, aujourd’hui auteur/traducteur de la maison, a trouvé la formule. Pour le reste, l’éditeur marseillais a trouvé les mots pour le dire.
nas/im
Editions Le Mot et le Reste, BP 34, 13244 Marseille cedex 1
Rens : 04 91 73 41 88 / http://atheles.org/lemotetlereste
10 incontournables
Philippe Robert
Rock, Pop - Un itinéraire bis en 140 albums essentiels
Great Black Music - Un parcours en 110 albums essentiels
Musiques expérimentales - Une anthologie transversale d’enregistrements emblématiques
Journaliste et critique de renom pour diverses revues spécialisées, Philippe Robert est, pour l’heure, le seul à avoir sorti trois ouvrages dans la collection Formes. Son approche de la musique s’y révèle transversale, érigeant des passerelles inédites entre des œuvres méconnues mais essentielles, qu’elles soient « blanches » ou « noires », « populaires » ou « savantes ». Cet homme a du goût et les idées larges, il sait les partager, bref, il a tout compris.
Eric Deshayes
Au-delà du Rock - La vague planante, électronique et expérimentale allemande des années 70
Eric Deshayes - Dominique Grimaud
L’Underground musical en France
L’homme que l’on retrouve derrière le site Néosphères est un fan de rock expérimental. Pas étonnant, dès lors, qu’on le retrouve ici à dresser une passionnante anthologie du krautrock (le pendant allemand du rock psychédélique) ou à s’intéresser avec qui de droit (le musicien Dominique Grimaud) à tout ce que Mai 68 a pu engendrer musicalement dans l’hexagone.
Guillaume Belhomme
Giant Steps - Jazz en 100 figures
Il y a eu le rock en 140 albums, la « black music » en 110 albums… Guillaume Belhomme a réussi à s’en tenir à cent figures du jazz, pour une somme nécessaire qui s’adresse aussi bien au mélomane qu’au novice. Après un bouquin sur Eric Dolphy, une suite est en préparation.
Robert Greenfield
STP - A travers l’Amérique avec les Rolling Stones
Exile on Main Street - Une saison en enfer avec les Rolling Stones
A l’époque journaliste pour le magazine… Rolling Stone, l’Américain Robert Greenfield a infiltré le cirque des Stones au tout début des années 70, quand ceux-ci étaient à leur apogée, tant au niveau de la création que de la défonce. Réédité, le culte STP relate l’épique tournée de 1972, consécutive à l’enregistrement d’Exile. Philippe Paringaux, rédac’chef historique de Rock’n’Folk, assure la traduction.
Guillaume Ruffat
Révolution musicale - Les années 67, 68,69 de Penny Lane à Altamont
Au moment où l’on fêtait les quarante ans de Mai 68, Guillaume Ruffat publiait cet ouvrage où l’on parle de musique mais pas seulement : les disques séminaux dont il est ici question traduisirent toutes les mutations de leur époque. La bande-son d’une génération en marche.
Guillaume Kosmicki
Musiques électroniques - Des avants-gardes aux dance floors
Musicologue et théoricien du phénomène techno à travers les raves et les free-parties, Guillaume Kosmicki s’est tout récemment attaqué à l’histoire des musiques électroniques. Un pavé qui remonte à la source (l’électronique pionnière) pour mieux appréhender le futur.
PLX
Féfé > le 28 au Nomad Café
Fondateur du Saïan Supa Crew, Féfé se lance aujourd’hui en solo et vient défendre au Nomad Café son premier album, le joliment nommé Jeune à la retraite. Aussi bon chanteur que rapper, Féfé a délaissé les productions électroniques au profit d’une instrumentation acoustique qui le place à mi-chemin du rap et de la chanson française. Si ses performances scéniques rivalisent avec celles de son ancien groupe, ce concert risque de rester longtemps dans nos mémoires.
Jeune à la retraite (Polydor) www.myspace.com/fefessc
nas/im
Just Jack > le 29 au Cabaret Aléatoire
Au rayon « crossover », l’Angleterre a fait un carton ces dernières années avec The Streets et Calvin Harris. Pile-poil entre les deux, entre la prise de parole du premier, en phase avec sa génération, et la dimension purement festive du second, tout aussi symptomatique de son temps, il y a Just Jack. Révélé il y a deux ans, celui-ci est un pur produit de la mixité londonienne, embrassant dans un même élan électro, pop et hip-hop. Sur scène, il paraît que ça assure.
All night cinema (Mercury) www.justjack.co.uk
PLX
Alice Russell > le 31 à l’Usine (Istres)
On a souvent tendance à accueillir avec méfiance les disques de revival rhythm’n’blues. Nostalgiques, imitateurs, besogneux, en un mot : vains. Sur scène en revanche, pour nous qui n’avons pas eu la chance d’assister à une revue Stax ou à une tournée Motown, quelques artistes actuels méritent toute notre attention, au premier rang desquels figure Alice Russell. Avec Nicole Willis, c’est certainement ce qui se fait de mieux sur la nouvelle scène soul internationale.
Pot of gold (Differ-Ant) www.alicerussell.com
nas/im
And Also The Trees > le 3 au Poste à Galène
Le Poste à Galène s’est fait une spécialité d’inviter tout ce que la new-wave compte de gloires oubliées, et ce groupe, dont feu John Peel disait qu’il était « trop anglais pour les Anglais », en est une qui a davantage brillé en France que dans sa terre natale. D’où cette tournée qui compte plusieurs dates en France, où And Also The Trees revisite les grands moments de ses trois décennies d’activité en formule acoustique, en écho à l’album qu’ils ont récemment sorti.
When the rains come (Differ-Ant) www.andalsothetrees.co.uk
PLX
The Magnetix > le 5 à la Machine à Coudre
On aurait tôt fait de dire qu’ils sont les White Stripes français, parce qu’il tient la guitare, parce qu’elle joue de la batterie, et qu’ils envoient la sauce sans avoir besoin de personne en Harley Davidson. Mais ces deux-là ont des racines garage et déviantes, sont dans la place depuis dix ans et, franchement, ce genre de comparaison doit sans doute leur en toucher une sans faire bouger l’autre. C’est primitif, sale, et le rock’n’roll, c’est sûr, est né à Bordeaux.
Positively negative (Born Bad Records) www.myspace.com/themagnetix
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Do Make Say Think > le 5 à Montévidéo
En presque quinze ans d’existence, avec à la clef une flopée d’albums particulièrement réussis, Do Make Say Think a prouvé qu’il était bien plus qu’un satellite inventif du label canadien Constellation. Son post-rock aérien aux limites de l’ambient et la poésie astrale de ses compositions l’ont rapidement imposé comme l’un des acteurs majeurs de la scène indépendante. Un concert incontournable, avec en prime les projets annexes de deux membres du groupe en ouverture.
Other truths (Constellation) www.domakesaythink.com
LV
Gangpol Und Mit + La Veuve Moustachue > le 7 à l’Embobineuse
Evidemment, avec des blazes pareils, vous savez déjà où vous mettez les pieds : en terrain non balisé. On est d’ailleurs ici proches de la performance, et vous allez en voir de toutes les couleurs : les Bordelais de Gangpol & Mit développent en musique et en images un univers dadaïste, véritable feu d’artifices qu’il serait illusoire de définir avec des mots – mais ça pète. Très visuel également, le spectacle du Japonais La Veuve Moustachue est délicieusement rétro.
http://gangpol.free.fr www.myspace.com/gamakazz
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Naïve New Beaters + Flairs > le 7 au Cabaret Aléatoire
Lors de leur premier passage au Cabaret Aléatoire, les Naïve New Beaters avaient donné une interview à Radio Grenouille, et l’on découvrait un jeune entertainer bourré d’humour, David Boring, ci-devant chanteur d’un jeune trio français qui ne se prend pas la tête. Pour la musique, c’est pareil : un cocktail rigolo de pop, électro et hip-hop, qui prend toute sa dimension sur scène avec des chorégraphies en bois. Flairs joue peu ou prou sur le même registre, pop et fun.
Wallace (Cinq7/Wagram) www.naivenewbeaters.com
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Blurt > le 10 à l’Embobineuse
Actu chargée pour l’Embobineuse, qui enchaîne les concerts que vous ne verrez nulle part ailleurs. Ou presque : Blurt, ce trio anglais formé par le poète Ted Milton au tout début des années 80, avait déjà fait une escale à Montévidéo, comme James Chance, l’alter-ego new-yorkais à qui on l’a souvent comparé. Les deux hommes, saxophonistes et chanteurs déglingués, incarnent en effet la dimension la plus « free » de l’ère post-punk. On baigne en plein dans le culte.
The Factory recordings (LTM Recordings) www.tedmilton.com
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Ebony Bones > le 10 au Cabaret Aléatoire
Vous l’avez découverte l’an dernier sur une scène du festival Marsatac : une Londonienne aux racines caribéennes, attifée comme un épouvantail sous acide, épaulée par des choristes et des musiciens dont elle dessine, pour leur plus grand malheur, les costumes. Sa musique est à son image : un patchwork d’influences multicolores, funk et punk, électro et pop, pas toujours très digeste mais pétaradant. On l’a revu cet été à Cannes, même topo : fans de minimalisme, fuyez.
Bone of my bones (Pias) www.myspace.com/ebonybones
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La chute du mur
Pour sa douzième édition, le festival Dansem prend une nouvelle dimension en s’associant à Marseille Objectif Danse et à la manifestation Question de danse. Dans l’optique de Marseille 2013, un réseau prend forme et engage sa responsabilité dès maintenant pour trouver une place de choix au moment du feu d’artifice.
Le festival Dansem engage sa nouvelle édition sous le signe d’une économie partagée et d’une société de la décroissance. Là où les centres nationaux chorégraphiques défendent l’idée du groupe (la compagnie) et du laboratoire du mouvement, il existe une autre forme de danse qui aborde frontalement l’actualité et les défis de demain. En adoptant l’idée de la soustraction des moyens et de l’association des idées et des personnes, des minorités élaborent un désir d’avenir. Si le marché de l’art est étroitement lié à l’hégémonie des pays industrialisés, Dansem se propose d’aller voir ailleurs : en Turquie, au Portugal, au sud de l’Italie, à la recherche d’une création qui survit par l’intelligence de son synopsis et la fraîcheur de son toucher. La disparition récente de Pina Bausch nous engage à ne pas dilapider l’héritage d’une femme qui a su imposer une définition du danseur s’arrachant à l’inertie du ballet pour exprimer ses émois et ses faiblesses sur le devant de la scène, consacrant par là même la naissance de l’individu sur scène. Celui qui s’autorise à parler fort, à briser les codes, à manifester sa mauvaise humeur et ses problèmes de couple, tend la main au quotidien du spectateur. Pina Bausch a engagé la danse vers la rencontre du théâtre et du cinéma, elle a sorti le mouvement du film muet pour l’amener à parler de ses contradictions en abordant le processus du scénario : le protagoniste, l’objectif et ses obstacles. Plus près de nous, Christophe Haleb et la compagnie la Zouze élaborent une force brute au service de l’hystérie collective, dans l’idée que la bousculade est déjà une chorégraphie en soi. Le monde d’aujourd’hui est un vaste répertoire de contradictions, il crée une perte de repères chez celui qui désire de l’ordre, mais constitue un formidable générateur d’émotions chez celui qui utilise le chaos pour construire sa propre histoire. Etre, c’est d’abord penser à soi en emmenant les autres dans son sillage. Dansem a bien compris cette idée du « un plus un » et de ses multiples possibilités. Cristiano Carpini porte une lumière sur les compagnies en devenir, en s’offrant une tête d’affiche avec la présence de Caterina Sagna, dont le parcours dans l’Italie de Silvio Berlusconi est exemplaire. Basso Ostinato est un prolongement de la ferveur italienne pour les films à sketches, dont le fait marquant est le comique de répétition jusqu’à ce que tout dérape. On pense aux déambulations hypnotiques de Fellini, aux incantations de Pipo Delbono ; au formidable contraste entre ceux qui détiennent la parole et ceux qui veulent la prendre et qui, par le filtre du vin, deviennent les complices d’un soir dans une décadence annonciatrice d’une forme de démocratie.
Texte et photo : Karim Grandi-Baupain
Dansem, danse contemporaine en Méditerranée : jusqu’au 11/12 à Marseille, Arles & Aix-en-Provence. Rens. L’Officina : 04 91 55 68 06 / www.dansem.org
Les immanquables
Questions de danse, d’après une proposition de Michel Kelemenis
Le théâtre des Bernardines devient, le temps du festival, le lieu de présentation de pièces courtes ou en gestation. A la manière du filage qui ne retient que l’essentiel pour laisser le corps respirer dans l’attente de la première, Question de danse aborde le courage de montrer des processus de création, des travaux en cours et des chorégraphes qui frappent à la porte. Le passage de l’un à l’autre peut se regarder comme un formidable répertoire du mouvement et des intentions où les multiples dessinent la scène de demain.
_Jusqu’au 7/11 aux Bernardines
Madame Plazza de Boucha Ouizgen par la Cie Anania (Maroc)
Comment concilier les libertés de la femme et la rigidité d’une culture ? Au Maghreb, la cuisine sert souvent de lieu de retrouvailles, là où les langues se délient autour du thé et de la pause. En investissant le silence de la nuit et l’absence des hommes, Boucha Ouizgen offre à quatre femmes le plaisir de se côtoyer et de remonter le temps des souvenirs pour plonger les corps dans la proximité, le toucher, les caresses, le souffle sur les paupières, loin des stéréotypes du corps agile. Dans la simplicité et la naissance d’un amour complice, la femme exhibe ses sens et la chaleur de ses sentiments en recréant l’espace de l’intimité et de l’infinie douceur.
_Le 20/11 à 20h30 au Théâtre d’Arles
Dokuman de Filiz Sizanli et Mustafa Kaplan par la Cie Taldans (Turquie)
L’obstacle est un vecteur de drame. En travaillant sur les blocages du corps par des éléments externes — la camisole, les élastiques, l’idée de l’engrenage —, la compagnie Taldens a construit une marque de fabrique qui impose au danseur un parcours du combattant où le handicap devient un synopsis et une délicatesse sur le sourire. Encore une fois, la virtuosité du pas rencontre les incohérences du monde moderne pour déconstruire le mouvement et repartir sur d’autres propositions.
_Le 5/12 à 20h30 à La Cartonnerie (Friche Belle de Mai)
En terre indienne
Les Rencontres de cinéma amérindien investissent, pour leur première édition, une grande partie de la région, de Forcalquier à La Ciotat, en passant par le Dakiling, l’Equitable Café et le Polygone Etoilé à Marseille, pour nous proposer l’un des plus beaux voyages cinématographiques du moment.
La structure Apatapelà propose sans doute la plus belle surprise cinématographique de cette rentrée, invitant le spectateur à parcourir les terres amérindiennes, du Chili au Canada, à travers une poignée de films sublimes empreints de rencontres, de femmes, d’hommes, d’histoires, et bien sûr, de luttes. Les nombreuses soirées précédemment organisées par l’association, ainsi que par d’autres structures militantes, ont permis de percevoir l’extraordinaire richesse du fond audiovisuel concernant les combats des trois Amériques. Des Mapuches chiliens au peuple algonquin du nord, des très médiatisées luttes zapatistes en faveur des Indiens du Chiapas au peuple quechua des Andes boliviennes, tous ont en commun cette démarche fondamentale, et particulièrement pertinente, d’avoir adopté la vidéo comme moyen d’expression universel. Elle devient ainsi le témoignage, en permanente évolution, des combats menés contre le rouleau compresseur d’une répression sans cesse renouvelée. Ces rencontres Abya Yala — nom donné à l’Amérique par les nations indigènes — vont nous permettre, sur une dizaine de jours, d’en embrasser un large panorama, évidemment non exhaustif, mais suffisamment éclectique pour nous familiariser avec les luttes indigènes. S’associant à Clacpi et Terres en vue, deux organisations fondamentales des continents américains, à l’origine de deux des plus importants festivals sur les peuples indigènes, Apatapela choisit ici de programmer une vingtaine de films, parfaitement répartis entre l’Amérique du Sud et l’Amérique du Nord. Concernant la première, le peuple mapuche y est largement représenté avec quatre films abordant les luttes et autres revendications territoriales de cette communauté particulièrement touchée par la répression gouvernementale. Jeanette Paillan, cinéaste mapuche chilienne, sera d’ailleurs du voyage pour nous présenter Wallmapu, superbe témoignage de ce « conflit mapuche », comme le définissent les autorités chiliennes, lors de la soirée de clôture au Polygone Etoilé. Citons également ce Cadeau de la Terre Mère (voir photo), film photographiquement somptueux, curieusement réalisé par le Japonais Toshifumi Matsushita, qui nous invite dans les hauteurs des Andes boliviennes, le long de la route du sel. D’autres luttes, d’autres peuples — des Aymara aux Ye’kuana — sont abordés au sud, remontant jusqu’aux combats mexicains, avec cette soirée spéciale au Dakiling sur les conditions de vie des communautés indiennes prises en étau entre narcotrafiquants et milices gouvernementales (en l’occurrence dans l’Etat du Guerrero), en présence du très actif réalisateur mexicain Carlos Perez Rojas. Apatapela n’est pas en reste concernant l’Amérique du Nord, et particulièrement tous les peuples existant sur les terres canadiennes. De nombreux films viennent nous sensibiliser aux luttes des communautés innues ou algonquines, dont Le Peuple Invisible ou encore L’amendement de Kevin Papatie, projeté en sa présence, qui lui-même a fait l’expérience de la Wapikoni Mobile, studio itinérant de création audiovisuelle au service des communautés autochtones. Les luttes développées dans cette programmation deviennent alors les témoignages privilégiés des combats menés contre l’uniformisation d’un nouvel ordre mondial.
Emmanuel Vigne
Rencontres Abya Yala de cinéma amérindien : jusqu’au 7/11 dans huit villes de la région PACA. Rens. 04 91 90 89 21 / www.apatapela.org
La ligne bleue des Pyrénées
Pour la huitième année consécutive, le festival CinéHorizontes consacre sa programmation au meilleur du cinéma espagnol, invitant dans la cité phocéenne bon nombre de cinéastes peu représentés dans nos contrées.
C’est un fait, les institutions locales voient d’un œil de plus en plus critique le fourmillement de propositions cinématographiques qui envahissent les écrans tout au long de l’année, pour le bonheur, cependant, du cinéphile. Et CinéHorizontes lui-même, pour cette huitième édition, de se voir sucrer ses subsides de la part du Conseil Régional. Bon an mal an, ces aficionados du cinéma espagnol ont pourtant décidé de maintenir leur savoureuse programmation, s’offrant le plaisir de la présence de Sergi Lopez en parrain du cru 2009. Car malgré une production dynamique, force est de reconnaître que le gros du cinéma ibérique peine à traverser les frontières pyrénéennes. Lacune que pallie parfaitement CinéHorizontes, mettant cette année l’accent sur une thématique plutôt large : aimer autrement. L’équipe d’Horizontes del Sur s’est entre autres associée à celle, tout aussi militante, du festival Reflets, pour la projection de deux films lumineux : El nino pez – séance de rattrapage pour ce film sorti cette année en salle – et, surtout, l’avant-première d’Ander, film troublant de Roberto Caston, sorte de Brokeback mountain entre paysans taciturnes du fin fond de la Biscaye. Parmi les grands noms du cinéma espagnol, et pour rester peu ou prou sur la même thématique, nous retrouvons deux cinéastes diamétralement opposés : Ventura Pons, figure de proue du cinéma contemporain, avec Barcelona (un mapa), l’un de ses derniers opus, et le classique mais non moins déjanté Jess Franco, avec la projection de son diaboliquement sensuel Eugénie de Sade, inspiré du divin marquis, vampirisé par la beauté fascinante de Soledad Miranda. Parmi les réalisateurs présents au festival, citons, outre Roberto Caston, José Luis Cuerda pour son Los giraloses ciegos, avec en poche le Goya 2009 du meilleur scénario — l’équivalent de nos César —, et surtout la présence de Gabriel Velazquez, pour son film Amateurs, servi en clôture du Festival, touchant portrait d’une jeune fille espagnole vivant à Marseille — théâtre de la moitié du film — contrainte à repartir en Espagne après la mort de sa mère. L’équipe d’Horizontes del Sur a par ailleurs offert à Sergi Lopez, acteur hybride et raffiné, sans cesse en grand écart entre productions espagnoles et francophones, l’occasion de sélectionner lui-même deux titres peu connus parmi son impressionnante filmographie. L’acteur s’est arrêté sur El cielo abierto, grand succès hispanique de Miguel Albaladejo, ainsi que C’est ici que je vis, œuvre plus obscure de Marc Recha. Autre transgression entre structures marseillaises : le partenariat avec le Festival Films Femmes Méditerranée, récemment chroniqué dans ces colonnes, invité à présenter ici Retorno a Hansala, superbe film de la réalisatrice Chus Gutierrez, partie décrocher l’éminent Pyramide d’Or au Festival du Caire. Si l’on ajoute aux festivités l’indéniable qualité de l’équipe d’Horizontes del Sur à recevoir ses hôtes, nul doute que cette nouvelle édition laissera, comme les précédentes, un goût des plus piquants en bouche.
Emmanuel Vigne
CinéHorizontes : du 6 au 14/11 au Prado (36 avenue du Prado, 6e). Rens. 04 91 08 53 78 / www.horizontesdelsur.fr
Palme d’or du dernier festival de Cannes, Le ruban blanc complète une œuvre déjà riche qui n’utilise les moyens du cinéma que pour interroger cette part invisible et insondable de perversité dont nous sommes tous à la fois porteurs et victimes. A la dimension scientifique, presque clinique, du regard que portait Haneke sur ses personnages/sujets (de 71 fragments d’une chronologie du hasard à son précédent film, Caché), se substitue ici une trame narrative plus conventionnelle mais toujours aussi troublante et efficace. Une voix off nous conte la vie d’un village du nord de l’Allemagne au début du siècle dernier, avec son instituteur, sa paroisse, son médecin, ses enfants. On y vit au rythme des saisons et des récoltes. Le narrateur nous prévient : la quiétude apparente n’est qu’un leurre. Lentement, sous la normalité champêtre perce une tension diffuse, faite de petits riens, d’incidents mineurs et de hasards malheureux qui prennent peu à peu le caractère d’un rituel punitif. En quelques séquences, le sujet est posé et le spectateur capturé. Haneke a posé ses griffes. Impossible d’en sortir. A cette maîtrise narrative, qui n’est pas nouvelle chez le réalisateur autrichien, vient s’ajouter une virtuosité formelle vraiment éblouissante, et par-là nouvelle. Ce noir et blanc très contrasté, au grain parfois poussiéreux, rappelle souvent les grandes heures du muet et les premiers pas de la photographie réaliste. On voudrait pouvoir arrêter la bobine et prendre le temps de contempler ces plans parfaitement composés, d’admirer la posture, de scruter le regard, en un mot : de toucher cette matière plane mais profonde. Si les thèmes chers à l’auteur de Funny Games demeurent — la faute, la punition, la violence sociale… —, la dimension religieuse, quasi-mystique, du film ouvre une voie nouvelle dans le travail de Michael Haneke, qui confirme encore une fois la place majeure qu’il occupe dans paysage cinématographique contemporain.
nas/im
Sunday bloody sunday
Dix blessés dont un hospitalisé, des vitrines brisées, des voitures et des rames de TGV dégradées, seize gardes à vue, des centaines de milliers d’euros perdus1… : dimanche à Marseille, la grippe A a fait des ravages, mais pas ceux escomptés par le quelque peu paranoïaque ministère de la santé. Moins de 24 heures après avoir fermement (pour ne pas dire catégoriquement) annoncé le maintien du match OM-PSG, Frédéric Thiriez, le président de la LFP (Ligue de Football Professionnel), décidait en effet de reporter le « classico » sur les recommandations du comité interministériel de crise2 — et cela, sans même consulter le préfet de police, Philippe Klayman, mis au pied du mur à 13h30. On ne compte plus les « dommages collatéraux » entraînés par cette décision qui « relève de la pure inconscience », comme l’a justement remarqué Frédéric Dutoit (président du groupe PCF au conseil municipal). Laquelle, ajoutée à l’attitude stupide des centaines de « supporters » qui ont transformé le centre-ville de Marseille en théâtre d’une lamentable guérilla urbaine, ruine « dix ans de progrès patients dans la gestion de la sécurité des OM-PSG. » Comment en effet ne pas avoir pressenti les dégâts occasionnés par le report d’une rencontre qui, en temps ordinaires, génère déjà son lot de tensions ? Dans un excellent article3, notre confrère de L’Equipe Cédric Rouquette n’hésite pas à pointer les questions de fond soulevées par ce fiasco, au-delà de la date du report du match et des déclarations sur le prétendu endiguement du hooliganisme ou le non moins prétendu renforcement de la sécurité cher à notre petit Népote… Il y blâme les hautes instances du foot pro français et leur credo « The show must go on », aux dépens de la santé des joueurs et de leur encadrement (dont la LFP semble se moquer comme de son premier ballon). Et le sport dans tout ça ?
CC/BJ
Blaq Out vient combler un grand vide, pour cette rentrée : l’absence quasi-totale de films pink dans l’édition DVD. Ce courant japonais de la fin des années 60 fut pourtant vécu comme un séisme dans la cinématographie nippone. Les réalisateurs, encore imprégnés de la Nouvelle Vague française, firent exploser les limites des interdits nationaux, en offrant une poignée de films subversifs, érotiques, violents, d’avant-garde, mais qui abordaient enfin au plus près la vie de milliers de jeunes Japonais. Koji Wakamasu en fut un chef de file, et pas des moindres ! Les quatre opus savoureux rassemblés dans ce coffret, présentés par Damien Odoul ou Marina de Van, offrent un état des lieux jouissif et ludique de la société japonaise d’alors.
EV
Fut un temps, pas si lointain, où les luttes physiques et idéologiques s’interpénétraient. La Contestation (Amore E Rabbia dans son titre d’origine plus significatif – Amour et rage) en constitue un très bel exemple. Cinq cinéastes alors en pleine effervescence, pas encore laminés par un embourgeoisement catastrophique (on pense notamment à Bertolucci), offrent chacun un court métrage équivalent à un témoignage, à une réflexion agitée sur les volcaniques années 60. Les films, inégaux et cruels, sans concession, engagés, nous entraînent sur le terrain de problématiques toujours en prise directe avec notre société contemporaine. On pense à L’Indifférence de Lizzani par exemple, ou encore à L’Amour de Godard. Carlotta, histoire de changer, a eu une nouvelle fois la bonne idée d’exhumer de son catalogue ce film turbulent devenu quasi invisible. Que demander de plus ?
LV
Au commencement de cet album, il est précisé que « Les auteurs tiennent à remercier George W. Bush. Sans lui, ce livre n’aurait pas pu exister. » Cela est tout à fait exact tant les scénarios de Sergio Salma passent en revue ce qui se déroule en Irak depuis que l’ancien président des Etats-Unis a décidé d’y renvoyer les troupes américaines : conditions de vie de la population locale et des soldats américains, bavures, attentats, manipulation des médias… La plupart des gags réunis ici font d’autant plus mouche qu’ils s’appuient sur une base connue. En poussant les situations jusqu’à leur paroxysme et grâce à leur humour noir et corrosif, les auteurs livrent des pages pertinentes, hilarantes et volontiers antimilitaristes. Le dessin semi-réaliste de Marco Paulo apporte un décalage supplémentaire, qui accentue la force de ces pages.
BH
Le remarquable travail de Juncker donnait de quoi saliver. Les aficionados, à l’annonce de sa nouvelle série, ont dû se frotter les mains. Pourtant, le sujet (le monde des sous-marins allemands en 39), peu maniable, aussi clos que l’espace décrit, aurait pu être casse-gueule pour un auteur qui avait fait des épopées napoléoniennes son cheval de bataille. Mais l’immense talent de l’artiste ne connaît pas de frontières et Nicolas Juncker se glisse aisément entre les interstices pour façonner une histoire prenante, captivante du début à la fin. La saleté et la rudesse du graphisme, la psychologie clinique et complexe de chaque personnage, l’étouffement progressif de toute forme d’espoir rendent cet Immergés littéralement passionnant. On regrettera juste d’avoir à attendre pour la sortie du tome suivant…
LV
Première étape : rassurer les fans. Vous n’êtes pas les seuls à penser que Luciano a adopté une image qui surprend autant qu’elle décourage (cf. la pochette). Deuxième étape : se concentrer sur l’essentiel. L’hommage que le Suisso-Chilien rend ici au soleil est à la hauteur de ce que l’astre incandescent lui procure. Ce disque, pas si dancefloor, est lumineux, vivant, émouvant comme une aube. Troisième étape : se poser la bonne question. Luciano peut-il devenir une icône du clubbing moderne, rôle qu’on l’imagine convoiter ? Oui, et avec un talent rare.
JPDC