Archives par mois
mars 2009

[25 mar 2009] Jack de Marseille – Inner Visions (Wicked/Module)

galette-Jack-de-Marseille.jpgEn musique électronique, sept ans équivalent à dix mille années lumières, voyant passer des dizaines de sous-courants et quelques révolutions majeures (la MAO puis sa vulgarisation). Sept ans, c’est le temps qu’a mis Jack de Marseille pour (re)situer sa musique et transposer à son art le précepte de Socrate : connais-toi toi-même. Pour un résultat forcément intemporel, logiquement exempt de toute pose douteuse : de la deep techno taillée dans ses organes vitaux, un dub moderne faisant écho au(x) bleu(s) de son âme, une musique vivante et organique. Humaine, après tout.

JPDC

[25 mar 2009] M. Ward - Hold time (4AD/Beggars)

Galette-M-Ward.jpgL’érudition et le bon goût jamais pris à défaut, le regretté Alain Bashung s’était offert les services boisés de M. Ward sur Bleu pétrole après avoir entendu le précédent opus du musicien stakhanoviste de Portland. Ironie de la vie, concomitant avec le vertige de la mort du rockeur alsacien, ce Hold time tout simplement époustouflant — concentré de country, rock, folk, surf et pop orchestrale — résume l’ambition musicale du gars : faire cohabiter songwriting classique et production contemporaine. En (dés)équilibre sur un trapèze, en forme de climax.

HS

[25 mar 2009] Here We Go Magic – Lp (Western Vinyl/Differ-Ant)

Galette-Here-We-Go-Magic.jpgIl est des disques à part, qui nous font cet effet bizarre dès la première écoute : sans parvenir à comprendre leur langage, ils nous accrochent l’oreille, irrésistiblement. Ce fut le cas pour Animal Collective, ça l’est aujourd’hui pour un autre projet new-yorkais, celui que le dénommé Luke Temple (après deux albums folk) vient de monter en solo. Seul avec ses synthés, parfois une guitare, il dessine les contours de nouveaux territoires pop, lumineux, psychédéliques et traversés par quelques plages ambient. C’est une évidence : ici, nous filons droit vers la magie.

PLX

[25 mar 2009] Fol Chen - John Shade, your fortune’s made (Asthmatic Kitty/Differ-ant)

galette-Fol-Chen.jpgOn peut donc avoir joué avec les hallucinés et cacophoniques Liars et composer, une fois échappé de l’asile, des chansons avec de vraies mélodies dedans. Ainsi de Samuel Bing, ancien guitariste du combo new-yorkais, auteur d’un premier album éblouissant en forme de mille-feuille sonore. Fermement décidé à marquer la rupture, quitte à perdre définitivement les fans hardcore de la première heure, Bing s’en est allé rejoindre le label du gentil Sufjan Stevens, qui ne s’est pas fait prier pour produire cette belle et grande évasion, entre Of Montreal, The Dirty Projectors et Hot Chip.

HS

[25 mar 2009] Rone – Spanish breakfast (InFiné/Discograph)

galette-Rone.jpgC’est sur une compilation mixée d’Agoria que l’on avait découvert Rone, illustrateur sonore dans le civil, avant que le premier ne sorte cet album sur son propre label – InFiné. Le titre en question, Bora, fut une révélation : sur un canevas deep-techno, l’écrivain Alain Damasio balançait un texte aussi intense que sévèrement lucide, un truc à situer entre Dantec et… James Holden. Bora est présent sur le disque, mais celui-ci fait avant tout honneur aux talents de producteur de Rone, pas si loin de son collègue Apparat. Un superbe disque de techno en apesanteur.

PLX

[25 mar 2009] AGF/Delay + Brian Cares

AGF/Delay – Symptoms (Bpitch Control/Pias)
Brian Cares – Fingerprints (Bar 25/Module)
galette-AGF.jpgA Berlin, passé 15 h, on ne danse plus : on ondule. Parole d’un ami expatrié qui a toujours une after d’avance sur vous… Voici deux savants témoignages de cette « presque » dance music. Des voix finement utilisées, des rythmiques 4/4 incomplètes, un blues urbain et digital, un swing organique… Le niveau est très haut. Là où AGF façonne avec brio une pop rêche et sombre, suite logique de sa collaboration avec Ellen Allien, Brian Cares prend un parti nettement plus freaky et groovy… Grisant. Berlin 2009 : Techno not techno !

JPDC

[25 mar 2009] Lazybones - En attendant l’heure (Turborock/Anticraft)

galette-lazybones.jpgUne écoute distraite laisserait penser que les Marseillais de Lazybones ont été bercés au punk-rock US, auquel cas on les rapprocherait plus volontiers de Rancid que de Blink 182… mais passons. Un trio qui s’accorde en anglais, mais aussi en français en évitant l’écueil de sonner alterno s’était déjà bien, mais ce que l’on remarque surtout, outre une certaine facilité à composer des mélodies entêtantes, ce sont ces arrangements mid-50’s, très rock’n’roll, qui laissent supposer une écoute approfondie des productions de Nashville…. La grande classe.

dB

[25 mar 2009] Scary Mansion - Every joke is half the truth (Talitres/Differ-ant)

galette-Scary-Mansion.jpgLes plus érudits d’entre vous ont déjà entendu Leah Hayes, chanteuse en chef du projet Scary Mansion : sa voix, incroyablement éraillée, à la limite de la cassure, venait chercher des noises à Tunde Adebimpe sur le second opus des TV on the Radio. Toujours pas calmée, la jeune femme déboule enfin avec un premier opus sensuel et inquiétant, rappelant la musique du calme avant la tempête des filles en colère de l’indie rock — PJ Harvey, Cat Power, Shannon Wright… Un peu sorcière dans son manoir effrayant, la New-Yorkaise vient de nous jeter le plus beau des sorts.

HS

[24 mar 2009] Rencontres du 9e Art : jusqu’au 25/04/2009 à Aix-en-Provence

Bullez jeunesse !

Après une cinquième édition moins fringante que prévue, les organisateurs des Rencontres du 9e art d’Aix-en-Provence remettent le couvert avec une envie non dissimulée de se rattraper. Le festival attirera donc les accros de la dédicace, mais aussi, par la variété de ses engagements, tous ceux qui apprécient l’art graphique en général.

ivan-brun-2.jpgTrès en vogue (Arleston, Canepa, Keramidas, Achdé, Alary, Enki Bilal, Mezières…), reconnus (Liberatore, Lisa Mandel, Maëster, Denis…), sur le point de l’être (Clément Baloup, Eric Henninot, Bastien Vivès…) ou encore verts… : comme de coutume, les Rencontres du 9e Art font le plein d’auteurs avec près de 70 invités.
Mais la manifestation représente surtout la volonté des organisateurs de faire partager à un public tant amateur que néophyte leurs motivations, coups de cœur et découvertes. De fait, le festival s’étale sur plus d’un mois (jusqu’au 25 avril) et multiplie les manifestations en tous genres : une dizaine d’expositions (dont une consacrée au travail de Mezières et une autre à Lucy, le dernier ouvrage de Liberatore), de la danse — Roméo & Juliette, monument shakespearien revisité par Preljocaj et Bilal —, du cinéma « sérieux » cette année (exit les nanars) avec un cycle « Western et cow-boys » (Winchester 73, Les Désaxés, L’Homme des hautes plaines…)… On retiendra notamment la diffusion du dernier film de Bilal, Cinémonstre, dont le titre effraie déjà, au sens propre comme au figuré. Parallèlement à ce programme riche et éclectique se tiendront les traditionnels ateliers, workshops, stands de fanzines… Autant d’occasions de se familiariser avec une discipline artistique qui a le vent en poupe. C’est dire si l’on ne prend guère de risque en avançant que tout le monde pourra, à l’évidence, se faire plaisir.

Texte : Lionel Vicari
Illustration : Ivan Brun

Rencontres du 9e Art : jusqu’au 25/04 à Aix-en-Provence.
Rens. 04 42 161 171 / www.bd-aix.com

[24 mar 2009] Nougaro l’enchanteur - Coffret rétrospectif autour de Claude Nougaro (Mercury)

dvd-Nougaro-enchanteur.jpg2009, « année Nougaro » : disparu il y a cinq ans tout juste (il en aurait quatre-vingt cette année), l’immense poète toulousain fait aujourd’hui l’objet de multiples hommages, qui se déclineront en spectacles, expositions, livres ou rééditions d’albums soignées. Pour cerner au plus vite la personnalité généreuse et l’univers musical, marqué à vie par le jazz, du grand Claude, la maison Mercury édite ce coffret qui compile sur deux DVD une somme de ses chansons et interviews filmées. Les images, restaurées, ont été puisées dans le répertoire qui s’étend des années 60 aux années 80, soit naturellement la période la plus féconde de l’artiste. Pour qui souhaite découvrir cette œuvre essentielle, ce coffret s’avère donc nécessaire, et se voit accompagné, évidemment, de la fameuse compile CD des « 100 meilleures chansons ».

PLX

[24 mar 2009] Sleeper cell : saison 1 - (USA – 2006) de Ethan Reiff et Cyrus Voris (Paramount)

dvd-sleeper-cell.jpgDiffusée en France fin 2006 sur TPS Star (autant dire nulle part), la première fournée de dix épisodes de Sleeper cell bénéficie enfin d’une visibilité digne de ce nom, via un très beau coffret distribué ces jours-ci par Paramount. Surfant sur le trauma post-11/09, Showtime — la maison mère de Weeds, Dexter et Californication — décidait en 2005 de lancer « sa » série patriotico-paranoïaque sur fond de terrorisme international, de double jeu et d’ententes complexes. Comme son nom l’indique, Sleeper cell (cellule dormante) raconte le parcours semé d’embûches d’un agent du FBI, travaillant sous couverture (explosive), ayant pour mission d’infiltrer une cellule islamiste. Moins ambitieuse que 24 ou The wire, cette série confirme que la télé US n’a pas sa pareille pour développer des séries aussi urgentes, actuelles et captivantes.

HS

[24 mar 2009] Jacques Tardi & Jean-Pierre Verney - Putain de guerre ! 1914-1915-1916 (Casterman)

millefeuilles-Putain-de-gue.jpgOn connaissait la fascination de Tardi pour la guerre de 14-18 (Adieu Brindavoine, La Véritable Histoire du soldat inconnu, et, plus récemment C’était la guerre des tranchées). Ici, on suit le récit d’un ouvrier parisien de vingt ans, la parole directe de l’un de ces milliers d’anonymes tombés « pour la patrie ». La rigueur historique de Jean-Pierre Verney (lexique, photos et documents à la fin du recueil) conjuguée au trait féroce du dessinateur ne nous épargnent rien : la boue, le froid, la faim, la peur, la propagande, la censure, la folie. Le trait devient gris, noir, sale comme le fond de la tranchée, rouge comme le sang qui s’écoule des corps sacrifiés sur l’autel de l’honneur français. L’œuvre que l’on tient en main est un réquisitoire impitoyable contre la bêtise et la férocité de la guerre. Comme disait l’autre, « quelle connerie la guerre. »

BJ

[24 mar 2009] Randall.C - Les Somnambules (Casterman)

millefeuilles-Les-Somnambul.jpgUn couple est vu chez lui ; l’homme s’adresse à la femme qui, au bout d’un moment, s’endort. Puis le duo part en voyage, traverse de drôles de paysages, se retrouve sur un éléphant, dans le ventre d’un dinosaure… Des récits parallèles mettent en scène deux marins qui se tiennent sur une île minuscule. Et si tous ces récits étaient liés les uns aux autres ? Les Somnambules est l’une des grandes surprises de ce début d’année, une petite merveille d’humour décalé et absurde, un voyage onirique, poétique et riche en réflexions existentielles amenées avec un naturel confondant. Les dessins et leur magnifique mise en couleur automnale — privilégiant les marrons, oranges, kakis… — nous plongent avec délicatesse dans cet univers singulier, volontiers déstabilisant et qui n’est pas sans rappeler les œuvres de Francis Masse, Nicolas Dumontheuil ou Daniel Goossens.

BH

[24 mar 2009] Humour et Dérision : jusqu’au 3/05/2009 au Palais des Arts

Art hilare

La Fondation Regards de Provence décline le thème de l’humour en dépoussiérant le Palais des Arts. Un regard comico-contemporain porté sur le kitsch, le trucage et l’absurde, qui sonde subtilement les failles humaines.

expo-fugue-de-Ren%C3%A9-Malt%C3%AAte.jpgCe splendide lieu sera peut-être rénové avant 2013 et mériterait de devenir un incontournable site culturel une fois que ses salons auront trouvé un réel agencement muséal digne de ce nom. Ce détail mis à part, l’exposition Humour et dérision nous présente ici un éventail de choix judicieux (130 dessins, caricatures, peintures, photographies, installations, productions visuelles et sonores) auquel le très beau catalogue (comportant toutes les œuvres en quadrichromie et des textes de Bernard Muntaner) offre un écho de grande qualité. Nous avons ri et souri devant la fugue de René Maltête (une image poétique en noir et blanc suggérant la fuite improbable d’une statue). Les manipulations photographiques foisonnent et concrétisent des conceptions mentales loufoques : Joan Fontcuberta apparaît en passe muraille onirique ou en surfer sur dauphin, le délicieux Olivier Rebufa (qui vit et travaille à Marseille) est agrippé par une Barbie collant à ses basques, Philippe Ramette nous désarçonne par ses happenings incongrus… Nous avons également rêvé face aux étonnants clichés (rehaussés à l’huile) de Teun Hocks et grâce aux productions, drôles au sens de dérangeantes, du binôme Pilar Albajar et Antonio Altarriba. Bref, les artistes sont assurément de doux dingues qui, en utilisant tous les rouages humoristiques, mettent en scène nos questionnements dérisoires. Saluons cette manifestation qui a su synthétiser une approche variée et sensible pour un large public sans tomber dans le potache. Raymond Queneau aurait aimé s’y promener car il ne faut pas oublier que « l’humour est une tentative pour décaper les grands sentiments de leur connerie. »

Texte : M. Nanquette-Quérette
Photo : fugue de Rene? Malte?te

Humour et Dérision : jusqu’au 3/05 au Palais des Arts (Place Carli, 6e).
Rens. 04 91 42 51 50 / www.regards-de-provence.org

[24 mar 2009] Elodie Moirenc & Sylvain Roca – Puits des mondes : jusqu’au 11/04/2009 aux Ateliers d’Artistes de la ville de Marseille

Entre les murs

Avec Puits des mondes, Elodie Moirenc et Sylvain Roca font éclater les cadres normatifs qui régissent habituellement une exposition et nous font pénétrer dans un monde étonnant.

expo-Puits-des-Mondes.gifLongtemps supposée strictement fonctionnelle et transparente, la galerie est elle-même devenue le matériau de démarches réflexives sur l’art, sur ses moyens et ses protocoles. Ici, le lieu d’exposition n’est pas pensé comme un espace vide au sein duquel apparaissent des œuvres, s’effaçant pour faire apparaître des visibilités, mais davantage comme ce qui peut être sujet à de multiples traitements en relation avec un projet artistique défini. Il est question de nous faire plonger dans un autre monde, un entre deux mondes, où le lieu ne fonctionne ni seulement comme espace d’exposition (il s’expose également), ni comme œuvre à proprement parler, mais comme ce qui produit et fait apparaître les œuvres en étant lui-même un élément de celles-ci. Les notions de théâtralité et de scénographie prennent ici tout leur sens. C’est l’espace qui investit les œuvres, les fait apparaître ou disparaître, et celles-ci en retour l’investissent en lui donnant une certaine visibilité. Effacement des dualismes. On est alors invité à déambuler dans un espace à la fois inquiétant et merveilleux où les matériaux, les formes, les objets, les textures, les couleurs et les différentes sources lumineuses sont autant d’éléments formels et symboliques qui font référence à notre environnement quotidien tout en étant porteurs de nouveaux usages et significations. Cet aspect est renforcé par la présence d’un cartel détourné là encore de sa fonction habituelle — être un plan d’exposition et d’emplacement des œuvres — pour agir comme une carte nous délivrant le nom des choses qui peuplent ce nouveau monde. On peut s’y accrocher, habitué à l’idée que donner un nom aux choses leur confère une identité, une prise sur elles. Mais ici aussi les mots et les noms jouent et composent librement avec les objets qu’ils désignent : ils ouvrent une dimension, un sens de circulation. A nous de trouver le chemin qui nous mène à eux… ou de nous inventer avec eux.

Elodie Guida

Elodie Moirenc & Sylvain Roca – Puits des mondes : jusqu’au 11/04 aux Ateliers d’Artistes de la ville de Marseille (11-19 Bd Boisson, 4e). Rens. 04 91 85 42 78 / http://airmarseille.free.fr/

[24 mar 2009] Les Vêpres de la Vierge bienheureuse : jusqu’au 28/03 2009 aux Argonautes

Traversée de l’amer

Dans une valse du temps qui mène à l’éternité, les Vêpres de la Vierge bienheureuse sonnent le glas de la narration linéaire et célèbrent l’avènement d’une langue physique et mythique à découvrir.

vepres-de-la-vierge-bienheu.jpgErrer : marcher çà et là, au hasard. S’égarer. C’est bien ce à quoi nous renvoient les Vêpres de la vierge bienheureuse. Du texte du dramaturge italien Antonio Tarantino, la compagnie Lalage extrait une parole, ou plutôt un flot de paroles erratiques, porté dans un monologue par le formidable Pierre Palmi. Robuste, de forte carrure, il divague ainsi dans le petit écrin des Argonautes. Il faut dire que le lieu, fortement empreint du passé, tout en miniatures, se prête bien à la mise en scène des errances de ce père qui tente d’accompagner son fils dans la traversée de la mort lors d’une conversation téléphonique imaginaire. En jeu de miroirs, en adresses diverses au public et en corps, l’acteur égrène son discours poétique, entrecoupé d’autres présences qui se superposent à la sienne. Comme dans un tableau impressionniste, le texte agit par endroits, alimentant la métaphore du fleuve de l’Oubli((Le fleuve de l’Oubli ou Léthé, fleuve d’huile dont le cours paisible ne faisait entendre aucun murmure.)) , d’un salut vers un paradis païen. Dans cette tragédie humaine au contexte moderne — la figure du travesti, l’armée, la vie chère… —, Elisabetta Sbiroli revisite les miroirs du passé, nous faisant tanguer aux sons désaccordés d’un saxophone vaguement présent, au loin… On pense au vidéaste Thierry Kuntzel, au flot de la vie devenu éternité suspendue (cf. sa fameuse pièce Les Vagues), le tout dans une langue accessible bien que prolixe jusqu’à l’égarement. Et c’est dans ce tourbillon qu’on se laisse emporter, par la langue, par l’acteur, par l’atmosphère. Une sorte de grâce…

Joanna Selvidès

Les Vêpres de la Vierge bienheureuse : jusqu’au 28/03 aux Argonautes (33 bd Longchamp, 1er). Rens. 04 91 50 32 08

[24 mar 2009] Marat-Sade du 26 au 28/03 2009 au Théâtre du Petit Matin

Marat cède, Sade se marre…

Que se passe-t-il quand le révolutionnaire Marat et le marquis de Sade se retrouvent dans un asile psychiatrique ? Fouillant le passé politique pour produire un état des lieux de la société, la compagnie Souricière livre avec Marat-Sade un duel inattendu, entre fiction et réalité, entre deux grands esprits subversifs.

Ne ratez pas les journées « portes ouvertes » de l’asile de Charenton ! Le directeur, Coulmier, vous convie à une représentation unique en son genre ! Le célèbre Marquis de Sade, écrivain à scandales, interné pour « démence libertine », est sur le point de terminer sa pièce de théâtre sur les derniers jours de Marat, jouée par les malades mentaux de l’hospice. Tout ceci reste dans le strict intérêt thérapeutique des patients et aucun mal ne leur sera fait, si ce n’est celui d’éprouver le souffle subversif de la révolution. Sous vos yeux et grâce à la présence « policière » du président, « deux champions vont défendre leurs convictions » et le public sera seul juge. Même si ces deux monstres historiques se rejoignent sur la question de leur sacrifice et de leur intransigeance par rapport au modèle moral et politique en place, il ne s’agit pas ici de les réconcilier. Ecrite en 1964 par le dramaturge allemand Peter Weiss, Marat-Sade nous invite à revivre le passé révolutionnaire pour mieux interroger le présent politique. La compagnie Souricière procède ici à une tentative ambitieuse dans le contexte actuel de crise politique où chacun se demande (ou pas) quel chemin prendre pour mener sa révolution. L’écrit en reste parfois au constat — sorte de reflet des mentalités actuelles qui s’enlisent dans la résignation —, mais l’action nous est offerte. Grâce à un beau travail dramaturgique et corporel, la jeune compagnie Souricière nous invite ainsi à célébrer avec elle la mort de la révolution !

Coline Trouvé

Marat-Sade : du 26 au 28/03 au Théâtre du Petit Matin (68A rue Ferrari, 5e).
Rens. 04 91 48 98 59 / http://theatredupetitmatin.free.fr/

[24 mar 2009] Le Bourgeois Gentilhomme présenté au Théâtre du Gymnase du 12 au 21/03 2009

Bou(r)ge de là

On croyait pourtant connaître Molière. Plus de trois cents ans après la première représentation de l’une de ses pièces les plus jouées, on a encore le délice d’être surpris. Mis en scène par Philippe Car, ce Bourgeois étonnant et dépoussiéré équivaut à une explosion.

Le-Bourgeois-Gentilhomme.jpgAttention, high voltage en perspective. Nourrie par le théâtre japonais bunraku, la mise en scène de Philippe Car décoiffe sérieusement. On suit, haletants, la déchéance d’un personnage prêt à tout pour s’élever au-dessus de sa condition. Texte lifté, éléments japonisants pour les marionnettes, les costumes, les instruments ainsi que la scène mobile en dohyo : la comédie s’emballe. Monsieur Jourdain, campé par un Philippe Car grimaçant et excité, entame un tête-à-tête vertigineux avec les marionnettes allégoriques. Le maître de philosophie est incarné par une bouche démesurée aux lèvres rouge vif, son tailleur est une marionnette-bobine de fil au corps constitué du costume-kimono de Monsieur Jourdain. L’idéal de ce dernier, Dorante, le « vrai » noble, est personnifié par un robot à la voix métallique et trafiquée. Madame Jourdain ? Une grande marionnette rebondie et colorée comme une poupée en celluloïd. La marquise dont il est amoureux ? Un mannequin longiligne sur roulettes, à la mécanique apparente au travers de son corps translucide. Hommage au « maître » Molière, la démesure dans l’humour est portée à son paroxysme ; le tempo est celui d’une comédie musicale et l’on en oublie que les marionnettes sont manipulées par un comédien. En feu d’artifice final, Monsieur Jourdain en slip serpent danse frénétiquement, seul, le regard halluciné, dopé au mensonge qu’il est le seul à ignorer. Son front est ceint d’une guirlande lumineuse fluorescente qu’il porte comme une couronne d’épines. Et l’évidence frappe : c’est bien d’un sacrifice dont il s’agit, celui de la dignité d’un homme crucifié sur le chemin de la prétention et du paraître. On s’incline devant le mérite d’avoir porté cette fable morale au thème éternel avec adrénaline. Furieusement moderne.

Texte : Bénédicte Jouve
Photo : Fabien Dubessay

Le Bourgeois Gentilhomme était présenté au Théâtre du Gymnase du 12 au 21/03.
Prochaine représentation : le 7/04 au Théâtre de la Colonne (Miramas)

[24 mar 2009] Gloria présenté au Gyptis du 10 au 21/03 2009

Les feux de la rampe

Avec Gloria, Jacques Hansen livre une relecture originale de l’oscarisé Boulevard du Crépuscule, huis clos dramatique brossant le portait de la légendaire Gloria Swanson.

Gloria.jpgStar du cinéma muet dans les années 20, Gloria vit recluse dans sa fastueuse maison d’Hollywood sur Sunset Boulevard. Elle vit très mal l’évolution de ce cinéma parlant et rêve d’être à nouveau sous les feux de la rampe. Assistée de son machiavélique majordome, la terrible diva engage un jeune metteur en scène pour adapter la pièce qu’elle voudrait jouer comme un dernier adieu à son public, une dernière perfusion dans cette existence morne et prise au piège de la mégalomanie. Tour à tour séductrice et destructrice, déchirante et menaçante, déprimée et rayonnante, elle nous dévoile tous ses talents d’actrice. A l’instar d’une production cinématographique actuelle, la pièce se veut un mélange de plusieurs techniques artistiques. Au centre de la pièce, un superbe escalier monumental représente autant la montée des marches d’une icône vers la lumière qu’une descente aux enfers d’une actrice mangée par la folie destructrice de l’oubli. L’intervention de la vidéo anime ce mélodrame et le met en lumière colorisée, la voix off modernise encore le procédé et la voix chaude et troublante de Sapho réchauffe le tout. Un cadre somptueux pour ultime scène de vie, Françoise Chatôt nous livre toute la puissance de cette lente agonie, cette inéluctable déchéance d’une actrice en mal d’amour et de reconnaissance. Malgré cette performance et la démarche originale de Jacques Hansen, la pièce ne parvient guère à nous toucher, et l’on préférera toujours revoir l’original de Billy Wilder.

Texte : Pascale Arnichand
Photo : F. Mouren Provensal

Gloria était présenté au Gyptis du 10 au 21/03

[24 mar 2009] Babel Med Music 2009 au Dock des Sud

Autour de Babel

Si Babel Med Music s’est rapidement ancré dans le paysage culturel local, il a su conserver quelques atours qui en font le rendez-vous musical incontournable du printemps en matière de musiques du monde.

Babel-med-ambince-C-Moustap.jpgDurant plus d’une dizaine d’années, nous étions nombreux à faire rimer Dock des Suds avec Fiesta des Suds. Nous avions pris l’habitude, chaque automne, d’accueillir les musiques colorées de Méditerranée et du grand Sud dans ces hangars immenses, qui servaient autrefois d’entrepôts aux produits exotiques importés par la France colonialiste. Au début, c’est avec enthousiasme que nous découvrions quelques artistes émergeants en quête de visibilité, et que nous nous entassions, souriants, autour des bars et bodegas (malgré les fanfares qui n’ont heureusement connu que les trompettes mais jamais la renommée). Puis très vite, c’est devenu une mode : l’époque était à l’ouverture culturelle. Affluence délirante, programmation douteuse, concerts sur écrans géants : la Fiesta des Suds avait passé douloureusement le cap du nouveau millénaire, ne redressant la barre que récemment. C’est dans ce contexte qu’est arrivée l’heureuse nouvelle : la création d’un autre festival dédié aux musiques du monde, tentant de maintenir l’indispensable diversité, de renforcer les échanges musicaux entre pays méditerranéens et, enfin, de faire de Marseille une place forte de « toutes les musiques ». Vu de l’extérieur, on peut presque dire que Babel Med Music, c’est la Fiesta, mais sans les défauts ! Ce festival protéiforme propose en effet un espace d’exposition et de conférences pour les professionnels, et surtout une programmation musicale pertinente pour le public. Il semble avoir trouvé la formule idéale pour partager les richesses des musiques de Méditerranée, mais aussi d’Afrique, de l’Est, du Nord… La programmation faisant la part belle à des artistes souvent méconnus sur la scène européenne, Babel Med Music a été, et sera cette année aussi, le théâtre de quelques belles révélations (voir ci-dessous). Si l’équipe qui anime le festival se réjouit de son succès, elle doit aussi s’en méfier afin de ne pas répéter les mêmes erreurs que son aînée. A ce sujet, l’une des réserves que nous pourrions émettre concerne la durée des concerts — plus proche d’un showcase que d’une véritable prestation live — qui empêche certains artistes de s’épanouir complètement sur scène. Mais ce souci est la contrepartie logique d’une programmation riche et variée : comment faire autrement lorsque l’on invite une trentaine de formations pour trois soirs de concerts ? Avec une telle offre, nous sommes sûrs d’y trouver notre bonheur, même si l’on doit pour cela essuyer quelques déceptions. C’est peut-être là que réside l’intérêt principal de Babel Med : on y trouve parfois des trésors que l’on ne cherchait pas, et dont on ignorait jusqu’à l’existence. Souhaitons que cette cinquième édition nous réserve encore de belles surprises.

Texte : nas/im
Photo : Moustapha Chaoui

Babel Med Music : du 26 au 28/03 au Dock des Sud.
Rens. 04 91 99 00 00 / www.dock-des-suds.org


Kamel El Harrachi (Algérie/France)
Chez les El Harrachi, la musique est une affaire de famille. Le père, Dahmane, est un des plus grands chanteurs algériens : sa voix a porté la chanson pastorale maghrébine (chaâbi) vers des sommets de lyrisme. Son fils Kamel semble promis au même destin. Un concert très attendu.
Jeu 26

Sayon Bamba Camara (Guinée/France)
Le groupe local qui monte ! La belle Sayon Bamba a quitté Conakry pour Marseille, où elle semble s’épanouir en étant régulièrement programmée dans de petites salles. Son album en est une belle preuve. Babel Med sera l’occasion pour elle d’acquérir une nouvelle envergure.
Jeu 26

Kristin Asbjornsen (Norvège)
L’émotion vocale des negro spirituals à la mode scandinave. La jeune Norvégienne profite de son impressionnante amplitude vocale pour divaguer entre jazz, folk et blues, nous contant l’histoire universelle du souffle et de la voix. Pour les amateurs de musiques apaisées, ce sera un délice.
Sam 28

Rupa & The April Fishes (USA)
D’origines hindoues, cette native américaine (comme on dit) a beaucoup voyagé, et ça se sent. Avec elle, la mondialisation est joyeuse et contagieuse, du swing tsigane à la cumbia, du tango au gâga indien avec, pour ne rien gâcher, des faux-airs de Lhasa dans la voix…
Sam 28

DJ Click (Roumanie/France/Grande Bretagne)
Quand on présente quelqu’un comme « le DJ incendiaire au mix électro-balkanique », mieux vaut se méfier : le Pittbull Terrier de Kusturica est passé par là… Mais on peut se tromper ! L’un des rares DJ’s programmés sur le festival.
Sam 28

Frédéric Galliano Kuduro Sound System (Angola/France)
Le kuduro est la première musique électronique produite et réalisée en Afrique. C’est un peu l’équivalent de la tecktonik, mais pour les jambes ! Il était normal que le chercheur de vibrations Fred Galliano s’y risque, apportant avec lui un savoir-faire certain hérité de la house music…
Ven 27

Baster (La Réunion)
Babel sans l’Océan Indien, c’est un peu comme un cari sans épices. Cette année, place à Baster, la figure mythique du reggae maloya réunionnais, qui œuvre pour la défense de la culture réunionnaise depuis 1983. Vous l’aurez compris, le contraire d’austère, c’est Baster.
Ven 27

Waed Bouhassoun (Syrie)

Précédée d’une réputation flatteuse dans le monde de la musique arabe, la voix de Waed Bouhassoun évoque la grande Oum Kalsoum par ses arabesques graciles et ses profondes complaintes. Babel vous offre avec l’étoile de Damas un moment de poésie rare.
Sam 28

[24 mar 2009] Anaïs le 4/04 au Dock des Suds

Love etc.

Anaïs vient défendre sur scène l’objet de sa récente mue, The Love Album. Question : peut-on aimer une chanteuse qui n’arrête pas de parler d’amour ?

Anais-C-Kea-NOP.jpgDans notre dernier numéro, un membre de la rédaction avait écrit, au détour d’une phrase et pour faire un bon mot, que l’on « préfèrera toujours La Grande Sophie à la petite Anaïs ». Rectification : Sophie est une grande nunuche mainstream, et Anaïs une petite perle d’artiste aux mille et un talents. De cette anecdote, nous pouvons tirer un constat : Anaïs ne plaît pas (ou plus) à tout le monde. Normal : quand une nana rencontre le succès avec des chansons d’amour à la con, qui plus est très mal composées, ça crispe. Alors pensez, si celle-ci remet le couvert avec un album entier dédié à son thème de prédilection… Mais voilà : si nous avons un jour, avant même la sortie de son premier album, consacré une page entière à la jeune Aixoise, c’est qu’il devait bien y avoir autre chose. Le carton (surprise) du Cheap Show tient en un mot : personnalité. Pour la première fois depuis longtemps, le public rencontrait un petit bout de femme assez inclassable, qui se débattait seule sur scène avec sa guitare, sa déconne, ses clins d’œil et ses envies de Broadway en simili skaï. Anaïs : pas la chanteuse — la copine. Ce que le public allait très vite oublier, c’est qu’il faut du temps pour connaître ses nouveaux amis. Et Anaïs n’est déjà plus la même : bordel, elle a coupé ses cheveux. Embauché un groupe. Travaillé en studio pour accoucher d’un album ultra-produit. Qui a du mal à décoller… Si Anaïs a pu avoir le luxe de tout se permettre, c’est donc grâce à des gens qui ne voyaient en elle qu’une fantaisie d’un soir. Grossière erreur : la demoiselle voit les choses en grand, et il y a quelque chose d’extrêmement courageux à la voir s’offrir un nouveau départ, déjà. Presque un fantasme : celui d’enregistrer avec un producteur hip-hop pointu, Dan The Automator, simplement parce qu’elle avait aimé son travail sur le projet Lovage (à l’intitulé parlant). Celui de prendre un virage pop, délicieusement suranné, en assumant enfin cette voix qui ne sert pas qu’à raconter des âneries. Celui de se remettre totalement en cause, alors qu’il aurait été si simple de fourbir un Cheap Show vol.2… Alors certes, Anaïs chante toujours des trucs un peu gnan-gnan. Elle s’en défend en arguant d’un « retour à l’innocence », en phase avec la tonalité 60’s de son nouveau disque. Mais en matière de produit crossover destiné aux foules, celui-ci se pose là : une tentative réussie de concept-album avec un son d’enfer, pour ta petite sœur et ton beau-frère. Qui trouve aujourd’hui sa prolongation sur scène, où rien ne sera plus pareil. En attendant la suite. La Grande Sophie : « On voudrait tous être quelqu’un d’autre / Juste une fois dans sa vie ». Tu m’étonnes.

Texte : PLX
Photo : Kea NOP

Le 4/04 au Dock des Suds. Rens. 04 91 06 33 94
Dans les bacs : The Love Album (Polydor)
www.anaisinyourface.com

[24 mar 2009] Jack de Marseille au Cabaret Aléatoire

New Jack

Jack de Marseille sort enfin un album à la hauteur de sa réputation de DJ. Et redonne à son nom le lustre qu’il avait un peu perdu en cours de route, à l’aube de ses vingt ans de carrière.

Jack-de-Marseille-C-Robert-.jpgOn ne l’attendait plus. Boudé par la critique depuis son premier album, poussé sur le bas-côté par les cadors de la « minimale », bloqué dans sa progression du fait de problèmes divers, Jack de Marseille était à la traîne. D’ailleurs, on ne savait plus très bien qui il était. D’un côté, l’égal d’un Laurent Garnier : un DJ techno de référence, vétéran des premières raves, toujours booké un peu partout pour ses mixes impeccables. De l’autre, un doyen au look étudié, un peu distant, accusé un temps de chasser sur les terres de Guetta ou Sinclar. Net problème d’image. Et puis, ces deux dernières années, on a recommencé à voir son nom garnir régulièrement l’affiche de petites salles locales. Jusqu’à ce nouvel album. Excellent de bout en bout. Pas révolutionnaire en soi, mais profond, sincère, et surtout marqué par un bond en avant énorme sur le plan de la production. Inner Visions, ou comment Jack réussit enfin à faire mentir l’adage — celui qui stipule fort justement qu’un bon DJ ne fait pas nécessairement un bon producteur. « C’est une réinterprétation de mes influences — Chicago, Detroit, Berlin — qui se rejoignent parfois au sein d’un même morceau. Mon métier de DJ intervient là, dans cette interactivité : mes sets nourrissent ma musique, comme le font aussi mes rencontres, mes voyages. (…) Il y a plus de sagesse et de bien-être au fond de moi aujourd’hui. En cela, c’est un disque plus spirituel. » Comment « l’autre » parrain de la techno française a-t-il pu redresser la barre ? Comment est-il parvenu à ce résultat aussi cohérent que maîtrisé ? Deux éléments fournissent pour lui une première explication : son travail de remix pour d’autres artistes issus d’horizons divers, et l’arrivée sur le marché de nouveaux logiciels facilitant le processus créatif. On est loin du précédent disque, sans âme, noyé dans la masse. « Ce premier album ne me ressemblait pas vraiment, c’était juste une collection de morceaux dancefloor, un premier jet… de DJ. J’ai traversé par la suite une période difficile : problèmes de santé, mort d’un proche, séparation, dépression. J’ai dû faire un gros travail sur moi-même pour réintégrer la scène club locale, car je renvoyais l’image d’un type qui se la pétait — alors que je ne faisais que me protéger. Et petit à petit, j’ai repris confiance en moi, me nourrissant de cette ville à nouveau… » Jack a dû repartir sur de bonnes bases. Jack a dit qu’il avait retrouvé le goût du risque. Jack est un garçon sensible, et tout le problème des individus sensibles, c’est qu’ils n’arrivent généralement pas à communiquer leurs émotions comme ils le souhaiteraient, balançant des signaux en contradiction totale avec ce qu’ils peuvent ressentir au plus profond d’eux. Inner Visions, somme atemporelle de deep-tech-house aux accents dub, est bien la preuve que rien n’est immuable.

Texte : PLX
Photo : Robert Bilbil

Le 26/03 au Passe-Temps et le 17/04 au Cabaret Aléatoire avec Damian Lazarus.
Dans les bacs : Inner Visions (Wicked/Module)
www.myspace.com/jackdemarseille

[24 mar 2009] Short Cuts 239

Moussu T & Arlee Leonard > le 26 à la Cité de la Musique
En marge de Babel Med, c’est l’un des événements musicaux du mois : la rencontre de Moussu T (et ses musiciens) avec Arlee Leonard, chanteuse afro-américaine qui présente avec lui une création basée sur le fameux Banjo de l’écrivain Claude McKay. On vous avait parlé du bonhomme et du roman, hymne au métissage, témoin de la rencontre entre l’Occitanie et les musiques noires. En voici la bande-son fantasmée, supervisée par l’équipe de Cocotte Musique. Incontournable.
http://moussut.ohaime.com

Mouss et Hakim > le 26 à la Maison du Peuple (Gardanne)
En octobre 2007, le public marseillais avait eu la primeur du dernier projet de Mouss et Hakim (Zebda, 100 % Collègues…) à la Fiesta des Suds. Origines Contrôlées : une exhumation des chansons issues de l’immigration algérienne en France, de Matoub Lounès à Idir en passant par Dahmane El Harrachi (l’auteur du célèbre Ya Rayah repris par Taha). Les deux frangins ont tout compris de la nécessaire question de la transmission. La gravité n’exclut pas la fête, l’élan.
Origines contrôlées (Atmosphériques) www.myspace.com/originescontrolees

Battant > le 27 au Cabaret Aléatoire
La dernière révélation de l’excellent label parisien Kill The DJ (à l’honneur de cette soirée) dont elle respecte le cahier des charges : déviant, exigeant, minimaliste, électrique, sombre. Battant est un trio londonien à situer entre Blondie et Suicide – pas si loin des Kills au final. Une boîte à rythmes, des synthés, une guitare post-punk, et une chanteuse aussi craquante que vénéneuse (madame Ivan Smagghe — décidément, ce mec a tout pour lui). Gris est la couleur.
No head (Kill the Dj/Module) www.myspace.com/battantbattant

Chinese Man > le 28 à l’Affranchi
L’analogie est frappante : comme eux, ils sont trois à avoir émergé du terreau local, partagent un goût immodéré pour les musiques noires (soul, funk, hip-hop, reggae…), ont été rattrapés par la pub, et proposent un « live » avec platines et vidéos. Les Aixois de Chinese Man sont peut-être les nouveaux Troublemakers, en plus groovy mais pas forcément en mieux (cette production assez désuète). Présentation en avant-première de la nouvelle compile, qui sort début avril.
The groove sessions vol.2 (Chinese Man/Differ-Ant) www.chinesemanrecords.com

Brain Damage + Vuneny + Idem > le 28 au Cabaret Aléatoire
On ne tarira jamais assez d’éloges sur le label lyonnais Jarring Effects : le bastion d’Ez3kiel et de High Tone est un modèle d’indépendance, qui a su évoluer au fil des ans sans jamais perdre en cohérence. En 2009, son orientation est plus sombre, quasi-indus : le métal a envahi l’herbe. Si le dub de Brain Damage en portait les germes, la musique d’Idem et Vuneny (des Bosniaques) traduit pleinement cette veine noisy et urbaine. Avec un gros travail sur les visuels.
www.jarringeffects.net

Belleruche > le 3 au Nomad’Café
Retour de Belleruche au Nomad’Café : le trio de Brighton avait déjà enflammé la petite salle fin 2007. La formule est simple : un mec aux platines pour envoyer une base hip-hop funky, un guitariste (fan de Django) pour lui donner un peu de couleur, et une chanteuse aux inflexions soul qui établit d’emblée un rapport chaleureux avec le public. Dans l’esprit, on pense à Morcheeba : ça vaut ce que ça vaut, mais c’est quand même au-dessus (et surtout beaucoup moins cher).
The Express (Tru Thoughts/La Baleine) www.belleruche.com

Jay-Jay Johanson > le 3 au Cargo de Nuit (Arles)
Celui-là, on s’en tamponnerait presque comme de sa première lessive. Ce serait dommage : si les couleurs du Suédois sont un peu délavées, elles ont plutôt passé l’épreuve du temps. Douze ans après ses débuts (ce goûteux Whiskey), Jay-Jay Johanson fait du Jay-Jay Johanson. Sa voix de Chet Baker épouse un canevas sonore toujours aussi souple, fait de jazz et de mélancolie, et si on doit encore parler de « trip-hop », le blondinet en figurera une touchante excroissance.
Self-portrait (Art/Virgin) www.jay-jayjohanson.com

Zong + Tribeqa + Jako Maron… > le 4 au Cabaret Aléatoire
Une soirée avec le label Bi-Pole, qui a son cœur (ses studios) à La Réunion mais sa tête (ses bureaux) à la Friche depuis peu. D’où l’idée de fêter la réédition du dernier album de Zong, son groupe fétiche, au Cabaret. Zong, c’est ce trio réunionnais insolite, alternatif et coloré, que l’on avait pu voir à la Fiesta, ou encore pour l’ouverture de la boutique Pardon (son sponsor). A ses côtés ce soir, un plateau festif, avec notamment la révélation française Tribeqa.
Fractures + Rar’té (Bi-Pole/Rue Stendhal) www.bi-pole.org

Erik Truffaz & Sly Johnson > le 4 à l’Artéa (Carnoux)

Toute l’œuvre d’Erik Truffaz est placée sous le signe de la rencontre. Celle du jazz et des musiques « actuelles », celle de l’organique et de l’électronique, et bien sûr celle de « l’autre ». L’aboutissement de cette œuvre tient peut-être dans ce coffret sorti récemment : trois disques pour autant de rencontres avec Murcof, des musiciens indiens et donc Sly Johnson (ex-Saïan Supa Crew). Celui-ci utilise sa voix comme un instrument : bluffant. Date unique dans le sud.
Paris (Blue Note) www.eriktruffaz.com

Mongrel > le 6 au Poste à Galène
On termine avec l’une des révélations du moment : Mongrel, un quatuor anglais qui incarne à merveille ce creuset d’influences multiples qu’est Londres. Porté par l’ancienne section rythmique des Arctic Monkeys, le guitariste des Babyshambles et un jeune Mc d’origine irakienne, ce groupe totalement crossover et politique (interdit d’antenne sur certaines radios anglaises) s’inscrit dans la lignée des Clash et autres Asian Dub Foundation. Allez les voir : ça envoie.
Better than heavy (Wall Of Sound) www.myspace.com/wearemongrel

PLX

[24 mar 2009] The Chaser - (Corée du Sud - 2h03) de Na Hong-Jin avec Kim Yoon-seok, Ha Jeong-woo…

Attrape-moi si tu peux

cine-The-Chaser.jpgOn sait le polar coréen contemporain capable du meilleur (le mémorable Memories of murder du brillant Bong Joon-ho en 2004) comme du pire (les lassantes variations vengeresses de Park Chan-wook). On sait surtout qu’il peut constituer un étonnant laboratoire d’expérimentations formelles, pour peu que l’on veuille bien s’y intéresser de plus près. Exemple type, ce Chaser qui, avec son pitch d’une simplicité proverbiale (un ex-flic reconverti en proxénète tente de sauver la dernière victime d’un serial killer), semble exclusivement préoccupé par des questions d’énergie et de dépense physique. Ici, comme dans Memories of murder, l’enjeu est moins la résolution d’une intrigue jouée d’avance (le tueur est arrêté dès la première bobine) que la mise en scène d’une impuissance fondamentale. Celle de la police, brocardée avec un cynisme réjouissant, mais surtout celle du héros, salopard notoire incapable de réussir sa rédemption. Il court, arpente les rues d’un quartier de Séoul, s’acharne sur ses dix portables… Tout cela en pure perte : le tueur résiste, persiste à creuser un vide insondable au cœur de l’image. C’est d’ailleurs dans cette capacité à porter une fiction de la défaite, à faire s’échouer chaque piste narrative ou psychologique sur le mur de son pervers de service que Na Hong-jin impressionne le plus. Tout en ruptures et en accélérations, utilisant à merveille la verticalité du décor, son Chaser s’élève ainsi bien au-dessus du simple film d’ambiance humide et poisseux. Et même si le dénouement poussif fait descendre un peu trop vite le palpitant du spectateur, ces deux heures de traque tendue suffisent à nous donner envie de revoir le réalisateur sur un autre terrain.

Romain Carlioz

[24 mar 2009] 24 City - Documentaire (Chine – 1h47) de Jia Zhang Ke avec Joan Chen, Zhao Tao…

Le palanquin des larmes

cine-24-city.jpg24 City irrite, déconcerte, intrigue, agace, interpelle. Ce maelstrom filmique, sorte de vrai faux documentaire sur la disparition d’une usine dans une grosse ville industrielle chinoise, nage entre traitements (sur)stylisés et indigestes propres à un film de fin d’études et éclairs de justesse absolument éblouissants. Jia Zhang Ke a décidé de mettre en scène son exégèse des rapports et de l’impact éventuel d’une usine d’Etat (par ailleurs aussi autarcique qu’un bâtiment du Corbusier) sur la population ouvrière et sa descendance. Dans un premier temps, la touche « naturaliste » âprement désirée se noie dans une ambiance trop fabriquée, qui sonne creux et qui, par là même, ennuie rapidement le spectateur. Du Bourdieu ultra kitsch en quelque sorte… Puis, par touches très subtiles, 24 City opère sa mue, entrant par alternance dans le vif de son sujet, à savoir l’aspect inquiétant que revêt la dépendance humaine envers une entité implacable (l’usine) se nourrissant froidement de ses ouvriers pour, à son tour, nourrir des idéologies populaires douteuses. Dans ces moments-là, superbes, le documentaire appuie là où ça fait mal, rendant tragiquement compte de ce qu’Orwell évoquait dès 1948 quant à l’abnégation involontaire des masses (faute d’éclairage) et à sa manipulation. A l’évidence, les écrits d’Orwell ne relevaient pas que de la fiction. Et c’est encore d’actualité. Emus, bouleversés par leurs souvenirs, ces hommes en détresse évoquent l’absurdité de l’existence sans en avoir conscience, avec une incroyable innocence — leurs certitudes se résumant à l’oubli de soi, au devoir accompli et au service de la Patrie. Au final, si 24 City ne convainc pas complètement, il s’avère salutaire. Car il ne faut pas perdre de vue les dangers d’un système auquel, de près ou de loin, nous appartenons tous.

Lionel Vicari

[24 mar 2009] La Série sur le gâteau : Lie to me

Lie to me

serie-Lie-to-me.jpgBien cachée parmi le feu d’artifice mid-season de la télé US — où il n’était question que des retours époustouflants de 24 et Lost ou de Dollhouse, la nouvelle série (décevante) de Joss Whedon —, Lie to me est le show de la Fox dont tout le monde parle aujourd’hui, déjà promis au couronnement lors des prochains Emmy grâce à l’immense Tim Roth, brillant dans le rôle d’un consultant du FBI qui n’aime rien tant que prêcher le faux pour savoir le vrai. Expert comportemental, docteur ès mensonges, spécialiste de la communication non verbale, Carl Lightman (comme son nom l’indique, « l’homme qui fait la lumière ») est tout ça à la fois, mais surtout un véritable détecteur de mensonges humain. Aussi intraitable dans sa vie privée, avec son adolescente de fille ou son ex-femme, que dans sa vie professionnelle, via des interrogatoires pour le moins originaux, Lightman traque la vérité à chaque instant de la journée, c’est son dada, comme le tiercé était celui de Guy Lux. Dans la lignée des nouveaux limiers cérébraux d’Hollywood, intuitifs, barrés et manipulateurs — tels Brenda Johnson (The closer) et Patrick Jane (The mentalist) —, et marchant sur les plates-bandes cyniques, ironiques et misanthropiques de Gregory House, Lightman est moins un enquêteur lambda qu’un brillant cerveau en marche. Capable de dénicher le mythomane qui sommeille en chacun de nous, l’anti-héros de Lie to me fait éclater la vérité à la seule force de son cerveau, sans aucun arsenal high-tech ou interrogatoire musclé, pied de nez définitif à tous Les experts de l’oncle Sam. Aussi, comme le martèle le leitmotiv de la série, « la vérité se lit sur les visages », chaque confrontation avec un suspect se transforme en « moment de vérité » assez jouissif où l’on assiste à une entreprise de démolition en direct du suspect. Suspect qui, désarçonné par l’aplomb injonctif de Lightman, déploie à son corps défendant un véritable arsenal de tics corporels — oreille ou nez qui grattent, clignement d’yeux, haussement de sourcils, moues révélatrices — creusant irréversiblement sa tombe. Cerise sur le gâteau, en illustrant chaque démonstration mensongère de son show par un insert expressif à l’effigie des plus grands menteurs politiques de l’histoire américaine — de Richard Nixon à Sarah Palin, de George W. Bush à Charlton Heston —, Lie to me ne nous donne pas seulement à voir un musée des horreurs US, mais permet aussi de mesurer les erreurs du passé en forme de mensonges d’Etat. Pas de quoi en faire une affaire (d’Etat), juste une très grande série.

Henri Seard

[24 mar 2009] Edito 239

Déchiffrer des lettres

« Si y en a que ça les démange d’augmenter les impôts… », « On se demande c’est à quoi ça leur a servi ? » : vous croyez ces citations extraites du skyblog de votre petit cousin Kevindu13 ? Détrompez-vous ! Ces phrases fluides et musicales, qui violent treize lois des accords internationaux du « bien parler », sont sorties tout droit de la bouche de notre cher président lors de son discours devant les ouvriers d’Alstom dans le Doubs (abstiens-toi, la prochaine fois), en pleine — ironie du sort — Semaine de la langue française. Et la liste des méfaits langagiers de Sarko 1er ne s’arrête pas là : diction « chewing-gum » (« Chuis », « Chais pas », « M’enfin M’ame Chabot »), confusion des genres (« On commence par les infirmières parce qu’ils sont les plus nombreux », Rambouillet, 13 mars 2009), confusion tout court (le fameux « Casse-toi pov’con » du Salon de l’Agriculture 2008), ou encore négations sacrifiées sur l’autel du parler populaire (« J’écoute, mais j’tiens pas compte ! », Provins, 20 janvier 2009)… Un comble pour celui qui proclamait avant son élection à la tête du pays que « Le français c’est l’âme de la France, c’est son esprit, c’est sa culture, c’est sa pensée, c’est sa liberté… Nous avons le devoir pour nos enfants, pour l’avenir de la civilisation mondiale, pour la défense d’une certaine idée de l’homme, de promouvoir la langue française. » (Caen, 9 mars 2007) ou qui proposait de faire passer une batterie de tests portant sur leur connaissance de la langue et de l’histoire françaises aux étrangers désireux de s’installer dans l’hexagone. Est-ce à dire que le président aurait échoué à obtenir son visa ? Nous nous garderons bien d’émettre un jugement, mais il y a fort à parier qu’il ne s’endort pas avec le Bescherelle. On aurait préféré un président moins « bling bling » et plus « besch besch ». D’aucuns diront que cette façon de s’exprimer reflète une volonté de « désacraliser l’orthographe » (1) ou de « s’adresser au peuple ». Autrement dit, de prendre l’ascenseur de la paupérisation verbale pour rejoindre la « France d’en bas ». Hein, biloute ?

CC/HS

(1) Bernard Fripiat, « coach en orthographe »

[11 mar 2009] Miss Platnum – Chefa (Because)

galettes-misseplatinium.jpgC’est l’histoire d’une revanche : celle des filles bien en chair sur les bimbos siliconées, celle des parias sur les nantis, celle de l’Est sur l’Ouest. Miss Platnum est roumaine, mais la vie (dure) l’a un jour téléportée en Allemagne. A Berlin. Où de fil en aiguille, elle passe du statut de choriste à celui de méta-star en puissance : des beatmakers en vogue décident de lui tailler l’album R’n’B de 2009. Miss Platnum est une diva nu-soul qui assumera ses racines balkaniques, elle a des seins énormes. Beyoncé peut aller se coucher. Les rondes comptent pas pour des blondes.

PLX

[11 mar 2009] The Mighty Underdogs - Droppin’ Science Fiction (Def Jux/Pias)

galettes-The-Mighty-Underdo.jpgA quoi sert la réalité quand les univers parallèles sont beaucoup plus drôles ? Entre comics et afro-futurisme, The Mighty Underdogs perpétuent une certaine tradition qui, de Funkadelic à Dr Octagon, a apporté un peu d’exubérance dans le paysage de la black music. Réunissant deux des meilleurs Mc’s de la côte ouest — Gift of Gab de Blackalicious et Lateef the Truth Speaker de Quannum — et le producteur Headnodic, ce « super groupe » de rap, las des postures trop sérieuses, détourne avec une débilité adolescente, presque salvatrice, les codes d’un hip-hop déjà vieillissant.

nas/im

[11 mar 2009] Harmonic 313 – When machines exceed human intelligence (Warp/Discograph)

galettes-Harmonic-313.jpgOn peut appréhender ce disque de Harmonic 313, alias l’Anglais Mark Pritchard, de plusieurs manières. Pour le fan de musiques urbaines, c’est une véritable aubaine : un excellent album de cette légende warpienne. Le journaliste plus pointu dira quant à lui que ça ressemble à une collaboration réussie entre l’Autechre de 1994, un Dabrye dans ses jours les plus sombres pour le côté abstract hip hop crado, et Starkey, nouveau héros d’un dubstep plus ouvert sur le dancefloor, en pleine montée d’ecsta. Le psychanalyste, enfin, optera pour « un excitant cas de schizophrénie ».

JPDC

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