Ventilo n°293
du 8 au 21 février
Téléchargez le journal et son agenda au format PDF
Ventilo est allé à la rencontre de la réalisatrice des Bureaux de Dieu, le coup de cœur ciné de la rédaction !
Pourquoi, avec un tel sujet, faire une fiction plutôt qu’un documentaire ?
Tout simplement parce qu’on ne peut pas faire un documentaire sur ce qui est totalement secret. La parole qui a lieu pendant les entretiens existe car elle est anonyme, elle ne sortira pas du planning familial. Des documentaires ont pu se faire, mais on ne voyait pas le visage des gens, et je n’avais pas envie de ça car je trouve vraiment que ça n’a pas de sens de demander ça aux femmes et aux filles qui viennent. Je voulais rendre compte de ce qu’est vraiment un entretien, la manière d’écouter… Si on ne filme pas le visage des gens, on a très vite l’impression en tant que spectateur que seuls des cas sociaux, des femmes qui n’ont pas de chance fréquentent le planning familial, alors que ça concerne toutes les femmes. Ça a un côté presque universel. Pour moi, c’était très important de partir de la normalité.
Justement, comment filme-t-on la normalité ?
Il ne faut pas avoir peur… Peur qu’il ne se passe rien. C’est quand on attend, quand on a l’impression qu’il ne se passe rien que les choses les plus importantes adviennent. Cette normalité-là n’est pas la même aujourd’hui qu’il y a trente ans, et c’est ça que je trouvais intéressant de montrer.
Mais comment avez-vous fait pour savoir ce qui se passe vraiment dans un planning familial ?
J’ai vu comment fonctionnaient certains plannings comme à Marseille, à Grenoble, à Paris, à St Denis. J’y suis allée souvent, je me suis presque obstinée pour gagner la confiance de certaines filles et femmes. J’ai assisté à des entretiens, enregistré les conversations, je prenais des notes… A partir de là, j’ai essayé de gardé la « dramaturgie » de chaque entretien tout en réduisant sa durée pour les besoins du film, car un seul entretien peut durer plus d’une heure. Ce n’est pas un film sur le planning, mais un film au planning. Le lieu est important, c’est lui qui fait apparaître l’histoire.
Comment avez-vous choisi les actrices ?
Avec goût … (rires) ! Il y avait dans le scénario deux types de rôles : d’un côté les conseillères, les médecins… de l’autre, les filles et les femmes qui viennent au planning familial. Pour les premières, je n’ai choisi que des actrices professionnelles. Pour les secondes, ce ne sont que des actrices amatrices. L’idée, c’était de retrouver dans cette rencontre de cinéma ce qui se passe vraiment au planning entre des conseillères dont c’est le métier, la conviction, et des femmes ou des filles qui viennent là pour des raisons très personnelles.
Les bureaux de Dieu, d’où vient ce titre ?
Dieu, c’est la puissance ! Le bureau, c’est ce petit truc merdique. Le planning familial, perché au dernier étage d’un immeuble, c’est là que la puissance officie sous des airs de poussière et de banalité. La puissance, c’est le choix, le choix de sa vie. Avant, quand une fille tombait enceinte sans l’avoir vraiment décidé, on était résigné, on disait que Dieu l’avait voulu ainsi. Aujourd’hui, Dieu a son bureau là-haut, au 13 boulevard D’Athènes1 !
Propos recueillis par nas/im le 15/10 au cinéma Les Variétés
Immaculée contraception
On ne saurait trop dire combien le cinéma de Claire Simon sait être bouillonnant de vérité à partir de minuscules dispositifs filmiques. Que l’on songe au superbe Récréations, où une cour de récré devenait un petit théâtre d’humiliation singeant l’univers des « grands », ou à Sinon Oui, la cinéaste a su, chaque fois, saisir avec justesse et précision l’écheveau de répercussions sociales et humaines qui naissent d’un micro-évènement. Or, à la vision de ces Bureaux de Dieu, la première chose qui frappe, c’est justement un manque de précision et de clarté dans la forme qui faisait la beauté de ces précédents travaux. Circonscrit au cadre fermé d’un bureau du planning familial et porté par une pléiade d’actrices et d’acteurs (trop, peut-être), le film semble parfois patauger à force de ne pas choisir entre toutes les pistes qui s’offrent à lui. Didactique (une scène d’entretien/une scène au café et ainsi de suite), la réalisatrice déroule un fil presque trop étroit pour elle et se perd dans des entretiens en plans-séquences où elle ne sait plus trop quoi (ou qui) filmer. Pourtant, malgré ses doutes et ses errements, quelque chose se passe, qui nous tient en haleine, qui est de l’ordre du cinéma et qui se loge dans l’habile dispositif choisi par Claire Simon. Pendant plusieurs années, elle a recueilli des témoignages de femmes au planning familial. Elle a ensuite recréé ces face-à-face avec une actrice pro et une amatrice, sans qu’elles ne se soient jamais rencontrées. En résultent de vrais moments de douceur (une prostituée) ou de violence burlesque (une fille terrifiée par son propre corps) dans lesquels Les Bureaux de Dieu colle de près et avec pudeur à son (beau) sujet : les femmes, dans les plaisirs et les tourments de leur corps.
Romain Carlioz
L’imitation de vitesse
Une autoroute abandonnée en pleine campagne, une maison isolée au bord du bitume, une famille joyeuse qui y vit… On peut dire qu’Ursula Meier possède l’art de planter le décor. Les premières images du film sont en cela très parlantes. La cinégénie du lieu cède vite la place au quotidien de cette famille presque modèle qui semble s’épanouir là, à quelques mètres des barrières de sécurité, comme si elle vivait en pleine campagne. Pour vous donner une idée, c’est un peu La petite maison dans la prairie sur une aire d’autoroute. Avec son casting minimaliste et irréprochable, son sujet atypique, ainsi que les atours de cette belgitude tragi-comique qui commence à devenir sérieusement tendance, Home est le genre de film qui a tout pour plaire. Il s’avère d’ailleurs plaisant par sa volonté de ne jamais faire entrer une once de sociologie ou de psychologie dans ce quasi no man’s land, et aussi par sa réussite à faire de l’autoroute un véritable personnage. Personnage qui ne tarde pas à se réveiller et à devenir envahissant lorsque les travaux de réhabilitation commencent et que le tronçon d’autoroute abandonné va s’ouvrir à la circulation. Dès lors, les choses sérieuses commencent, et chaque personnage se réfugie alors dans une posture très marquée, presque caricaturale. Enthousiasme pour les uns, paranoïa ou simple stoïcisme pour les autres, chacun accueille à sa manière ce flux continu de fumée et de bruit. On se dit alors que le récit va s’emballer, que des vérités trop longtemps enfouies vont ressurgir, et que le film, jusque-là purement descriptif, va enfin prendre une intonation plus sensible. Espoir très vite déçu par sa dernière partie qui, malgré quelques jolis moments, semble peiner à trouver son rythme et une fin probante à cette drôle d’aventure. Au final, Home nous laisse un goût d’inachevé, presque de gâchis tant il paraissait réunir les ingrédients nécessaires à une belle fiction décalée. Au bord de l’autoroute, Ursula Meier nous laisse en panne des sens.
nas/im
Mon premier émoi cathodique avec Leighton Meester remonte à 2006. Dans le rôle d’une lolita tombée éperdument amoureuse — quelle idée — du Dr House, la blonde jeune femme jouait de ses charmes, nombreux, décolleté affriolant et minijupe à l’appui, arrivant presque à faire succomber le misanthrope médecin avant qu’icelui se rende compte que sa patiente enamourée abritait en son sein un parasite qui déréglait sa libido — ouf ! Devenue brune depuis, la belle Leighton continue d’affoler le palpitant cathodique des mâles de la planète dans le rôle Blair Waldorf, la bitch ultime de la série Gossip girl. Figure de proue de l’Upper East Side, soit la jeunesse dorée et friquée de New York, la jolie garce qu’on adore détester passe la majeure partie des épisodes à cancaner, bavasser, faire des croche-pattes, changer de fringues (ou de coupes de cheveux), poignarder dans le dos, boire comme un trou et coucher — bref à « bitcher » tout ce qui bouge. Irrésistible dans ce rôle de femme-enfant, à la peau laiteuse, aux yeux de bitch aux abois validés par des lèvres boudeuses, Meester réussit le grand écart périlleux entre la classe d’Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany’s et les crasses de Sarah Michelle Gellar dans Sexe intentions. Et le tour de force de faire rêver de concert filles et garçons — mais pas pour les mêmes raisons. Et Gossip girl, dans tout ça, me direz-vous ? Aussi agréable qu’inconséquente, la série se laisse regarder avec un plaisir coupable, jouant chaque semaine sa petite musique, à base de chassés-croisés amoureux, de répliques cultes, d’outrance, de bling-bling et de bande-son idéale — Timberlake, Peter, Bjorn & John, Klaxons, Bon Iver… Ultime réjouissance, c’est la blonde Kristen Bell (Veronica Mars) qui prête sa voix, dans la version originale, à la mystérieuse bloggeuse qui pointe du doigt les nombreux errements de ses « amies ». C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup.
Henri Seard
Vidéos à la demande
Si le festival des Instants vidéo numériques et poétiques parcourt plusieurs villes de France et plusieurs pays en cherchant à en abolir les frontières, il se déploie tout particulièrement à Marseille dès le 29 octobre avec une programmation prometteuse…
La singularité de ce festival est liée en partie à la volonté de montrer la vidéo comme une pratique artistique multiforme, en lui préférant le nom de « poésie électronique » et en mettant en avant la diversité de ses expérimentations et de ses productions : diffusion de vidéos (regroupées selon un ensemble de thèmes), installations vidéo et numériques, concerts-performances où se mêlent corps, images et sons. Une journée (le 7 novembre) sera notamment consacrée à son histoire, sa genèse — le rapport entre télévision et vidéo — par la présentation d’une émission de télé belge (Vidéographie) qui a produit et diffusé pendant dix ans des œuvres vidéo expérimentales. La visibilité et la conservation des œuvres multimédias seront quant à elles interrogées par la présentation du projet Gama (un portail des archives des arts multimédias). Par ailleurs, la programmation affirme sa dimension internationale en montrant cette année des œuvres en provenance de cinquante-cinq pays, tout en donnant les moyens aux spectateurs et aux acteurs d’interroger le sens d’une telle rencontre entre des visions et des cultures différentes, et le sens des notions de territoire et d’origine envisagées ici sur un mode dynamique. L’installation vidéo et sonore de Jean-Paul Labro, La casa de John Doe, présentée à La Compagnie, interroge justement le lieu, l’habitat et l’habitant en mettant en œuvre une tension entre l’instabilité fondamentale du lieu où l’on vit et les valeurs de propriété et d’architecture solide.
Ainsi, la mise en œuvre d’une dynamique de liaison et d’union entre ce qui diffère est notamment au centre de cette vingt-et-unième édition : entre les espaces, les cultures, les sensibilités. Le deuxième Congrès des artistes non alignés (sur les critères du marché et du monologue culturel), qui aura lieu à la Friche de la Belle de Mai du 6 au 11 novembre, s’inscrit dans cette perspective en aménageant des rencontres étonnantes. Le moment fort de ce congrès (le 9) place Dionysos, ce Dieu de l’excès et de l’ivresse, et la corrida au centre des événements proposés : tous deux fonctionnent comme des références au processus de montage et d’assemblage qui guide la pratique de la vidéo, mais aussi comme dynamique de liaison entre les différents acteurs rassemblés pour l’occasion : artistes, viticulteurs de Banyuls, un journaliste spécialisé dans la tauromachie… Cette manifestation entièrement gratuite et libre d’accès affirme ainsi sa volonté de rompre avec l’ordre établi de la domination, c’est-à-dire avec une certaine distribution des corps, une configuration de l’espace, un mode du visible et du dicible, une organisation du faire, en tentant de les défaire et de les recomposer ensemble plus librement.
Elodie Guida
21es Instants Vidéo. Du 29/10 au 9/12 dans divers lieux de Marseille.
Rens. 04 95 04 96 24 / www.instantsvideo.com
Attention : explosifs !
Déambulant dans les ruelles de Belsunce, passé un panneau « Chantier en construction », on se retrouve pris au piège dans un immeuble bardé d’explosifs. Visite.
Une fois passés deux blocs grillagés signalant l’entrée d’un chantier (dispositif de Pascal Marret et Aurélien Chatain), on découvre plusieurs bancs disposés devant un écran géant qui diffuse un film de La Cellule Anti-Artistes (Non Agréés)®. En poursuivant son chemin, on tombe sur un escalier qui s’enfonce dans l’obscurité : bienvenue dans la dernière installation d’Anne-Valérie Gasc. Accueillie en résidence d’artistes au sein de la Compagnie de janvier à juin, elle propose une opération de minage du bâtiment devant entraîner sa disparition. Souhaitant mettre le doigt sur les enjeux de la politique culturelle municipale à l’heure de sa gentrification annoncée, l’artiste dit « vouloir conquérir un territoire grâce à une attitude offensive directement inspirée des principes de l’armée. » Dans le cadre de l’opération Restricted Area, elle a fait appel à une escouade d’artistes et d’architectes pour l’aider à s’approprier cet espace et vérifier le principe selon lequel « détruire, c’est créer ». Ce qui frappe en regardant autour de soi, ce sont les charges explosives méticuleusement insérées aux endroits névralgiques, câbles reliés au détonateur dans une synchronisation parfaite. Pour l’artiste, pas d’échappatoire possible : « Je m’inscris dans un processus de résistance, j’ai une stratégie militaire à appliquer. » Elle puise son inspiration dans différents textes, dont un en particulier, écrit en 1975 par Michel Foucault, Je suis un artificier. Lorsqu’on la questionne sur l’éventuelle dimension équivoque de ses ouvrages, elle réplique sans sourciller : « Je rends la destruction possible pour remettre en question les fondements établis, lutter contre l’inertie. » Elle sait combien tout cela est éphémère, fragile : « Dans mon travail, il y a une dimension impuissante, quelque chose d’inerte comme la poudre qui n’est pas amorcée. » Car l’artiste joue avec nos peurs archaïques, appuie sur notre part d’ombre, s’intéressant à « la nécessité de détruire réellement ou pas, interroger cette hypothèse au maximum : la possibilité que ça advienne. » A suivre, une mise en scène inédite à la VF Galerie, Boum Blocs, dans laquelle les maquettes qui n’auront pas trouvé d’acquéreur seront détruites in situ par explosion tandis que les autres seront vendues accompagnées de leur dispositif de mise à feu, déclenchable par leur propriétaire « quand et où il veut. »
Olivier Zanettin
Restricted Area. Jusqu’au 1/11 à La compagnie (19 rue Francis de Pressensé, 1er).
Rens. 04 91 90 04 26 / http://www.la-compagnie.org/
Boum Blocs. Du 8 au 23/11 à la VF Galerie (15 boulevard Montricher, 1er).
Rens. 06 08 52 94 17 / www.vfgalerie.com

La marge à suivre
Des temps de vaches maigres nous attendent. Après avoir tiré le lait jusqu’au sang et l’avoir bu sans soif pendant de si nombreuses années, les ogres du capitalisme — insatiables pensait-on — ont une crise de foi(e). Les enfants du système ont pourtant faim et réclament leur pitance. Les petits survivent en évitant les gouttes, en traçant leur route, souvent seuls. C’est pour les rassembler qu’un collectif marseillais organise ce vendredi 31 octobre une manifestation plus que jamais d’actualité, la « Gueux Pride ». Car entre la honte ou la fierté d’être à la marge de la société ou tout en bas, de nombreux concitoyens vont devoir choisir leur camp. Etre rejeté et en être accablé, c’est subir le sort qui leur est fait. Etre à l’écart et s’en réjouir, c’est le parti que prennent les initiateurs de cette fierté des gueux. Elle veut insuffler de l’enthousiasme à ceux dont la voix s’étouffe à force de crier dans leur coin. Mais qui peut porter haut et loin en chantant un air de fête repris en chœur dans la rue.
Que cet appel exprime la joie de vivre, il sera réussi. Mais le succès peut être plus grand.
Coluche, dont l’esprit n’éclaire manifestement pas que les salles sombres, appelait en 81 la communauté des gueux à voter pour lui et ainsi montrer que la politique n’est le monopole de personne. Le cœur à l’ouvrage qu’il a mis au service de « ceux qui n’ont plus rien », la tête du pays en est incapable. Le mec voulait que la tête renifle l’odeur de la merde remonter des bas fonds remués par le oaï populaire pour qu’elle bouge enfin. Celle qui aujourd’hui nous fait croire qu’elle nous a compris. Que, reniant sa parole et ses alliés, elle allait refonder le système qui nous a mis à terre. Faire fi des lois et des idées qui protègent l’économie avant la survie des hommes, qui préfèrent la guerre à la reconstruction. Le Prince aujourd’hui nous ment pour mieux sauver son trône doré et ses bases. Des milliards par ci, des « n’encouragez pas la mendicité » par là. Arrêtez le sketch ! Ce qu’il faut atteindre en défilant joyeusement, c’est rendre visible les difficultés à se nourrir, se loger, se soigner. Autant de droits devenant pour beaucoup des buts à atteindre au quotidien. Dans ce théâtre de dupes, la rue ne peut pas se permettre de s’en laisser conter. Oaï et Liberta !
Victor Léo
Rassemblement pour la Gueux Pride, vendredi 31/10 Place de la Joliette (2ème) à partir de 13h. Rens. www.gueuxpride.marsnet.org
Si le premier album de Moussu T avait soulevé un bel enthousiasme de proximité, le deuxième avait carrément touché le marché anglais. Dans ce contexte, le troisième pourra-t-il atteindre le marché… américain, comme son titre à double entrée, ou ses œillades de plus en plus appuyées au blues sudiste pourraient le laisser entendre ? Et pourquoi pas ? A l’impossible, nul n’est tenu, et certainement pas ce projet qui s’affine au fil des disques sur la foi d’une idée toute bête : pour vivre heureux, vivons chez soi, mais ne fermons jamais la porte à autrui. Sur ce thème universel, Tatou et les siens continuent de pondre ce qu’il convient déjà d’appeler des classiques (Ma rue n’est pas longue, Sur mon oreiller, Lo chaple…) au charme délicieusement suranné. Une réussite.
PLX
Fleet foxes - st (Cooperative Music/Pias)
David Vandervelde - Waiting for the sunrise (Secretly Canadian/Differ-Ant)
De Seattle, on connaissait son port, ses chemises de bûcherons, les envolées boisées de Pearl Jam ou le Grace Hospital de Grey’s anatomy. Il faudra désormais compter avec les Fleet foxes, groupe miraculeux élevé à la grâce, auteurs d’un premier album vertigineux à la polyphonie onirique et vibrante où se télescopent, très haut dans le ciel, le psychédélisme bucolique des Buffalo Springfield et le folk abîmé de Nick Drake. Aussi en lévitation du côté de Brooklyn, mais un nuage en dessous, Vandervelde, pareillement chevelu et barbu que ses potes aux rouflaquettes mystiques, revisite pendant ce temps la Californie des Beach Boys et de Fleetwood Mac, harmonies vocales célestes en sus. Et complète avec brio le tableau de cette double symphonie pastorale.
HS
En trente minutes, pas une de plus, Kid Acne régénère un hip-hop anglais plutôt moribond en dehors des têtes de gondoles, Roots Manuva et The Streets. Son éclectisme, son énergie très punk-rock ainsi que le second degré de ses textes nous rappellent les Beastie Boys des débuts, cette attitude faussement juvénile qui met au cœur de la musique un peu de fureur et d’urgence. Même si tout n’est pas réussi, le disque fait preuve d’une spontanéité rare, d’une fraîcheur salvatrice à l’heure où certains rappers vieillissants cherchent vainement leur second souffle. Ici, les morceaux sont courts, incisifs, ils vont vraiment à l’essentiel, tout en prenant soin d’éviter les clichés du genre. Romance ain’t dead, le hip-hop non plus !
nas/im
Chère Emiliana, depuis Love in time of science, votre premier opus électro paru en 1999, je suis votre plus grand fan. Un an après, votre concert au Poste à Galène, où vous m’étiez apparue belle comme le jour, le visage cerné — je m’étais d’ailleurs rendu — de taches de rousseur, surplombant une poitrine capricieuse jouant la fille de l’air, m’avait troublé au-delà du raisonnable. En 2003, le folk aérien de Fisherman’s woman me convainquit que l’Islande serait la destination de mes prochaines vacances avec ma chérie d’alors — qui préféra partir tout court, la garce. Aujourd’hui, l’écoute religieuse de Me and Armini, merveilleux recueil de comptines folk, bossa ou reggae, m’amène à vous dire que j’aime beaucoup ce que vous faites. Bien à vous.
HS
Jusqu’à présent, TV On The Radio était un projet alléchant sur le papier : la rencontre d’un producteur féru d’avant-garde avec des musiciens noirs, une collision sonique entre soul et noise-rock. Sauf que la réalité était tout autre : deux albums assez chiants dans l’ensemble, sauvés par quelques fulgurances qui justifiaient le buzz, et le potentiel. Alors voilà : celui-ci est le bon. Il est même monstrueux. Evident dès les premières écoutes : le groupe de Brooklyn a laissé entrer la lumière, soigné la production, mis l’accent sur le groove. C’est un autre groupe, rayonnant dans l’écriture, plus afro-centré (les cuivres d’Antibalas), qui apporte sa pierre à un truc essentiel : une pop noire, un funk blanc, quelque chose qui cherche, dear science.
PLX
Cet ancien batteur devenu pianiste propose un opus étincelant, servi par la rythmique envoûtante de Stéphane Kerecki (contrebasse) et Louis Moutin (batterie). C’est une promenade sensible dans un répertoire subliminal de luttes du Vieux Continent, entre consonances ibériques et celtiques. L’album est aussi dédié à la mémoire de deux actrices majeures de la cause abolitionniste et du mouvement féministe au XIXe siècle : Sojourner Truth et Harriet Tubman. Exercice méditatif et jeu enjoué se fondent dans un creuset rappelant les mélodies d’un Mac Coy Tyner ou les ostinatos d’un Keith Jarrett. Freedom Fighters résonne au final comme un appel à l’émancipation des canons du jazz, un manifeste libertaire dans un monde orwellien.
LD
Jeu pour bébé dont j’avais oublié l’existence jusqu’à ce qu’une drôle d’épidémie, rose et joufflue, transforme nombre de mes amis équilibrés en parents borderline, l’Activity Center, plateau en plastique ludique constitué de gadgets en tous genres censé stimuler l’éveil des bambins, a donc servi d’inspiration aux Tahiti 80. Direct, efficace, frais, le centre d’activité des Rouennais a opéré un déplacement spectaculaire, privilégiant un recentrage intra-muros lo-fi aux fantasmes de pop bling-bling US, entraperçus sur le surproduit Fosbury. Sur les traces du bel effort solo — évident et élémentaire — de Xavier Boyer, la tête pensante du groupe, nos chouchous ont repris à leur compte le fameux adage « Less is more .» Et la main, loin devant tout le monde.
HS
Ces temps-ci, l’Australie fait beaucoup parler d’elle avec Modular, le label électro en vogue. Mais en marge de la hype « officielle », un certain Gotye (prononcez « Gauthier ») pourrait bien participer à cet effet d’annonce. D’origine belge mais installé en ces terres, ce songwriter et bidouilleur plutôt doué voit enfin son second album distribué en France… deux ans après sa sortie. Dommage qu’il ait fallu attendre si longtemps pour découvrir cet alter-ego de Beck, très à l’aise dans sa manière d’utiliser les samples (comme ses compatriotes The Avalanches) et les styles (on passe d’une pop transgénique à un exercice soul explosif en passant par du dub). Mais l’atout maître de ce disque, ce sont encore ses chansons : l’émotion est palpable sur presque chacune d’elles.
PLX
Soulfly – Conquer (Roadrunner)
Megadeth – Anthology (Capitol/EMI)
C’est un fait : Max Cavalera a décidé de faire de Soulfly le terrain de jeux de ses amours passées. A savoir un trash/speed-metal survitaminé qui fait écho au projet Cavalera Conspiracy, avec son frère Igor, sorti deux mois plus tôt. Pourtant, point d’effets passéistes, les arrangements et la production sont résolument tournés vers l’avenir, à l’image de cette collaboration avec l’artiste français de dub Fedayi Pacha. Si l’avenir semble prometteur au clan Cavalera, il n’en est pas de même de Megadeth qui devient insipide depuis Youthanasia. Voilà pourquoi cette Anthology tombe à point nommé pour nous rappeler non seulement la puissance et l’engagement des textes de Mustaine, mais aussi la voix si particulière de celui qui fût compositeur et guitariste sur le Kill’em all de Metallica : respect !
dB
Bien sûr, il y aura toujours quelques aigris nostalgiques qui ne verront en ce troisième album des New-Yorkais qu’une parodie du Springsteen des débuts, raillant çà et là ce riff de guitare ou ces quelques notes d’orgue, répétant à qui veut l’entendre que le rock est mort et que forcément c’était mieux avant. Hors cette minorité non silencieuse, les amateurs de musique à guitares se réjouiront de voir le rock réinvestir le centre après s’être longtemps regardé le nombril dans les marges arty de l’indépendance. Il y a même ici une certaine fulgurance poétique, une manière de chanter cet indéfinissable désespoir qui fait de l’Amérique le berceau de nos beautiful losers préférés, et du rock la manifestation électrique de nos vibrations intimes.
nas/im
Grosse actualité pour Bac Vidéo, en cette rentrée, avec pas moins d’une vingtaine de titres dans les bacs, dont ce si attendu chef d’œuvre de l’Anglais Peter Greenaway. Le cinéaste suit brillamment les traces de l’architecte Etienne Louis Boullée et construit un film complexe, en cohésion totale avec les œuvres du bâtisseur. Un homme se voit confier l’organisation d’une grande exposition sur Boullée. Sa paranoïa et ses obsessions (artistiques, sexuelles) le détourneront de sa tâche, pour le conduire aux confins de la folie. Wim Mertens signe une B.O. saisissante, omniprésente, pièce maîtresse de l’œuvre. Une bande sonore à laquelle s’ajoute le travail magistral, et pictural, d’un Greenaway au sommet de son art. L’image y est puissante, chargée, intelligente, au service d’un scénario cérébral et raffiné, dont les possibilités de lecture sont infinies. Du grand art.
EV
L’excellent éditeur Malavida nous offre pour cette rentré
une trapéziste, parcours initiatique qui le conduira aux frontières des passions les plus vives, dans cet état funambule où la vie peut basculer chaque jour du tout au tout. Savary construit son film comme un tour de piste, doué d’un sens virtuose de l’image et du montage, jouant habilement des codes cinématographiques jusqu’aux frontières de l’étrange.
EV
Après avoir réédité sur son label Ipecac les albums des Melvins, c’est en toute logique que Mike Patton fusionne aujourd’hui Fantomas avec ces derniers. Il y avait The Fantomas Melvins Big Band, le CD, voici le DVD live, capté à Londres en mai 2006. Ici, tout le potentiel du supergroupe se révèle. Le côté « pachidremique » du son des Melvins se trouve ici démembré par les cris, larsens, distorsions, breaks, sonars et autres sifflements d’un Patton toujours plus schizophrène. En chef d’orchestre fou, façon Frank Zappa, il dirige les musiciens dans ce désordre organisé pour revisiter les titres des deux groupes et de leur projet commun. Inclus, également, le commentaire audio de Danny DeVito, anecdotique, ou le calme après la tempête sonore.
dB
A chaque fois qu’on pense avoir atteint le pire avec Jess Franco (Exorcisme et messe noire, L’abîme des morts-vivants), on s’aperçoit qu’un autre film supplante sans difficulté le précédent. En même temps, avouons que notre sympathie pour Franco naît de ça. On serait déçus si on ne retrouvait pas au moins quarante minutes de zoom et de dézoom, de comédiens nuls et de filles jolies — à poil les trois quarts du temps. Bien sûr, La Comtesse noire possède tous ces avantages et plus encore. Cette fois, on a droit aux affres métaphysiques d’une femme vampire qui vit sur l’île de Madère et qui voudrait refuser sa sanglante condition mais qui ne peut pas. Alors, elle tue des gens et fait l’amour en se tripotant. Et même, parfois, Jess effectue un beau plan… De quoi rendre heureux.
LV
Le père du « néo-polar » (l’expression était de lui), mort en 1996, tenait un journal sur des cahiers de brouillon : sa publication permet d’entrer au cœur des mécanismes de sa création littéraire, de ses références artistiques multiples, ainsi que dans la douceur de son cocon familial. Ce coco situ fana de jazz cherchait sans cesse à améliorer son style d’écriture, insistant sur le mode ternaire. Grand lecteur de philo et de psychanalyse, accro au polar US, dévoreur de SF, traducteur de ces genres, scénariste, Manchette commente avec son fiel libertaire l’actualité des 70’s naissantes, avec force coupures de journaux (il s’était abonné au Chasseur Français pour avoir une idée de l’hexagone rural !) et commentaires historiographiques. Un must !
LD
Un père et son enfant, tous deux géants, vivent sur une île où, grâce à leur taille, ils rendent service à bien des personnes. Le père repousse ainsi une attaque de pirates et sauve un ours réfugié sur un iceberg. Furieux, les pirates décident de se venger et tendent un piège à l’enfant qu’ils enlèvent et conduisent sur leur navire… Avec ce premier album, Olivier de Rességuier impose un univers et un ton véritablement personnels. Il parle de la différence entre les êtres, de la difficulté pour les enfants d’arriver à se dissocier de leurs parents, de la mémoire et, surtout, de la liberté. Son dessin joue sur les rondeurs, un certain sens du grotesque et des couleurs plutôt douces. Riche et surprenant, ce récit poétique d’abord destiné aux enfants est porteur d’une grande tendresse à laquelle il est difficile de rester insensible.
BH
Le père d’Ingmar et d’Epson étant vieux et particulièrement affaibli, ses deux enfants le conduisent chez une sorcière qui prépare un élixir à même de régler certains de ses maux. Mais voilà, la sorcière n’étant pas non plus très fraîche, elle se trompe et administre au vieux chef viking un élixir de vieillesse qui le ramène à l’état de nouveau-né et le conduit à vieillir d’un an chaque jour. Au fil des albums, Bourhis et Spiessert, ensemble ou chacun de leur côté, développent une œuvre cohérente composée d’aventures décalées, d’humour potache et sarcastique et de tendresse contenue. Ce troisième tome d’Ingmar en est une très bonne illustration : si la situation initiale est déjà comique, tout contribue à rendre le récit de plus en plus hilarant.
BH
Pour des raisons de santé, un jeune homme va régulièrement nager. A partir de cette fine base, Vivès joue les acrobates. Grâce à une exceptionnelle habileté naturaliste — narrative et graphique —, l’auteur livre en effet une BD dense, qui ne bâtit presque que sur de l’imperceptible. Matérialisé par un dessin magnifique et des couleurs douces, marqué par l’ambiance envoûtante de cet étrange mélange d’anonymes, ou encore par les beaux et nombreux silences des personnages, le scénario parvient également à nous tenir en haleine par ses multiples zones d’ombre et ses plongées dans ces intimités attachantes. Les subtilités de ce Goût du chlore en font ainsi une surprise remarquable, à déguster sans modération.
LV
Opéra des villes
Entre la rue Sainte et le Vieux Port, le quartier de l’Opéra, qui reste encore un rendez-vous pour noctambules en mal de « sensations fortes » (boîtes à kékés, bars américains…), s’est transformé, la journée, en un lieu de vie et de création, idéal pour une petite séance de shopping ou une pause-café.
En prenant dans la rue Francis Davso, on s’aperçoit que la Casertane, fameuse enseigne aux couleurs de l’Italie (traiteur, petit restau), a fait peau neuve et des émules, puisqu’à deux pas, on y trouve un minuscule snack italien, le Comptoir. Pourvu d’une petite terrasse, idéale pour grignoter des sandwiches, des salades ou des pâtes sur le pouce, il propose également une denrée hélas rare dans la ville : des glaces artisanales.
Entre deux boutiques, on prendra son café ou son thé (grand choix) en face, au Café Debout, où l’on pourra également se ravitailler en douceurs, la boutique proposant la fameuse barre marseillaise, des biscuits à l’ancienne et autres délicieuses confiseries. Juste à côté, on fera le plein de couleurs et de verdure aux Champs de l’Opéra, l’un des plus beaux fleuristes du centre-ville.
Rue Pythéas, la créatrice de bijoux Virginie Monroe constitue une excellente introduction à la rue de la Tour (ou rue de la Mode), qui regroupe quelques créateurs locaux. Si l’on déplore la disparition de la boutique de Manon Martin et de ses délirants chapeaux, on y retrouvera quelques « noms » de la création textile marseillaise, comme Casablanca, Filles de Lune et Diable Noir (qui sont également implantés sur le Cours Julien), ou encore la Sardine à paillettes (voir encadré ci-contre) et La Griffe Mesur, spécialisée comme son nom l’indique dans les chemises pour hommes sur mesure.
Le quartier fourmille de bonnes boulangeries, de snacks et de restaurants pour toutes les bourses. Dans la rue Lulli, on pourra ainsi s’arrêter pour un délicieux kébab Au Falafel ou manger italien à toute heure du jour et de la nuit au Mas.
On tourne à droite et nous voilà rue Sainte, où ont pris place des grandes enseignes de la mode (Zadig et Voltaire, les Petites…). Là, on pourra terminer sa journée par un hammam au sein de la très chic Bastide des Bains, suivi d’un petit apéro au comptoir du Bistrot à Vins ou de la Part des Anges.

La sardine à paillettes
La jolie devanture, ornée d’une cage à oiseaux, annonce la couleur : acidulée. A l’intérieur, l’univers de Laurence Morignot — ludique et décalé — s’exprime à travers toute une série d’objets de déco et de mode pour femmes et enfants. L’illustratrice et styliste — qui a ouvert sa boutique en avril après six ans sur le Cours Julien — est intarissable sur les trésors qu’elle déniche auprès de créateurs gentiment farfelus (lampes champignons, valises à pois, petites têtes de cerfs, culottes argentines au modèle unique…) et les vêtements et accessoires qu’elle a soigneusement sélectionnés, plus sobres mais témoins de cet esprit frais qui fait tout le charme des lieux, à l’instar des créations pour bébés de la marque marseillaise Underten.
La sardine à paillettes, 9 rue de la Tour, 1er. Rens. 06 18 31 46 04 / www.sardinesapaillettes.com
Ouvert le lundi de 14h à 19h et du mardi au samedi de 10h30 à 13h30 et de 14h30 à 19h
La Maison marseillaise
Ne dites surtout pas à Delphine que vous cherchez des objets de déco ! La propriétaire de ce grand et bel espace aux lignes épurées l’affirme haut et fort : « Ici, il n’y a rien pour “faire joli”. Tout ce qu’il y a dans la boutique doit être pratique, utile et beau. » Créée il y a bientôt vingt ans, La Maison marseillaise propose ainsi un panel de meubles et d’objets venus des quatre coins du monde (Angleterre, Scandinavie, Etats-Unis…), qui raviront surtout les esthètes amateurs de cuisine (vaisselle, ustensiles design…). Mais pas que, puisqu’on y trouve également des chaînes hi-fi high-tech, quelques accessoires à destination des femmes (bijoux, fringues, sacs…), ou encore, pour les petits budgets, des stylos — un objet utile, donc, pas de bibelot !
La Maison marseillaise, 38 rue Francis Davso, 1er. Rens. 04 91 55 54 43
Ouvert du lundi au samedi, de 10h à 19h
Flowerbox
Sur la vitrine flambant neuve cerclée de murs d’un rouge éclatant, le concept du lieu s’étale en grand : « Accrochez la nature à vos murs ». Emanation apparue à la mi-septembre de la boutique installée depuis trois ans au Cours Julien par deux paysagistes, Thibaut De Breyne et Philippe Tisserand, cette « galerie de fleurs » propose d’orner vos murs de tableaux végétaux, créés sur mesure par les maîtres des lieux en fonction de vos goûts, de votre intérieur, mais aussi de vos aptitudes en jardinage. Une manière originale de mettre en valeur les végétaux (une centaine de variétés est à disposition) à travers différents supports jouant sur la verticalité, mais aussi de « réussir son expérience avec les plantes. » En bref, tout un art de vivre.
Flowerbox, 65 rue Francis Davso, 1er et 80 Cours Julien, 6e. Rens. : 04 91 48 93 32 / www.flowerbox-gallery.com
Ouvert du mardi au samedi, de 10h à 13h et de 14h à 19h (non-stop le samedi)
Le Couloir
La boutique porte très bien son nom. Dans son minuscule Couloir à l’ambiance très « girly », Nathalie propose depuis un an à sa clientèle presque exclusivement féminine (« Je dois avoir deux hommes ! ») pléthore de petits objets « d’art, de désir, futiles et précieux ». Dans ce décor rose et mauve qui met en effet la féminité à l’honneur, on trouvera ainsi tout un tas d’idées déco (coussins, bibelots, tapis, photophores, lampes…), quelques fringues et accessoires, de jolis bijoux ou encore des produits pour bébés (habits, petits jouets…)… et ce, pour tous les budgets. Une mini caverne d’Ali Baba à découvrir pour les femmes désireuses de s’offrir (et d’offrir) des petits plaisirs.
Le Couloir, 22 rue Glandeves, 1er. Rens. : 04 91 04 63 13
Ouvert le mardi et du jeudi au samedi, de 11h à 18h (jusqu’à 19h le samedi)
CC
Filet garni
Mélanger bonne chère et foot, tel est le concept pour le moins original proposé par le Blok depuis fin septembre à la Valentine. L’occasion d’oublier, l’espace de quelques heures, le décorum peu glamour de la zone commerciale.
Un immense espace chaleureux bordé de larges baies vitrées et paré d’un bar circulaire du plus bel effet, une grande et belle terrasse ensoleillée à l’abri du vent, quelques notes de jazz et « des serveuses mignonnes et sympa » (dixit mon voisin de table)… Arrivés au restaurant du Blok, on peine à se croire en pleine zone commerciale, à deux pas du complexe des 3 Palmes et à quelques encablures des hypermarchés et autres enseignes gigantesques qui dominent la Valentine. D’autant que, comme son nom l’indique, le lieu ressemble de l’extérieur à un gros bloc de béton, d’une froideur certaine. Et qu’on peut également y croiser des énergumènes suants qui viennent de s’adonner à une partie de “Foot@2”. Ques aco ? Une version minimale et en salle du sport le plus populaire de la ville, qui voit s’affronter deux équipes de deux joueurs pendant quarante-cinq minutes.
« Jean-Philippe Durand (ndlr : ancien joueur de l’OM, champion d’Europe en 1993 et aujourd’hui au recrutement dans le club phocéen) avait depuis un moment en tête le concept de “Foot@2”. Il a ensuite pensé à la restauration… L’idée, c’était de créer un Lieu », explique Bill Boudia, le directeur du Blok (ndlr : anciennement directeur de la Folle Epoque à la Préfecture), qui se balade entre les tables en arborant fièrement un élégant tablier à l’effigie de la maison.
Le Blok dispose ainsi de 2 000 mètres carrés, répartis en deux espaces totalement indépendants (vous pouvez aller « au foot » pour jouer ou regarder, aller manger, ou faire les deux). « On a voulu quelque chose d’aéré, d’épuré et de convivial. En un mot : ouvert. On n’est pas confinés entre deux vitres. On est dans la vérité, on ne veut pas tricher. » L’ouverture semble en effet être le mot d’ordre de la maison, comme en témoigne l’architecture du lieu — élaborée par le cabinet du Marseillais Julien Montfort — avec ses grandes baies vitrées et ses cuisines « transparentes » (les chefs préparent leurs plats devant les clients), qui « offrent un visuel aux clients ». Le chef, Luc Soccodato, joue lui aussi l’ouverture en proposant une carte éclectique — à des tarifs accessibles—, comprenant aussi bien des tapas (verrine de chèvre, plancha de Saint-Jacques…) que des pizzas plutôt originales (auxquelles le champion d’Europe de la discipline a apporté sa touche personnelle), des plats au wok ou des recettes plus « traditionnelles » (tartare de loup bien préparé, pâtes aux asperges ou à la brousse, viandes succulentes et bien présentées…). Avec autant d’ouvertures, il serait stupide de ne pas conclure.
CC
Le Blok, Montée du Commandant Robien, 11e. Ouvert tous les jours de 11h45 à 14h30 et de 19h30 à 22h30 (le samedi jusqu’à 23h30). Service tapas 7/7 de 11h45 à minuit sans interruption. Salles de foot@2 ouvertes tous les jours de 9h à 22h.
Rens. 04 91 19 14 60 / www.le-blok.com
« Le miel tel un condensateur du temps et des espaces urbains », voilà le propos d’Olivier Darné, éleveur d’abeilles urbaines, producteur de « miel béton » et plasticien qui installe sa ruche sur le toit de la Cité Radieuse les 18 & 19, délimitant une zone d’action de trois mille hectares : l’espace de pollinisation, où l’abeille devient médiateur, passeur. Sa version très personnelle de la pollinisation questionne peut-être avant tout notre rapport à la ville. Un espace grouillant et protéiforme qui s’apparente peut-être à… une ruche. L’occasion de goûter à la production « made in Merlan » de son miel béton au cours d’un apéro-miel, d’assister à des projections en plein air et d’écouter un peu de violoncelle au passage. Rens.www.merlan.org
Voici une bonne occasion de faire le point sur le recyclage et la transformation de ses déchets, les nouveaux modes de transports et de carburants ou encore la gestion de l’eau. Pour sa première édition en PACA, le Salon régional dédié au Développement durable rassemble, du 17 au 19 au Parc Chanot, une cinquantaine d’exposants issus de grandes entreprises, de PME, d’institutions, d’associations et de collectivités. Au programme : conseils pratiques, conférences animations et marché bio. A noter également : en même temps et au même endroit, le 14e Salon de l’Immobilier permettra notamment à ses visiteurs de découvrir les produits de l’éco-habitat. Rens. www.salondeveloppementdurable-marseille.com
Pour se mettre au vert sans bouger de la ville, l’association Marseille Centre propose trois jours de manifestations liées au jardinage. Les commerçants et les artisans du centre ville vous invitent à visiter leurs Jardins de Ville du 15 au 18. Un parcours vert permet d’apprendre à composer un bouquet de saison, d’aller à la découverte de l’herbier de la région, mais aussi d’écouter des poèmes ou de déguster du thé aux fleurs. Il suffit de suivre la signalétique installée dans les boutiques participantes. Rens. 04 91 52 78 93
A l’occasion du lancement du festival Court-Métrage Humour qui aura lieu à Marseille à partir de 2009, le Théâtre de l’Antidote accueille cette année la sélection « spéciale humour » du Festival de films Les Pépites du Cinéma. Le thème ? L’humour populaire et urbain. La durée ne doit pas excéder dix minutes : envoyez par mail une adresse Internet où visionner la vidéo et un contact personnel, ou bien adressez une copie DVD au théâtre l’Antidote. Sélection jusqu’au 15 novembre. Inscription des films gratuite sur les sites theatreantidote@orange.fr et www.lespepitesducinema.com
Plus c’est petit, plus c’est bon
La deuxième édition de Small is beautiful reprend la formule qui a fait son succès, en même temps qu’elle célèbre à sa manière la Journée Nationale des Arts de la Rue, le 25 octobre : tout un symbole.
C’est dans l’air. Le vent de la création à l’échelle européenne n’a pas le souffle court, c’est le moins que l’on puisse dire. Et il souffle avec entêtement à Marseille. Un mois et demi après l’annonce de la victoire de la ville au titre de Capitale européenne de la Culture en 2013 et tandis que le projet de construction de La Cité des Arts de la Rue se poursuit, des artistes du genre issus de toute l’Europe s’invitent à Marseille pour prendre pendant trois jours possession du macadam. La première édition a conjugué les bonnes surprises et permis de tester la formule, directement héritée du projet In Situ, un réseau européen de création de spectacles sur l’espace public. Lieux Publics récidive en implantant (essentiellement) au cœur du seizième arrondissement une série de spectacles à ciel ouvert mêlant l’improbable et le réel. Le duo italien Tony Clifton Circus (re)donne au clown ses lettres de noblesse, bousculant les codes et s’autorisant des débordements de grands enfants. Les Grannys, des Autrichiens Irrwisch, sont franchement indignes. Quant aux Slovènes de la compagnie Betontanc, ils rejouent la scène du Cuirassé Potemkine, faisant dévaler du haut de l’escalier de la Gare Saint-Charles sept mille ressorts mobiles. Sacrée descente. Pour le plaisir. Pour donner à voir et à entendre, gratuitement, avec des grosses machines ou une petite danse, en musique ou pas. Un festival cosmopolite en forme de carte postale, qui choisit un titre en… anglais. All right ?
Bénédicte Jouve
Small is beautiful. Du 23 au 25/10 dans les quartiers Saint-André et Gare Saint-Charles. Rens. 04 91 03 69 08 / www.lieuxpublics.com
L’interview : Fabienne Aulagnier
Situé dans les quartiers nord, Saint-André accueillera pendant trois jours des artistes issus de toute l’Europe. Pour sa deuxième édition, Small is beautiful persiste et signe : relier l’art en espace public à la dimension européenne. La responsable du projet nous en dit plus.
D’où vient ce nom, Small is beautiful ?
C’est l’idée du petit format. Nous proposons des spectacles qui nécessitent relativement peu de matériel, composés de trois ou quatre comédiens au maximum, en gardant l’idée de cette dimension étrangère et cosmopolite avec un titre ludique.
Faut-il s’attendre à un lâché de nains de jardins ?
Euh… Non !
Mimie Mathy sera t-elle présente à l’ouverture ?
Euh…Non ! On ne peut pas regrouper sur un seul événement tout ce qui est petit et beau !
Comment est né le projet ?
Lieux Publics, qui est à l’origine du projet, pilote le réseau In Situ. C’est une plate-forme de spectacles de rue de petite forme, soutenue par la Commission européenne. L’idée, c’est d’accueillir et de produire des spectacles qui se sont fait connaître par le biais de ce réseau d’artistes.
Pourquoi le situer essentiellement à Saint-André ?
C’est notre point d’ancrage, le lieu où nous travaillons tous les jours. De plus, nous souhaitons proposer une dimension artistique et culturelle là où justement il en existe peu.
Comment le projet est-il relié à Marseille 2013 ?
Lieux Publics travaille déjà dans une lignée européenne depuis plusieurs années. Nous souhaitons ensuite développer l’événement dans le temps et dans l’espace : en étendant le nombre de compagnies qui participent ou le territoire de manière à ce que Small is beautiful couvre peut-être tout le territoire de la candidature.
Autrement dit, Small is beautiful, c’est un coup de projecteur sur un quartier avec des projets à dimension européenne ?
Oui ! C’est un projet européen et saint-andrésien !
Propos recueillis par Bénédicte Jouve
La rue est vers l’art
Six compagnies du département dans six villes pendant six semaines : tel est le programme diabolique conçu par Karwan pour retracer La Folle Histoire des Arts de la Rue. Un (par)cours magistral !
Tout a commencé le 13 septembre à Marignane, devant la bibliothèque Jean d’Ormesson, où les badauds ont pu découvrir un bus aux couleurs de l’arc-en-ciel, beau comme un camion. A l’intérieur, un banc pour célébrer la rencontre du collectif Ex Nihilo avec son public, un « arbre aux livres », les « boîtes à voyages » de la compagnie Artonik ou encore un vélo pour mettre en selle les « clients » de la compagnie No Tunes International. Autant d’objets et d’installations qui retracent l’histoire et la géographie des arts de la rue dans seulement trente mètres carrés. A 18 heures, le bus est parti pour Aix. Il a sillonné ainsi le département pendant quinze jours, laissant ses visiteurs la tête pleine d’images colorées et des anecdotes truculentes racontées par un délirant gardien-guide-chauffeur-comédien-monsieur loyal. Début octobre, il s’est arrêté à Gignac, s’offrant une parenthèse enchantée en compagnie d’Artonik, qui a emmené les curieux tour à tour sur la terrasse d’un café pour 12’ chrono, on the beach et dans le pré. Puis il a accompagné les chercheurs cinglés de No Tunes International à Saint-Rémy, où la troupe de Fabrice Watelet a joué les facteurs et les noceurs et nous a donné rendez-vous avant de partir en cavale. Le bus est aujourd’hui à Auriol. Sur le Cours, les danseurs de rue d’Ex Nihilo dessinent des trajets de vie et des trajets de ville, s’enlacent et s’entrelacent dans la Calle Obrapia ou au bal du samedi soir. Dès le 20, le bus fera escale pour une semaine à Vitrolles où, tandis que le détracteur public Jean-Georges Tartar(e) régalera les passants de ses récits de voyages, les vétérans de Générik Vapeur créeront un « trafic d’acteurs et d’engins » pour semer le désordre poétique dans la rue. A Miramas fin octobre, c’est Ilotopie qui jouera les trouble-fêtes aux abords du bus place Jourdan, devenant oreilles pour livrer les messages de la ville ou gens de couleur, collectionneurs d’îles ou fous de bassin. Le bus rejoindra enfin Salon-de-Provence pour un final en apothéose réunissant tous ces créateurs fous qui ont fait de la rue une scène. Leur scène. La nôtre.
CC
La Folle Histoire des Arts de la Rue. Jusqu’au 19 à Auriol avec Ex Nihilo, du 20 au 26 à Vitrolles avec Générik Vapeur et l’Agence Tartar(e), du 27/10 au 2/11 à Miramas avec Ilotopie et du 1er au 9/11 à Salon-de-Provence avec toutes les compagnies. Rens. 04 96 15 76 30 / www.follehistoire.fr
L’interview : Anne Guiot
Fou, c’est le mot qui convient. Deux mois et demi de spectacles à travers tout le département et deux ans de préparation pour peaufiner le projet. La directrice artistique de La Folle Histoire des Arts de la Rue, résume : « Notre scène, c’est la rue ! »
Comment est né ce projet ?
Karwan (ndlr : pôle de diffusion des arts de la rue et des arts du cirque) a porté avec Lieux Publics l’Année des 13 Lunes et l’exposition monumentale Le Grand Répertoire. Nous poursuivons l’idée de l’implantation territoriale, la volonté d’aller vers le public et la proposition du répertoire propre à chaque compagnie.
D’où vient le nom de l’événement ?
C’est un clin d’œil à La Véritable Histoire de France, un spectacle de la compagnie Royal Deluxe qui mettait en scène un livre géant.
Pourquoi un projet itinérant ?
La dimension territoriale est liée au contenu du projet : une compagnie s’implante dans une ville pendant une semaine et présente l’essentiel de son œuvre. C’est un projet de fonds : on déroule l’histoire des arts de la rue en se positionnant sur l’aspect évènementiel et en s’inscrivant dans une écriture artistique spécifique.
Que représente la dimension tentaculaire d’un tel projet ?
D’abord, la richesse du département en termes d’arts de la rue : toutes les compagnies sont issues des Bouches-du-Rhône. Ensuite, l’aspect de la découverte, notamment avec le Bus-Expo, qui est le fil rouge de la manifestation. Cela permet au public de découvrir ce que sont véritablement les arts de la rue, dont l’histoire est récente.
Qu’en est-il de l’aspect pédagogique du projet, puisque les compagnies vont aller à la rencontre des lycéens et des collégiens ?
Un travail de préfiguration a été entrepris de mars à juin, pendant lequel les compagnies se sont rendues dans les collèges pour sensibiliser les jeunes. Nous mettons en place un projet de fonds, en allant vers les publics, pour qu’ils s’approprient les arts de la rue. Ce sera le cas au cours d’ateliers avec les élèves, dans l’espace de leur collège, qui est aussi un espace public !
Comment le projet est-il relié à Marseille 2013 ?
D’abord par la construction de la Cité des Arts de la Rue. Karwan fait partie des structures constitutives. Nous répondons à la candidature en termes de territoire, en le couvrant totalement. Le projet prendra une dimension de plus en plus européenne, jusqu’à l’apothéose en 2013. On ne construit pas une Cité des Arts de la Rue pour y rester confinés, mais pour jouer dehors puisque notre scène, c’est la rue !
Propos recueillis par Bénédicte Jouve