Ventilo n°293
du 8 au 21 février
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Attention film culte : Kyle et JB, rockeurs du dimanche, sont à la recherche d’un médiator magique qui transformerait leur plomb musical en or, qui les verrait passer du nadir de leur cave au zénith des charts. Narrant par l’absurde la fausse genèse d’un vrai groupe de Rock, les Tenacious D, le film prolonge une série culte de HBO — quinze épisodes mortels — dans laquelle l’énorme Jack Black, dans tous les sens du terme, partait en vrilles avec son compère fouettard, Kyle Glass, autour de la mythologie du rock. Encore plus déjanté — déconne et moyens en cinémascope —, le résultat de The pick of destiny est une hilarante quête à base de riffs et de fumette, entre moquerie et respect, comme l’étaient le faux docu Spinal Tap et Wayne’s world. Du grand n’importe quoi, à l’image de Jack Black.
HS
L’exercice est périlleux, et répété à l’envi parmi toute une génération de jeunes (et souvent peu inspirés) documentaristes : réaliser un film autour de ses propres racines, de ces lieux et ces êtres dont nous sommes issus. Le résultat est souvent navrant et nombriliste, il n’en est rien dans l’œuvre de Richard Copans, ancien compagnon de route de Robert Kramer. Les trois films présentés ici sont édités par l’excellente structure marseillo-francilienne Shellac, distributeur et éditeur de goût. Racine, Vilnius et Les disques de Rivka forment donc la trilogie lituanienne de Copans, parti sur les traces des exils de ses ancêtres, de la Lituanie juive à New York, de la Picardie à Paris. Une quête passionnante, enrichie de nombreux bonus, dont une excellente interview du réalisateur avec Jean-Louis Comolli.
EV
Bienvenue à ce nouvel éditeur rock’n’roll et foutraque, amateur de bizarreries cinématographiques, qu’est Le chat qui fume. Pour l’une de ses premières sorties, l’équipe nous offre la possibilité de retrouver en vidéo l’opus déjanté de Richard Elfman, à mi-chemin entre l’univers poétique d’un Tim Burton (on retrouve d’ailleurs son musicien fétiche Danny Elfman au générique) et l’extravagance musicale queer d’un Rocky Horror Picture Show. Soit une façon d’aborder le cinéma qui nous semble aujourd’hui, hélas, si lointaine : à l’instar du surréalisme ou du mouvement Panic de Topor, on laissait tourner la caméra jusqu’à ce que la surenchère inonde la pellicule, que le grand guignol improvisé produise une matière comique, délirante et horrifique satisfaisante. Pour tout cinéphile, un régal !
EV
Ce grand classique après-guerre du fantastique britannique a conservé une grande partie de sa fraîcheur. Constitué de divers sketches reliés entre eux par une histoire principale étrange (un homme sait qu’il va mourir et personne ne le croit), Au cœur de la nuit passe avec une élégance flegmatique du surnaturel pur et dur (Le ventriloque, une vraie merveille) au fantastique humoristique (La partie de golf), ou encore au sensationnel gothique extrêmement bien ficelé (Le miroir hanté). Si des cinéastes d’horizons et de nationalités différents ont pris en charge la réalisation, cela n’entache en rien l’unité du propos — faire frissonner le public d’alors — et confère au film une atmosphère encore plus singulière. Une réelle curiosité qui, si elle ne glace pas le sang, se laisse agréablement regarder.
LV
Voilà un moment que nous n’avions de nouvelles de l’excellent éditeur indépendant K Films, mythique distributeur d’un catalogue hors norme, allant de Maria Beatty à Jean-Claude Guiguet. Le film de Piotr Trzaskalski lorgnerait sur les productions les plus contemplatives d’un Sokourov. Un ancien soldat russe ayant vécu le cauchemar de la guerre d’Afghanistan fonde un « cirque de couteaux » ambulant. Une vie de bohème, faite de rencontres, d’amitiés, de mystères, qui jure alors avec la vie intérieure plutôt taciturne de ce héros sans vie. Eclairé par la musique de Skriabin, le film se déroule devant nous en de longs plans séquences et de grands monologues ne tombant nullement dans le piège d’un quelconque verbiage. Un monde parallèle que se crée cet ancien soldat, lui faisant ainsi dire « … seule l’illusion est mon gain. »
EV
Quarante après sa mort, l’esprit de Coltrane plane toujours sur la musique du XXIe siècle, et son aura, du jazz contemporain à la pop, en passant par la techno, demeure intacte. La preuve par quatre-vingt et ce sublime ouvrage de Franck Médioni, qui a recueilli les témoignages de musiciens de jazz, toutes générations et nationalités confondues. Figure majeure de l’histoire de la musique afro-américaine, le saxophoniste John Coltrane porta, de 1957 à 1967, avec une classe folle, le jazz à un point d’incandescence rare, enchaînant les chefs-d’œuvre — Blue train, Giant steps, My favorite things, Africa/Brass , A love supreme — qui continuent de faire frissonner aujourd’hui aussi bien le mélomane lambda que l’auditeur averti. Et d’émouvoir ses pairs qui, avec force réflexions, souvenirs, anecdotes, impressions, hommages et amour, se sont rappelés au bon souvenir, en portrait polyphonique, du grand Coltrane.
HS
Ecrivain, Bill Buford pensait être un bon cuisinier. Amateur, mais plutôt doué. Sa rencontre avec Mario Batali va s’avérer déterminante : il abandonne son poste de rédacteur en chef au New Yorker pour tenter l’aventure dans l’illustre restaurant new-yorkais du chef italien, le Babbo. Tout en se demandant certains jours ce que, à son âge, il peut bien foutre là, Buford progresse, prend du galon et plonge dans l’exploration culinaire. Chaud brûlant décrit son expérience dans les cuisines — ses essais et ses erreurs, ses humiliations et ses espoirs — ainsi que ses relations avec ses collègues, surtout avec le fascinant et grande gueule Batali. A la fois guide culinaire et récit d’aventures, l’ouvrage oscille entre l’histoire vraie et tumultueuse de Batali et celle de l’auteur, qui va peu à peu suivre les traces du chef, de l’Italie à l’Angleterre, où il rencontrera le chef Marci Pierre White. Mêlant l’art du portrait et le reportage, Buford nous livre un texte surprenant et passionnant, savoureusement drôle.
JB
Il arrive parfois que la BD soit une source d’émotions aussi fortes qu’une œuvre littéraire, que la sensibilité et l’authenticité du propos touchent profondément le lecteur (on se souvient du Sourire du clown par exemple). C’est le cas ici avec le merveilleux ouvrage de Larher et Vassant. L’Accablante apathie… ne se nourrit certes pas d’une histoire extraordinaire. Un humoriste « acide » (genre Guy Bedos) en pleine gloire apprend qu’il lui reste trois mois à vivre… Rien de bien révolutionnaire, donc. Mais la justesse des situations développées et des dialogues, le décalage constant entre la volonté de faire rire et le poids intérieur de cette mort qui approche donnent matière à réfléchir. On entre ainsi très vite dans la peau de cet homme pour, nous, en sortir vivant et content de l’être. Une belle ode à la vie…
LV
Une petite fille a six bras. Est-ce pour cela qu’elle est de mauvaise humeur aujourd’hui ? Ou son humeur maussade découle d’autres choses ? Du fait qu’elle aimerait vivre dans un château de contes de fées plutôt que dans une forêt hantée peuplée de monstres et de fantômes par exemple. Ou parce qu’elle n’apprécie pas sa coupe de cheveux. Petite comptine illustrée, cet album est un régal. Chaque page nous transporte dans des situations assez différentes, toujours pleines de fantastique et d’absurde. Drôle et extrêmement poétique, macabre mais de manière ludique, ce livre véhicule une grande liberté de ton et de propos et évoque certaines œuvres d’Edward Gorey ou de Tim Burton — et notamment le recueil de poésies illustrées de ce dernier, La triste fin du petit enfant huître.
BH
Quelque part entre le sacré et le mystique, la terre et le ciel, les musiques de Bach et de Coltrane traînent avec elles de profonds mystères qui ajoutent à leur beauté un parfum indicible et divin. Entre les deux créateurs, deux siècles se sont écoulés. Et pourtant, ils semblent liés par une même quête spirituelle, qui prendra chez Bach les allures d’une liturgie luthérienne, et chez Coltrane l’accent negro spiritual, puis africain, puis indien. Raphaël Imbert n’a pas eu peur de se frotter à deux monstres aussi sacrés que leur musique, les faisant cohabiter le temps ce magnifique disque. Jazz ascensionnel et musique baroque, quartette et quatuor à cordes, ici la musique a rendez-vous avec la grâce, et elle interroge au passage sur notre propre manière de l’écouter et la sentir. Magistral !
nas/im
Vampire Weekend – Vampire Weekend (XL/Naïve)
Yeasayer – All hour cymbals (We Are Free/Differ-Ant)
De l’influence que peut encore (enfin ?) avoir un disque près de trente ans après sa sortie. Ultime volet d’une trilogie réalisée avec Brian Eno, Remain in light, collision inédite de la pop avec les musiques dites « ethniques », restera le grand œuvre des fameux Talking Heads. Or voici que deux des groupes les plus en vue du moment, sortant chacun leur premier album, convoquent à nouveau le spectre des New-Yorkais, partageant avec eux cette origine féconde et un line-up similaire (guitare/basse/batterie/claviers). Vampire Weekend pourrait ainsi faire un carton avec ses pop-songs minimalistes aux accents afro : ce sont les Talking Heads de ‘77 qui voudraient déjà faire leur Remain in light. Et c’est davantage sur le fond que s’oriente Yeasayer : des chansons arty qui vont chercher aux quatre vents le chemin vers la lumière.
PLX
Régulièrement, un garçon arrivé de nulle part — ou de Brooklyn, dans le cas présent — redessine les contours de la pop à son propre usage. Il y a dix ans, le regretté Elliott Smith mettait tout le monde à genoux en brodant des variations autour du répertoire des Beatles. Plus près de nous, Antony and the Johnsons ou Sufjan Stevens refilaient la chair de poule à tous les mélomanes blasés. Ainsi de Chris Garneau, talentueux artisan d’une pop de chambre délicatement cotonneuse. Où l’on y entend un piano touché par la grâce (sur les gammes de Colin Blunstone ou Randy Newman), un violoncelle caressant, ainsi qu’une délicieuse tribu d’instruments désuets — harmonium, glockenspiel, wurlitzer et mélodica. Comme l’a précisé un jour un poète de ce journal, la beauté de Music for tourists a vaincu la vitesse. Pas mieux.
HS
Musique sombre et répétitive, ambiance industrielle, les aventures musicales de Richard Swift ressemblent aux paysages désolés qu’affectionne Tarkovski dans ses films. Nulle trace de vie, l’humain a déserté, le temps s’est arrêté, ne reste que notre contemplation béate de ce désert étrange qui continue à exercer sur nous sa mystérieuse attraction. On pense bien évidemment à Brian Eno, maître de l’épure et de l’apesanteur, mais aussi à quelques-uns de nos contemporains qui cachent derrière leur electronica de savantes architectures sonores. Et si des réminiscences dub affluent parfois, nous sommes ici bien plus proches des eaux glacées de Cologne que des remous fumeux de Kingston. Le souvenir est une utopie, l’avenir une impasse ; nous sommes là, c’est notre seule certitude.
nas/im
Chroniquer en 2008 un nouvel album de Bob Mould pourrait prêter à sourire. En activité depuis près de trente ans, l’homme derrière le combo mythique Hüsker Dü — pape du rock alternatif et éclaireur des Sonic Youth, Pixies et autres Fugazi — et le météorique Sugar — au Copper blue dément qui recadra toute une génération de shoegazers pouilleux — n’a plus rien à prouver ; ce qui ne signifie pas qu’il n’a plus à rien dire, bien au contraire. Neuvième effort solo, District line ne changera certes pas la face du rock, mais ses dix compos carrées, puissantes et instantanées, à peine radoucies par quelques cordes (Miniature parade) ou bidouillages électro (Stupid now) sont à la hauteur du bonhomme. Si le monument hystérique a laissé place à l’historique, qu’on se rassure, Bob n’est toujours pas mou(ld) du gland.
HS
La crise de la presse, ses conditions d’indépendance et les nouveaux médias d’information, autant de questions qui sont plus que jamais d’actualité (en témoigne la récente affaire concernant Courrier International). A l’occasion de la mise en ligne de Mediapart, le nouveau site d’information généraliste participatif fondé par Edwy Plenel, le Club de la Presse propose de faire le point sur le thème « Quelle presse pour demain : web journalisme/ presse papiers, ennemis ou complémentaires ? » lors d’un débat public animé par son président, Jean Kéhayan, et en présence de l’ancien rédacteur en chef du Monde. Rendez-vous ce jeudi à 18h30, aux Archives et Bibliothèque Départementales Gaston Deferre. Mise en ligne du site prévue le 16 mars : www.mediapart.fr
Unis-Cité Méditerranée, association pionnière du Service Civil, propose d’éclairer l’engagement utile. 72 jeunes actuellement en Service Civil Volontaire avec Unis-Cité vont à la rencontre des habitants de Marseille. Ces jeunes, en service volontaire pour une période de six à neuf mois, informeront et sensibiliseront pendant une journée sur les thématiques de la jeunesse, l’environnement, la culture et la solidarité. Retrouvez-les ce jeudi, entre 10h30 et 16h30, Place Charles de Gaulle, place des Réformés et Vieux Port. Rens. 04 91 53 34 20
« Réfléchir le politique autrement, Monsieur le Maire, dé-sacré représentant ? » Autrement dit, que signifie la fonction de maire ? Tel est le thème du débat proposé ce jeudi de 18h à 19h sur Radio Grenouille (88.8 FM). Animé par Anouk Batard, le débat prend comme point de départ le film de Suzel Roche sur Robert-Paul Vigouroux, maire de Marseille de 1986 à 1995. Polo et les professionnels regroupe un montage d’archives officielles et de textes du maire, signés du pseudonyme « Polo ». Une réflexion pour éclairer la désacralisation du pouvoir politique.
Pour répondre aux interrogations des jeunes en matière d’études supérieures, Studyrama, le groupe d’information spécialisé dans l’orientation professionnelle et la vie étudiante propose une journée d’information ce samedi au Centre des Congrès d’Aix-en-Provence. Plus de cinquante établissements d’enseignement supérieur venus de toute la France sont présents et des guides thématiques consacrés aux métiers et aux études supérieures sont mis à la disposition des visiteurs. Des offres de jobs et de stages sont disponibles sur les panneaux d’affichage ainsi qu’un pôle d’information sur les mutuelles étudiantes. Rens. www.studyrama.com
Show Radieux
Ce pourrait être une maison bleue, adossée à la colline, on y vient à pied, on ne frappe pas. Ceux qui s’y sont installés n’ont peut-être pas perdu la clé, mais l’esprit est bien là. Bienvenue au Cercle du Carré.
Un appartement lumineux dans un couloir qui ressemble à une rue. La double exposition Est-Ouest permet à un soleil blond d’inonder une pièce unique, meublée de mobilier design des années 50 à 80. Nous sommes au troisième étage du bâtiment de la Cité Radieuse, Le Corbusier. Au bout d’un couloir, à droite, après avoir émergé d’un ascenseur tout droit sorti de 2001 l’Odyssée de l’espace, on arrive devant le numéro 302. En respectant l’équipement d’origine, carrelage bleu piscine et parquet au sol, coin cuisine en béton ciré et immenses fenêtres, les locataires ont créé un espace galerie et showroom. Parce qu’ils sont des amoureux du bâtiment, Frédéric Moulin, Philippe Peron, Frédéric Bousquet et Valérie Pincé ont choisi de s’y installer. Valérie Pincé travaille à la réfection de sièges de designers du XXe siècle. A la manière d’un chirurgien esthétique, elle ausculte, diagnostique et répare. Frédéric Bousquet et Philippe Breton chinent et ramènent fauteuils, lampes et tables design. « On peut s’asseoir, ce n’est pas un musée, mais un lieu de vie ! », sourit Frédéric Moulin, qui se consacre à la recherche d’artistes. Le showroom fonctionne donc couplé à un espace de galerie d’art : peintures et installations de jeunes artistes sont prévues cette année. A côté d’une grande table qui fleure la cire d’abeille, le petit coin capharnaüm de Valérie Pincé : un fauteuil attend, les pieds en l’air, d’être réparé. Un café plus tard, on resterait bien encore un peu, tellement on est bien. Baptisé affectueusement par les Marseillais « Le Corbu » ou « La maison du Fada », l’immeuble inauguré en 1952 se veut aussi — et surtout — un lieu d’échanges. Le troisième étage regroupe plusieurs entreprises, un hôtel, un café-restaurant, une boulangerie. « C’est dans cet esprit que nous ouvrons cet espace. D’ailleurs, c’est le boulanger installé quelques portes plus loin qui s’occupe de la restauration pour le vernissage ! », conclut Frédéric Moulin avec le sourire.
Bénédicte Jouve
Le Cercle du Carré, Le Corbusier - 280 Bld Michelet, 8e. Rens. www.lecercleducarre.fr
Du 28/02 au 24/04 : exposition de Cédric Teisseire (peintures et installations) & Smarin Linvingstone (meubles design). Vernissage jeudi 28 à 19h.
« 950 € pour 35 heures de travail avec un rythme d’horaires imposé et le droit de se faire insulter. »
Linda, caissière au Carrefour Grand Littoral (Marseille L’Hebdo, 20/02)
« Marseille n’a pas de tradition gastronomique, mais c’est la seule ville de France associée à un plat. Les gens, quand ils viennent ici, veulent manger de la bouillabaisse. Tous ces ersatz, ça devrait être interdit. Et au programme des candidats à la Mairie ! »
Patricia Alexandre, directrice du Gault et Millau (Marseille L’Hebdo, 20/02)
« - Nous n’étions pas d’accord avec le tracé du tram, il aurait dû relier les quartiers Nord et, au Sud, aller vers Luminy.
- Le tracé du tramway a été décidé au Conseil municipal. Vous n’y venez jamais ! »
Débat entre Jean-Noël Guérini et Jean-Claude Gaudin (France Bleu Provence, 22/02)
« Dans la rue, les gens nous disent : “Ni l’un ni l’autre.” C’est un rejet de l’un (Gaudin) et une absence de confiance dans l’autre (Guérini). »
Michel Pirrottina, tête de liste du 4e secteur de Marseille contre-attaque à gauche (Métro, 24/02)
« Je rêve, je suis en train de rêver, peut-être… »
Hafsia Herzi, fraîchement récompensée pour son rôle dans La graine et le mulet (Cérémonie des Césars, 21/02)
« Cette grève arrive avant les municipales et elle a des visées politiques. »
Jacques Rocca-Serra, adjoint au maire chargé de la RTM et auteur de la lapalissade de la semaine.
« Dans ton cul », certes oui, mais pourquoi donc ?
Nous avons tous dans notre entourage un « petit rigolo » — oui, c’est un fait avéré le rigolo est toujours petit, il n’y a qu’à entendre Grand Corps Malade pour s’en convaincre — qui répond systématiquement un « Dans ton cul » fleuri et absurde, qui, sauf exception — moi par exemple —, ne fait rire que lui. Du marronnier téléphonique (« T’es où ? ») à l’interrogation domestique (« ‘tain, où sont les clés ? ») en passant par la « question-bâton-pour-se-faire-battre » (« T’as fini où hier soir ? »), la réponse est univoque, implacable et sans appel. Pourtant, contrairement à une idée reçue, l’expression drolatico-sodomite n’a pas trouvé son fondement dans la Grèce antique, même s’il est de notoriété publique que les Hellènes et beaucoup de garçons s’adonnaient aux joies de la fouille profonde. Ben non, figurez-vous que le premier « Dans ton cul » a été localisé dans Rambo III, il y a vingt ans, et prononcé par le colonel Trautman, en pleine séance de torture. En effet, sommé par ses tortionnaires russes de révéler où l’armée US planquait les missiles, l’ami de John Rambo, celui-là même qui dans le premier volet nous promettait l’enfer si on cherchait des noises à son poulain, lâcha ce désormais mythique — puisque rentré dans les an(n)ales — et finalement malvenu — puisque l’effronté en mourra — « Dans ton cul ». Si l’histoire ne nous dit pas si les adeptes de cette vanne « cul-cul-la-praline » sont fans de la filmographie « ramboldienne » (ou de l’amande sucrée, pourquoi pas), il y a fort à parier qu’à la lueur de cette information capitale, ils feront moins les bas du front à l’avenir. Voire les faux culs. Drôle de chute (de rein).
Henri Seard

Vous le savez comme moi, Ventilo est un journal engagé. A la rédaction, on ne s’en laisse pas compter et, bigre, on n’est pas dupe des manipulations éhontées que, chaque jour, les puissants tentent de mettre en œuvre. Ainsi, Cynthia C. — dont je tairais le nom pour ne pas faire de peine à la famille Cucchi — a, la semaine dernière, mis fin avec courage à cette gigantesque entreprise de déstabilisation vestimentaire qu’était Sauvés par le gong. Aujourd’hui, c’est une des grandes injustices du XXe siècle qui nous intéresse, je veux bien sûr parler de l’arrêt troublant autant que soudain de Jayce et les conquérants de la lumière. Tout commence au milieu des années 80. Cette série, créée par Haskell Barkin et le bien nommé Jean Chalopin, n’est pas uniquement l’histoire émouvante d’un fils (glabre) qui part à la recherche de son père (velu), afin de mettre fin au règne (tentaculaire) de machines dont le nom seul suffit à effrayer mon berger allemand : les « monstroplantes » (brrrrrr). Non, c’est aussi l’alliance graphique de la France, du Japon et des Etats-Unis pour concevoir une série dont la splendeur esthétique n’a d’égale que la qualité Pop corn du générique. L’essentiel n’est d’ailleurs pas là. Cette ode à l’amitié entre les peuples de l’axe du bien et à la fin du terrorisme arboricole a été discrètement arrêtée au soir du soixante-cinquième épisode, sans connaître de dénouement digne de ce nom. Officiellement, Mattel n’était pas satisfait des ventes de produits dérivés. Vous ne m’ôterez toutefois pas de l’idée que Jean Chalopin craignait les effets pileux du cosmopolitisme jaycien. Tu ne l’emporteras pas au paradis, galopin va.
Romain Carlioz
La guerre de la toile
On pensait tout connaître des codes du film de guerre : des scènes de franches camaraderies à celles de combats violents, en passant par les moments de doutes, de peur et d’ennui, la vie — et la mort — du soldat à l’écran semblait jusqu’ici régie par des règles intangibles et incontournables. Avec Redacted, c’est toute une partie du cinéma américain d’action qui verse d’un coup dans le vieillot et l’artifice ; la guerre « en cinémascope » n’aura plus lieu, nous l’observerons désormais en numérique et en réseau. L’ère est nouvelle, et les images aussi. Pour faire simple, on pourrait avancer l’équation suivante : Guerre + Internet = Redacted. A l’origine du film, il y a bien sûr cette guerre absurde que mène l’occupant américain en Irak. Il y a aussi un fait d’hiver peu médiatisé de ce côté de l’Atlantique : le viol d’une adolescente de quatorze ans et le massacre de sa famille par des GI’s cherchant à s’amuser après une beuverie. Brian de Palma avait déjà réalisé un film sur un fait divers similaire qui avait eu lieu au Vietnam1 , et s’il a décidé, comme l’Histoire, de se répéter, il le fait aujourd’hui dans un langage nouveau. Très documenté, le film se nourrit de toutes les images postées sur YouTube : journaux intimes de soldats, blogs anti-militaristes, attentats et assassinats filmés par les combattants irakiens… De Palma semble n’avoir rien inventé, se contentant de faire rejouer des scènes vues sur le Net, cherchant à rivaliser avec cette réalité brute et complexe que nous offre le réseau. Pourtant cette apparence fragmentée, presque confuse, qui donne à l’écran de cinéma des faux airs de nos propres écrans d’ordinateur, possède quelque chose de neuf qui marquera très certainement les films de genre à venir. Du même coup, c’est toute une rhétorique classique qui se trouve déplacée. Champ, contre-champ, points de vue, nos outils d’analyse semblent rouillés, et il nous faudra du temps pour adapter notre verbe à ce récit innovant. Toutefois, si l’ambition est certaine, le pari réussi et les moyens nouveaux, le fond, lui, reste le même : la barbarie a encore de beaux jours devant elle.
nas/im
Kennedy et moi
Pour être critique, il faut parfois jouer avec son autre « soi-même » et flirter délicatement avec les limites de la schizophrénie, quitte à passer pour un con — après tout, ça arrive à des gens très bien. Exercice pratique avec cette affirmation péremptoire sans être dénuée de fondement : « Il n’est pas de bon film sans dispositif bien que les films à dispositif soient généralement mauvais. » Ça peut paraître idiot au début mais en creusant, on y arrive. John John, à son corps défendant, illustre assez bien cette subtile nuance. Le premier long-métrage de Brillante Mendoza affiche dès les premiers plans un dispositif formel proche de l’épure : unité de temps (une journée dans la vie d’un enfant en voie d’adoption et de sa nourrice, Thelma), plan-séquence et lumière naturelle. Ce petit bréviaire du cinéma vérité fonctionne un quart d’heure, le temps d’un plan et d’une traversée quasi-surréaliste des bidonvilles de Manille. Ensuite, il plombe une heure de récit, obstruant littéralement la vision du spectateur à force de s’afficher si ostensiblement. Ce n’est que dans la dernière bobine que le film se relève enfin. Sans doute car Mendoza semble avoir cerné son sujet : filmer un monde où les corps en transit s’échangent au même titre que des valeurs bancaires et où les révoltes, comme les pleurs de Thelma, n’ont d’existence qu’éphémère. Ce film-là, entrevu au détour d’un final sobre et émouvant, aurait été magnifique. Pour cela, il aurait fallu laisser s’évanouir la caméra derrière les corps, laisser exister un peu plus Thelma et John John afin de s’affranchir du dispositif sans jamais le perdre de vue. C’est compliqué, j’en conviens, mais c’est à ce prix que naissent les grands films.
Romain Carlioz
Les blancs ne savent pas sauter
L’aveu, terrible, vient du réalisateur lui-même, dans le dossier de presse : « On avait fait un premier montage qui durait deux heures. J’ai finalement retiré trente minutes, en rabotant tout ce que je pouvais, car le film s’adresse avant tout à un public jeune, à la génération MTV, peu habituée aux temps morts. » Voilà, si le pari est gagné pour la génération trépanée — le film a pété le box office US lors de son premier week-end d’exploitation et se verra offrir une suite —, les « vieux », comme moi, ne peuvent que tirer la gueule devant ce ratage/formatage grand format. Car Jumper, à la lumière de son synopsis, avec son héros bondissant et ses parties de cache-cache téléportées, avait tous les atouts en main pour devenir l’outsider des films de super-héros, une sorte d’alternative à l’hégémonie Marvel — écurie de Spider-man, Hulk, X-Men et autres Daredevil. Cela étant, si Jumper déçoit par son traitement clip/zapping, avec caméra épileptique et montage à l’avenant, saluons quand même la première demi-heure en mode « lo-fi » lorsque le scénario et la caméra donnent à voir la genèse du héros et ses premiers pas/sauts balbutiants — il faut voir le « jumper » se manger des arbres comme Peter Parker éjaculait des toiles d’araignées précoces. Dans ces moments-là, de calme avant la tempête (numérique), où le film n’interroge pas frénétiquement la question de l’espace et du temps, donc du montage, on se dit qu’il marche sur les traces d’une araignée raimienne ou d’une chauve-souris burtonienne. Hélas… Reste un casting top glamour, avec un Hayden Christensen revenu de sa trilogie étoilée et la très jolie Rachel Bilson échappée de Newport Beach, traqués par un Samuel L. Jackson en roule libre, relooké façon Djibril Cissé ; et des purs moments cinégéniques comme cette baston démarrée à Détroit puis prolongée au sommet d’une pyramide avant de se finir le bec dans l’eau d’un lac au Tibet. Au final, on sort de la salle le cerveau grillé et le cœur au bord des lèvres, ravi au fond de ne pas avoir vomi sur sa charmante voisine de dix-huit ans, mais terriblement déçu d’être passé à côté d’un hypothétique grand film.
Henri Seard
L’homme qui aimait les femmes
La semaine dernière, les compagnies Traümerei et L’Arpenteur mettaient Barbe-Bleue à l’honneur. Variations autour du conte de Perrault à travers deux versions a priori très éloignées.
Pour Elle criait tout bas, la compagnie Traümerei a choisi l’adaptation écrite en 1902 par le Belge Maurice Maeterlink. Dans cette version, les six épouses décident de rester auprès de leur bourreau par peur de l’inconnu. Prisonnières consentantes, elles errent à demi-mortes dans un espace indéterminé. La pièce se déroule en une succession de tableaux mis en valeur par un jeu d’ombres et de lumières faisant apparaître et disparaître ces âmes perdues dans les ténèbres. Brrr ! Si la compagnie réussit parfaitement à rendre palpable cette chape de mort et d’angoisse qui pèse sur les personnages, sa « réécriture morcelée » — une première étape de travail — manque d’un fil conducteur qui donnerait une cohérence à l’ensemble et permettrait de faire évoluer le propos. A suivre, donc…
Dans la version de la compagnie L’Arpenteur, tirée du texte de Dea Loher, le personnage de Barbe-Bleue est plus proche de Landru que du monstre de Perrault. Cet homme plutôt discret exerce un charme irrésistible sur les femmes et souffre d’une malédiction qui le pousse à tuer, comme il tue Juliette qui l’aime « au-delà de toute mesure ». Henri Barbe-Bleue est ici vendeur de chaussures pour femmes, mais ce sont les jambes qui attirent le plus ses faveurs. Jambes omniprésentes que nous voyons danser, se chausser, se déchausser et traverser les fantasmes d’un homme condamné à tuer perpétuellement la même femme dont seuls le prénom et les chaussures changent. Les lieux, les situations, les femmes se confondent et se répondent jusqu’à transporter le spectateur dans l’atmosphère légère d’un rêve. Servie par son texte, souvent très drôle, la justesse de ses acteurs et une mise en scène sobre et poétique, Barbe-Bleue, Espoir des Femmes nous plonge dans un trouble enchanteur.
Texte : Johanne Ranson
Photo : Alexandre Manzanares
Elle criait tout bas par la Cie Traümerei était présenté les 22 & 23 aux Bancs Publics.
Barbe-Bleue, espoir des femmes par la Cie L’Arpenteur était présenté du 21 au 24 au Daki Ling.

Blanc
_D’Emmanuelle Marie par Isabelle Carré et Léa Drucker (mise en scène : Zabou Breitman)
Tandis que leur mère vit ses derniers instants, deux sœurs, peu préparées à la situation, se retrouvent dans sa maison. Dans la cuisine, elles épluchent des légumes, boivent du thé, roulent des clopes, mangent des religieuses au chocolat… Et se découvrent enfin : elles se disent tout ce qu’elles ne se sont jamais avoué, les blessures comme les heureux souvenirs, les déceptions comme les espoirs, des banalités aussi. Presque à leur insu, ce dialogue leur permettra de repartir dans la vie avec de nouvelles armes, de faire triompher le « blanc » au détriment du côté obscur. Mis en scène par Zabou Breitman, le huis clos familial d’Emmanuelle Marie trouve ici un nouveau souffle. Admirablement épaulée (notamment par Jean-Marc Stehlé, dont les décors sont superbes), la cinéaste joue avec les lumières, les images et la musique, et, surtout, donne le temps à ses deux comédiennes de révéler l’émotion du texte, sans jamais tomber dans le pathos. Au final, un spectacle intimiste et lumineux.
_Jusqu’au 1/03 au Théâtre du Gymnase
Libertivore
_Par la Cie Libertivore
Dualité des êtres et des corps : un homme assis, une femme suspendue. Solitude à deux, sur scène, ou bien espace commun à interpréter librement ? Créée en 2005, la compagnie Libertivore est le fruit de la rencontre entre Jules Beckman et Fanny Soriano. Lui est un performer multidisciplinaire d’origine américaine, travaillant depuis vingt ans dans les milieux de l’underground liés à la danse et au cirque. Elle est artiste de cirque et développe une approche nouvelle des techniques aériennes, élaborant un répertoire personnel et original à la corde lisse. Sur scène, il est un homme-orchestre assis, et elle, une femme mouvante, sur sa corde lisse et sa branche suspendue. Du choc des êtres et des attitudes découle une représentation de la différence, mais aussi de la complicité. Suspendue, dessinant des figures dans l’espace, à côté de lui assis : ils interprètent le poème physique d’une rencontre, sur le mode poétique. Un tête-à-tête sur l’amour, empruntant à l’inconscient et à la poésie, signé par un duel-duo décidément amoureux.
_Le 27 au Théâtre Comœdia (Aubagne)
Le Boucher
_D’Alina Reyes par le Collectif TIF
Comme son titre l’indique, Le boucher est un roman qui célèbre la chair. Métaphoriquement, le boucher, homme cruel et sanguinaire, est en fait ce professionnel de la « viande » qui sait reconnaître les bons et les mauvais morceaux. De la chair morte (la viande) à la chair vivante (l’amour, le sexe), il n’y a qu’un pas, que les deux « héros » du premier ouvrage d’Alina Reyes franchissent ensemble, ses mots à lui suscitant son désir à elle, leurs sens exacerbés dans une mise en scène du fantasme où se mélangent, sans vulgarité, l’odeur du sexe et les effluves douceâtres de la viande crue. Pour figurer ce parcours initiatique d’un érotisme intense où « la femme devient le véritable sujet de son désir », le collectif TIF (pour Théâtre Interventionniste Festif) s’appuie sur une mise en scène précise et sobre (à l’instar des décors), qui fait la part belle au verbe. Attention : si le propos en question n’a rien de graveleux, la pièce est toutefois déconseillée aux moins de seize ans.
_Du 29/02 au 9/03 au Théâtre du Têtard
Avant-première
_De Bruno Deleu par la Cie Le Souffle
Rompre la distance habituelle et le rapport traditionnel spectateur/acteur, autrement dit faire partager l’expérience même du théâtre au public est un projet qui tient à cœur à Bruno Deleu. Déjà dans Coulisses, Le Souffle proposait une visite de l’envers du décor. Avec Avant-première, la compagnie marseillaise invite directement les spectateurs à participer à l’activité créatrice. Il s’agit ici d’aider Jean Félix Dupuy Valin, metteur en scène de son état, à monter Le songe d’une nuit d’été de Shakespeare. Suite à un problème de transport, notre homme se retrouve en effet sans décors, costumes, ni… comédiens ! Pris à parti et impliqué dans les décisions et choix qui s’imposent, littéralement plongé dans l’effervescence liée à toute création artistique, le public va vivre en une heure l’expérience de plusieurs mois de création. Tout en restituant le lyrisme et le sens du merveilleux qui font la beauté du Songe…, Le Souffle donne une image du théâtre exigeante et accessible. Un joli pari.
_Du 4 au 8/03 au Théâtre du Gymnase
CC/BJ

Une idée d’Eugénie
Surveiller et punir. Tel est le mot d’ordre des tenants de l’autorité à l’encontre des justiciables que nous sommes. Cette politique carcérale, théorisée par le philosophe Michel Foucault en 1975, est poursuivie aujourd’hui par nombre d’institutions, de la prison, donc, jusqu’à l’école, en passant par l’usine. Elle aboutit à ce que l’individu punisse lui-même son comportement, se sentant surveillé par un œil omniprésent. Dans la continuité de l’œuvre accomplie, le Parlement a adopté le 7 février dernier une loi instaurant une « rétention de sûreté » destinée à garder en prison un criminel ayant fini de purger sa peine. Sur la base du seul critère de sa dangerosité. La société a jugé et puni un homme, il lui a payé sa dette en retour, mais le voilà présumé coupable d’un crime qu’il pourrait commettre. Quelle avancée décisive dans la modernité !
D’ailleurs, le rapporteur de la commission des Lois ne s’y est pas trompé en indiquant à l’Assemblée que ce dispositif existe depuis longtemps en Allemagne. « Depuis 1933 », a-t-il précisé. Le Canard enchaîné a confirmé la date et complété l’information. Publiée au journal officiel teuton le 27 novembre 1933, cette « loi contre les récidivistes dangereux et sur les mesures disciplinaires pour améliorer la sécurisation » porte l’illustre signature du chancelier du Reich, Adolf Hitler. Une telle paternité n’a pas effrayé le Conseil constitutionnel français, qui n’a rien trouvé à redire à l’idée d’un internement préventif1.
Protéger les éventuelles victimes mérite-t-il de saper les fondements de notre justice, parmi lesquels la présomption d’innocence ? Cette tendance à l’eugénisme social est-elle destinée à pénétrer l’inconscient collectif en brandissant au-dessus de nos têtes une menace potentielle ? Tous ne s’inquiètent pas. Dans un mouvement de balancier, tandis que se durcissent les règles d’un côté, de l’autre, les risques s’évanouissent. Le Garde des Sceaux a annoncé la provocante dépénalisation du droit des affaires. Un chef d’entreprise pique dans la caisse ? Truque ses comptes ? Il risque alors la prison, au même titre que n’importe quel voleur d’autoradio. Mais bientôt, ce vénérable col blanc jamais sali ne pourra être condamné qu’à des peines d’amende. Trop dur. « Selon que vous serez puissant ou misérable », faites confiance aux puissants.
Victor Léo
Quand Raphaël Imbert parle, il faut prendre le temps d’écouter. Aussi à l’aise avec les mots qu’avec son saxophone, il évoque pour nous, le temps d’un agréable déjeuner, son dernier projet Bach Coltrane, ainsi que quelques autres anecdotes historiques et musicales qui le passionnent. Mettez-vous donc à table avec nous !
Ton disque Bach Coltrane fait le lien entre deux artistes très différents. Comment justifier un tel rapprochement ?
Tu sais, au départ j’ai étudié la zoologie… alors chercher la petite bête, c’est vraiment mon truc ! Il y a un livre que j’adore du paléontologue S. J. Gould1). Pour lui, la vie, c’est l’explosion. Ce n’est pas l’évolution telle qu’on la conçoit d’ordinaire, de l’unité jusqu’à la diversité, une sorte de cône renversé avec la pointe en bas (il mime…). L’évolution, c’est le contraire, ça ressemble plus à une pyramide : au départ il y a la diversité, et à la fin, l’unité. En musique, c’est pareil : au XVIIIème siècle, il y avait déjà une réelle diversité, même s’il existait des liens entre les diverses pratiques. Aujourd’hui, il y a un nivellement : tous les musiciens se ressemblent. Alors tu sais, rapprocher Bach et Coltrane, ça me paraît être un moindre mal…
Théoriquement c’est bien, mais musicalement, ont-ils des points communs ?
Bien évidemment ! Nous avons affaire à deux génies, deux solitaires dont la musique revêt une dimension spirituelle évidente. Ensuite, il y a l’Histoire : cette parenté musicale et spirituelle prend sa source dans la liturgie luthérienne qui a influencé la musique baroque, mais aussi les negro-spirituals et les thèmes écrits par Coltrane.
C’est ce qu’on retrouve sur le magnifique He nevuh said a mumbalin’ word qui évoque autant les lieder2 chantés par Alfred Deller que la soul blanche d’Antony & The Johnsons…
C’est marrant… En fait l’idée de départ c’était de raconter la passion du Christ avec de l’argot, avec des mots d’esclaves. C’est l’équivalent des passions chez Bach, une sorte de liturgie transformée par les esclaves. C’est un morceau traditionnel, d’ailleurs tu l’as là (il prend un livre que j’ai apporté3 et me montre une page).
Pour toi qui est issu de l’univers jazz, est-ce la première fois que tu « t’attaques » à un compositeur classique ?
De cette manière-là, oui. Ce travail possède un intérêt musical, mais aussi une réelle dimension pédagogique. On aurait pu aussi aborder Purcell car il y a dans son œuvre quelque chose qui se rapproche de la « chanson » telle qu’on l’entend aujourd’hui.
Justement, existe-t-il d’autres compositeurs issus de sphères et d’époques différentes que l’on pourrait rapprocher ?
Il y a un rapprochement à faire, et qui me paraît évident, entre Mozart et Duke Ellington. Les raisons sont autant musicales que spirituelles. En apparence leur musique est très légère, et ils avaient tous deux leurs cours ; pour l’un c’était le Cotton Club, pour l’autre les palais viennois. Derrière cette légèreté se cache une dimension spirituelle qui, elle, n’est pas immédiatement perceptible. En plus, ils sont liés par un même secret : ils étaient francs-maçons. Ils ont baigné dans cette culture du faux-semblant, c’est aussi pour cela que l’apparence de leur musique est parfois trompeuse.
Comment le disque a-t-il été accueilli ?
En fait, le milieu du jazz est bien plus conservateur que celui des musiques classiques : les radios classiques l’ont adoré, celles spécialisées en jazz lui ont réservé un accueil plus mitigé…
Le jazz, aujourd’hui, c’est quoi ?
Tu sais, le jazz est vraiment une musique à part, elle a une spécificité propre… Improviser ensemble tous les soirs, c’est de l’ordre de la télépathie, du spirituel. Avec les autres musiques, ce n’est pas une différence de valeur, mais de fonction ; et ce n’est pas forcément lié à l’improvisation car il faut arrêter avec cette opposition composition/improvisation. Improviser, c’est écrire en « live », et en public. C’est aussi pour cela que le rôle des conservatoires est ambigu : un apprentissage de masse pour une musique d’élite, c’est pas évident…
Une dernière question : pourquoi la pochette d’un disque aussi beau est-elle aussi laide ?
(Rires…) Ah tu trouves ça laid ? (je confirme). Et bien disons qu’il y a une ligne éditoriale du label et que je la respecte. En plus, je déteste avoir ma tête sur la pochette, ça n’apporte rien. Tu sais, je me suis concentré sur ce qu’il y a dedans, après la pochette… Mais en fait, elle n’est pas si laide que ça (rires) !
Propos dégustés par nas/im
Photo : Solène Person
Brotherhood Consort & Quatuor Manfred, le 29/02 et 01/03 à La Station Alexandre, 22h. Rens : 04 91 42 07 85
Dans les Bach (sic !) : Bach Coltrane (Zig-Zag Territoires/Harmonia Mundi) – voir Galettes
Les temps sont durs, mais la résistance s’organise : une définition du rock parmi tant d’autres. Cette semaine, une bonne partie des forces vives de la scène alternative locale, de l’Embobineuse à la Machine à Coudre, en passant par le team Lollipop qui rejoint Philippe Petit pour ses soirées Psychotic (re)Actions, se serre les coudes pour organiser un festival interassociatif en mode non-stop. Le petit texte qui suit, fourni par les intéressés, méritait bien d’être publié. Et leur discours d’être entendu.
« Un festival marathon afin de tester la vaillance de ceux qui pensent qu’au-delà d’une culture, le rock’n’roll est censé agir sur la vitalité des corps et des esprits. L’occasion est ici donnée de comprendre ce qui motive une telle action. La nécessité de voir se regrouper les lieux de diffusion indépendants apparaît dans l’actuel contexte politico-culturel : les procès-verbaux qui se multiplient à l’encontre des salles pour affichage sauvage, les décrets ministériels visant à interdire aux petits lieux (ne possédant pas la licence d’entrepreneur du spectacle — à savoir tous) de programmer plus de six concerts pas an, le rétrécissement de l’engagement financier des institutions… et bien d’autres choses encore font que les acteurs indépendants de l’expérimentation musicale doivent accomplir un travail d’autonomisation qui est bien éloigné du transfert des soutiens publics vers des soutiens privés. La première des pierres à poser à cet édifice consiste donc à comprendre comment les indépendants peuvent travailler ensemble (la marge de manœuvre est étroite) et surtout quels outils de communication ils auraient besoin de voir émerger pour y arriver. L’affichage, qui est également le représentant de la vitalité des propositions, mérite qu’on s’y arrête un peu. L’année dernière, les amendes n’ont cessé de pleuvoir, au point qu’une affiche pour ce festival a été élaborée sans mentionner ni les lieux, ni les dates : simplement une référence à un site Web, où se déploie toute la programmation. Quoiqu’il en soit, cet affichage se fait toujours d’une façon qui semble anarchique, et l’on est pas loin d’une guerre des emplacements : les places sont chères, et en plus de risquer de se faire épingler, les salles se recouvrent elles-mêmes, ce qui correspond à une certaine forme d’autocensure — à moins que ce ne soit un exemple de la dure loi du marché… L’absurdité de la situation vous invite donc cette semaine à venir courir d’une salle à l’autre pour manifester votre soutien à ceux qui refusent de voir disparaître, à force de harcèlement et de fatigue, ces lieux d’accueil de la scène locale aussi bien qu’internationale. Car quand bien même le réseau marseillais indépendant souffre d’une forme de déstructuration, il semble acquis qu’une mise en commun des outils de production (affichage et moyens de communication informatiques centralisés) serait la meilleure optique pour redonner du sens à ces projets. On pourrait ainsi espérer que les groupes programmés sur ce festival trouvent un écho plus important que celui qui existe actuellement… »
Du 27/02 au 2/03 à l’Embobineuse, la Machine à Coudre et au Boombox
Plus d’infos et texte en intégralité sur : http://rocknrollmarathon.free.fr

Gatineau > les 27 et 28 à l’Intermédiaire
On connaissait le plus américain des rappers canadiens (Buck 65), on mériterait de connaître le Pharrell Williams canadien (K-Os), on connaîtra bientôt les TTC canadiens (Omnikrom), voici en attendant les… Beastie Boys canadiens, enfin presque, reste quelques progrès à faire. Mais l’essentiel est-il bien là ? Si ce collectif revendique l’influence des New-Yorkais, tant au niveau de la déconne que du parti-pris musical (les instruments tiennent la même place que les samplers), il s’impose déjà comme l’une des révélations de la scène québécoise, riche d’une identité forte. Ses armes ? Un jeu de scène imparable (déguisements inclus), une bonne humeur communicative, et bien sûr un accent à couper au cordeau… Séba (Mc) et Sa Sucreté (compos), les deux têtes pensantes aux idées larges de Gatineau, devraient vite faire parler d’eux ici : ils commencent leur tournée française à l’Inter’, et la finiront à Bourges. Foncez !
Gatineau Lp (import) www.gatineau.mu
Kim Novak + Kami > le 28 au Balthazar
La semaine sera rock ou ne sera pas : entre le festival Rock’n’Roll Marathon (voir ci-après), les excellents Autrichiens 60’s de Staggers (vendredi à l’Inter’) ou la prochaine soirée de l’asso Chavana (samedi à la Machine à Coudre), il y aura matière à transpirer. Le Balthazar n’est pas en reste puisqu’il invite un excellent groupe de Caen : Kim Novak. Plus portés sur les mélodies que sur l’adrénaline pure, sur les guitares « ligne claire » que sur la distortion (ce qui ne les prive pas de quelques envolées noisy), bref, sur l’indie-pop que sur le punk (les ballades font aussi partie du jeu), ces quatre-là ont sorti l’an dernier un album qui n’a rien à envier à ses homologues anglo-saxons. Et témoigne encore une fois de la pertinence du label bordelais Talitres, qui a du nez dès qu’il s’agit de produire (ou de distribuer) ce qu’il se fait de mieux en matière de rock indé. En ouverture, Kami, une formation d’ici, a tout à fait sa place.
Luck & accident (Talitres) www.talitres.com
The Feeling of Love + Movie Star Junkie > le 28 au Boombox
La première des vertus du rock’n’roll ? L’urgence. Enchaînons donc à toute berzingue avec le Rock’n’Roll Marathon, un festival inter-associatif créé sous l’impulsion des forces vives de la scène alternative locale, qui en a un peu marre de voir sa dynamique freinée par le système en place (voir p.4). Choisir un concert plus qu’un autre (cinq dates au total) est absurde, puisque la variété des propositions pousse à tous se les cogner. Mais parce que la place nous manque, nous nous arrêterons sur celui-ci, qui commence à minuit dans une « cave » et aligne deux groupes qui déchiquettent. The Feeling of Love, de Metz, est généralement le projet d’un seul homme : du blues trashisé joué avec guitare, drum-kit et claviers. Ce soir en trio, ça devrait faire encore plus mal. Quant aux six Turinois de Movie Star Junkies, ils sonnent comme une locomotive qui viendrait percuter un saloon sans crier « gare » : normal, le chef est déjà saoul.
http://rocknrollmarathon.free.fr
Ken Stringfellow + Luis Francesco Arena + Chris Garneau > le 28 au Cabaret Aléatoire
Retour au calme avec la grande rentrée des Multiprises, organisées conjointement par le Cabaret Aléatoire et Radio Grenouille. Rappelons le principe : un plateau « découvertes » pour pas cher, relayé sur les ondes du triple huit FM afin de faire plus ample connaissance avec les artistes en présence. La nouveauté, c’est que le « direct antenne » se tient désormais aux Grandes Tables de la Friche, en before et en entrée libre, avec showcases annoncés des artistes sur un mode (forcément) acoustique. Voilà qui devrait vous donner un aperçu assez juste de la soirée à suivre, puisque les intéressés se produisent tous en solo : deux sont des ex-rockers convertis au songwriting folk (Ken Stringfellow des fameux Posies, Luis Francesco Arena de Headcases), et Chris Garneau, pianiste américain dont le nouvel album nous a touchés (voir p.6), est l’une des dernières signatures de l’excellent label Fargo (Paris).
www.cabaret-aleatoire.com
The Cure > le 4 au Dôme
C’est bien connu : les rockers passent généralement très mal l’épreuve du temps. D’autant plus s’ils ont connu leur heure de gloire dans les 80’s, qui n’ont jamais inspiré la rébellion… Mais Cure, ce groupe à guitares, n’a jamais fait du rock : il a inventé un style totalement basé sur un sentiment contraire – la résignation. Personne n’ayant jamais fait mieux (merci Ian Curtis), le groupe de Robert Smith a vieilli dignement sur ses acquis, un peu comme Depeche Mode, unique et intouchable. Le voici donc de retour à la veille d’un double album annoncé peu avant l’été, et sous un line-up excitant (Gallup toujours, et Porl Thompson qui rejoint à nouveau le groupe après l’avoir quitté en 93). En général, quand Cure se produit hors du cadre d’un festival, ses prestations durent parfois jusqu’à trois heures, et ça peut planer sévère. On espère juste, comme tout le monde, qu’ils joueront amplement la trilogie. Pour les souvenirs.
www.thecure.com
PLX
Dans la grande lessive actuelle, que d’autres nomment pompeusement éclectisme musical, les matières se mélangent et les couleurs déteignent. Des taches de sueur funk et de la poussière glam, des auréoles jaunies très punk et des lipstick traces plutôt rose disco… Nos fringues et nos oreilles semblent désormais perméables à toutes les pulsations urbaines. Nous pourrions affirmer sans trop de risques que ce mélange des genres, du meilleur goût, date de l’arrivée du hip-hop, cette musique-éponge qui, s’étant nourri de toutes les autres musiques, a définitivement entartré la machine à séparer les styles. Si on devait trouver aujourd’hui les héritiers des pionniers new-yorkais, il faudrait certainement aller du côté de l’Angleterre (eh oui, désolé…), où de célèbres ninjas sévissent depuis longtemps contre l’exiguïté auditive et l’affaissement de nos fessiers. Pour s’en rendre compte, il suffit d’écouter les mixes de la série Now Listen !, lancée par le bicéphale DJ Food (PC et Strickly Kev) et DK, qui illustre sur disque les Solid Steel Sessions que ces comparses distillent sur Kiss FM depuis longtemps. Vous l’aurez compris, il nous est délicat de vous dévoiler dès à présent le menu que vous réserve le Cabaret Aléatoire samedi soir tant les sélections de ces joyeux Dj’s risquent de tourner, comme leurs disques, à 360°. Soul, funk, rock, hip-hop, drum’n’bass, les galettes passeront au mixeur de Dj Food & DK pour notre plus grand plaisir, et s’ils ne possèdent pas forcément la technique et la présence d’un Cut Chemist, ils dégageront suffisamment d’énergie pour nous tenir en mouvement toute la soirée. Côté marseillais, on pourra retrouver avant ce véritable show l’omniprésent Punisher, ainsi que l’éclectique L’Amateur, qui est loin d’en être un. Now dance !
nas/im
Le 1er au Cabaret Aléatoire, 22h. Rens. 04 95 04 95 04
Dans les bacs : Now listen ! et Now listen again ! (Ninja Tune/Pias)
www.ninjatune.net