Ahram Lee à Vidéochroniques

Printemps de l’Art Contemporain 2016

La fête de PAC

 

Huitième rendez-vous du Printemps de l’Art Contemporain autour d’une quarantaine d’expositions qui se déploient dans le centre-ville, mais aussi dans les quartiers Nord. Ouvert sur l’ailleurs et sur l’autre, le PAC secoue nos méninges et active nos pas. En marche, sur un mode promenade vers la découverte de l’intelligence et de l’humour, avec en invités d’honneur cette année des Coréens de Corée et d’ailleurs…

 

Pour reprendre le terme choisi par Pascal Neveu, président de Marseille Expos, cette huitième édition du Printemps de l’Art Contemporain sera singulière. Par son implication dans l’année France-Corée d’abord, et plus généralement par son ouverture vers l’international, avec des artistes venus de tous les horizons. Sans oublier de mettre à l’honneur ceux qui vivent et travaillent à Marseille selon la formule consacrée… Ces allers-retours entre Marseille et le reste du monde montrent à quel point l’art contemporain fait fi des frontières, envisageant l’ensemble de la planète comme un immense terrain de jeu où les formes peuvent naître dans ce que Nicolas Bourriaud appellerait leur « radicantité » (1)« Sont radicantes les plantes comme le lierre dont les racines adventives s’attachent et se nourrissent en même temps qu’elles avancent. Alors que la radicalité renvoie aux origines, la radicantité se construit dans la tension entre enracinements et mouvement. Elle tire sa force de la fluidité et de l’instabilité : elle est nomade. » (Emmanuel Caille, revue d’a, mai 2011). Ils montrent aussi combien les échanges, les voyages et les expériences partagées enrichissent nos existences. Ce PAC 2016 prône l’ouverture à l’autre, à l’inconnu, à l’étranger ; il lui ouvre les bras en grand et l’invite à passer les frontières…
Le Printemps de l’Art Contemporain prend cette année des allures de festival, compte tenu des quelques rendez-vous festifs qui s’échelonneront durant un mois, englobant trois jours de parcours (les 5, 6 et 7), mais également le Festival des Arts éphémères (inauguration le 12), la Nuit de l’Instant (les 13 et 14), et incluant dans sa programmation le 3bisF à Aix-en-Provence. Sans oublier des coches à ne pas manquer comme les portes ouvertes du CIRVA – Centre International du Verre et Arts plastiques (le 6), qui fête cette année ses trente ans.
Côté festif, le premier jour du PAC s’achèvera aux Demoiselles du 5 (qui célèbrent quant à elles leur quatrième anniversaire) avec une programmation du RIAM, qui présente Kablam et Ideal Corpus, tandis que le lendemain, c’est John Deneuve qui nous fera danser chez Didier Gourvennec Ogor. Enfin, une fois n’est pas coutume, les parcours du samedi soir s’achèveront à l’Atelier Tchikebe et à l’Atelier Ni avec un artiste surprise invité par le Laboratoire des Possibles…
Côté réflexion, les tables rondes du vendredi 6 porteront sur les nouveaux modèles économiques du secteur artistique et sur la question du droit d’auteur, permettant de découvrir le fonctionnement de l’ADAGP (2)Société de gestion collective des Auteurs dans les Arts Graphiques et Plastiques. Dans un autre registre, on ne pas manquera pas la conférence de Maryline Desbiolles à la galerie Béa-Ba autour de l’œuvre de Bernard Pagès, dont l’exposition se termine le 21 mai.
Côté parcours, l’équation se résume toujours à « 3 jours = 3 parcours ». Où l’on pourra découvrir les expositions lors de vernissages et nocturnes jusqu’à 22h selon les secteurs : jeudi du côté Préfecture/Cours Julien/Plaine, vendredi dans la sphère Belsunce/Panier/Joliette et samedi dans le secteur Canebière/Longchamp/Belle de Mai. Pour ceux qui préfèrent faire cela à plusieurs et en diurne, notez également les circuits accompagnés (gratuits) par les médiateurs de Marseille Expos, qui vous baladeront en journée dans les différentes expositions durant ces trois jours Renseignements et inscriptions : circuits@marseilleexpos.com
Entrons dans le vif du sujet avec quelques-unes des expositions attendues de cette huitième édition, en commençant par le focus sur les artistes venus ou originaires de Corée du Sud. Outre la tête de gondole Cody Choi, dont l’exposition fait déjà le bonheur des visiteurs du [mac], on se penchera avec curiosité sur l’intrigante exposition du duo d’artistes séouliens RohwaJeong à la Compagnie ou sur le commissariat de Michel Enrici à la galerie des Grands Bains Douches de la Plaine autour de trois jeunes artistes coréens vivant hors de leur pays d’origine. Seulgi Lee à la galerie HO promet son Soupe Project à voir et à déguster le soir du vernissage. Non loin de là, les pratiques faussement amateurs de Jin Angdoo et Mathieu Julien à la Straat, ou Dae Jin Choi & Daphné Le Sergent chez Où lieu d’exposition pour l’art actuel… Pour finir en beauté avec la programmation coréenne, on est ravis de retrouver Ahram Lee, que l’on connaît bien à Marseille, chez Vidéochroniques. L’artiste, qui revient d’une résidence de plusieurs mois en Corée, propose une exposition dont le titre, D’incolores idées vertes dorment furieusement, emprunte une phrase à Noam Chomsky pour illustrer la théorie de la modularité de l’esprit de Jerry Fodor, théorie qui tisse des liens possibles avec les différents gestes artistiques de l’artiste…
A découvrir lors des vernissages et des nocturnes selon l’ordre chronologique des parcours du PAC 2016 : Empty Shells à la Maison de vente Leclere, programmation concoctée par Charlotte Cosson et Emannuelle Luciani autour d’une sombre histoire de coquillages ; le film Spectacles sans objet de Louise Hervé et Chloé Maillet chez Rond Point Projects, relevant de l’essai cinématographique autour des formes de performance antérieures au XXe siècle. Plus légères peut-être mais non moins intelligentes, les œuvres facétieuses d’Alexandre Gérard — trop rare sur les cimaises marseillaises — devraient teinter d’humour celles de son convive norvégien Bard Olaf Notvik Kristiansen à l’Espace GT. Samedi matin, on brunchera au Château de Servières autour des neuf propositions des artistes lauréats de la Biennale des Jeunes Créateurs d’Europe et de Méditerranée, avec performance à midi de l’IPI. On ne manquera pas les œuvres de Tania Mouraud produites par l’atelier Tchiekebe, ni les matières étranges animées (vivantes ?) de Selmat Lepart, en résidence à l’atelier Ni. On tâchera également de ne pas faire l’impasse sur la petite biennale d’Arnaud Deschin, qui invite pas moins de trente-sept artistes à investir les commerces de la rue Espérandieu. A la Friche, les résidents d’Astérides s’exposent, tout comme les étudiants des Ecoles supérieures d’Art de Marseille, de Toulon et de la Villa Arson. Sextant et plus dévoile le deuxième volet des Possédés, après une première partie qui s’achève au Château Borély. A l’affiche : Saâdane Afif, Pierre Bismuth, Pierre Huyghe, Claude Lévêque, Mathieu Mercier et de nombreux autres artistes dont les œuvres sont issues de collections privées du Sud de la France.
On profitera de ce bain d’art contemporain pour revoir des expositions toujours en cours, comme celle à la Galerie du 5e autour d’une peinture contemporaine qui s’interroge et se réinvente sans cesse (Serial Painter), ou celle, plus classique mais non moins inventive, de Bernard Pagès à la galerie Béa-Ba. La magnifique exposition d’Anne-Valérie Gasc vaut assurément le détour par les trottoirs encombrés de la rue Duverger qui loge la galerie de Didier Gourvennec Ogor, tout comme celle de Lieven De Boeck qui se poursuit au FRAC…
Les trente-sept membres du réseau Marseille Expos ont encore mis les petits plats dans les grands pour nous offrir une édition dont le niveau promet d’être à la hauteur des grands rendez-vous de l’art contemporain en France, et au-delà. Les invités de la programmation associée ne sont pas en reste, s’alignant sur un degré d’exigence qui monte en puissance à chaque nouvelle édition du PAC. En ces temps moroses, il sera donc bon de vérifier que les esprits de nos artistes ne sommeillent pas et luttent contre l’ignorance. Pour le bien de tous.

 

Céline Ghisleri

 

Printemps de l’Art Contemporain : du 5 au 28/05 à Marseille.
Rens. : 09 50 71 13 54 / pac.marseilleexpos.com

Le programme complet du Printemps de l’Art Contemporain ici

 

 

Notes   [ + ]

1. « Sont radicantes les plantes comme le lierre dont les racines adventives s’attachent et se nourrissent en même temps qu’elles avancent. Alors que la radicalité renvoie aux origines, la radicantité se construit dans la tension entre enracinements et mouvement. Elle tire sa force de la fluidité et de l’instabilité : elle est nomade. » (Emmanuel Caille, revue d’a, mai 2011
2. Société de gestion collective des Auteurs dans les Arts Graphiques et Plastiques
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