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Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve (États-Unis – 2017)

Je ne suis pas un numéro

 

Hommage réussi à son prédécesseur, Blade Runner 2049 prolonge intelligemment le film de Ridley Scott tout en lui donnant un nouveau souffle.

 

Une fois n’est pas coutume, nous commencerons par la fin. Blade Runner 2049 n’est pas sans défauts. Entre une durée discutable avec un étirement temporel parfois inutile, certaines phrases pseudo-métaphysiques du magnat Niander Wallace (Jared Leto), à la limite de l’incompréhension ou du ridicule, et un scénario tenant en quelques lignes, des reproches peuvent toujours être adressées à cette œuvre. Mais sont-elles vraiment significatives ?

Blade Runner 2049 conte la recherche par l’officier K (Ryan Gosling) de robots, ou plutôt de clones intelligents d’humains (les réplicants), de précédentes générations, moins obéissants et donc trop dangereux pour être laissés en vie. Il faut donc les « mettre à la retraite » (retire en version originale sous-titrée) en les arrêtant si possible ou les tuer à défaut, comme c’est souvent le cas. Cette quête amènera l’officier K à se questionner sur le sens de sa mission et sa propre condition de réplicant.

Le film est d’abord un hommage réussi à son prédécesseur, sorti en salles trente-cinq ans plus tôt. Tout d’abord réticent pour prendre la suite de Ridley Scott, craignant de dénaturer son œuvre culte, Denis Villeneuve a probablement fini par accepter le défi car le scénariste de la première heure, Hampton Fancher, était toujours au stylo. Denis Villeneuve semble d’ailleurs affectionner la science-fiction pour avoir précédemment exploré la question du langage avec les extra-terrestres dans Premier Contact, avant de se lancer dans un nouveau défi : le remake de Dune de David Lynch, prévu pour 2019. Ce dernier a d’ailleurs aussi attendu longtemps, vingt-cinq ans, pour réaliser la suite de sa série mythique Twin Peaks.

Les années passant, Villeneuve a d’abord besoin de rafraîchir et mettre à jour le logiciel cérébral des spectateurs, de la première comme de la dernière heure. Pour cela, quoi de mieux que quelques clins d’œil bien choisis, telle l’apparition de Gaff (Edward James Olmos qui reprend son rôle), le détective aux origamis, le retour d’Harrison Ford dans la peau du tueur de réplicants, Deckard, ou encore l’évocation de la première rencontre ce dernier avec Rachel (Sean Young) en une minute de dialogue mythique : « Les réplicants sont comme n’importe quelle autre machine — ils sont soit un bienfait, soit un risque. S’ils sont un bienfait, ils ne sont pas mon problème. » Critique de l’engouement contemporain pour la création de robots, ou plutôt de clones d’humains, qui se rapprocheraient de plus en plus de leurs créateurs, pour une société de consommation qui ne sait plus ou donner du porte-monnaie, ou encore dénonciation de l’absurdité de certaines dérives policières, chacun pourra y trouver un message. Le titre même du film pourrait être celui d’un réplicant, à moins qu’il ne s’agisse d’un clin d’œil au New York 1997 de John Carpenter, également situé dans un monde dévasté aux mains de grandes puissances.

Un hommage réussi quand il prolonge une œuvre tout en lui donnant un nouveau souffle. La transition passe par la reprise de l’atmosphère mélancolique, romantique, du premier opus, magnifiée par la musique envoûtante d’Hans Zimmer, elle-même faisant écho à celle de Vangelis sur Blade Runner. Ici aussi, l’histoire se déroule au sein d’un univers post-apocalyptique, similaire par son architecture géométrique et ce sentiment de se sentir plus à l’aise dans les airs que sur terre, hors d’un enfermement urbain grouillant et pollué. Les protagonistes sont rarement en ville mais le plus souvent dans des moyens de transport aériens, ou en train de les observer. S’éloigner de la ville pour mieux la comprendre, pourrait-on penser. Sur ce thème, Blade Runner s’arrêtait là.

Sa suite va plus loin au sens propre comme au sens figuré. Dans une banlieue désaffectée, l’officier K découvre que des méfaits passés de l’homme, générateurs de pollution et de radioactivité, peut renaître la vie. Est-ce à dire que le dérèglement climatique que nous avons provoqué est sérieusement engagé mais que tout n’est pas perdu ? Comme ce territoire abandonné est peuplé de statues de talons hauts au milieu desquels trône un ancien hôtel 5 étoiles, on peut aussi se demander si la luxure deviendra un jour un vestige du passé.

Ville, banlieue, et terres agricoles à perte de vue donnent l’occasion à Villeneuve de nous servir une succession de tableaux en plans d’ensemble que ne renierait pas un décorateur d’intérieur, entre dégradés de gris, d’ocre, et de bleu. Voilà un de ses secrets pour nous faire oublier une encre scénaristique qui sèche trop rapidement : l’esthétique. Au-delà de la prouesse technique, quand cette beauté réveille les sens, suscite l’émotion et envoûte le spectateur, est-ce vraiment problématique ?

L’autre thème commun aux deux Blade Runner est bien entendu la relation entre hommes et robots. Là où le premier film s’intéressait à la possibilité d’une conscience chez ces derniers et d’un amour possible avec les premiers, Blade Runner 2049 nous met plus directement dans la peau d’un réplicant, en l’occurrence l’Officier K. Se demander ce que l’on éprouve envers les robots, peur / attirance, c’est une chose, mais que pensent les réplicants ? Quand ils ne sont pas obligés d’obéir, et que du temps est libéré pour l’amour, les nouvelles générations, dont fait partie l’Officier K, semblent se tourner vers l’amour virtuel. Autant la peur de l’humain, et la revendication d’appartenir à un genre à part, peut en être l’explication dans cette fiction, autant son écho dans notre réalité actuelle s’avère inquiétant. Si les jeunes générations se gavent aujourd’hui de twitter, facebook, courriels et autres modes de communication virtuelle, leur restera-t-il du temps pour mûrir des sentiments en dehors d’internet ?

Terminons par cette citation, toujours aussi actuelle, de Philip K. Dick, auteur en 1996 de la nouvelle Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques qui inspira Blade Runner : « La réalité, c’est ce qui ne disparaît pas quand on arrête d’y croire. » (1978)

 

Guillaume Arias

 

Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve (États-Unis – 2017), avec Ryan Gosling, Harrison G-Ford, Jared Leto, Ana De Armas, Sylvia Hoeks… Actuellement en salles.