Archives par mois
mars 2011

[23 mar 2011] The Strokes - Angles (RCA/Sony Music)

galette-The-Strokes.jpgEmbourbés dans des conflits d’ego, les « sauveurs du rock » ont finalement accouché dans la douleur de ce tant attendu quatrième album. Chacun y a mis du sien, dans tous les sens du terme. Loin du « retour aux sources » annoncé par le bassiste et un premier single « 100 % pur Strokes », Angles colle en effet parfaitement à son titre. Chaque membre du groupe a apporté sa pierre à l’édifice, étonnamment éclectique, réalisant le grand écart entre influences 80’s, fulgurances pop et incartades électro. Une audace pas toujours payante, ce très (trop ?) court nouvel opus recélant autant de trésors que de faiblesses. Inégal donc, mais paradoxalement addictif.

CC

[23 mar 2011] Thomas Fersen - Je suis au paradis (Tôt ou Tard)

galette-Thomas-Fersen.jpgHuitième album pour le Robert Doisneau de la chanson française, qui se façonne patiemment une œuvre à la poésie lunaire et accessible que personne, aujourd’hui, ne saurait lui disputer. Comme toujours avec Fersen, l’amour de la langue, jusque dans son expression la plus désuète, est servi par le regard d’un enfant malicieux qui n’en serait pas à sa première bêtise. Et comme toujours, on est tenté de se regarder écrire pour essayer vainement, ne serait-ce qu’un seul instant, de recréer ce monde du merveilleux qu’il a fait sien. On ira tous au paradis, mais bien après lui.

PLX

[23 mar 2011] All Tiny Creatures - Harbors (Hometapes/Differ-ant)

galette-All-Tiny-Creatures.jpgDes Américains aux influences européennes : rock band inconnu en France, All Tiny Creatures ventile ses guitares et synthétiseurs à grandes bouffées de krautrock atmosphérique. Faussement simpliste, Harbors dévoile un travail d’orfèvre sous couvert de savoir-faire minutieux, tout particulièrement sur le traitement d’une voix rendue à l’état de brise légère. Des influences cosmiques venues de loin (Neu!, Harmonia…) donnent à l’ensemble une couleur agréable, et ce dès la première écoute, pour vous préparer tout en douceur à des journées qui n’en seront que plus ensoleillées.

JSa

[23 mar 2011] Chaim - Alive (Bpitch Control/Pias)

Galette-Chaim.jpgOn a toujours un peu tendance à penser que Bpitch Control, le label berlinois plus vraiment tendance (en apparence) d’Ellen Allien, continue à nous fourguer de l’électro barrée truffée de breaks, alors que son catalogue reste très ouvert. En témoigne cette nouvelle sortie, signée par un producteur israélien aux racines trance, mais converti à des sonorités plus club via Guy Gerber, héraut de la jeune scène de Tel Aviv. Un magnifique album de deep-techno avec des accents house, des nappes façon Détroit, et surtout une mélancolie qui irradie tel un soleil dans nos nuits grises.

PLX

[23 mar 2011] Joachim Kühn - Chalaba (Act Music)

Galette-Joachim-Kuhn.jpgLe pianiste et saxophoniste allemand poursuit sa fructueuse collaboration avec Majid Bekkas, joueur de oud marocain, et Ramon Lopez, percussionniste hors pair. Pour ce troisième album commun, le trio continue d’explorer une voie bien singulière, entre langage jazz d’avant-garde et musiques traditionnelles. Comme par miracle, l’ensemble fonctionne parfaitement, dégageant une maîtrise rare des instruments et des répertoires. Savant et profane, dansant et profond, ce disque, à ranger à côté de ceux de Rabih Abou-Khalil, côtoie les plus hautes sphères musicales.

nas/im

[23 mar 2011] Radiohead - King of Limbs (XL Recordings)

galette-Radiohead.jpgAprès OK Computer, Radiohead a décidé de se libérer des carcans du rock indé et du traditionnel couplet/pont/refrain. Ce nouveau LP, prolongement de cette recherche plus ou moins heureuse, marque hélas une stagnation pour le quintette : sur la moitié des pistes, les instrumentaux se contentent d’une superposition de boucles minimalistes, quand le chant de Thom Yorke est en deçà de ses capacités. Le groupe répète une formule érodée, alors que nous avons tendance à toujours l’attendre ailleurs, montrant la voie à la concurrence. Le corps n’a pas changé, mais la tête n’y est plus.

SV

[23 mar 2011] Dirty beaches - Badlands (Zoo Music)

galette-Dirty-beaches.jpgPour son premier album, le Canadien Alex Zhang Hungtai délivre huit titres au son poisseux et embrumé, où une voix éthérée à la Alan Vega se fond dans une mélodie qui semble tout droit sortie d’un vieux juke-box. L’influence 50’s se ressent nettement et l’artiste, admirateur d’Elvis et de doo-wop, qualifie lui-même sa musique de « photocopie froissée de cet âge d’or de la musique américaine ». Un rockabilly lo-fi qui pourrait servir de bande-son rétro pour un road-movie durant lequel ce crooner dépressif parvient à nous faire partager son errance anachronique.

M-MS

[23 mar 2011] Stephan Oliva - Film noir (Illusions) & After noir portraits (Sans Bruit)

galette-Stephan-Oliva.jpgStephan Oliva transpose sur son clavier les ombres du noir et blanc des classiques du film de gangsters. Le pianiste s’approprie parfaitement la matière sonore de ces œuvres, pas forcément les génériques connus mais plutôt les thèmes secondaires, qu’il reformule à sa guise. Les intentions sont claires, le langage précis et le son parfait. Film noir est un moment de grâce ! Treize merveilles d’épure et de poésie. Enregistré au cours de la même session, After noir portraits se veut pour sa part un hommage aux actrices et acteurs de ces classiques américains.

nas/im

[23 mar 2011] Yves Marchand et Romain Mefffre - Détroit, vestiges du rêve américain (Steidl)

millefeuille-les-vestiges-d.jpgLes auteurs ont compilé sept années d’arpentage pour dresser ce portrait effroyable du royaume déchu des « Big Three ». La ville y apparaît comme une carcasse du rêve américain, où, une fois inutiles, écoles, commissariats, bibliothèques, théâtres et hôtels sont simplement laissés à l’abandon, figés dans le temps, transformant Détroit en cité jetable. Les images — entre Stalker, L’Armée des 12 singes et Tchernobyl — se succèdent, parfois jusqu’à la nausée. Le sujet est traité de manière brute et le texte reste sobre, ne prenant jamais le pas sur l’image, qui reste le premier objet de l’ouvrage. Ce remarquable document, au format généreux, n’est pas sans rappeler le travail d’Alex Mac Lean dans son utilisation de la photo pour illustrer le rapport consumériste de nos sociétés à l’espace. Bien loin des bricolages héliportés d’un Yann-Arthus Bertrand…

NA

[23 mar 2011] Sophie Amen, Aurélien Débat - Les Transports (Le Vengeur Masqué)

millefeuille-Les-Transports.jpgAprès le succès de Méchants ? en novembre dernier, Le Vengeur Masqué reprend du service au rayon « livres animés ». Une sacoche, un capot, un moteur, une poubelle, une porte, un hublot… Tout se soulève et s’ouvre pour une découverte détaillée des moyens de transport. On plonge dans les entrailles du paquebot de croisière, on découvre les mille et un recoins de la caravane ou le système complexe de la machine à composter du bus. Les animations aux conceptions réfléchies et efficaces vivent dans l’univers pétillant d’Aurélien Débat. Le choix du crayon, les couleurs vives et la conception graphique un brin rétro apportent clarté et énergie à la démonstration. Entre documentaire et imagier rigolo, cet album à la thématique classique regorge de surprises ludiques émerveillant le mécano qui sommeille en nous. Bon voyage !

CM/NC

[23 mar 2011] Apollo & Oiry - Une vie sans Barjot (Futuropolis)

millefeuille-Une_vie_sans_B.jpgSon bac en poche, Mathieu s’apprête à partir pour effectuer ses études à Paris. Lors de sa dernière soirée dans la ville où il a grandi, rien ne se passe comme imaginé et la soirée rebondit au gré des rencontres. Et si, enfin, il avait l’opportunité de déclarer sa flamme à la belle Noémie qu’il aime secrètement depuis une poignée d’années ? Initialement intitulé Teenage Kicks, du nom de la flamboyante chanson des Undertones, l’album débute avec le premier couplet de ce morceau entêtant qui annonce la couleur : il va être question de rêves adolescents et d’une fille du voisinage. Dialogues, découpage, mise en page, dessin et couleurs donnent une justesse, une force et un équilibre remarquables à cette histoire et aux sensations qu’elle véhicule. Cet album file des frissons et pourrait bien s’avérer inoubliable.

BH

[23 mar 2011] Pascal Girard - Conventum (Delcourt)

millefeuille-conventum.jpgDans cette bande dessinée autobiographique, Pascal Girard décrit ses retrouvailles avec ses camarades de lycée. Anxieux de l’échéance qui se profile, il se remémore son adolescence et se prend à rêver de donner une image flatteuse de sa personne, s’employant pour ce faire à une remise en forme physique et mentale. Mais les choses ne seront malheureusement pas aussi simples qu’espéré… Un léger penchant pour l’égocentrisme, combiné à un manque flagrant d’aisance en public et à un enchaînement de bourdes incongrues, le conduiront dans des situations pour le moins inconfortables. Si l’auteur est pétri de défauts, il a l’immense mérite de les reconnaître et de les exposer sans fard dans cet album (tragi-)comique, qui nous fait éprouver autant de gêne que de plaisir avec sa drôlerie.

SV

[23 mar 2011] Premiers plans, 5 films de Krzysztof Kieslowski (Editions Montparnasse)

dvd-Krzysztof-Kieslowski.jpgOn en avait quelquefois entendu parler, mais ces premiers films de Krzysztof Kieslowski étaient restés totalement inédits en France, hormis de rares diffusions en festival. Les Editions Montparnasse ont donc eu la lumineuse idée de compiler cinq œuvres de jeunesse (Premier amour, Passage souterrain, Le personnel, La paix et Une brève journée de travail) du plus connu des cinéastes polonais, issu du courant cinématographique nommé « la vague de l’inquiétude morale ». Soit une plongée dans une Pologne des années 70 en pleine déliquescence, minée par un système politique et social en faillite totale, qui débouchera un peu plus tard sur l’explosion du mouvement Solidarnosc.

EV

[23 mar 2011] Taking off (USA – 1971) de Milos Forman (Carlotta Films)

dvd-Taking-off.jpgLa presse de l’époque n’hésitait pas à dire que « Taking Off demeure le meilleur film de Milos Forman fait en Amérique et sur l’Amérique. » Et à la découverte de cet opus de 1971 du cinéaste tchèque, nous ne sommes pas loin de penser de même. Forman prend ici le contre-pied des teen movies de l’époque pour livrer une comédie douce-amère sur la mutation de la société américaine. Entre fiction et documentaire, le cinéaste se plonge dans le milieu alternatif de la côte est, n’hésitant pas à accumuler les clins d’oeil, en invitant par exemple Ike et Tina Turner. Tous les atouts du film indépendant sont là, maîtrisés à la perfection, jouant des valeurs et des codes émergents de la société et de la contre-culture américaine. Forman parvient également à boucler un casting parfait, mêlant jeunes acteurs en devenir et amateurs embauchés au gré de ses rencontres.
EV

[23 mar 2011] V : The hot one (USA – 1978) de Robert MacCallum (Wild Side Vidéo)

dvd-V-The-hot-one.jpgWild Side est devenu en quelques années le plus gros éditeur indépendant de l’hexagone, jouant sur la suractivité, le foisonnement de sorties et la multiplication des lignes éditoriales. Du blockbuster le plus indigeste aux œuvres les plus rares, le seul fil conducteur que l’on peut lui attribuer est sans contexte le soin porté aux éditions, tant sur un plan qualitatif (restauration) que quantitatif (bonus). Depuis peu, Wild Side s’intéresse aux grands titres de la production alternative pornographique des 70’s, dont est issue cette œuvre psychédélique, politique et jouissive. Laurien Dominique porte sur ses épaules ce remake particulièrement original du Belle de jour de Buñuel, venant rappeler les trésors d’imagination développés par l’industrie pornographique lors de cette décennie bénie.

EV

[23 mar 2011] Marvel vs Capcom 3 (Capcom / Xbox 360, PlayStation 3)

jeu-marvel-vs-capcom3.jpgCette nouvelle mouture de la série crossover entre l’univers des comics Marvel et des jeux Capcom reste fidèle à ses racines, s’agissant d’un beat’em up (jeu de combat en face-à-face) mettant en scène près d’une quarantaine de personnages des deux sociétés. Les pugilats nécessitent la création d’une équipe de trois combattants, une approche stratégique étant pondérante lors de leur sélection : chaque lutteur dispose de coups spéciaux lui étant propres, et il faut jouer sur leur complémentarité en fonction de l’escouade à affronter. De fait, si le titre tente de s’ouvrir à un public plus large par une réduction du nombre des boutons d’action (quatre actuellement, contre six dans le premier opus), il n’a cependant pas perdu en complexité. Lors des combats, une grande connaissance des attaques et des enchaînements de chaque personnage est indispensable, requérant un long entraînement dans le mode dédié. Comme pour le précédent Street Fighter 4, qui saura s’astreindre à l’apprentissage des techniques découvrira un système d’une richesse et d’une jouissance rares. La nouveauté de ce volet réside dans la présence d’un bouton d’« échange », qui permet d’enchaîner ses adversaires dans les airs. Les duels gagnent ainsi en explosivité, mais cette prise en compte de la verticalité s’ajoute à la complexité des affrontements au sol. Ce spectaculaire dans la manière de jouer est amplifié par celui de la réalisation. La série a progressivement mué, passant d’une 2D intégrale en 1998 à un mélange de décors en 3D et de sprites bitmap (2D) pour sa suite, quand ce dernier volet s’est définitivement rangé du côté de la troisième dimension, tout en restant fidèle au style de ses prédécesseurs.
Marvel vs Capcom 3 trône au sommet d’un genre qui n’a cessé d’étoffer ses mécanismes au fil des décennies, jusqu’à devenir un objet complexe, à l’apparence séculaire mais à la profondeur des productions de son époque.

SV

[23 mar 2011] Two Worlds 2 (PS3 - XBOX 360 - PC / Reality Pump / 2010)

jeu-two-worlds.jpgCe jeu de rôle polonais est jouable aussi bien hors ligne qu’en réseau. En solo, le joueur s’aventure librement sur deux îles de taille moyenne qui profitent d’environnements variés. La prise en main demande un temps d’adaptation pour assimiler la variété des styles de jeu. Magie, épée, hache, lance, arme contondante, arc, attaque sournoise : tous offrent, malgré de grands déséquilibres, une approche différente des combats. Certaines actions (crochetage, vol de bourse) donnent lieu à de sympathiques défis. En revanche, les quêtes annexes, peu nombreuses, courtes et parfois « buggées », ne s’avèrent pas toujours intéressantes. En ligne, les sept chapitres de la campagne s’avèrent très anecdotiques, de par leur brièveté et leur très faible narration. Les autres modes (deathmatch, duel, capture de cristaux, village) ne font que de la figuration. Malgré un contenu quelque peu frustrant, Two Worlds reste ainsi agréable à parcourir, en attendant The Witcher 2 ou le prochain Elder Scrolls.

AD

[23 mar 2011] 3 questions à… Archeopterix

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Archéologue des technologies contemporaines autoproclamé chip provider, personnage central de viviers artistiques en demande de sensations vintage, Archeopterix débarque à l’Alcazar, à la tête d’une armada de pixels en quête de futurs créatifs.

Qu’est-ce qu’un chip provider ?
C’est quelqu’un qui cherche, pour des artistes, des processeurs (chip en anglais) à l’intérieur de vieilles consoles de jeux et de vieux synthétiseurs, afin de faire de la musique, de la vidéo et des bidouillages en tous genres. Mon travail, c’est donc de soutenir des projets en recherchant des machines bien particulières comme, entre autres, des Atari ST, des Dictée Magique, des Super 8 et même des Polaroid. A force de rencontrer nombre d’intéressés, j’ai dû approfondir mes recherches et affiner ma spécialisation dans le domaine de la low-tech (basse technologie). Ce qui m’a permis de devenir un personnage central dans la conservation de machines rendues obsolètes par la high-tech, mais qui recèlent des trésors pour qui sait les exploiter.

Quel est le message que tu souhaites faire passer à travers Pixellissime Games Heroes ?
C’est une exposition transgénérationnelle qui fait découvrir aux plus jeunes que leurs parents jouaient eux aussi à des jeux vidéo, et loin de les bouder, trois générations jouent ensemble. Les jeunes découvrent ainsi que les jeux vidéo ont une histoire, qu’elle est riche et date déjà de quarante ans. Les visiteurs les plus âgés se surprennent à faire une partie de Pong, appréciant la simplicité et l’efficacité d’un concept sans faille. Isabelle Arvers (la commissaire de l’expo) et moi avons voulu mettre en avant le fait que le jeu vidéo est désormais une culture à part entière. Une culture qu’il faut préserver sur ses formats d’origine : cassettes audio, disquettes de jeux et machines d’origine… Tout cela continue de finir à la poubelle et c’est là que j’interviens, afin de collecter cette matière, la transmettre et la présenter avec une visée muséographique.

A ce propos, à quand un musée du jeu vidéo à Marseille ?
Pour ma part, j’attends avec impatience la création du premier musée français, qui prendra forme à Paris sous l’impulsion de Philippe Dubois, fondateur de MO5.com. Un musée qui fera référence. Et donc, je travaille désormais en collaboration avec Philippe sur la création d’une même structure en région PACA.

Photo et propos recueillis par Jordan Saïsset

Pixellissime Games Heroes
: jusqu’au 22/04 à l’Alcazar (58 Cours Belsunce, 1er) et à la Bonneveine (Avenue Elsa Triolet, 8e).
Rens. 04 91 55 90 00
http://www.afjv.com/press1102/110217_pixellissime_game_heroes.php

[23 mar 2011] Brigitte Palaggi & Olivier Domerg - La montagne des Marseillais

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Chemins de traverse

A travers diverses actions (exposition, lecture-performance, publications), la photographe Brigitte Palaggi et le poète Olivier Domerg nous proposent un regard croisé sur les Hautes-Alpes, cette Montagne des Marseillais qui fait partie de nos destinations privilégiées, en posant de manière sensible et critique la question de la représentation du paysage.

Point de départ du projet : une résidence artistique itinérante sur tout le département des Hautes-Alpes et, ainsi, une traversée commune d’un paysage à expérimenter. Brigitte Palaggi et Olivier Domerg cherchent à s’éloigner de l’esthétique du sublime qu’il est de bon ton d’user lorsqu’on s’attache à la nature. Plutôt que d’explorer des sentiers balisés nous invitant à se satisfaire du point de vue à partir duquel les choses s’ordonnent à la description (comme les fameuses tables d’orientation), ils préfèrent emprunter des chemins de traverse : le paysage laissé pour compte ou aux prises avec l’urbanisation, le détail, la mise à l’épreuve des discours politiques, poétiques et touristiques appliqués au paysage. A l’arrivée, leur création se décline à Marseille en plusieurs propositions, dont une exposition visuelle et sonore présentée par le Château de Servières. Les artistes nous invitent à suivre avec eux la trajectoire, la visée de sens des images et des mots plutôt que leur contenu isolé, immédiatement signifiant. Les images photographiques se multiplient sur plusieurs supports, montrant à quel point la frontière est ténue entre le renouvellement incessant de la création et la consommation des images, entre la profusion comme accumulation quantitative et celle liée à la possibilité de multiplier les points de vue sur un motif qui ne se laisse pas facilement apprivoiser. La mise en voix des textes par Olivier Domerg participe avec force, sensibilité et humour à cette ouverture du paysage par une mise à l’épreuve de notre rapport à lui. Une collaboration artistique à découvrir également avec deux publications, Le chant du hors champ et, tout récemment, La fabrique du plus près, mais aussi par une programmation de lectures et performances au sein même de l’espace d’exposition, qui nous invite notamment à « prendre le paysage à rebours » et à « ouvrir les yeux, tendre l’oreille, écouter le chant du hors champ. »

Texte : Elodie Guida
Photo : Brigitte Palaggi

Brigitte Palaggi & Olivier Domerg - La montagne des Marseillais : jusqu’au 8/04 aux Ateliers d’artistes de la ville de Marseille (11-19 bd Boisson, 4e).
Lecture, performance et rencontre le 25/03 à 18h30 avec Olivier Domerg, Laure Ballester & Christophe Roque, suivie d’une lecture de Superparc supernaturel de et par Jean-Pierre Ostende.
Rens. Association Château de Servières : 04 91 85 42 78 / www.chateaudeservieres.org

[23 mar 2011] Christophe Boursault - Peintre Patent Paré à la Galerie Porte-Avion

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Double je(u)

Coutumier des allitérations verbales et plastiques, Christophe Boursault provoque le passant passif qui, captivé par le portrait photocopié du peintre, pousse la porte de la Galerie Porte-Avion pour rester pantois devant une pratique polymorphe…

Une fois passée la porte, le visiteur se retrouve devant un brouhaha visuel et auditif qui correspond bien à l’idée que l’on se fait de l’univers de Christophe Boursault. Un univers où tout est en mouvement, où tout gesticule et s’articule autour de la question artistique. Ici, des peintures récentes ; là, des dessins et des vidéos ; sur les murs, des photocopies aux allures revendicatrices. L’accrochage assume un vacarme visuel et sonore qui fait écho aux aspects anarchiques de sa peinture. Une peinture gestuelle, spontanée, proche du Bad painting ou de l’art brut, dans laquelle l’énergie de la matière même et celle du peintre se mêlent au rythme de la touche, de la couleur et de l’intuition du moment. Une peinture qui, sans renoncer « à une certaine volonté de culture », ne renie pas une origine et une forme primitives et se nourrit aussi bien d’influences populaires qu’ancrées dans l’histoire de l’art. Si parfois cette forme se veut figurative, elle ne devient jamais réellement le propos de la peinture. Comme l’écrit l’artiste, « c’est une peinture proche du dessin dans son esprit, une peinture d’imagination, brute tout en restant consciente. »
Christophe Boursault est un peintre patenté paré, collant parfaitement à la polysémie du vocable. D’un côté, bricoleur, inventeur, créateur ; de l’autre, « légitimé » en tant qu’artiste peintre par le circuit des institutions politiques et culturelles. Le rôle de l’artiste, sa place dans notre société, ses préoccupations « narcissiques » quotidiennes (l’atelier, les relations avec le galeriste…) et le jeu institutionnel auquel il doit se prêter sont autant de thèmes que Christophe Boursault aborde dans ses vidéos.
Dans ses vidéos ou ses performances, l’artiste revendique un discours qui ne lui appartient pas, comme celui de Renaud Muselier le soir du vernissage. Il l’interprète librement, avec la même place laissée au hasard que dans sa peinture. Le thème, politique la plupart du temps, et la forme (le discours) cherchent le point d’acmé dans la performance verbale et spectaculaire, un moment où la parole et le corps ne se contrôle plus, où la réaction de son auditoire ne s’anticipe plus. Un moment où la création devient spontanée, comme palpable.

Céline Ghislery

Christophe Boursault - Peintre Patent Paré : jusqu’au 30/04 à la Galerie Porte-Avion (96 bd de la libération, 4e). Rens. 04 91 33 52 00 / www.galerieporteavion.org

[22 mar 2011] 13e Rencontres du Cinéma sud-américain, Peuples et Cultures du Mexique

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En route pour la joie

L’équipe de Solidarité Provence / Amérique du Sud investit divers lieux de la région et nous donne derechef rendez-vous pour une nouvelle édition des Rencontres du Cinéma sud-américain, occasion unique de découvrir une production trop rare.

Le naufrage retentissant de l’Année du Mexique en France (merci qui ?) aura en tout cas démontré les capacités d’adaptation de certaines structures organisatrices, dont l’équipe de ces treizièmes Rencontres du Cinéma sud-américain. Changeant sensiblement son fusil d’épaule, cette nouvelle édition maintient une fois encore une qualité de programmation incontestable. Elle est aidée, il est vrai, par un vivier de création toujours renouvelé, et pourtant très peu exporté. Malgré certaines contraintes économiques évidentes, l’industrie cinématographique en Amérique latine reste en effet d’une richesse infinie, ce que vient aujourd’hui nous dévoiler l’ASPAS (Association Solidarité Provence / Amérique du Sud), à travers une poignée de projections aux quatre coins de la région. Le pays de Diego Rivera y tient une place privilégiée, avec une dizaine de films présentés, longs et courts confondus. On y retrouve les caractéristiques de la production contemporaine mexicaine, souvent mélange de destinées collectives et d’introspections individuelles, traitées avec une rigueur, voire un ascétisme, plutôt surprenant pour un pays si bigarré. A l’instar du film de Fernando Eimbcke, Lake Tahoe, qui nous plonge au cœur d’une ville portuaire hors saison et suit les rencontres d’un adolescent avec différents personnages iconoclastes. Ou ce A Tiro de Piedra, longue quête, sur des milliers de kilomètres, d’un jeune berger de vingt-et-un ans. Mais le point d’orgue de ce focus mexicain est incontestablement Visa Al Paraiso, de Lillian Liberman Shkolnikoff. A travers ce documentaire saisissant enrichi d’images d’archives inédites, la réalisatrice nous plonge dans un Marseille des années quarante en pleine occupation. Gilberto Bosques, consul du Mexique en France, va user de son influence pour sauver de nombreuses victimes du nazisme, en leur obtenant un passeport pour son pays d’origine. La projection promet un beau moment de cinéma, avec la présence des propres filles du consul. Du Venezuela à l’Argentine, en passant par Cuba et le Brésil, les plus grands pays d’Amérique latine sont donc représentés dans cette nouvelle édition. Avec, comme film conducteur, une prédilection, parmi les sujets traités, pour les diverses réalités sociales, dépeintes bien souvent sans artifices. Comme dans Eva y Lola, film argentin de Sabrina Farji, où une jeune femme aide son amie à découvrir l’identité de sa famille biologique, sur fond de dictature militaire, ou le vénézuelien Hermano, de Marcel Rasquin, qui replace le rêve footballistique au cœur d’un quartier pauvre de Caracas. Quatre sélections nous permettront de naviguer au cœur d’une production souvent mal connue : deux compétitions de longs et courts métrages, et deux programmes hors prix. Le jury, au sein duquel on retrouve le cinéaste marseillais Samuel Bester et l’homme de théâtre Jean-Claude Nieto, aura donc en charge de décerner, entre autres, le Colibri d’Or, qui l’année dernière était revenu à l’excellent Mi vida con Carlos, du réalisateur chilien German Berger Hertz. Enfin, pour toutes celles et ceux désirant approfondir leur connaissance de la création cinématographique d’Amérique du Sud, Marcelo Céspedes dispensera au CRDP un cours de cinéma exceptionnel, consacré à la production argentine. Face à la frilosité des distributeurs et à la fragilité des salles indépendantes en France, un tel événement reste une occasion unique de découvrir tout un pan du cinéma contemporain le plus souvent invisible dans l’hexagone.

Texte : Emmanuel Vigne
Photo : Eva y Lola de Sabrina Farji

13e Rencontres du Cinéma sud-américain, Peuples et Cultures du Mexique : du 23/03 au 3/04 à Aix et Marseille et du 4 au 9/04 en Région PACA. Rens. 04 91 48 78 51 / cinesud-aspas.org

[22 mar 2011] La confusion des genres au Mazarin

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Elle et lui

Le Mazarin et l’Institut de l’Image à Aix s’associent pour présenter la dixième édition de La confusion des genres, programmation tournée vers le cinéma gay et lesbien sous toutes ses formes, mêlant films populaires et perles cinématographiques. Petit tour d’horizon.

La confusion des genres ou l’éloge de la différence ? Après des décennies de clandestinité, le cinéma gay et lesbien, plus généralement transgenre, se conjugue à présent sous toutes ses formes, dans la production cinématographique, pour le bien de la création elle-même. Des blockbusters (Philadelphia, Brokeback Mountain…) aux films intimistes, les amours homosexuelles à l’écran ne sont plus un tabou, mais au contraire une source d’inventivité et un regard croisé sur une société en mutation. L’excellent documentaire de Robert Epstein, The Celluloid Closet, nous rappelle en effet les trésors d’imagination dont ont dû faire preuve les cinéastes pour évoquer les relations gays et lesbiennes avant que les consciences n’évoluent. Le travail des festivals, des distributeurs, des éditeurs n’est d’ailleurs pas étranger, en France, dans la reconnaissance de l’homosexualité au cinéma. Depuis dix ans, le petit cycle La confusion des genres apporte sa pierre à l’édifice, mariant raretés cinématographiques, classiques du répertoire et films grand public. Dont acte, cette année encore, avec une dizaine de films présentés dans la cité thermale. Parmi les belles découvertes, citons le documentaire de la Paraguayenne Renate Costa, 108 Cuchillo de Palo, projeté en sortie nationale. La cinéaste revient sur le passé de son oncle, récemment décédé, et ayant figuré sur la liste des 108 homosexuels arrêtés et torturés sous la dictature de Stroessner. Un témoignage bouleversant sur la mémoire d’un passé pas franchement lointain, les années 80, lorsque le Paraguay vivait sous le joug d’un pouvoir militaire sanglant, dont la communauté homosexuelle fit particulièrement les frais. Parmi les autres belles surprises de ce cycle, le spectateur curieux se réjouira de (re)découvrir en copie pellicule l’extraordinaire opus du Brésilien Hector Babenco, Le baiser de la femme araignée, huis clos carcéral fantasmagorique, en plein régime dictatorial. Dans le but de fédérer tous les publics, la programmation n’échappe pas aux films plus grand public, de The kids are allright, opus réussi sur l’homoparentalité, à Mamma Mia !, en version karaoké s’il vous plaît ! Enfin, les amoureux du répertoire se rueront à l’Institut de l’Image pour une projection du sublime All about Eve de Joseph L. Mankiewicz, à qui l’on doit cette fameuse réplique : « Depuis qu’il s’est compromis en se mettant à parler, le cinéma a le devoir de dire quelque chose. » Adage largement appliqué par l’équipe de La confusion des genres.

Texte : Emmanuel Vigne
Photo : Le baiser de la femme araignée de Hector Babenco

La confusion des genres : du 23 au 2/03 au Mazarin (Rue Laroque, Aix-en-Pce). Rens. 04 42 26 61 51 / www.lescinemasaixois.com

[22 mar 2011] DFragment Music et I.O.T. Records sous l’égide de Full Rhizome

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La main verte

Unis depuis deux mois sous l’égide de la coopérative Full Rhizome, les labels marseillais DFragment Music et I.O.T. Records ensemencent des territoires sonores aventureux, au fil des rencontres et des intuitions. Une démarche florissante.

Quel est le point commun entre Sam Karpienia et Mekanik Kantatik ? D’avoir sorti un album sur DFragment certes. Mais il semble difficile d’établir des parallèles esthétiques directs entre ces deux musiciens. Jérémie Mension, coordinateur et gérant de la structure, s’attache à dire que « DFragment et I.O.T. n’ont pas de couleurs, pas de lignes directrices, les choses sont ce qu’elles sont grâce aux rencontres, à nos vies. » Bref rappel des faits : depuis le début de l’année, les deux labels marseillais se sont alliés pour former une coopérative, Full Rhizome. Le mariage de deux savoir-faire — l’un empirique, formé sur le tas au gré de vagabondages, l’autre plus théorique — et de deux sensibilités musicales opposées : tandis que le premier est historiquement axé sur le hip-hop, l’électro et la techno, le second est tourné vers le jazz, les musiques du monde, l’électro acoustique et les musiques improvisées. « Il n’y a rien d’évident dans nos contenus, c’est l’émotion ressentie qui fait le choix de l’artiste. D’ailleurs, notre distributeur ne sait jamais dans quel rayon il va catégoriser nos disques. » Pour mieux saisir de quoi il retourne, il est intéressant de se reporter aux pensées de Gilles Deleuze, le philosophe pour qui « un rhizome n’est pas fait d’unités, mais de dimensions, ou plutôt de directions mouvantes. » A Jérémie d’y donner suite: « Le croisement est intéressant, plus que la notion d’identité. Nos projets doivent se nourrir entre eux. » Une volonté qui aboutit donc sur des prises de risques, puisqu’il s’agit principalement de sortir des disques… Mais des risques plus ou moins grands. Autrement dit, la signature d’une « valeur sûre » permet, à côté, de sortir un artiste moins connu. Un cycle bien pensé. La cote de popularité n’étant pas un baromètre qualitatif fiable, l’essentiel aujourd’hui, sur un marché qui adore brasser du vent, c’est de faire les choses dans le bon ordre. « Il faut faire et promouvoir de la musique parce que l’on pense qu’elle a du sens, après on voit ce qu’il se passe commercialement parlant. » Et pas l’inverse. L’équation est simple : « Au départ, nous avons une belle idée et une contrainte de moyens, et au final on ne doit voir que la belle idée. » Sans manger son blé en herbe, sans feindre l’hypocrisie lorsqu’il s’agit de parler argent et de mettre en place un modèle économique fiable, et sans se voiler la face lorsque l’on évoque les répercussions à Marseille, le point de départ : « Nous sommes conscients qu’au niveau local, pour l’instant, nous ne touchons que le centre-ville, ainsi qu’une sorte d’élite culturelle… Mais on aimerait faire mieux. » Des volontés d’autant plus ambitieuses que les deux labels se lancent l’étonnant défi de sortir quinze albums, ni plus ni moins, dans les trois prochaines années. Quelques noms déjà : Emilie Lesbros, Under Kontrol, MC2, Carteva… Au printemps de prendre soin de ces jolis bourgeons.

Texte : Jordan Saïsset
Photo : Emilie Lesbros par Frank Bigotte.

Premier album de Red Rails sorti en février sur DFragment Music.
Premier album de Emilie Lesbros prévu pour mai sur Dfragment Music.
Premier album d’Under Kontrol prévu pour septembre sur I.O.T. Records.

Rens. www.fullrhizome.coop

[22 mar 2011] escaleproject 1.0

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Tous des pros

Déjà bien connue pour ses résidences d’artistes, l’Escale enfonce le clou et lance escaleproject 1.0, un dispositif d’accompagnement à la création musicale. Marseille Aubagne, aller-retour.

De tous temps, la représentation scénique est apparue comme pièce maîtresse aux yeux d’artistes désireux de se forger une bonne petite (ou grande) carrière. Pour y parvenir : plusieurs écoles, plusieurs réseaux. L’équipe aubagnaise des Aires Saint Michel joue la carte de la proximité en lançant le projet qui tombe à pic pour nombre de musiciens régionaux en mal d’expériences scéniques. Les mêmes qui n’ont souvent pour seule alternative que de répéter exténués les soirs de semaine, ou les week-ends dans des studios de fortune aménagés dans la chambre ou le bureau, sans trop exaspérer les voisins, le conjoint, et surtout lorsque l’emploi du temps le permet. Et oui, un musicien ça se nourrit même lorsque ça ne vit pas de ses partitions. Et n’allez pas croire qu’il est simple de tout laisser tomber (professionnellement parlant) et de se lancer sur le marché de la musique pour tenter d’en vivre. Combien de paquets de pâtes remplissent les placards les longs mois de transition, combien de T-shirts troués et non remplacés… On connaissait la Pépinière d’Artistes et ses lauréats (le rap de Iraka pour l’année 2010 — voir Ventilo # 273), voici l’escaleproject 1.0 : une bande de motivés, menée par le sympathique Fredéric Franchitti (fondateur du groupe Aston Villa), conseille, accompagne et aiguille celui qui franchit le pas en route vers la professionnalisation. Le projet est plus que louable, humainement parlant, d’abord, puis qualitativement. Une piste de décollage aménagée pour espoirs bichonnés : des pros à portée de main, une salle qui n’a rien à envier à ses homologues phocéennes, du matériel en veux-tu en voilà… Sont sélectionnés des groupes d’ici qui ont déjà un tant soit peu fait parler d’eux. C’est le cas du duo pop folk nudiste We used to have a band, en concert sur la colline aux côtés des Poum Tchack, venus présenter leur nouvel album Billie. Il semblerait bien qu’aux portes de la ville, l’Escale veille au grain pour assurer des lendemains chantants à quelques poulains régionaux. Et c’est très bien comme ça.

Texte : Jordan Saïsset
Photo : We used to have a band par Solene Person

We used to have a band et Poum Tchack : le 2/04 à l’Escale (Les Aires St Michel, Aubagne). Rens. 08 99 02 27 85 / www.mjcaubagne.fr

[22 mar 2011] Poni Hoax en résidence au Cabaret Aléatoire

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Maison de disque

Le groupe Poni Hoax s’est installé en résidence au Cabaret Aléatoire pendant dix jours, en vue d’un septième album, et donc d’une nouvelle tournée. Les cinq Parisiens sont certainement venus chercher l’inspiration sous le soleil… Rencontre.

Le Cabaret Aléatoire, c’est un peu la seconde maison des Poni Hoax. C’est donc tout naturellement qu’ils se sont installés dans une salle où ils ont beaucoup joué et toujours reçu un très bon accueil. Mais pas le temps de visiter Notre Dame ou de siroter un pastis sur le port : le groupe compose six heures chaque jour. « C’est très fatigant », confie Nicolas Ker, le chanteur, « surtout que dans le Cabaret, nous sommes dans des conditions de live, et ça demande plus de travail. » Le choix de Marseille était une évidence : « On aime bien cette ville, les gens sont sympas et très accueillants. En plus, comme on a beaucoup joué à La Friche, on s’est fait pas mal de copains. On est vraiment bien entourés ici… Et puis notre manager est marseillais, alors venir en résidence ici, ça s’imposait ! » L’inspiration leur viendra-t-elle plus facilement sous le soleil ? « En fait, un rien m’inspire. Si quelqu’un m’explique la manière dont il se coupe les ongles, je peux en faire une chanson », plaisante le chanteur. En revanche, la scène marseillaise ne risque pas de les aider : le quintette avoue ne pas connaître de groupes locaux. « On n’a pas trop le temps de les écouter », admet Laurent Bardainne, claviériste. En effet, entre les six heures de composition, les interviews à la radio, les concerts-goûters et les rencontres publiques, les Parisiens n’ont pas le temps de souffler. Le groupe avoue avoir pris beaucoup de retard et, par conséquent, devoir travailler plus efficacement pour rattraper le temps perdu. Les fans ne sont pas prêts de les voir se balader dans la rue… Par contre, les Poni Hoax projettent d’ores et déjà de revenir si l’occasion se présente. « C’est notre manager qui décide de tout ça. Nous, on n’a plus le temps, et surtout pas l’envie » souligne Nicolas. « C’est lui qui s’occupe de nous trouver des salles pour jouer, des résidences, etc. On est en quelque sorte trimballés, mais ce n’est pas très grave puisque qu’on n’a pas d’exigences de temps. » Trimballés ou pas, le Cabaret accueillera encore et encore le groupe avec plaisir. A la revoyure.

Texte : Charlène Tavares
Photo : Gregg Bre?hin

Poni Hoax : le 26/03 au Cabaret Aléatoire (Friche la Belle de Mai, 41 rue Jobin, 3e). Rens. 04 91 11 45 63 / www.cabaret-aleatoire.com

[22 mar 2011] Cécile Mc Lorin Salvant en concert

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Swing sister swing !

Avec une maturité exceptionnelle, Cécile Mc Lorin Salvant, jeune Aixoise franco-américaine récemment promue lauréate du prestigieux Prix Thelonious Monk, fait corps avec le jazz. Rencontre avec une swingueuse des mots.

Dans son livre Les chanteuses de jazz, le musicien François Billard suppute une « supériorité du chant » par rapport aux instrumentistes. Une primauté prosodique que Cécile Mc Lorin Salvant a faite sienne : « Je pense qu’un chanteur a la chance de pouvoir travailler avec un texte. C’est vrai que c’est ce qui me plaît le plus dans le chant : le texte en musique, l’interprétation. Je ne cherche pas tellement à phraser comme une saxophoniste, même si parfois je m’en inspire, j’essaie plutôt de faire comprendre ce qui se passe dans le texte. » Cécile assume le fait de marcher sur les pas de Bessie Smith, à laquelle les médias américains l’ont comparée pour son côté canaille et, surtout, pour sa voix de poitrine qui renvoie aux fondamentaux du jazz vocal féminin. « J’étudie la musique ancienne au Conservatoire, donc ce qui est considéré comme étant suranné ne m’effraie pas. J’évite de comparer ce que je fais comme répertoire avec d’autres chanteurs, ça me permet de faire ce qui me plaît, ce que je trouve intéressant. Les chansons que je choisis sont, pour la plupart, de vieilles compositions qui sont finalement très rarement jouées. Ce sont les morceaux oubliés qui m’intéressent, pas des standards. » Travailleuse acharnée, cette élève du maître Jean-François Bonnel (responsable de la classe de jazz du Conservatoire d’Aix) s’est mise au jazz il y a trois ans et vient donc de remporter le célèbre Prix Thelonious Monk : « Ce prix me permet d’enregistrer aux Etats-Unis, avec un label là-bas, d’avoir une bourse, et surtout de me faire un réseau. Ce n’était pas un objectif, mais une très belle occasion de rencontrer des musiciens et des chanteurs américains. Ce concours m’a ouvert énormément de portes au niveau des concerts. Certains programmateurs qui n’étaient pas du tout réceptifs avant le concours le sont devenus. Je suis donc d’autant plus reconnaissante envers les personnes qui m’ont programmée avant et qui ont pris un risque, alors que je ne fais pas forcément des choses hype. »

Texte : Laurent Dussutour
Photo : JP Dodel Photography

Le 26/03 (avec Undecided Moaners) au restaurant Le Comptoir L’Oranger (Montée de Célony, Aix-en-Pce) et le 31/03 (avec Paul Pioli et Pierre Fénichel) au Cri du Port (8 Rue Pasteur Heuzé, 3e). Rens. www.cecilemclorinsalvant.com

[22 mar 2011] L’étrange affaire Angelica (Portugal – 1h35) de Manoel de Oliveira avec Pilar Lopez de Ayala, Ricardo Trepa, Filipe Vargas…

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Voyage au bout de l’ennui

Un long plan oblique d’une rue portugaise filmée la nuit, et dont les pavés sont éclairés par quelques lampes alignés : le décor, tout droit sorti d’un vieil appareil photo argentique ou d’un livre de Carlos Ruiz Zafon (L’ombre du vent), est planté. L’étrange affaire Angélica, dernier film de Manoel de Oliveira, peut commencer. Nous y suivons les aller-retours du photographe Isaac entre l’hôtel qui l’héberge, siège de ses rêves et hallucinations, des ouvriers qui bêchent en chantant sous l’œil de son objectif, et la pension de Dona Rosa, mère de la défunte Angélica dont il s’éprend sur son lit de mort. A 102 printemps, Manoel de Oliveira semble de plus en plus affectionner la lenteur dont il fait l’éloge ici, signe possible du temps que se permet de prendre le sage. Le mouvement est donc délaissé au profit de plans fixes, à la limite de la peinture. Des scènes intimistes dans la famille d’Angelica évoquent ainsi un Georges de La Tour, tandis que les paysages en extérieur rappellent par moments un certain Vermeer. Photographie, peinture… les arts visuels sont donc à la fête ici. Cet usage esthétisant de la caméra rythme des journées ordinaires pendant lesquelles les vignobles sont vendangés et les nuits imagées qui sont le théâtre des visions d’Isaac. Hélas, à trop vouloir pousser loin le bouchon de la contemplation, le réalisateur portugais ennuie son spectateur qui aimerait sortir de ce rêve devenant bientôt interminable. La première partie du film ne manque pourtant pas d’attraits. Amoureux d’une époque révolue, où l’on pouvait photographier des ouvriers agricoles à l’œuvre et non des machines, et subjugué par une femme décédée, Isaac cherche sa place dans un présent qui lui est étranger. Cette réflexion subtile, sur la dissociation entre le temps des sentiments et celui de la vie, est malheureusement noyée dans une histoire trop simple à l’esthétique endormante qui ne peut contenter même le plus patient des spectateurs. A vos cafés, prêts, partez.

Guillaume Arias

[22 mar 2011] Short Cuts 277

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Frédéric Nevchehirlian + Bas Böttcher > le 23 à Seconde Nature (Aix-en-Pce)
Ce plateau, dans le cadre du Printemps des Poètes, réunira sur scène deux artistes protéiformes. Marseillais touche-à-tout, Nevchehirlian est aussi bien slameur que compositeur, interprète ou poète. Il s’alliera, le temps d’un « non concert » (comme l’indique le titre de la création), à l’Allemand Böttcher, lui aussi référence internationale du slam, fort d’une carrière d’une quinzaine d’années. Entre les lèvres de tels esthètes, les mots devraient être enchantés.
http://www.myspace.com/nevchehirlian
CT

Otto Von Schirach > le 26 à l’Embobineuse
Petit rejeton diabolique d’une Miami bass gluante et porno, Otto se déguise en super-héros, hurle dans son micro et pervertit l’innocente jeunesse américaine. Son délire carnavalesque construit des ponts entre breakcore, ghetto tech et death metal, un peu à la Venetian Snares (d’ailleurs récemment programmé à l’Embob’ lui aussi)… Un étonnant délire qu’il illustre d’ailleurs à merveille : « Mon grand-père voulait que je devienne acteur, mon père voulait que je ne devienne rien, du coup je suis musicien. »
Magic Triangle (Triangle Hearth)
JSa

The Do > le 27 à l’Espace Julien
Le duo franco-finlandais The Do vient présenter un deuxième album aux tendances indie-pop plus que surprenant. Alternant ballades, chansons rock et même électro, les deux compères ne cessent d’étonner par la multiplicité des genres auxquels ils s’attaquent. La voix de la chanteuse, qui fait parfois penser à celle de Björk, envoûte dès les premières notes. On se laisse bercer par cette musique parfois étrange, mais surtout magique.
Both Ways Open Jaws (Get Døwn!)
CT

Poum Tchack > le 29 et le 30 à Seconde Nature (Aix-en-Pce)
Les Poum Tchack abandonnent leurs sonorités tsigano-russes pour livrer un opus en hommage à la chanteuse Billie Holiday. Taillé pour la scène, Billie, l’album concept, revisite d’ailleurs quelques-uns de ses titres tout en mêlant humour, romantisme et colère dans des ambiances jazz rock. Le sextet livre là des chansons touchantes, un brin swing, qui pousseront jusqu’aux plus néophytes à découvrir et écouter la grande diva du jazz qui les a inspirés.
Billie (La Fondation)
CT

Rature > le 2 à l’Embobineuse
Le chanteur Damien Grange (Chewbacca, Marteau Matraque) revient à Marseille avec un autre projet, et peut-être le plus important. Rature relève de la musique improvisée bien qu’il prenne la forme du hip-hop, loin des clichés du rap de « téci ». Grange crache son amertume de la société qui nous entoure telle une bête traquée, tout en interagissant avec son public. Une proposition littéralement inouïe pour un artiste essentiel de la scène underground lyonnaise.
http://rature.free.fr
JSu

Crocodiles > le 3 au Poste à Galène
Waow, un concert d’indie-rock digne de ce nom à Marseille. Entendez : du neuf, de la sensation qui buzze, du fraîchement débarqué de l’underground US qui ne s’embarrasse jamais trop de venir jouer ici. En l’occurrence, deux types de San Diego, guitares et machines, célébrés ces temps-ci pour raviver un pan du rock anglais du début des 90’s, noisy, poseur et légèrement psyché. Leur nouvel album est excellent, et pour la scène, ça devrait être bien crado, donc parfait.
Sleep forever (Fat Possum)
PLX

Asian Dub Foundation > le 4 au Cabaret Aléatoire
Et pour la quarante-quatrième fois à Marseille, messieurs mesdames, Asian Dub Foundation.
Bon, on sait quelle dimension peut revêtir telle formation métisse et engagée dans une localité comme la nôtre, on garde encore quelques souvenirs émus de concerts bien bouillants chez nos amis du Moulin (qui organisent), mais tout de même, il s’agirait de penser à renouveler un tant soit peu le cheptel. Après, pour remuer du popotin avec un t-shirt imprimé du Che, ça le fait…
A history of now (Cooking Vinyl)
PLX

Kid Congo & The Pink Monkey Birds > le 4 à l’Embobineuse
L’association Le Dépanneur, qui connaît son affaire, avait déjà fait venir le Kid il y a deux ans à l’Embobineuse. Carton plein et file d’attente comme jamais au boulevard Bouès pour célébrer la venue du guitariste chicano, qui fut à la fois un bout du Gun Club, des Cramps et des Bad Seeds, autant dire parmi les seules formations garantes de l’esprit rock dans les années 80. Le mec a cinquante ans, restera garage jusqu’au bout, et très clairement, il nous enterre tous.
Dracula boots (In The Red)
PLX

Cie Nine Spirit & Quatuor Manfred > le 5 au Grand Théâtre de Provence (Aix-en-Pce)
On savait Raphaël Imbert curieux et défricheur, passionné et passionnant. Après Bach Coltrane, le saxophoniste provençal croise à nouveau les influences avec ce concert annoncé sous les couleurs Mozart Duke Ellington. Entre musique écrite et musique improvisée, le Nine Spirit et le Quatuor Manfred tireront le meilleur de ces deux génies, à la fausse légèreté et à l’influence indélébile. Espérons que ce projet donne lieu, comme le précédent, à un nouveau disque !
Raphaël Imbert - Bach Coltrane (Zig-Zag Territoires / Harmonia Mundi)
nas/im

Shout Out Louds + Dondolo > le 5 au Cabaret Aléatoire
Les cinq Suédois de Shout Out Louds délivrent une musique indie pop vitaminée basée sur des mélodies délicates un brin new wave. Ils présenteront leur dernier album, Work, un opus empreint de romantisme et de sensibilité. Les Dondolo défendront la scène marseillaise, sous le label du Cabaret : Division aléatoire. Avec leur musique entraînante et généreuse, « en quête de la pop song parfaite », ils n’ont d’ailleurs rien à envier aux plus grands.
Dondolo - Une vie de plaisir dans un monde nouveau (Division Aléatoire / MVS Anticraft)
CT

[22 mar 2011] Babel Med Music 2011, salon et festival des musiques du monde

Med in Marseille

Sans prendre une ride, Babel Med Music monte dans les tours et fête sa septième édition. Le chant des mondes a trouvé sa voix et son public. Petit aperçu d’un festival qui a su placer l’humain au cœur d’une nouvelle géopolitique musicale. En piste !

Si, pour beaucoup de néo-cultureux, les musiques du monde sont un gage d’ouverture et de mixité, elles sont pour d’autres au cœur même des enjeux patrimoniaux et économiques. On n’écoute pas du maloya comme on fait un don à l’Unicef. Pour vivre, les musiques du monde ont besoin d’être connues et reconnues par le public et aussi (surtout ?) par les professionnels du monde musical. Babel Med Music est né de ce constat et de cette volonté de créer un lieu de rencontre et d’échange pour les programmateurs, directeurs artistiques, distributeurs, journalistes… Mais aussi pour les artistes et le public, sans qui Babel ne serait qu’un marché des musiques du monde et non un véritable festival. C’est peut-être la principale réussite de la manifestation : avoir trouvé la formule pour combiner en un même lieu et une même période un festival original et un marché pour les professionnels de tous bords. Le soir, le Dock des Suds se transforme en salles de concert, accueillant des milliers de curieux pour qui Babel se résume à sa seule partie visible, ou plutôt audible. Plusieurs scènes, plusieurs bars et restaurants… : Babel Med Music a des petits airs de Fiesta, les têtes d’affiche et la cohue en moins. En journée, l’évènement vit au rythme des conférences, des rencontres, des débats, des projections, des remises de prix, des plateaux radio en direct… Le ton est plus posé, les thématiques abordées plus complexes, mais ce sont les mêmes sourires qui animent les rencontres pros de l’après-midi et les soirées festives du Dock. Babel de jour, comme de nuit, respire la décontraction et la sympathie. Une sorte de meilleur des mondes qui réserve à tous, et surtout au public, son lot de surprises, mais aussi de déceptions. Aller à Babel, c’est un peu comme aller aux champignons : on ne sait jamais ce qu’on trouvera, mais on est toujours content d’être allé y faire un tour. C’est la contrepartie logique d’une programmation riche et variée ; avec une trentaine d’artistes invités pour trois soirs de concerts, trois scènes, plusieurs milliers de personnes attendues, Babel joue le jeu de l’ouverture et de la mixité. Des musiciens venus de tous les continents, et même de Marseille : pas besoin de low-coast pour voyager pas cher, Babel est là ! Et comment vous parler de musiciens qui jouent ici pour la première fois ? D’ailleurs, vous conseiller tel artiste plutôt qu’un autre, telle scène ou telle soirée plutôt que les autres, est un pari bien audacieux ; à Babel, les prévisions sont périlleuses. Mais comme on est joueur, on s’y est risqué (voir Les cartes en main ci-dessous), et si nos pronostics égalent ceux de l’année dernière, on ne saurait trop vous conseiller de les suivre. Bonne ou mauvaise pioche, l’essentiel est ailleurs : on sera là pour partager un peu de convivialité et un peu plus que de la musique, car Babel Med mêle intelligemment art et économie, fête et réflexion, éphémère et durable. Vous connaissez maintenant la chanson : Babel des chants, tout le monde l’aime tant…

nas/im

Babel Med Music, salon et festival des musiques du monde : du 24 au 26/03 au Dock des Suds (12 rue Urbain V, 2e). Rens. 04 91 99 00 00 / www.dock-des-suds.org

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Les cartes en main

A l’heure de la légalisation des paris sportifs et du poker en ligne, Ventilo vous annonce la couleur et sort ses cartes maîtresses. Pas besoin de bluff, inutile de relancer : vous tenez ici la combinaison gagnante.

Miquel Gil (le 24)
Avec sa voix éraillée à faire passer Paolo Conte pour ma petite cousine, Miquel Gil joue la carte de la Méditerranée plurielle, de l’Espagne à la Turquie, faisant vibrer son timbre si particulier et sa poésie mélancolique au rythme des traditions métissées de nos beaux rivages. On parie tous nos jetons que vous succomberez, comme nous, au charme de ce brillant Catalan.
www.miquelgil.com

Fedayi Pacha (le 25)
Loin du métissage foireux que nous livrent souvent les combinaisons ethnique/électronique, Fedayi Pacha fait vibrer les musiques orientales au gré des rondeurs et des langueurs d’un dub hypnotique. De la suite dans les idées, de la couleur dans les timbres, du carré dans le rythme, ce jeune producteur français maîtrise l’art de la relance et garde toujours la main. Une main d’acier dans un gant de velours.
www.fedayipacha.net

Juju (le 24)
Il est ici question de paire, mais quelle paire ! Juju, c’est Justin Adams et Juldeh Camara, soit un guitariste anglais de renom, qui a notamment collaboré avec Robert Plant, et un griot gambien joueur de violon et de luth. Une paire d’as ! Une formule imparable, dansante et novatrice. Blues, rock, dub… vos adversaires se coucheront les uns après les autres. Faites monter les enchères, cette partie est pour vous.
www.myspace.com/juldehcamarauk

Sashird Lao (le 24)
Alors là, ça va faire mal ! Ce trio niçois a trouvé la formule entre jazz, électronique beatbox et groove ethnique. Le brelan imparable ! Cela rappelle parfois les belles heures du label anglais Wall of Sound, la touche jazzy et vocale en plus. Leur premier album était une vraie réussite. On attend avec beaucoup d’excitation leur passage à Babel. Un jeune groupe local, mais une valeur sûre, très sûre.
www.sashirdlao.com

Istanbul Sazendeleri (le 25)
Voyage aux sources de la musique orientale « classique » avec cet ensemble turc qui joue dans les hautes sphères de la musicalité. Entre la rareté des pièces jouées (certaines datent du Xe siècle !) et la virtuosité de ses musiciens, Istanbul Sazendeleri fait figure de suite royale. Vous pouvez vous prendre vos aises sur le tapis vert, la donne est parfaite. Personne ne pourra surenchérir.

Blue King Brown (le 25)
Babel s’ouvre aussi aux pulsations urbaines, et on oublie ici les racines et les traditions avec ce Blue King Brown qui fait plutôt dans le groove urbain façon hip-hop/R&B, une sorte de The Roots à la sauce australienne. Cette combinaison n’est peut-être pas la meilleure main que vous aurez pendant le festival, mais elle devrait vous permettre de passer un moment plutôt agréable.
www.bluekingbrown.com

Kabbalah (le 26)
Vous tenez peut-être là le meilleur groupe de scène marseillais. Avec une énergie débordante et un son d’une épaisseur étourdissante, Kabbalah fait vibrer la musique klezmer au rythme des pulsations rock, hip-hop, jazz ou orientales. Avec eux, le folklore juif originel est véritablement entré dans une nouvelle ère. Le groupe possède suffisamment de bonnes cartes dans son jeu pour rafler la mise finale.
www.kabbalah-music.net

[22 mar 2011] Latcho Divano, festival des cultures tsiganes

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Tous les chemins mènent aux Roms

Ils se déplacent avec des poussettes, proposent leurs services sur les marchés et disent lire dans la main que nous ne tendons pas vers eux aux feux rouges. Mais, en dehors de ces clichés et des quelques (bons) films de Tony Gatlif, que savons-nous des Roms ? Comment vivent-ils au quotidien, et surtout dans une société qui les rejette de plus en plus fréquemment ? Latcho Divano nous offre un début de réponse et l’occasion d’en découvrir davantage sur ceux qu’on voit mais qu’on n’ose pas toujours regarder.

Avec pour point d’orgue le quarantième anniversaire de la Journée internationale des Roms, Romano Dives (le 8 avril), la quatrième édition du festival des cultures tsiganes propose un panorama pluridisciplinaire pour se familiariser avec la culture rom, des conférences aux concerts, en passant par des expositions et des projections. L’équipe de Latcho Divano préfère en effet sonner le tocsin plutôt que le glas d’une culture hélas bien mal accueillie sur « nos terres », tout particulièrement depuis l’été de la honte.
Menée tambour battant par l’infatigable Laurence Janner, fondatrice du Badaboum Théâtre, la programmation s’étirera sur deux semaines, d’une conférence éminemment pertinente pendant Babel Med (voir L’événement) à une clôture en fanfare. Temps fort du festival, le Taraf de Haidouks, en formation quintette, promet un delirium tremens à l’Espace Julien. On se laissera aussi porter par les notes festives de Davaï !, du Trio Romano et de la Fanfare Vagabontu. Mais tout n’est pas que musique et fête dans la culture tsigane, la dimension politique articulée à l’artistique étant bien au fondement du projet. Des stages (langue, danse, chant) donneront aussi les outils d’appropriation de cette culture, tout comme l’inauguration d’un centre de ressources à la Maison méditerranéenne des Droits de l’Homme. Ne se contentant pas de dresser un état des lieux de la création artistique rom, les expositions permettront de susciter la réflexion citoyenne sur la présence tsigane en France — ou plutôt son exclusion —, notamment via les photographies de Pierre Louapre. Enfin, la tradition orale étant évidemment d’une importance centrale dans la culture rom, des contes pour enfants au Badaboum et pour adultes à la Baleine qui dit Vagues promettent, avec les Lecturbulences en musique des textes d’Alexandre Romanès (qui parraine le festival), de faire de cette manifestation une occasion festive, mais aussi instructive et militante, de mettre à l’honneur ceux à qui l’on aimerait, pour une fois, souhaiter la bonne aventure…

Texte : Joanna Selvidès
Photo : Contes Tziganes par la Compagnie du Chameau

Latcho Divano, festival des cultures tsiganes : du 24/03 au 9/04 à Marseille.
Rens. 09 52 72 89 28 / www.latcho-divano.com

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