Archives par mois
novembre 2008

[26 nov 2008] Pascal Rannou - Noire, la neige (Editions Parenthèses)

millefeuille-Noire-la-neige.jpgValaida Snow n’aurait pas existé qu’il aurait fallu l’inventer. Son concepteur littéraire breton a pris appui sur sa biographie dans le Dictionnaire du Jazz pour broder un récit de vie autobiographique dans l’univers afro-américain des années 10 aux années 50. Entre Etats-Unis et Europe, Valaida chante, danse, joue de la trompette et baise à qui mieux mieux. Cette métisse croise la plupart des esprits rebelles de la période — des chantres de la Harlem Renaissance aux surréalistes, de Louis Armstrong à Django. Femme libre dans un univers macho, noire réfugiée en Bretagne, résistante déportée à Auschwitz, elle est l’épigone de l’esprit de résistance et de tolérance porté par la Great Black Music. Nanti de solides références historiques, voire ethnographiques, cet ouvrage est une belle invitation au pays des notes bleues. Mention spéciale aux évocations de la féministe black Sojourner Truth et à l’émotion de la complicité avec Boris Vian. Merci à l’éditeur du Cours Julien de proposer enfin un foyer phocéen à Madame Snow !

LD

[26 nov 2008] Franck Tenaille - Musiques & chants en Occitanie (le Chantier)

millefeuille-Musiques-chant.jpgLe renouveau de la musique occitane n’avait pas encore été analysé dans un ouvrage synthétique. Franck Tenaille s’y essaie à partir d’une série de portraits de musiciens et de chanteurs qui ont choisi la culture occitane comme point de départ à leur création artistique. Si les enjeux culturels d’une telle démarche apparaissent clairement — diversité et mémoire, pour faire simple —, l’auteur intègre aussi à son étude une dimension historique pertinente qui tend à faire de la musique folklorique occitane d’aujourd’hui le pendant contemporain des poèmes musicaux des troubadours d’antan. Très bien documenté, le livre nous offre un joli tour d’horizon des musiques du grand Sud qui apparaissent ici bien vivantes et jamais figées. Il n’en oublie pas pour autant un certain langage fleuri et imagé typiquement méridional qui nous donne envie de découvrir les disques de ces poètes souvent méconnus.

nas/im

[26 nov 2008] Pirus & Mezzo - Le Roi des mouches, tome 2 : L’origine du monde (Drugstore)

millefeuille-Le-Roi-des-mou.jpgEric a désormais pour copine Marie, mais il retrouve Sal avec qui le contact passe toujours et fantasme sur Karine, la bien-aimée du vieux Becker. Parallèlement, il doit composer avec le nouveau compagnon de sa mère, avec qui les relations sont explosives… Série chorale, Le Roi des mouches donne tour à tour la parole à ses personnages principaux, chacun étant au centre de l’une des courtes histoires réunies ici. Le récit est fiévreux et il rend compte avec une grande justesse des hésitations, faux-pas et emportements de personnages évoluant à côté de leurs baskets. L’écriture de Michel Pirus, particulièrement aiguisée, nous transporte dans des univers sombres, assez claustrophobiques, auxquels elle apporte une certaine lumière. Il en va de même du dessin de Mezzo, toujours aussi précis, dense et fort, et du très beau travail sur la couleur mené par Ruby.

BH

[26 nov 2008] Simon Andriveau - Le grand siècle, T2 : Benoît (Delcourt)

millefeuille-Le-grand-siecl.jpgVoilà un ouvrage grand public qui convie même le petit à y jeter un œil, et même les deux s’il n’est pas borgne. Comme avec le tome initial — Alphonse —, on se laisse happer sans discontinuité par l’impressionnante qualité graphique (on croirait Simon Andriveau né avec des crayons à la place des doigts), et on se retrouve, ce coup-ci, parfaitement aspirés par l’histoire et par le rythme dense qu’elle nous impose sans forcer. Quarante-huit pages de concentré d’aventures et de rebondissements pendant lesquels on se balade entre les Caraïbes, Alexandre Dumas et Barbe Noire… Construite comme un story-board pour un éventuel long métrage (le journal de bord de Benoît servant de ligne narratrice), cette bande dessinée carabinée emporte tout sur son passage, lecteurs y compris. On n’attend qu’une chose : le volume trois, prévu pour le courant 2009.

LV

[26 nov 2008] Les paumes blanches - (Hongrie – 2007) de Szabolcs Hajdu (Epicentre Films Editions)

dvd-Les-paumes-blanches.jpgHongrois rêver : il y aurait donc un « autre » cinéma, une alternative lumineuse, enfin, à l’hégémonie dépressive et contemplative de Béla Tarr, unique ambassadeur de la cinématographie myagar depuis un demi-siècle. La preuve en est avec Les paumes blanches, troisième long-métrage de Hajdu — le premier dignement distribué de par chez nous. Autour d’une simple histoire, en apparence, de transmission entre deux gymnastes que tout oppose — l’un, devenu entraîneur et passeur, a (mal) grandi dans une Hongrie communiste et rigoriste, l’autre, jeune athlète canadien en devenir, est une tête à claque —, Hajdu brode, sur un joli canevas des contrastes, un récit poignant aux fuites narratives poreuses. Où il est, aussi et surtout, fortement question de solder les « contes » avec un régime totalitaire. Salutaire.

HS

[26 nov 2008] Comme des voleurs (à l’est) - (Suisse – 2006) de Lionel Baier

dvd-Comme-des-voleurs.jpgBaier a de la Suisse dans les idées. Révélé il y a cinq ans via un Garçon stupide aussi sulfureux que loufoque, l’Helvète underground enfonçait le clou il y a un an avec son troisième film en forme de « roots-movie » haletant et barré. Enfin richement édité par Epicentre Films, Comme des voleurs est une expérience cinématographique azimutée, où les protagonistes — quelque part entre la Suisse et la Pologne — dans le refus du surplace et l’urgence du moment, défendent l’échappée belle et l’infraction aux habitudes, au profit de l’imprévu et de l’inconnu. Porté par un casting parfait — duquel surnage la très belle Alicja Bachleda-Curus —, ce journal « extime » emporte tout sur son passage, façon Des racines et des ailes. Ou plutôt déraciné des ailes… de Godard et Tanner. Une très bonne nouvelle.

HS

[26 nov 2008] Les innocents - (GB – 1961) de Jack Clayton (Opening)

dvd-Les-innocents.jpgEntre 1950 et le milieu des années 70, la Grande-Bretagne a généré une quantité astronomique de productions dites gothiques (Black Torment, Le Grand inquisiteur…). Des firmes comme la fameuse Hammer en ont même fait leur cheval de bataille, jusqu’à ce que mort s’en suive. Noyées dans la masse, on retrouve quelques perles, dont Les Innocents. Scénarisé par Truman Capote d’après un roman d’Henry James, superbement photographié par Freddie Francis (qui travaillera longuement avec la Hammer en tant que réalisateur), ce film de fantômes (de fantasmes ?) de Jack Clayton fait immédiatement penser, par la tension qu’il suscite, à La Maison du Diable de Robert Wise. Sans effets spéciaux, sinon ceux — complexes — de la lumière et du décor, Les Innocents frôle sans cesse la folie, flirte avec le malaise, suggérant un trouble amoureux à la limite de la pédophilie. Dense, subversif et saisissant.

LV

[26 nov 2008] L’homme sans mémoire - (Italie – 1978) de Duccio Tessari (Neo Publishing)

dvd-homme_sans_memoire.jpgDans les années 60/70, la capacité des Italiens à s’emparer d’un genre et à l’exploiter jusqu’au détournement forçait le respect. Le giallo — le polar de seconde catégorie — n’y coupe bien évidemment pas. C’est donc sans complexe que le ringard L’homme sans mémoire nous raconte l’histoire abracadabrante d’un magouilleur de haut vol en possession d’un butin énorme et qui, subitement atteint d’amnésie, se voit poursuivi par ceux qu’il aurait trahis sans plus rien y comprendre. On assiste, nous aussi impuissants, à une déferlante de répliques « sensationnelles » mêlées à une compilation de séquences impensables (la scène de fin pseudo hitchcockio-depalmienne mâtinée d’un zeste de Massacre à la tronçonneuse valant à elle seule le détour). Le tout saupoudré d’une musique d’ambiance, de bruitages « made in Cinecitta » et de zooms à n’en plus finir. Y’a de la joie !

LV

[26 nov 2008] Anaïs – The Love Album (Polydor)

galette-Anais.jpgLe voici enfin, ce deuxième album d’Anaïs. Enfin, car depuis que l’on sait qu’il est produit par Dan The Automator (un ponte du hip-hop indé qui a bossé avec Gorillaz), le doute n’est plus permis : la jeune Marseillaise a vu les choses en grand. On le sait : c’est le projet Lovage du producteur californien qui a séduit Anaïs, un disque lascif qui a totalement influencé l’approche de son nouvel album, tant au niveau de la composition (ses délicieux accents 60’s) que du concept (l’amour, un thème de prédilection). Verdict ? Si l’on occulte les textes assez gnan-gnan de la miss et quelques « emprunts » harmoniques parfois gros comme une maison, Anaïs passe le cap du toujours difficile second album en n’étant ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre.

PLX

[26 nov 2008] Abd Al Malik - Dante (Polydor/Universal)

galette-Abd-Al-Malik.jpgAttendu depuis l’immense Gibraltar, qui avait ouvert, avec exigence et érudition, une nouvelle ère du rap français, le troisième opus d’Abd Al Malik confirme, à l’heure du retour façon pétard mouillé de NTM, que l’avenir du hip-hop hexagonal se joue à Strasbourg. Nourri de chanson française, désormais assimilée et digérée par les rappeurs hexagonaux — Joey Starr/Brassens, Kery James/Aznavour —, Dante invente une nouvelle grammaire musicale. Où se télescopent en douceur slam et patrimoine, de Juliette Gréco (sur le duo Roméo et Juliette) à Claude Nougaro (les « r » roulés de Paris mais…), de Serge Gainsbourg (les arrangements « classieux » de Goraguer) à Jacques Brel (le piano mélancolique de Jouannest) : (trans)mission accomplie et tout simplement dantesque.

HS

[26 nov 2008] Megapuss - Surfing (Vapor Records / Naïve)

galette-Megapuss.jpgDerrière ce drôle de nom et cette intrigante pochette se cache le dernier projet de Devendra Banhart. Accompagné par Greg Rogove et Fabrizio Moretti (batteur des Strokes), le leader néo-folk de l’internationale bohème plonge avec délice, cœurs et trompettes, dans le rock le plus raffinée des 60’s et 70’s, pour nous offrir aujourd’hui une magnifique suite de comptines ensoleillées et sucrées dans la grande tradition californienne. Le hippie barbu le plus cool du monde (après Jésus-Christ bien sûr) semble avoir passagèrement oublié la posture hype pour empoigner avec un bonheur communicatif sa guitare en bois et nous conter au coin du feu ses plus belles histoires. Légère et précieuse, la musique de Megapuss est une véritable petite merveille.

nas/im

[26 nov 2008] Chairlift - Does you inspire you (Kanine Records/Differ-Ant)

galette-Chairlift.jpgAvec leurs fringues arty, piquées dans la garde-robe de Bat for lashes et leur nom pas super sexy — « Télésiège » en V.F. —, les Chairlift font d’emblée penser aux MGMT. Et si, comme le duo dingo en provenance de Brooklyn, le trio ne sait pas écrire un morceau sans partir en vrilles, sa musique — onirique, dangereuse et accrocheuse — lorgne plutôt du côté de Feist ou Cocorosie. Sorti l’été dernier, leur premier single, Evident ustensil, sonnait comme un featuring de Björk, des patates en moins dans la bouche, sur un inédit de David Sylvian. Depuis, Caroline Polacheck a jeté au fjord les disques et tics de la naine islandaise et s’est muée, pour ce premier album épatant, en parfaite chanteuse lynchienne, sexy, théâtrale et inquiétante. La classe, quoi.

HS

[26 nov 2008] 100% Dynamite ! Vs Dancehall

galette-100-Dynamite.jpg100% Dynamite !
Dancehall reggae meets rap in New-York City (Soul Jazz Records)
Dancehall
The rise of jamaican dancehall culture (Soul Jazz Records)

Depuis plus de dix ans, chacune des sorties du label Soul Jazz Records ravit aussi bien le grand public que les véritables amateurs de pulsations urbaines vintages. Les deux dernières livraisons de la maison anglaise ne dérogent pas à la règle et mettent l’accent sur le dancehall, cet héritier hybride du reggae jamaïcain et des 80’s digitales. Si The rise of jamaican dancehall culture, complément discographique au livre du même nom, nous offre une vision très roots et instrumentale de ce style, la seconde compilation — 100°/o Dynamite ! — confronte le toast intarissable des Dj’s jamaïcains aux productions synthétiques parfois balbutiantes du hip-hop. C’est frais et dansant, funky dans l’esprit, et un brin nostalgique pour les plus anciens.

nas/im

[26 nov 2008] V/A – Versatile 2008 (Versatile/Modulor)

galette-Versatile-2008.jpgLe label parisien Versatile ne sort pas beaucoup de disques, mais quand il le fait, on n’est généralement pas déçus. Première compilation depuis trois ans, cette cuvée 2008 fait de plus en plus honneur à son nom et ne laisse rien au hasard : tout est bon. Comme Joakim avec Tigersushi, Gilb’R affine au fil du temps la cohérence de son catalogue tout en le diversifiant. Pas une mince affaire… Deep-techno, nu-disco, early house, krautrock, électro-pop, sonorités dark ou acid : les genres se carambolent au fur et à mesure que défilent les morceaux, d’I:Cube (artiste-phare du label) à Zombie Zombie (dernière signature), de Château Flight à Etienne Jaumet (énorme remix du tandem allemand Âme). Une leçon d’éclectisme et de goût, à mettre entre toutes les oreilles.

PLX

[26 nov 2008] Frida Hyvönen - Silence is wild (Secretly Canadian/Differ-Ant)

galette-Frida-Hyvonen.jpgIl est des disques comme cela. Qui intriguent plus qu’ils ne plaisent, qui réveillent en nous une foule de sentiments aussi profonds que contradictoires. Et puis on y revient. On réécoute l’album. Quelque chose nous y pousse. Doucement, presque insidieusement, la voix s’ancre, les mélodies pénètrent. On se met alors, presque en secret, à aimer, puis adorer, ces délicieuses pièces pop dont l’exubérance, la sur-instrumentation, tranche avec le minimalisme de rigueur depuis quelques années. Nul doute, la jeune Suédoise nous offre ici un grand disque, une sorte de croisement heureux entre l’héritage 70’s (Patti Smith, Kate Bush) et le cabaret moderne de Little Annie. Dès à présent, Silence is wild nous fait l’effet d’un incontournable classique.

nas/im

[26 nov 2008] Herself - Homework (Jestrai Records/5ive Roses)

galette-Herself.jpgLa belle et grande histoire de la musique italienne étant ce qu’elle est — des guimauves en sauce d’Eros Ramazotti aux braillements all’arrabiata de Zucchero en passant par les blagues pas drôles de Toto Cutugno, la pasta a toujours été indigeste —, c’est avec circonspection que la rédaction a accueilli la galette de Herself. Quelle ne fut donc pas notre surprise à l’écoute de cet opus folk en diable, petit traité d’agit-p(r)op, aux saillies délicieusement psychédéliques, de constater que l’on peut supporter cet idiot de Materazzi et composer des chansons merveilleuses. Composé de neuf titres évoquant tour à tour l’introspection de Swell, le bricolage de Eels ou la fébrilité de Sparklehorse, Homework vient de nous réconcilier, musicalement, avec l’Italie. Youpi.

HS

[26 nov 2008] Doppler - Song to defy (S.K./Abeille Musique)

galette-Doppler.jpgEn moins de dix ans, Doppler est presque devenu un mythe. Non seulement, le groupe ne se produit jamais en concert par chez nous, mais en plus son premier album est épuisé. Autant dire qu’il faut s’armer de patience et/ou de foi pour avoir la chance d’entendre les Gones. Dieu soit loué, voilà enfin un deuxième opus, histoire de vérifier si leur savoir faire est à la hauteur de la légende. Au service d’un son noisy, comme les groupes lyonnais savent si bien le faire, de l’ancienne génération Deity Guns, à la nouvelle, Banana At The Audience en tête, le trio joue avec les codes du genre : une basse mixée en avant, une guitare acérée, des breaks étourdissants à foison… En passant du calme à la tempête, Songs to defy révèle une intensité à vous filer la chair de poule… Amen !

dB

[26 nov 2008] Liam Finn - I’ll be lightning (Fargo)

galette-Liam-Finn.jpgIl faut être carrément inconscient ou sacrément talentueux pour débouler avec un premier album sobrement intitulé « Je rayonnerai ». Heureusement pour lui, le jeune homme a tout ça dans sa besace, et même plus, puisque la progéniture de Neil, la tête chantante des sous-estimés et néo-zélandais Crowded House, a bel et bien hérité des gênes de son talentueux paternel. Ainsi, vingt ans après Don’t dream it’s over — slow fameux sur lequel tous les garçons de la planète essayèrent d’embrasser leur correspondante — Liam, clairement nourri au biberon Beatles et aussi aux petits pots de son pater, impressionne avec quatorze titres très « ligne claire » où l’on croise les fantômes d’Elliot Smith, George Harrison ou Harry Nelson. Et rayonne déjà.

HS

[26 nov 2008] Quartier libre - Saint Victor

Crier Victor

Dominant la rive sud du Vieux Port, le quartier Saint Victor s’étend autour de la fameuse Abbaye du même nom, offrant l’occasion d’une jolie balade aux curieux, particulièrement aux gourmands.

Lieu de culte et d’activités culturelles (un festival de musique classique y est organisé chaque année), dont on peut admirer les fortifications médiévales depuis le Vieux Port, l’Abbaye de Saint Victor, où l’on peut découvrir la Vierge noire dans les cryptes, offre une vue imprenable sur l’entrée du port, les forts Saint-Jean et Saint-Nicolas et la Cathédrale de la Major. Tout autour de l’Abbaye, le quartier fourmille de commerces et de lieux de vie, regorgeant d’adresses qui raviront particulièrement les gourmets. Au carrefour du boulevard de la Corderie, de l’avenue de la Corse et de la rue d’Endoume, l’immense pâtisserie boulangerie Mandonato (voir ci-contre) est devenue une véritable institution pour les Marseillais. On peut commencer sa balade gourmande en descendant la rue d’Endoume, en prenant « la Clé des Champs » pour s’approvisionner en délicieux fruits et légumes de saison ou en faisant un détour par la Fiorentina, une épicerie fine pour faire le plein de bons produits italiens (huiles d’olive, pâtes fraîches, fromages, charcuterie…). Pour se restaurer, on pourra s’arrêter à la Vellada pour y déguster une pizza « entre amis » ou manger sur le pouce au fast-food asiatique Perle d’Asie. Après un « détour » par l’incontournable Four des Navettes (voir ci-contre), on ne manquera pas d’aller profiter de la chaleureuse ambiance du Café de l’Abbaye, charmant petit bistrot qui ne désemplit pas depuis son ouverture en 2004. En remontant sur la gauche, la petite rue de l’Abbaye, qui ne figure même pas sur tous les plans de la ville, mérite pourtant un passage : on y trouve le comptoir des peuples, Pangea (voir ci-contre), ainsi que la boutique de design rattachée au Centre Design Marseille et à la Boutique du Chocolat (voir ci-contre). En remontant vers l’avenue de la Corse par la rue du Commandant Lamy, on pourra faire une pause bucolique au petit Square Berthie Albrecht, situé à côté de la maison où a vécu Paul Valéry.
Le « haut » du quartier, prenant place autour de la place Joseph Etienne (qui rejoint Notre Dame de la Garde par les Lices), n’est pas en reste de bonnes adresses. Après avoir fait le plein de thés, de cafés et de confiseries à la Torréfaction Noailles et fait préparer un superbe bouquet chez Côté Fleurs, on ne manquera pas de choix pour manger : succulentes salades chez Merci Qui ? (qui fait également salon de thé et glacier), sushis et mets thaï sur la mini terrasse de J’adore les sushis ou pause sandwich au Fournil des Remparts qui, sans faire de l’ombre à l’immense Mandonato, propose d’excellents produits. Pour finir la promenade, on s’arrêtera boire un verre au soleil sur la grande terrasse de la Brasserie le Saint-Victor, ou on profitera de l’ambiance typique de la Relève, une toute petite brasserie qui, si elle ne paie pas de mine, révèle tous les charmes d’un vieux quartier ô combien chaleureux.

CC (avec Nas/im)

st-victor.jpg

La boutique du chocolat / Centre Design Marseille / Designbox
Dans son antre de l’avenue de la Corse, Jacqueline Régis réussit le pari de mêler nourritures terrestres et spirituelles. L’ex-madame Mistre a en effet réinstallé l’affaire familiale au sein de sa galerie, perpétuant les recettes de feu son mari, le célèbre chocolatier créateur des boutiques Amandine. Avant de flâner parmi les œuvres exposées dans l’élégant espace du Centre Design, on pourra ainsi faire le plein de petits plaisirs sucrés (chocolats bien sûr avec une trentaine de variétés au choix, marrons glacés, fondants…), mais aussi de thés, d’épices ou d’alcools au packaging s(o)igné par des designers. « En bas », côté rue de l’Abbaye, Antoine Lazerges vous accueille quant à lui dans sa boutique de design aux allures de caverne d’Ali Baba, où l’on pourra trouver pléthore d’objets fonctionnels et/ou décoratifs.
La boutique du chocolat / Centre Design Marseille / Designbox, 6 avenue de la Corse / 3 rue de l’Abbaye, 7e.
Ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 19h.
Rens. 04 91 54 08 88 / www.designmarseille.org

Boulangerie Pâtisserie Saint Victor (Mandonato)
C’est une évidence pour ceux qui la fréquentent ou la découvrent : la meilleure boulangerie de Marseille est à Saint Victor. A l’angle de l’avenue de la Corse et de la rue d’Endoume, la maison Mandonato (Sauveur, puis Richard, et maintenant Gregory) égaye les tables marseillaises depuis 1956. L’histoire de famille est aussi une histoire de bon goût. Si le service traiteur, les glaces, les chocolats et les pâtisseries y sont irréprochables, les pains et les viennoiseries frôlent la perfection. Avec ses pains spéciaux (cacao, tomate/basilic… que des merveilles !), l’artisanat classique du boulanger se mue ici en un véritable travail de recherche et de création. Mandonato, c’est de la poésie racontée avec de la farine, des œufs et du sucre.
Boulangerie Pâtisserie Saint Victor Mandonato, 2 avenue de la Corse, 7e.
Ouvert tous les jours (sauf mardi) de 6h30 à 20h30.
Rens. 04 91 33 23 02


Four des Navettes

Une délicieuse odeur de fleur d’oranger nous happe dès l’entrée. « La plus ancienne boulangerie de Marseille », comme l’annonce sa devanture, accueille depuis 1781 les « pèlerins » venus des quatre coins de Marseille, de France et d’ailleurs pour goûter les célèbres navettes (que l’on peut désormais aussi se procurer sur Internet), dont la recette ancestrale se transmet jalousement depuis trois générations de propriétaires. Si la boutique fait le plein pendant les fêtes de la Chandeleur (la tradition veut que le 2 février, l’Archevêque de Marseille vienne bénir le Four en présence du Maire et d’autres personnalités de la ville), elle ne désemplit pas le reste de l’année, où l’on se bouscule pour acheter le fameux biscuit « porte-bonheur » en forme de barque, ainsi que les traditionnelles pompes à huile, autres spécialités de la maison.
Four des Navettes, 136 rue Sainte, 7e.
Rens. 04 91 33 32 14 / www.fourdesnavettes.com

Pangea, Comptoir des Peuples
C’est une invitation au voyage à laquelle nous convie Christelle Olimé depuis trois ans au sein de sa boutique-galerie en duplex, sise dans une ancienne écurie du cloître de l’Abbaye. Dans une ambiance chaleureuse aux couleurs de l’Amérique du Sud, on y dénichera une multitude de trouvailles en provenance directe du Chili, d’Equateur ou du Mexique, des produits issus du commerce équitable ou encore les créations d’artisans « voyageurs » locaux (les Jnoun, Mes gris-gris, Valérie Mandine…) : tissus, vêtements, accessoires, bijoux, livres, thés, épices, savons… Une sorte de musée ethnique contemporain donc, qui permet de « consommer autrement », en luttant contre l’uniformisation ambiante, mais aussi d’aller à la rencontre d’autres cultures, en jetant un œil aux expositions dépaysantes proposées à l’étage, où sera bientôt inaugurée une agence de voyages équitable.
Pangea, Comptoir des Peuples, 1 rue de l’Abbaye, 7e.
Ouvert du mardi au samedi de 10h à 13h & de 14h à 19h et le lundi de 14h à 19h. Ouverture spéciale sept jours sur sept de 10h à 19h à partir du 10/12.
Rens. 04 91 33 64 13

[25 nov 2008] Aires de repas - Le moment

L’art de la transformation

Nouvelle adresse incontournable de la gastronomie marseillaise, le restaurant Le Moment nous propose une vision véritablement moderne de la cuisine de qualité.

resto-Le-moment.jpgLe lieu est nouveau, la décoration à l’avenant. De larges baies vitrées nous dévoilent, sur deux étages, un mobilier classieux et moderne. Contemporain sans être tape-à-l’œil, spacieux sans être froid, le restaurant a tout pour séduire. Il joue la carte de la transparence : de grands luminaires pendent au plafond, on peut apercevoir une grande cuisine à travers le plancher vitré, rien ne clôt l’espace. De larges murs chaudement colorés participent à cette impression : tout semble être fait pour que les clients se sentent à l’aise et passent un moment délicieux.
Si le cadre est raffiné, comment qualifier les plats qui nous sont servis ? Sublimes ? Aventureux ? Ludiques ? Un peu tout cela à la fois… Nous touchons ici à une certaine avant-garde culinaire, à une expérience gustative plutôt rare. Le chef — Chistian Ernst — nous avait prévenus : « Je ne vais pas vous dire que vous allez bien manger, car bien manger, c’est le minimum ! J’essaie de transformer le bon en très bon. Je ne travaille qu’avec des produits de grande qualité, avec une équipe qui partage le même souci du détail et la même exigence que moi. De la cuisine au service, on veut donner une belle idée de notre lieu et de notre métier. » Et quand Christian parle, on le croit. Tout en lui respire la précision et la passion. Et le talent aussi. Cet ancien finaliste des championnats de France de pâtisserie va en effet recevoir sa première étoile au Guide Michelin l’an prochain. Une distinction qui le place déjà, malgré son jeune âge (trente-six ans) dans la catégorie des grands chefs. Et il suffit de dérouler le menu pour s’en convaincre. Noix de Saint-Jacques aux agrumes et fruits rouges en amuse-bouche, raviolis de moule, crème brûlée à la poutargue coiffée de poisson séché en première entrée, lasagne de crustacés, tuile au pamplemousse et œuf de caille mollet en seconde entrée… La succession de ces trois plats à l’esthétique aussi soignée que le goût nous en dit déjà beaucoup sur le restaurant et son chef. Celui-ci joue autant avec les saveurs que les textures ou les couleurs. Le Moment est véritablement un lieu de création d’art contemporain. Pour suivre — et aussi pour vous donner envie de goûter par vous-même aux merveilles de l’artiste —, nous n’évoquerons ici que le turbo au champagne et sa poilée de champignons au citron confit, le pot-au-feu de foie gras et sa glace au clou de girofle (étonnant !), ainsi que les magnifiques variations autour du chocolat (excellent !) ou la version très moderne du banana split. Ajoutez à cela les conseils d’un sommelier, un service irréprochable et un accueil vraiment sympathique, vous obtenez ainsi une des plus belles adresses marseillaises avec un rapport qualité/prix rare dans le milieu de la gastronomie. Comme Le Moment ne fait pas les choses à moitié, il propose aussi un service traiteur, ainsi qu’un point de vente à emporter le midi avec des prix n’excédant pas 10 € ! Si vous voulez découvrir les secrets du maître des lieux, il organise le samedi matin des cours de cuisine ouverts à tous avec des sessions thématiques (foie gras, cuisine moléculaire…) qui reflètent parfaitement les tendances novatrices et subtiles du restaurant.

nas/im

Le moment, 5 place Sadi Carnot, 2e.
Tous les midis et du mercredi au samedi soir
Rens. 04 91 52 47 49 / www.lemoment-marseille.com

[25 nov 2008] Archipélique au [mac], Musée d’art contemporain

Bel archipel-mêle

Le [mac] prend un coup de jeune : une quarantaine d’étudiants des Beaux-Arts de Luminy s’est installée dans un îlot sans thématique, à deux pas de la collection permanente.

expo-ARCHIPELIQUE-Svenja-We.jpg« L’art est un cheminement studieux vers une école buissonnière », disait Robert Mallet. Ici, sous la brillante impulsion de Florence Ballongue (chargée de communication à l’ESBAM), nos artistes fraîchement diplômés ont pu se frotter à l’expérience muséale collective avant de prendre leur envol. Ils ont fait leurs nids dans cinq salles successives, encadrés par leurs enseignantes, Anita Molinero (sculpteur) et Lise Guéhenneux (designer), assistées par Luc Jeand’heur.
Ce très bon cru, aux intentions hétérogènes, mais dont les matériaux forts et sensibles trouvent une cohérence à travers les accords formels orchestrés par l’œil expert d’Anita Molinero, nous réserve une multitude de réalisations singulières autour de l’altérité, de la culture urbaine, résiduelle ou poétique. On a particulièrement aimé, entre autres, les portraits énigmatiques de Frédéric Neu (aux formats aussi variés que ses techniques sont mixtes), les sérigraphies anatomiques de Kim Cousinard, la bûche soufflante de Roberto Verde, les peintures (médaillons canins et baraques à frites) d’un Vincent Drouhot maniant l’autodérision aussi bien que l’ironie, ou encore les installations de Svenja Weber et de Martin Aullas… En piétinant avec jubilation la vidéo projection interactive Modélisation intuitive de la ville 2.0, on est immergé, par le biais d’une cible numérique avec capteurs de mouvements, au cœur de la frénésie ou du calme de la métropole. Outre la conception, Lei Zhao s’est chargé de capter des images de Marseille et de sa cité natale chinoise — visions qui nous ramènent à un statut de promeneur certes enclavé dans une technologie progressiste, mais libre de ses choix directionnels. Des projets d’architecture à la fois utopistes et pragmatiques, dans La ville réactive d’Ekaterina Ustinchenko, s’amusent à creuser l’adaptabilité et la modularité. Jennifer Fréville, designer en herbe, sillonne quant à elle des territoires tout en finesse, inspirés de motifs végétaux : son papier peint Histoire naturelle et son impression sur coton (constellée d’excroissances cousues) intitulée La chair, qui viennent englober le fauteuil de Charles Eames, rappellent la douceur d’un cocon retrouvé.
Malgré quelques imprécisions, souhaitons que ce bain de jouvence au sein du vivier artistique devienne une institution annuelle afin d’en pérenniser encore davantage la visibilité publique.

Texte : M. Nanquette-Querette.
Photo : Eric PASQUIOU

Archipélique. Jusqu’au 11/01/09 au [mac], Musée d’art contemporain (69 avenue d’Haïfa, 8e). Rens. 04 91 25 01 07

[25 nov 2008] Guy Limone – Entre Nous aux Ateliers d’Artistes de la Ville de Marseille

Limone, un zeste

Surnommé « l’artiste statisticien », Guy Limone affiche ses couleurs aux Ateliers Boisson. Répondant à l’invitation de l’association du Château de Servière, il nous convie à un tête-à-tête, juste Entre Nous

Expo-Guy-Limone.jpg« En 2006 la chine produisait 38 % de la production mondiale de charbon ! » Entre cet énoncé aux accents dramatiques et les petites figurines alignées en rang d’oignons, on ressent comme un décalage en pénétrant dans l’univers ironique de Guy Limone. Rire du banal, sourire du grave nous ramène vers ce à quoi nous devenons imperméables : l’échange.
Dans la série des statistiques, les personnages en plastique sont moins là pour illustrer le douloureux constat énoncé par le titre que pour nous rappeler à quel point il est difficile de retrouver l’individu perdu dans la masse. Individus minuscules et anonymes qui s’animent en bandeaux, triés par couleurs, par âges ou par accessoires… Si, pour évaluer le monde, Guy Limone a souvent recours à des outils de mesure sociologiques un peu barbares — sondages, statistiques, densité —, l’incongruité entre le fond et la forme sert sa démarche. Entre nous nous interroge sur nous-même mais surtout sur les autres. Ceux qui ne sont pas comme nous, mais qui pour autant ne s’avèrent pas très différents.
Pour la première fois, Guy Limone montre les vidéos issues de ses « collaborations » avec des publics captifs. Depuis longtemps, l’artiste sonde les pensées de l’autre, ses images, ses représentations, ses paradigmes. Ces collaborations où l’artiste se met en retrait et laisse la part créative à l’autre font pourtant partie de son œuvre et de sa recherche. Elles renvoient inlassablement aux mêmes préoccupations : sociales, sociologiques, humaines et artistiques. Quel est le rôle des artistes ? A quoi l’art peut-il leur servir ?
La vidéo Du jaune, du jaune, du jaune, dans laquelle l’artiste tente de réhabiliter cette couleur dans l’histoire de l’art, illustre les questions formelles de son œuvre. Car Guy Limone est peintre même s’il n’a plus touché un pinceau ou un châssis depuis longtemps. La couleur reste, dit-il, sa règle de base. Le peintre s’est posé les mêmes problématiques que l’art dans les années 60 autour du support, de la forme, du plan ou de l’espace, de la couleur, pour arriver aux mêmes conclusions que Franck Stella1 : la forme couleur. Malgré un goût pour l’anecdote, on sent chez Guy Limone un sérieux penchant pour l’art minimal, rattachant son travail à celui d’un François Morellet2. Un goût similaire pour les titres facétieux (Répartition aléatoire de 40 000 carrés, 50 % gris clairs 50 % oranges), un évident sens de l’humour, une affection pour les chiffres auxquels on peut faire dire tout et n’importe quoi, mais qui paradoxalement restent nos repères les plus précis.
De Tony Cragg à Morellet en passant par les accumulations des nouveaux réalistes, Guy Limone pioche dans l’Histoire de l’art et y apporte sa touche. Trop rarement à Marseille peut-être.

Céline Ghisleri

Guy Limone – Entre Nous : jusqu’au 20/12 aux Ateliers d’Artistes de la Ville de Marseille (11-19 Bd Boisson, 4e). Rens. 04 91 85 42 78

  1. Artiste peintre américain, considéré comme un précurseur du minimalisme ainsi qu’un des principaux représentants de l’Op Art avec Joseph Albers. []
  2. Artiste contemporain français, peintre, graveur et sculpteur, considéré comme l’un des acteurs majeurs de l’abstraction géométrique de la seconde moitié du XXe siècle et un précurseur du minimalisme. []

[25 nov 2008] Two Lovers - (USA - 1h50) de James Gray avec Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow, Vinessa Shaw…

La nuit leur appartient

cine-Two-Lovers.jpgLa surprise est d’autant plus belle qu’on ne l’attendait pas si tôt. Après avoir poli trois diamants de cinéma en treize ans (Little Odessa, The Yards et La Nuit nous appartient), James Gray n’a pris qu’une petite année pour déposer au pied de son spectateur ce superbe Two Lovers. Comme si le désir de faire du cinéma devenait aussi fragile que la marche funambule de Joaquin Phoenix dans les premiers plans du film. Pourtant, jamais la caméra de Gray n’a semblé si apaisée face au renoncement perpétuel qu’elle filme. Two Lovers se joue sur un faux-rythme, attaché au superbe corps de son interprète principal. Omniprésent, à la fois massif et empreint d’une indescriptible fragilité, Joaquin Phoenix offre au film ses plus beaux plans (dans un restaurant chic) et ses plus belles scènes (sur un toit ou sur une piste de danse), ultimes cadeaux au cinéma américain. Ailleurs, cela pourrait suffire, mais il y a bien plus. Le style minéral de Gray atteint ici un accomplissement qui ne laisse pas de nous émerveiller. Two Lovers est hanté par la famille, le deuil et l’héritage comme l’étaient ses précédents films, mais semble apte à les dépasser, à grandir avec. Le brillant balai d’amorces, de masques et de décadrages que le cinéaste orchestre lors d’une des premières séquences sur le toit en constitue un exemple évident ; Gray et ses personnages font désormais face à l’âge adulte, celui où on pleure son innocence dans les bras d’une femme au regard doux (la sublime Vinessa Shaw). De l’amour, Two Lovers ne retient finalement que les détails (une paire de gants, des cicatrices), signes avant-coureurs de l’échec passé ou à venir. L’inestimable beauté classique du film s’en trouve décuplée.

H. V. Bakshi

[25 nov 2008] Laterna Magica dans divers lieux de la ville

Comme une image…

Pour sa cinquième édition, le festival Laterna Magica met en lumière les divers aspects d’un art visuel moderne, frondeur et ludique. Pour les grands et les petits.

cine-Panique_au_village.jpgSi Laterna Magica se démarque aisément des autres festivités liées à l’image, c’est peut-être parce que les activistes de Fotokino utilisent toujours le mot « image » au pluriel. Projections, expositions, ateliers : c’est l’image dans sa diversité qui est ici interrogée, qu’elle soit arrêtée ou en mouvement, dessinée ou projetée. Si, de prime abord, la programmation de cette cinquième édition semble être une jolie compilation anarchique de la production visuelle contemporaine, se dessinent en creux les contours d’une certaine conception du récit qui fait toujours prévaloir l’artisanal sur le spectaculaire, la poésie sur la rhétorique, et l’humour sur le sérieux. Ce que l’on retrouvera à travers l’exposition de dessins allant de l’abstraction moderne de Jochen Gerner aux affichistes tchèques des années 60/70, en passant par les sérigraphies faussement naïves de Blexbolex. Du côté du grand écran se côtoieront films inédits et plus anciens, raretés et classiques trop peu diffusés, courts et longs, animations, fictions et documentaires… Bref, un petit condensé d’éclectisme, d’humour et de poésie mêlant le génial Méliès aux irrésistibles aventures de Panique au village — série d’animation belge créée par Vincent Patar et Stéphane Aubier —, qui réussit avec un peu de pâte à modeler et beaucoup d’imagination à créer un univers totalement loufoque et véritablement attachant. La réussite de Laterna Magica est de proposer des projections qui intéressent petits et grands, novices et amateurs ; comme si nous pouvions tous retrouver le plaisir premier de voir et d’apprécier des images. En évitant les pièges trop souvent tendus de la conceptualisation ou de l’infantilisation, Laterna Magica déposera un peu de poudre magique dans huit lieux de diffusion marseillais. C’est Noël avant l’heure.

nas/im

Laterna Magica : du 3 au 21/12 dans divers lieux de la ville. Rens. 09 50 38 41 68 / www.fotokino.org

[25 nov 2008] Festival Tous Courts 26e éditions

Courts toujours

Pour sa vingt-sixième édition, l’incontournable Festival Tous Courts nous invite au voyage : gros plan sur une programmation prometteuse.

Le cinéma est source de voyage. Ses images, ses histoires, ses atmosphères sont autant d’incitations à s’évader, à découvrir de nouvelles contrées, de nouvelles pensées. Il constitue aussi une source de dépaysement où un monde inédit s’ouvre à nous : celui du réalisateur.
D’hier à aujourd’hui, de l’Europe à l’Asie, le Festival Tous Courts nous permettra ainsi de découvrir, outre la dizaine de programmes en compétition, un panel de courts-métrages ayant marqué la vie de professionnels du cinéma, établissant ainsi leurs « Carnets de voyages ». Autre destination, mais de nature plus psychologique : celle du voyage dans l’intimité des réalisateurs. Ils se mettent à nu, dans la programmation « Cinéma Aixpérimental : le journal intime », dévoilant leur quotidien, leurs souvenirs, leurs questionnements….
Cette année encore, le festival jouera la carte de la démocratisation d’une catégorie du septième art à la recherche d’une plus grande reconnaissance. Ainsi, il sera question, durant une semaine, d’un foisonnement d’activités de découverte, d’ateliers pratiques pour petits et grands, de conférences et d’une exposition dans le réseau de bus aixois.
Les festivités débuteront par un concert de Martin Rappeneau et prendront fin par la distribution des récompenses ; entre temps, les plus cinéphiles auront pu, lors d’une Nuit du Court dédiée aux réalisatrices, découvrir ce qui les font vibrer.

Lauren Laubenberger

26e festival Tous Courts : du 1er au 6/12 à Aix-en-Provence.
Rens. 04 42 27 08 64 / www.festivaltouscourts.com

[25 nov 2008] Damages

serie-Damages.jpgAubaine ou malédiction, Glenn Close a toujours été abonnée aux rôles de salopes. Salope chaudasse dans Liaisons fatales, salope enfarinée dans Les liaisons dangereuses, salope canine dans Les 101 dalmatiens, salope végétative dans Le mystère Von Bülow, l’actrice a passé quinze ans à décliner la salope dans tous ses états et pourrir la vie de tout le monde au cinéma. Indésirable sur grand écran depuis 2000 — Hollywood n’aime pas les vieilles salopes —, elle fait désormais les beaux jours du petit écran en guest star revêche et roide, où ses qualités ès salope ont fait récemment le bonheur des fans d’A la Maison Blanche et The Shield. Une telle permanence et régularité dans la saloperie se devait d’être consacrée : c’est chose fait avec Damages, formidable écrin noir et série judiciaire cruelle où Glenn Close en impose, encore et toujours, en pasionaria du barreau qui n’aime rien tant que briser des hommes d’affaires véreux. Mais pas que. Aussi à l’aise en avocate harpie qu’en patronne retorse et manipulatrice, la « charmante » et omnipotente Patty Hewes n’éprouve également aucun scrupule à instrumentaliser sa propre équipe — la jeune avocate Ellen Parsons l’apprendra à ses dépens. Aux antipodes de séries juridiques chorales et romantiques comme Ally McBeal ou Boston Justice de David E. Kelley, Damages appuie là où ça fait mal, démontrant par l’absurde que la profession d’avocat, cette salope, est un combat de tous les instants, sur tous les fronts — extérieurs (pas de pitié pour la partie adverse) et intérieurs (aucun cadeau envers ses collègues). Et floute, à l’instar des schizophréniques Vic Mackey, Tony Soprano ou Jack Bauer, la frontière entre le bien et le mal. Créée par Todd A. Kessler, fameux scénariste des Soprano, la série lancée l’été dernier avec succès par la chaîne câblée FX s’est vue offrir une seconde saison qui débutera pour la plus grande joie de notre commercial barbu, accro à la perversité botoxée de Patty Hewes, début janvier. Pour un nouveau (Close) combat…

Henri Seard

[25 nov 2008] Our body / A corps ouvert au Palais des Arts

La mort leur va si bien

Our body / A corps ouvert
s’installe au Palais des Arts1. Avis aux vrais amateurs de yaourts, l’exposition la plus controversée2 de France (avec de vrais morceaux de morts dedans) débarque enfin à Marseille.

our-body-Soccer.jpgA l’origine était la plastination3, procédé de conservation mis au point par le docteur Gunter Von Hagens (voir encadré) permettant une conservation et une mise en situation du corps encore jamais atteinte depuis l’Egypte ancienne. On allait pouvoir faire sortir les cadavres des labos de facultés de Médecine, aérer les macchabées des caves du CNRS, exhumer les gisants des dépositoires : le mort était enfin devenu fréquentable.
En dehors du génial et germanique scientifique, deux ou trois sociétés à travers le monde sont habilitées à fournir le « matériel » nécessaire à ce genre d’expo au contenu si particulier. Celle proposée à Marseille est le fruit de la collaboration entre le producteur Pascal Bernardin, plus généralement connu comme organisateur de concerts pharaoniques (Bob Marley au Bourget et Michael Jackson au Parc des Princes, c’était lui, Madonna au Parc de Sceaux avec Chirac et la petite culotte, c’était encore lui !), la société d’architecture Beckmann-N’Thepe pour l’aspect scénographique et muséographique et une société 100 % chinoise fournissant les corps également 100 % chinois. Au bout du compte, une expérience aussi fascinante et instructive qu’étrange et dérangeante…
La visite s’articule autour de six salles explorant tour à tour les différents systèmes : nerveux, musculo-squelettique, digestif, uro-génital, cardio-vasculaire et respiratoire. Chaque fois, le principe est le même : une série de vitrines nous présente les organes afférents sous formes de pièces détachées. Au centre de l’espace, sur des piédestaux, des corps mis en situations diverses et variées (du joueur de foot au joueur d’échec en passant par le tireur à l’arc), soumis au traitement approprié (dissection, coupe longitudinale ou sagittale, écorchage, éviscération, etc.) nous offrent une vision de la machine humaine en action. Une riche iconographie, un dispositif informatique (Microworld) zoomant au niveau cellulaire ainsi qu’une mise en parallèle d’organes et de tissus sains avec leurs pendants pathologiques complètent intelligemment le dispositif.
Et c’est vrai que le résultat est confondant : une approche du corps longtemps réservée aux seuls professionnels de la santé, médecins légistes ou encore tueurs psychopathes.
Sous l’angle scientifique et didactique, il n’y a pas grand-chose à dire et les réactions des visiteurs s’avèrent plus que positives, voire émerveillées. L’aspect éthique semble quant à lui poser plus de problèmes ou pour le moins soulever quelques interrogations. Donner son corps à la science afin que de joyeux carabins puissent faire plus ample connaissance avec la rate, le pancréas ou s’exercent aux blagues les plus hilarantes (celle des testicules dans le sac à main restant incontestablement ma préférée) est admis de longue date et ne saurait poser problème : Gula et son molosse4 ont rendu tant de services à l’humanité qu’il serait mesquin de leur refuser quelques menus sacrifices. Mais peut-on donner son corps à l’art ? Et d’ailleurs, le fait de faire jouer un cadavre de Chinois avec un magnifique et flambant neuf ballon de football, est-ce de l’art ? En tout cas, il faut avouer qu’au niveau conceptuel, Our body ramène tous les cadors du happening au rang de boy-scouts de l’art contemporain. Mais laissons de côté le trouble métaphysique version « Hamlet chez les morts-vivants » qui pourrait parfois légitimement envahir le visiteur lambda, le plus troublant reste encore le caractère non moins lambda des êtres humains ainsi scénarisés : aucune information ne nous est proposée quant à leur identité, origine, provenance, voire quant à l’éventuelle acceptation de leur vivant de se faire plastiner et exhiber de la sorte. Etrange sensation de face à face avec un autre soi-même ramené au rang de médium didactique, voire d’objet d’art.
En ces temps où l’homo economicus ressemble de plus en plus au singe qui a trouvé un vieux haut-de-forme et que Paul Nizan recommandait déjà de détruire, conclusion salutaire d’Emma, jeune visiteuse anonyme qui nous donne son appréciation dans le livre d’or mis à la disposition des visiteurs : « Bravo, mais c’est un peu bizarre de voir des gens coupés en rondelles. »

Laurent Centofanti

Jusqu’au 29/12 au Palais des arts (Parc Chanot, 8e).
Ouvert tout les jours
Tarifs : Adulte 15 € (!) Etudiant 13,50 € (!!) gratuit pour les moins de 3 ans (!!!)

GvH_swimmer.jpgGunter Von Hagens
Né en 1945, inventeur de la plastination, professeur aux Beaux Arts de Berlin et à l’Université de médecine légale de Heidelberg, « Herr Doctor » est un peu à l’anatomie ce que le bon docteur Folamour est à l’atome. Sa série d’expositions de « plastinés » va des présentations les plus rigoureuses aux mises en scènes les plus délirantes (parfois Frankeinstein, mais souvent junior). On vous conseille à ce propos la visite particulièrement savoureuse de son site officiel : http://www.bodyworlds.com/en/exhibitions/current_exhibitions.html


En corps

Présenté conjointement par le Merlan et l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille, « Le corps transparent » se matérialise — sous toutes ses formes —, permettant de faire le plein des sens.

Xavier-Lucchesi-Picasso.jpgChacun spécialiste en sa matière — le médecin, l’artiste — pour la même matière : le corps. Seule preuve de notre existence, le corps est ce support sans lequel, chose inimaginable et divine, il n’y aurait que de l’être. Dans le cycle thématique proposé ces jours-ci, la notion de transparence semble articuler les différents projets, exprimés dans des champs disciplinaires artistiques variés : écriture, cinéma, théâtre, danse, arts plastiques, musique.
Entendre des écrits guidés par Geneviève Vincent, écrivain (mais non vaine), dans le cadre d’une restitution d’ateliers organisés en amont par le Merlan et réalisés à partir d’images d’intérieur de corps, parfois sous forme de gravure du XVIIe siècle ou encore sous forme de radiographie.
Voir des documentaires sélectionnés par Jean-Pierre Rehm, délégué général du FIDMarseille, qui reprend à son compte une conception deleuzienne du cinéma en « mélangeant des films de corps à des corps de films », notamment The girl with X-ray eyes de Philipp Warnell.
Dans le domaine des arts visuels, on pourra aussi assister à une conférence autour des œuvres de Xavier Lucchesi qui utilise depuis dix ans la radiographie comme medium et s’est fait notamment connaître pour ses œuvres à partir de celles de Picasso passées au rayon X : un choix d’artiste qui joue comme une évidence, et une curiosité à (re)découvrir absolument.
Sentir. Des corps transparents, des corps cachés. Pour Marion Baë, artiste chorégraphe, la notion de transparence s’est articulée à celle de l’intimité. Poser les éternelles questions qui se jouent en scène : comment donner à voir le ressenti sur scène ? A quel endroit la matière support, le corps de l’interprète, intervient-elle sur l’intention exprimée, nécessairement cérébrale puisque mise en mots ? C’est ce que questionne la performance Petit Traité d’artnatomie sur le squelette (vivant), conçue entre autres autour des textes d’Henri Michaux, et en lien avec la pratique du Body Mind Centering. A l’origine américain, et bien connu des danseurs, le BMC intéresse en fait tous ceux qui veulent comprendre un peu mieux comment les différents systèmes du corps (squelettiques, musculaires, liquides organiques et neuro-endocriniens) induisent une certaine qualité de mouvement.
C’est aussi cette question de l’intimité que pose différemment, et à contre-courant, François Cervantès, dans une exploration de plateau conçue davantage comme issue du théâtre que théâtrale. Avec la complicité de quatre acteurs, sans texte, sans intrigue, Ne respirez plus est un projet animé par le doute de la primauté de la perception sur le ressenti.
Sur le plateau encore, d’après une libre interprétation du Voyage Fantastique de Richard Fleischer, Erikm propose Vacuum, une exploration sonore qui nous invite à une implication physique parce que sonore et spatiale sur cet « organisme inconnu et mythique » : la scène, à parcourir.
Temps fort de ce cycle thématique, des conférences, menées en synchronie par des spécialistes du monde médical, des universitaires, des historiens, des anthropologues et des artistes, feront le point sur les enjeux éthiques du corps.
Une nouvelle occasion de vagabondage pour le Merlan, qui s’inscrit ici dans un espace public spécifique, celui de l’hôpital. Et pour nous, une heureuse opportunité de réfléchir sans angoisse et sans urgence à ce qui se joue à l’endroit unique de ce que vivent tous les êtres humains sans exception possible. A la fois lieu d’égalité et d’inégalité, le corps est sans aucun doute l’unique expérience universelle à partager.

Joanna Selvidès

Le Corps transparent : jusqu’au 29/11 au Merlan (153 avenue Raimu, 14e) et à l’Espace éthique méditerranéen (Hôpital de la Timone, 264 rue Saint-Pierre, 5e).
Rens. 04 91 11 19 20 / 04 91 38 44 26 / 04 91 74 57 06 / www.merlan.org / www.medethique.com

  1. Un bâtiment assez étonnant, dernier vestige architectural de l’exposition universelle de 1922 et situé dans le parc Chanot, aujourd’hui tour à tour restaurant pendant la Foire, lieu de congrès ou musée pour l’occasion. []
  2. Refusée par la Cité des Sciences de la Villette après avis consultatif du Comité national d’éthique, son passage à Lyon à la Sucrière a fait un tabac et une pétition (scientifiques, enseignants, universitaires…) demandant son interdiction continue à circuler sur le Net. []
  3. Procédé en quatre phases (fixation, déshydratation, imprégnation et séchage) consistant à remplacer l’eau de corps animaux, de matériaux inertes ou de plantes par de l’acétone, puis celle-ci par des polymères qui une fois durcis fourniront des spécimens secs, inodores et non toxiques ! []
  4. Déesse de la médecine et son fidèle clébard – Babylone, début 12e siècle avant J.-C. []

[25 nov 2008] Alice au Pays des Merveilles au Badaboum Théâtre

Un autre monde est possible

Lors d’une course-poursuite, Alice trébuche, plonge et atterrit — Badaboum ! — au théâtre du même nom. S’y trouvant à son aise, elle y joue jusqu’à fin décembre.

alice-au-pays-merveilles.jpgAlice au Pays des Merveilles, vous connaissez l’histoire. Petite piqûre de rappel pour les amnésiques. La jeune Alice s’ennuie autour d’un livre sans images, quand elle aperçoit un drôle de lapin blanc : « Je suis en retard, en retard, j’ai rendez-vous quelque part ! » Elle se lance aussitôt à sa poursuite jusque dans les profondeurs de son terrier, un monde surréaliste et dépaysant, où elle va rencontrer des êtres étranges.
Quand la pièce commence, tout est blanc et le décor, inexistant. Il se construit sous nos yeux, évolue, se projette en vidéo, permettant de plonger les personnages au cœur du Pays des Merveilles et d’attiser notre imagination. D’autres artifices — la scène conçue en trompe l’œil, les costumes modulables, une trappe dissimulée — renforcent l’effet de changement et de transformation auquel est confrontée la fillette.
Tour à tour surréaliste ou ingénu, déréglé ou inquiétant, le monde merveilleux d’Alice manque peut-être d’un peu d’enchantement et de couleurs. Est-ce à dire que j’ai perdu mon âme d’enfant, cette capacité à inventer, à rêver ? Les minots écoutent, participent, s’interrogent et réagissent, souvent de manière pertinente. D’ailleurs, on sait très bien de quelle bouche sort la vérité. Et quand, à la fin, ils demandent pourquoi on n’a pas vu la reine, on ressent en effet une certaine frustration. C’est sans doute à nous d’imaginer la suite…

Texte :Yves Bouyx
Photo : Laurence Janner

Alice au Pays des Merveilles. Jusqu’au 26/12 au Badaboum Théâtre.
Rens. 04 91 54 40 71

[25 nov 2008] Domestic Flight aux Bernardines dans le cadre de Dansem

La complainte des hommes modernes

Dans une ambiance eighties et sur fond de musique rock, les cinq garçons de Domestic Flight viennent nous parler corps et mots de la nouvelle représentation de l’homme occidental dans l’espace intime et public.

Dansem-Domestic-Flight.jpgImaginez-vous entrer dans un salon des arts ménagers, habité par des blondes platine moustachues, pour assister à une conférence très documentée sur la hiérarchie des pratiques sexuelles. Dans ce western identitaire, le comédien Arnaud Saury (dont on a particulièrement apprécié la performance), le danseur Christophe Le Blay, les circassiens-danseurs Mathieu Despoisse et Maxime Mestre et le musicien-compositeur Alexandre Maillard affirment leur sensualité face aux oscillations entre genre et sexe, homme sujet et homme machine, animalité et domesticité, travestissement et virilité de magazine.
Dans ce montage labyrinthique composé d’une douzaine de séquences, le corps est la clé. Il nous libère des normes et des codes de la parole qui veulent définir la représentation masculine de rigueur (« être fort pour être utile ») auxquels échappe le caractère unique de la sensualité de chaque « acteur » en présence.
Le spectacle de la Zouze préfère l’imprécision des images et l’égarement du spectateur à toute morale. Prenant directement le spectateur à témoin, Christophe Haleb affirme, dans cette création, une empreinte politique des corps au service d’une nouvelle façon de questionner et de représenter le trouble de nos sexualités, fidèle à son mot d’ordre : « évoluer parmi les avalanches ». En somme, une sorte de nouvelle complainte du progrès de l’homme moderne.
« Quel est le masculin de ménagère ? » et celui de féminisme, monsieur Haleb ? A la fin de ce show burlesque et tragique, il nous reste un entassement d’impressions et notre entendement est submergé par la surabondance des séquences et des images trop chargées de symboles.
On rit du systématisme dérisoire des mots, on est émus de l’imprécision parfois enfantine de ces corps d’hommes, on est attirés par tant de sensualité dans leur présence chorégraphique et éblouis par les belles images.

Texte : Coline Trouvé
Photo : Cyrille Weiner

Domestic Flight
était présenté les 19 & 20/11 aux Bernardines dans le cadre de Dansem.
Le festival continue jusqu’au 13/12 (voir programmation détaillée dans l’agenda).
Rens. 04 91 55 68 06 / www.dansem.org

[25 nov 2008] Mefisto For Ever au Théâtre des Salins

Des âmes à l’amer

Guy Cassiers met magistralement en scène et en espace le roman Mephisto de Klaus Mann, fils du célèbre Thomas. Ce Mefisto For Ever a des « couilles » et ne laisse aucun spectateur indifférent, surtout dans le contexte actuel…

Mefisto-for-ever.jpgPersonne ne semblait décider à programmer cette œuvre gigantesque, uniquement jouée à Avignon l’an dernier durant le Festival, les directions — signes des temps ? — semblant par trop frileuses. Heureusement, la situation s’est décantée : malgré ses trop nombreux et dangereux chefaillons à la solde d’un « monarque » sans moustache, la France arrive encore un peu à réagir. A l’inverse d’autres scènes nationales, les Salins ont donc pris les devants et proposent une vraie pièce de théâtre avec un vrai sujet et une vraie réflexion. Et ce ne sont pas trois heures en néerlandais qui parviendront à contrer ce colosse dramaturgique en marche. 1933, Berlin. Victor Müller, après une dernière mise en scène libre, refuse de quitter son poste et combat, coûte que coûte et autant que faire se peut, la dérive d’un pouvoir dictatorial, destructeur et stupide qui le tient à sa merci. Outre la mise en scène forcenée et grandiose, ce qui frappe le plus dans ce spectacle, c’est de voir à quel point la situation de 2008 ressemble à celle de 1933. Sur la forme et sur le fond : racisme, antisémitisme, culte de l’image, propagande médiatique, encerclement de la pensée, disparition de l’opposition… Mefisto For Ever laisse, par sa justesse, un arrière-goût incommodant qui nous tenaille. On se dit : « Et si ça pouvait recommencer ? »

Texte : Lionel Vicari
Photo : Koen Broos

Mefisto For Ever était présenté au Théâtre des Salins (Martigues) les 25 & 26/11.

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