Films Femmes Méditerranée

13e édition du festival reflétant la création cinématographique féminine en Méditerranée

« Mais qu’est-ce qu’elles veulent ? » Le titre du film de Coline Serreau, de 1977 résonne aujourd’hui encore avec l’histoire des femmes, un peu partout dans le monde. Les treizièmes Rencontres choisissent de montrer ce dont les cinéastes méditerranéennes se font l’écho, de leur désir de liberté et de justice aux menaces sur leurs droits en temps de crise.
Du cinéma des années 70 jusqu’à aujourd’hui, la filiation perdure, de La fiancée du pirate à Djamilia en passant par Les Petites Marguerites, ou Le viol du routier. Une quarantaine d’œuvres remarquables souvent inédites : des longs, des courts, desdocumentaires, des fictions, de la webcréation ; ce cru 2018 témoigne de l’inventivité des réalisatrices.
La relève est prise, dès l’ouverture au Mucem, avec Heureux comme Lazzaro. Elle sera suivie d’un éclairage sur les années post-68 et une table ronde abordera la question des droits des femmes aujourd’hui.
Il se dégage de cette programmation une aspiration à la liberté, créative dans Albertine a disparu, sexuelle dans Figlia Mia ; une affirmation d’identité dans Dil Leyla, de solidarité dans Never Leave Me, de choix de vie dans Something Useful. Quelques titres parmi d’autres.
La Méditerranée sera à l’honneur et l’italienne Laura Bispuri animera la leçon de cinéma.
À noter, une exposition de travaux de photographes femmes du monde entier, à la galerie agnès b. et un nouvel événement : une journée professionnelle à la Villa Méditerranée.
Oui, en 2018, le cinéma des femmes méditerranéennes est bien vivant, souvent frondeur et audacieux, toujours pugnace ! Ensemble, portons sa voix !

Marseille et Région PACA
Du 4 octobre au dimanche 21 octobre 2018
Pass 4 séances : 16/20 €
Rens. 04 91 31 87 80
www.films-femmes-med.org
13000 Marseille

Article paru le mercredi 3 octobre 2018 dans Ventilo n° 415

Festival Films Femmes Méditerranée 2018

Lettres pour elles

 

En octobre, dans une dizaine de lieux de diffusion de la cité phocéenne et de la Région Sud, la treizième édition de Films Femmes Méditerranée nous offre à découvrir la formidable vitalité de cinéastes engagées, dont les regards sur nos sociétés restent essentiels.

  Sans tomber dans la nébuleuse idéologique du pessimisme qui traversa une bonne partie du 20e siècle, de nombreux signaux forts, en Europe, ont tout lieu de nous inquiéter : les courants rhétoriques néo-réactionnaires, voire néo-fascistes, fleurissent derechef, relayés par une bonne partie des mass-média trop souvent indulgents. Dans ce sillage, les droits des femmes, sur le continent même, font l’objet de remises en cause proprement sidérantes : les rapports du Forum Économique Mondial révèlent depuis deux ans un coup d’arrêt brutal sur les questions d’égalités femmes-hommes, et les droits des femmes reculent, toujours en Europe, en matière de sexualité, de contraception ou encore d’avortement. C’est dire à quel point il reste vital de mettre ces questions au cœur des débats, en n’omettant pas de les replacer dans leurs perspectives historiques. C’est ce que permet entre autres le cinéma, et ce qu’offrent des manifestations telles que Films Femmes Méditerranée : ces rencontres sont une nouvelle occasion de multiplier les regards, les idées, les émotions, sur la formidable dynamique cinématographique des femmes cinéastes méditerranéennes ! L’équipe organisatrice déroule un programme des plus passionnants, composé de nombreuses séances, rencontres, tables rondes, conférences. À commencer, pour la soirée d’ouverture au Mucem, par l’avant-première du dernier opus d’Alice Rohrwacher, Heureux comme Lazzaro, en partenariat avec l’Institut Culturel Italien. Suivront, parmi les invitées, la cinéaste libanaise Eliane Raheb pour Ceux qui restent, Juliette Chenais de Busscher pour Le Viol du routier, Aida Begic pour Never Leave Me ou Véronique Aubouy pour Albertine a disparu, séance proposée en partenariat avec le FID. Soulignons également la présence, encore annoncée sous réserve, de la formidable cinéaste et artiste grecque Evangelia Kranioti, qui nous avait éblouis avec son opus Exotica, Erotica, et qui présente aujourd’hui le magnifique Obscuro Barroco. Une sélection parallèle, très pertinente, viendra témoigner d’une époque, les années 70, durant laquelle les combats pour les droits des femmes étaient particulièrement prégnants : le terme de cinéma des femmes était d’ailleurs régulièrement repris dans la presse de l’époque. En présence de Coline Serreau et Jackie Buet, ce sera un ravissement de (re)voir la poignée de films proposés, de La Fiancée du pirate de Nelly Kaplan à L’Une chante, l’autre pas d’Agnès Varda, en passant par Les Petites Marguerites de Věra Chytilová, Sous les pavés, la plage d’Helma Sanders ou Mais qu’est-ce qu’elles veulent ? de Coline Serreau. Les tables rondes aborderont, quant à elles, la question des droits des femmes en Méditerranée (révolution, régression ?) ou celle du genre, de la violence et du dépassement. Outre la séance pour les lycéens, les projections délocalisées en région (Port-de-Bouc, Cucuron…) ou la leçon de cinéma de la réalisatrice Laura Bispuri, notons une nouvelle initiative de Films Femmes Méditerranée : les rencontres entre réalisatrices et productrices dans le cadre d’un appel à projets cinématographiques, qui remporta un beau succès, et au sein desquelles les scénarii proposés sont emplis de belles promesses.  

Emmanuel Vigne

 

Festival Films Femmes Méditerranée : du 4 au 21/10 à Marseille et en Région Sud.

Rens. : 04 91 31 87 80 / www.films-femmes-med.org

Le programme complet du festival Films Femmes Méditerranée ici