Archives par mois
septembre 2010

[29 sept 2010] Coffret Lisandro Alonso dont La Libertad, Los Muertos… (Potemkine)

dvd-Coffret-Lisandro-Alonso.jpgA la tête d’un beau catalogue DVD et d’un magasin fourni à Paris, Potemkine fait partie de ces éditeurs indépendants qui continuent à privilégier l’exigence dans leur ligne éditoriale. La jeune structure met en valeur le superbe travail de Lisandro Alonso, chef de file du nouveau cinéma argentin, avec un très beau coffret regroupant l’intégrale de son œuvre : quatre longs et un court, enrichis de nombreux bonus. Depuis La Libertad, son premier opus, le cinéaste n’a de cesse de présenter, avec une rigueur d’écriture inspirée, la réalité sociale de son pays. Derrière l’économie de moyens, il y a chez Lisandro Alonso, à l’instar d’un Kiarostami, une énergie, une générosité extraordinaire vis-à-vis de ses acteurs, et des paysages.

EV

[29 sept 2010] Katerine - Philippe Katerine (Barclay Music/Universal)

Galette-Philippe-Katerine.jpg« Il convient de démoraliser les amateurs (dans l’art). » Suivant ce credo cher à Debord, Katerine ne refait pas le coup de Robots, après tout : malgré une créativité et une profondeur ahurissantes, Philippe Katerine n’est pas autre chose qu’un grand « LOL » musical en vingt-six mouvements zygomatiques. Que faire alors ? Manger sa banane tout nu sur la plage ? Faire du vélib’ la nuit à Paris sous extasy ? Katerine peut bien convoquer ses parents ou prêter ses hochets à Jeanne Balibar. A nous, il suffira d’entonner ses chansons en chœur : le plaisir ne se fera pas attendre.

JS

[29 sept 2010] Best Coast – Crazy for you (Wichita)

galette-best-coast.jpgVoilà qui devrait raviver quelques fragments épars d’un été qui commence à prendre la tangente : le premier album de deux Californiens plébiscités par la blogosphère indie, épris d’un certain âge d’or 60’s (mélodies acidulées, guitares millésimées, harmonies vocales au diapason…). Elle chante, lui joue de la six-cordes, et tous deux sonnent un peu comme ces « girls-groups » qui commencent à revenir à la mode depuis que Tarantino en avait glissé un dans son Kill Bill. Pas révolutionnaire, certes, mais suffisamment bien foutu pour raviver les feux de la pop spectorienne.

PLX

[29 sept 2010] Shit Robot – From the cradle to the rave (DFA/Coop)

Galette-Shit-Robot.jpgIl y a quelques mois, nous nous sommes risqués à cette hypothèse : James Murphy se serait planté avec le troisième LCD Soundsystem. Pas grave : en dix ans, le boss du label DFA aura laissé une empreinte indélébile sur la musique. Aujourd’hui, ce sont ses poulains qui prennent le relais : après The Juan Maclean l’an passé, voici Shit Robot, producteur écossais qui réussit lui aussi à s’imposer sur le format long (jamais évident dans ce registre). Mais, plutôt que disco ou punk, les influences sont ici clairement house et électro-pop. Et un titre sur deux est une tuerie.

PLX

[29 sept 2010] The Books - The Way Out (Temporary Residence/SC Distribution)

Galette-The-Books.jpgBricoleurs de génie, les New-Yorkais Nick Zamuto et Paul de Jong réinventent l’art du collage pop en lui insufflant une touche d’électronique et surtout beaucoup d’humour. Collision presque accidentelle de mille voix, de mille samples, de petites choses assemblées et superposées, The Way Out est un album-labyrinthe, toujours déroutant mais dans lequel on ne se lasse jamais de se perdre. A la croisée des musiques savantes, de la création sonore et du dadaïsme rock façon Zappa, The Books s’invitent à la table des grands. Un vrai festin !

nas/im

[29 sept 2010] PVT (formerly named Pivot) - Church With No Magic (Warp/Discograph)

Galette-PVT.jpgLe trio pop indé australien suit une voie différente avec ce nouvel album constellé de percées ambient. Soufflant sur les braises du rock arty des Liars et d’Alan Vega, ils y apportent ainsi un nouveau développement rétro très appréciable, reprenant à leur compte la musique des années 80 : le composé synthétique allégrement maîtrisé convoque indifféremment new-wave et new-age (on pense même parfois à Vangelis). Windows, l’hymne pop de l’album placé judicieusement en son milieu, devient alors la pièce essentielle, pour structurer une construction pour le moins aventureuse.

JS

[29 sept 2010] Vijay Iyer - Vijay Iyer Solo (ACT Music / Harmonia Mundi)

Galette-Vijay-Iyer.jpgPour son premier album solo, le pianiste américain Vijay Iyer nous offre un entrelacs de lignes claires et mouvantes du plus bel effet. Obsédés par ses riches acrobaties harmoniques, nous voyons par moments surgir, comme par effraction, le thème des morceaux que nous peinons à reconnaître, même lorsqu’il s’agit de cette étonnante reprise de Human Nature de Mickael Jackson ou de cette Fleurette Africaine du grand Duke. Entre l’épure jazz nord européenne et les audaces contemporaines, ce très beau disque aux teintes automnales sera pour beaucoup une agréable révélation.

nas/im

[29 sept 2010] Youn Sun Nah - Same Girl (ACT/Harmonia Mundi)

Galette-Youn-Sun-Nah.jpgDe la part du label Act et pour cette bande de jazzeux, concourir à une reprise d’Enter Sandman de Metallica, ça a de la gueule. Plus encore, faire un hommage au regretté folkeux Jackson C.Frank, c’est carrément élégant. Mais cela compte finalement peu au regard de l’ensemble de cette aventure, où les « Douanes des Genres Musicaux » sont malicieusement soudoyées par la jeune et gracieuse Japonaise, chanteuse et musicienne éblouissante de maîtrise. Entre ses mains, le grand tour musical, de la folk au jazz, du rock à l’opéra, se révèle prodigieusement chaleureux.

JS

[29 sept 2010] Part-Time Drunks - The Soul of a Man Under Socialism (Autoproduction en numérique)

Galette-Part-Time-Drunks.jpgLoin du sérieux de nombreuses formations pop/rock actuelles, ces Montpelliérains ont décidé que la musique était avant tout un amusement pour eux. Leurs chansons aux constructions délirantes durent entre quatre et quatorze minutes, et parlent principalement de drogues, de Jésus, d’alcool.. Mais ne vous méprenez pas : leur pop quasi instrumentale lorgne vers un psychédélisme maîtrisé, plus près des hautes sphères que des caves puant la bière. Malgré quelques moments creux et une originalité en demi-teinte, ce premier album laisse augurer d’un avenir plus que prometteur.

JB

[29 sept 2010] 4 films de et sur Sharuna Bartas Dont Seven Invisible Men, Few of us, The House… (Les Films du Paradoxe)

dvd-Sharuna-Bartas.jpgPas ou peu de répit pour Les Films du Paradoxe, qui s’impose depuis quelques années, malgré une crise évidente, comme l’un des éditeurs indépendants les plus dynamiques. Cette rentrée est marquée par la sortie tant attendue des œuvres du visionnaire lituanien Sharunas Bartas, avec quatre films essentiels offrant un panorama presque complet de son univers envoûtant. Le cinéaste, compagnon de l’immense actrice Katerina Golubeva, aime à s’interroger sur la place de ses personnages dans un univers parfois trop vaste pour eux. Bartas étire un regard silencieux et profond sur les paysages de vie, sur leurs mouvements, et sur les nôtres. Léos Carax, qu’il dirigea dans The House, dira de lui : « Découvrir les films de Sarunas, ici et aujourd’hui, c’est aussi redécouvrir cela : il n’y a pas de réalités lointaines. »

EV

[29 sept 2010] Le monde perdu - Dix courts métrages (Italie - 1954/1959) de Vittorio De Seta (Carlotta Films)

dvd-Le-monde-perdu.jpgLes dix principaux courts-métrages de Vittorio De Seta enfin en DVD ! Carlotta Films nous offre l’une des plus belles surprises de la rentrée, avec cette plongée magnifique au cœur de l’œuvre du cinéaste, originaire de Palerme. A l’instar d’un Rouch, d’un Flaherty, d’un Rouquier ou d’un Péléchian, De Seta témoigna, entre documentaire et cinéma anthropologique, d’un monde passé, celui d’une Italie du Sud pauvre et rurale. Il filme paysans, mineurs, pêcheurs ou bergers avec une exigence et une sobriété folles, teintées d’un léger lyrisme, parcourant la Sardaigne et les îles Eoliennes. Le coffret est enrichi d’un entretien avec cet immense cinéaste, qui revient sur la conception de ses films, son travail de montage, de sonorisation et parle de sa vision d’un monde paysan, aujourd’hui.

EV

[29 sept 2010] Exhibition - Documentaire érotique (France - 1975) de Jean-François Davy (Opening)

dvd-exhibition.jpgBien avant le porno actuel où tout le monde se doit d’être aussi glabre que performant, il y a eu un âge d’or de ce cinéma poilu qui sera tragiquement classé X dès 1976. Et, de cet âge d’or reste, entre autres, Exhibition. Dans ce film/témoignage signé Jean-François Davy, Claudine Beccarie, alors « star » du genre, se prête sans fard à une interview vérité étonnante. De cette confession qui d’abord pique notre curiosité, de cette mise à nu (au propre et au figuré) naît ensuite un sentiment trouble, malaisant. Plus Beccarie se dévoile (et paradoxalement reste habillée à l’écran), plus le spectateur découvre une femme sensible et paumée dont les aspirations ne correspondent en rien à ce qu’elle vit. A noter qu’Exhibition sera sélectionné au festival de Cannes 75. Comme quoi, les largesses 70’s ne sont pas qu’une légende…

LV

[29 sept 2010] La Wii et ses nouveaux concurrents (PS Move de Sony et Kinect de Microsoft)

ps-move.jpgA l’origine, quelques constructeurs audacieux avaient tenté l’aventure, mais personne ne l’avait démocratisé avant Nintendo et sa Wii. En vendant à toute la famille sa télécommande blanche à faire du sport, Nintendo vendait en réalité la peau du joueur old school et de son image d’addict. La violence, le manque de sociabilité et surtout d’activité physique étant les maux présumés de la jeunesse, la Wii permet aux parents de mieux surveiller leurs enfants en jouant avec eu, et de se rassurer enfin qu’il s’agit de loisirs « sains ». A présent que la locomotive Wii est passée, il est temps de se poser la seule question vraiment importante à propos de ces dispositifs : servent-ils à ne plus jouer ou à mieux jouer ? Autrement dit, le créneau de la lutte contre l’immobilisme (à présent, c’est vos mouvements réels qui comptent) s’opposera-t-il aux apports ludiques des nouveaux périphériques en termes d’immersion (où ce sont les effets de vos mouvements dans le jeu qui comptent) ? Le loisir numérique se débarrassera-t-il du souci de l’œuvre d’art, qui est celui d’éclairer l’esprit de l’individu ? Le temps nous le dira…

JS

[29 sept 2010] Trinity Universe (Idea Factory / Playstation 3 - 2010 – public adolescent)

jeu-Trinity-Universe.jpgLes crossover sont à la mode ces derniers temps. Le principe de mélanger univers et personnages de plusieurs licences peut être, pour un développeur, et selon les cas, l’occasion de se remplir les poches en surfant sur le succès de leurs différents jeux, ou bien de faire un cadeau aux fans, ou peut être encore un peu des deux. Ici, ce sont Gust (Atelier sur PS1 et PS2) et Nippon Ichi (Disgaea sur PS2) qui s’associent à Idea Factory pour créer un univers totalement loufoque reprenant des éléments de ces deux licences. L’humour et l’autodérision sont sans conteste les maîtres du jeu. Le « Nether-universe » est le point de chute de déchets en tous genres dérivant dans l’univers. Le « Demon God King » est censé préserver Empyria de tous ces débris grâce à un rituel qui le transformera en gemme (le Demon King). Mais qui voudrait bien devenir une pierre ? Le héros s’enfuit donc et part en quête d’aventures et de trésors. Si l’exploration de couloirs est linéaire, les situations cocasses, le système de combat dynamique et les incroyables possibilités de personnalisation feront passer aux joueurs (anglophones) d’excellents moments.

AD

[29 sept 2010] Last Rebellion (Playstation 3 - Nippon Ichi – 2010 – Public adolescent – Textes en anglais)

jeu-Last-Rebellion.jpgFormival contrôlait la naissance des hommes en leur accordant une âme tandis que Meiktilia régnait sur leur mort en scellant leur âme. Ces deux dieux s’équilibraient… jusqu’au jour où des disciples du premier se mirent à ressusciter des morts. Voilà un synopsis sympathique, où le rôle du bon et du méchant s’inversent selon l’interprétation qu’en font les hommes. Le joueur prendra le contrôle d’un binôme, composé d’un « Blade » qui tue et d’une « Sealer » qui scelle l’âme des défunts. Suite à une tragédie, le binôme devient… un héros « deux en un », partageant du coup le même corps, la même jauge de vie, de magie et de points d’action à effectuer lors des combats, où joueur et ordinateur s’affrontent à tour de rôle. Leur but sera de trouver l’ordre dans lequel frapper les membres d’un adversaire pour obtenir des bonus vraiment inimaginables. Si ce système s’avère très intéressant, il aurait gagné à être plus poussé. En l’état, Last Rebellion est un jeu cohérent et plutôt sympathique, qui se suit sans lassitude ni frustration aucune, ce qui aurait été un comble pour un jeu aussi court et graphiquement (déjà) très vieillot.

AD

[29 sept 2010] Romain Monnery - Libre, seul et assoupi (Diable Vauvert)

millefeuille-Libre-seul-et-.jpgCe premier roman prometteur permet de découvrir l’univers de Romain Monnery, drôle de jeune écrivain ayant baigné dans la pop culture des années 90, entre séries télé et rock anglais. Une époque qui a aussi vu émerger des associations de défense des étudiants pour le droit à des logements décents (Jeudi Noir) ou à des stages valorisants (Génération Précaire). On ne peut s’empêcher d’y penser en lisant les mésaventures du narrateur Machin qui, fraîchement sorti des études, préfère vivre libre et sans travail quitte à se couper peu à peu de ses colocataires et d’amours possibles. Avec un style incisif, l’auteur nous montre que le prix à payer en choisissant ne pas travailler est grand, entre manque d’argent et désocialisation. On regrettera néanmoins l’insistance avec laquelle l’auteur souligne les frustrations sexuelles des personnages — à moins que cela ne soit que le corollaire naturel d’une certaine solitude chez eux.

GA
(Retrouvez l’interview de l’auteur)

[29 sept 2010] François Beaune - Un homme louche (Verticales)

millefeuille-un_homme_louch.jpgC’est sous la forme d’un journal de bord que l’on suit Jean-Daniel Dugommier à deux moments de sa vie. Il vit son adolescence dans un environnement terne et insipide sur lequel il pose un regard empli de sarcasmes. Avide d’en comprendre le fonctionnement, il consigne dans un carnet ses différentes observations. Vingt-cinq ans plus tard, on retrouve un homme esseulé, abîmé par une vie chaotique et un séjour en établissement psychiatrique. Son carnet est à nouveau l’endroit d’une anthropologie de son quotidien à laquelle s’ajoute la théorie d’un « univers sous-réaliste ». Une couche de réalité a priori imperceptible composée des évènements ordinaires, de l’« habituel », du « bruit de fond ». L’« infra-ordinaire » de Perec n’est pas loin. Voilà un premier roman inventif, séduisant et drôle, l’une des meilleures surprises de la rentrée littéraire !

Emilie Lamy

[29 sept 2010] Kris, Guillaume Martinez & Nadine Thomas - Le Monde de Lucie (Editions Futuropolis)

millefeuille-Le-Monde-de-Lu.jpgEtalée sur quatre ans, la trilogie du Monde de Lucie s’est achevée cet été. Les pouvoirs télépathiques de cette fille énigmatique y attisent la curiosité du rationnel inspecteur Mike Rosenthal et du spécialiste du paranormal Sacha Iablokov. Entre espionnage et fantastique, cette série s’inspire avec succès de certaines expériences menées par les services secrets américains et soviétiques au lendemain de la guerre froide, tout en déroulant en parallèle les histoires personnelles de ses personnages. Au-delà d’un scénario haletant servi par Kris, le dessin de Guillaume Martinez et les couleurs de Nadine Thomas traduisent parfaitement une atmosphère empreinte de mystère, avec un trait précis mais léger et des couleurs adaptées à chaque situation. Les ruptures de tons, jamais criards, correspondent d’ailleurs à des changements de temps, évitant au lecteur de confondre flashbacks et scènes actuelles.
GA

[29 sept 2010] Durieux et Gibrat - Les gens honnêtes, tome 2 (Dupuis)

millefeuille-Les-gens-honne.jpgVoici exactement le genre de BD qui met du baume au cœur par les temps qui courent. Gibrat et Durieux offrent une conclusion particulièrement réussie à leur diptyque dionysiaque. De situations à la fois banales et folkloriques, ils parviennent en effet à tirer le meilleur. Toutes, malgré leur allure un peu fantasque, fonctionnent parfaitement et s’emboîtent les unes aux autres, sans forcer. Les dialogues, eux, se savourent. Chaque réplique est un délice qui rappelle aisément les salves d’un Marcel Aymé ou la truculence de certains interlocuteurs de Cyrano de Bergerac. Du côté graphique, on appréciera aussi le parti pris de Durieux d’avoir opté pour cette ligne limpide qui mélange avec excellence des personnages bien typés BD et un univers réaliste. En bref, une belle réussite.

LV

[28 sept 2010] Mouv’Art, les Portes Ouvertes Consolat et les Ouvertures d’Ateliers d’Artistes

Associations de bienfaiteurs

Les propos de Pascal Neveux (voir Ventilo #266) ne sont pas contredits par l’actualité artistique de début octobre : « Le meilleur atout [de Marseille] est indéniablement son tissu associatif et son implication alors que les moyens sont très précaires. » La preuve par trois avec Mouv’Art, les Portes Ouvertes Consolat et les Ouvertures d’Ateliers d’Artistes, qui permettent des vitrines offertes aux yeux de tous et empêchent les artistes de crever en silence… Et que siffle aux oreilles de certains la formule de Malraux : « Les condamnés à mort sont contagieux » !

Agathe-Rosa-Volume-ephemere.jpg

Mouv’Art, parmi d’autres asS.O.S…
La fondatrice de Mouv’Art, Emmanuelle Saint Denis, veut faire émerger une effervescence de l’art contemporain encore trop souterraine. Cette exposition à ciel ouvert, autour de la thématique « Rêver la ville », propose de convertir des containers en galeries. Mais cette troisième aventure reste entachée par le manque d’apports financiers générant de telles difficultés budgétaires qu’une vente aux enchères au profit de l’association prendra place à même le pavé. Cependant, même si ce sont encore les plasticiens qui font don de leur personne, on échappe au cauchemar de l’inaccessibilité des œuvres : les artistes ainsi que des médiateurs seront là pour créer des liens et engendrer de vraies lectures. Cette démarche de sensibilisation urbaine sans clivage trouve une résonance dans la participation des jeunes générations : des lycéens de La Cabucelle se sont pris au jeu et des enfants seront sollicités comme intervenants. Les coups de cœur sont nombreux et la programmation pertinente : la diva Adila Carles enchantera l’acoustique du Cours tandis que l’Artmada et l’ensemble Baroques-Graffiti séviront en duo. Magali Delrieu et ses fragiles sculptures, Agathe Rosa et sa bulle, Pierre-Gilles Chaussonnet et son univers de machines (voir ci-contre), LCDC et ses projections photographiques… viendront aussi enrichir votre quotidien de citoyens.
MNQ
Mouv’Art : du 6 au 10/10 sur le Cours Estienne d’Orves. Rens. www.mouvart.fr

… Et des idées plein les POC
alain-puech.jpgLe ton de la manifestation annuelle des « Hauts Canebière » est donné : pour cette cinquième édition (qui voit naître un partenariat avec Mouv’Art), l’ambiance sera populaire et le partage de rigueur. Artisanat, arts plastiques, musique, danse et performances ponctueront joyeusement un long week-end festif, mobilisant une quarantaine de lieux et plus de cent artistes prêts à démontrer le dynamisme du quartier fédéré par l’équipe des Portes Ouvertes Consolat. Perrine Verstraeten, organisatrice du parcours aux multiples activités, tient à ce que « divers publics, autant connaisseurs qu’amateurs, prêtent attention et découvrent des initiatives différentes, originales et de qualité. » Au siège de l’association, la galerie Andiamo accueillera Didier Thiault. Ses pots de moutarde baladeurs aux épitaphes sibyllines mont(r)ent aux nez de tous : l’art de sentir l’art n’est pas mort, c’est notre lot de consolation ! Alfons Alt investira l’Entre-pots, Etienne Rey posera sa Cabane de réflexion dans le musée Grobet-Labadié pendant un mois. Samedi après-midi, la chasse au trésor sera lancée par A Vos Marches, le soir, sur scène et sur le Cours Joseph Thierry, un concert gratuit verra La Force Molle peindre en direct ; le repas de quartier du dimanche midi vous requinquera de toutes ces émotions. Suivez le plan/programme et les fanions en famille, en flânant à votre rythme, ou inscrivez-vous pour les visites guidées (au 04 91 95 80 88).
MNQ
Portes Ouvertes Consolat : du 8 au 10/10 dans les quartiers du haut de la Canebière. Rens. www.assopoc.org

Sofie_Urbani.jpg

Attelez-vous !
Que l’on soit critique ou sous le charme, le rapport que nous entretenons à l’art contemporain interpelle. Souvent frustrés de ne pouvoir demander à l’artiste comment il justifierait sa démarche, nous nous limitons à faire part de notre pensée aux personnes qui nous accompagnent. En effet, nous savons à quel point l’art, en tant que langage, nécessite une initiation. Or, qui mieux que les artistes et les structures d’exposition pourrait nous initier ? Ainsi, depuis douze ans, l’association Château de Servières propose via les Ouvertures d’Ateliers d’Artistes d’entrer le temps d’un week-end dans les coulisses de la création. Plus de cent vingt artistes — jeunes ou confirmés — y participent en permettant un dialogue, une meilleure compréhension des enjeux et problématiques de l’art contemporain. A vous de concocter votre programme de visite à l’aide du livret couleur qui restitue très fidèlement le travail de chaque artiste et complète la déambulation par une présentation des différents lieux de diffusion de l’art contemporain à Marseille.
NB
Ouverture d’Ateliers d’Artistes : du 8 au 10/10.
Livret disponible dès le 1er octobre à l’Espace Culture (42 la Canebière, 1er) et à télécharger sur www.chateaudeservieres.org

P-G-CHAUSSONNET.jpg

La machine à retrouver le temps

Participant à Mouv’Art et aux Ouvertures d’Ateliers d’Artistes, Pierre-Gilles Chaussonnet est le plasticien du moment à scruter de près.

Entrer dans son atelier relève d’un étrange parcours qui laisse surpris par l’univers s’y découvrant. Au premier regard se déploie un espace ambigu, échappant à sa fonction première d’atelier de mécanique, ancien local des Postes déserté mais pas abandonné. Le visiteur a été prévenu : Pierre-Gilles Chaussonnet travaille dans le monumental, celui du rebus industriel, de la machine extraite de l’entrepôt ou de la décharge, imposant ses lois aux hommes qui les ont côtoyés. L’illusion du ready-made flotte un instant, l’objet machine ne l’est pas vraiment, même si un message de Duchamp revient en mémoire : « Face à face avec un monde fondé sur un matérialisme brutal où tout s’évalue en fonction du bien-être matériel (…) plus que jamais, l’artiste a une mission parareligieuse à remplir.((Marcel Duchamp, « L’artiste doit-il aller à l’université ? », Duchamp du Signe (Flammarion))) »
Quels évènements, quelle histoire relatent ces objets technologiques ? Il faut s’approcher pour se confronter aux formes massives, incompréhensibles pour le profane, de ces machines industrielles soustraites à leurs contextes de production. Elles s’offrent à de nouvelles lectures à travers les tableaux ou saynètes que l’artiste y introduit, les images filmiques ou photographiques qu’il y insère, les objets fétiches qu’il y associe.
Sens perdu et temps retrouvé de la relation homme machine
On pourrait voir dans ces machines des sortes de cadres invraisemblables pour les petits théâtres de l’imaginaire que construit Pierre-Gilles Chaussonnet. Mais les machines impriment leur présence, leur froide et puissante force de réel, dans un face à face défiant le spectateur. S’emparer d’objets réels et les imposer sur la scène artistique, c’est ce qu’affirmaient les nouveaux réalistes. Relevant leurs propos, Pierre Restany évoque le renversement de vapeur historique, en faveur d’un « sens moderne de la nature industrielle, publicitaire et urbaine.((Pierre Restany, 60/90 Trente ans de Nouveau Réalisme (éd. La Différence))) » Dans la démarche de Pierre-Gilles Chaussonnet, le mouvement est double : prélever l’objet industriel (le laisser s’imposer) et en conjurer le fonctionnement et le sens par ses détournements. Réinvestir l’humain dans l’objet, ses désirs, ses fantasmes, ses mythologies, c’est « aller » contre son procès industriel, le paradigme économique qui le sous-tend. Il en va ainsi de la pièce Tolordi qui développe, sur l’écran recyclé d’une machine, l’image filmée dans la durée d’une femme (elle-même devant le long-métrage d’Hirschbiegel, La Chute), dont les imperceptibles mouvements invitent à retrouver le temps, du regard et de l’intention du geste comme de la suspension du corps.
Théâtres du regard
Dans ce processus perturbant le rapport de domination homme/machine, le regardeur est souvent contraint de trouver son mode d’emploi. L’objet a un ventre, une scène intérieure, un écran réceptacle de toutes les projections de l’artiste, une image en abyme. On y accède par les procédés les plus divers, œilletons, lentilles, loupes, scaphandre, vitrines, toute une mécanique de vision qui marque le changement d’échelle, de temporalité, d’univers : de la réalité brutale de la matière pliée à son moule industriel à la théâtralité de l’intime aux registres grinçants, absurdes, grotesques, poétiques ou érotiques. A la manière du théâtre vivant de Meiningen((Forme de théâtre créée dans le duché de Meiningen, qui rapprochait représentation et réalité quotidienne. Voir Jean Duvignaud, Spectacle et société (Denoël))) associant art et vie quotidienne, Pierre-Gilles Chaussonnet épingle, retouche même nos archétypes et leurs représentations. Il aimerait que « le public porte un autre regard sur les artistes qui ne sont pas des parasites mais construisent les sociétés. »
Erotisation du lourd et du petit
Les images volées du voyeur/spectateur réinventent des rituels qui traitent de la déperdition de l’expérience dans le simulacre. Les œuvres semblent répondre à une nouvelle économie du désir, où le spectateur participe à l’opération magique, à la mise à nu des formes de la représentation, à travers les formes d’un spectacle qui érotise les personnages et leurs machines-supports.
Dans ce combat masqué de l’oppression et de la séduction, du lourd (héritage industriel) et du petit (jeu des simulacres), se construit un art de la dépense cher aux situationnistes, où toutes les provocations visuelles entraînent le spectateur vers une présence active, qui tend à la libération de ses pulsions sinon de son jugement critique.

Christine Quentin-Maignien

[28 sept 2010] Laurent Perbos au Centre d’Art Contemporain d’Istres & à la VIP Art galerie

La traversée des apparences

Rentrée sportive pour Laurent Perbos, à qui le Centre d’Art Contemporain d’Istres consacre une exposition monographique dans laquelle on peut voir ses dernières pièces, et que l’on retrouve aussi à la VIP Art galerie pour une exposition plus confidentielle, mais qui donne envie d’en voir un peu plus…

Laurent-Perbos.jpgAu premier coup d’œil, des sculptures anthropomorphiques évoquent quelque chose de familier sans que l’on puisse le définir avec certitude… Notre première impression, dans une exposition de Laurent Perbos, est celle d’un plaisir esthétique certain. Depuis ses premières pièces, le plasticien ne déroge pas au traitement de la forme — qui ne prévaut cependant pas sur le propos de ses sculptures — et de la matière comme une fin en soi, une finalité plastique. Caractérisées par une harmonie des proportions, un souci des qualités plastiques intrinsèques aux matières qu’il utilise et une charte de couleurs pop acidulées rappelant celles utilisées par l’industrie du jouet, ses œuvres s’inscrivent dans la pure tradition de l’assemblage, largement utilisé par les nouveaux réalistes. Cette démarche artistique « qui ne boude pas son plaisir » assume son côté esthétisant parce qu’elle ne se limite pas à cela. Et quand bien même ses sculptures ne raconteraient rien d’autre, le plaisir esthétique serait déjà une expérience suffisante, car il est autant une expérience de l’art qu’une expérience de soi-même… Mais le recours à l’assemblage préconise l’utilisation d’objets existants pour rendre la réalité de leur temps. L’artiste opère ainsi un curieux mélange entre le réel et le merveilleux, entre les objets du quotidien et les références au mythe, à la fable. Laurent Perbos utilise l’objet comme un élément de composition de base, une sorte de vocabulaire plastique. Héritier du ready-made, il réutilise un objet manufacturé (tuyau d’arrosage, balle de tennis…) pour lui imposer une nouvelle finalité. Ainsi, ce n’est pas seulement la forme qui se retrouve au service d’autre chose, mais la place que l’objet occupait dans l’inconscient collectif populaire.
L’exposition du Centre d’Art d’Istres, Tout l’univers, est construite comme un conte initiatique. Le héros (le regardeur) part à la rencontre de personnages charismatiques… On évolue dans un monde imaginaire, dans lequel les objets prennent vie grâce au contre-emploi que l’artiste leur inflige. Il utilise des images symboliques ou allégoriques comme l’arc-en-ciel, l’arbre, ou un personnage mythologique et leur invente une histoire. C’est cette histoire qui implique un sentiment et de fait opère une personnification du sujet. L’artiste joue sur des idées, sur des représentations… Il utilise des procédés littéraires ou poétiques, comme l’oxymore, la métaphore et crée des images ambivalentes aussi bien mentales que visuelles. La chute des éléments en est l’un des exemples le plus poétique : l’arc-en-ciel, pont entre l’homme et dieu, a chu et s’est brisé, comme pour évoquer nos illusions perdues…

Texte : Céline Ghisleri
Photo : Caroline Chevalier, mission promotion et communication Ouest Provence

Sans titre : jusqu’au 13/10 à la VIP Art Galerie (66 rue Grignan, 6e). Rens. 04 91 55 00 11 / www.vip-art-galerie.com
Tout l’univers : jusqu’au 13/11 au Centre d’art contemporain Intercommunal (2 rue Alphonse Daudet, Istres). Rens. 04 42 55 17 10

[28 sept 2010] Films Femmes Méditerranée 2010

Les rives insoumises

Pour leur nouvelle édition, les Rencontres Films Femmes Méditerranée investissent trois cinémas de Marseille pour une programmation riche en découvertes, partant à la rencontre de destins féminins au cœur du bassin méditerranéen.

cine-femmes-Pieds-nus-sur-l.jpg

La place de la femme dans les sociétés méditerranéennes est un sujet si passionnant qu’une déclinaison cinématographique en forme de rencontres ou de festival s’imposait. Entre gardienne des traditions, pierre d’angle de la cohésion familiale, et symbole d’une modernité assumée, la femme méditerranéenne dépasse les grands écarts culturels, selon les pays, pour offrir le visage d’un être en résistance, principal vecteur de sociétés en mutation. Et le cinéma de venir ici illustrer la question, via une trentaine de films projetés, longs, courts ou documentaires. De la Grèce à l’Iran, de la Palestine au Maroc, le parcours de ces femmes à l’écran accompagne le destin même des pays en question. Au point de friser parfois l’intemporalité de la tragédie antique, à l’instar des Secrets, véritable conte que viendra présenter sa réalisatrice, la cinéaste tunisienne Raja Amari, au Prado. L’équipe de FFM multiplie pour cette nouvelle édition les partenariats, notamment avec l’excellente structure de diffusion des cinémas arabes Aflam, pour présenter conjointement Niloofar, film libano-irakien de Sabine El Gemayel. L’une des belles surprises de Cannes, cette année, récompensée à la Quinzaine des Réalisateurs, se retrouve par ailleurs à l’affiche de l’événement : Pieds nus sur les limaces, film drôle et doux-amer de Fabienne Berthaud, confronte deux sœurs au parcours radicalement différent. L’équipe de ces Rencontres a pris soin de privilégier l’exigence dans sa programmation et propose de nombreux films inédits sur les écrans de la cité phocéenne. C’est le cas de Questione di Cuore, comédie italienne sous influence commedia dell’arte de Francesca Archibugi, de l’opus nostalgique de l’Iranienne Sepideh Farsi Le Regard, ou du Choix de Luna de la Bosniaque Jasmila Zbanic, observation sociale pertinente sur la montée de l’intégrisme, dans un pays qui mêle, parfois avec chaos, identité européenne et culture musulmane. Soulignons également la présence de la cinéaste grecque Angeliki Antoniou, venue présenter le multi-primé Eduart, à la structure classique mais à la créativité débordante. Le documentaire, quant à lui, laisse place lors de ces rencontres à la part rebelle de la féminité, avec en l’occurrence deux opus sur les luttes autogérées et le principe de désobéissance : Entre nos mains de Mariana Otero, qui voit les salariées d’une entreprise prendre leur destin en main, et Parures pour dames, chant d’amour à l’insoumission dans le milieu de la mode. Sans oublier enfin les deux clous de cette programmation riche et raffinée : Women without men de l’Iranienne Shirin Neshat, Lion d’argent à Venise, et Le défi, comédie musicale vivifiante de la chorégraphe Blanca Li. Insoumission : le mot est lâché pour qualifier la richesse de ces parcours de femmes ici dévoilés.

Emmanuel Vigne

Films Femmes Méditerranée : jusqu’au 6/10 au Prado, à l’Alhambra et aux Variétés. Rens. www.films-femmes-med.org

[28 sept 2010] Simon Werner a disparu (France - 1h33) de Fabrice Gobert avec Jules Pélissier, Ana Girardot…

cine-Simon-Werner-a-disparu.jpg

Élève y es-tu ?

Un film qui commence par le Love like blood de Killing Joke, et dont la bande-son est orchestrée par Sonic Youth, s’annonce sous les meilleurs auspices — même si les bruitistes new-yorkais nous empêchent par moments d’entendre avec netteté les dialogues.
Ce tube rock des années 80 place d’emblée le spectateur dans le contexte musical, vestimentaire et mobilier de ce récit, situé au milieu de la décennie en question. Plus précisément, c’est dans un lycée de la banlieue parisienne que plusieurs élèves se demandent pourquoi Simon Werner a disparu. Et l’absence à l’appel d’autres camarades ne va pas arranger les choses… Attention tout de même, ce film est aussi pour vous qui n’êtes pas forcément nostalgiques des pulls en laine à losanges ou des Opel Kadett. Avec ce deuxième opus, Fabrice Gobert surprend par sa maîtrise de la retranscription réaliste de cette époque et, surtout, par un montage astucieux. Au-delà de mouvements de caméra qui nous donnent l’impression de retourner sur les bancs de l’école avec Jérémie, Ana, Jean-Baptiste et Simon, les flashbacks centrés sur ces quatre personnages nous permettent de revivre les dix jours précédant la disparition de leur dernier camarade, sous l’angle de chacun d’entre eux. Des raccords millimétrés permettent alors de reconstituer peu à peu le puzzle scénaristique. L’autre bonne trouvaille est de nous montrer comment le milieu scolaire peut, en conjuguant esprit de vengeance, jalousie et amour-propre, diffuser si facilement rumeurs et vérités cachées par le bouche-à-oreille entre les cours. Le spectateur est ainsi mené par le bout du nez sur des fausses pistes avec de jeunes acteurs dont la justesse est bluffante. Au final, nous assistons à un cocktail bien dosé de drame intimiste et de thriller, pour le plus grand bonheur de nos yeux, ainsi que de nos oreilles.

Guillaume Arias

[28 sept 2010] Amore - (Italie - 1h58) de Luca Guadagnino avec Tilda Swinton, Alba Rohrwacher, Pippo Delbono…

Cine-amore.jpg

L’amour à l’italienne

Production et casting lorgnant sur un international anglo-italien boiteux, histoire qui, comme son titre l’indique, va parler d’amour — et de surcroît dans l’univers froid et conservateur de la haute bourgeoisie milanaise. Avec ces prémices, on pouvait donc craindre un film maniéré, débordant de violons, un bric-à-brac flairant le sentimentalisme viscontien et plombé par des descriptions archi convenues à propos d’un milieu qu’on pourra aisément qualifier de suranné. Mais ici, rien de cela. Riche dans sa facture, intelligent dans ses ruptures, silencieux dans son chaos, éloquent dans ses silences, Amore s’intéresse avant tout à ses personnages, à leur intériorité. Et avant de se focaliser sur le monde dans lequel ils baignent, même si ce monde a son importance, Luca Guadagnino cherche à comprendre, avec nous, en même temps que nous, les inhibitions de chacun de ses protagonistes. Ainsi, se préservant de nombreux espaces flous qui donnent une admirable lenteur personnelle au film, l’histoire progresse par touches, ne se dévoilant que partiellement. Il faut que les actes aient lieu pour qu’on les saisisse. La matérialité ne parvient pas à forcer la virtualité. La caméra n’entre pas là où elle n’est pas autorisée à le faire. Jamais. Même, par exemple, pendant cette splendide scène d’amour entre Swinton et son amant. On surprend furtivement, parfois plus longuement, leurs corps et une somme de détails aux intuitions complexes. Et le sens du film provient de ces intuitions… Si bien que rien n’est sûr, rien n’est acquis. Le mouvement des fluides, le balancier des âmes, la beauté des instants et l’éphémère troublant des choses qui nous entourent, voilà ce dont parle Amore. Avec justesse…

Lionel Vicari

[28 sept 2010] brèves cinéma 268

Courants d’air

Etats du Doc en Région PACA
A peine sorti d’un mois de juin explosif en l’honneur de ses vingt ans d’activité, le cinéma l’Alhambra s’offre une rentrée dynamique, avec entre autres ces Etats du Doc, deux journées de projections, rencontres et tables rondes autour de la production documentaire soutenue par la Région, et cette question : comment filmer un territoire ? Deux films à l’affiche de l’événement, présentés par leurs réalisateurs : Terre d’usage, de Marc-Antoine Roudil et Sophie Bruneau — récemment remarqués pour leur travail sur Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés —, et Till Roeskens, pour le film Plan de situation : Joliette.
_Les 1er & 2/10 à l’Alhambra (2 rue du Cinéma, 16e). Rens. www.alhambracine.com

Ovidie à Marseille
Vidéodrome attaque une nouvelle saison de projections au Daki Ling en invitant la réalisatrice, actrice et écrivaine Ovidie, icône de l’underground pornographique, pour la sortie de son dernier film Histoires de sexe(s), dans lequel femmes et hommes opposent une vision contrastée de la sexualité. Ovidie y aborde frontalement son sujet et questionne le rapport de chaque personnage au sexe. Au-delà de l’évident intérêt pédagogique, le film se confronte également à la représentation du sexe à l’écran, ainsi qu’aux foudres de la censure subies lors de sa sortie. La projection du samedi sera précédée d’une rencontre-signature au Vidéodrome.
_Les 1er & 2/10 au Daki Ling (45A rue d’Aubagne, 1er). Rens. www.videodrome.fr

Courts-Bouillon
Structure régionale des plus dynamiques installée à Rousset, Les Films du Delta propose leur cinquième édition de Courts-Bouillon, melting pot de courts-métrages triés sur le volet, et diffusés lors d’une journée marathon, avec au programme vingt-cinq films internationaux. L’événement s’ouvre sur Logorama, le fameux court oscarisé du collectif H5, et met l’accent cette année sur l’excellent travail de la Maison du Court, organisme œuvrant depuis 1987 au développement et à la diffusion du court-métrage en France, sous la forme d’une carte blanche présentée par le comédien et réalisateur Richard Sidi.
_Le 9/10 à la Salle Emilien Ventre (Rousset). Rens. www.filmsdelta.com

[28 sept 2010] Jazz sur la Ville du 1er au 15 à Marseille

Swingin’ Marseille

Pour sa cinquième édition, l’incontournable festival Jazz sur la Ville mobilise, cette année encore, de nombreux partenaires. Ainsi, en marge des programmations jazz orthodoxes, conformes aux habitudes des salles impliquées (Cri du Port, Roll’Studio et Cité de la Musique), on trouvera non seulement des formations exceptionnelles (avec Raphaël Imbert & l’Enzo Carniel Trio, et avec Leloil, Arias et consorts), mais surtout des concerts aux accents folk, rock, soul ou encore électro, dans les scènes de musiques actuelles les plus fréquentées.

Jazz-sur-la-ville-Nicolas-A.jpg

Paroles de Cats

Tour d’horizon de quelques coups d’éclats à prévoir dans cette première quinzaine d’octobre (et après), d’après les propos de deux jazzmen (ou Cats) en vue sur la place de Marseille : le pianiste Nicolas Arias et le trompettiste qui monte qui monte… Christophe Le Loil.

Si, par l’entremise de ces opérateurs historiques que sont Le Cri du Port et la Cité de la Musique, le festival Jazz sur la Ville impulse plus que jamais une dynamique collective au swing dans la cité phocéenne, c’est à l’opiniâtreté des musiciens que l’on doit payer tribut. Ainsi, Nicolas Arias, infatigable instigateur des soirées bœuf au Planet Mundo Kfé (sur le Cours Ju’), est persuadé de leur impact sur un public de plus en plus élargi. Sous le nom de This Quartet, il propose chaque mercredi soir cette jam session « sérieuse et non élitiste », orchestrée à la manière d’un « cercle vertueux » à même de créer des conditions propices « à faire décoller le bœuf » : ré-harmonisation des standards, thèmes de travail pour les sidemen (« le printemps », « Herbie Hancock », « Ahmad Jamal »…), invitations d’artistes locaux prestigieux (Olivier Témime, le multi-instrumentiste Vincent Strazzieri) ou de passage (le saxo d’Alicia Keys, en personne)… Nicolas Arias est, du reste, persuadé que Marseille est une ville « plus jazz que jamais ». Gageons que la cave du Planet Mundo sera un « hot spot » de cette quinzaine bleue… C’est d’ailleurs là que Christophe Leloil a rencontré le contrebassiste Eric Surménian, qu’il a embauché pour son projet Line 4 (en concert le 6 à la Cité de la Musique), aux côtés d’un sorcier des rythmiques hallucinatoires, le batteur belge André Charlier. Dans son évocation des univers urbains, le Line 4 convoquera également la sublime Carine Bonnefoy, extraordinaire pianiste de la suite E.C.H.O.E.S — sextet ravivant l’histoire du jazz (avec Raphaël Imbert, Cédric Bec, Thomas Savy et Simon Tailleu, excusez du peu). Dans la foulée d’une tournée arménienne de ce dernier, Leloil se retrouvait embringué dans le Grand T’Ork (dirigé par Philippe Renaud — le 12 à l’Espace Julien), sorte de big band jazz arménien aux visées métisses. Cet engagement artistique sur tous les fronts du swing n’empêche pas à l’énergumène d’être sensible aux luttes sociales dans la cité et de reconnaître que les acteurs culturels sont loin d’en être des moteurs : « On est toujours [dans le jazz] entre gens de bonne compagnie », souligne-t-il. Progressiste, il l’est d’abord dans le swing, renouvelant son « Buk Project » à l’Alcazar (le 14 octobre), autour de la mémoire de l’écrivain destroy Bukowski, ou se délectant du jazz funk boogaloo au sein du Boogie Hospital 6tet (samedi 9 au Planet Mundo Kfé), avec Nicolas Arias à l’orgue Hammond B3 et l’incontournable Cédric Bec à la batterie. Est-ce que tout cela ne sent pas un peu la dispersion, monsieur Leloil ? L’intéressé se dit persuadé que, grâce à une carrière d’enseignant en jazz en voie de confirmation, il sera à même de « pérenniser les choses. » A la bonne heure, mais de toute façon, n’est-ce pas le propre du jazzman que d’être un tel affamé de swing — et donc d’aimer ne plus savoir sur quel pied danser ?

Laurent Dussutour

[Spéciale dédicace à la mémoire du batteur Robert Ménillo, swinging papy suprême (RIP)]

Jazz sur la Ville du 1er au 15 à Marseille. Rens. 04 91 39 28 47 / www.myspace.com/jazzsurlaville

jazz-sur-la-ville.png

Kyrie Kristmanson > le 2 au Poste à Galène
Quand un disque d’un petit label français aux idées larges (No Format, responsable du Solo piano de Gonzales) arrive sur les platines de la rédaction, on y prête une attention toute particulière. Celui de cette jeune Canadienne fut, il y a quelques mois, un choc : on y découvrait une voix, autant dire un diamant brut, un instrument à part entière qui l’affiliait directement à certaines chanteuses de jazz des années 60. Egalement guitariste et trompettiste, Kyrie Kristmanson est depuis devenue l’une des révélations du festival Les Femmes s’en Mêlent.
PLX

Fantazio + Jean Louis > le 5 à l’Embobineuse
Contrebassiste/slammeur virtuose dans ses deux domaines d’expression, Fantasio est déjà célèbre pour son dernier album, riche de circonvolutions tortueuses, d’histoires et de gimmicks étranges. Le trio Jean Louis, combo fusion proche de John Zorn et doté d’une très grande énergie, est beaucoup moins célèbre, mais fut l’un des temps forts de l’an dernier à l’Embobineuse. Très logiquement, l’Embob’ l’inclut sur sa compilation historique (voir p. 6) et le reprogramme fissa. Une soirée jazz freaky et tendue en perspective.
JS

Taylor Mc Ferrin > le 10 à la Mesòn
Avec un père capable de faire le grand écart entre negro spiritual, funk et classique uniquement avec sa voix depuis près de trente ans (Bobby McFerrin), on se dirait spontanément que ça n’a dû être facile pour lui de se faire un prénom en tant que musicien. Or, bien qu’il utilise également sa voix pour unique instrument de base, Taylor y parvient sans mal. Le hip-hop de ce producteur/chanteur et beatboxer exceptionnel a choisi son camp : le broken beat. Et sa famille ? Le jazz, bien sûr.
JS

Aloe Blacc > le 11 au Cabaret Aléatoire
Celui qui n’était jusque-là qu’un honnête rappeur — qui se souvient de son premier album solo Shine Throught en 2006 ? — fait aujourd’hui figure de messie d’une soul music se voulant populaire et dansante. Sur la seule foi d’un morceau en très haute rotation sur toutes les radios, Aloe Blacc devrait remplir un Cabaret qui accueillera pour l’occasion un public plus « large » que d’ordinaire et d’ores et déjà acquis à sa cause. Simple effet de mode ou naissance d’une étoile ? Réponse lundi soir.
nas/im

[28 sept 2010] compil’ Embobinoiz Vol Hume One

Les enfants du néant

Sortie le 17 septembre, la compil’ Embobinoiz Vol Hume One constitue sans aucun doute le meilleur document pour comprendre l’entreprise de subversion conduite depuis cinq ans par l’Embobineuse. Si on sait lire entre les pistes…

embob.jpg

Editée et produite directement dans ses (grands) locaux, la compilation, son emballage et son livret gothique/trash sérigraphiés signent une entrée dans l’édition par une porte dérobée : éditée à peu d’exemplaires et distribuée par des réseaux alternatifs (via le Dernier Cri, les artistes maison en tournée ou directement dans la salle), elle est conforme à la politique de la micro-édition. Une fois le disque inséré dans la platine, le premier point commun entre ces extraits live et les soirs de concert boulevard Bouès est évident : le bruit. A cet égard, le jeune musicien Bex montre bien l’ambivalence du son « Embobineuse » : ni « métalleux » ni purement chercheur, il se situe dans cette zone indéfinie qu’on qualifie généralement de « bruitiste » (« noise »), et qui rassemble en réalité tous les amoureux du larsen n’ayant jamais laissé tomber la mélomanie ni le souci de l’acoustique. Des mélomanes déjantés en somme. Traversant indifféremment de nombreux styles musicaux, de l’électro festive ou minimaliste au très parodique « cabaret rock’n’roll » en passant par le doom d’Anal Batros, qui fait agiter la tête et gronder les cordes vocales, Embobinoiz Vol Hume One témoigne également d’un soutien de la salle à la scène locale (Karine Dumont, Binaire). Malgré toutes les perversions positives qu’elle abrite et qui la motivent, l’Embob’ reste pourtant avant tout un lieu de découvertes musicales sans restrictions de style ou d’origine. Ainsi, le morceau de clôture est un très long extrait d’un concert de Jean Louis, éminent trio jazz-rock parisien (voir les encadrés Jazz sur la Ville, ci-contre). En tant que document témoin, Embobinoiz rappelle que le spectateur-type aura dû accepter d’évoluer au sein d’un environnement sombre et hypnotique, où l’originalité, l’étrangeté et l’ivresse constituent un cocktail percutant, quoique déstabilisant. C’est dans l’air et les groupes invités n’y échappent pas : le plus souvent, l’Embob’ révèle leur côté destroy et rock’n’roll, torturé — ce que l’on pourra aisément constater dans tous les styles représentés ici. A l’image du morceau d’Ancient Myth, groupe de hip-hop américain très respectable : le chanteur y est au bord de la suffocation. Désorientés, les artistes s’improvisent très souvent gourous, en donnant dans la messe (noire) psychédélique. Mais le public des habitués n’est pas innocent dans l’histoire… A la fois savants et embués par les volutes dont ils abreuvent leurs esprits curieux, les « embobinés » sont à l’image du Monsieur Loyal de la salle, Félix Fujikkoon : l’esprit pointé vers un certain nirvana sensuel ou intellectuel, ils marchent sur un fil ténu, se jouant d’un gouffre métaphysique latent. Le poète Charles Pennequin, intervenant aussi dans la compilation, y donne une description très précise de « l’embobiné » : « C’est son intimité… mais il la maîtrise pas. Il voudrait taper sans taper, jouer son instrument mais sans jouer, mais ça l’emmerde, de taper, de frapper, parce qu’il sait qu’y a rien à comprendre… » Ce que répète à sa façon Compagny Fuck : « Fire walk with us » (« Le feu marche avec nous », inspiré du sous titre du film Twin Peaks, Fire walk with me). Concluant le disque, System Dream raconte un rêve et semblerait presque exposer le véritable dilemme de l’Embobineuse, si on se prêtait au jeu du détournement : « Quand on le relâche, il s’enfonce dans le marais et ne peut plus nager. C’est atroce. (…) Dans les chiottes, je remarque qu’on peut visionner des films en super 8. (…) Je me sens terriblement fatigué. (…) Je ne sais plus dans quel monde il faut rester… » Ainsi, que vous soyez un initié ou non, les soirées de l’Embobineuse constitueront toujours, malgré tout, une épreuve physique, mentale et/ou morale, dont on ignore s’il convient d’y prendre goût ou pas…

Jonathan Suissa

Rens. www.lembobineuse.biz

[28 sept 2010] ActOral.10

Zone de résistance

Pour sa dixième édition, le festival ActOral persiste dans son idée de l’intimité et nous propose de remonter le fil de l’écriture en mettant à nu le processus de création.

ActOral.jpg

Comment s’articulent les mots dès lors qu’on les prononce sur scène ? La dramaturgie s’inscrit dans une idée de la capture de l’attention, de la tension, du dénouement. Tantôt syncopé, tantôt fluide, le phrasé joue sur tous les modes de la diction pour dessiner l’espace des sentiments. On déroule l’espace du vide et l’on remplit par petites touches les éléments d’une théâtralisation. Là où le cinéma superpose les effets pour emmener le spectateur dans une aventure de deux heures, le théâtre s’amuse de la distanciation et de la soustraction pour épurer le pathos de sa brillance, de son cliché. ActOral tente une approche du texte qui invite le dramaturge à renouer avec la proximité du spectateur : un micro, une chaise, trois éléments de décors, un processus en cours de création (une mise en espace). Dans ce contexte épuré, le public se retrouve au plus près des mots. Il rentre dans le texte comme rarement, à la manière d’une peinture qui se refuse au mouvement. Il se dégage un deuxième espace, celui de l’auteur dans son intimité, à la recherche d’une intention. On est confronté à notre petite personne, à notre capacité d’écoute et à notre impatience. On remonte l’origine du théâtre et ce qui matérialise une présence, une histoire, une nécessité. ActOral persiste dans son idée du trois fois rien. Il invite la performance, la mise en lecture, la danse dans ce qu’elle a de plus contemporaine. Pas de tête d’affiche, juste un large tour d’horizon de ce qui vit et s’autorise à contester un monde trop policé. Nous avançons dans une ère du sarcasme où les institutions ne se privent plus de dénoncer et de stigmatiser sur un mode passionnel ce qui sort de la marge. Pourtant, la marge est un endroit où l’on prend des notes, où l’on se permet des remarques, où l’on pose des points d’interrogation, tout ce qui participe au dialogue et à l’échange des contradictions. ActOral pose le principe de précaution et pointe du doigt ce qui est en voie de disparition. Il propose une logique de production qui ne s’excuse pas de son manque de moyens, mais en joue avec une certaine aisance et un sens de l’affirmation. Vivre ActOral, c’est déambuler au fil d’une programmation où l’on se laisse surprendre par l’inconnu. On ne voit pas ce qu’on aimerait voir, mais ce que l’on est au regard d’une différence, d’un état déroutant et de ce qui pourrait nous advenir. Le vingtième siècle s’est écrit dans un monde bipolaire (Capitalisme vs Communisme) qui a servi de prétexte à une réécriture des frontières et un partage du monde entre grandes puissances. Le monde d’aujourd’hui s’écrit à travers le scénario des multinationales qui ont décidé de nous inventer une réalité à travers le prisme de l’écran télé. On voit bien, dès lors, que le théâtre redevient une petite chose qui n’a plus les moyens de proposer une alternative. Il lui reste donc l’essentiel : une introspection sur ce qui définit la qualité du théâtre, un regard critique teinté d’ironie sur le monde d’aujourd’hui, parce que le rire reste un formidable vecteur de plaisir. Le théâtre devient plus que jamais le garant d’espaces d’expression pour le plus petit nombre. C’est dans cette politique du un plus un et de la nécessaire proximité qu’une qualité d’écoute s’installe, que le souvenir de nos morts perdure et que le choix des mots nous rappelle qu’il n’y a pas de prescription sur la mémoire.

Texte et photo : Karim Grandi-Baupain

ActOral.10 : jusqu’au 13/10 dans divers lieux de Marseille. Rens. 04 91 37 14 04 / www.actoral.org

[28 sept 2010] Small is beautiful

Big and beautiful

Boire un thé sur l’immense terrasse d’une maison miniature, découvrir si Aubagne mérite vraiment son nom, déjouer un « complot intergalactique » en menant une enquête au cœur de la ville… C’est ce qui attend, entre autres propositions tout aussi séduisantes, les spectateurs de Small Is Beautiful. Pour sa quatrième édition, le festival d’arts de la rue grandit encore et propose une exploration du territoire Marseille-Provence à l’image de Lieux Publics : surprenante et éclectique.

Stephen-Bain-Baby.jpg

Un festival divisé en quatre épisodes et un épilogue, qui s’étend sur près de trois semaines et dans trois villes « et demi » (Marseille, Aubagne, Martigues et Port-Saint-Louis du Rhône pour un prologue inattendu), avec pas moins de seize propositions artistiques originales : cette année, Small Is Beautiful voit grand. L’intitulé de la manifestation ne s’avère pas pour autant mensonger. A l’origine, la « vitrine de Lieux Publics » (dixit son directeur Pierre Sauvageot, qui s’active plus ou moins dans l’ombre à longueur d’année), a en effet été conçue dans le but de privilégier « le contact intime, charnel, entre l’artiste au travail et son public. »
Dont acte avec cette nouvelle édition, qui multiplie notamment les projets implicatifs (et ludiques) : outre le traditionnel Mondial de Flashrue (immense action artistique surprise en espace public dont vous êtes le héros), le collectif Ici-Même (Paris) interrogera le rapport de l’homme à son environnement urbain avec un jeu de rôle où les specta(c)teurs se prendront pour des détectives. Quant à l’Espagnol Roger Bernat, il chorégraphiera les réponses de son assistance à un sondage, créant ainsi des micro-communautés éphémères, « histoire de montrer que finalement, nous ne sommes pas si différents les uns des autres. »
Installant le festival sur la durée, Lieux Publics entend aussi et surtout répondre au besoin de voir le territoire autrement, une problématique à laquelle s’intéressent de plus en plus d’artistes. L’interrogation de l’espace urbain sera d’ailleurs au cœur de plusieurs des projets présentés, à commencer par l’ANPU (Agence Nationale de Psychanalyse Urbaine), qui proposera, sous la houlette de Laurent Petit, de soumettre des villes entières à son expertise. Avec Baby, where are the fine things you promised me ?, Stephen Bain proposera aux passants une réflexion sur l’accès à la propriété, via l’installation d’un minuscule cottage victorien dans lequel le performeur néo-zélandais aura pris ses quartiers. Pour le collectif Pixel 13, il s’agira avec le BULB (un dôme lumineux sur lequel sera projeté un feuilleton multimédia) de s’approprier et de donner (à voir) le territoire Marseille Provence à ses habitants, avant même qu’il soit clairement défini. Quant aux Belges de Victor B. et aux Provençaux d’Artonik, ils revisiteront chacun à leur manière le principe de la visite guidée, mais en prenant pour point d’ancrage ces espaces de verdure qui, installés au cœur de la ville, permettent d’en oublier sa grisaille.
Difficile de détailler les nombreuses autres propositions qui émaillent une programmation aussi dense qu’attractive, mieux vaut encore s’en référer à notre agenda. Une dernière précision s’impose toutefois : si vous voyez un acrobate turc dévaler les escaliers de la gare Saint-Charles en un temps record ou au contraire une danseuse prendre son temps pour arpenter gracieusement les mêmes cent quatre marches, ne vous étonnez pas : SIB aura encore frappé, partout, et surtout là où on ne l’attend pas.

Texte : CC
Photo : Baby de Stephen Bain par Victoria Birkinshaw

• Small is beautiful : le 1er à Port-Saint-Louis du Rhône et du 6 au 23/10 à Marseille, Martigues et Aubagne. Rens. 04 91 03 81 28 / www.lieuxpublics.com

En cette rentrée décidément très riche, trois autres événements s’apprêtent à envahir les rues territoire Marseille-Provence. Suivez le guide (voir programmations détaillées dans l’Agenda) :
• Salon Public : du 1er au 3/10 à Salon-de-Provence. Rens. 04 90 56 27 60 / www.salondeprovence.fr
• Tremblement de rue : le 2/10 à Gardanne. Rens. www.ville-gardanne.fr
• Cirque & Entresorts : du 9 au 15/10 en Pays d’Arles. Rens. Théâtre d’Arles : 04 90 52 51 51 / www.theatre-arles.com

[28 sept 2010] Andrea Chénier à l’Opéra de Marseille

Froideur de lame

L’Opéra de Marseille donne en ce moment le Andrea Chénier d’Umberto Giordano. Une soirée divertissante qui nous laisse malheureusement assez loin de la terre promise et du paradis.

Andrea-Chenier.jpgUn sujet tel que Chénier (un poète !), un tel contexte (la Révolution !), un compositeur italien (Giordano)… : tout semblait promettre un moment de passion prompt à chavirer les cœurs et ravir les âmes. L’œuvre en elle-même est assez proche de la réalité historique, comme c’est souvent le cas avec le librettiste Luigi Illica. Elle s’ouvre le 26 Juin 1789, dans les salons de la comtesse de Coigny par une scène de fête au cours de laquelle s’installent les éléments historiques en même temps que se révèlent les trois personnages principaux : Charles Gérard, alors domestique (ce soir-là démissionnaire) de la comtesse, Andrea Chénier, qui est l’un des invités, et Irène, fille de la comtesse, qui deviendra enjeu entre les deux hommes jusqu’à l’issue, fatale pour elle-même et Chénier. Dans la réalité, Chénier a été guillotiné pour ses écrits hostiles envers Robespierre et la jeune femme qui lui a inspiré le poème A une jeune captive ne l’a pas accompagné sur l’échafaud, elle a même échappé à la mort suite à l’exécution de Robespierre, qui intervint deux jours après celle de Chénier. Finalement, le personnage le plus intéressant est celui de Gérard, qui a une incidence directe sur l’évolution de la situation, là où Chénier s’en remet à son destin. C’est aussi Gérard qui est la proie des tourments de l’âme. Il est tiraillé entre des sentiments contraires, l’amour, la jalousie et la tentation de vilenie et de vengeance qu’elle génère, son désir d’embellir son âme de nobles attitudes : son envie d’être libre au premier acte, son désir de couvrir Chénier suite au duel entre les deux hommes, l’aveu qu’il fait devant le tribunal où il revient en vain sur ses accusations mensongères. L’agitation de son âme, la palette et les nuances de sentiments par lesquels il passe sont traduites excellemment par la voix de Marco Di Felice et par la finesse de son jeu. C’est d’ailleurs lui qui touchera le plus le public, bouleversant un peu le crescendo convenu des applaudissements au moment des saluts. Hélas, ce fut insuffisant pour sauver Andrea Chénier.

Frédéric Marty

Andrea Chénier : jusqu’au 5/10 à l’Opéra de Marseille (2 rue Molière, 1er). Rens. 04 91 55 11 10 / www.opera-marseille.fr

    Newsletter

    Adresse email :  
    Inscription
    Désinscription
  • Ventilo en pdf

    Ventilo n°294
    du 22 février au 6 mars

    Téléchargez le journal et son agenda au format PDF

    couverture Ventilo

    • Chercher


    RSS

    rss-netvibes rss-yahoo rss-newsgator rss-google


    Afficher tous les flux, afin de choisir le thème qui vous intéresse.