Valifornia dreamin’ de Samir Bouallegue

Label saison

 

Varlifornia Dreamin’, c’est l’idée un peu folle qu’a eue Alexandre Telliez-Moreni, à la tête du label toulonnais Toolong Records, d’aller chercher ce que le Var a de plus californien dans ses espaces naturels, son climat et ses aspects libérateurs. En pratique, ça donne un road-movie sur fond de rock psyché et de décors provençaux à couper le souffle. Focus.

 

 

Depuis 2013, Alexandre est le directeur du label toulonnais Toolong Records, qui a pour ambition première l’accompagnement de groupes « pop rock » locaux. Petit à petit, le spectre s’est élargi et Toolong compte aujourd’hui des groupes nationaux dans son catalogue. Pendant longtemps, le label s’est cantonné à la production de disques et de quelques clips. Contexte de crise du disque aidant, l’envie de sortir du modèle de production épuisant, peu gratifiant et très chronophage pour les groupes qu’est le schéma classique sortie de disque / presse / tournée est rapidement apparue. Géographe de formation, Alexandre a eu envie de parler du territoire. Déjà auparavant, la géographie du Var, de Toulon, du coin en général faisait partie de l’esthétique du label et des clips qu’il produit. Varlifornia Dreamin’, c’est l’assemblage en un seul produit de la musique et de la géographie, du rock psyché et du Var. Un objet « hybride » (comme déteste à le qualifier le directeur du label).

« Les médias nous ont souvent renvoyé l’image de Californiens du sud-est, et ça nous a fait plaisir, car beaucoup de ce qui se fait artistiquement là-bas nous plaît ! Par exemple, quand on citait en parlant de nous des groupes comme Allah Las, je trouvais ça super cool ! » En mûrissant, ces comparaisons ont débouché sur des envies de création. Les paysages, la mer, l’esprit de liberté et de grands espaces profondément liés à l’essence californienne peuvent également se trouver dans le Var. Un véritable « copier-coller » entre les deux régions est possible, « de la même façon qu’on peut le faire avec la musique ».

L’entrée de la géographie a donc très vite semblé objective, puisque les deux climats sont méditerranéens. « L’envie a plutôt découlé d’un fantasme, je ne suis jamais allé en Californie, en fait ! » C’est donc plutôt un film fantasmé, basé sur cette culture de masse qui vient des Etats-Unis, mais aussi de la contre-culture indé : écologie, féminisme, culture gay…

Pour réaliser le film, Alexandre a sollicité Samir Bouallegue. Plutôt spécialisé dans la réalisation de courts métrages « un peu barrés » avec sa société de production Barback et Gougoutte, son côté décalé a plu à l’équipe, qui « cherchait un petit peu le danger ». Confiant ainsi la direction artistique à un tiers, le format de ce projet n’était cependant pas clair. « On ne savait pas qu’on en ferait un long métrage, et ce dont je suis le plus fier, c’est que c’est devenu son film, un peu à l’américaine ! » Conçu comme un parcours, le film a nécessité de gros repérages qui ont engendré une « carte de la Varlifornie », localisant à la fois les trajets du film, mais aussi tous les lieux varois qui n’ont pas pu y apparaître malgré leur grand intérêt. L’idée étant ainsi de cartographier un Var différent de celui présenté par les offices de tourisme ou Google.

La bande originale du film, elle, a été composée spécifiquement pour ce film documentaire. Aux origines du projet, c’est au groupe de rock psyché 60’s LuneApache qu’Alexandre avait proposé le projet. Sébastien, bassiste du groupe, a commencé à composer des titres pour la B.O. du film et en a fait tellement que cela a débouché sur la création du groupe surf-rock Hal Manhar, pendant le confinement. Embarqués dans un combi Volkswagen clinquant — qui a réellement servi de lieu de vie pendant le tournage — les musiciens Sébastien Poggioli et Alexandre Herblain ont découvert des décors extraordinaires chers à Alexandre, en sa compagnie, au gré des rencontres fortuites propres à tout road-trip. Une base de compositions avait été imaginée avant le tournage, mais la plupart ont été créées pendant et, pour certaines, gardées telles quelles dans la B.O. du film, sans remixage. « On a enregistré avec un zoom, ça fait des interludes assez sympa, un peu chamaniques ! » D’autres morceaux composés en route ont été enregistrés au retour des artistes. La musique est ainsi le fil conducteur de l’intégralité du projet : « Même Samir, le réalisateur, s’est beaucoup basé sur la musique, et a même commandé des petites pièces musicales un peu à la Dead Man de Jim Jarmusch, où Neil Young fait des petites phrases de guitare un peu à la Ennio Morricone. […] La musique, on l’a composée à trois, en fait. » Le tournage, très venteux, a duré cinq jours. Entre autres anecdotes : un drone cassé, un embrayage foireux, un épanchement de synovie, un covid…

À la fois social, musical et divertissant, ce projet se révèle définitivement original et très attirant. Les soirées de projection seront d’ailleurs presque systématiquement suivies d’un concert du groupe Hal Manhar, pour une envolée complète dans le rêve varlifornien.

 

Lucie Ponthieux Bertram

 

 

Valifornia dreamin’ sera projeté pour la première fois le 14 avril au Théâtre Denis (Hyères), dans le cadre du festival Faveurs de Printemps.

Rens. : www.faveursdeprintemps.com

Pour en (sa)voir plus : www.toolongrecords.com