mercredi 4 novembre, 2009, 9’40 de Caroline Duchatelet

La rentrée art contemporain : Art-O-Rama et Paréidolie

Passons aux salons…

 

A Marseille, la fin de l’été rime avec salons d’art contemporain. D’un ultime billet TGV aller-retour, amateurs d’art et journalistes se réuniront à Marseille les 27 et 28 août pour découvrir de nouveaux artistes ou de nouvelles galeries, pour admirer les œuvres ou enrichir leurs collections en sirotant un spritz…

 

« Il peut être compréhensible que le marché de l’art ait ses “centres” : Londres, New York, Shanghai aujourd’hui. Des galeries s’y agglutinent comme les joailliers place Vendôme. La création d’Art Dealers était une jolie réponse de la part de Roger Pailhas. Un pied de nez mais pas seulement, puisque beaucoup de collectionneurs français et de conservateurs avaient plaisir à se retrouver à Marseille le temps d’un week-end, formidablement accueillis, et, dans ce cas précis, à se concentrer sur l’art et les artistes, marseillais ou non. » (Jean-Louis Maubant (1)Roger Pailhas, l’art d’une vie. Entretien avec Jean-Louis Maubant, par Vincent Gaston (La Pensée de Midi n°20, 2007))

C’est dit, c’est fait, Marseille accueillera Manifesta (2)Manifesta est une biennale d’art européenne dont la première édition a eu lieu en 1996 à Rotterdam, aux Pays-Bas. Elle a lieu à chaque édition dans une ville ou une région différente. en 2020. Le temps de se remettre de MP 2013, et voilà que la ville remporte le privilège d’organiser un événement exclusivement dédié à l’art contemporain de renommée internationale, drainant son cortège d’artistes-stars, de professionnels et de médias. Si 2013 y est pour beaucoup, ce sont surtout les initiatives associatives qui ont su séduire la délégation qui venait cette année découvrir la ville et son tissu d’art contemporain. Des petits lieux associatifs qui, aux côtés des institutions, mènent tout au long de l’année une programmation de qualité, digne de centres d’art (eux-mêmes menacés comme en témoigne encore ces derniers jours le cas du Quartier à Quimper). Rappelons qu’en dehors du CIRVA, Marseille ne possède aucun centre d’art contemporain homologué…
Rappelons également pour les sceptiques que les foires, salons et autres biennales d’art contemporain sont aussi des événements à visée commerciale : un peu comme l’Euro, il y a la beauté du sport et les retombées financières. Le salon désigne une exposition rassemblant des spécialistes ou des professionnels d’un même secteur économique en vue de développer une activité. Une foire est quant à elle assimilée à un salon de type événementiel, voire une exposition montée et pensée autour d’un thème prédéfini. Une manifestation d’art contemporain de type foire ou salon permet ainsi d’offrir une vitrine internationale à des artistes encore vivants, et ainsi de pouvoir vendre des œuvres.
A n’en point douter, Art-O-Rama aura joué un rôle dans la décision de la délégation Manifesta, en instaurant à Marseille une dynamique du marché de l’art que les spécialistes ne manquent pas de relever. Il y dix ans, la plus petite foire de France se lançait dans cette aventure, suivant les pas d’Art Dealers et de Roger Pailhas. Art-O-Rama s’inscrit depuis dans le calendrier tendu des amateurs d’art qui sillonnent le monde pour demeurer à la page de la création contemporaine… Cette année, le salon recevra vingt-et-une galeries en provenance de Barcelone, Bruxelles, Berlin, Lucerne, Munich, Lisbonne ou Los Angeles, à la pointe de l’avant-garde pour la plupart d’entre elles et toutes à l’origine d’un projet curatorial innovant. La foire inaugure cette année une section particulière où l’on pourra retrouver éditions d’art et multiples avec, entre autres, Rinomina (Paris), GDM galerie de multiples (Paris) ou encore l’atelier Tchikebe, bien connu à Marseille. Elle invite également un projet spécifique, The Green Parrot de Barcelone, autour des artistes David Bestué et June Crespo.
Du côté du Show Room, le commissaire invité Luigi Fassi (actuellement commissaire de la section Arts Visuels du festival pluridisciplinaire Steirischer Herbst à Graz en Autriche) aura repéré quatre jeunes artistes fraichement sortis des écoles d’art locales : Sabrina Belouaar, que l’on avait découverte chez Didier Gourvennec Ogor en 2015 avec une très belle exposition personnelle, Jeanne Berbinau Aubry, Clémentine Roche et Jean-Loup Faurat, dont on se souvient de l’œuvre inscrivant dans nos têtes les quelques notes de Rencontre du 3e type présentée dans l’exposition Souvenirs from the Future proposée par Vidéochroniques à la Galerie du 5e en 2015. Enfin, depuis l’année dernière, un jury formé par les collectionneurs invités d’Art-O-Rama remet le prix Roger Pailhas, qui récompense la meilleure écriture pour un stand (remis à la galerie 22,48m2 l’année dernière) et rembourse au lauréat les frais de participation à la foire.
A deux pas de la Friche et d’Art-O-Rama se déroulera la troisième édition du Salon international du dessin contemporain Paréidolie, dans les salles d’exposition du Château de Servières, qui inaugure un nouvel espace lui permettant d’accueillir quatorze galeries cette année. Comme lors des deux éditions précédentes, le salon propose un focus sur le dessin actuel et ses formes contemporaines, déclinant les propositions de galeries émergentes comme PA/Plateforme de création contemporaine (Paris), l’Atelier KSR (Berlin), Backslash (Paris) ou Betts Project (Londres), qui côtoieront des galeries implantées depuis plus longtemps sur le marché de l’art international comme celles de Laurent Godin, Bernard Jordan, Catherine Putman… Ainsi, parmi les différentes propositions jouant de dialogues entre deux, trois ou quatre artistes (Nicolas Muller et Nicolas Daubanes chez Maubert, Caroline Corbasson, Angelika Markul et Séverine Hubard chez Laurence Bernard à Genève…), on découvrira également quelques solo show consacrés à Glen Baxter (Galerie Isabelle Gounod), Hippolyte Hentgen (Sémiose) ou Sabine Finkenauer (Galerie Rafael Pérez Hernando de Madrid)… A côté des stands sont annoncés deux cartes blanches à la galerie Territoires partagés et au MAC Arteum de Châteauneuf-le-Rouge, une très belle programmation de dessin vidéo dont le commissariat a été confié à Léa Bismuth, et un espace dédié à l’édition spécialisée dans le dessin contemporain… A noter également, l’ouverture exceptionnelle du Musée Grobet-Labadié du 26 au 28 août, pour une exposition consacrée à l’artiste Hiraki Sawa, sur une proposition et un commissariat de Léa Bismuth.
En marge du salon, Paréidolie lance pour la troisième année consécutive la Saison du Dessin, qui se déploiera jusqu’en automne et sur tout le territoire du département, avec pour commencer au FRAC PACA un très bel hommage rendu au peintre Cristof Yvoré, disparu en 2013, dans une exposition de dessins jamais dévoilés au public et qui montre les liens qu’entretiennent les deux médiums dans son œuvre. Les galeries marseillaises verniront plusieurs expositions consacrées au dessin durant le dernier week-end d’août, avec Thierry Liégeois chez Où lieu d’exposition pour l’art actuel, Diane Guyot de Saint Michel chez Art-cade, Alpe Romero chez Didier Gourvennec Ogor, Sharka Hyland à l’American Gallery, et deux belles expositions collectives réunissant plus d’une dizaine d’artistes à la galerie Porte-Avion et à l’Eglise Saint-Antoine de la GAD. A partir de septembre, la Saison du Dessin se poursuivra à Port-de-Bouc, Mallemort, Istres, Saint-Rémy-de-Provence, Châteauneuf-le-Rouge et Aubagne pour s’achever au Château de Servières, qui consacrera sa première exposition de la rentrée au quatrième opus du cycle autour du dessin contemporain entamé en 2014. A l’heure du dessin 4e temps réunira Joseph Dadoune, Véronique Duplan, Julien Lévy, Marine Pagès, Yves Schemoul et Yoann Ximenes autour de la notion de « territoire » dans tous les sens du terme. Une allusion au concept de déterritorialisation avancé par Thierry d’Avila concernant les nouveaux chemins empruntés par le dessin contemporain dans son article Où est passé le dessin ?, et emprunté au concept créé par Gilles Deleuze et Félix Guattari décrivant « tout processus de décontextualisation d’un ensemble de relations qui permet leur actualisation dans d’autres contextes… » (3)em>L’Anti-Œdipe (éd. Minuit, 1972)
S’extraire de son environnement pour se redéfinir et se reconsidérer soi-même, telle sera peut-être l’expérience que vous aurez à faire dans vos différentes visites d’Art-O-rama et Paréidolie. C’est en tous cas le pari pris par les organisateurs de ces deux manifestations.

Céline Ghisleri

 

 

  • Art-O-Rama : du 26 au 28/08 à la Cartonnerie / Friche La Belle de Mai (41 rue Jobin, 3e).
    Rens. : 04 95 04 95 04 / www.art-o-rama.fr

  • Paréidolie : les 27 & 28/08 à la Galerie Château de Servières (11/19 boulevard Boisson, 4e).
    Rens. : 04 91 85 42 78 / www.pareidolie.net

 

 

Notes   [ + ]

1. Roger Pailhas, l’art d’une vie. Entretien avec Jean-Louis Maubant, par Vincent Gaston (La Pensée de Midi n°20, 2007
2. Manifesta est une biennale d’art européenne dont la première édition a eu lieu en 1996 à Rotterdam, aux Pays-Bas. Elle a lieu à chaque édition dans une ville ou une région différente.
3. em>L’Anti-Œdipe (éd. Minuit, 1972