Muriel Enjalran

L’entretien | Muriel Enjalran

À la tête du Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur depuis mars dernier, Muriel Enjalran détaille avec nous son ambitieux projet intitulé Faire société. Où il est question du statut de l’artiste, de la dimension politique de l’art, de la nécessité de l’inscription du Frac dans son territoire et son quartier… et même des Jeux Olympiques !

 

 

Ancienne directrice du CRP/ Centre régional de la photographie Hauts-de-France — à une centaine de kilomètres du Frac Picardie où est parti Pascal Neveux (1), son prédécesseur —, Muriel Enjalran ne débarque pas dans la cité phocéenne en terre inconnue. Sa maîtrise d’histoire portait en effet sur le thème « Marseille, Commerce et échanges dans l’art du XVIIIe siècle ».

Nommée en décembre dernier par la ministre de la Culture, elle arrive à la tête du Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur en pleine crise sanitaire : le bâtiment est fermé au public, en partie occupé, ses expositions repoussées, et sa programmation ne débutera qu’en 2022.

Son projet pour le Frac n’affiche pas de rupture franche avec la ligne de Pascal Neveux, mais des variations, des remaniements et quelques nouveautés, comme une réaffectation des plateaux, et peut-être une volonté plus affirmée d’inviter les habitants du quartier Joliette à s’emparer du Frac et à l’identifier comme un lieu ressource. Elle dispose pour cela de divers moyens, parmi lesquels le projet d’une Biennale de la Joliette, sur le modèle de la Biennale de Belleville à Paris dont elle a été l’une des instigatrices.

 

 

Marseille semble avoir exercer sur vous la même attractivité que sur les jeunes artistes qui s’installent ici depuis quelques années maintenant. En dehors de votre sujet de maitrise en histoire, quels étaient vos liens avec la ville et son territoire artistique avant votre nomination ?

C’est une scène que j’avais déjà pu pratiquer, en tous cas pour ses acteurs institutionnels. J’ai été secrétaire général du réseau des centres d’art D.C.A, qui comprenait beaucoup d’acteurs de la région, comme l’Espace de l’Art Concret de Mouans-Sartoux, la Villa Arson (Nice), ou le 3bisF (Aix-en-Provence). Ce sont des acteurs avec lesquels j’ai donc travaillé, que j’ai déjà pu avoir comme interlocuteurs. Je connaissais aussi certains artistes qui, depuis quelques années, avaient fait le choix de venir s’installer à Marseille ou qui n’avaient jamais quitté la ville dont ils étaient originaires. J’ai senti qu’il y avait vraiment une situation extrêmement forte, en termes de maillage culturel et de richesses des acteurs. J’avais aussi commencé à entrevoir toutes ces énergies de collectifs d’artistes qui montent des projets ; c’est une année faste où pleins de projets se réalisent à Marseille. Je pense que c’est vraiment une situation exceptionnelle pour prendre la direction d’un lieu comme le Frac.

 

 

Vous connaissiez également Pascal Neveux ?

Je le connaissais au travers d’échanges professionnels de réseaux : j’ai travaillé avec le CIPAC (Fédération des professionnels de l’art contemporain, ndlr), dont il est président, et le réseau des Frac, donc je connaissais Pascal depuis de nombreuses années.

 

 

Vous avez emprunté le titre de votre projet, Faire société, à Jacques Donzelot, et à son travail autour des politiques de la ville. Pensez-vous que l’art ait nécessairement un rôle social à jouer, comme on le lui demande depuis une vingtaine d’années ? Et comment faire selon vous pour le Frac entre dans la vie de tous les Marseillais ?

C’est vrai que c’est un terme ambitieux, « faire société », mais cette dimension politique de l’art, elle lui est inhérente, dès l’instant qu’il est dans un principe de mise en vue pour des publics. Le rapport à la sphère publique se trouve à plusieurs endroits, que les artistes se positionnent ou pas sur des sujets littéralement sociaux. Dès l’instant où il y a une transmission, une médiation avec les publics, l’art devient politique, au sens d’un rôle qu’il occupe dans la cité, la polis.

Effectivement, il y a des artistes qui souhaitent avoir un rôle actif plus que d’autres au travers de leurs formes et de leurs recherches. Je pense que les chemins de traverse qu’ils sont capables de prendre, la manière dont ils peuvent effectivement travailler sur une dynamique disciplinaire transversale, permet de toucher à plein de domaines qui permettent de penser le fait social, ses enjeux, d’ordres sociologiques, environnementaux, scientifiques. C’est en ça que les artistes peuvent participer à la création de lien social et, à certains endroits, contribuer à le réparer, aider les territoires à être résilients.

C’est aussi pour cela que je suis allée à Douchy-les-Mines, dans les Hauts-de-France, dans cet ex-bassin minier qui avait vu son industrie se défaire au tournant des années 90 et qui, au travers de la culture et de l’art, a essayé de construire une nouvelle identité pour la région et de créer des conditions économiques différentes.

Concernant les Marseillais, c’est vrai que le Frac, qui a une vocation régionale, a aussi depuis 2013 un bâtiment qui le porte plus fortement dans la ville de Marseille. C’est son lieu d’inscription, et cela va vraiment être une de mes entrées fortes pour le projet.

Le travail de diffusion régional est déjà très bien fait et extrêmement riche, mais je pense qu’après dix ans d’existence de ce bâtiment, il est nécessaire de questionner à nouveau son inscription dans le quartier, dans la ville, et de recréer des dynamiques avec les partenaires de différents ordres à Marseille, culturel au premier chef mais pas seulement.

On veut aussi interroger ce quartier qui continue sa mue. Un quartier résidentiel, lié au Port, historiquement associé à de petites industries et à l’artisanat, devenu un quartier d’affaires, de commerces et de services.

Je trouve intéressant que le Frac, au travers de projets qui se portent dans l’espace public, questionne ces différents usages, ces différentes histoires, ces différentes populations. C’est pour cela que j’ai eu l’idée d’impulser cette Biennale de la Joliette qui, si mes collègues dans le quartier pour l’art et la culture souhaitent me suivre, permettrait, sur un mode événementiel, de rendre visible toutes ces énergies, tous ces usages qui cohabitent au travers de projets d’artistes, ainsi attirer de nouveaux publics. Le terme « faire société », c’est aussi pour moi faire du Frac un lieu de vie, de convivialité ; je pense vraiment ce projet de biennale sur la notion de voisinage, extrêmement importante pour justement « faire société ».

 

« Les artistes peuvent participer à la création de lien social et, à certains endroits, contribuer à le réparer, aider les territoires à être résilients. »

 

 

Il y a dix ans, Bernard Stiegler disait que « le rôle de l’art est de produire du discernement. » En 2020, dans son dernier livre, il considérait que « l’art n’était plus la question. » Face aux urgences sociales, écologiques et maintenant sanitaires, ce monde en mutation, dont vous parlez dans votre déclaration d’intentions, peut-il encore produire des formes artistiques telles que le « monde d’avant » les envisageait ?

Sur la nécessité de l’art, en ces moments de crises aigües, je pense que la privation, depuis plus d’une année et demie, d’un accès à toutes les formes de cultures de façon réelle a laissé entrevoir le manque. Et justement, sur cette notion de « faire société », la culture, à travers tous les rendez-vous qu’elle propose est, je pense, absolument essentielle.

Après, pour ce qui est de la faculté de l’art de nous aider à penser ce que nous avons vécu ces derniers mois, je pense que les artistes ont une distance par rapport à l’événement, qu’ils nous permettent de mettre en perspective des choses, d’avoir une vision un peu plus macro. Ce ne sont pas des réponses, ils ne se positionnent pas sur ce mode là, mais ils peuvent nous aider à comprendre ce que nous sommes en train de vivre, à penser la transformation, et ce monde d’après que nous appelons tous de nos vœux.

Sur la question des formes, les artistes ont toujours été innovants et n’ont pas attendu que nous nous posions la question pour l’intégrer dans leur process ; cet art écologique existe depuis les années 70. Je pense que c’est d’avantage aux structures d’être résilientes sur ces questions-là, de penser à recycler, à avoir des cycles de production plus vertueux, d’anticiper lorsque l’on produit des grosses installations en bois ou en aluminium, de faire en sorte que ça n’aille pas à la benne et qu’on réfléchisse dès la conception du projet au recyclage de ces matériaux. Les formes ont déjà traduit ces préoccupations chez plein d’artistes et, plus que jamais, d’autres vont poursuivre cette réflexion sur un art plus durable et plus intégré.

 

 

Vous connaissez la Réserve des Arts à Marseille (2) ?

Oui, bien sûr, il y a beaucoup d’initiatives nouvelles sur cette question d’accompagnement des projets artistiques et culturels, dans cette vocation durabilité. Il y a aussi le projet des Augures (3) par exemple ; ce sont des gens qui peuvent nous accompagner.

 

 

Dès votre arrivée, vous avez ouvert les portes du Frac au mouvement d’occupation des étudiants-artistes, dont les revendications dépassent largement la seule question de la réouverture des lieux de culture. Quel était le message que vous souhaitiez adresser aux acteurs locaux ? Et comment pensez-vous que les plasticiens puissent accéder à un statut professionnel qui les protège d’avantage ? Comment créer une culture commune professionnelle aux métiers des arts visuels, je pense ici aux médiateurs, aux régisseurs employés sur des contrats précaires…

Le message, c’est de dire aux étudiants qu’on est d’abord pour eux un lieu ressource. Il est de notre devoir d’accompagner ces jeunes artistes en devenir, ces jeunes professionnels, aux côtés d’autres tiers-lieux ou structures qui sont extrêmement dynamiques à ce niveau-là, notamment sur la question de la professionnalisation des artistes, pour communiquer sur leurs droits et les aider dans leur démarche.

Pour moi, ce signe d’ouverture était très important et c’est aussi comme cela que le conseil d’administration l’a entendu et accepté, même si c’est compliqué. Ces questions de structuration de la filière arts plastiques m’occupent depuis plus de quinze ans. Je pense que nous avons des décennies de retard en termes de structuration et de reconnaissance par rapport au spectacle vivant. Sans opposer l’un et l’autre, il faut que nous parvenions à faire admettre qu’il existe des spécificités dans les arts plastiques, qui doivent être reconnues, notamment sur le statut d’artiste qui est effectivement extrêmement précaire. Il faut accéder à une reconnaissance d’heures pour l’assurance chômage, par exemple. On est au début de ce chemin-là, c’est aussi à nos structures d’être vertueuses dans le respect des différents droits, et de porter cette voix-là auprès des ministères et des collectivités pour nous aider à avancer sur ce chemin de la reconnaissance, de la structuration professionnelle et du statut de l’artiste plasticien.

 

 

Les missions du Frac sont diverses. Outre la diffusion hors les murs et la constitution d’une collection, les Frac nouvelle génération doivent organiser des expositions in situ d’artistes internationaux, et du territoire. Pouvez-nous donner une idée de la répartition des budgets annuels alloués à chacun de ces quatre pôles : programmation hors les murs, internes, acquisitions et actions pédagogiques ?

C’est un peu compliqué de vous répondre précisément puisque je n’ai pas encore travaillé sur le budget du FRAC moi-même.

Nous avons un budget de fonctionnement important lié au bâtiment et à l’équipe, qui est ventilé sur les différents projets. Car sans équipe et sans moyens de fonctionner, on ne peut pas porter les projets. C’est important de mesurer cela, puisque de loin, nous semblons être une très grosse équipe avec de gros moyens. C’est ce qui nous permet d’avoir une centaine d’expositions hors les murs par an et de porter de très grosses expositions dans les murs.

Avant les années 2000, les FRAC n’avaient pas vocation d’espace à faire vivre. Les FRAC seconde génération se sont donc un peu muséifiés. Le montage des budgets est un exercice compliqué, puisqu’on est obligés à la fois de tenir une programmation exigeante à l’image de l’ampleur du bâtiment et de maintenir cette mission première de la collection en région, en plus de créer des programmes de résidences qui permettent de soutenir la scène artistique régionale.

Une part importante est réservée aux acquisitions, qui nous permet par la suite de jouer ce rôle de diffusion sur le territoire. Le budget est un petit peu moindre sur le hors les murs. Chaque projet est singulier, il se monte avec des financements partagés tout cela est à géométrie variable.

 

 

« Nous avons des décennies de retard en termes de structuration et de reconnaissance par rapport au spectacle vivant. »

 

 

Concernant les artistes du territoire, justement, quelle est votre connaissance de la scène artistique locale et pensez-vous pouvoir aller à la rencontre des artistes dont les attentes sont certainement très grandes à l’heure de votre arrivée ?

La vocation du Frac dans ses murs, c’est aussi de donner de la visibilité à des initiatives de tiers-lieux qui n’ont pas forcément de gros moyens. Vis-à-vis du soutien à la scène artistique régionale, j’ai envie de dire que nous sommes un peu un écosystème dans lequel on interagit : tout le travail qui est réalisé par cette chaine de soutien s’adresse directement aux artistes de la région. Je souhaite que le Frac soit vraiment un lieu ressource pour ces lieux en termes de formation par exemple. Concernant le projet artistique, ils peuvent nous aider à faire remonter des dossiers d’artistes pour les comités d’acquisition, pour avoir des dossiers qui émanent du territoire, qu’on puisse représenter dans la collection cette énergie artistique sur le territoire.

Mon projet, c’est aussi de construire un programme de résidences croisées avec l’international. Je pense que le meilleur service que le Frac peut offrir à un artiste basé dans la région, c’est de l’aider à se faire connaitre à l’étranger. Nous pouvons jouer le rôle d’interface à pleins d’endroits, dans des lieux partenaires qui ont des programmes de résidences prospectifs et très intéressants, dans le bassin atlantique, au Portugal, aux États-Unis, en Afrique… L’idée est donc de créer une dynamique d’échanges, d’accueillir des artistes de ces lieux partenaires, d’organiser des expositions partagées.

C’est aussi comme cela que j’envisage ce soutien à la scène artistique régionale, qui n’est pas un tout homogène : il y a des énergies à Nice, Toulon, dans le Vaucluse… Il n’y pas que la scène artistique marseillaise, même si c’est là que se concentre la plus grande partie des artistes en termes d’espaces. Je pense qu’il faut vraiment qu’on soit attentif à toutes ces énergies qui foisonnent dans l’ensemble de cette très grande région qu’est la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

 

 

Vous avez évoqué une Biennale de la Joliette… Pourriez-vous revenir sur la Biennale de Belleville, à Paris, pour nous donner une idée de ce qui nous attend à Marseille ?

Au début des années 2000, j’habitais Belleville, un quartier qui, sur une typologie différente, ressemble à celui de la Joliette. Il était à l’époque en grande mutation, en gentrification, n’ayons pas peur des mots : c’était un quartier extrêmement populaire de petites manufactures qui s’est vu transformé petit à petit par un certains nombre de projets immobiliers, ce qui a fait venir une classe moyenne supérieure et des projets culturels.

À mes débuts, j’ai travaillé au Plateau – Frac Île-de-France, où Éric Corne a monté un projet exemplaire. Au sein d’un projet immobilier de Bouygues, dans les anciens studios de la SFP au parc des ButtesChaumont, il a réussi à avoir à la fois une part de logement sociaux et un rez-de-chaussée non dédié au commerce mais à un espace centre d’art. C’est comme ça que le Plateau est né et que s’est fait le mariage avec le Frac Île-de-France, qui n’avait pas de lieu à l’époque. Ce projet d’engagement citoyen, d’une grande ambition, me sert de modèle.

La Biennale de Belleville s’est faite avec des collègues commissaire et curateurs qui, comme moi, avaient vu toutes ces transformations arriver dans le quartier. Avec le Plateau sont arrivés des galeries, des ateliers d’artistes, ainsi que le projet de la Générale, qui a été très fort.

Nous nous sommes donc demandé comment rendre compte de ces phénomènes, comment rendre visibles toutes ces énergies, ces différents croisements, de communautés de population et on a monté ce projet de biennale, avec peu de moyens. Il y a eu trois éditions ; j’ai participé aux deux premières. Le projet est aujourd’hui un peu en sommeil, mais ça a eu, à un moment donné, le mérite de donner une sorte de retour un peu réflexif sur ce que vivait ce quartier et d’attirer l’attention sur ces énergies à Belleville. Cela a été extrêmement positif, nous avons eu des projets dans l’espace public, dans les lieux, dans les galeries, on a même fait une radio.

 

 

Pendant votre conférence de presse, lorsque vous parliez de la réaffectation des différents plateaux du Frac, vous avez affiché votre volonté de porter une attention particulière aux artistes « middle age ». On favorise souvent l’émergence, mais plus rarement des artistes qui dépassent la quarantaine. Quelle serait pour vous la meilleure façon de soutenir cette génération d’artistes ?

Je pense que le processus de recherche d’un artiste est à accompagner tout au long de la vie. Je suis quelqu’un d’assez fidèle avec les artistes que j’ai pu accompagner, plus jeune. Porter une attention aux différentes étapes de la carrière des artistes que l’on soutient me primordial. J’ai aussi eu cette réflexion par rapport à la collection : nous avons pu acheter des artistes à différents moments de leur carrière. Pour certains, les acquisitions datent de plus de vingt ans. Ce serait intéressant d’envisager de nouvelles acquisitions pour que le public puisse mesurer le parcours, l’évolution et la constance d’une recherche. C’est dans cette réflexion que j’ai pensé à ce plateau Perspectives, pour les artistes plutôt « middle carrière ».

Evidemment, cette logique de plateaux, si elle existe pour instaurer des rendez-vous avec les publics, elle peut aussi être complètement re-questionnée pour le besoin de certains projets. Un artiste qui est au plateau 0 peut aussi bénéficier des deux plateaux, comme Nicolas Floch actuellement. Le plateau expérimental sera quant à lui consacré aux plus jeunes artistes, voire aux étudiants, ou aux filières culturelles, pour se confronter à ces notions de mise en espace, de commissariat, de scénographie. Je veux vraiment qu’il y ait des petits modules plusieurs fois par an pour des écoles d’art, lors desquels les étudiants pourront expérimenter un accrochage, soit avec la collection du Frac, soit avec leur productions ou d’autres productions.

 

 

« Le processus de recherche d’un artiste est à accompagner tout au long de la vie. »

 

 

Pour terminer, projetons-nous en 2024, pour le Jeux Olympiques de Paris. Vous appartenez au comité d’experts pour l’organisation des Olympiades culturelles. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consistent ces Olympiades et comment Marseille est concernée par ce programme ?

Le projet a pris du retard avec le Covid puisque les Olympiades auraient dû commencer dès 2020. Les J.O. Paris 2024 se veulent un peu inédits dans la mesure où, pour la première fois depuis des décennies, ils veulent revenir à leur vocation originelle : dès l’antiquité, il existait effectivement lors de ces jeux des compétitions de poésie, de sculptures…

La culture a donc toujours été inhérente à la notion d’olympisme, ce qui s’est traduit différemment selon les siècles. Mais les Jeux d’Alberville et de Barcelone en 1992 ont beaucoup marqué les esprits à ce niveau-là ; Londres a été aussi exemplaire.

La nouveauté pour la France, c’est de proposer, quatre ans avant les Jeux, des projets culturels qui allaient faire vivre cet esprit de l’olympisme sur tout le territoire. D’où cette notion d’Olympiades culturelles.

Marseille est particulièrement concernée puisqu’elle accueille l’épreuve de voile, ainsi que les centres entraînements des athlètes français dans de nombreuses disciplines. J’ai donc pensé que ce serait intéressant, avec ma double casquette, directrice du Frac et experte pour les J.O, que le Frac entre dans cette dynamique et encore une fois, d’essayer d’entrainer dans son sillage d’autres acteurs culturels pour réfléchir à cette relation que la culture peut entretenir avec les Jeux et le sport.

C’est aussi pour cela que j’ai dédié un axe de mon projet et de la collection à cette notion de jeu, d’Homo ludens. C’est bien sûr à construire, d’autres structures sont concernées par cette question comme le Mucem, mais j’aimerais inviter à travers différents programmes des artistes qui réfléchissent sur ce trait d’union ludique entre l’art et le sport.

Ces Jeux se veulent aussi inclusifs et je pense que cette approche permet aussi de parler à d’autres publics auquel on ne s’adresse pas forcement à travers la culture et l’art. Le Frac a d’ailleurs beaucoup travaillé par le passé avec la Fondation de l’OM ; c’est quelque chose que mon prédécesseur a initié et que j’aimerais vraiment poursuivre. Je pense qu’il y là des choses intéressantes sur les questions du geste, de l’effort, de l’expérience… Il ne s’agit pas de représenter le sport, mais de questionner ce que l’art partage avec le sport.

 

Propos recueillis par Céline Ghisleri

 

 

Notes
  1. Pascal Neveux a été nommé directeur du FRAC Picardie Hauts-de-France en juillet 2020(())
  2. La Réserve des Arts accompagne les professionnel.le.s du secteur de la culture et de la création dans l’appropriation du réemploi de matériaux et l’éco-conception de leurs productions en petites séries ou événementielles. Rens. : https://www.lareservedesarts.org/(())
  3. Le collectif Les Augures à Toulon accompagne, mobilise et conseille les acteurs du secteur culturel qui souhaitent opérer des redirections écologiques volontaires, rapides et efficaces. Rens. : https://lesaugures.com/(())