Colette Gomette Prézidente © Patrice Bouvier

Festival Tendance Clown 2018

Pour le meilleur et pour le pitre

 

Comme chaque année au printemps, le Daki Ling vient nous rappeler, avec le Festival Tendance Clown, l’acuité du clown contemporain à refléter l’âme humaine et les travers de la société, loin des a priori caricaturaux qui lui collent encore à la peau.

 

Il a troqué son nez rouge, sa marguerite farceuse et ses grandes chaussures au profit de la pluralité d’expressions. Jadis digne et sérieux (le clown blanc originel), puis grotesque (l’auguste), suscitant la peur (la « coulrophobie », popularisée par le roman Ça de Stephen King) ou les moqueries, le clown s’est émancipé de son image archaïque et évolue encore aujourd’hui pour rayonner bien au-delà de son cadre circassien traditionnel. Car à l’opposé de notre monde quelque peu aseptisé, le sien peut tout se permettre : l’absurdité, la folie douce (ou pas), la provocation, la transgression, la singularité. En révélant son intimité et ses faiblesses, la partie la plus originale et sensible de chacun, il est à la fois l’autre et nous-mêmes, et nous tend un miroir pour observer notre propre réalité. Jouant avec cette identité multiple et paradoxale, Tendance Clown jongle entre les différentes facettes du personnage et fait le grand écart d’une forme à l’autre, d’un lieu à l’autre, dedans comme dehors.

Difficile de mentionner toutes les attractions de ce cirque moderne qu’est le festival, qui se déploiera aux quatre coins de la ville pendant plus de deux semaines, de la maison-mère rue d’Aubagne au Parc Bagatelle, de la Friche au Théâtre NoNo, de l’Hôpital de la Timone à la place du Lycée Thiers transformée en plage par les savoureux gestes de Kartoffeln, en passant par… les Baumettes !

La satire politique se taillera une place de choix dans la programmation, entre la candidature « prézidentielle » de Colette Gomette, le Discours victorieux de la compagnie Pandora 117 et la Garden Party à la gloire de l’aristocratie de la compagnie N°8. La folie sera aussi à l’étude avec le caustique Typhus Bronx et le G.R.A.I.N (pour Groupe de Réhabilitation Après un Internement ou N’importe) de la compagnie Mmm…

Si le clown s’est échappé de la piste au fil de son évolution, il sait aussi y retourner, comme en témoignent La Mondiale Générale et son Sabordage équilibriste, la compagnie Les P’tits Bras, qui nous plongera au début du XXe siècle avec moult pirouettes acrobatiques, ou encore le Cirk BiZ’Art et son cabaret déjanté rempli « à coups de claquettes, de gambettes, de lévitation, de voyance extralucide, de boxe, de ski de descente ou encore de French Cancan… »

On sait que le rire s’entremêle à merveille à la dramaturgie du théâtre, mais il s’accommode aussi parfaitement avec la musique. Utilisant l’un et l’autre des jouets, le duo allumé du Détachement International du Muerto Coco et Marc Prépus, le « Rémy Bricka du futur », auront à cœur de nous en apporter la preuve.

Du format court au show de deux heures, de l’intervention in situ à la démesure de la scène, le festival Tendance Clown tente ainsi d’explorer les moindres recoins d’une discipline qu’il défend corps et âme.

 

Cynthia Cucchi

 

Festival Tendance Clown : du 11 au 27/05 à Marseille.
Rens. : 04 91 33 45 14 / www.dakiling.com

Le programme complet du Festival Tendance Clown ici