Jasmine de Thomas Bianco

Festival Des calanques et des bulles

Vallon d’oxygène

 

Chaque année, le scénario se répète : au début du printemps, l’espace de deux jours, les Rencontres du 9e Art d’Aix-en-Provence télescopent le festival marseillais Des calanques et des bulles (DCDB). Une occasion toute trouvée de se rendre sur le campus de Luminy, pour y célébrer les acteurs de la bande dessinée, média particulièrement vivace dans le sud. En avril, ne te découvre pas d’un phylactère.

 

Si l’adage veut que profusion de biens nuise, difficile de faire la fine bouche concernant les événements locaux consacrés au neuvième art, qui mériterait de plus fréquents coups de projecteur. S’il gagnerait à bénéficier d’une exposition plus soutenue, ce moyen d’expression ne manque pas de représentants sur notre territoire, non seulement du côté des créateurs, mais aussi de celui de ses pourvoyeurs et premiers défenseurs auprès du lectorat, à savoir les libraires.

La bande dessinée dans les Bouches-du-Rhône, c’est en effet une multitude de professionnels exerçant dans l’ensemble des corps de métiers de cette industrie (auteurs, dessinateurs, coloristes, etc.). Donner une liste exhaustive sur une page serait une gageure, mais l’espace est suffisant pour avancer que, de Sète à Aix-en-Provence en passant par Toulon et Marseille, nombreux sont les sudistes qui représentent activement le médium, parmi lesquels quelques artistes déjà évoqués dans nos colonnes, et d’autres dont nous aurons l’occasion de parler tôt ou tard : François Amoretti (Burlesque Girrrl), Christophe Arleston (Léo Loden), Thomas Azuélos (L’Homme aux bras de mer, paru en 2017 chez Futuropolis) ou encore Yann (scénariste parmi et auprès des plus grands). Pour citer une fraction parmi les plus (re)connus, sans omettre les invités à Des calanques et des bulles, sur lesquels nous reviendrons.

En sus de ces nombreuses individualités, il convient de signaler de par chez nous la présence de structures à destination des acteurs de la BD, comme les éditions Soleil à Toulon ou le studio Gottferdom à Aix-en-Provence. Sur Marseille, on trouve pêle-mêle : le Zarmatelier (son président Bruno Bessadi sera présent à DCDB), lieu d’association et de résidence d’auteurs ; Le Dernier Cri, collectif implanté à la Friche la Belle de mai, au style affirmé et sans concession ; AAARG!, éditeur du magazine éponyme (2013-2017), qui dirigera prochainement une collection humour chez Glénat ; ou bien Snorgleux Comics, lancé en 2016 dans le but d’éditer des titres US qui n’ont pas en France la même aura qu’aux États-Unis (telle l’emblématique série ElfQuest, qui ravit outre-Atlantique ses lecteurs depuis désormais quatre décennies).

Ce dernier cas peut être considéré comme emblématique car, avant d’être un éditeur, L’Antre du Snorgleux est une boutique marseillaise ayant pignon sur rue depuis plus de vingt ans. Cette ambition est représentative de l’envie qui anime nos commerces spécialisés, toujours les mieux placés lorsqu’il s’agit de prodiguer des conseils de passionnés. De la Réserve à Bulles à BD Store (successeur spirituel de feue La Passerelle, pionnière phocéenne sur le manga), du Square à Maupetit (un généraliste qui soigne son offre bande dessinée) jusqu’à la Bédérie, Rêve de Manga ou la Licorne sur Aix-en-Provence, les librairies et autres lieux consacrant une partie de leur espace ne manquent pas dans le département (et pas uniquement dans les deux seules villes citées).

Ce foisonnement se ressent dans la liste des participants au festival Des calanques et des bulles qui, à l’heure de ses vingt ans, réunira cette année encore une affiche de talent le temps d’un week-end : Frank Margerin, qui fut parrain de l’édition 2016 et qu’on ne présente plus (Les Humanoïdes associés, Fluide glacial, son personnage Lucien), fera le déplacement. Il sera accompagné notamment de Clément Baloup, orfèvre en la représentation graphique de l’Asie ; Diglee, bédéiste féministe à succès (Confessions d’une glitter addict, Forever Bitch, Libres ! avec Ovidie) ; Lena Merhej, l’un des membres fondateurs du collectif libanais éditant la revue trilingue Samandal, qui jouit d’une belle reconnaissance internationale ; ou encore Hélène V., auteure, dessinatrice et coloriste de La Fille des cendres.

Les locaux seront également nombreux. Parmi eux Guillaume et Thomas Bianco (la souris Jasmine) ; le touche-à-tout Serge Scotto, lancé dans sa folie adaptatrice de Marcel Pagnol avec Éric Stoffel au dessin ; l’Héraultais Ptiluc (Rat’s, Ni dieu ni bête, Mémoires d’un motard) du haut de ses quarante ans de métier, excusez du peu ; Anne-Lise Nalin, auteure des séduisants Premières Vendanges en 2014 et Journal d’un enfant lune en 2017, réalisé en collaboration avec Joris Chamblain, scénariste des Carnets de Cerise.

Au programme toujours figureront, de manière habituelle, des dédicaces ainsi que des conférences animées par les membres du podcast La Voix des Bulles. L’association marseillaise À l’ombre des bulles, en charge du pôle comics, a réussi à attirer des artistes de renom, tels que Ramon F. Bachs, Yildiray Çinar et Phil Nato (des pointures chez Marvel et DC Comics) ou Cameron Stewart, titulaire d’un prix Eisner pour l’enthousiasmant Sin Titulo, publié en ligne entre 2007 et 2010 puis édité en France par Ankama. La sympathique troupe de Justice League Animation se chargera pour sa part de nous divertir via des jeux de plateau et du jeu vidéo, sachant que de l’origami, du cosplay et un Pictionary géant sont également au programme. De quoi aisément remplir nos journées.

 

Sébastien Valencia

 

Festival Des calanques et des bulles : les 28 et 29/04 à Kedge Business School (Campus Luminy – rue Antoine Bourdelle, 9e).

Rens. : 04 91 82 78 00 / 06 47 92 63 35 / descalanquesetdesbulles.net