Moss People de Kim Simonsson

Festival des Arts Ephémères à la Maison Blanche

L’amour est dans le parc

 

Pour la dixième année consécutive, les Arts Éphémères nous invitent à une flânerie artistique dans le magnifique parc de Maison Blanche, où dix-sept artistes de renom et quelques autres en devenir se sont frottés au paysage, à l’espace, aux éléments naturels… Pendant quinze jours, les œuvres feront bon ménage avec les jeux de parc, les pique-nique, les flâneurs, les amoureux qui viendront se bécoter sur les bancs publics…

 

Les Arts Éphémères fêtent leur dixième anniversaire comme il se doit en s’inscrivant dans la grand-messe de l’amour, avec un thème particulièrement à propos, choisi par les commissaires Martine Robin et Isabelle Bourgeois dans le contexte de MP 2108 – Quel Amour ! et celui du parc public. Car c’est bien dans les parcs que l’on badine avec l’amour : les chansons et les poèmes témoignent de ces premiers émois cachés dans les bosquets, lieu privilégié des scènes galantes de Watteau, Boucher ou Fragonard, du Parc de l’Amour à Lima jusqu’au Vondelpark d’Amsterdam où il est désormais légal de batifoler en toute liberté, de dépasser les frottements des préliminaires et conclure sous le regard désormais blasé des passants… C’est donc autour de l’idée de frottement que les artistes et les œuvres ont été rassemblés. Un frottement envisagé dans tous les sens du terme, que les artistes auront interprété à leur guise, jouant souvent avec sa polysémie. Mais force est de constater combien nos artistes sont sages puisqu’ils y auront vu d’avantage une notion plastique qu’érotique…

Parmi les œuvres produites pour l’occasion, celle de Claire Dantzer joue avec le vent et les ondes qui, en entrant dans les tuyaux de sa sculpture, émettent quelques légers bruissements et entament le chant du vent. Quant à Judith Bartholani, les rapprochements homophoniques entre « frottement » et « flottement » l’ont conduite à imaginer un drapeau, étendard de l’amour qui flotte sur le parc comme un avis aux épanchements amoureux autorisés… C’est en pensant au lierre et à l’aphorisme qui lui est rattaché — « Je meurs où je m’attache » — que Nicolas Pilard, y voyant un bel adage de l’amour, réalise une sculpture épousant le tronc d’un arbre pour ne faire plus qu’un, dessinant une ligne hélicoïdale… Le chemin de Stéphanie Saadé nous emmènera vers nos amours perdues, itinéraire sentimental conceptualisant les chemins qui nous ramènent à des destinations chères, comme celles qui guideront nos pas vers les Cubikron d’Éric Baudart, où les jeux optiques des sommiers superposés opèrent en un instant donné une expérience particulière entre le regardeur et l’œuvre.

Entre frottement et friction, les deux cerfs de François Michaud nous rappellent que l’amour est comme la sociologie, souvent un sport de combat, et que les sentiments se révèlent beaux dans leurs ambivalences. Le frottement agit comme un mouvement perpétuel pour Dominique Thévenin et ses trois grands apodes, ainsi que dans le geste de Jérémie Delhome dont on découvre les wall drawing en entrant dans la mairie, pièces réalisées en frottant des feuilles de papier carbone pour en récupérer l’encre. À l’intérieur toujours, les cives de Dominique Blais tintinnabulent quand elles se frottent et flottent au-dessus du sol, et les Moss People de Kim Simonsson taisent les secrets du parc…

Aux œuvres des artistes invités s’ajoutent celles des étudiants de l’ESDAM et celles issues des ateliers publics. Le soir du vernissage, particulièrement prisé pour son cadre et une ambiance qui renoue avec les longues soirées d’été, les visiteurs du soir pourront assister à des spectacles du Conservatoire National et de la compagnie Ça s’aKroche, et au concert-performance de Voogt.

Les Arts Éphémères sont comme l’amour, ils ne durent qu’un temps… une brève occasion de lire René Boylesve (1)La Leçon d’amour dans un parc, 1902 à son amoureux, à l’ombre des arbres du parc de Maison Blanche, entre les architectures colorées de Mengzhi Zheng et le son de l’iceberg de Léa Lalanne, venant nous rappelant que loin d’ici, la banquise fond et s’effondre.

 

Céline Ghisleri

 

Festival des Arts Ephémères : du 3 au 18/05 à la Maison Blanche.
Rens : 04 91 14 63 50 / pac.marseilleexpos.com

Notes   [ + ]

1. La Leçon d’amour dans un parc, 1902