Cinéma(s) du Liban

Cinéma(s) du Liban

Phéniciné

La structure marseillaise Aflam continue son exploration des cinémas arabes et propose un voyage fascinant au cœur de la production libanaise, peu connue dans nos contrées. Au total, plus d’une trentaine de films presque inédits dans la cité phocéenne.

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De toutes les cinématographies du Maghreb et du Moyen-Orient, dont on doit depuis de nombreuses années la découverte au travail remarquable de l’équipe d’Aflam, le cas du cinéma libanais se révèle quelque peu à part. L’immense succès de Caramel ne doit pas masquer la situation particulièrement fragile de la production nationale : une genèse tardive (la création démarre sérieusement à la fin des années 70), une absence cruelle de subsides institutionnels (d’où une maigre poignée de films sortant chaque année),et le coup de massue d’une guerre sans fin, ayant laissé un profond trauma dans la société libanaise. Au-delà de ces difficultés, de nombreuses lueurs d’espoir pointent et la résistance culturelle offre à l’écran de magnifiques instants. Le rôle que jouent dans cette lutte les deux principaux festivals de Beyrouth est sans doute déterminant, par leurs efforts à dépasser les difficultés, afin d’aider à créer une réelle identité au cinéma libanais. Ce tour d’horizon proposé par Aflam n’en devient que plus précieux. On notera d’emblée la forte présence féminine dans les réalisations proposées, dont la figure de proue reste sans doute Jocelyne Saab, invitée de l’événement, pour ses films Le Liban dans la tourmente, Dunia et Une vie suspendue. Soulignons également la présence de Ghassan Salhab, l’un des fers de lance de la nouvelle génération de cinéastes libanais, venu présenter Beyrouth fantôme, œuvre finement écrite, à mi-chemin entre documentaire et fiction, sur le retour d’un homme dans son pays, en proie à cette guerre semblant s’éterniser. Aflam n’hésite d’ailleurs pas à revenir à l’origine de la production nationale, avec un cinéaste essentiel, Maroun Baghdadi, dont les œuvres furent déterminantes dans les années 70. L’occasion de découvrir ainsi ses trop rares Beyrouth ô Beyrouth et Petites guerres. Nous ne pouvons qu’être impressionnés par la richesse d’une telle programmation — plus d’une trentaine de films sélectionnés —, qui vient démentir une certaine idée que nous nous faisions du cinéma libanais. Etendant sa programmation au domaine de la littérature, et élargissant son champ de diffusion jusqu’aux départements voisins, l’équipe d’Aflam prouve une fois de plus son rôle déterminant, au niveau national, dans le défrichage des cinémas arabes.

Emmanuel Vigne

Cinéma(s) du Liban : du 19/10 au 20/11 à Marseille, Salon-de-Pce, La Garde, La Valette du Var et Forcalquier. Rens. 04 91 47 73 94 / www.aflam.fr