Ça planche n° 191

Ça planche n° 191

Torito II, one man show de et par Jean-Jérôme Esposito
Ma Vie, par la Cie Grand Magasin
Push, d’après Sapphire par la Cie Kaïros
Cirk’en mai, festival des nouvelles formes du cirque

Torito II
_One man show de et par Jean-Jérôme Esposito
Dans cette pièce de Jacques Probst qu’il met en scène et interprète, Jean-Jérôme Esposito, ancien boxeur amateur devenu comédien, offre au spectateur bien plus qu’un simple aperçu télégénique de ces combattants d’aujourd’hui, souvent noyés dans la médiatisation de ce sport. Que se passe-t-il donc dans la tête d’un Jack La Motta (Raging Bull) ou d’un Rocky avant le gong ? C’est ce à quoi tente de répondre le collectif Gena, qui révèle ici la préparation au combat d’un boxeur, dans ses tensions mentales, ses choix, ses pérégrinations intérieures, telles une confession. Des performances de son futur adversaire, en passant _par ses propres souvenirs et questionnements, le combat est déjà engagé à l’heure où chacun des boxeurs médite à sa propre préparation. Jim Spike forge son mental pour le combat imaginaire qu’il livre en lui-même, empreint de tout ce qui lui donne de la force, et dont il se doit de ressortir gagnant, avant de monter sur le ring.
_Jusqu’au 12 au Théâtre de Tatie

Ma Vie
_Par la Cie Grand Magasin
Fuite du spectaculaire, raréfaction des accessoires et des paroles, évacuation de la scénographie, répugnance à gesticuler, dégoût de l’illusionnisme, Grand Magasin fait des spectacles qui n’en sont pas ; et Ma Vie, dernier anti-show en date, ne déroge pas à la règle. Pascale Murtin et François Hiffler ont décidé de (se) raconter leurs vies, leurs œuvres : « Je suis la mieux placée pour raconter ma vie, dit pascale en ouverture du spectacle, pas du tout, rétorque François, c’est moi le mieux placé pour raconter ma vie » — le ton est donné ! Entre souvenirs personnels, infimes et authentiques, et improvisations surréalistes, le duo se nourrit des sensations passées plutôt que des détails du moment. Avec cette représentation intelligemment décalée, parfois déroutante, toujours drôle, Grand Magasin poursuit son projet « d’électrochoc culturel » et confirme son statut d’électron libre dans l’art contemporain, qu’il continue de joyeusement parasiter avec des productions accessibles au grand public.
_Du 10 au 12 à la Minoterie (co-programmation : Marseille Objectif Danse)

Push
_D’après Sapphire par la Cie Kaïros
Précious Jones, seize ans, Afro-Américaine, analphabète, attend un deuxième enfant de son père, pendant que sa mère, alcoolique et sous crack, la cogne. Quand elle est mise à la porte de l’école, il ne lui reste plus qu’à intégrer, le terme n’est pas anodin, un établissement d’enseignement parallèle. Roman-brûlot des 90’s écrit par Sapphire, Push, adapté par la Cie Kaïros (dirigée par Jeanne Mathis) vient de passer avec succès l’épreuve des planches. Seule sur scène, accompagnée d’un jeu de lumières minimalistes et des airs d’Aretha Franklin ou Arrested Development, l’étourdissante Sophia Johnson interprète Précious Jones, cette fille qui n’a plus rien et dont la seule issue est d’apprendre à lire et à écrire, pour survivre. Forcément moins violent, cru et direct que le roman, la pièce offre de l’espoir, du rythme, des pointes d’humour qui n’altèrent pas le propos, n’édulcorent pas le nerf de la guerre. Celui d’une pauvre enfant noire définitivement bloquée dans le ghetto — car « on n’en sort jamais ».
_Les 11 & 12 au Théâtre Massalia

Cirk’en mai
_Festival des nouvelles formes du cirque
La programmation éclectique ce festival, proposé cette année à Martigues et Port-de-Bouc permet de (re)découvrir ce qui a fait le cirque et peut être aussi ce que sont devenus les différents éléments qui en on fait sa popularité. Où l’on démontre une fois de plus que le cirque contemporain permet un expression unique, affranchie de tout cliché, de toute limite, pour se mettre au service du sens. Car c’est bien du sens dont il est question ici. Six compagnies livrent une déclinaison circassienne d’autres disciplines. On se plongera notamment, avec Emma la clown sous le divan, dans le monde de la psychanalyse, comme une ouverture sur l’expression de chacun tout en dédramatisant certains rapports à nos mondes intérieurs, à notre inconscient. A voir également cette semaine l’envoûtant Tangentes de la compagnie MPTA, qui met en scène, dans une atmosphère très poétique, trampolinistes et mât chinois : un mélange unique de musique et de danse, sur le thème de l’oppression et de la résistance.
_Jusqu’au 25 au Théâtre des Salins (Martigues) et au Théâtre du Sémaphore (Port-de-Bouc)

CC / FG / MR