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Identité remarquable | La Banda du Dock

La Banda à part

 

Dans le paysage des fanfares locales, la Banda Du Dock séduit par sa douce excentricité et ses notes éclectiques savoureusement arrangées.

 

Si lorsque l’on vous dit « fanfare », vous pensez à un défilé du 14 juillet pompeux et austère, oubliez tout ce que vous savez en la matière. La réalité est tout autre dans le paysage français depuis de nombreuses années, des formations de rue jusqu’aux concours de fanfares étudiantes, en passant, bien sûr, par les fanfares communales… La Banda Du Dock s’inscrit donc dans une forme de continuité, mais dans une forme propre à sa génération, via un bagage musical éclaté. Originaire de la cité phocéenne, la Banda a été créée en 2000 par le saxophoniste Antonio Valdes et un passionné de la culture espagnole, Louis Paz. Tous deux avaient pour volonté de créer une fanfare afin de jouer un répertoire traditionnel du Sud-Ouest. Trente à trente-cinq musiciens, pour la plupart amateurs, parcouraient alors nonchalamment les rues de Marseille sur des tons festifs et légers.

Pour la petite histoire, leur nom a été donné en référence au Dock des Suds, dont l’équipe leur prêtait gracieusement un local pour répéter à leurs débuts. Ce lien perdure d’ailleurs chaque année, à travers des prestations pour la Fiesta des Suds notamment. Mais, depuis 2008, le flambeau a été confié à Jérôme Bisotto, professeur de musique trentenaire au regard diablement taquin. Un personnage à lui tout seul, dont l’allure est à situer entre la gravité des Contes de Grimm et la candeur d’Alice au pays des merveilles. Furieusement investi dans sa mission de poser sa patte avant-gardiste dans l’évolution du groupe, et ainsi de se distinguer de l’ambiance des férias, il a réuni au fil des années les dix-huit musiciens qui composent officiellement la joyeuse Banda aujourd’hui.

On y trouve Romain Morello, tromboniste renommé dans la région et spécialiste de jazz, l’amatrice de slam Marie-Cécile Gauthier et l’excellent improvisateur Nicolas Donnat, tous deux professeurs au Conservatoire de Marseille, Sébastien Pecot, qui s’occupe du Festival International d’Art lyrique d’Aix, ou encore, Mathieu Esterni, qui fait également partie des Raoul Petite. Autant vous dire que la qualité et les arrangements de leurs morceaux sont rigoureusement travaillés… S’y sont greffés des instituteurs, des ingénieurs et des restaurateurs, tous sélectionnés pour leur niveau de lecture musicale et une certaine alchimie, indispensable pour créer de la cohésion.

Saxophones, trombones, trompettes, percussions, flûte piccolo et basse sonnent ainsi des airs qui feraient danser une feuille morte. Sans oublier les trois chanteurs « mégaphoniques » (oui, un micro ferait trop convenu) et charismatiques, dont les voix s’accordent avec harmonie et robustesse. Leurs influences puisent dans le jazz, la funk, le heavy metal, la salsa, l’électro et les envoûtantes musiques des Balkans. La diversité est essentielle pour eux, la musique nous rappelant ainsi que les cultures ne connaissent aucune frontière. AC-DC, Rage Against The Machine, Michael Jackson, Goran Bregović, Rammstein, Deluxe et bien d’autres font partie de leur répertoire. Le tout interprété avec une fougue venue d’un autre monde, et des mimiques espiègles à souhait. Très sollicités, ils ont déjà usé de leurs instruments en Irlande, à Cuba, en Russie, en Allemagne, en Turquie et en Espagne.

Il faut être légèrement secoué pour intégrer cette troupe : aimer la vie jusqu’à la dévorer, marcher en dehors des clous, laisser son cœur ouvert pour que les gens puissent s’y contempler. Une soirée à leurs côtés et l’on ressent l’extase que procure le lâcher-prise. Hormis les déplacements à l’étranger, ils se produisent énormément en Provence lors de festivals ou d’événements associatifs. Ils ont même récemment joué là où on ne les attendait pas, a priori… au Vélodrome, pour les trente ans des Winners. Et ils ont, bien entendu, enflammé le stade.

Des caméléons, ces musiciens… Plus qu’une bande d’artistes passionnés, c’est une famille qui est née de la Banda. Pour preuve, deux couples s’y sont formés, deux sœurs et deux frères les ont rejoints. Lorsqu’un des membres se marie, c’est le plus naturellement du monde qu’ils deviennent le cortège d’un jour pour y entonner quelques mots d’amour. Unis et attentifs les uns aux autres malgré des caractères trempés, c’est aussi là que réside leur force. La musique est un art qui, au-delà de l’aspect technique et perfectionniste, a pour vocation de secouer les cœurs et les corps, de témoigner de la vie. Et c’est bien là le leitmotiv de cette fanfare : créer une complicité décomplexée et une proximité sans fioriture avec son public. Rapidement, les gens s’attroupent autour de l’orchestre, sautent, chantent, improvisent des danses, font briller leurs mirettes et la magie opère instantanément. Et dans une ère où la moindre pépite d’allégresse est à saisir, il serait dommage de s’en priver.

 

Saida Boulkaddid

 

La Banda du Dock : les 10 & 11/06 au festival Lo Oaï des Suds à Signes (83), le 17/06 à Beaurecueil (13) et le 25/06 à Saint-Jean-Cap-Ferrat (06).
Rens. www.bandadudock.com / www.facebook.com/bandadudock
Premier EP en vente au restaurant Ummagumma (26 rue des Trois Rois, 6e).
Rens. : 06 30 37 27 37