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Le Festival de Marseille 2017

L’an II

 

Le Festival de Marseille attaque sa vingt-deuxième édition pour un mois de danse contemporaine à travers la ville. L’arrivée de Jan Goossens à la direction du festival a mis une sérieuse claque aux éditions précédentes et on espère vivement qu’il en sera de même cette année.

 

Ce que l’on retient de l’édition 2016, ce sont des formes et des attitudes nouvelles qui investissent la scène. Avec Reggy Gray et Peter Sellars, le hip-hop devenait flex et high tech, jouant de l’étirement du temps et des pointes de pieds pour sortir du beat et devenir une structure de ballet à part entière. Le synopsis sur la question des ghettos se confondait avec le mime des corps, et l’ensemble prenait une ampleur démesurée qui dépoussiérait, avec force, la question du hip-hop dans les quartiers. Cette année, le festival pousse un peu plus loin les rapports de l’artiste et de l’amateur avec la venue de Jérôme Bel (Compagnie, compagnie), Rimini Protokoll (100 % Marseille) et Jose Vidal (Rito de Primavera). La danse contemporaine, c’est d’abord un désir d’aller voir par soi-même si la danse nous aime. Dans cette démocratisation du geste, où la jambe retrouve des altitudes plus convenables, le geste se rapproche de la rue et du chez-soi pour nous inviter à venir participer au jeu qui nous est proposé. C’est dans cet aller-retour entre l’artiste et l’amateur que le répertoire s’habille de nouvelles formes. La notion de compagnie et la présence du miroir volent en éclat. La multiplicité des corps redéfinit une esthétique contemporaine et les stéréotypes de l’éphèbe tombent d’eux-mêmes. Du côté de l’actualité et de la question des migrants, Brett Bailey (Sanctuary) et Bruno Beltrão (Création 2017) prennent leur courage à deux mains pour tenter d’investir la scène, ou plutôt de la déconstruire, afin de démêler cette question délicate qui suscite la division jusque dans les urnes. L’Afrique du Sud et le Maghreb deviennent des places fortes de la danse. Ils s’exposent sans détour, attrapant à bras-le-corps la question de la place des femmes et des dictatures dans des sociétés où le non dit est souvent l’élément dominant. Encore une fois, l’art et le théâtre offrent un espace de liberté qui défie les régimes et les pouvoirs en place. On en parle, on partage, on espère des avancées. Le monde de l’actualité nous enfonce dans un storytelling dégradant, à la manière d’un drame au scénario usé jusqu’à la corde. C’est sur ce tas de cendres que la danse dessine des perspectives d’avenir, en convoquant la participation du public et la démocratisation des points de vue.

 

Karim Grandi-Baupain

 

Festival de Marseille : du 15/06 au 09/07 à Marseille.
Rens. : festivaldemarseille.com

 

Les immanquables du festival


 

  • Rito de Primavera de Jose Vidal

Le chorégraphe chilien revisite Le Sacre du printemps de Stravinsky, composé pour Nijinski en 1913 : un monument qui annonce les prémices de la déconstruction du ballet. Jose Vidal décide de le partager avec le public en ouvrant les bords de la scène pour mieux laisser rentrer une transe où tout se confond et où le spectateur devient un interprète à part entière.

KGB

> Du 15 au 17/06 à la Friche La Belle de Mai (41 rue Jobin, 3e)

 

  • Sanctuary de Brett Bailey par la Cie Third World Bunfight

Le public est invité dans une déambulation où des performers de différentes nationalités racontent leur parcours de migrants, confrontés à des résidences provisoires, qui cassent les identités et la structure familiale, en attendant d’aller voir ailleurs. La représentation du théâtre vole en éclat pour mieux identifier la perte de repères et plonger le spectateur dans un labyrinthe.

KGB

> du 16 au 21/06 à la Friche La Belle de Mai (41 rue Jobin, 3e)

 

  • Water Between Three Hands de Rabih Mroué par le Dance On Ensemble

Le plasticien libanais interroge l’histoire de la danse et du souvenir avec sept danseurs qui remontent le fil de leur parcours, sur une musique live. Dans un hommage à l’introspection, le corps fragile s’interroge sur son essence et son devenir, sur sa condition d’homme aussi.

KGB

> les 17 & 18/06 à la Friche La Belle de Mai (41 rue Jobin, 3e)

 

  • 7even par le Ballet National de Marseille et ICK

Ayelen Parolin : « Les directeurs du BNM Emio Greco et Pieter C. Scholten ont invité sept chorégraphes à créer une pièce de sept minutes avec maximum sept danseurs du BNM et de leur compagnie ICK. Lorsqu’ils se sont rencontrés, ils ont fait un manifeste artistique : Les 7 Nécessités, qui est la base de leur langage chorégraphique. Avec 7even, ils veulent partager avec nous, chorégraphes contemporains, de génération et d’univers différents, cette réflexion sur la création et le rôle de l’artiste. Dans le but que nous déterminions chacun nos propres nécessités artistiques pour en faire un espace commun regroupé dans 7even. L’idée de travailler avec un nombre de danseurs important était très excitante pour moi.
Personnellement, je suis partie sur l’idée d’une tribu, voir comment se constitue un groupe pour faire une création. Comment créer un corps commun ? Nous partons de l’acceptation des différences pour finir avec une conclusion à l’unisson. Ce qui est un peu dans la lignée de
Nativos, Hérétiques et Autóctonos. Mais dans un silence total. »

Propos recueillis par Marie Anezin

> du 23 au 25/06 au BNM (20 boulevard de Gabès, 8e)

 

  • Compagnie, compagnie de Jérôme Bel

De sa création Gala, présentée l’année dernière, le chorégraphe garde la dernière partie et confronte des danseurs amateurs à la question du modèle et de la transmission. Comment suivre un mouvement sans le reflet du miroir ? Comment s’exprimer sans l’artifice de la technique ? L’interprète se retrouve livré à lui-même au milieu du groupe, générant de l’intime et du cocasse pour un résultat qui enchante le public.

KGB

> le 24/06 au Parc Henri Fabre (20 boulevard de Gabès, 8e) et le 25/06 sur la Canebière

 

  • Création 2017 de Bruno Beltrão par le Grupo de Rua Niterói

Avec le Grupo de Rua de Niteroi, le chorégraphe brésilien emmène le hip-hop vers une épure du geste et des trajectoires. Loin des battles et des costumes flashy, les interprètes transcendent une danse physique qui crée un pont entre les favelas et des questions qui brûlent les doigts. Entre l’arte povera et Support/Surfaces, Bruno Beltrão traverse le temps sans jamais faiblir.

KGB

> les 27 & 28/06 au Silo (35 Quai du Lazaret, 2e)

 

  • What do you think? de Georges Appaix par la Cie La Liseuse

Georges Appaix : « Il s’agit de la suite de Vers un protocole de conversation, qui était un duo entre une femme qui danse et un homme qui parle sous mon regard. J’ai eu envie de m’intéresser à toutes les choses que peut évoquer le mot “pensée”. Des choses difficiles et complexes ou très simples. Les différents modes de langage, de façons de réfléchir, de se questionner… Dans Vers un Protocole…, nous avons beaucoup travaillé sur les analogies entre danser et parler ; dans What do…, ce sera entre penser et danser, ce qui sonne presque pareil… L’idée est d’éprouver, avec des danseurs d’univers différents ayant parfois collaboré ensemble (Alessandro Bernardeschi, Carlotta Sagna, Mélanie Venino), cette idée de la pensée au travers de la danse et de textes que j’ai écrits. Une sorte de zoom introspectif et non conceptuel sur “Qu’est ce que danser ? Qu’est ce qu’être ensemble sur la scène ?”. »

Propos recueillis par Marie Anezin

> les 6 & 7/07 au Théâtre Joliette-Minoterie (2 Place Henri Verneuil, 2e)

 

  • The Last King of Kakfontein de Boyzie Cekwana

Après Macbeth de Brett Bailey présenté l’année dernière, Boyzie Cekwana aborde la question des dictateurs et du déni de démocratie dans un show où la musique, la vidéo et l’interprétation se mélangent, en live, pour venir percuter les troubles de l’identité sud-africaine et les problèmes de sa reconstruction.

KGB

> les 8 & 9/07 à Klap, Maison pour la danse (5 Avenue Rostand, 3e)

 

  • Kalakuta Republik (Serge Aimé Coulibaly)

Serge Aimé Coulibaly : « Ce spectacle est la suite de Nuit blanche à Ouagadougou et a pour point de départ la vie de Fela Kuti, musicien et homme politique nigérian, inventeur de l’afrobeat. Or, ce n’est qu’un prétexte pour rendre hommage à l’engagement, parler de la vie, de la marche du monde, de nous en tant que créateurs, de la liberté. Et du fait que nous sommes beaucoup plus proches les uns des autres que nous ne le croyons, nos aspirations sont les mêmes. Mes deux mots-clefs sont la liberté et l’espoir ; il est important que l’on insiste là-dessus en tant que créateur d’aujourd’hui au vu de tout ce qui se passe actuellement dans le monde. Avec Kalakuta Republik, on ne voit pas un spectacle pour juger, mais l’on est embarqué sans le savoir dans un rythme, celui de l’afrobeat. Le public est assis, mais il danse littéralement avec nous. C’est comme si nous l’entrainions dans une transe. »

Propos recueillis par Marie Anezin

> le 9/07 au Mucem (7 promenade Robert Laffont, 2e)

 

 

Le programme complet du festival de Marseille ici