Ventilo n°293
du 8 au 21 février
Téléchargez le journal et son agenda au format PDF
Si le rock n’avance plus depuis une bonne décennie (plus de mélanges, plus de message, plus de couilles), la pop, elle, n’en finit plus de se réinventer. Django Django est la première sensation de l’année, déjà récupérée par le label parisien Because, qui ne signe en général pas que du vent lorsque ça buzze outre-Manche (Metronomy, Klaxons, Connan Mockasin). Dans la droite lignée de groupes anglais comme Simian ou The Beta Band, ce quatuor explore des territoires psyché-pop en y incluant la technologie. C’est frais, gentiment barré, et cent fois plus stimulant que le dernier Black Keys.
PLX
Au rayon « nouveau disco » dans lequel il excelle, Lindstrøm préfère la tangente. Non seulement désireux d’en finir avec les terminologies, le Norvégien rompt également avec l’aspect dépouillé parfois associé aux musiques séquencées. Point de minimalisme donc. Souvent même au bord de la surcharge, ses aspirations jazz-rock nourrissent et empilent constamment des trucs improbables et jouissifs. Comme s’il avait voulu retranscrire pêle-mêle les coulisses d’un cerveau bouillonnant, pilonné d’obsessions et de moments de grâce, doté d’une capacité de régénération hors norme : intelligent.
JSa
Après la parution du LP de Maison Neuve, Talitres Records donne sa chance à un nouveau groupe pétri de talent, en l’occurrence les Estoniens d’Ewert and The Two Dragons. Beaucoup de formations se sont lancées dans une pop mâtinée de folk ces dernières années : de I Am Kloot aux Fleet Foxes, en passant par Midlake, on pensait avoir fait le tour de la question. Mais voilà que les quatre Tallinnois proposent dix chansons simplement orchestrées mais savamment écrites, et diablement interprétées. Porté par un titre éponyme d’une efficacité redoutable, cet album se révèle parfait en cette saison.
SV
Interviewé par nos soins il y a peu (voir Ventilo #287), l’Allemand Irmin Schmidt confirmait la réédition de Tago Mago, le grand œuvre du groupe majeur qu’il fonda à la fin des années 60 : Can. Parue juste avant les fêtes, cette nouvelle version annonce l’imminent pressage de l’intégralité du catalogue en vinyle, mais arrive surtout isolément. Comme s’il fallait absolument que les nouvelles générations découvrent ce double album aussi expérimental que psychédélique, toujours aussi mystérieux quarante ans après. Un live enregistré en 1972 agrémente cet objet très soigné. Indispensable.
PLX
On entre dans cet univers fantasmagorique en anthropologue-navigateur perdu au milieu d’un songe, découvrant une nouvelle terre. Tout semble familier, pourtant, au premier contact, on se retrouve désarmé face à ce langage guttural mais subtil dont on décèle quelques mots et souhaiterait comprendre les autres. Des sons impalpables, des trompettes et des accordéons moqueurs dérivent, une guitare lynchéenne pour seul repère. Musique improvisée ? Expérimentale ? Jazz ? Vous n’y êtes pas. Juste le bonheur d’être perdu en pleine zone inconnue.
ND
De par son côté hybride, Ultra Panda repousse les frontières du rock pour s’aventurer sur les dancefloors. Pas de machines, juste un trio de vétérans de la scène rock française (Bananas At The Audience, Free For All, Weeping Minds Of Silence…) terriblement efficace. Un chant, une batterie et surtout une basse synthétique, qui ose la saturation jusqu’au mimétisme d’une guitare. Le tout donne un noise-rock épileptique, catchy, rythmé et donc terriblement dansant… Ce qui n’est pas le propre du genre, vous en conviendrez. A ce jeu, seul Death From Above 1979 avait déjà réussi l’exploit.
dB
Scandaleusement mésestimé au regard de sa contribution à la scène pop française, Holden est ce duo que l’on s’est plu à chérir, notamment pour ses trois derniers albums produits par le Chilien Uwe Schmidt (Pedrolira, Chevrotine et Fantomatisme). Le timbre doux de sa chanteuse, Armelle Pioline, y était bien sûr pour beaucoup. La voici qui se lance avec un projet plus personnel et minimaliste, sur le label Les Disques Bien (trait d’union bienvenu entre Paris et Marseille). C’est encore une fois charmant et intimiste, mais désormais chanté en anglais. En attendant le prochain Holden ?
PLX
Les divas du siècle passé, auxquelles on promettait monts et merveilles, se sont perdues en chemin ou n’ont pas confirmé leurs promesses d’alors (Kelis, Ms. Dynamite…), quand Miss Platnum est trop blanche pour être honnête. Fort heureusement, Caitlin Simpson est arrivée, et elle devrait sauver nos âmes ! Dotée d’un organe surnaturel (comme dirait DSK), elle navigue entre soul, jazz ou r’n’b avec aisance, et pourrait remplir à elle seule la programmation musicale de Radio Grenouille ou Nova. On lui pardonnera son crime de lèse-majesté (une reprise de The Cure), eu égard à sa brillance évidente.
SV

Battles - Gloss Drop (Warp)
Devenu trio au départ de Tyondai Braxton, le fer de lance du math rock new-yorkais n’a pas passé l’arme à gauche, loin de là ! Ce troisième album doit beaucoup à ses productions originales, jouant sur le rapport dualiste simple/complexe qui a déjà fait recette par le passé, et permis au groupe d’entrer au panthéon Warp. Voici donc une pépite expérimentale — mais très accessible —, à consonance sucrée et exotique, quasi caribéenne… Et s’il figure dans ce top, c’est naturellement parce qu’il aura parfaitement su intégrer plusieurs niveaux de lectures, formant un tout massif, joyeux et extrêmement cohérent. Beau boulot.
Baxter Dury - Happy Soup (Regal / EMI)
Baxter Dury s’était déjà fendu, par le passé, de deux albums d’une qualité rare, ayant laissé un souvenir tenace à son public. Mais rien ne laissait présager que ce troisième effort, après six années d’absence, puisse s’avérer aussi enthousiasmant. Ces mélodies apaisées, cette décontraction maîtrisée, ce chant qui installe une proximité avec l’auditeur — entre spoken word et chœurs aériens — forment un ensemble de dix pistes délectables. Ne vous fiez pas à la pochette : malgré son air faussement idiot, on embrasserait volontiers l’habile Baxter.
James Ferraro - Far Side Virtual (Hippos in Tanks)
Méconnu du grand public, James Ferraro aura pourtant été l’un des artistes majeurs de ces dernières années pour bon nombre d’internautes en quête de nouvelles esthétiques. Inspiré par les aspects outranciers de la culture pop des années 80/90, il est l’instigateur de la fameuse « pop hypnagogique », composée à partir des sensations perçues au moment où l’on s’endort. Au-delà d’une écoute agréable, cet album en appelle aux confins de nos souvenirs : s’insinuant dans notre inconscient depuis l’enfance, la réalité augmentée nous ouvre en effet les portes de l’étrange. Ce chef d’œuvre en est le principal témoin.
Ford & Lopatin - Channel Pressure (Software)
Au moment où une grande partie de la sphère indie verse dans le lo-fi, le rock, la pop ou l’ambient, Joël Ford (Tigercity) et Daniel Lopatin (Oneohtrix Point Never), anciennement connus sous le pseudonyme Games, créent la surprise avec cette ode aux tubes synth-pop des années 80. Les références — de qualité — sont évidentes : Scritti Politti période 85, YMO… Mais loin du simple revival, ils construisent un pont entre les époques, rendant ainsi tout ce qu’il y a de plus actuel des sonorités jugées passéistes. Cet album est véritablement unique en son genre, hybride et scintillant, définitivement tourné vers le futur.
Girls - Father, Son, Holy Ghost (Turnstile)
A la première écoute, cet album se place dans la ligne droite du premier LP de Girls, paru en 2009 : brut, distillant autant de merveilles qu’il possède de temps morts, en fonction de l’humeur ou du degré d’acceptation de tant d’âpreté de la part de l’auditeur. Pourtant, comme son prédécesseur, s’il ne nous caresse pas toujours dans le sens du poil, ce nouvel opus sait prendre son temps pour nous hypnotiser, jusqu’à nous rendre accro. Lorsqu’arrive la triplette My ma, Vomit et Just a song, quand les frissons nous parcourent l’échine, alors les signes de se trouver pris dans les filets d’un grand disque sont évidents.
Metronomy - The English Riviera (Because)
En mai dernier, nous qualifions cet album de « taillé pour le printemps ». Sept mois plus tard, force est de constater que la dernière fournée des Anglais a passé l’épreuve du temps avec une classe folle. Sa ribambelle de pop songs à la fois bancales et évidentes— dont une bonne moitié font d’ores et déjà figure de classiques du genre — aura en effet accompagné chaque saison d’une année passée à se balader sous le doux soleil du Devonshire. Difficile de se lasser de cet objet aussi insaisissable qu’élégant, idéal sur les dancefloors comme lové sous la couette, et dont la légèreté (apparente) n’a d’égal que la profonde mélancolie.
Connan Mockasin - Forever dolphin love (Because)
Toux ceux qui ont eu la chance de croiser ce dauphin au printemps dernier en sont tout de suite tombés amoureux. Il nous a parlé de sa passion pour Syd Barrett et le psychédélisme anglais, les voyages immobiles de Robert Wyatt, les drogues récréatives et l’eau salée… On parle souvent du chant des sirènes, beaucoup moins du chant des dauphins. Pourtant, ce n’est pas seulement une affaire de sonar, ça va bien plus loin que ça. C’est de l’amour, et puis énormément de sensibilité. Ça nous dépasse.
Panda Bear - Tomboy (Paw Tracks)
Les Beach Boys en snowboard. Tout l’esprit de la Californie insouciante des années 60, le soleil, l’océan, les filles, mais transposé dans les méandres de notre ère technologique, fragmenté en autant de vignettes numériques squattant votre cortex. La filiation est inévitable, et le plus doué de la fratrie Animal Collective n’a nul besoin de ses camarades de jeu pour démultiplier à l’infini sa voix, couplant ses harmonies vocales avec des boucles insidieuses qui créent une pop ultra moderne. Soyons précis : les Beach Boys sur le même snowboard, en mode freestyle, coincés dans le « half-pipe » sans jamais pouvoir en sortir… Endless winter.
Maceo Plex - Life index (Crosstown Rebels)
Choisir un disque « club » pour résumer 2011 : pas une mince affaire. James Blake ? Très chouette, mais pour se coucher. Justice ? Bof. Birdy Nam Nam ? Et mon cul, c’est du cui-cui ? En 2011, ce qui fait danser les kids qui ont du goût, les filles les plus sexy et les quadras en pleine rechute, c’est la house, jamais disparue, toujours underground. Signe des temps : après avoir subi un bon lifting à Berlin, elle se régénère aujourd’hui à la source, dans les Amériques. Et Maceo Plex a juste sorti l’album parfait, de sueur, de sexe et de stupre.
Tahiti 80 - The Past, the Present and the Possible (Human Sounds/Discograph)
Tahiti 80 ou les éternels cocus de la pop française. Cependant que les Versaillais de Phœnix reçoivent depuis dix ans tous les honneurs et enfilent les récompenses par-delà les frontières via des albums surestimés, nos Rouennais chéris, énormes au Japon, continuent leur petit bonhomme de chemin hexagonal dans l’indifférence générale. Une tendance que n’aura pas réussi à inverser ce cinquième opus, le meilleur à ce jour, riche en tubes (Darlin, Gate 33, Easy), plus électronique (Crack up) que jamais, qui force le respect et les portes de ce bilan.
OVNI Après avoir publié les albums de producteurs aussi doués qu’Apparat, Rone ou Danton Eeprom, le label lyonnais InFiné (maison d’Agoria) sort enfin celui du Mexicain Cubenx. Qui, premier point, se situe à l’intersection de ces trois artistes : entre techno lunaire, electronica contemplative et fragrances new-wave, ses morceaux parfaitement produits le placent d’emblée en haut du panier. Mais surtout, on entend grésiller dans cet album de rupture (sentimentale, musicale) l’électricité non statique des grandes œuvres de James Holden, M83 ou The Field. Bref : disque sublime, et talent à suivre.
PLX
POP STRATOSPHÉRIQUE Dans un monde parfait, The Sophtware Slump, encensé par la critique en 2000, aurait raflé des prix musicaux, squatté les charts et rendu ses auteurs célèbres. Il n’en fut rien et, quelques années plus tard, la lassitude a eu raison d’un groupe drapé d’une gloire confidentielle. Cette réédition, agrémentée de belles raretés, offre une seconde existence à ce concept-album empreint d’une fragilité à fleur de peau, à la mélancolie si subtilement distillée qu’on parvient toujours à s’émouvoir de ces comptines, éveillant les sentiments les plus troubles qui sommeillent en nous.
SV
ELECTRO Comme beaucoup de groupes de musique électronique français susceptibles de toucher le « grand public », dDAMAGE aurait pu, en 2011, sortir une abomination. Seulement voilà, ils doivent sûrement porter en eux trop d’amour pour la musique. Ok, ce raisonnement est réducteur, mais tout de même, il est grand temps de regarder les choses en face : tant que les deux frères Hanak seront prêts à injecter du punk dans l’électro, pour cogner les têtes à claque d’une French Touch pourrie gâtée, juste parce que ça soulage, nous pourrons dormir sur nos deux oreilles.
JSa
AMBIANT POP Du bonhomme, on ne sait presque rien. Mystère entretenu par une pochette chiche en infos, mais bucolique à souhait, où il est question (les réponses sont l’intérieur du disque) d’une « collection de chansons (mal) enregistrées entre 2004 et 2011 ». C’est en creusant sur le Net que l’on découvre que les exigeants Epic 45 ont pris sous leurs ailes cet auteur-compositeur toulonnais, qui aura donc mis sept ans à enregistrer ce premier opus aussi bien inspiré par les Cure, première période, que par les regrettés Hood, ou leurs rejetons Bracken. On n’est pas là pour rigoler, mais pour contempler. Et la vue est magnifique.
HS
POP Suivant un Lungs de haute volée, ce second album, attendu au tournant, a été mal accueilli par l’intelligentsia musicale, qui déplore sa grandiloquence. Pourtant, tous les ingrédients du précédent opus sont là, et plus encore : une voix racée, dédoublée en des chœurs harmonieux et supportée par des claviers, des cordes et surtout des percussions qui font littéralement décoller les morceaux. N’en déplaise aux sceptiques, qui n’adhéreront pas à cette puissance, plus lyrique que rock, Florence Welch n’a pas perdu de son talent et s’affirme, au contraire, encore plus comme une artiste unique.
SV
NEW-WAVE Surprise : le label anglais Strut, plutôt tourné vers les musiques noires, se penche ici sur les grandes heures du cultissime Factory. Il faut dire que Strut a été réactivé par des Berlinois, et que cette double compilation recense les maxis et raretés « club » sortis par le fameux label dans les 80’s… Mais tout de même : quelle réponse à l’ouverture d’esprit qui régnait à l’époque à Manchester ! Et quelle modernité ! A l’exception notable de New Order (?), ils sont tous là : Section 25, A Certain Ratio, The Durutti Column, Quando Quango… et tant d’autres méconnus. Compile de l’année ?
PLX
ELECTRO Versailles avait déjà Air, Saint-Etienne peut désormais compter sur Deschannel. Mais contrairement à la première, berceau de la royauté, la seconde, mutante et historiquement ouvrière, sonne éminemment plus rock que pop… C’est pourtant à l’orée de ces deux genres qu’opère le duo Deschannel, d’une synthèse analogique et rétro-futuriste propre à ces groupes, rock par nature, n’envisageant pas l’électronique via le prisme informatique. Un bel album, épique et progressif, qui nous fait également penser à Black Moth Super Rainbow, mais laissant dévoiler des racines tout autres, plus mélancoliques. A suivre…
JSa
POP (SANS BULLES) Après la séparation d’Oasis, on attendait avec curiosité le duel à distance des frères Gallagher. Liam et ses Beady Eye avaient dégainé les premiers, dans une veine de pur rock (de pub) britannique. Noel reste également fidèle à son statut de songwriter traditionnel : des chansons pop aux mélodies bien troussées, à l’écriture familière et aux refrains sucrés, un chant juste et appliqué, ainsi que des arrangements luxueux, voire excessifs (cordes, cuivres, chœurs…). Ce bien bel album de pop anglaise confirme une chose : Noel était la tête, et Liam, les couilles.
SV
POP TECHNOLOGIQUE Il est des musiciens méconnus du grand public, dans l’ombre des internets, capable d’influencer l’intelligentsia musicale de toute une génération. De la VHS aux i-Pad en passant par les portables, auxquels il voulait au départ dédier une série de sonneries, Ferraro croque intelligemment cette fameuse culture pop US, outrancière : celle des supermarchés aux packaging fluo, du télé-achat et des colonnes romaines en plein Las Vegas. Un album différent de ses prédécesseurs, plus lumineux, mais toujours nourri de cette réalité augmentée, qui nous attire ou nous écœure, nous hante et nous inspire.
JSa
ROCK D’emblée, le disque nous accueille par une voix chaude, soutenue par une guitare à l’électricité contenue. Ce chant puissant, mais maîtrisé, nous hypnotisera pour mieux nous conter ses histoires, au gré de compositions tour à tour entraînantes (Little Red Cells, Courtship Matters, Overtheedgeinthesnow) et mélancoliques, non sans une pointe de désillusion (1995 et surtout BXL, habillée de fragilité et aux chœurs subtils). Quand tombe le masque du tigre, Mathieu Poulain se surpasse, en atteste le vibrant Or the drugs, preuve irréfutable de ses capacités vocales et de ses talents de songwriter.
SV
CHANSON (de l’année) Sur le toit du monde de la chanson française dans les années 90, l’irascible troubadour enchaînait alors les albums majeurs (Le Manteau de pluie, Vénus, Dolorès, Mustango), avant de mal négocier le tournant des années 2000 via une créativité stakhanoviste à l’inspiration souvent en berne — hormis le très bon cru 2006, Taormina. Toujours droit dans ses bottes (crottées) en 2011, la 12-cordes en bandoulière, le sexagénaire à la voix de velours ne pose plus de lapin et sort, avec Grand lièvre, le chef-d’œuvre qu’on n’attendait plus. Soit le plus beau disque français depuis Bleu Pétrole.
HS
HIP-HOP Cinq ans après un premier opus explosif (Gare au jaguarr), un passage par la case prison et une parenthèse ciné enchantée (Polisse), l’expert de la « maison mère » NTM revient aux affaires. Formant un véritable diptyque avec la première levée, Egomaniac continue de creuser le même sillon, alternant egotrips émouvants (Jour de sortie, Complexe, Mon rôle), combats ordinaires — contre le rap français (Hip Hop), la crise (Je paye pas), Sarkozy (On te voit) — et apologie de la « fête » (Champagne, Faut s’lever). Le tout servi par un flow rocailleux et une prod’ bulldozer qui claquent. Who’s the boss ?
HS
INDIE ROCK The Big Pink, The Pains of Being Pure at Heart ou Crocodiles, pour ne citer qu’eux, ont récemment marqué un retour vers le rock indé des 80’s. Maison Neuve, groupe français mais anglophone, propose onze titres inspirés suivant cette mouvance, emmenés par un single épique, Under skies of Fire. Le chant lancinant de Guillaume Faure évoque parfois celui de Gordon McIntyre, leader des doux Ecossais de Ballboy. Son accent frenchy irritera certains, mais il colle à merveille et apporte une certaine émotion à des morceaux aériens et familiers.
SV
DUBSTEP Attention : ce disque est à déconseiller aux fans de Radiohead. Ceux-là mêmes qui ont descendu, comme à peu près tout le monde, leur dernier album, dont il est ici proposé une double rasade de… remixes. Il semble que peu de gens aient finalement compris où Thom Yorke, depuis le virage magique de Kid A, ait voulu emmener sa bande. Dix ans plus tard, envers et contre tous, Radiohead continue de (tâcher de) se réinventer : il fraye avec le gratin du dubstep sous toutes ses formes, de la plus lancinante à la plus syncopée. C’est une mue passionnante.
PLX
ROCK/BLUES & ELECTRO Lynch sort son premier album solo à soixante-cinq ans. Un album de studio dans lequel il passe sa voix nasillarde et hantée à la turbine électrique. Lynch fait du Lynch, c’est une évidence. Ce qui l’est moins, c’est de sortir d’un carcan réclamé par la foule, avide de « sensations lynchiennes », et de s’aventurer sur des terres synthétiques qui peuvent surprendre ou rebuter de prime abord, pour s’avérer diablement entêtantes après coup. Oui, Lynch nous attire et nous révulse, mais ne nous laisse jamais insensible. Une fois de plus, il se joue de nos perceptions et nous égare. Entre lumière et noirceur.
JSa
CHANSON Alors, il est pas chouette mon repas de mariage ? C’est la classe, hein ? Hé oui, j’ai pu avoir Katerine pour pas cher ! Qui ça ? Ben Katerine, le chanteur ! Mais oui c’est un homme, avec un prénom de femme ! Et puis des couettes… Bref ! Chérie l’adore, il la fait rire. Je lui ai demandé de faire des reprises, c’est pas une bonne idée ? Il chante le pire des années 80, et puis de la variété, du zouk, du rap ! Tout le monde fait la fête ! Et puis ils sont bons, ses musicos, top décalage, non ? Comment ça, t’as envie de lui foutre des baffes ?! N’empêche : tu t’éclates bien !
PLX
CHANSON Ce projet constitue la rencontre artistique de deux poètes : l’immense Jacques Prévert, qui voit ses textes mis en musique par le talentueux Frédéric Nevchehirlian. En résulte un disque souvent grave et profondément engagé, qui parle des hommes avec une justesse rare qui touche à l’âme et au cœur. Des mots savamment dosés, au style inimitable et puissant, sublimés par des compositions et une voix qui épousent à la perfection le matériau d’origine (et les oreilles de l’auditeur). L’une des œuvres essentielles de la rentrée musicale, qui nous tiendra de longues saisons au corps.
SV
AMBIENT/HYPNAGOGIC POP A l’heure des Internets, peut-on parler de « phénomène Oneohtrix Point Never » ? Honnêtement, on s’en fiche pas mal… Scruté jusque dans ses moindres gestes sur la toile, le brillant Daniel Lopatin (trop hype pour les uns, trop inconnu pour les autres) est l’un des grands maîtres du revival synth retro futuriste qui sévit depuis plusieurs années. A l’aide de samples émergés mis en boucles, il tend ce coup-ci à compléter une liste de qualités déjà bien longue. Maintenant, la vraie question : est-ce que Lopatin est l’un des artistes marquants de la décennie ? La bonne réponse : oui, sans aucun doute.
JSa
SLAPROCKFUNKMETALFUSION Tout le monde connaît Primus, au moins de manière inconsciente par le générique de South Park ou alors par leurs disques Frizzle Fries, Sailing the seas of Cheese ou Pork Soda. Si vous répondez « non » aux questions : « Aimez-vous une basse qui groove ?», « Pouvez-vous supporter une voix nasillarde ? » ou encore « Appréciez-vous l’humour absurde dans des chansons ? », passez votre chemin. Sinon, procurez-vous vite cet album. Rendant hommage entre autres à Lee Van Cleef, aux fauteuils en cuir vert, il s’inscrit parfaitement dans la lignée du meilleur de Primus et démontre que Les Claypool et consort ne connaissent pas la panne d’inspiration.
ND
STONER/SLUDGE A l’écoute de Mastodon, on ne peut s’empêcher de penser à des groupes comme Black Sabbath, Kyuss, Queens of the Stone Age ou les Melvins. Confirmant leur virage vers un style plus mélodique qu’auparavant, The Hunter n’en reste pas moins extrêmement ingénieux avec des passages aux rythmiques alambiquées mais réellement efficaces. Soulignons aussi l’énorme production de Mike Elizondo, qui nous avait plutôt habitués à son travail dans le milieu du hip-hop (Snoop Dogg, Jay-Z, Busta Rhymes…). Pour la pochette, le sculpteur AJ Fosik a réalisé une énorme tête de taureau kaleïdopsychédélique pour un rendu à l’image du groupe : massif.
ND
AMBIENT/NEO-CLASSIQUE En mars dernier, nous placions en ces pages le très beau et mélancolique Ravedeath 1972. De mélancolie, il en est toujours question avec ce nouvel opus, constitué des autres pistes enregistrées dans cette « fameuse » église islandaise. Mais, au vu de leurs grandes qualités, toujours baroques et, n’ayons pas peur des mots, grandioses, le terme « Face B » s’avère véritablement sacrilège. Et le fait que le piano soit ici plus apparent ne dégrade en rien l’aspect aérien de cette fine corrélation entre la musique et sa propagation dans l’espace, d’une beauté froide, hivernale. En noir et blanc.
JSa