Ventilo n°293
du 8 au 21 février
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Si le rock n’avance plus depuis une bonne décennie (plus de mélanges, plus de message, plus de couilles), la pop, elle, n’en finit plus de se réinventer. Django Django est la première sensation de l’année, déjà récupérée par le label parisien Because, qui ne signe en général pas que du vent lorsque ça buzze outre-Manche (Metronomy, Klaxons, Connan Mockasin). Dans la droite lignée de groupes anglais comme Simian ou The Beta Band, ce quatuor explore des territoires psyché-pop en y incluant la technologie. C’est frais, gentiment barré, et cent fois plus stimulant que le dernier Black Keys.
PLX
Au rayon « nouveau disco » dans lequel il excelle, Lindstrøm préfère la tangente. Non seulement désireux d’en finir avec les terminologies, le Norvégien rompt également avec l’aspect dépouillé parfois associé aux musiques séquencées. Point de minimalisme donc. Souvent même au bord de la surcharge, ses aspirations jazz-rock nourrissent et empilent constamment des trucs improbables et jouissifs. Comme s’il avait voulu retranscrire pêle-mêle les coulisses d’un cerveau bouillonnant, pilonné d’obsessions et de moments de grâce, doté d’une capacité de régénération hors norme : intelligent.
JSa
Après la parution du LP de Maison Neuve, Talitres Records donne sa chance à un nouveau groupe pétri de talent, en l’occurrence les Estoniens d’Ewert and The Two Dragons. Beaucoup de formations se sont lancées dans une pop mâtinée de folk ces dernières années : de I Am Kloot aux Fleet Foxes, en passant par Midlake, on pensait avoir fait le tour de la question. Mais voilà que les quatre Tallinnois proposent dix chansons simplement orchestrées mais savamment écrites, et diablement interprétées. Porté par un titre éponyme d’une efficacité redoutable, cet album se révèle parfait en cette saison.
SV
Interviewé par nos soins il y a peu (voir Ventilo #287), l’Allemand Irmin Schmidt confirmait la réédition de Tago Mago, le grand œuvre du groupe majeur qu’il fonda à la fin des années 60 : Can. Parue juste avant les fêtes, cette nouvelle version annonce l’imminent pressage de l’intégralité du catalogue en vinyle, mais arrive surtout isolément. Comme s’il fallait absolument que les nouvelles générations découvrent ce double album aussi expérimental que psychédélique, toujours aussi mystérieux quarante ans après. Un live enregistré en 1972 agrémente cet objet très soigné. Indispensable.
PLX
On entre dans cet univers fantasmagorique en anthropologue-navigateur perdu au milieu d’un songe, découvrant une nouvelle terre. Tout semble familier, pourtant, au premier contact, on se retrouve désarmé face à ce langage guttural mais subtil dont on décèle quelques mots et souhaiterait comprendre les autres. Des sons impalpables, des trompettes et des accordéons moqueurs dérivent, une guitare lynchéenne pour seul repère. Musique improvisée ? Expérimentale ? Jazz ? Vous n’y êtes pas. Juste le bonheur d’être perdu en pleine zone inconnue.
ND
De par son côté hybride, Ultra Panda repousse les frontières du rock pour s’aventurer sur les dancefloors. Pas de machines, juste un trio de vétérans de la scène rock française (Bananas At The Audience, Free For All, Weeping Minds Of Silence…) terriblement efficace. Un chant, une batterie et surtout une basse synthétique, qui ose la saturation jusqu’au mimétisme d’une guitare. Le tout donne un noise-rock épileptique, catchy, rythmé et donc terriblement dansant… Ce qui n’est pas le propre du genre, vous en conviendrez. A ce jeu, seul Death From Above 1979 avait déjà réussi l’exploit.
dB
Scandaleusement mésestimé au regard de sa contribution à la scène pop française, Holden est ce duo que l’on s’est plu à chérir, notamment pour ses trois derniers albums produits par le Chilien Uwe Schmidt (Pedrolira, Chevrotine et Fantomatisme). Le timbre doux de sa chanteuse, Armelle Pioline, y était bien sûr pour beaucoup. La voici qui se lance avec un projet plus personnel et minimaliste, sur le label Les Disques Bien (trait d’union bienvenu entre Paris et Marseille). C’est encore une fois charmant et intimiste, mais désormais chanté en anglais. En attendant le prochain Holden ?
PLX
Les divas du siècle passé, auxquelles on promettait monts et merveilles, se sont perdues en chemin ou n’ont pas confirmé leurs promesses d’alors (Kelis, Ms. Dynamite…), quand Miss Platnum est trop blanche pour être honnête. Fort heureusement, Caitlin Simpson est arrivée, et elle devrait sauver nos âmes ! Dotée d’un organe surnaturel (comme dirait DSK), elle navigue entre soul, jazz ou r’n’b avec aisance, et pourrait remplir à elle seule la programmation musicale de Radio Grenouille ou Nova. On lui pardonnera son crime de lèse-majesté (une reprise de The Cure), eu égard à sa brillance évidente.
SV
Signe social, religieux ou encore politique, le poil dévide sa pelote depuis la Mésopotamie jusqu’à l’actuelle Turquie. Si les contributions sont parfois trop universitaires, l’ouvrage s’avère intéressant et souvent amusant. On découvre, entre autres, que Gérard de Nerval nourrit une grande passion pour une « femme-mouton » ou encore qu’un évêque rédigea un très moral Éloge de la calvitie. Et, tandis que notre gouvernement augmente la TVA, Histoire du poil nous révèle des initiatives qui laissent songeur : celles de Pierre le Grand taxant la barbe de ses sujets et de ce Marseillais de l’Ancien Régime prônant une taxe sur les perruques ! Quant à la frilosité de vos banquiers, sachez, Messieurs, qu’il fut un temps où vous pouviez hypothéquer votre barbe…
CV
Né à Digne et ancien du Lycée d’Aix, Gilles Lapouge approche les 90 ans. On le connaît surtout pour son ouvrage Les Pirates et sa participation régulière au festival Etonnants Voyageurs. Aventurier d’un autre siècle, il nous emmène chez un magnat du soja au Brésil ou nous entraîne en Afrique pour une enquête sur le café. Sous la forme d’un abécédaire autobiographique, l’auteur nous raconte ses années de journalisme. Il révèle à l’occasion le goût de Nabokov pour la chasse aux papillons ou confesse encore son espionnage douteux des envoyés spéciaux du Figaro. Le Flâneur de l’autre rive est ce vieil homme espiègle qui, le temps d’une complicité, nous promène dans sa mémoire comme dans un « cabinet de curiosités ».
CV
Vertige, une actrice célèbre, a snifé un peu trop de cocaïne sur le plongeoir de sa piscine, dans laquelle elle est tombée. Repêchée par son agent, va-t-elle en réchapper ? Quant à la belle Adélia, trapéziste de son état, elle exerce son art sans filet au-dessus de fauves avant de quitter brusquement la piste et de s’enfuir du cirque… Vertige est l’une des belles surprises de ce début d’année. Luxuriante et haute en couleur, la ligne claire d’Hélène Georges accentue la dimension onirique du très beau scénario de Lisa Mandel. Extrêmement bien construit, tout en finesse, ce conte cruel et assez amer promène le lecteur par le bout du nez et réserve bien des surprises. Sans lourdeur, mais efficacement, les auteures montrent qu’une forme d’esclavage, en apparence plus raffinée et moins indolore, peut se substituer à une autre.
BH
Si Dargaud est leader sur le marché de la BD, ce n’est pas un hasard. Jamais pionnier, toujours en retard même… Et pourtant toujours en tête. Le Bel âge témoigne une fois encore de cette capacité de l’éditeur à ingérer et recracher tout ce qui se fait ailleurs mais « en mieux ». Ici, par exemple, on mêle l’équivalent du dessin de Bastien Vives à une histoire façon Les Autres gens mâtiné de Péril jeune. Mais en outre, on soigne la com’, la couverture, les couleurs, le découpage, pour donner envie aux éventuels acheteurs non seulement de le lire mais surtout d’en connaître la suite. En effet, Le Bel âge attire l’œil, se lit d’un trait et nous frustre quelque peu de s’arrêter si tôt dans l’histoire. Les trois personnages principaux, la vingtaine, étudiants, vivent des amours tumultueuses, des plans cul, des galères, des délires… Rien que du banal en somme. Mais du banal façon Dargaud…
LV
Lors d’une précédente édition du Festival International de Documentaire (FID), le public phocéen a pu découvrir ce film incroyable de trois heures nous plongeant dans le quotidien du dictateur roumain. Andreï Ujica est déjà connu pour avoir consacré, entre autres, un film troublant mais fascinant, à la frontière du documentaire et du cinéma expérimental, sur la station MIR : Out of the Present. Ici, le cinéaste russe a exhumé les dizaines de milliers d’heures de films d’archives concernant le quotidien de Nicolae Ceausescu, qui exigeait qu’on le filme au moins une heure par jour. Une pratique schizophrène mais qui en dit long sur le rapport image/pouvoir, poussé ici jusqu’à l’extrême, et monté de manière troublante par le cinéaste russe.
EV
Tout ce que touche Alan Ball ne se transforme pas en or mais presque. Le créateur de la série Six Feet Under — et scénariste de American Beauty — détient en lui quelque chose que notre époque consensuelle nomme maladroitement « subversion ». En réalité, point de subversion chez cet homme plutôt brillant et lucide. Juste la capacité à ne pas tomber en permanence dans le panneau de l’illusion et à regarder comment tourne notre monde. Tabou(s) (Towelhead en V.O., ce qui signifie plus ou moins « bougnoule ») illustre à nouveau ce credo. En s’attaquant subtilement au racisme, aux préjugés, à la sexualité adolescente ou encore à la pédophilie, Alan Ball propose une réflexion sur les rapports humains, pas un jugement. Il pose à plat nos contradictions, les étudie, les dissèque. Pas sorti en salles, Tabou(s) mérite donc une seconde chance.
LV
François Demerliac revient dans ce très beau film sur les heures tragiques de la guerre d’Algérie, et notamment sur l’enlèvement par des parachutistes français du jeune mathématicien Maurice Andin. Avec une grande finesse de langage cinématographique, le cinéaste tente de remonter le parcours du temps, trouvant sur son chemin les rouages de l’histoire qui ont entaché cette période. Les témoignages se croisent, du côté français tout autant que du côté algérien, et le film s’enrichit du formidable travail de recherche exécuté ici pour revenir à la source. Il n’hésite d’ailleurs pas à s’appuyer sur la matière déjà exploitée par l’historien de renom Pierre Vidal-Naquet. C’est bien sûr, en filigrane, toute la question des tortures et des exactions commises durant cette guerre qui se révèle alors.
EV
A travers un prisme sobre mais classieux, cet excellent documentaire réalisé par Mariexxme se propose de suivre le groupe inclassable Oxbow lors sa tournée française de 2009. Les images sur scène et en dehors sont agrémentées d’entretiens dans la pénombre, mettant en lumière l’intégrité artistique des musiciens et surtout la profonde exigence qu’ils portent à leur art, bien au-delà des intentions de nombreux groupes… Plus complet que le documentaire de 2006, Music For Adults (DVD bonus de Love That’s Last), il offre en bonus une partie complémentaire filmée au téléphone par leur ingénieur du son et l’intégralité d’un concert parisien restituant l’énergie sans effet déplacé. Ce qui nous fait dépasser les trois heures de vidéo… De quoi finir en slip/gilet en cuir dans son salon, à l’instar du chanteur, Eugene.
ND
Après un Atelier Rorona pétillant de bonne humeur, Gust remet le couvert avec cette suite. Même si ce jeu de rôle se vit encore au jour le jour, le déroulement est ici plus mature et moins linéaire. Les objectifs à échéance fixe laissent place à une progression dont le joueur est seul décideur. Il faudra cependant remplir certaines conditions pour poursuivre l’histoire, arrivé à un point précis, sous peine de terminer sur la « mauvaise fin » (une parmi d’autres). L’alchimie, qui permet de transformer des objets en de nouveaux, est toujours bien présente, tout en laissant plus de place à l’aventure et à l’exploration de petites zones variées parsemées d’ennemis, pour notre plus grand plaisir.
AD
Disgaea, fleuron du jeu de rôle tactique old school sur console, est de retour avec un quatrième opus qui enchantera les adeptes — et, pourquoi pas, de nouveaux joueurs ? Comme à l’accoutumée, l’action se déroule dans le Nether World, sorte d’enfer où les démons règnent en maîtres. Notre héros, un vampire façon Popeye (la sardine remplaçant les épinards), donne le ton, humour 9999e degré. Le chiffre 9999, marque de fabrique de Nippon Ichi, est aussi le niveau maximum d’expérience qu’il est possible d’atteindre. Démesuré, tout comme la durée de vie, pour qui souhaite remplir toute l’encyclopédie. De quoi séduire son public habituel, et plus si affinités, le jeu étant traduit en français.
AD
Il y a quinze ans, la série Dynasty Warriors permettait à Koei, alors spécialiste du wargame, de s’ouvrir à un large public. Orientée action, elle place le joueur au cœur des champs de bataille, encerclé de centaines, voire de milliers d’ennemis à occire. Les fans de Japon médiéval et de batailles épiques trouveront une fois encore leur compte avec cette version Xtreme, agrémentée d’un mode « légende » scénarisé et jouable en duo. Les nombreux protagonistes éclairent certaines facettes de l’histoire, quand les armes et les combats, en quantité astronomique, occuperont ses adeptes pendant un long moment. Le tout malgré une réalisation datée, des textes en anglais et une répétitivité évidente.
SV
Véritable renouveau en matière de simulation de catch, WWE 12 apporte un souffle d’air frais sur une série qui commençait à prendre la poussière. Système de combat, angles de caméra, maniabilité, personnalisation, difficultés… : tout a été revu et corrigé pour le plus grand plaisir des amateurs. Les nombreux modes promettent de très longues heures de jeu, sans compter le multijoueurs. Quelques défauts noircissent tout de même un peu le tableau, comme l’absence de certaines superstars ou le moteur graphique vieillissant. Malgré ces détails, le soft reste très agréable à jouer, même s’il surprendra au premier abord les plus vieux fans de la série, en raison de son changement total de gameplay.
CT

Battles - Gloss Drop (Warp)
Devenu trio au départ de Tyondai Braxton, le fer de lance du math rock new-yorkais n’a pas passé l’arme à gauche, loin de là ! Ce troisième album doit beaucoup à ses productions originales, jouant sur le rapport dualiste simple/complexe qui a déjà fait recette par le passé, et permis au groupe d’entrer au panthéon Warp. Voici donc une pépite expérimentale — mais très accessible —, à consonance sucrée et exotique, quasi caribéenne… Et s’il figure dans ce top, c’est naturellement parce qu’il aura parfaitement su intégrer plusieurs niveaux de lectures, formant un tout massif, joyeux et extrêmement cohérent. Beau boulot.
Baxter Dury - Happy Soup (Regal / EMI)
Baxter Dury s’était déjà fendu, par le passé, de deux albums d’une qualité rare, ayant laissé un souvenir tenace à son public. Mais rien ne laissait présager que ce troisième effort, après six années d’absence, puisse s’avérer aussi enthousiasmant. Ces mélodies apaisées, cette décontraction maîtrisée, ce chant qui installe une proximité avec l’auditeur — entre spoken word et chœurs aériens — forment un ensemble de dix pistes délectables. Ne vous fiez pas à la pochette : malgré son air faussement idiot, on embrasserait volontiers l’habile Baxter.
James Ferraro - Far Side Virtual (Hippos in Tanks)
Méconnu du grand public, James Ferraro aura pourtant été l’un des artistes majeurs de ces dernières années pour bon nombre d’internautes en quête de nouvelles esthétiques. Inspiré par les aspects outranciers de la culture pop des années 80/90, il est l’instigateur de la fameuse « pop hypnagogique », composée à partir des sensations perçues au moment où l’on s’endort. Au-delà d’une écoute agréable, cet album en appelle aux confins de nos souvenirs : s’insinuant dans notre inconscient depuis l’enfance, la réalité augmentée nous ouvre en effet les portes de l’étrange. Ce chef d’œuvre en est le principal témoin.
Ford & Lopatin - Channel Pressure (Software)
Au moment où une grande partie de la sphère indie verse dans le lo-fi, le rock, la pop ou l’ambient, Joël Ford (Tigercity) et Daniel Lopatin (Oneohtrix Point Never), anciennement connus sous le pseudonyme Games, créent la surprise avec cette ode aux tubes synth-pop des années 80. Les références — de qualité — sont évidentes : Scritti Politti période 85, YMO… Mais loin du simple revival, ils construisent un pont entre les époques, rendant ainsi tout ce qu’il y a de plus actuel des sonorités jugées passéistes. Cet album est véritablement unique en son genre, hybride et scintillant, définitivement tourné vers le futur.
Girls - Father, Son, Holy Ghost (Turnstile)
A la première écoute, cet album se place dans la ligne droite du premier LP de Girls, paru en 2009 : brut, distillant autant de merveilles qu’il possède de temps morts, en fonction de l’humeur ou du degré d’acceptation de tant d’âpreté de la part de l’auditeur. Pourtant, comme son prédécesseur, s’il ne nous caresse pas toujours dans le sens du poil, ce nouvel opus sait prendre son temps pour nous hypnotiser, jusqu’à nous rendre accro. Lorsqu’arrive la triplette My ma, Vomit et Just a song, quand les frissons nous parcourent l’échine, alors les signes de se trouver pris dans les filets d’un grand disque sont évidents.
Metronomy - The English Riviera (Because)
En mai dernier, nous qualifions cet album de « taillé pour le printemps ». Sept mois plus tard, force est de constater que la dernière fournée des Anglais a passé l’épreuve du temps avec une classe folle. Sa ribambelle de pop songs à la fois bancales et évidentes— dont une bonne moitié font d’ores et déjà figure de classiques du genre — aura en effet accompagné chaque saison d’une année passée à se balader sous le doux soleil du Devonshire. Difficile de se lasser de cet objet aussi insaisissable qu’élégant, idéal sur les dancefloors comme lové sous la couette, et dont la légèreté (apparente) n’a d’égal que la profonde mélancolie.
Connan Mockasin - Forever dolphin love (Because)
Toux ceux qui ont eu la chance de croiser ce dauphin au printemps dernier en sont tout de suite tombés amoureux. Il nous a parlé de sa passion pour Syd Barrett et le psychédélisme anglais, les voyages immobiles de Robert Wyatt, les drogues récréatives et l’eau salée… On parle souvent du chant des sirènes, beaucoup moins du chant des dauphins. Pourtant, ce n’est pas seulement une affaire de sonar, ça va bien plus loin que ça. C’est de l’amour, et puis énormément de sensibilité. Ça nous dépasse.
Panda Bear - Tomboy (Paw Tracks)
Les Beach Boys en snowboard. Tout l’esprit de la Californie insouciante des années 60, le soleil, l’océan, les filles, mais transposé dans les méandres de notre ère technologique, fragmenté en autant de vignettes numériques squattant votre cortex. La filiation est inévitable, et le plus doué de la fratrie Animal Collective n’a nul besoin de ses camarades de jeu pour démultiplier à l’infini sa voix, couplant ses harmonies vocales avec des boucles insidieuses qui créent une pop ultra moderne. Soyons précis : les Beach Boys sur le même snowboard, en mode freestyle, coincés dans le « half-pipe » sans jamais pouvoir en sortir… Endless winter.
Maceo Plex - Life index (Crosstown Rebels)
Choisir un disque « club » pour résumer 2011 : pas une mince affaire. James Blake ? Très chouette, mais pour se coucher. Justice ? Bof. Birdy Nam Nam ? Et mon cul, c’est du cui-cui ? En 2011, ce qui fait danser les kids qui ont du goût, les filles les plus sexy et les quadras en pleine rechute, c’est la house, jamais disparue, toujours underground. Signe des temps : après avoir subi un bon lifting à Berlin, elle se régénère aujourd’hui à la source, dans les Amériques. Et Maceo Plex a juste sorti l’album parfait, de sueur, de sexe et de stupre.
Tahiti 80 - The Past, the Present and the Possible (Human Sounds/Discograph)
Tahiti 80 ou les éternels cocus de la pop française. Cependant que les Versaillais de Phœnix reçoivent depuis dix ans tous les honneurs et enfilent les récompenses par-delà les frontières via des albums surestimés, nos Rouennais chéris, énormes au Japon, continuent leur petit bonhomme de chemin hexagonal dans l’indifférence générale. Une tendance que n’aura pas réussi à inverser ce cinquième opus, le meilleur à ce jour, riche en tubes (Darlin, Gate 33, Easy), plus électronique (Crack up) que jamais, qui force le respect et les portes de ce bilan.

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Emmanuel Carrère
Limonov (P.O.L)
On en attendait pas moins du fils de sa mère, soviétologue experte. Emmanuel Carrère livre le roman journalistique et biographique soigneusement documenté d’un personnage bien réel et toujours vivant. Poète délinquant, dissident branché en URSS, clochard à New York, écrivain sans le sou à Paris, putschiste à Moscou, soldat pro-serbe perdu dans les Balkans, fondateur du Parti national bolchevik, puis militant démocrate anti-Poutine… héros ou salaud ? Chacun jugera en découvrant la vie ambiguë et trépidante du diable Edouard Limonov. Une belle plume, un bon roman d’aventures et l’histoire d’un homme rocambolesque dans l’histoire de l’ancienne et la nouvelle Russie.
Jonathan Coe
La Vie très privée de Mr Sim (Gallimard)
Ou les tribulations d’un loser dépressif au nom de carte à puce qui arpente le Royaume-Uni pour faire la promo d’une brosse à dents « révolutionnaire ». Coe profite des (més)aventures de son anti-héros pour passer au crible le monde occidental et ses avaries — le consumérisme « zombie », le côté « Big Brother » des nouvelles technologies… —, en trempant une nouvelle fois sa plume dans l’acide. Mêlant réalisme et extravagance « à l’anglaise », cette nouvelle satire sociale, à la narration d’une rare fluidité, embarque son lecteur pour un voyage déroutant et captivant, de la première à la dernière page. Un petit bijou !
Jonathan Franzen
Freedom (L’Olivier)
Patty Berglund est-elle la femme idéale ? Pour Walter, son mari, la réponse ne souffre aucun doute : c’est oui. Epouse et mère parfaites, Patty (r)assure et n’est jamais prise en défaut. Mais qu’en pense-t-elle ? En renonçant à Walter, le « mauvais garçon dont elle était amoureuse à la fac et qui se trouve être le meilleur ami de Walter », Patty a peut-être choisi le mauvais garçon, soit le gentil Walter, et commis l’erreur de sa vie… Dix ans après son chef-d’œuvre absolu Les Corrections, Franzen raconte l’histoire de ce trio à base de Walter et capture le climat culturel et politique des USA entre 1970 et 2010 avec une virtuosité hallucinante.
Heather Lewis
Le Règlement (P.O.L.)
Tout se dérègle dès la première page lorsque Lee, quinze ans, est renvoyée de l’internat pour avoir fumé de l’herbe. Plutôt que de retourner dans sa famille, où l’attend un père qui la viole depuis son plus jeune âge, la jeune fille décide d’aller de l’avant et de rejoindre Silas, le propriétaire d’un centre équestre, qui l’a formée à l’équitation. Une écurie où tout le monde baise avec tout le monde, défoncé du matin au soir, jusqu’à la nausée… Heather Lewis dresse ainsi le portrait bouleversant d’une individualité désabusée, désenchantée, résignée au pire, où la seule issue serait le suicide, comme le dernier geste de l’auteur, disparue en 2002.
Philippe Robert
Folk et renouveau – Une balade anglo-saxonne (Le Mot et le reste)
Il serait interminable de vouloir dresser la liste des qualités qui font la pertinence du folk à l’heure actuelle, sous l’ombre tutélaire d’artistes comme Woody Guthrie, rentrés dans la légende au fil de leurs vagabondages. Il serait également interminable de vouloir dresser la liste des références accumulées et intelligemment ordonnées sur papier par l’érudit Philippe Robert, dont on ne peut que vous conseiller l’ensemble de la biographie éditée par Le Mot et le Reste, maison d’édition marseillaise, dont il serait interminable de dresser la liste des bienfaits.
Mais aussi…
Marco Mancassola - La Vie sexuelle des super-héros (Gallimard)
Glenn Taylor - La ballade de Gueule-Tranchée (Grasset)
Pete Dexter - Spooner (L’Olivier)
Paul Auster - Sunset Park (Actes Sud)
Michel Guérin – Philosophie du geste (Actes Sud)
Meltin Ardito – Le Turquetto (Actes Sud)
Carole Martinez – Du domaine des murmures (Gallimard)
Antonia Kerr - Des fleurs pour Zoé (Gallimard)
Philip Roth - Le Rabaissement (Gallimard)
La Planque, 13 ateliers d’artistes… (Parenthèses)
Michéa Jacobi - Le piéton chronique (Parenthèses)
Mick Brown - Phil Spector, le mur du son (Sonatine)
Steve Roden – I Listen to the Wind That Obliterates My Traces: Music in Vernacular Photographs 1880-1955 (Dust-to-Digital)
////////////////////////////////////////// BD /////////////////////////////////////////////////
Nicolas Presl
L’Hydrie (Atrabile)
Fidèle aux types de récits développés dans ses précédents albums, Nicolas Presl signe ici une aventure muette, en noir et blanc, sur deux beaux-frères partis ensemble à la guerre. L’univers se révèle sombre et âpre, reflétant les relations entre les deux soldats qui vont rapidement se détériorer. Presl met également en avant plusieurs éléments qui relèvent de l’affrontement (combats entre cerfs mâles) ou du sacrifice (animaux tués pour communiquer avec les dieux). Ici, tout fait sens et le jeu sur les symboles contribue pleinement à élaborer l’atmosphère étrange et délétère au centre de cet album impressionnant.
Angel de la Calle
Tina Modotti (Vertige Graphic)
Enfin une vraie biographie dans le monde de la BD ! Terminés ici les raccourcis qui dénaturent le propos à tout bout de champ. On sent très vite à quel point Angel de la Calle respecte cette femme exceptionnelle, à la fois mannequin, actrice, photographe et militante révolutionnaire. L’extrême exigence de l’auteur irrigue cette œuvre de haute tenue. En effet, il a mis tout son talent, sa passion et ses tripes dans cette création. Et parler aujourd’hui, en ces temps troublés, d’une figure aussi emblématique, aussi « sociale », n’est pas le fruit du hasard. Il y a une sorte de quête initiatique de la part de l’auteur, une quête essentielle qu’il nous transmet magistralement.
Jean-Claude Denis
Tous à Matha, tome 2 (Futuropolis)
Où l’on retrouve le jeune Antoine, sa bande de pot(ach)es et sa belle, Christelle, en vacances sur l’île d’Oléron à la fin des années 60. Le premier tome nous plongeait dans la vie quotidienne de ces jeunes gens avant de nous embarquer avec eux en vacances, posant ainsi plusieurs lieux et ambiances. Ici, nous suivons le déroulement des vacances au jour le jour. Le récit paraît plus linéaire, mais les éléments marquants sont à chercher en creux, dans les non-dits, les rendez-vous manqués… Cela accepté, cet album s’ouvre au lecteur, se révélant davantage luxuriant et fort touchant. Un très bel hommage aux émois adolescents dans la France des sixties.
James Sturm
America (Delcourt)
La dernière histoire de cet ouvrage avait initialement été éditée par feu les éditions BD du Seuil. Delcourt, toujours par l’intermédiaire de Vincent Bernière, réédite et complète en incorporant à America deux autres nouvelles graphiques de James Sturm, remarquable auteur indépendant. L’idée tient bien la route, le regroupement est cohérent. Cette « trilogie » narrative américaine, axée sur les fondements en péril d’une nation mixte, aborde de façon subtile des sujets sensibles tels que le puritanisme (The Revival), la foi matérielle (Hundreds of Feet Below Ground) ou encore les violences et les sectarismes de toutes sortes (Le Swing du Golem).
Anouk Ricard
Coucous Bouzon (Gallimard)
Les premières pages annoncent la couleur : le personnage principal est tombé dans une usine de dingues. Si les situations comme les dialogues s’avèrent délirants, la vision du monde du travail que donne Anouk Ricard n’est pas si éloignée de certaines réalités quotidiennes. Ici, nous ne sommes jamais au bout de nos surprises et une action ou une situation surprenantes en cachent d’autres, encore plus folles. De fait, lorsque le récit s’aventure du côté du polar, il s’étoffe sans perdre son énergie, son humour et son sens aiguisé de l’absurde. Anouk Ricard construit au fil des albums une œuvre à part entière, véritablement personnelle et de grande qualité.
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Mais aussi…
Thomas Cadène et collectifs - Les autres gens, tome 1 (Dupuis)
Pedrosa - Portugal (Dupuis)
Chaemin - Junk Love (Casterman)
Valérian vu par… Manu Larcenet - L’armure du Jakolass (Dargaud)
Marc-Antoine Mathieu - 3 Secondes (Delcourt)
Takashi Murakami - Le Chien Gardien d’étoiles (Sarbacane)
Cyril Bonin - Chambre Obscure 1 et 2 (Dargaud)
Appollo et Oiry - Une vie sans Barjot (Futuropolis)
Fred Bernard - Ursula vers l’amour et au-delà (Delcourt)
Daniel Goossens - Sacré comique (Fluide Glacial)
Hugues Micol - Le chien dans la vallée de Chambara (Futuropolis)
Pascal Matthey - Du shimmy dans la vision(L’employé du Moi)
Yoon-sun Park - Sous l’eau, l’obscurité (Sarbacane)

Deep End (Royaume-Uni/Allemagne) de Jerzy Skolimowski (Carlotta)
C’était l’Arlésienne en matière d’édition ! Le plus beau film de Jerzy Skolimowski, lui-même cinéaste de génie trop peu cité, bénéficie d’une double sortie, par les bons soins de Carlotta : copie neuve en salles, film restauré en DVD, enrichi d’excellents bonus. Deep End nous plonge dans l’Angleterre pop art de la fin des 60’s, et offre l’un des plus beaux portraits au cinéma de l’adolescence, où un jeune homme un peu gauche, embauché dans un bain public, se retrouve confronté à un champ des possibles féminins. Il se dégage du film une atmosphère embuée, où l’intelligence du rythme le dispute à la qualité des plans : sublime !
Coffret Andrei Tarkovski – 8DVD - 3 courts et 7 longs-métrages (Potemkine)
Nous avons régulièrement vanté dans ces colonnes le travail de Potemkine, maison indépendante inspirée, à la ligne éditoriale exigeante. En cadeau de fin d’année, l’équipe nous gratifie ni plus ni moins d’une (quasi) intégrale de l’immense Andreï Tarkovski, où se côtoient ses plus grands chefs-d’œuvre, d’Andréï Roublev à Stalker, en passant par Solaris, Le Miroir ou Nosthalgia. Ce coffret incontournable est complété par un DVD bonus d’une richesse folle : de nombreux entretiens du maître, trois films d’études, le documentaire rarissime Tempo di Viaggio, tourné lors des repérages de Nosthalgia, ou un travail jusque-là inédit : Meeting Andréï Tarkovski.
Dexter, saison 5 - Série (Etats-Unis) de James Manos Jr. (Paramount)
Après l’ahurissante dernière scène de la saison 4, qui bouclait la boucle sanguinolente et aurait pu constituer la fin de la série, le cru 2010 était attendu avec autant d’excitation que de fébrilité, posant ces deux questions cruciales : comment notre expert sanguin/tueur en série allait-il surmonter la mort de (chut !) et surtout conserver sa double identité secrète, avec autant de flics à ses trousses, dont sa sœur pas très fute-fute ou dans le déni ? Si la première question est assez bien traitée avec la venue d’un nouveau personnage féminin (Lumen/Julia Stiles), la seconde nous apporte son lot de réponses abracadabrantes. Mais qu’importe le flacon…
Sons of Anarchy, saison 3 (Etats-Unis) de Kurt Sutter (20th Century Fox)
Arrêtez de croire ce qu’on vous dit : la meilleure série actuelle n’est ni Mad Men, ni Breaking Bad, mais bel et bien Sons of Anarchy, le « bébé » de Kurt Sutter à base de motards qui n’ont besoin de personne en Harley-Davidson©. Créée en 2008 sur les cendres de The Shield, show auquel le créateur avait grandement participé après avoir fait ses classes chez Les Soprano, SOA n’est pas qu’une série sur les bikers qui jouent aux cow-boys et aux Indiens avec les gangs rivaux. Il y est aussi question de faire cohabiter violence des situations et délicatesse des enjeux, mythologie de l’Amérique et nœuds furieusement shakespeariens. Magistral !
Coffret Youssef Chahine (4 DVD + 1 livret) 4 films inédits : Gare centrale + La Terre + Le Moineau + Le Retour de l’enfant prodigue (Pyramide)
Pyramide a connu cette année une activité dense, dont le point d’orgue est la sortie de quatre œuvres rares et sublimes du cinéaste égyptien. Ce coffret vient rappeler la vitalité du réalisateur et sa propension à développer un large panel de personnages, souvent issus du prolétariat égyptien. C’est avec bonheur qu’on y retrouve Gare centrale, sans doute le plus beau film de Chahine, qui lui ouvrit les portes d’une notoriété internationale, ainsi qu’une large présence dans les plus grands festivals de la planète. Ces quatre films tournés entre 1958 et 1976 témoignent de l’intelligence du regard vis-à-vis des gens simples qui fondent la société égyptienne.
Taking off (Etas-Unis) de Milos Forman (Carlotta)
Une fois de plus à l’honneur, Carlotta ressort le premier film américain de Milos Forman, qui en ce début des 70’s, décide de quitter sa Tchécoslovaquie natale pour se frotter aux grands studios hollywoodiens. Il choisit pour ce premier opus de se pencher sur le phénomène hippie, qui secoue alors toute la société américaine, mais vu du côté des parents. Un axe qui lui permet une peinture sans concession du pays fraîchement rejoint, saupoudrant son récit d’un humour et d’un cynisme assumé, sachant que le mouvement même des Flower Power n’avait que très peu d’intérêt à ses yeux. Le résultat est un film hybride, intelligent et espiègle, rattaché encore à sa jeune carrière tchèque.
Cochon qui s’en dédit (France) de Jean-Louis Le Tacon (Editions Montparnasse)
Soulignons ici le travail des Editions Montparnasse, qui continuent d’enrichir leur catalogue des plus grands documentaires. Ainsi de ce film peu connu mais éblouissant de Jean-Louis Le Tacon, parti filmer au milieu des 70’s un élevage de porcs au cœur de sa Bretagne natale. Elève de Jean Rouch, l’apprenti cinéaste signe une œuvre troublante et protéiforme où se mêlent l’héritage du cinéma direct, les références (Pasolini) et les expérimentations visuelles. Avec, en filigrane, un portrait de l’exploitation agricole qui connaissait dans cette région les prémisses de l’industrialisation et de la surproduction, pour arriver aux résultats catastrophiques que l’on constate aujourd’hui.
Cinéma Hors Capital(e) (France - Les édition communes / Film Flamme)
Marseille est dotée d’un laboratoire cinématographique unique en France : le Polygone Etoilé. La structure s’est dotée depuis peu d’une activité d’édition, incluant livre et DVD, un grand soin étant apporté à la réalisation. Pour ses deux premiers titres, le Polygone a opté pour deux cinéastes de l’équipe, qui participent grandement à faire vivre le lieu : Jean-François Neplaz (avec La Remontée du temps), et Aaron Sievers (Flacky & Camarades). Chaque édition est complétée d’un ensemble de textes sur les œuvres, la création, l’acte de filmer en liberté, aujourd’hui, dans un carcan économique castrateur. A découvrir sans tarder !
Filmer le monde - Festival Jean Rouch (France - Editions Montparnasse)
Jean Rouch est connu pour son œuvre documentaire exceptionnelle, construisant les bases d’un style dont l’influence est omniprésente aujourd’hui. Il est aussi le créateur d’un festival, l’un des plus dynamiques en France, permettant la diffusion d’œuvres centrées sur une observation vivante du monde, dépassant le cadre de l’ethnologie. Les éditions Montparnasse proposent ici, en dix DVD, de présenter une somme importante de films, tous primés lors de la manifestation. Cette vision kaléidoscopique de la planète et de ses habitants, outre la diversité de leurs langages cinématographiques, permettent une vision du monde à nulle autre pareille.
Je suis curieuse, édition bleue (Suède) de Vilgot Sjöman (Malavida)
L’érotisme et la pornographie au cinéma sont quasiment nés dans les pays nordiques, aux avant-postes de la libération sexuelle dès les 60’s. La Suède a notamment été l’un des premiers pays à légiférer sur la question, permettant au grand public d’avoir accès aux œuvres porno. Bien que considéré comme l’un des films ayant allumé la mèche, Je suis curieuse, malgré des scènes plutôt crues, ne ferait plus scandale aujourd’hui. Ce qui saisit ici, c’est le rapport direct qui existait dans les 60’s entre l’expression libre de son corps et de sa sexualité, et l’engagement politique qui y était rattaché, le sexe se mêlant aux discussions enflammées sur tous les sujets de société.

Batman : Arkham City
(Warner Bros Interactive / Xbox 360, PS3, PC)
En 2009, les joueurs découvraient un Arkham Asylum d’une noirceur et d’un degré d’immersion immenses, aux niveaux technique et ludique incroyables pour un jeune studio de développement. Batman héritait d’un jeu digne de son image de super-héros sombre, rivalisant sans peine avec le Dark Knight de Christopher Nolan. Rocksteady réussit l’exploit de proposer une suite prodigieuse, et encore plus riche, l’univers restreint de l’asile cédant le pas à la ville d’Arkham. L’infiltration et les gadgets sont toujours de mise, la cité offrant désormais ses bâtiments, ses hauteurs et ses ruelles aux plus explorateurs, qui alterneront entre quête principale et missions secondaires, variées et nombreuses.
Dark Souls
(Namco Bandai Games / Xbox 360, PS3)
From Software nous livre ici son dernier bébé, qui s’inscrit dans la lignée du remarqué et impitoyable Demon’s Souls. Cette fois-ci, la mort rôdera dans tous les recoins d’un monde ouvert. Varié, ingénieux, beau, recelant de créatures terribles, de boss monstrueux (quoique moins impressionnants que par le passé) et de pièges plus vicieux les uns que les autres, il met tout en œuvre pour empêcher le joueur d’atteindre son but. Laisserez-vous un jeu vous botter les fesses ? Ce n’est qu’une affaire d’orgueil, mais il vous faudra vous accrocher, persévérer, encore et toujours, trépasser des dizaines, des centaines de fois, jusqu’à connaître les lieux par cœur, comme une poésie à réciter.
Gears of War 3
(Microsoft Game Studios / Xbox 360)
Les Gears of War auront donné ses lettres de noblesse à la Xbox 360 auprès des gamers assidus et porté aux nues un moteur 3D, l’Unreal Engine 3. Ce nouveau volet est toujours un jeu de tir à la troisième personne, dans lequel quelques humains tentent de repousser une invasion d’extraterrestres aux doux noms de Locustes et Lambents. Sanguinolent et nerveux, il est la synthèse parfaite de la série, et clôt en beauté une trilogie qui, dans la veine d’un Resident Evil 4, aura marqué le genre par son dynamisme. Encore plus beau (et enfin coloré !) que ses prédécesseurs, cet ultime volet se targue même de proposer un mode multi ouvert à quatre joueurs. Radicalement efficace, bougrement jouissif.
Rayman Origins
(Ubi Soft / Xbox 360, PS3, Wii)
Tourner le dos à un titre aussi immense que Rayman Origins relève du crime. Fort d’un moteur maison permettant de donner vie aux créations les plus folles de ses artistes, il est un chef-d’œuvre de plates-formes en 2D, et probablement le plus beau représentant que le genre ait jamais connu. Admirablement coloré, d’une très grande finesse, il propose une animation d’une fluidité confondante, et un niveau de détails inouïs. De plus, dans sa grande mansuétude, il permet aux joueurs de se regrouper à quatre autour de la même machine, afin de parcourir ses nombreux mondes, vivants et vivifiants. Michel Ancel, son créateur, a su se montrer digne de son titre de Chevalier des Arts et des Lettres.
The Elder Scrolls V : Skyrim
(Bethesda Softworks / Xbox 360, PS3, PC)
Plus de cinq ans après Oblivion, la grande aventure revient à point nommé pour l’hiver avec un Skyrim glacial se déroulant en terres nordiques. L’univers se révèle beau, cohérent et mature, bien que ses villes soient plus modestes que jadis. Adrien apprécie les centaines de quêtes et heures de jeu, bien que trop courtes à ses yeux, et peste devant une IA en régression. Néanmoins, il salue un souci du détail flagrant et un système qui met en exergue l’accessibilité. Sébastien, pour sa part, se régale de la multiplicité de quêtes à accomplir et de lieux à visiter, épaté par la richesse du monde magnifique et vivant. Quand les dragons, grands ennemis de ce volet, l’impressionnent toujours.
The Legend of Zelda : Skyward Sword
(Nintendo / Wii)
A bout de souffle, la Wii réalise un ultime tour de force en nous offrant l’un des meilleurs The Legend of Zelda de l’histoire. Donner des coups d’épée grâce à la Wiimote permet d’incarner réellement ce cher Link, volant une fois encore au secours de sa belle. Divisé en deux zones distinctes, la Terre et le Ciel, l’univers de Skyward Sword, impressionnant de diversité, pousse sans cesse à l’exploration. De nombreux nouveaux objets viennent aider notre héros dans sa quête, quand des boss dantesques se dressent sur son passage. Grâce à un scénario sans temps mort, des donjons épiques et quelques énigmes retorses, cet énième opus se doit de figurer dans toute ludothèque qui se respecte.
OVNI Après avoir publié les albums de producteurs aussi doués qu’Apparat, Rone ou Danton Eeprom, le label lyonnais InFiné (maison d’Agoria) sort enfin celui du Mexicain Cubenx. Qui, premier point, se situe à l’intersection de ces trois artistes : entre techno lunaire, electronica contemplative et fragrances new-wave, ses morceaux parfaitement produits le placent d’emblée en haut du panier. Mais surtout, on entend grésiller dans cet album de rupture (sentimentale, musicale) l’électricité non statique des grandes œuvres de James Holden, M83 ou The Field. Bref : disque sublime, et talent à suivre.
PLX
POP STRATOSPHÉRIQUE Dans un monde parfait, The Sophtware Slump, encensé par la critique en 2000, aurait raflé des prix musicaux, squatté les charts et rendu ses auteurs célèbres. Il n’en fut rien et, quelques années plus tard, la lassitude a eu raison d’un groupe drapé d’une gloire confidentielle. Cette réédition, agrémentée de belles raretés, offre une seconde existence à ce concept-album empreint d’une fragilité à fleur de peau, à la mélancolie si subtilement distillée qu’on parvient toujours à s’émouvoir de ces comptines, éveillant les sentiments les plus troubles qui sommeillent en nous.
SV
ELECTRO Comme beaucoup de groupes de musique électronique français susceptibles de toucher le « grand public », dDAMAGE aurait pu, en 2011, sortir une abomination. Seulement voilà, ils doivent sûrement porter en eux trop d’amour pour la musique. Ok, ce raisonnement est réducteur, mais tout de même, il est grand temps de regarder les choses en face : tant que les deux frères Hanak seront prêts à injecter du punk dans l’électro, pour cogner les têtes à claque d’une French Touch pourrie gâtée, juste parce que ça soulage, nous pourrons dormir sur nos deux oreilles.
JSa
AMBIANT POP Du bonhomme, on ne sait presque rien. Mystère entretenu par une pochette chiche en infos, mais bucolique à souhait, où il est question (les réponses sont l’intérieur du disque) d’une « collection de chansons (mal) enregistrées entre 2004 et 2011 ». C’est en creusant sur le Net que l’on découvre que les exigeants Epic 45 ont pris sous leurs ailes cet auteur-compositeur toulonnais, qui aura donc mis sept ans à enregistrer ce premier opus aussi bien inspiré par les Cure, première période, que par les regrettés Hood, ou leurs rejetons Bracken. On n’est pas là pour rigoler, mais pour contempler. Et la vue est magnifique.
HS
POP Suivant un Lungs de haute volée, ce second album, attendu au tournant, a été mal accueilli par l’intelligentsia musicale, qui déplore sa grandiloquence. Pourtant, tous les ingrédients du précédent opus sont là, et plus encore : une voix racée, dédoublée en des chœurs harmonieux et supportée par des claviers, des cordes et surtout des percussions qui font littéralement décoller les morceaux. N’en déplaise aux sceptiques, qui n’adhéreront pas à cette puissance, plus lyrique que rock, Florence Welch n’a pas perdu de son talent et s’affirme, au contraire, encore plus comme une artiste unique.
SV
NEW-WAVE Surprise : le label anglais Strut, plutôt tourné vers les musiques noires, se penche ici sur les grandes heures du cultissime Factory. Il faut dire que Strut a été réactivé par des Berlinois, et que cette double compilation recense les maxis et raretés « club » sortis par le fameux label dans les 80’s… Mais tout de même : quelle réponse à l’ouverture d’esprit qui régnait à l’époque à Manchester ! Et quelle modernité ! A l’exception notable de New Order (?), ils sont tous là : Section 25, A Certain Ratio, The Durutti Column, Quando Quango… et tant d’autres méconnus. Compile de l’année ?
PLX