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juin 2008

[18 juin 2008] Brèves 226

Alors qu’avec le débarquement de PPDA de la messe du 20 heures, la presse fait semblant de découvrir les rapports étroits entre pouvoir et médias, il semble intéressant d’appréhender la contestation de l’ordre médiatique qui — Internet oblige — va croissant. C’est ce que propose Acrimed (Action Critique Médias, association née en 1996) ce mercredi 18 dès 19h à Mille Babords avec un débat sur les enjeux de la critique des médias. L’occasion de faire le point sur le quasi-monopole des enquêtes sur le journalisme par la presse elle-même, les dérives de l’ordre médiatique et les alternatives possibles. Rens. www.acrimed.org

Nouveau lieu de promotion de la création contemporaine, l’atelier Hespare ouvre ses portes pour une semaine de créations tous azimuts (arts plastiques, poésie, musique…). En avant-première, le 18, l’inénarrable Julien Blaine proposera un Prélude à la poésie contemporaine. Puis, du 23 au 28, les propositions se succèderont dans le lieu qui accueille parallèlement l’exposition de Sophie Testa, Mémoires de voyage 2, entre anthropologie et art (dessins, peintures et photos) : poésie encore avec Stéphane Nowak, Didjeko et Sébastien Lespinasse (poésie sonore), musique avec Latino Swing (jazz manouche et bossa), Karma Cramé (chanson « pararéaliste ») et Stéphanie Sagna (jazz et blues a capella) et interventions décalées par le chantre de l’Occitanie, Emboligol, et Nicolas Girbal et son atelier de cartes à poster. Rens. 06 50 95 60 36

Si la pratique artistique est un moyen d’épanouissement personnel et collectif, cela s’avère d’autant plus vrai pour les personnes en situation de handicap. Jeudi 26 et vendredi 27 à la Friche, le festival L’Art plus fort que le handicap réunira des artistes handicapés désireux de conquérir de nouveaux espaces sociaux et culturels, qui investiront tous les champs artistiques (musique, danse, théâtre, arts plastiques…) afin de démontrer que cette manifestation porte décidément bien son nom. Rens. 04 91 66 46 46 / www.atoisoleil.com

Si elle a servi avant tout à débusquer les frasques et déboires des people, la fonction « caméra » des téléphones portables a aussi ouvert un immense champ à la réalisation de films courts et au visionnement d’œuvres. Depuis 2005, prenant acte du phénomène, le Pocket Films Festival sélectionne et prime certains petits bijoux issus de cette révolution technologique et artistique. Samedi 28 de 16h à minuit, la Friche (décidément…) accueille la manifestation parisienne avec au programme, la projection du palmarès 2008 bien sûr, mais aussi des ateliers pour se frotter à la réalisation de films, un débat, un apéro et des rencontres autour des dispositifs de visionnage et de téléchargement. Le tout en entrée libre. Rens. (et réservations pour les ateliers) : 04 95 04 95 12

Toujours au rayon cinéma alternatif, en vue de la troisième édition des RISC (Rencontres Internationales Sciences et Cinéma), qui se tiendra en novembre, l’association Polly Maggoo lance un appel à candidatures. Tous genres de films (documentaires, expérimentaux, fictions, art vidéo, animation…) dont le sujet est directement ou indirectement lié à des thématiques scientifiques (sciences fondamentales, sciences du vivant, environnement, sciences humaines et sociales…) sont éligibles. Informations, règlement et formulaires sur le site http://www.pollymaggoo.org/doc_polly/risc-2008.html

[18 juin 2008] Bon Iver - For Emma, forever ago (4AD/Beggars)

gelette-Bon-iver.jpgLargué comme une vieille chaussette par une dénommée Emma, succube aux tétons dardés moins par le désir que l’orgueil, Justin Vernon, anéanti, s’est retiré quatre mois dans les collines enneigées du Wisconsin, histoire de digérer ce triste épilogue, voir ailleurs s’il y était et bouffer du cerf, façon Into the wild. Porté par une voix qui tutoie à chaque instant les anges, une guitare à la sécheresse inventive, des arrangements lumineux et une trompette qui pète mais pas trop, ce premier opus se fait l’écho définitif et merveilleux d’une chronique sentimentale et son irrecevable rupture. Aussi, Creature fear, où la rencontre de Neil Young et Arcade fire, est la plus belle chanson que vous entendrez cette année sur Terre. Paradis et enfer inclus.

HS

[18 juin 2008] Munk – Cloudbuster (Gomma/Discograph)

galette-Munk.jpgA des années-lumière du courant minimal qui domine en Allemagne, le label munichois Gomma souligne de plus en plus sa dimension synthétique, réminiscente de l’italo-disco et de l’electro-pop. Après avoir largement contribué à remettre au goût du jour la no-wave new-yorkaise, il poursuit donc son exploration du meilleur des années 80 : un plaisir simple, un peu honteux mais vite addictif. Munk est le projet de l’un des deux patrons du label, qui avaient enregistré ensemble un premier album déjà remarquable, Aperitivo. Désormais seul, Mathias Modica donne à ce nouveau disque une accroche immédiate, avec quelques petits tubes en puissance (Down in L.A, The Rat Race et l’inévitable Live fast ! Die Old ! avec Asia Argento). Parfait pour l’été.

PLX

[18 juin 2008] Nigeria 70 : Lagos jump Vs Disco Italia

V/A – Nigeria 70 : Lagos jump (Strut/Pias)
V/A – Disco Italia (Strut/Pias)

Si ces deux compilations n’ont, a priori, que peu de choses en commun, elles bénéficient d’un même savoir-faire propre à la maison anglaise Strut : qualité, rareté et cohérence de la sélection. Sans surprises, le second volume de Nigeria 70 offre une belle visibilité à une partie de la création nigériane tapie dans l’ombre de l’inévitable Fela, et Lagos s’inscrit définitivement en lettres capitales sur la mappemonde funky. Du côté de l’italo-disco — sous-genre décrié comme une pale copie des canons new-yorkais — né à l’époque où Ibiza s’appelait Rimini et Daft Punk… Giorgio Moroder, la compilation Disco Italia permet de s’en faire une idée juste et plaisante, bien éloignée des clichés trop souvent rabattus.

nas/im

[18 juin 2008] Laure Donnat 5 – Straight ahead (autoproduction)

galette-laure-donnat.jpgPour se placer ainsi sous l’ombre tutélaire d’Abbey Lincoln, il faut un sacré culot. Ce quintette vauclusien n’en manque pas. La jaquette prouve qu’à l’instar de leur meneuse, ils n’hésitent pas à se mettre à nu, dans un univers à la fois rustique et doux. Comme leur musicalité, entre chanson, pop et hard-bop funky : la parfaite maîtrise de ces pontes de la note bleue forme un écrin superbe aux pépites vocales de Laure. Le sax et la guitare proposent des volutes harmoniques subtiles pendant que la contrebasse assure une rythmique impitoyable, et ouvre au batteur d’étonnantes fenêtres mélodiques. Les textes, en français et en anglais, donnent dans l’introspection surréaliste et dans le manifeste poétique, jusqu’à cette magnifique réappropriation du Black is… des Last Poets.

LD

[18 juin 2008] Roland Appel Vs Jamie Lloyd

galette-Roland-Appel.jpgRoland Appel – Talk to your angel (Sonar Kollektiv/Nocturne)
Jamie Lloyd – Trouble within + More trouble (Future Classic/Nocturne)

S’il est un morceau qui a synthétisé à lui seul le revival deep-house de ces derniers mois, c’est bien le remix du May I ? de Jamie Lloyd par Quarion. En attendant que ce dernier sorte son album, on se précipite sur celui de l’Australien Jamie, plutôt downtempo, et surtout sur son corollaire truffé de remixes, More trouble : entre deep-house et nu-disco, les relectures sont excellentes. Mais la vraie surprise, toujours dans ce registre, c’est l’album de l’Allemand Roland Appel qui, sur la lancée de son hit Dark soldier, délaisse la syncope de ses projets habituels (Fauna Flash, Trüby Trio…) pour le format club : neuf titres et quasiment rien à jeter, avec de superbes attaques de claviers. L’été sera deep, l’été sera chaud.

PLX

[18 juin 2008] Windsor for the derby - How we lost (Secretly Canadian/ Differ-Ant)

galette-windsor-for-the-der.jpgL’énigme Windsor for the derby : en activité depuis douze années et auteur de huit albums aussi exigeants que fascinants — la marque des grands —, les Texans continuent d’évoluer dans un relatif mais désespérant anonymat que la géniale B.O de Marie-Antoinette, éclairée il y a deux ans par l’extraordinaire Melody of a fallen tree, n’a mystérieusement pas réussi à infléchir. Remettant une nouvelle fois son ouvrage sur le métier, le quintet nous revient, comme l’atteste la pochette, avec un opus lumineux façon arc-en-ciel, sans Bisounours aucun, mais au spectre musical large, de l’électro au krautrock en passant par la pop. Le précédent opus des WFTD s’intitulait We fight ‘til death, soit la plus jolie des promesses en forme de profession de foi.

HS

[18 juin 2008] Silver Jews - Lookout mountain, lookout sea (Drag city/Discograph)

galette-silver-jews.jpgJauni Hallyday nous avait prévenus : on a tous quelque chose en nous de Tennessee. Prenant au mot l’opticien belge qui n’a pas toujours dit que des conneries, l’élégant barbu mais pas barbant David Berman s’en est allé enregistrer son sixième opus à Nashville, la Mecque de la country. Délaissant la contre-allée pop-folk lo-fi balisée par Pavement, la joyeuse clique de Silver Jews a opté cette fois-ci pour la voie royale, celle qui mène directement à Johnny Cash et The Carter Family — au point qu’on jurerait entendre sur Suffering jukebox ou Strange victory les vocalises de June et Johnny. Déstabilisante de prime abord, cette nouvelle fournée countrysante s’avère être au final une délicieuse balade du côté du ranch de Southfork un jour de bal.

HS

[18 juin 2008] Bowerbirds - Hymns for a dark horse (Dead Oceans/Differ-Ant)

galette-Bowerbirds.jpgLa beauté tient parfois à peu de choses. Elle n’est pas affaire de formule, mais de talent. Bowerbirds pourrait n’être qu’un groupe folk de plus, noyé dans la masse des artistes à guitare qui agitent leurs instruments en bois comme autant de preuve de leur champêtre liberté. Mais ces jeunes Américains possèdent le sens de la mélodie imparable, cette écriture à la fois simple et subtile qui est la marque des grands créateurs. Et pour ne rien gâcher de notre plaisir, la voix qui porte ces hymnes fragiles rappelle bien souvent la grâce de Jeff Buckley. D’un repos sans fin, l’écoute du disque ressemble à une longue sieste au soleil : nous ne désirons rien d’autre, l’éternité est à portée de main.

nas/im

[18 juin 2008] Beehoover Vs Bulbul

Galette-Beehoover.jpgBeehoover - Heavy Zooo (Exile On Mainstream/Southern)
Bulbul - Bulbul 6 (Exile On Mainstream/Southern)

Y’a pas à dire : Bulbul et Beehoover sont formés dans le même moule. Au-delà du fait qu’ils partagent le même label, ils ont cette propension à faire de la basse non plus un instrument rythmique, mais « lead » à part entière. L’un comme l’autre ne s’embarrassent pas du superflu : basse/batterie/guitare pour Bulbul et (uniquement) basse/batterie pour Beehoover, ce qui n’empêche pas ces derniers de pratiquer un raffut d’obédience noisy doom avec brio (dans la veine des Melvins ou de Primus). Les Autrichiens de Bulbul abordent un registre plus varié avec des structures pop bien dansantes qui renvoient à Death From Above 1979, voire Blackstrobe avec en filigrane l’ombre de Patton. Pas de quoi faire la fête sur la plage, mais vu le temps qu’il fait…

dB

[18 juin 2008] Natacha Atlas & The Mazeeka Ensemble - Ana Hina (World Village / Harmonia Mundi)

galette-natasha-atlas-Ana-H.jpgNatacha Atlas et les paradoxes : alors que l’on admire chez d’autres artistes l’ouverture d’esprit et le goût des aventures musicales transculturelles, on ne retient des collaborations entre la belle Anglo-égyptienne et la scène électronique bien plus l’idée que les médiocres résultats. Avec ce nouvel album, elle renoue avec la grande tradition de la musique arabe, celle de l’âge d’or des grands ensembles qui, lorgnant du côté de La Havane, inventaient une certaine modernité méditerranéenne. Les compositions sont parfaites, la voix toujours aussi envoûtante, et il semble flotter sur le disque les ombres de Oum Kolsoum, Abdel Wahab ou Lili Boniche. Natacha Atlas s’invite désormais chez les grands.

nas/im

[18 juin 2008] Patricia Mélo - Monde perdu (Actes Sud)

millefeuille-Patricia-Melo.jpgAprès dix ans de cavale, Maiquel, tueur professionnel, revient à Sao Paulo pour l’enterrement de sa tante, sa seule famille. Plus seul que jamais, il décide alors de partir à la recherche de sa fille Samanta, enlevée par sa mère et tombée aux mains des évangélistes, multipliant les rencontres et les cadavres, ne s’attachant qu’à un chien famélique. Avec son nouveau compagnon, il croisera des paysans sans terre, des narcotrafiquants, des sectes… tout un Brésil en perdition dans lequel il va essayer d’assouvir sa soif de vengeance. Jusqu’à l’approche de son but et l’idée que quelque chose pourrait peut-être le sauver, lui permettre de reprendre sa vie en main et d’espérer de nouveau. L’issue de sa course lui fera perdre ses dernières illusions. Avec ce nouveau roman, Patricia Mélo continue sa radiographie sans espoir d’un Brésil moderne qui implose, en proie à une dérive qui envahit tous les milieux et les consciences.

JB

[18 juin 2008] Joanna Scott - Tourmaline (Le Cherche-Midi)

millefeuilles-Tourmaline-.jpgAu milieu des années cinquante, Murray Murdoch quitte les Etats-Unis pour l’île d’Elbe avec femme et enfants. A la recherche d’une pierre semi-précieuse, il arpente l’île tel un chercheur d’or et finit par y découvrir une jeune beauté, Adriana, qui l’attire étrangement… Après la disparition de la jeune fille, Murdoch devient le principal suspect, aux yeux des habitants de l’île, de ses amis, de sa propre famille. Cinquante ans plus tard, son plus jeune fils revient sur l’île, afin de faire la lumière sur cette affaire jamais élucidée qui a causé la perte de sa famille. Joanna Scott mène une intrigue à deux voix, celles d’un fils et de sa mère qui se répondent et se questionnent, sur les faits et sur le prisme de la mémoire. Tourmaline est un beau roman, sensuel, qui voyage entre Dos Passos et des narrations plus contemporaines, où l’île d’Elbe, omniprésente, parfume et envahit l’atmosphère.

JB

[18 juin 2008] Neidhardt - Pattes d’eph et col roulé (Delcourt)

millefeuille-Neidhardt.jpgFred Neidhardt rapporte ici ses souvenirs d’ado de la fin des années soixante-dix, partagé entre des plaisirs encore enfantins — comme, par exemple, continuer à regarder L’île aux enfants — et une attirance pour tout ce qui touche au sexe. D’un lieu de résidence à un autre, le jeune Fred fait les quatre cents coups avec les voisins de son âge, l’une de ses trouvailles tournant au drame. Très précises dans la description des lieux, des ambiances et des faits, les histoires courtes réunies ici rendent particulièrement bien compte de l’atmosphère de la fin des années soixante-dix et de ce qui se passe dans la tête d’un gamin de treize ans. Toujours dynamiques et le plus souvent doux-amers, les récits véhiculent une franchise manifeste : Fred Neidhardt ne se donne pas le beau rôle et paraît raconter les événements comme ils se sont déroulés.

BH

[18 juin 2008] Ale - Jerry Stobbart, tome 1 : Contre le serial killer (Delcourt)

millefeuilles-ALE.jpgJerry Stobbart est inspecteur de police. Enfin, c’est censé être son métier, mais nous avons plus souvent la sensation d’être face à un enfant placé dans la tenue d’un policier tant son degré de maturité est affligeant. Pour aggraver les situations, les personnages qui gravitent autour de lui (agents du FBI, médecin légiste, analyste scientifique…) sont aussi atteints que lui. Avec un graphisme qui rappelle certains cartoons américains, le Grenoblois Ale signe des strips à l’humour absurde, acide et volontiers crétin. Surtout, il n’a pas peur de dépasser les limites du bon goût et de s’aventurer sur des terrains un peu trash et politiquement incorrects… et c’est tant mieux ! Ce premier tome de Jerry Stobbart s’avère ainsi une bonne surprise, même si 248 strips, c’est au final peut-être un peu trop.

BH

[18 juin 2008] Substitute - (France – 1h10) de Vikash Dhorasoo (Wild side)

dvd-substitute.jpgL’un des spécialistes du cinéma asiatique sort cette semaine un objet filmique plutôt mal identifié, objet de curiosité médiatique cocasse lors de sa sortie (discrète) en salle. L’histoire est connue : l’inénarrable Fred Poulet convainc le footballeur Vikash Dhorasoo, qu’il sacre « l’intello du football français », d’embarquer lors de la Coupe du Monde 2006 deux caméras super 8 à son bord, dans l’idée de filmer chaque jour une minute de l’épopée des bleus. Délire « sophiecallien » assaisonné d’opportunisme, pourrait-on croire, sauf que le résultat se révèle par la suite une vraie performance artistique, et une authentique expérience cinématographique, en l’occurrence par le truchement d’un montage subtil, et par le regard partisan, et intéressant, de Dhorasoo.
EV

[18 juin 2008] Old joy - (USA – 2006) de Kelly Reichardt (Epicentre Films Editions)

dvd-old-joy.jpgSorti en catimini — le pays où les films d’art et d’essai se cachent pour mourir — l’été dernier, entre deux salves de blockbusters climatisés, Old Joy, le second et merveilleux film de Kelly Reichardt, se voit offrir une seconde chance via l’érudit et exigeant distributeur Epicentre Films. Ancré dans une nature apaisante et régénératrice, comme dans Blissfully yours ou Lady Chatterley, calqué sur la narration labyrinthique et vaporeuse de Gerry de Van Sant, Old Joy est un petit bijoux de non-film, anémié en pyrotechnie et délesté du cahier des charges en vigueur à Hollywood. Contemplatif, sensoriel, mélancolique, ce road-country, sur l’érosion amicale et son inéluctable deuil, est aussi l’occasion de découvrir Will Oldham en tant qu’acteur. Spectral, mutique, évanescent, l’homme-orchestre de Palace impressionne. La routine.

HS

[18 juin 2008] The murder of Fred Hampton / American Revolution 2 - (USA – 1971) d’Howard Alk et Mike Gray (Arte)

dvd-murder-of-Fred-Hampton.jpgSuperbe sortie d’Arte Vidéo, qui met à l’honneur le mouvement des Black Panthers, parti américain de lutte pour les droits de la communauté noire dans les années 60. Deux films importants, l’un sur le leader charismatique Fred Hampton, assassiné chez lui lors d’une descente de police, l’autre sur les relations qu’entretinrent les Black Panthers et les Young Patriots, activistes blancs et pauvres, dans la lutte contre l’injustice au cœur de Chicago. Les deux réalisateurs, contemporains des évènements, ont eu l’extrême intelligence de ne pas sacrifier leur enquête sur l’autel de la pression médiatique, particulièrement forte à l’époque des faits, mais au contraire à s’astreindre à une enquête exigeante sur les causes des évènements filmés. Démarche sur lequel ils reviennent dans les nombreux bonus accompagnant cette édition.

EV

[18 juin 2008] Collection sept courts-métrages - Films de Déco Dawson (Le chalet films)

retour-Collection-sept-cour.jpgDéco Dawson est l’une des grandes figures, peu connue en France, du cinéma underground canadien contemporain. Il est l’auteur de films forts, quasi expérimentaux, poétiques, rock’n’roll, souvent cités en référence par la fine fleur du cinéma national. On l’a d’ailleurs aperçu aux côtés de l’excellent Guy Maddin, déjà chroniqué dans ces colonnes, sur les tournages de The heart of the world, Dracula et It’s a beautiful life. Les films réalisés ici, entre 1998 et 2003, témoignent de sa sensibilité et ouvrent la voie aux travaux récents, de l’excellent The last moment au déjanté Dumb angel. Une sorte d’enfant terrible du cinéma canadien, totalement insaisissable, qui vécu ses premières années dans le grand nord du pays, d’où l’enfermement, et la mélancolie qui se dégagent de ses films.

EV

[17 juin 2008] Web Side Story

Web Side Story

Ou comment un fan de mythologie s’est retrouvé à la tête de deux cartons du Web.

Le pouvoir viral d’Internet est tel qu’une idée toute bête suffit parfois à créer un véritable phénomène. Ainsi du concept d’Alex Tew, cet étudiant anglais devenu millionnaire en quelques mois en vendant… des pixels (1) ! Ce n’est pas Pierre Germain qui nous contredira. Son idée, le fondateur de l’éditeur de logiciels Gerwin l’a trouvée… devant une machine à café. Nous sommes en 2002, le jeu Qui veut gagner des millions vient de débarquer en France. Tout le monde en parle, de l’accro au Trivial Pursuit à la fameuse ménagère de moins de cinquante ans. « Au boulot, j’ai constaté que des gens de profils très différents étaient sensibles au concept. C’est ça qui m’a interpellé, plus que le principe même de gagner un paquet de pognon très facilement. » Pierre est alors ingénieur dans les télécommunications, Internet est son domaine ; il s’étonne que l’idée n’ait pas été exploitée sur la toile.
Dans sa chambre, aidé d’un ami, le jeune homme va alors imaginer un quiz en ligne en s’inspirant de sa passion pour la mythologie : Mon légionnaire est né. « La structure hiérarchique et l’univers “faussement viril” de la légion romaine s’adaptent très bien à un jeu… Et puis la chanson de Piaf parle à tout le monde. » Bien que le but de la manœuvre ne soit pas professionnel a priori (« Je voulais juste créer une communauté à taille humaine, avec un niveau de jeu assez élevé »), très vite, le site connaît un relatif succès. Le système de parrainage et le bouche-à-oreille attirent près de 2 000 à 3 000 personnes par jour.
Il faut donc alimenter le site avec des nouveaux QCM (questionnaires à choix multiples). Or, non seulement Pierre n’est pas omniscient, mais il travaille ailleurs pour gagner sa vie. Il décide donc rapidement de tirer parti de la communauté, et amène les joueurs eux-mêmes à contribuer au site en posant des questions à leur tour. Au niveau financier, les achats de parties supplémentaires (plus que la pub, dont les revenus ne sont finalement que marginaux) permettent de payer les serveurs et les lots offerts aux gagnants.
En 2005, le jeu devient une référence : avec le système de classements privés — qui permet aux membres d’une petite communauté (famille, bande d’amis, école…) de jouer entre eux —, presque toutes les grandes écoles de France et de nombreuses entreprises fréquentent assidûment le site, qui compte près de 600 000 inscriptions. Pierre et son acolyte, qui ont constitué une SARL afin d’être dans la légalité, passent de plus en plus de temps à faire tourner le site. En 2006, Pierre s’y met à plein temps et Ronan Joncour le rejoint dans l’aventure pour prendre en charge la partie rédactionnelle.
Parallèlement, de nombreuses structures — noyautées par des fans de « Mon Lég’ » — font appel à Gerwin pour leur fournir du contenu. Un partenariat se monte notamment avec Eurosport, que Gerwin alimente encore aujourd’hui en quiz. En 2007, c’est Effervescence, société conceptrice de Tout le monde veut prendre sa place sur France 2, qui les contacte pour créer une version du jeu en ligne. A l’instar de son pendant télévisuel, le jeu cartonne : plus d’un million de personnes sont aujourd’hui inscrites sur le site.
Fort de ce succès, Gerwin, installée dans une pépinière d’entreprises au cœur de l’Europole de l’Arbois, compte désormais cinq salariés, qui planchent actuellement sur l’adaptation d’un nouveau jeu, Duel, qui verra le jour début juillet, simultanément sur France 2 et sur Internet. Un nouveau succès annoncé pour Pierre, qui continue de percevoir ce qui est désormais son boulot en vrai passionné : « Internet abolit le temps et l’espace. Il y a une force communautaire : chacun amène un tout petit quelque chose pour aboutir à quelque chose de phénoménal. J’aime canaliser ces énergies, en être au cœur. »

CC

www.monlegionnaire.com
http://tout-le-monde-veut-prendre-sa-place.france2.fr/

(1) Le jeune homme a créé une page Web vide, The million dollar homepage, découpée en un million de pixels, vendus un dollar pièce. En moins d’un mois, un tiers de la page était rempli en ayant rapporté à son créateur plus de 300 000 $.

[17 juin 2008] Phénomènes - (Inde/USA - 1h30) un film de M. Night Shyamalan, avec Mark Wahlberg, Zooey Deschanel…

L’arbre qui cache la forêt

cine-phenomene.jpgLa limite, paradoxale, du cinéma de Shyamalan a souvent résidé dans sa maîtrise totale de la mise en scène, cette façon de travailler en-deçà des lignes complexes du récit pour mieux emmener le spectateur sur le chemin d’un symbolisme pas toujours aérien. Phénomènes, malgré ses immenses défauts, est de ce point de vue un objet passionnant dans la mesure où il semble d’abord vouloir faire le deuil d’un cinéma obsédé par la question de la profondeur des images. Dès l’incroyable exposition de Phénomènes, où des masses informes s’effondrent dans le vide suivant un rythme de métronome, les plans de MNS dessinent un champ nouveau pas encore aperçu dans son œuvre : une prééminence du gros plan quand la cause du mal demeure invisible dans l’espace obstrué du cadre. Comme si le visage constituait désormais le cœur des interrogations du cinéaste, un territoire vierge où l’on chercherait en vain quelques signes à interpréter. Plus le récit avance, plus le sens s’évapore et plus MNS semble donc s’amuser à brouiller les pistes de son cinéma. Le wonderboy emprunte un chemin jouissif, bancal et volontiers instable — oscillant avec délectation entre comédie low-fi et frayeur champêtre, perdant définitivement son film de vue pour mieux se redéfinir en tant que cinéaste. On peut dès lors regretter qu’il s’embarrasse d’une histoire de couple pas très réussie et soit rattrapé en dernier recours par ses angoisses symbolistes, plaquant à la truelle un discours écologique sur son dénouement. Pour autant, après la force saisissante d’Incassable et du Village, il est plutôt réjouissant de voir ce parfait architecte hollywoodien abandonner progressivement l’apparat de la précision pour se muer en véritable auteur. Instable, certes, mais capable d’éclats de toute beauté.

Romain Carlioz

[17 juin 2008] Images Contre Nature 2008

L’image enlacée

Avant le décrochage estival, petit tour au cœur de la vidéo sous toutes ses formes avec ce huitième Festival international de vidéo expérimentale Images Contre Nature organisé par la structure P’Silo, entre la salle des Lices, Videodrome, l’Espace Culture, et le Rendez-vous des Quais.

cine-ICN-Raw-urgency-with-a.jpgDepuis 2001, la fine équipe de P’Silo fait de Marseille, chaque année au début de l’été, le point de convergence de tous les amoureux de vidéo expérimentale. Sans avoir failli à cette charte visuelle très précise, assumée, et qui a contribué à l’originalité et la pertinence de cette manifestation, le Festival a muté selon les lieux, les rencontres, les coups de cœur, en nous permettant une plongée ultime au cœur de la production pantagruélique de l’image vidéo hors normes. Cette année encore, il nous promet son lot de surprises, de découvertes, de curiosités, de ré-invention des codes du langage filmé. P’silo maintient la désormais incontournable classification des œuvres par leurs liens à l’espace, à l’identité, au mouvement, à la perception, au sens, au temps, six programmes nous ouvrant les portes de l’expérimentation vidéo venue des quatre coins du Monde. A commencer, pour la soirée d’ouverture, par la présence de Véronique Duhaut, photographe et vidéaste, présentant ici une dizaine d’œuvres ambulatoires, où les évènements vécus, des présidentielles de 2002 aux raves en pleine campagne provençale, le sont via un prisme très intime, touchant à l’existence même de l’individu vis-à-vis de son environnement. Un dispositif qui fonctionne autant en projection qu’en installation. L’une des particularités de ce festival est également de réconcilier l’acte militant et l’image expérimentale, deux mondes souvent dissociés alors que leurs liens sont pourtant, historiquement, fort étroits. C’est particulièrement le cas cette année, le thème commun aux évènements ayant pour titre « Le mal des hommes ». Un questionnement très contemporain qui, outre les projections, sera décliné lors de performances théâtrales en soirée de clôture — un Tartuffe(s) la répétition par la compagnie Equivog —, ou la lecture par Sylvie Boutley, danseuse et comédienne, de textes de Virginia Wolf. Enfin, P’Silo retourne sur les bancs de la Grenouille pour une nouvelle participation commune sous formes d’épisodes radiophoniques laissant libre court à l’univers drôle, intelligent et potache de l’équipe organisatrice. Une manifestation incontournable où les personnages principaux des films se nomment ici rythme, cadrage, image, plan, son, couleur.

Emmanuel Vigne

Images Contre Nature, du 19/06 au 9/07. Rens. 04 91 42 21 75 / www.p-silo.org

[17 juin 2008] La Quinzaine des Réalisateurs à L’Alhambra

La quarantième rugissante

Née sur les cendres de Mai 68, lancée en 1969, la Quinzaine des réalisateurs, rapidement devenue la plus pugnace des sections parallèles du Festival de Cannes, a fêté cette année son quarantième anniversaire. Un mois après avoir monté les marches, la sélection débarque du côté de l’Estaque, à L’Alhambra, pour une semaine de bonheur cinématographique et exclusif.

cine-15-eldorado.jpg« En 1968, la société française est en ébullition, mais à Cannes, le festival continue, avant d’être interrompu par une poignée de cinéastes en colère, dont François Truffaut et Jean-Luc Godard. A l’origine de ces évènements : l’éviction d’Henri Langlois de la direction de la Cinémathèque française. Non contents de clore avant l’heure le Festival officiel, les cinéastes obtiennent la réintégration de Langlois et fondent dans la foulée la société des réalisateurs de films (SRF), d’où naîtra la Quinzaine des Réalisateurs, sans compétition ni censure, car les films naissent libres et égaux entre eux. » Quarante ans après la publication du texte fondateur du défunt Pierre Kast, incroyable éclairage historique entre les enjeux du monde et le 7e art, force est de constater que le combat continue. Sonnée par la politique bing-bling de Sarkozy et un pouvoir d’achat en berne, la société française est, grèves et contestations à l’appui, toujours en ébullition, tandis qu’une poignée de cinéastes en colère (Chabrol, Audiard, Guédiguian, Ferran…), réunie sous la bannière du Club des 13, se mobilise contre la politique de désengagement de l’Etat envers la culture en général et le cinéma dit d’Art et d’Essai en particulier. Un « type » de cinéma aux antipodes des goûts de l’actuelle ministre de la Culture que continue de défendre, fort heureusement, quarante ans après sa création par les « insurgés de 68 », la Quinzaine des Réalisateurs, qui se distingue depuis toujours par sa programmation transversale, sa liberté d’esprit, son caractère non compétitif et son souci d’ouverture. Une ligne éditoriale forte que partage le cinéma L’Alhambra, salle emblématique des quartiers nord qui offrira, pour la quatrième année consécutive, à ses nombreux fidèles une sélection en avant-première, un mois après avoir été dévoilée à Cannes et quelques jours après avoir été présentée à Milan, Rome, Bruxelles et Paris, excusez du peu. Sur les 22 films sélectionnés par notre confrère des Inrockuptibles, Olivier Père, « seulement » treize seront projetés dans « le cinéma de tous les cinémas. » Mais ne boudons pas notre plaisir, puisque nous aurons droit au retour inspiré d’un grand ancien (Quatre nuits avec Anna de Jerzy Skolimowski), à la confirmation de talents originaux (Dernier Maquis de Rabah Ameur-Zaïmeche ou Eldorado du Belge Bouli Lanners), à la présence de visionnaires (Liverpool de Lisandro Alonso et Le Chant des oiseaux de l’Espagnol Albert Serra) ou à la révélation de réalisateurs prometteurs (Tony Manero de Pablo Larrain et Shultes de Bakur Bakuradze). Cette semaine de cinéma international sera également marquée par la projection très attendue de deux films français acclamés à Cannes : la dernière escapade montagnarde drolatique des frères Larrieux, Le voyage aux Pyrénées, en compagnie du couple improbable Darroussin/Azema et le bouleversant Les bureaux de Dieu, porté par casting féminin merveilleux (Nathalie Baye, Isabelle Carré, Nicole Garcia, Rachida Brakni et Béatrice Dalle) immergé dans les locaux d’un planning familial. Soit l’alternative idéale pour les anti-footeux et autres allergiques aux blockbusters.

HS

La Quinzaine des Réalisateurs à L’Alhambra, du 18 au 24/06. Rens. 04 91 03 84 66

[17 juin 2008] Festival de Marseille 2008

Hors les murs

Pour sa treizième édition, le Festival de Marseille a choisi de « s’expatrier » aux quatre coins de la ville afin de livrer un programme éclectique, centré cette année sur la musique.

Fest-Mars-Operation-Orfeo.jpgDe Stravinsky à Iggy Pop et les Sex Pistols en passant par les musiques actuelles turques, les artistes présents cette année ont largement puisé leur inspiration au cœur de la musique. D’abord la grande et incontournable Anna Teresa de Keersmaeker viendra danser elle-même son fameux Fase, monument de l’histoire de la danse contemporaine qui, à sa création en 1982 à Bruxelles, eut l’effet d’une bombe. Basée sur quatre morceaux minimalistes de Steve Reich, la chorégraphie s’articule autour d’un jeu délibéré à partir de quelques motifs de base : ligne droite, cercle, diagonale. En quatre mouvements dansés divisés en courtes séquences constamment répétées se modifiant peu à peu, la pièce propose un langage abstrait où les interprètes ne font pressentir aucun personnage. Une œuvre fondatrice pour l’artiste flamande qui, depuis, ne cesse d’explorer la relation spécifique entre musique et danse, analysant en profondeur la partition musicale, s’efforçant d’atteindre un rapport d’analogie parfait entre les deux arts. Par exemple, l’usage du piano dans un morceau de Steve Rech se reflète dans la danse par des gestes brefs et anguleux ; la chorégraphie dialogue avec la partition musicale de façon littéralement structurelle. La chorégraphe présentera également une œuvre plus récente autour de la musique de Bach qui permettra d’apprécier la maturation de son travail depuis Fase. Avec neuf danseurs et un pianiste virtuose, Zeitung cherche à incarner la musique de Bach dans toute son étrangeté, à faire naître l’émotion de la rigueur.
Autre chorégraphe amoureux de la musique, Michael Clark poursuit son exploration de l’œuvre de Stravinsky. On avait adoré son Mmm… l’an passé, déjanté et sophistiqué, dansé à la perfection. Part One clôt cette année sa trilogie autour du compositeur avec deux pièces. D’abord O, création basée sur Apollon musagète. Autour d’un cube en plexiglas, les danseurs ondulent, saccadés ou fluides, animaux ou végétaux. Objets, musique et corps sont décadrés et fantaisistes. Puis I Do, une variation autour des Noces, qui s’ouvre sur un document vidéo rare, une captation du compositeur dirigeant un orchestre. Le compositeur a des mouvements contenus, précis, émus. Un simple battement de paupière parfois. Transe intérieure que Clark cherche à retranscrire sur scène avec des danseurs délirants composant une noce peu orthodoxe.
Avec Anna Teresa de Keersmaeker et Michael Clark, le festival s’offre deux pointures de la danse contemporaine. Ces deux artistes constamment en recherche, poursuivant depuis longtemps les mêmes desseins, montrent surtout une prise de risque jubilatoire et un travail gigantesque et tout bonnement génial.
Parmi les multiples créations et soirées proposées, on retiendra l’œuvre totale Operation : Orfeo, opéra visuel en trois mouvements qui prendra toute son ampleur dans le Hangar 15 du Port autonome. L’Italienne Teodora Castellucci, étonnante de maturité, sera l’un des jeunes talents à découvrir avec un univers très personnel entrelaçant musiques, théâtre et impression de cinéma.
Le Liban, la Turquie et l’Afrique seront à la fête dans les soirées ciné-concert avec notamment la projection du magnifique Bamako, clôturant le festival et démontrant, en résonance avec l’exposition présentée au Hangar 15, que « L’art est une arme. »

Texte : Eva D
Photo : Operation : Orfeo par Roberto Fortuna

Festival de Marseille, du 20/06 au 17/07. Rens. 04 91 99 02 50 / www.festivaldemarseille.com

[17 juin 2008] Dixit 226

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[17 juin 2008] La série sur le gâteau - Maguy

serie-maguy.jpgJe vois souvent rouge, avec moi ça bouge, quand mon cœur s’enflamme, je joue toute la gamme, oh, je fais ma météo, chez moi il y fait toujours beau… Je suis, je suis, je suis ? Pas Véronique Sanson, ni Evelyne Dhéliat, mais bel et bien Maguy, l’héroïne de la sitcom éponyme qui berça (trop près du mur) nos après-midi dominicaux sur Antenne 2 au mitan des années 80. Série culte s’il en est, qui enthousiasma de février 1985 à mai 1991 les téléspectateurs français de 7 à 77 ans — j’en veux pour preuve notre jeune et délicieuse stagiaire graphiste qui connaît sur le bout des doigts le thème de la série alors qu’elle n’était même pas née le jour de la diffusion du premier épisode —, Maguy avait ceci de particulier qu’elle fut la toute première série en France à être enregistrée en public, façon Au théâtre ce soir, sans les costumes de Donald Cardwell. En effet, calquée sur le modèle US en vigueur depuis 1951 et la diffusion du show I love Lucy, la série créée par Jean-Guy Gingembre (reconnu pour être dur en affaires) et Stéphane Barbier (qui était un poil plus souple) redessina alors les contours d’une fiction à la française poussiéreuse, muséifiée par l’ORTF, en « américanisant » la forme : unité de lieu, intrigues domestiques et participation du public — qui fut prié au bout d’une saison de retourner en maison de retraite. Vraisemblablement au détriment du fond, puisque, 333 épisodes et vingt-trois ans après, on ne sait toujours pas de quoi parlait Maguy ou ce qui s’y passait. On se souvient seulement — remercions Freud et sa théorie de la mémoire sélective —, du jeu tout en retenue de Rosy Varte, du charisme passif de Jean-Marc Thibault et des envolées verbales de Marthe Villalonga — et ses inoubliables « Ma Maguy ». Aussi opaques que la puissance comique de Shirley et Dino, les intrigues autour d’une quinquagénaire femme au foyer hystérique qui entraînait sans cesse son électricien de mari dans des aventures rocambolesques, sans jamais sortir de chez eux, semblaient illustrer le leitmotiv du pouvoir politique alors en place : « la force tranquille ». Mais Maguy, c’était aussi un feu d’artifice d’invités prestigieux. Chaque dimanche, pour le plus grand plaisir de nos grands-parents qui, déjà au taquet d’avoir passé l’après-midi avec Jacques Martin, manquaient d’avaler leurs dentiers de bonheur lorsque surgissaient dans l’appartement Jacky Sardou, Marcel Amont, Jacques Chazot, Michel Galabru, Garcimore, Enrico Macias, Francis Perrin, Nicolas Peyrac, Pascal Sevran ou Jean-Marie Bigard — notons que tous ces guest sont morts ou soutiennent Sarkozy, flippant… Bref, qu’on l’aime ou pas, Maguy, la première sitcom française digne de ce nom, bâtie sur du vide, rien, nada, niet, nichts — fabuleux concept que reprendra dix ans plus tard Jerry Seinfeld avec plus de succès — restera surtout, n’ayons pas peur des mots, comme le premier docu-fiction sur les ravages de la ménopause. Saluons la mission pédagogique jamais prise à défaut du service public. Pour la gaudriole, on (se) repassera (l’intégrale des 400 coups de Virgnie).

Henri Seard

[17 juin 2008] Buzzomètre 226

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[17 juin 2008] Buzzomètre 226

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[17 juin 2008] Hifiklub à la Villa Noailles

Trans Europe Express

En deux ans, les Toulonnais de Hifiklub auront connu, d’un point de vue artistique, un fulgurant début de carrière. A l’aube d’un concert attendu à la Villa Noailles, qui s’inscrit tout à fait dans sa démarche de groupe de rock ouvert sur l’extérieur, faisons le point.

Hifiklub.jpgPour bien comprendre ce qui va suivre, dans ces lignes et dans les mois qui viennent, mieux vaut aller vite. Alors franchissons d’entrée le mur du son : Hifiklub est la plus belle promesse faite au rock indé dans la région depuis des années. Hifiklub est un jeune groupe de trentenaires, Hifiklub fait du neuf avec des vieux, Hifiklub invite New-York à Toulon, Hifiklub est un paradoxe. Un power-trio qui se rêve en collectif protéiforme, trois accords à la base et tous d’accord à l’arrivée : ça ne suffit pas. Il faut voir grand. Internet. Mes idoles sont à une portée de clic. Le rock’n’roll ? C’est d’abord une paire de burnes : courage, fuyons les tremplins locaux. Allons nous planquer dans l’underground, oui, sous terre, dans la poussière, et plus ça sera pourri, et plus ça fera l’affaire. Le temps presse ! Trois minutes chrono : c’est le temps qu’il me faut. Pour formuler ma requête, pour emporter l’auditoire – pour toujours. Pourquoi pas ? Ils sont venus, ils sont tous là. Quelques centaines de copies écoulées, ça peut suffire à générer un culte. C’est même toute l’histoire du Velvet. Fantasme : la Factory de Warhol transposée dans un trou paumé du Var, avec toute la clique, avec cet écho qui résonne dans la pièce, le sang, le sexe, la dope, et déjà, déjà, un deuxième album qui pointe, un disque encore plus en phase avec le concept initial, plus expérimental… Fantasme ?

Dans le klub

Levons un peu le pied. Un coup d’œil dans le rétroviseur : quelques mois seulement séparent la naissance de Hifiklub de celle de son premier album, French accent, enregistré avec quelques pointures de la scène rock internationale. C’est que tout est allé très vite pour le trio toulonnais. Sa musique, directe, sans fioritures ni temps mort, aurait-elle directement influé sur son parcours ? Une chose est sûre : le talent ne suffit pas. Ce qui fait ici la différence, c’est l’audace, l’opiniâtreté. Et peut-être aussi un peu de chance… Hifiklub se forme début 2006 sur les cendres des Hi-Fi Killers, groupe régional dont le principal fait d’arme fut la parution d’un split-single sur un petit label italien. La section rythmique (Régis Laugier à la basse et au chant, Luc Benito à la batterie) s’adjoint alors les services d’un guitariste pour poser les bases de son projet : un « klub » ouvert aux collaborations, non seulement avec des musiciens qui ne seraient pas nécessairement issus du rock, mais aussi avec des artistes évoluant dans différentes sphères (photographes, graphistes, vidéastes, écrivains…). Hifiklub se veut donc, dixit Régis, un groupe « sans frontières ». Et naturellement, celles que l’on qualifiera de géographiques ne vont pas tarder à voler en éclats… C’est là que l’affaire devient intéressante. Du temps des Hi-Fi Killers, Régis avait noué contact avec Paulo Furtado (Wraygunn/The Legendary Tiger Man). Celui-ci va devenir le premier d’une longue liste de musiciens étrangers – parfois méconnus, parfois véritables pontes du circuit pro – à rejoindre au gré de leur planning les sessions du trio varois. Comment ? Avec de l’huile de coude, et beaucoup de culot. Par mails interposés le plus souvent, ou au hasard de rencontres. Une connexion commune lors du défunt festival Aquaplaning (Hyères), et c’est Robert Aaron (musicien de studio ayant joué avec les plus grands) qui rentre. Un échange via MySpace avec Earl Slick (guitariste connu pour son travail avec Bowie ou Lennon) ? Ça tombe bien : celui-ci cherche à explorer les possibilités offertes par Internet… et leur propose dans la foulée, séduit, de carrément aller mixer leur album. A New-York, dans un studio hi-tech. Ces choses-là arrivent. Une constante : la simplicité dans la démarche, et l’amour de la musique. Régis : « Nous respectons ces mecs d’égal à égal, sans faire prétentieux mais sans faire petit bras non plus. Si l’impulsion part du trio, on leur fait totalement confiance, leur apport n’est pas contesté. » Dès lors, c’est l’effet boule de neige : un nom en appelle un autre. Et c’est ainsi que, quelques mois plus tard, déboule un premier album logiquement auréolé par le buzz.

Downtown 08

L’album se vend peu, mais il fait du bruit. La presse en parle. Il aurait été enregistré dans une boite de nuit désaffectée à la Valette-du-Var (!), un lieu chargé d’histoire(s) – pas toujours très nettes – et fort d’une architecture épurée qui, de l’avis même du groupe, aurait largement influencé la composition et l’enregistrement. C’est une fois encore dans cet endroit immense que le trio (avec un nouveau guitariste plus « sonique » au passage : Nicolas Morcillo) choisit d’enregistrer la suite de ses aventures. Un mot qui compte double : ce second album sera plus audacieux, plus ouvert encore, fidèle au concept initial. Au casting : Lee Ranaldo (le fameux guitariste de Sonic Youth est en charge du mix), Steven Bernstein (arrangeur de renom et trompettiste jazz), Skerik (saxophoniste de jazz expérimental ayant collaboré avec la scène grunge de Seattle) ou encore… Lio qui, avant de ramener sa fraise à la Nouvelle Star, et avant même de devenir une pop model dans les 80’s, avait fréquenté l’avant-garde new-yorkaise. On commence à voir plus clairement où Hifiklub veut en venir. A la charnière des années 70 et 80, New-York était, sur le plan de la création artistique, le centre du monde. Musicalement, on appelait ça la no-wave : des mecs issus du free-jazz venaient s’encanailler avec des punks, des performers se joignaient à eux en apportant leur poésie orale ou picturale (de Basquiat à Lydia Lunch), et tout ce petit monde venait apprendre à désapprendre dans une saine émulation créative. Hifiklub ? C’est Downtown 81 rejoué vingt-cinq ans plus tard sous le soleil de provence… Et quand le soleil est à son zénith, il est Midi : ce festival implanté à la Villa Noailles (Hyères) offre cette année à Hifiklub, fin juillet, une résidence qui s’inscrit directement dans sa démarche. Parce qu’il emprunte une direction artistique exigeante, parce que l’architecture de la Villa renvoie directement à celle du lieu d’enregistrement, mais aussi parce qu’il invite James Chance (pilier mythique des Contortions no-wave) et Robert Aaron (rencontre décisive à plus d’un titre) à venir jouer avec les trois garçons… « C’est pour nous un concert qui synthétise pleinement la démarche du groupe, l’esprit de collaboration qui l’anime du studio jusqu’à la scène. » Hifiklub y présentera logiquement des extraits de son second album, qui sera mixé cet hiver pour une sortie annoncée en début d’année prochaine. A six mois de cette date très attendue, nous avons choisi de rencontrer le porte-parole d’un groupe qui va logiquement exploser en 2009, écouté certains de ses nouveaux morceaux. Nous n’avons pas perdu de temps. C’était dans l’ordre des choses.

Texte : PLX
Photo : CYRILLE WEINER

Le 25 juillet à la Villa Noailles dans le cadre du Midi Festival
Nouvel album à sortir début 2009 (Parallel Factory/Rue Stendhal)
www.hifiklub.com

[17 juin 2008] Fête du Panier 2008

Le dessus du Panier

Pour sa quinzième édition, la Fête du Panier perpétue la formule qui a fait son succès : concerts mais aussi défilés de mode, théâtre de rue et expositions. L’occasion de (re)découvrir autrement le quartier historique de Marseille qui célèbre le solstice d’été en musique… mais pas seulement.

fete-du-panier.jpgS’approprier le quartier du Panier en proposant une grande manifestation gratuite et variée à l’aube de l’été, au moment où les débardeurs et les lunettes de soleil fleurissent aux terrasses des cafés, où la saison des festivals se pointe : voilà l’idée. Deux jours de fête mêleront les propositions artistiques et musicales mises en place avec l’aide de tous les acteurs du quartier. On se rode en douceur en début de soirée : c’est l’heure des spectacles de clowns et de marionnette, d’un défilé de mode sous les platanes de la place de Lenche. Les enfants sont à l’honneur avec des animations prévues les après-midis ; des ateliers et des jeux organisés par la Maison Pour Tous sur la Place des Moulins. Bonne occasion aussi pour mettre le nez dans les bibliothèques et les galeries du quartier qui accueillent différentes expositions comme le FRAC ou la Bibliothèque du Panier ; les projets s’articulant cette année autour de « l’entre deux ». A l’heure de l’apéro, la mise en jambe continue : on se réveille avec la déambulation de la fanfare funk Accoules Sax ou de la musique orientale. Les arts de la rue s’invitent avec la TV(i)monde de la compagnie des Galipotes ou la machinerie fantastique des Estock Fish. Ce sera l’occasion de regarder ce que les minots du quartier ont réalisé (trois classes de l’école La Major-Cathédrale) avec La Télé des Minots. Un film réalisé avec l’association Tabasco Vidéo qui développe depuis deux ans une expérience de télévision participative au Panier. Ça va se corser avec la nuit : dance-floor sous les arbres avec des beats électro ou house (projet Lafaille sur la place des Pistoles ou Jack de Marseille sur la place de Lorette). Au carrefour des 13 coins, on se trémousse avec Dj Big Buddha ou l’Anglais Mad Professor. Les musiques du monde seront présentes avec les chants de Méditerranée de la compagnie Rassegna, les rythmes hérités du brassage afro-indien de la Chicharra Cumbia, le sitar indien de Pt. Narnedra Mishra, etc. Vous l’aurez compris : il y en aura pour tous les goûts lors d’une manifestation dont l’ambition est de rassembler et de divertir. Bref, en empruntant aux Négresses Vertes — les trente ans et plus me comprendront, pardon pour les autres ou ressortez les cassettes de vos aînés —, voilà l’été, voilà l’été…

Bénédicte Jouve

Fête du Panier, les 20 et 21/06. Rens. www.fetedupanier.org

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