Love Parade d’Ernst Lubitsch

Au fil des vagues III – Une vague musicale au Polygone étoilé

Musique de chambre (noire)

 

Fin novembre, le Polygone étoilé accueille Michèle Berson, bien connue pour avoir défriché depuis des décennies toute la richesse de l’héritage cinématographique, dans le cadre du troisième volet du cycle Au fil des vagues, consacré cette année à une certaine idée de la musique au cinéma.

 

Le passage du parlant au muet au cinéma ne signifie nullement qu’avant 1927, les films projetés ne furent pas dialogués. Mais il s’agissait, dans les premières décennies de l’image en mouvement, d’opérer au sein du champ musical. Ainsi se sont bâtis dès les balbutiements des premiers films un ensemble de liens complexes entre musique et cinéma, qui ne se démentiraient jamais, et dont on peut éventuellement faire remarquer qu’ils trouvent leur point d’orgue dans la comédie musicale. Extérieur Nuit — structure de diffusion phocéenne opérant essentiellement au cœur du patrimoine — s’associe une nouvelle fois au cinéaste Jacques Rozier afin de développer une théorie passionnante concernant ces épousailles dont la lune de miel n’est heureusement pas près de s’achever. Le réalisateur de Maine Océan, dont on peut légitimement considérer qu’il fut l’un des pères de la Nouvelle Vague (on pense en l’occurrence au court-métrage de 1956, Rentrée des classes), avance ainsi l’idée que, « bien avant l’apparition du spectacle cinématographique, la comédie musicale débute au théâtre, avec Molière, sous la forme de la comédie-ballet. » Rozier lui-même prit grand soin du choix de ses musiques au sein de films souvent chorégraphiés. L’idée de ce parallèle cinématographique prendra donc forme au Polygone, avec la projection, entre autres, d’œuvres d’Ernst Lubitsch, souvent considéré comme l’un des fondateurs de la comédie musicale américaine. Il suffit pour s’en convaincre de (re)découvrir le Love Parade de 1929, programmé lors de ce cycle, porté par le duo savoureux Maurice Chevalier-Janette Mac Donald, que l’on retrouvera deux années plus tard dans un autre Lubitsch également proposé ici, Une heure près de toi (remake parlant de Comédiennes), dont Oscar Straus signait la partition musicale. En miroir aux chefs-d’œuvre de Lubitsch répondront, lors de ces trois journées de projections, quelques films rares de Jacques Rozier, venant enfoncer le clou de cette thématique : extraits de Ni figue, ni raisin, Galerie des glaces, Blue jeans, Nono Nenesse, La Comédie des comédiens, et, bien sûr, Rentrée des classes, que viendra présenter cet immense cinéaste, dernier héritier, avec Agnès Varda, d’un pan majeur de la cinématographie hexagonale.

Emmanuel Vigne

 

Au fil des vagues III – Une vague musicale : du 21 au 23/11 au Polygone étoilé (1 rue Massabo, 2e).
Rens. 04 91 91 58 23 / www.polygone-etoile.com

Pour en savoir plus : 06 15 31 55 50 / www.exterieurnuit.fr

La programmation au jour le jour du cycle « Une vague musicale » ici