Installation de Gilles Oleksiuk à partir de rétroviseurs récupérés

Une poubelle moderne…

Un projet emballant

 

Une fois encore, le OFF retourne l’un des « clichés » marseillais en geste artistique, s’attaquant à un morceau de taille : la gestion des déchets. Une poubelle moderne ? C’est du propre !

 

« Marseille est une belle fille de la Méditerranée, mais elle a les ongles sales. » Ainsi le OFF définissait-il, dès ses débuts, l’un des axes de sa programmation basée sur les paradoxes phocéens, justement baptisé « Poubelle la ville ». Pour se saisir de la question de la propreté à Marseille — vaste sujet, qui provoque tous les commentaires et attise nombre de colères —, il fallait une réponse « hors format ». Rencontré au hasard d’une soirée par l’équipe du OFF, Pierre-Yves Graf, graphiste de son état et porté par un grand intérêt pour les problématiques liées à l’espace public (et accessoirement élu « plus rapide mangeur de merguez » à YesWeCamp en septembre dernier), reprend le projet à son compte. Exit l’idée de travailler autour du sac plastique (« symbole d’une époque passée de consommation sans réflexion »), place à la Poubelle moderne, un pavillon géant destiné à interpeller le public sur la gestion des déchets, mais aussi du gaspillage alimentaire. « On ne voulait pas se positionner comme moralisateur ou donneur de leçon. » C’est donc par l’intermédiaire de l’art, « travail de transformation du regard », que notre homme entend participer au changement de nos comportements.
Première étape : la construction de la poubelle. Pas une mince affaire quand « on n’est pas Lieux Publics ». D’où l’idée de faire appel aux ateliers Sud Side pour construire la bête, qui mesurera pas moins de 2,50 mètres de diamètre et 4,50 mètres de long.
Deuxième étape : le budget. Le OFF a mis les bouchées doubles en multipliant par deux le crédit alloué au projet (à hauteur de 10 000 €), qui nécessite toutefois des fonds supplémentaires. « On a préféré aller voir les institutions plutôt que des entreprises afin d’éviter le greenwashing (1)Procédé de marketing utilisé par des entreprises pour se donner une image écologiquement responsable.… » Enthousiasmés, MPM (Marseille Provence Métropole, chargé de la collecte et du tri sur l’ensemble de la communauté urbaine), le Conseil Général, mais aussi l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) et la DRAAF PACA (Direction Régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt) mettent la main à la poche.
Troisième et dernière étape : la programmation artistique. Là encore, un passage quelque peu difficile pour Pierre-Yves, qui se considère « hors système, sans réseau ». Mais une fois de plus, le hasard fait bien les choses et une programmation cohérente se construit avec les rencontres.
Grand recycleur devant l’Eternel, Gilles Oleksiuk ouvrira le bal avec l’installation d’une boule à facettes géante réalisée à partir d’éclats de rétroviseurs, glanés, comme tout ce qui constitue son matériau de base, dans des bennes et autres déchetteries. Puis se succèderont Antonin Doussot, graphiste en chef du OFF, dont les illustrations (vraiment) décalées prendront la forme d’un diaporama photo/vidéo sur les gestes éco-responsables, Matthieu Herreman avec ses « saynètes de plastique » poétiques en pailles à soda, et Bib, dont on a pu voir les fantastiques jouets reconstitués à partir de morceaux de plastique pendant Aires Libres, pour un final en apothéose où l’on admirera son travail mais aussi celui des enfants qui l’auront imité pendant un atelier au Centre social de la Corderie.
Deux autres rendez-vous viennent compléter la programmation, à commencer par une performance artistico-culinaire de Delphine Huguet, qui va décliner la pomme de terre sans gaspillage et proposer ainsi une installation à manger : une manière d’ajouter la question du gaspillage alimentaire aux problématiques écologiques traitées ici. Autre proposition à la fois pédagogique, artistique et ludique : « l’autopsie d’une poubelle », réalisée avec toute la filière du recyclage du tri et du compost (Trilogik, Aremacs, Recyclodrome et le réseau Compostage-au-jardin), qui s’est fédérée afin de sensibiliser la population vis-à-vis de l’impact des déchets.

N’en jetons plus, l’initiative est suffisamment emballante comme ça…

CC

 

Une poubelle moderne : du 7 au 25/11. Cours d’Estienne d’Orves, 1er.
Rens. www.marseille2013.com

Installation de Gilles Oleksiuk à partir de rétroviseurs récupérés du 7 au 10. Vernissage le 7 de 18h à 20h.

• 12 illustrations décalées d’Antonin Doussot du les 14 & 15. Vernissage vidéo le 14 de 18h à 20h.

• Journée de sensibilisation pour les enfants le 20 de 14h à 17h avec les ambassadeurs du tri MPM.

• Installation en pailles à soda de Matthieu Herreman les 16 & 17. Vernissage le 21 de 18h à 20h.

• Installation graphique et gourmande autour de la patate avec Delphine Huguet le 22 de 18h à 22h.

• Autopsie d’une poubelle : journée de sensibilisation avec les ressourceries et le réseau de compostage le 23 de 14h à 17h, suivie à 22h par une fête avec le Polikarpov avec Dj Koala.

• Présentation des jouets recyclés créés en ateliers avec des enfants le 24 de 16h à 19h avec Bib (Wild Star Production)

 

Notes   [ + ]

1. Procédé de marketing utilisé par des entreprises pour se donner une image écologiquement responsable.