Salle des Fêtes de Baptiste Amann par la Cie L’Annexe © Pierre Planchenault

Salle des Fêtes de Baptiste Amann par la Cie L’Annexe

Après la trilogie Des Territoires, qui suivait la trajectoire d’une fratrie dans une banlieue, c’est le monde rural que Baptiste Amann choisit d’évoquer dans son nouveau spectacle. À cette occasion, nous avons pu nous entretenir avec Amélie Enon, qui l’assiste à la mise en scène. Dans son geste d’écriture, le jeune dramaturge part d’une expérience du réel, base du spectacle construit avec sa compagnie L’Annexe. Tout jeune comédien, à sa sortie de l’ERACM, il se voit proposer, avec un groupe de proches amis, le rachat d’une ancienne usine à clous dans un village de Bourgogne, afin de la transformer en salle de spectacle. S’il ne participe pas directement à l’aventure, il en suit les péripéties et décide des années plus tard d’en faire le sujet d’une pièce. Cette traversée théâtrale, qui se fait sur quatre saisons, met en scène des personnages ordinaires aux prises avec le réel. Baptiste Amann, qui dit être touché par « les petites choses du commun », cherche en effet à défricher de nouveaux chemins, à parler à un autre public, éloigné des lieux de culture et qui ne se retrouve plus dans le théâtre contemporain. Le récit, parfaitement structuré dans le temps, s’articule autour d’un couple de femmes, Marion et Suzanne, qui viennent acheter une usine désaffectée, accompagné du frère de l’une d’entre elles, souffrant de troubles mentaux. À travers ces trois personnages et sous les yeux de la communauté du village, le récit avance comme le brouillon d’un roman à venir, peut-être celui que Marion, elle-même autrice, a tant de mal à écrire. L’écriture de Baptiste Amann se déploie dans cette mise en abyme à l’intérieur de cette friction constante entre le réel et la fiction, cette recherche de la « musique du réel », selon ses propres termes. Comme chez Tchekhov, dont la pièce-phare La Cerisaie est citée par le personnage du jeune maire de la commune, la narration traite des rapports entre l’ancien monde et le nouveau. C’est sur cette ligne ténue que se tiennent les protagonistes de Salle des Fêtes. Certains aspirent à un nouveau monde, d’autre éprouvent l’amertume du temps qui passe. La confrontation de leurs histoires, pour certaines tragiques, les amène à se dépasser, et leurs trajectoires, entre rires et larmes, font que chaque spectateur repart avec ce petit quelque chose en plus qui fait la magie du théâtre. Le spectacle vivant est avant tout cette utopie qui permet à tout un chacun de s’enlacer, de se prendre par la main, et de se redresser afin d’avoir moins peur, ensemble, de l’avenir. C’est ce que Salle des Fêtes semble vouloir nous dire.

 

Isabelle Rainaldi

 

> Les 23 & 24 au Zef – Plateau du Merlan (14e)

Rens. : www.lezef.org