Noshow de Alexandre Fecteau, Collectif Nous Sommes Ici et Théâtre Dubunker © David Ospin

La nouvelle saison au Théâtre du Merlan

L’Interview
Nathalie Marteau

 

Après dix années riches en émotions passées à la tête du Merlan, Nathalie Marteau tire sa révérence dans le désir de donner une nouvelle impulsion à ce théâtre qu’elle a rendu populaire au-delà des espérances.

 

Quel est votre plus belle rencontre en dix ans ?
Camille Boitel avec sa création L’Immédiat. La manière dont les choses se font est plus importante que le résultat. Cet artiste possède une qualité humaine et spirituelle qui inspire une confiance absolue. L’Immédiat s’est créé la nuit pendant cinq années de résidence au Merlan, qui était en travaux. A la générale et la première, « c’était pas là », ils n’étaient pas dans l’être, le jeu, mais je n’ai jamais douté. Et aujourd’hui, cette pièce s’est jouée plus de deux cents fois. Il y a aussi le travail qu’il a mis en place avec les « spectateurs-complices », dans la recherche des décors et l’idée du recyclage. Cela correspondait parfaitement à l’image du Merlan en vagabondage.

 

Quelques mots sur la venue de Pina Bausch ?
Kontakhoff a dépassé mes attentes. J’ai vu l’histoire de la danse et du théâtre pendant vingt ans et j’ai compris ce qu’elle a apporté. Il y a des moments clefs du spectacle vivant et je n’imaginais pas à quel point cette pièce est un référent. Il y a aussi la politique d’accueil que l’on a mise en place sur ce spectacle en refusant les invitations pour permettre des tarifs moins chers et se donner la possibilité d’accueillir tout le monde. Ce qui point chez Pina Bausch ou chez les Flamands, c’est la manière de pratiquer la danse. Il n’y a pas de pathos, pas de psychodrame. On est là pour travailler et il y a un temps pour chaque chose. Dans la création française, on manque souvent d’humilité.

 

Un point sur Secret service de Felix Ruckert (1)La pièce Secret Service de Felix Ruckert s’articule autour de deux temps forts. Chaque spectateur est invité par une hôtesse à rejoindre individuellement un espace clos plongé dans le noir. Il devient la marionnette ou l’acteur d’une relation avec des interprètes dont il ne verra jamais le visage. D’abord hypnotique et transcendant, Secret Service devient dans un deuxième temps une expérience sur le rapport à la douleur., une pièce qui a beaucoup fait parler, surtout ceux qui ne l’on pas vu…
Quand tu crées les conditions pour permettre aux gens de se connecter à leurs émotions, tu procures une joie immense. Le secret, c’est d’amener les gens à accepter leurs sensations. Felix travaille sur la pratique entre le plaisir et le non plaisir, accepter la vie telle qu’elle est avec ses plus et ses moins. Je ne me suis jamais posé la question de savoir si on pouvait montrer cette pièce et c’est aussi, en termes de choix du lieu, ma plus belle expérience de vagabondage.

 

Cette dernière année se termine avec un conflit sur les relations de travail avec certains salariés (2)Pour en savoir plus : http://www.marsactu.fr/culture/une-salariee-du-theatre-du-merlan-licenciee-pour-insubordination-35839.html
Comme je ne suis plus en poste, je ne commente pas les décisions du conseil d’administration. Ce conflit social date d’avant mon arrivée au Merlan. Que ce soit au niveau du bureau, des ressources humaines et du C.A, il y a eu un constat d’échec dans les relations avec les délégués syndicaux. Il y a eu des demandes ou des tentatives de faire appel à des experts sur les risques psycho-sociaux et cette demande d’expertise a été refusée par les délégués syndicaux. L’objectif d’une médiation n’est pas de comprendre les raisons du conflit, mais d’évaluer s’il y a un intérêt supérieur au conflit. Par exemple : « J’existe à travers le conflit. » Au 27 juin, à la fin de ma fonction, il y a donc eu un constat d’échec face à ce blocage.

 

Propos recueillis par Karim Grandi-Baupain

 

The Roots de Kader Attou © Joao Garcia

The Roots de Kader Attou © Joao Garcia

Focus sur la nouvelle saison

La nouvelle saison du Merlan suit la ligne artistique chère à Nathalie Marteau et Jean-Marc Diébold sur la question du corps et du mouvement. Là où se croisent la danse, le texte, le cirque… tout ce qui constitue le corpus du théâtre d’aujourd’hui. Pas de grandes têtes d’affiche à l’exception de Peeping Tom (Vader), mais une confiance accordée à des artistes émergents ou déjà reconnus : Kader Attou (The Roots), Ildi ! Eldi (Les Guêpes), Rachid Ouramdane (Tordre). L’occasion aussi pour le Merlan de pérenniser les liens et l’esprit de mutualisation avec Dansem, Klap, ActOral ou encore Komm’n’Act. La programmation de 2014-2015 n’échappe pas à une baisse de budget, mais la fête continue et nul doute que les bonnes surprises seront au rendez-vous.

Karim Grandi-Baupain

 

Début de la saison le 9/10 avec un temps fort « découverte de la scène québécoise » dans le cadre du festival ActOral.
Rens. 04 91 11 19 20 / www.merlan.org

 

Notes   [ + ]

1. La pièce Secret Service de Felix Ruckert s’articule autour de deux temps forts. Chaque spectateur est invité par une hôtesse à rejoindre individuellement un espace clos plongé dans le noir. Il devient la marionnette ou l’acteur d’une relation avec des interprètes dont il ne verra jamais le visage. D’abord hypnotique et transcendant, Secret Service devient dans un deuxième temps une expérience sur le rapport à la douleur.
2. Pour en savoir plus : http://www.marsactu.fr/culture/une-salariee-du-theatre-du-merlan-licenciee-pour-insubordination-35839.html