La cascade des aygalades © Mariel Agboton / Le Bureau des Guides

La Fête du Ruisseau aux Aygalades

On se mouille

 

Dans un bel alignement des planètes en ce début du mois de juin, le collectif des Gammares ne nous donne ni tout à fait rendez-vous au jardin(1) ni au cœur des Calanques(2), mais nous réunit pour une première Fête du Ruisseau qui promet d’être tout aussi festive que maline et engagée.

 

 

Ici, ou plutôt jusque là-bas, l’écologie n’est pas une affaire de mots, mais de terrain. Et quel terrain ! Le ruisseau des Aygalades, qui prend sa source au nord de la ville, à Septèmes-les-Vallons, sous le nom de Caravelle, parcourt dix-sept kilomètres avant de se jeter à la grande eau, sous les tours CMA-CGM du Port de Marseille. Et comme tout cours qui se jette à la mer, cela en fait un fleuve côtier. Eh oui ! Qui eut cru que ce petit ruisseau, irrégulier, parfois souterrain, souvent pollué, serait digne d’une telle appellation ? Et pourtant, un petit groupe de passionnés, si ce n’est de tout mais de beaucoup de choses, revendique son intérêt et porte à notre connaissance une foule de petites choses qui, mises bout à bout, sont tout sauf insignifiantes.

Le saviez-vous ? Ce fleuve-ruisseau fut exploité pendant deux siècles et dès le début de l’industrialisation. Alimenté en partie par le Canal de Marseille, il servait alors aux industries qui le bordaient, minoteries et raffineries, jusqu’à l’été 2020, qui vit l’ultime usine de sucre de Saint Louis définitivement fermer.

En 2015, après que l’illustre Christine Breton, conservatrice du patrimoine et co-fondatrice de la coopérative d’habitants Hôtel du Nord, fut allée à la pêche aux informations, quelques bons-hommes de la Cité des Arts de la Rue découvrent, avec un plaisir non dissimulé, l’existence d’une cascade au bas de leur aire de jeux, « noyée » sous des dizaines de tonnes de gravats (on ne remercie pas les entrepreneurs peu consciencieux de l’A7, construite juste au-dessus). Ils déblayent et aménagent les bords du ruisseau, créant une percée exotique dans la jungle urbaine. Ils montent alors un chantier d’insertion, se proclament « Cascadeurs », et réussissent à créer un petit jardin de toute beauté, au cœur de cette zone industrielle délaissée et à l’abri des regards, mais dont une petite porte n’attend que d’être poussée pour en partager les délices(3).

Un peu plus tard, les marcheurs d’Hôtel du Nord se joignent à l’intérêt pour ce drôle de cours d’eau en organisant des Conférences Sauvages à la Cascade, avant que de réunir les démarches des différentes associations en un seul collectif, baptisé les Gammares, du nom de la petite crevette résidente qui sert d’indicateur bioclimatique.

Aujourd’hui, Agnès Jouannaud, figure engagée de ce groupuscule, retraitée de l’auto-école et de l’agriculture (ce qui en dit déjà un peu sur son parcours urbano-rural !), nous raconte leurs aventures.

Dernièrement, les pieds dans l’eau, les Gammares ont remonté le ruisseau en compagnie de l’entreprise BioNTech, missionnée par les villes de Marseille et Septèmes pour « renaturer les bords du ruisseau, sur le prochain parc de Bougainville » et « d’aménager quelques zones de fraîcheur »(4). Et pourquoi pas, ajoute-t-elle, « si l’on se prend à rêver, on pourrait même imaginer qu’un jour, nous aurons des endroits pour s’y baigner… » Le vœu n’est pas que pieu, et il va falloir retrousser ses manches !

«  On s’était rendu compte que la buse au-dessus de la Cascade existait toujours et que le Canal pouvait de temps à autre faire un lâcher d’eau pour faire un peu d’effet, mais nous venons de comprendre, grâce à nos connaissances élaborées au fil des actions, que ces à-coups ne sont pas bons du point de vue écologique. » Et de résumer ainsi : « Plus on avance, plus on sait. »

Ce à quoi nous ajouterions volontiers, à l’entendre, « plus on est de fous, plus on rit ». Mais hélas, on grince et on coince encore sur la question de la pollution des sols, tant la chimie s’est infiltrée dans les sols et les nappes phréatiques que traverse le ruisseau.

Alors, pour rire aussi quand même un peu, et apprendre dans la bonne humeur partagée, ce sont trois jours d’actions collectives et de festivités auxquels vous êtes invités à participer.

Vendredi et samedi, on se concentre sur le nettoyage en partenariat avec l’Opération Calanques propres. Munis de pinces écolo-locales en canne de Provence, vous pourrez apporter votre grain de sable à la colline, en bottes ou en pantalon retroussé.

Le samedi, deux balades en amont et en aval sont organisées par le Collectif SAFI, avant que les marcheurs ne se rejoignent en une Assemblée plénière fondatrice du Bassin Versant, désireuse de considérer désormais les flancs et toutes les eaux qui ruissellent au même endroit, c’est-à-dire sur le flanc sur de la Chaîne de l’Étoile, du Pilon du Roi aux Aygalades. Enfin, le dimanche, une traditionnelle conférence Voix d’eau le matin et un marché de producteurs locaux, et toujours des propositions artistiques seront de la partie. Les artistes de la Cité des Arts de la Rue ne manqueront pas de sortir enfin de la tanière où ils étaient confinés pour nous égayer, et faire de cette fin de semaine le début d’une nouvelle aventure commune. Commune… et limpide donc !

 

JS

 

La Fête du Ruisseau : du 4 au 6/06 aux Aygalades.

Rens. : https://bureaudesguides-gr2013.fr/la-fete-du-ruisseau/

Le programme complet de la Fête du Ruisseau ici

 

Notes
  1. Rendez-vous aux jardins, opération nationale ce week-end : https://rendezvousauxjardins.culture.gouv.fr/(())
  2. Opération Calanques propres le 5/06 : https://mer-terre.org/(())
  3. Le Jardin des délices, ouvert les mercredi et en fin de semaine , à la Cité des arts de la rue(())
  4. Voir le numéro 2 de la Gazette du Ruisseau et leur roman-photo  (())