De cet endroit : série d’expériences par le groupedunes

Silence, ça pousse

 

De cet endroit est le titre générique donné par le groupedunes à une série d’expériences sur le toit de la Friche La Belle de Mai. Une manière de confronter la densité urbaine au passage du temps.

Dans Blow Up de Michelangelo Antonioni, un photographe de mode désinvolte espionne une femme dans un parc en la photographiant et découvre par le prisme de l’agrandissement la présence d’un corps sous un buisson. D’un seul coup, les futilités d’une vie qu’on flambe par les deux bouts se fixent dans une avancée vers l’inconnu, une recherche du mystère plus que de sa résolution. C’est dans cet état de perdition que le protagoniste nous révèle sa face cachée et emmène le film dans des espaces et des silences que le cinéma atteint rarement. L’absence d’une obligation de résultat change l’ordre de la fiction, on ne court plus vers un objectif (la résolution de l’intrigue), mais on se laisse porter par les aléas du temps et les surprises de l’avenir. C’est dans cette optique que le groupedunes, fondé dans les années 80 par les chorégraphes Madeleine Chiche et Bernard Misrachi, s’est approprié le toit de la Friche comme un jardin d’expérience sur les mutations urbaines, le corps in situ, les variations de l’atmosphère et ce que l’on peut y faire pousser. En association avec l’entreprise Apical Technologies, une caméra capture à 360° cinquante images toutes les vingt minutes. Le résultat est un accéléré de l’évolution des travaux sur le toit et du déplacement des individus. On peut y voir la banalité du quotidien ou bien chercher plus précisément un comportement, une anomalie, un détail, un ponctum cher à Roland Barthes. Un peu plus loin, des bacs recouverts de terre, de laine de chanvre ou de béton de chanvre s’exposent aux variations du climat pour laisser pousser de la végétation. Les conditions drastiques (absence de serre, mistral, sol pauvre) mettent au défi la nature dans un environnement urbain. On regarde, au quotidien, les yeux collés près du sol, un indice de végétation et le minuscule devient porteur d’espoir. De cet endroit, c’est une manière de dire que ce qui n’était qu’un toit peut devenir un champ d’investigation infini.

Karim Grandi-Baupain

 

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