Cœur gros de Caroline Sagot Duvauroux

Caroline Sagot Duvauroux – Cœur gros au cipM

L’écrit du cœur

 

Plus connue en tant que poète depuis qu’elle se consacre corps et âme à l’écriture, Caroline Sagot Duvauroux expose au cipM des œuvres de sa vie de peintre. Retour sur le parcours d’une artiste multidisciplinaire au Cœur gros.

 

Après des études de lettres classiques, de théâtre et d’arts plastiques, la besace de Caroline Sagot Duvauroux a toujours été plus littéraire que picturale. Elle devient comédienne pendant huit ans puis se met à peindre, tout en prenant la scène seule en parallèle. Pour faire la place, chasser la métaphore, la jeune poète qu’elle était a suivi le précepte du maître Rilke : retarder l’écriture jusqu’à son plus haut point de nécessité. Avec tout l’appétit qui la caractérise, Caroline Sagot Duvauroux s’en est donné à cœur joie : des grands formats, de longs rouleaux. « Elle aime Gasiorowski, elle aime Fautrier et l’hors-lieu de Rothko (…) Elle aime tous les concepts quand débordent les choses. Et Tal Coat. » (1)Notes d’atelier de Caroline Sagot Duvauroux dans Le Cahier du Refuge n° 247. Toutes les autres citations sont de l’artiste, tirées d’entretiens.

Ecrire, c’est ce qu’elle a toujours voulu faire. Marcher à côté des philosophes pré-socratiques, Héraclite, Racine, Rimbaud. Elle définit pourtant sa peinture comme « une peinture d’idiot », pour la jubilation du geste.

Son travail pictural a été sériel, rythmique. Les herbes, à la fois traits, signes et pictogrammes, ont longtemps fait partie de son vocabulaire pictural. A peu près dix ans séparent la série L’Herbe écrit (dont certains tableaux sont présentés ici) du livre Le Vent chaule : suivi de, L’Herbe écrit, où l’on peut lire : « Tout ce qui s’arrache et s’échappe, peint. »

La série Cœur gros est née de la porosité entre pratique d’écriture et peinture, quand l’artiste s’est mise à écrire dans son atelier. Le cœur comme muscle, énergie. La poésie comme « un cœur battant de la littérature. » Sur ces très grands formats se mélangent des rouges et des inscriptions en majuscules : « ET LES DOIGTS DANS LA CHAIR ÉTRANGÈRE ».

A découvrir aussi, placés sous verre, des tirages de tête de certains de ses livres, collaborations avec d’autres peintres ou poètes, envisagés comme les signes toujours renouvelés d’une vitalité entre poésie et peinture.

Le soir du vernissage, dans un entretien avec Danielle Mémoire, elle raconte comment son compagnon l’avait encouragée à peindre, à prendre le temps pour ne pas « se brûler trop vite dans le poème. » C’est ce qu’elle aurait fait, sinon, assure-t-elle… Poète de la déconstruction de la syntaxe, son écriture se consume d’amour pour la langue : « J’ai peint pour la tension du désir et du déroulé du geste, j’ai écrit pour la même raison. »

Sacha Steurer

 

Caroline Sagot Duvauroux – Cœur gros : jusqu’au 9/04 au cipM – Centre international de poésie Marseille (Centre de la Vieille Charité – 2 rue de la Charité, 2e)
Rens. : 04 91 91 26 45 / www.cipmarseille.com

 

 

 

Notes   [ + ]

1. Notes d’atelier de Caroline Sagot Duvauroux dans Le Cahier du Refuge n° 247. Toutes les autres citations sont de l’artiste, tirées d’entretiens.