Un drôle de manège de Boris Chouvellon

Boris Chouvellon et Marcin Malaszczak – Les Os des pierres se ressoudent plus vite que les nôtres à La Compagnie

Les os pour le dire

 

A la Compagnie, l’exposition qui réunit Boris Chouvellon et Marcin Malaszczak (lauréat du premier prix au FID en 2013) nous embarque dans un monde acide où les hommes sont en marge, mais où tout espoir n’est pas perdu…

 

Le printemps fait ce qu’il peut pour nous décrocher un sourire, mais en cette période où les méfiances s’affichent et les rejets s’assument, la majorité des Français grincent des dents (1). Une atmosphère délétère que l’on retrouve à la Compagnie, qui réunit deux artistes, Boris Chouvellon et Marcin Malaszczak, dans une exposition intitulée Les os des pierres se ressoudent plus vite que les nôtres. Le titre claque, tout comme l’œuvre du premier. Sa sculpture Un drôle de manège (je passe mon tour) tétanise, comme les poussettes d’enfants engagées dans le béton dont elles ont été recouvertes. Son manège se crispe dans la matière et se fige pour l’éternité, témoin d’une époque, comme à Pompéi… Si jusque-là, le travail de Boris Chouvellon s’inquiétait prioritairement des matériaux (le béton, mais pas seulement) et des formes, il évoquait une contemporanéité frivole, friande de piscines et de bords d’autoroutes, de caravanes et de toboggans géants de parc aquatique. Mais les œuvres présentées à la Compagnie nous disent autre chose. Est-ce le lieu qui a guidé l’artiste dans son rapport à l’autre ? Car, comme le répète Paul Emmanuel Odin, « la Compagnie est un lieu d’art mais aussi un lieu social, où il n’est pas question de faire de l’art en s’isolant de la population qui l’entoure mais de l’intégrer entièrement au projet. » La réunion des deux artistes n’y est sans doute pas étrangère non plus… Marcin Malaszczak offre en effet une lecture plus grave et plus habitée des œuvres de Chouvellon. Via deux vidéos et un dos bleu, l’artiste polonais amène le visiteur vers d’autres abîmes émotionnels, précisément dans l’installation The Recess (la cavité), la ritournelle d’un petit jouet pour enfant accompagne notre regard. Il parcourt les huit écrans sur lesquels défilent les visages crispés, fatigués et torturés des patients d’un hôpital psychiatrique berlinois. Une mise en condition qui nous amène à déambuler devant les paysages mentaux de Boris Chouvellon, scans de son crâne sur lesquels l’artiste incruste des paysages bucoliques (ou pas) d’ici et d’ailleurs…
Si tout nous semble foutu dans cet univers digne de Cormac McCarthy, il transpire de ces deux approches comme une étincelle de vie et de réjouissance possible. En témoigne Vulcano, installation à l’esthétique proche d’une décharge publique, figurant un nécessaire à barbe à papa au milieu d’un tas de pneus. Même si le sucre, noir, ressemble d’avantage à une toile d’araignée qu’à une confiserie, demeure pourtant la magie du geste de celui qui sait transformer la matière…  Fabriquer reste le propre de l’homme : qu’il s’agisse du sculpteur, du confiseur, du bâtisseur, de l’ingénieur ou de l’ouvrier, construire est un point d’ancrage qui nous rassemble, où l’on se reconnait dans notre humanité.

Céline Ghisleri

 

Boris Chouvellon et Marcin Malaszczak – Les Os des pierres se ressoudent plus vite que les nôtres : jusqu’au 31/05 à La Compagnie (19 rue Francis de Pressensé, 1er), dans le cadre de la Biennale des écritures du réel.
Rens. : 04 91 90 04 26 / www.la-compagnie.org / www.maisondetheatre.com

Pour en (sa)voir plus :
www.borischouvellon.com

 

Notes
  1. Plus de 60 % des Français se sont abstenus ou ont voté à gauche durant les dernières Municipales.(())