Trilogie de Jean Le Gac

Peintures, collages, textes, photos, dessins...

Du 8 juin au 19 novembre 2023, le Musée Regards de Provence présente lexposition Trilogie de Jean Le Gac qui révèle le travail mythique de l’artiste de mise en résonance d’images, de photographies, de dessins, de peintures et de textes. Le foisonnement de son monde imaginaire et poétique est vaste et incarne ses œuvres-installations de grand format.

La confrontation de trois modes d’expression - peinture, photographie et littérature - est organisée autour d’un sujet le plus souvent délibérément anecdotique, dans lequel se glissent des allusions à la vie de l’artiste, sa jeunesse ou ses lectures et des réflexions sur ce que c’est qu’écrire, photographier ou peindre.

 

Cette exposition révèle le travail singulier de Jean Le Gac au parcours étonnant de mise en résonance d’images, de photographies, de dessins, de peintures et de textes. L’utilisation permanente et concomitante de l’écriture et de l’image lui permet de nous entraîner dans son imaginaire poétique d’un éternel adolescent, dans ses voyages intérieurs, riches de pastels, de photographies, de traces de promenades réelles et irréelles, d’herbiers, et de plantes… Le Gac nous transporte dans un univers décalé par les histoires qu’il raconte et la forme insolite qu’il leur confère. Ses œuvres nous plongent dans la diversité de ses regards sur la société, ses rencontres, ses méditations, sa fantaisie, ses allers-retours entre le visible et le non visible.

Devenu en 1958 professeur de dessin pour vivre, il passe une partie des années 1960 à expérimenter toutes les écoles – « Quinze jours cubiste, quinze jours abstrait, quinze jours paysagiste, etc. », toujours à distance et avec le sentiment d’être un intrus ou un étranger : « L’art parisien de l’époque, c’était un milieu très hermétique. On n’y entrait pas, à moins d’être recommandé, de savoir à qui s’adresser. Je ne savais rien de tout ça. » En 1968, il pense renoncer à toute démarche artistique avant de trouver assez soudainement, comment invoquer la peinture tout en la tenant à distance par l’écriture et la photo. « C’était une façon de tourner le dos à l’art contemporain, assez hostile » à son égard. C’était aussi une façon d’inventer un langage différent, dont, jusqu’à aujourd’hui, il développe les potentialités.

L’œuvre de Le Gac est excentrique. Il dit, « les œuvres ne sont jamais aussi fortes que lorsqu’elles vous atteignent par surprise ». Le Gac agence un subtil mélange d’endroits et motifs et évoque l’histoire de l’art ancien et moderne, la littérature, l’actualité culturelle, les récits d’explorateurs arrangés pour les enfants et toutes sortes de mythologies – antique, orientaliste, romantique ou cinématographique.  Pour les faire paraître, Le Gac juxtapose fragments romanesques, photos posées avec costumes choisis, surimpressions de dessins sur fond de ciel ou de feuillage et objets trouvés.

Depuis plus de cinquante ans, Le Gac évolue dans cet état imaginaire d’adolescent, fidèle à une expérience romanesque qui l’a installé comme en exil dans son temps. Sous une apparente évidence de l’image, les réminiscences et les sous-entendus foisonnent et happent le spectateur pour l’entraîner dans la fiction. Il ne se cache pas d’être un « déserteur de l’art ». Le terme apparaît également dans quantités de titres dès 1968. Il dit clairement son refus d’une certaine conception dominante de la pratique artistique. Car sous des dehors impassibles et bonaces, cet homme d’une gentillesse sans pareille est un insoumis, un révolté, un partisan de la révolution en art.

La relation de Le Gac à l’écriture est marquée par l’influence du Nouveau Roman sur son travail, mouvement de l’histoire littéraire, baptisé également « l’école du regard », qui a rompu radicalement avec les formes traditionnelles du récit au XIXème siècle et a renouvelé en profondeur les conventions romanesques, héritées du réalisme et du naturalisme. Le Gac est très tôt un lecteur assidu de Robbe-Grillet, le chef de file du mouvement, que l’artiste convoquera à son tour. A l’opposé Arnould Galopin et son illustrateur Maitrejean comptent aussi parmi ses sources d’inspiration favorites, en particulier pour ses romans pour la jeunesse.

Du Nouveau Roman, Le Gac retient surtout la critique des formes désuètes et la nécessité absolue d’inventer de nouvelles formes. Il garde aussi à l’esprit l’importance d’une sorte d’autoréflexion, de retour conscient sur l’œuvre qu’il construit – au moment même où elle se construit. Il y a chez Le Gac une dramaturgie de l’enquête policière qui place son art sous le signe du mystère. « L’art est une énigme dont on aura la solution à la fin », dit l’artiste.

Le commissariat de l’exposition en collaboration avec Jean Le Gac est assuré par Pierre Dumon, président de l’Association Regards de Provence et Adeline Dumon, directrice du Musée.

 

Musée Regards de Provence
Jusqu'au 19/11. Mar-dim 10h-18h
3/8,50 € (gratuit pour les moins de 12 ans)
www.museeregardsdeprovence.com
Boulevard du Littoral
Allée Regards de Provence
13002 Marseille
04 96 17 40 40

Article paru le mercredi 25 octobre 2023 dans Ventilo n° 489

Trilogie de Jean Le Gac au Musée Regards de Provence

Où et quand ? Jusqu’au 19/11 au Musée Regards de Provence (Marseille, 2e) Pourquoi on y va ? Parce que le travail de cet artiste est à la fois engagé et joyeux, élégant et jubilatoire, mais surtout d'une liberté absolue. Photographe, peintre, écrivain, poète... Jean Le Gac est tout ça à la fois et ses œuvres entremêlent différents médiums et supports. Les mots et les images résonnent, avec légèreté ou plus de sérieux, ne s’interdisant aucun sujet. On pense à Gérard Garouste, à Ernest Pignon Ernest... Certaines œuvres nous confrontent à des méditations sur l’art ou l’état du monde quand d’autres nous entraînent dans un imaginaire poétique ou fantaisiste. En découvrant des mises en scène réalisées souvent avec la complicité de sa femme Jacqueline, plasticienne elle-aussi, on se dit, sans déprécier leur travail, que ces deux-là ont dû bien s'amuser ! L’artiste, qui affectionne les lieux « à l’écart », nous a dit son plaisir lorsqu’il a découvert l’espace de ce musée marseillais, les œuvres étonnantes et espiègles qui y demeurent, ravi du dialogue qui s’établit comme une évidence avec ses propres compositions. À 87 ans, il garde dans son regard une malice communicative.  

Aline Memmi

Rens. : www.museeregardsdeprovence.com

Plus d’infos : www.journalventilo.fr/sortie/122900