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Ciné-concert <em>Oaïstern</em> Dj Luc Sky © Pirlouiiiit - Concertandco.com

Ciné-concert Oaïstern

Le blues du Delta

 

Oaïstern ? Un collectif pour (re)découvrir via le ciné-concert les premiers westerns européens… tournés en Camargue entre 1911 et 1914. En selle !

Monté à Marseille en 2012 pour faire suite à la collaboration entre deux cinéphiles originaux, Yzavé et Dzinowsky, Oaïstern, c’est une quinzaine de personnes aux univers divers et variés (cinéphiles, historiographes, iconographes, musiciens, réalisateurs, sonorisateurs, cuisiniers) qui mènent depuis près de quatre ans un travail de recherche historique et iconographique, de création et de production autour de cet épisode encore largement méconnu de l’histoire du cinéma, jusque sur ses propres terres sableuses. Leur but n’en est que plus simple : proposer au public, à la manière des forains du début du XXe siècle, un cinéma local et précurseur, mais tombé dans l’oubli. Et le Oaïstern n’en est pas à son coup d’essai. Du toit-terrasse de la Cité Radieuse au Relais culturel des Saintes-Maries-de-la-Mer en passant par le Luberon, il fait ici escale le temps d’une journée aux ABD avec cinq films en poche. Evidemment muets, ils seront mis en musique en direct par des musiciens marseillais pas comme les autres. La Prairie en feu est par exemple accompagné par Jagdish (accessoirement un des fondateurs du Massilia Sound System) et Giorgio Munna, deux activistes bien connus de la scène séga créole locale. Le Railway de la mort est quant à lui accompagné par le passionné Dj Luc Sky, figure historique de la scène groove marseillaise, distillant un mix aux accents blues, rock, garage, ou réalisé à partir breakbeats assemblés à des B.O. des années 70. Mariage au revolver par les Alain Sous-Champ, entre human beatbox et « crazy keyboard », Pendaison à Jefferson City par le chansonnier marseillais Djam Deblues et 100 dollars mort ou vif par le groupe de rock ottomano-occitan Mutacion Nacion complètent le tableau. Ensemble, ils portent ce véritable show avec une intensité peu commune, entre lassos, Stetsons, femmes en détresse, chevauchées époustouflantes, diligences, immensités désertiques, rivalités et fraternités viriles… Tous les ingrédients du western sont là, mais c’est en France que cela se passe. Mieux encore, en Provence. En pleine Camargue, sur cette terre âpre, saline et fascinante, aux airs de bout du monde éternel.
L’histoire parle d’un Joë Hamman, acteur parisien passionné par le Far West et l’imaginaire qu’il colporte aux quatre coins du globe. Il élaborera ses premiers westerns quelques années avant la Grande Guerre. Avec son ami Jean Durand, ils inventent ainsi le western européen. Sur les tournages, on joue très sérieusement les cow-boys et les Indiens. La Camargue devient ainsi la métaphore de l’Arizona. Les Baux-de-Provence, le Colorado. Les gardians chers à l’écrivain provençal Folco de Baroncelli-Javon sont harnachés à l’américaine pour affronter des Indiens incarnés par quelques étudiants japonais de passage, ou par de véritables Peaux-Rouges du Wild West Show de Buffalo Bill, alors en tournée dans les parages… Pour Yzavé, c’est le cinéma des « mauvais genres, malfamé, un cinéma de frisson où se mêlent paysages grandioses et amitiés indéfectibles. »
Et entre deux films, un peu de pédagogie, avec des retours sur le contexte des tournages et moult autres informations rassemblées au compte-goutte par le collectif d’amis et passionnés. Pourtant, au-delà des westerns et du cinéma, c’est à une autre lecture de l’histoire que nous invitent les Oaïstern, une histoire de cœur que l’argent oublie, à échelle humaine, loin des marchés concurrentiels et des grandes avenues. Un projet qui flingue.

Murielle Lebon

 

Oaïstern : le 4/06 aux ABD Gaston Defferre (18-20 rue Mirès, 3e).
Rens. : www.archives13.fr