Sa prière de Malika Djardi © Christophe Lourgli

Les Rencontres à l’Echelle

A l’échelle de l’histoire

 

Alors que les Bancs Publics migrent pour s’installer à la Friche, la dixième édition des Rencontres à l’Echelle se place sous le signe de l’altérité et de l’actualité. La figure de l’Autre, à l’instar d’Avignon cet été, se décline à travers une quinzaine de gestes artistiques repérés au fil des pérégrinations de Julie Kretzschmar, directrice artistique et emblématique du festival.

 

Le regard franc et clair, Julie Kretzschmar, directrice des Bancs Publics à l’initiative des Rencontres à l’Echelle, raconte la genèse du projet et retrace le cheminement qui a mené à l’édition de cette année, résolument sans frontière ni œillère : « L’histoire du festival a beaucoup changé. Au départ, la volonté était de témoigner d’un lieu de résidence et de ce qui s’y fabriquait, des formes émergentes, pluridisciplinaires, performatives… Et d’y réunir des artistes marseillais, mais aussi des Européens inconnus à Marseille pour leur assurer une visibilité. »
Au gré des rencontres artistiques, la metteuse en scène a ouvert les frontières de la programmation vers le Sud et la Méditerranée, s’intéressant à la jeune création algérienne, égyptienne, libanaise, congolaise, etc. Œuvrant tel un pont vers le public européen, les Rencontres à l’Echelle servent également de vitrine pour les artistes accueillis : « La question est de permettre à un projet artistique de se déployer ailleurs. Il faut toujours qu’une première structure prenne les risques : de sa rencontre avec le public, de son adaptabilité à l’Europe, etc. C’est ce qui m’anime, la question de l’adaptation et de la migration. Faire se rencontrer des mondes différents. C’est la question de l’altérité et de l’hospitalité. Déplacer son travail, c’est à la fois pour l’artiste comprendre quel regard va être posé sur son travail ici et pour nous, c’est réfléchir à la façon d’accompagner le regard des gens. C’est le rapport entre le très près et le très loin. »
Par un hasard pas si aléatoire, la thématique du festival s’est dessinée en lien avec l’actualité :
« Un festival est pour moi avant tout un récit. Dans la programmation de cette année, l’histoire se lit assez clairement. Dans les différents projets, des mots reviennent : théâtre documentaire, mémoire, tradition, héritage, codes religieux, intimité… L’histoire personnelle se met en lien avec des problématiques complexes. »
Ainsi, par le biais du « Je », ces périples singuliers au présent, bien qu’empreints du passé, se raconteront sur les scènes marseillaises. Des récits épiques pour réinventer la vie et déjouer les images galvaudées par les médias. Des enjeux réels et concrets : transformer des vies, éveiller des consciences, faire tomber les barrières.

Barbara Chossis

 

Les Rencontres à l’Echelle : du 4/11 au 30/01/2016 à Marseille.
Rens. : 04 91 64 60 00 / www.lesrencontresalechelle.com

 


Les immanquables du festival

  • Sa prière de Malika Djardi

Malika Djardi, jeune femme moderne et danseuse, chorégraphie son lien avec la prière de sa mère, convertie à l’islam au milieu des années 80. A travers son regard, son corps, ses mouvements, en résonnance avec les échanges enregistrés, se tisse la cohabitation entre une religion choisie et une vie contemporaine. Ou comment sa pratique profane de la danse contemporaine rejoint le sacré d’un rituel religieux.

> le 6/11 à Montévidéo

 

  • 81 avenue Victor Hugo de Olivier Coulon-Jablonka

Pièce d’actualité, théâtre documentaire, cette œuvre hors des sentiers battus est le fruit d’une commande de La Commune, le centre dramatique national d’Aubervilliers, où de nombreuses communautés cohabitent. Les interprètes, tous amateurs, sont les habitants précaires d’un squat, des sans-papiers réunis sous le collectif Les 81. Ces histoires de migration ont eu un tel effet médiatique (le spectacle fut joué in extremis dans le In d’Avignon en juillet) qu’il permit la régularisation de ses protagonistes, transformant ainsi le geste théâtral en geste politique concret.

> les 14 & 15/11 à la Friche la Belle de Mai (Grand Plateau)

 

  • En Route-Kaddish de David Geselson

Délicat de mettre en dialogue des artistes abordant des thématiques arabes et d’autres israéliennes. Et pourtant pas insensé. David Geselson s’empare de l’histoire de son grand-père, vivant au Proche-Orient avant la Seconde Guerre mondiale. Données personnelles et politiques s’entremêlent, la question de l’héritage ouvre la voie de l’imaginaire ainsi que le dialogue avec le public et le monde contemporain.

> les 20 & 21/11 à la Friche la Belle de Mai (Grand Plateau)

 

  • Le Songe de Sonia de Tatiana Frolova

La Sibérienne sexagénaire, créatrice du premier théâtre indépendant de Russie, le KnAM, à 8 000 km de Moscou, verse dans le théâtre documentaire depuis dix ans. Prenant pour point de départ la nouvelle Le Songe d’un homme ridicule de Dostoievski, Frolova s’attèle au sujet du suicide et ses liens avec civilisation et société.

> le 21/11 à la Friche la Belle de Mai (Salle Seita)

 

  • Pourama Pourama de Gurshad Shaheman

Trois performances pour une histoire « racontée au coin de la cheminée » : le Franco-Iranien Gurshad Shaheman, diplômé de l’ERAC(M), décline dans Touch me, Taste me et Trade me, les moments marquants de sa vie depuis son enfance, le rapport douloureux à son père à son arrivée en France, et les adversités qui l’accompagnèrent.

> le 26/11 à la Friche la Belle de Mai (Petit Plateau)

 

  • Antigone of Shatila de Omar Abusaada

Ce projet instigué par le Syrien Omar Abusaada a été créé avec trente-cinq femmes vivant dans le camp de réfugiés de Bourj El Barajneh, de Sabra et de Shatila au Liban. En travaillant sur la première traduction arabe de l’Antigone de Sophocle, une adaptation contemporaine de l’histoire de la jeune héroïne grecque est née, en résonnance avec les destinées singulières des jeunes interprètes, ouvrant ainsi une fenêtre sur la réalité qui sévit dans cette région du monde depuis des années.

> les 29 et 30/01/2016 à la Friche la Belle de Mai (Grand Plateau)

 

Le programme complet des Rencontres à l’échelle ici