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Identités Remarquables | Conger ! Conger ! Conger ! Conger ! © Pirlouiiiit - Concertandco.com

Identités Remarquables | Conger ! Conger !

Ceci n’est pas un album

 

Comment Conger ! Conger ! est-il devenu le meilleur groupe de rock marseillais ? Rencontre avec son charismatique batteur-chanteur à l’occasion de la sortie de This Is A White Album.

 

Sanglé dans un perfecto de cuir noir, casque de scooter sous le bras, Patrice de Bénédetti pousse la porte du Petit Nice où il serre quelques mains et claque quelques bises avant de nous rejoindre. Au taquet comme d’habitude. En l’absence du guitariste Pierrot Gon et du bassiste Didier Bautzmann, c’est à lui qu’il revient d’évoquer le nouvel album du trio après trois ans de silence discographique, la précédente galette, This Is A Black EP, datant de 2014. Un exercice qui n’est pas pour lui déplaire. Au contraire. Ceux qui ont eu l’occasion de voir les Congres en concert le savent : Patrice a le verbe haut, l’éloquence et la faconde d’un natif des quartiers Nord, le charisme en prime.
Fondé en 2008, le groupe est aujourd’hui l’un des fleurons de la scène alternative rock phocéenne, un creuset dont on se doit, au passage, de souligner l’extrême vigueur. Au fil des ans, à coups d’enregistrements et de prestations live qui sont allées crescendo en maîtrise et en intensité, Conger ! Conger ! s’est forgé la réputation d’un groupe sans œillères, capable de se réinventer et d’innover sans perdre de vue ses fondamentaux, distillant avec constance un rock noisy aussi exigeant que jubilatoire. Ceux que l’on a parfois surnommés les Fugazi marseillais — la filiation avec le rock underground des 90s dans la veine du label hardcore Dischord est une évidence — ont cependant plus d’un tour dans leur sac.

Leur premier LP sorti en 2010 laisse une empreinte durable sur les tympans des rockers locaux et hexagonaux. Concentré de noise rock incandescente et électrique, At The Corner Of The World révèle une volonté de s’affranchir des diktats du genre. C’est également un album-concept puisque tous les morceaux évoquent le génocide des Tutsis au Rwanda au milieu des années 90, une thématique qui s’est imposée au chanteur par le biais de rencontres et de lectures. Si la démarche artistique traduit une volonté de s’engager et de prendre parti, elle se veut dénuée de tout esprit revendicatif. « La question de notre engagement s’est posée et on s’est dit qu’on ne mettrait jamais en avant le thème de l’album sur scène. Ça reste un concert de rock’n’roll. On reste un groupe de rock’n’roll », précise Patrice. Pour connaître les intentions du groupe, il fallait se procurer le vinyle qui contenait les paroles imprimées et une page de Une saison de machettes de l’écrivain Jean Hatzfeld. Si les Marseillais se défendent d’être un groupe politique, c’est pour ne pas se laisser enfermer dans des cases. Une impérieuse nécessité pour Patrice, qui a tiré les enseignements de son expérience avec son premier groupe, Tarif Réduit. « Depuismon souci premier, c’est de ne pas avoir une étiquette qui te colle aux basques, qui te catalogue pour que tu puisses faire ce que tu as envie de faire », reconnaît-il. Avec son songwriting affûté, ZAAD (2013) se pose en miroir de son prédécesseur et traite des règlements de compte dans la cité phocéenne que l’on a commencé à comptabiliser. Musicalement, les trois acolytes continuent de tracer leur route à l’écart des sentiers battus. Surprendre, emmener l’auditeur là où il ne s’y attend pas est désormais l’un des marqueurs des Congres.

À ce titre, le troisième opus s’inscrit dans la continuité. « On avait envie d’arrêter ces histoires d’albums-concepts et de revenir à quelque chose de plus simple », confie le chanteur. This Is A White Album est un double album — album blanc des Beatles oblige — qui, contrairement à son titre, n’est pas blanc mais noir, de même que This Is A Black EP affichait une couverture blanche. Les dix-huit titres ont été enregistrées en une semaine, en Lozère, dans un théâtre en bois avec une reverb’ naturelle. Exit le son rock garage que l’on obtient quand on enregistre dans l’urgence ; cette fois, chaque instrument a été enregistré séparément afin d’obtenir « un son plus doux à l’écoute ». De fait, cette production est « plus intime » avec des compos qui lorgnent du côté de la pop, d’autres carrément noise, l’ensemble oscillant entre « fausse gaieté et fausse noirceur ». Un album qui capte l’état d’esprit du groupe : « On est nos premiers auditeurs, on fait la musique qu’on a envie d’écouter. C’est pas qu’on se kiffe, c’est juste qu’on fait la musique qu’on aimerait entendre. »

Compte tenu de sa durée (une heure et quart), le chant a subi certains ajustements : « On s’est dit que ça serait mieux que ma voix soit différente. Plus chantée. Du coup, on l’a un peu “popisée”. D’ailleurs lors du premier concert avec les nouveaux morceaux, on s’est fait traiter de U2… Mais c’est parfait, moi ça me va très bien, j’adore la pop ! » Cette mise en retrait de la voix correspond aussi à une volonté de retrouver un juste équilibre sur scène. Pas si facile quand on sait qu’il s’agit du terrain de jeu de Patrice, qui est par ailleurs danseur et chorégraphe. Le groupe a repensé le dispositif scénique, jouant toujours en ligne à l’instar de moult groupes (Shellac, pour n’en citer qu’un), mais le batteur-chanteur n’est plus seul devant à faire le show.

Qui dit nouvel album, dit nouvelles perspectives, avec d’excitantes dates en ligne de mire pour les musiciens, notamment le Festival les 3 éléphants à Laval. De plus en plus sollicités, ils entendent bien ne pas céder aux sirènes trop assourdissantes qui se font entendre et à inscrire la promotion de l’album dans la durée. C’est tout le mal qu’on leur souhaite.

Emma Zucchi

 

Release Party de This Is A White Album : les 3 (avec Silver Gallery) et 4/03 (avec Catalogue) à la Machine à Coudre (6 rue Jean Roque, 1er).
Rens. : 04 91 55 62 65 / www.facebook.com/pg/laMachineaCoudremarseille

Pour en (sa)voir plus : https://congerconger.bandcamp.com / www.facebook.com/CongerConger-112025888811613/