Roulez Jeunesse © E.Ciepka

Biennale des écritures du réel

Expression directe

 

Ecrire le réel. Documenter la vie par le spectacle. Ouvrir des scènes, des salles, des espaces comme autant de tribunes pour l’expression d’une voix : celle des vivants. Leurs quotidiens, leurs cheminements, leurs idées, leurs doutes, leurs cultures… Telle est l’essence de la Biennale des écritures du réel proposée par la maison de théâtre La Cité, qui réunit pour sa deuxième édition une soixantaine d’événements ­— théâtre, cinéma, littérature, musique, expositions… — dans une trentaine de lieux à Marseille et en PACA. Tour d’horizon en cinq mots-clés.

 

Politique et poétique. « Le monde frémit d’un désir de faire autrement et nous appelle à d’autres manières de voir et de créer », lance Michel André, à l’initiative, avec Florence Lloret, de cet événement hors-norme. Et c’est cette ère de renouveau, tout particulièrement, qu’appelle de ses vœux le comédien et co-responsable artistique de La Cité depuis dix ans. « C’est un événement qui ouvre au printemps », se plait-il à rappeler. La symbolique est d’actualité : les jeunes pousses bourgeonnent et la ville, élections obligent, bouillonne de débats. « Il faut retrouver du sens, de la valeur, de l’expérimentation, du partage » et faire de cette Biennale un geste « politique et poétique ».

 

Eclectique. Les champs d’exploration se superposent : l’art sous toutes ses formes, le social, l’éducation, la recherche, la philosophie… Les domaines se croisent, se chevauchent. Les écritures du réel servent de ciment entre des blocs trop souvent isolés pour ériger du concret. Rien de transcendant, le réel se construit par le bas : « Les thématiques remontent du terrain, ce sont des vies qui se pensent et qui s’écrivent. » Les artistes « viennent éclairer une réflexion collective. » Ils n’opèrent qu’une « entre-traduction, pas une interprétation. »

 

Coopérative. « L’idée, c’est de créer, à Marseille, une plateforme collaborative de réflexion et de dialogue. » Et sur ce point, on peut dire que les organisateurs sont bien partis pour réussir leur pari. Car avant même d’avoir accueilli ses premiers spectateurs, la Biennale rassemble déjà une pléiade de partenaires qui ont contribué à différents niveaux du projet. Du collège Henri Wallon à l’Equitable Café en passant par les Maisons de quartier, la Friche La Belle de Mai ou le MuCEM, nombreux sont ceux à avoir répondu présent à l’initiative de La Cité. Michel André se dit « étonnement surpris et très content de cette horizontalité qui s’invente. »

 

Thématique. Profondément d’actualité, les thèmes de la Biennale guident le spectateur en faisant office de portes d’entrée vers plus de soixante représentations. « Voir le monde avec les yeux des autres », affiche le slogan. Cette année, ce sera au travers de ceux des femmes (Wonder Women – voir encadré), des adolescents (Continent Jeunesse), des paysans (Travailleurs de la terre) ou encore des Roms (Rroms, Rromani). Quoi qu’il en soit, les œuvres proposées ne prétendent pas livrer une analyse globale, mais témoignent de gestes singuliers, avec une attention toute particulière pour les plus fragiles, les précaires, les oubliés.

 

Marseillaise. « Marseille doit être à l’avant-garde. C’est une ville pionnière qui s’ignore. » On sent bien, dans les mots de Michel André, l’espoir et l’optimisme qui règnent à La Cité. « Il faut faire respirer l’intelligence commune, citoyenne, qui tente de regarder le présent, en prenant en compte le passé pour mieux appréhender le devenir. » Car il en est convaincu, « il y a des gens exemplaires à Marseille, des gens qui s’engagent, qui ont le goût de l’autre, des gens riches d’un passé, d’un territoire, de façons de cuisiner… Le monde de l’art doit aller à leur rencontre. » Voilà qui méritait bien une Biennale !

Baptistin Vuillemot

 

Biennale des écritures du réel : du 13/03 au 12/04 à Marseille et en Région PACA.
Rens. : 04 91 53 95 61 / 06 14 13 07 49 / www.maisondetheatre.com/biennale-des-ecritures-du-reel

Le programme jour par jour de la Biennale des écritures du réel ici

 

Moi Corinne Dadat © Marion Poussier

Moi Corinne Dadat © Marion Poussier

 

Les femmes, Wonder Women de la Biennale

 

La Biennale des écritures du réel, deuxième du nom, débute vendredi 14 mars avec les Wonder Women. Michel André et sa bande nous proposent, pendant un week-end, « un déambulatoire féminin de l’Embobineuse aux Archives départementales. » Quelques jours après la Journée internationale du droit des femmes, l’événement tombe à point nommé.

« Les femmes, de façon singulière, se mettent à l’épreuve du réel », résume le responsable artistique de La Cité. Ici, comme dans toute la programmation de la Biennale, il est question d’interroger le quotidien, les parcours de vie. A commencer par une performance documentaire très sociale sur les relations entre une femme de ménage et sa fille, danseuse classique (Moi, Corinne Dadat, à la Friche). La jeune auteure Leila Anis nous lira le récit de son exil de Djibouti, véritable acte poétique d’émancipation (Fille de…, aux Archives départementales). Au Théâtre de Lenche, on pourra assister à la mise en scène d’échanges épistolaires entre un homme et une prostituée. Au-delà de la réflexion sur les travailleurs du sexe, Emersion nous interrogera sur les relations de pouvoir et notre propre servitude volontaire. La poétesse japonaise Ryoko Sekiguchi abordera quant à elle le thème de la mémoire, en partant de son expérience de la catastrophe de Fukushima (Ce n’est pas un hasard, à l’Equitable Café).
Un deuxième volet, « Wonder Women, des voyageuses, des combattantes », viendra poursuivre le fil rouge féministe au mois d’avril.

BV