Ventilo n°257
du 10 au 23 mars
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Dialogue entre deux Paul
Picasso livre sa fascination pour le vieux maître « qui continuait de lui résister». Thèmes partagés et chronologies croisées permettent une immersion dans l’histoire de l’art et l’acte de peindre. Le parcours multimédia en sous-sol se révèle une bonne introduction interactive pour les plus jeunes. Des choix judicieux (dont le superbe petit Joueur de cartes inachevé de Cézanne) et de riches commentaires raviront les amateurs comme les spécialistes. Au deuxième étage, ne manquez pas les photographies intimes de David Douglas Duncan et particulièrement un portrait fait à la Californie, Picasso en chef indien. La visite du château de Vauvenargues, où Picasso et Jacqueline reposent, fournira un complément d’émotions.
Texte : MNQ
Tableau : Joueur de cartes de Cézanne
Jusqu’au 27/09 au Musée Granet (Place Saint-Jean de Malte, Aix-en-Provence). Rens. 04 42 52 88 32 / www.museegranet-aixenprovence.fr
L’autre, c’est moi
Cette intense exposition (organisée par Astérides avec la participation de Christelle Alin) développe une invitation du critique Cédric Schönwald, qui, lors de quatre mois d’échanges auprès de l’artiste Justin Sanchez, a permis un écho avec les écrits poétiques de Yannick Liron. Articulant des expérimentations autour de plusieurs intitulés de chapitres, les installations évoquant des charades, se parent souvent d’un noir profond, perturbent par leur variété tout en s’intégrant dans un espace où cohérence et mystère opèrent. Un bras défie l’équilibre d’une lampe, une chaise d’enfant tourne le dos à une ombre cauchemardesque… D’un genre inclassable, mais tout à fait conseillé !
MNQ
Jusqu’au 25/07 à la Galerie de la Friche la Belle de Mai (41 rue Jobin, 3e). Rens. 0 495 04 95 01 / www.asterides.org
Les demoiselles de Rizzo
Le pluridisciplinaire Christian Rizzo signe (avec Caty Olive) une chorégraphie aléatoire de deux robes siamoises qui virevoltent au-dessus de ventilateurs. Sobre et élégante, la valse présente « une danse où le corps-matière est absent […] La volonté aussi de réunir mes activités principales (mouvement, costume, son) en un seul et même projet », précise Rizzo. Intermède suspendu qui se multiplie sur les parois, la ronde comporte un seul défaut : le public ne peut pas s’approcher d’assez près pour observer la texture et les réseaux gris du vêtement marbré. On aime cependant la vue de cet ensemble volant qu’on a du mal à quitter.
Texte : MNQ
Photo : Christian Rizzo
Jusqu’au 11/07 à la Chapelle de la Vieille Charité (2e). Rens. 04 91 99 02 50 / www.festivaldemarseille.com
La quarantaine rugissante
De 1839, où la photographie était selon Baudelaire « la servante des sciences et des art », jusqu’aux photos controversées de Nan Goldin, la photographie n’a cessé de connaître des mutations qui la rendent aussi captivante que polémique. De la rencontre à la rupture, il n’y a parfois qu’un pas. Le défi de cette nouvelle édition des Rencontres photographiques d’Arles vise à célébrer à travers soixante expositions les quarante ans de cette aventure mouvementée. Ce serait cependant renier la mission même de ce festival que de s’attendre à une sorte de glorification nostalgique d’anciens combattants ayant participé à l’histoire de ces Rencontres. Il réunit au contraire les directeurs artistiques qui ont permis à cette formule de s’inventer au fil de l’eau (Willy Ronis, Jean-Claude Lemagny…) et quarante ans de ruptures des photographes dont le travail a créé le débat lors de leur présentation à Arles en s’éloignant des académismes de leur époque (Goldin invitée d’honneur, Martin Parr…).
Texte : NB
Photo : Nan Goldin
Du 7/07 au 13/09 à Arles. Rens. 04 90 96 76 06 / www.rencontres-arles.com
Pan-O-rama
Rassemblant à la fois le rituel d’une foire commerciale d’art contemporain (galeristes, artistes et collectionneurs internationaux) et une exposition ouverte au public, Art-O-Rama perpétue pour sa troisième édition la formule qui a fait son succès. Articulée autour de ces deux temps, s’adressant aux galeries internationales qui mènent un travail prospectif, la manifestation offre un espace de représentation à de « jeunes » galeries et établit des passerelles entre acteurs locaux et internationaux de l’art contemporain. Un artiste invité lors de l’année précédente se voit confier la création de l’identité graphique de l’édition à laquelle il participe. Lauréate 2009, Emilie Perotto choisit le bois comme matériau de prédilection — sculptures et installations d’assemblages de formes en stratifié, aggloméré et contreplaqué — passé à la moulinette de l’industrie et de la standardisation : « Les planches et copeaux oscillent entre résidus d’ateliers, Meccano pour grandes personnes et univers onirique parcouru d’éléphants et de bulles de couleur. » (Kathy Alliou et Yann Chevalier)
Texte : BJ
Photo : Émilie Perotto
Du 11 au 13/09 (expos jusqu’au 20/09) à la Friche la Belle de Mai. Rens. www.art-o-rama.fr
Tous à l’hosto !
L’enceinte magnifique de l’hôpital Caroline, nichée sur la rocaille de l’île du Frioul, ouvre une nouvelle fois ses portes à un festival devenu… Mimithique. Oubliés les chemins de traverse des éditions précédentes, MIMI revient en 2009 à ses fondamentaux : expériences, bizarreries en tous genres et grands maîtres… Un concert électro-organique à la fantaisie japonaise acidulée (D.V.D - Japon) immédiatement suivi d’une chimie métissée marchant sur les traces de SETI (RadioVision - France/Liban), un show de Jean-Paul Bourelly, cet Haïtien berlinisé qui rendrait jaloux Jimi Hendrix (3Kings – USA/Allemagne), un tour de scène hallucinée de l’icône punk new-yorkaise Lydia Lunch, accompagnée pour l’occasion par Philippe Petit (pilier des musiques hors-normes à Marseille), une spatialisation digne de la NASA avec les pionniers de MATMOS (USA), un trip vers la Corse, la Réunion et la Turquie… Un programme de grand malade qui justifie, une fois encore, l’internement à l’hôpital Caroline.
LV
Du 16 au 19 sur l’île du Frioul (hôpital Caroline). Rens. 04 95 04 95 50 / www.amicentre.biz
Bleu pétrole
S’il n’a bien sûr pas la stature de ses prestigieux aînés du grand Sud (Nice Jazz Festival et Jazz à Juan), le festival Jazz des Cinq Continents peut s’enorgueillir de proposer à Marseille un événement de grand standing. De par son cadre, déjà : les jardins du Palais Longchamp, propices à une écoute « aérée » qui invite naturellement au recueillement. Mais surtout, grâce à une programmation qui témoigne d’un goût (et d’une ouverture d’esprit) sûre(s). Cette année, chaque soirée est à marquer d’une pierre bleue – même si ce bleu brille de mille et une nuances. Du côté des « classiques », les pianistes Monty Alexander et Chucho Valdès restent des poids lourds d’une extrême finesse, et la soirée consacrée aux Ethiopiques (le « swinging Addis » de Mahmoud Ahmed et consorts) est d’ores et déjà un temps fort. On ne fait ensuite pas plus « moderne » que Jamie Cullum, performer au talent insolent, vraie bête de scène, ou le héros crossover Roy Hargrove qui invite notre Mc Solaar national : on parle ici d’or noir.
PLX
Du 20 au 25/07 dans les jardins du Palais Longchamp. Rens. 04 96 11 04 61 /
www.festival-jazz-cinq-continents.com
Mozart est là
Accueilli au sein de son lieu fondateur — le Théâtre de l’Archevêché — ainsi qu’au Jeu de Paume, au Grand Théâtre de Provence et dans la cour de l’Hôtel Manier d’Oppède, le festival renoue avec la tradition mozartienne de ses débuts (1948), mais s’ouvre aussi à la création contemporaine. Hommage aux premières années, on remarque donc Idoménée mis en scène par Olivier Py, sous la direction musicale de Marc Minowski, et La Flûte Enchantée, en provenance du Théâtre de la Monnaie de Bruxelles, dirigée par le Belge René Jacobs. L’édition 2009 est « allégée » en opéras et une parade festive — symbole de cette volonté d’élargissement — s’appropriera les rues de la cité en pré-ouverture (cortège chorégraphié par Josette Baïz). L’ouverture échoit au Berliner Philarmoniker, avec le dernier volet du Ring de Wagner. On notera aussi la récente production de l’Académie européenne de musique, vivier de jeunes talents vocaux du festival, via L’Orphée aux Enfers d’Offenbach dirigé par Alain Altinoglu.
BJ
Du 3 au 31/07 à Aix-en-Provence. Rens. 04 42 17 34 34 / www.festival-aix.com
Charlie et ses drôles de gammes
En juin, l’équipe de Charlie Free fêtait à Vitrolles ses vingt ans : vingt ans d’activisme dans une municipalité où les temps n’ont pas toujours été très roses, vingt ans de programmation au Domaine de Fontblanche, le festival venant clôturer sous les platanes une année d’ateliers et de concerts. On peut donc parler d’un « esprit » Charlie, où la convivialité ne cède jamais le pas à la facilité en termes de choix artistiques. Comme pour les précédentes éditions, chaque soirée du festival débute par une déambulation de fanfare ou la mise en valeur de trouvailles insolites (cette installation de contrebasses exposées au vent…), comme une mise en bouche avant des entrées aux saveurs modernes (les voix d’André Minvielle et Youn Sun Nah, accompagnées d’accordéon ou de harpes) dans le festin du soir. En plats de résistance(s), vous goûterez ensuite au nouveau quintette de Baptiste Trotignon, au fameux Black Saint Quartet de David Murray ou à l’hommage à Dizzy Gillespie du Paris Jazz Big Band. Bon appétit !
PLX
Du 3 au 5/07 à Vitrolles (Moulin à Jazz/Domaine de Fontblanche)
Yes we Cannes
Non dénuée de fondements, il y a cette image qui colle encore à la peau du festival Pantiero : celle de la jeunesse dorée cannoise venant, un gros week-end durant, parader sur la terrasse du Palais des Festivals, remuant gentiment des fesses au son des derniers dj’s labellisés « French Touch v2.0 » qui, eux, envoient pourtant du lourd. « Stress », proclamait Justice : « strass », leur répondent les fans azuréens. Mais si le festival Pantiero a bien les pieds ancrés dans son époque, il ne saurait, comme le montre l’ambitieuse programmation de cette huitième édition, se résumer à ce cliché. Sinon, comment expliquer la présence des doyennes punk-funk d’ESG, de leurs émules hip-hop et férocement burnées Yo Majesty, de la révélation psyché The Oscillation, si rare(s) dans nos contrées ? Sinon, pourquoi des groupes pop aussi décalés, brillants et multicolores que Late Of The Pier, The Chap ou Ebony Bones seraient-ils de la party ? Sinon… Sinon ? Nous n’en parlerions pas. L’avenir nous dira si Pantiero en a l’étoffe.
PLX
Du 8 au 11/08 à Cannes (terrasse du Palais des Festivals). Rens. www.festivalpantiero.com
Les Voix du peuple
S’il n’a pas manqué de provoquer quelques réactions, le visuel un peu « old-school » de la treizième édition des Voix du Gaou (une guitare électrique flanquée dans un décorum d’eau bleue et de pinède…) aura au moins eu le mérite d’être en parfaite adéquation avec sa cible : des estivaliers qui souhaitent se rendre à un concert – quel qu’il soit – dans un cadre idyllique. C’est bien là le point fort de l’événement : la presqu’île du Gaou est un petit coin sauvage d’une rare beauté, qui justifie à lui seul le déplacement. Musicalement, chacun y trouvera une fois encore son compte : les affiches sont plus ou moins thématiques (une soirée reggae, des plateaux alternatifs tournés vers un public jeune…), et l’on y croise des incontournables de la variété (Bénabar, Lavilliers, Grand Corps Malade…) comme des stars internationales (Lenny Kravitz, et surtout une date unique dans le sud des rockers purs et durs de Motörhead). Pour un souvenir nimbé d’une aura d’Eden, il suffit donc juste de bien choisir sa soirée…
PLX
Du 15 au 29/07 à Six-Fours-les-Plages.
Rens. 04 94 34 93 50 / www.voixdugaou.fr/festival-2009
Qui va piano (va sano e lontano)
Depuis vingt-neuf ans, le Festival International de Piano de La Roque d’Anthéron s’est imposé comme un point d’encrage exceptionnel dans le paysage musical et pianistique mondial, passant en revue, comme de (jolie) coutume, tous les styles (du jazz à l’électro), toutes les créations (classiques, contemporaines) et tous les artistes — les jeunes talents comme les plus grands interprètes internationaux. Programmation mise à part, le FIPRA vaut aussi pour son merveilleux site, le Parc du Château de Florans, à l’acoustique remarquable, idéale pour les récitals de piano autant que pour les concertos et autres symphonies, qui ne fait qu’augmenter les charmes de ce jardin mythique et magique portant toute l’histoire de la Roque d’Anthéron. Les 80 400 spectateurs de l’édition 2008 (audience record) témoignent de l’exceptionnelle santé et pérennité du festival. Et laissent augurer, cette année encore, d’une belle et grande communion entre public et artistes.
SH
Du 24/07 au 22/08 à La Roque d’Anthéron. Rens. 04 42 50 51 15 / www.festival-piano.com
Indé tendances
Sous le soleil exactement mais sur les hauteurs de Hyères, dans ce haut lieu de l’architecture varoise qu’est la Villa Noailles, se terre l’un des secrets les mieux gardés du landerneau pop français. Pop ? Il faut le dire vite. Secret ? Plus pour très longtemps. En cinq ans, le MIDI Festival s’est imposé comme l’une des manifestations les plus frondeuses et singulières qui soient sur le créneau « indé » (seul le festival marseillais B-Side semble l’avoir rejoint dans ce no man’s land sudiste). Cette édition pourrait bien lui donner encore plus d’envergure : une tripotée de groupes plus ou moins affiliés à la nouvelle scène arty américaine « post-Animal Collective » (Mahjongg, Skeletons, Telepathe), des songwriters flamboyants (Jeremy Jay, Jeffrey Lewis), des inclassables (Sin Fang Bous, François Virot, White Williams…) et la présence tutélaire de l’un des pontes du New-York no-wave, Arto Lindsay (qui succède à James Chance dans ce rôle-là). Allez-y les yeux fermés – et les oreilles grand ouvertes.
PLX
Du 24 au 26/07 à Hyères (Villa Noailles)
Dix choses à ne pas faire cet été
1- Prendre un Vélo le 6 juillet
2- Fréquenter les alentours du Stade Vélodrome le 11 juillet
3- Écrire un tract diffamatoire avant des élections municipales
4- Confondre Monopoly® et campagne municipale
5- Toucher à l’argent de ses potes de SOS Racisme
6- Ne toujours pas aider un « sans papiers »
7- Faire un moonwalk devant ses enfants
8- S’appeler Diouf
9- Prendre l’avion
10- Oublier le Ventilo
Etoiles et toiles
L’acharnement que met TILT depuis presque quinze ans à programmer du cinéma sous les étoiles aux quatre coins de la ville se voit récompensé par une fréquentation croissante. Ciné Plein air est la preuve qu’on peut être à la fois « populaire » et intelligent. Persepolis de Satrapi, Française de El-Bouhati, Azur & Asmar de Ocelot, pour ne citer que ces trois exemples, creusent le sillon d’un cinéma qui parle simplement et finement d’une France dite « d’en bas » et du milieu, d’une France qui se rencontre, qui se côtoie et qui, parfois, échange lors de ces séances estivales. Mais TILT, c’est aussi Bollywood, des œuvres récompensées aux Oscars, des classiques (Le Mécano de la générale, La Princesse du désert, Les Aventures de Tom Pouce…), des dessins animés (Nocturna, Les 3 Brigands…), des courts métrages et beaucoup de plaisir…
LV
Jusqu’au 15/08. Rens. 04 91 91 07 99 / www.cinetilt.org
Voyages immobiles
Pour sa troisième édition, Aflam, diffuseur officiel des cinémas arabes, a vu les choses en grand et prend le large. Après la halte obligée du côté des Variétés, résidence secondaire de l’association, du 4 au 6/07, où l’on découvrira des productions cinématographiques arabes récentes, pour beaucoup inédites (comme L’Anniversaire de Laila de Rashid Masharawi), le festival — jolie nouveauté et initiative — sillonnera la région avec sa « caravane ». De l’Estaque (Espace Mistral) à La Belle de Mai (Place Cadenat) en passant par Port-de-Bouc (Site des Sardines), la caravane Aflam répandra la bonne parole cinématographique hors les murs du 9 au 16/07. Soit un choix de films pour tous les publics et des conditions privilégiées pour voyager ensemble dans les imaginaires des cinéastes arabes.
HS
Du 4 au 16/07 au cinéma Variétés et en région. Rens. 04 91 47 73 94 / www.aflam.fr
L’image intime
Aujourd’hui plus qu’hier, expérimenter est affaire de politique. A l’heure où le calibrage règne en maître, il est vital de tordre, compresser, tester, surexposer, émanciper l’image. Bref, de l’imaginer. Lui donner vie, la réinventer, abattue sous les diktats du politiquement filmable. Se rendre au Festival Images Contre Nature, affirmons-le tout de go, est donc un engagement politique ! Car Marseille accueille l’une des rares manifestations à redonner place à l’image expérimentale, terreau de toute la création cinématographique. A travers six programmes de projection, l’équipe de P’Silo redéfinit les multiples connexions, sans cesse en mouvement, existant entre la puissance de l’image animée — poétique, politique, subliminale, émotionnelle — et ses fonctions techniques, voire scientifiques : la couleur, le montage, la lumière, le son, le rythme… Un grand nombre d’œuvres internationales projetées, des expos, des concerts, des rencontres et des installations font de cette nouvelle édition le théâtre de toutes les expériences visuelles et sonores.
EV
Du 7 au 11/07 aux Lices (12 rue des Lices, 7e). Rens. 04 91 42 21 75 / www.p-silo.org
Hasta la pellicula siempre
Plus d’une trentaine de films internationaux en compétition, des sélections parallèles riches de découvertes, une pluie d’œuvres diffusées en première mondiale, un soutien actif à la création… : le FID offre à la Cité phocéenne ses plus beaux moments de cinéma.
Un festival est une lutte. Entre multiplication des propositions, baisses budgétaires et souci d’une ligne éditoriale claire et exigeante, s’affirmer aujourd’hui comme un rendez-vous privilégié en matière d’images documentaires est une gageure, remportée haut la main par l’équipe du FID, et sa figure tutélaire, Jean-Pierre Rehm. Ainsi, foin de vaines célébrations en l’honneur d’une vingtième édition. Comme le dit lui-même l’intéressé, « Pour tout anniversaire, ce qu’offre le Festival est sa grande endurance, les surprises de sa programmation, et son existence même. » Et nous d’opiner bien volontiers. Car l’événement a sans conteste pris corps, au fil des ans, s’octroyant une place de choix sur la scène internationale. A tel point qu’aujourd’hui, nombre de films sélectionnés en compétition sont présentés pour beaucoup en première mondiale. Une reconnaissance qui nous autorise à affirmer que chaque nouvelle édition du FID est en soi un événement exceptionnel, au cœur de la cité phocéenne. Parmi les œuvres que les festivaliers marseillais viendront ainsi découvrir, citons les très attendus films de cinéastes de renom, d’Apichatpong Weerasethakul à Tsai Ming Liang, en passant par le globe-trotter sénégalais Ghassan Salhab. Soulignons la diffusion du très beau documentaire de Pedro Costa, découvert cette année à Cannes, circonvolutions brillantes autour du processus de création, tourné aux côtés de l’actrice-chanteuse Jeanne Balibar. Les sélections parallèles, aires de jeu privilégiées du festival et objets des plus intéressantes expérimentations, promettent quant à elles d’éclatants instants de projection. A commencer par la présence, derechef, du grand homme de cinéma qu’est Jean-Pierre Gorin. Le FID lui a proposé cette année de revenir sur l’expérience unique du groupe Dziga Vertov, dont il est, avec Jean-Luc Godard, dès 1968, l’un des créateurs. Il y a fort à parier qu’au-delà des films, son témoignage soit bouleversant. Ressort-on réellement indemne d’une participation si forte, si politique, avec ce cinéaste de génie ? Dont acte, avec une programmation présentée en parallèle de l’œuvre de Dziga Vertov lui-même. Deux autres écrans thématiques risquent bien d’exciter nos papilles cinéphiles : une singulière exploration de l’oxymore « étrange familiarité » d’une part, ou comment déceler le bizarre dans nos univers coutumiers, via les œuvres, entre autres, de Mara Mattuschka ou Jack Arnold — réalisateur de l’époustouflant L’homme qui rétrécit —, et une réjouissante programmation parallèle d’autre part, autour du super héros sous toutes ses formes. L’occasion de célébrer le grand retour des désopilants — et intelligents — Yes Men, mais également de découvrir le mythique Hasta la victoria Siempre ou le récent Shirin d’Abbas Kiarostami. D’autres déambulations cinématographiques s’ajoutent au programme, de la belle sélection « Les spectres de l’Histoire » à la programmation concoctée pour les plus petits par Fotokino. Mais l’une des grandes nouveautés de cette édition figure dans la section FidLab. « Cette initiative résulte de l’envie de défendre également les œuvres en amont, en offrant une plateforme de rencontres avec des professionnels, en créant une synergie, autour de films en cours de réalisation, rappelle Jean-Pierre Rehm. Treize films internationaux sélectionnés seront ainsi défendus par leurs auteurs, en quête de soutiens supplémentaires pour la création de leur œuvre. » Le FID ne devient plus seulement l’une des plus belles manifestations pour la diffusion du cinéma documentaire, mais œuvre avec intelligence pour son épanouissement.
EV
Du 8 au 13/07 dans divers lieux de la ville. Rens. 04 95 04 44 90 / www.fidmarseille.org
Ça plane pour nous
Si le festival convainc déjà avec une programmation fortement empreinte d’hypnose et d’onirisme, reste à découvrir ces prochains jours la scène flamande, à travers les empreintes des trajets de vie des danseurs de Pierre Droulers (Walk Talk Chalk) et les splendides cruautés d’Eros et de Thanatos, mises en scène par Koen Augustijnen dans un opéra-danse qui fait vibrer la puissante musique baroque d’Haendel (Ashes).
Après un voyage dans l’univers (choré-)graphique du Canadien Benoît Lachambre (Is you me…?), on pourra planer sur les mélopées de Dean and Britta accompagnant les Screen Tests du roi de la Pop Culture, Andy Warhol, tandis que Jacques Diennet et Christian Karting nous emmèneront dans un paysage électroacoustique libérant paroles et sons de la contingence chronologique d’une narration linéaire. Les soirées du festival s’achèveront avec la contemplation de la lumineuse composition du chorégraphe japonais Saburo Teshigawara dans le cadre de la carte blanche donnée à Marseille Objectif Danse, avant de repartir au beau milieu du monde, dans le bouillonnement électronique qui agite les jeunesses de Beyrouth — et probablement celles de Marseille (voir ci-dessous)…
JS
Jusqu’au 11/07 dans divers lieux de la ville et à Aix-en-Provence. Rens. 04 91 99 02 50 / www.festivaldemarseille.com
Mix-Up Beyrouth
Jump avec Bachir
Invitée par le Festival de Marseille à programmer une soirée dans le cadre de son festival, l’équipe de Marsatac a décidé de promouvoir les cultures urbaines de territoires généralement oubliés sur la carte de l’électronique internationale. Il y a deux ans, c’était Bamako qui était à l’honneur. Cette année, c’est de Beyrouth que viendront les pulsations contemporaines d’une scène qui tente de formuler en musique un antidote à la triste réalité politique. Cet aller-retour artistique Marseille/Beyrouth dépassera le cadre méditerranéen des deux villes pour s’ouvrir aux esthétiques électroniques qui agitent toutes les capitales de la toile mondiale. Côté français, Rodolphe Burger (l’homme-sandwich de la scène rock alternative) et Frédéric Nevchehirlian (chef de file du mouvement slam marseillais) se frotteront aux talents les plus prometteurs de la jeune scène musicale beyrouthine, qui dynamite avec panache les frontières entre rap, rock et électro.
nas/im
Mix-Up Beyrouth, le 11/07 au Cabaret Aléatoire
Histoires d’A
Temps : été 2009. Lieu : Avignon. Public : jeunes et moins jeunes, autochtones et étrangers, professionnels et amateurs, tous en quête du trouble jouissif du spectacle « à ne pas rater ». Actes ? Pluriels. Avec 35 spectacles (pour la plupart des créations), les propositions subversives de la 25e heure, les rencontres nourricières des Sujets à Vif, un Théâtre des Idées régénérant, des forums, des lectures et des projections, le Festival d’Avignon est l’occasion idéale de voir, de vivre, de vibrer au théâtre, surtout après une saison plutôt éteinte et un contexte mondial en crise de tout. En associant le metteur en scène franco-libano-québécois Wadji Mouawad, les directeurs Hortense Archambault et Vincent Baudriller redonnent une place d’honneur au récit, indispensable nourriture de nos imaginaires. Nous tendant le miroir de nos passions et de nos inquiétudes pendant un mois, cette nouvelle cuvée provoquera sans doute notre propre parole / notre histoire intime face à ces histoires qui font l’Histoire, sans jamais verser dans le didactisme racoleur, mais avec l’ambition d’explorer nos désirs et nos perversions, et de nous faire ré-agir.
JS
Du 7 au 29/07 dans la Cité des Papes. Rens. 04 90 14 14 60 / www.festival-avignon.com
Il faut être assez sûr de son fait pour présenter un tel disque à l’aube de la saison estivale, sûr qu’Autumn résistera aux assauts du temps pour se poser, déjà, comme l’une des plus belles pièces techno de 2009. Troy Pierce (l’outsider de l’écurie M_nus) et Gibby Miller (voix d’outre-tombe) reviennent donc avec un album à considérer en tant que tel : un monolithe noir – mais brûlant. Qui permettra aux gothiques de se familiariser avec la « minimale », quand les clubbers y trouveront le disque qu’Ivan Smagghe et sa clique rêvent encore secrètement d’enregistrer.
PLX
Hypnotic Brass Ensemble
Lp (Honest Jon’s/La Baleine)
V/A
Marvellous Boy : calypso from West Africa (Honest Jon’s/La Baleine)
Dans le paysage des musiques populaires, peu d’artistes possèdent le talent, l’érudition et l’éclectisme. Après avoir flirté avec la pop, le hip-hop et la musique malienne, Damon Albarn continue à distiller avec goût ses découvertes musicales via Honest Jon’s, label auquel il a redonné un second souffle en 2002. Avec les syncopes cuivrées de l’Hypnotic Brass Ensemble — une fanfare de Chicago — ou avec cette collection rare d’orchestres reprenant à la sauce africaine le calypso caribéen, le label anglais nous prouve une fois de plus qu’il est gage de qualité.
nas/im
Deux ans après nous avoir demandés de l’épouser via l’éblouissant mais resté confidentiel Marry me, Annie Clark poursuit avec ses fans son idyllique lune de miel musicale — où folk teinté de cordes soyeuses, guitares cristallines, nappes électroniques et jazz vocal s’unissent lors d’une nuit de noce torride. Pourvoyeuse, à l’instar de ses copines (Joan as Police Woman, My Brighest Diamond), d’un songwriting vertigineux, qui se pose en solide rempart contre la médiocrité et la pesanteur, Annie Clark ne peut être qu’un ange. L’écouter, c’est s’élever.
HS
Vous connaissez cet homme : Holger Zilske est le vrai nom de Smash TV, l’artiste qui se cache derrière les morceaux de la diva électro Ellen Allien. Mais avec ce Holz, on est pourtant très loin des rythmes breakés de Berlinette… Click’n’cuts, nonchalence funky et ambiances lunaires s’unissent ici pour le deep et le meilleur, dans une orgie techno en apesanteur. Entre ces quelques tubes lancinants, invitations à d’interminables parties de bras en l’air, on trouve également de superbes pièces downtempo, lascives et mélancoliques, qui font de Holz un vrai must.
JPDC
Il n’y a pas que dans les films de Kaurismäki que les héros déjantés du rock’n’roll sévissent. Originaires du Danemark, les Powersolo revisitent l’histoire du garage-rock à coups de riffs sales, de voix éraillées et de rythmes improbables. Pour la beauté du geste, pour l’éternelle fougue adolescente, pour tous les beautiful losers de la six-cordes et pour le talent aussi — celui qui nous rappelle tout autant Screamin’ Jay Hawkins que Jon Spencer — nous nous devons de rendre à Powersolo le plus bel hommage. Sautons ! Hurlons ! C’est du putain de rock’n’roll !
nas/im
Dj T – The inner jukebox (Get Physical/La Baleine)
Steve Bug – Collaboratory (Poker Flat/La Baleine)
Dj’s, producteurs et patrons de leurs propres labels, Steve Bug et Dj T sont un peu les témoins de l’évolution de la house en Allemagne (où elle s’est régénérée au contact de la « minimale ») en même temps que les parrains de la jeune génération (toute la scène deep de Mannheim). On a donc peu de chances d’être déçu quand ils sortent un album… Steve Bug choisit ici de s’entourer de collaborateurs pour un résultat classieux, conforme au « son » Poker Flat. Petite préférence pour le Dj T, plus groovy, plus coloré… à l’image des sorties Get Physical.
PLX
Ce tour d’horizon de la musique panaméenne s’avère d’autant plus séduisant que ce pays apparaît comme un carrefour historique et géographique incontournable. Coincé entre l’Amérique du Sud et celle du Nord, entre la tradition afro-cubaine et la modernité occidentale, il a une place à part dans le monde musical latin. Au fil des vingt morceaux de cette jolie compilation, enregistrés entre 1967 et 1977, on passe allègrement de la cumbia au calpyso, de la salsa au funk, remontant ainsi la belle route imaginaire qui relie l’Afrique aux Etats-Unis. Didactique, mais aussi festif !
nas/im
Littéralement intraduisible — « étreinte réciproque » ou un truc dans le genre —, le nom de ce quatuor anglais du Kent est à l’image de sa musique — aérienne, vaporeuse et sans domicile fixe. A l’écoute de ce premier album — qui « devrait changer la face de la pop », au moins pour une semaine, selon le NME —, on pense dans un premier temps aux expérimentations sonores de My Bloody Valentine ou au folk tordu de Bright Eyes, avant d’envoyer valser le petit précis de la pop et de s’avouer vaincu par tant de savoir-faire et d’élégance — Free hugs pour tout le monde !
HS
Bien avant que Montréal ne devienne au mitan des années 2000 l’épicentre du tremblement de terre indie rock qui aura vu l’avènement d’Arcade Fire, quelques irréductibles groupes québécois moins chanceux mais tout aussi exigeants s’étaient cassé les dents sur l’autel de la probité. A l’instar de The Unicorns, trio barré qui s’était séparé après deux albums et avoir refusé de vendre son âme au diable Converse. Cinq ans après, Alden Penner, feu la tête pensante, est de retour avec un nouveau projet d’une efficacité inouïe. Où se télescopent, dans la lune, les Whites Stripes, Pavement et Mercury Rev. Clues a la classe et vaut tous les clous du monde.
HS
De Oliveira ou l’éternel miracle. Du haut de ses 101 ans — vous lisez bien 101, comme les dalmatiens — et après avoir tourné plus d’une soixantaine de films, dont le chef-d’œuvre Val Abraham (1993) inspiré de la Bovary, le Portugais continue son grand bonhomme de chemin, dans son (joli) coin. Détaché des tenants et aboutissants du cinéma moderne (star, blé et box-office), comme si Hollywood n’était que des pauvres lettres suspendues au sommet d’une colline, MDO ose se faire plaisir et sonde les origines — italiennes ou portugaises ? — de l’énigmatique Colomb. Menant l’enquête entre le Portugal et l’Amérique avec un rythme aussi spectaculaire que celui d’un épisode de Derrick, mais avec une grâce inouïe, MDO nous offre en creux et in fine un sublime bilan : amoureux et cinématographique. Façon Les plages d’Agnès.
HS