Sur les traces de nos pas par la Cie Mémoires Vives

Sur les traces de nos pas par la Cie Mémoires Vives

Tombés pour la France

 

Avec Sur les traces de nos pas, les compagnies Mémoires Vives et Tchek’Art racontent l’histoire des vagues migratoires à Marseille en mêlant danse, musique, rap et slam. Rencontre avec Yan Gilg, directeur artistique et metteur en scène de ce projet en trois parties.

 

Yan Gilg a l’allure du grand frère des cités. Celui qui prône l’ouverture d’esprit et la solidarité, aidant les jeunes prometteurs à percer. Sa compagnie, Mémoires Vives, développe des projets autour de l’histoire des immigrations en France.
L’idée de Sur les traces de nos pas naît en 2011 lorsqu’il rencontre des « artistes en devenir », ici, dans les quartiers Nord de Marseille. Le but : essayer de faire comprendre comment, petit à petit, l’immigré se détruit et se déstructure au sein même de la République.
Le rideau s’ouvre sur un jeune qui se voit refuser sa demande de naturalisation. Tout d’abord haineux envers ce pays qui le rejette, il finira par se battre pour prouver sa légitimité à vivre en France. La machine est lancée.
La première partie de la création explore les vies des anciens combattants issus des colonies, qui ont débarqué sur les plages de Provence le 15 Août 1944 pour libérer Marseille. Pour Yan Gilg, il s’agit de « casser le mythe d’une libération de la France par la France, avec le soutien des Anglais et des Américains certes, mais aussi avec les Arabes, les Berbères et d’autres peuples d’Afrique. Tous ceux qui aujourd’hui posent soi-disant problème sur ce sol qu’ils ont défendu, et qu’on ne peut soi-disant plus accepter. » Pour mener à bien le projet, le metteur en scène fait appel à diverses disciplines : du rap sur du violon, de la danse orientale mélangée à du hip-hop, ou encore du slam. La deuxième partie s’articule sur la même trame que la première, mais à partir de la conférence de Yalta. On peut y voir « l’armée africaine » rapper, slamer, danser. On y découvre aussi le duo dansé entre deux ouvriers, l’un français, l’autre immigré, finissant par s’allier face au patronat.
Sur les traces de nos pas sonne donc comme un appel à l’unité. Historiquement, immigrés et Français luttaient ensemble. « Il y a eu des moments de vraie fraternité, et ensemble, ils ont fait de grandes choses. Pourquoi, avec la crise actuelle, cela ne pourrait pas se reproduire aujourd’hui, au lieu de chercher un fautif à tout prix ? », s’interroge Yan Gilg. C’est également un appel à la tolérance. Le metteur en scène rappelle que « ces gens à qui l’on a fait appel nous ont permis de relever la tête. Aujourd’hui, avant de se demander si l’on doit être hospitalier ou non, il faut se remémorer cette histoire-là. Nous avons une dette de sang et une dette économique envers eux. »

La troisième partie du spectacle devrait se dérouler en 2013, au Toursky. Malgré cette perspective, l’amertume se lit dans les yeux de l’artiste, qui tire un portrait plutôt sombre de Marseille Provence 2013. Selon lui, l’image d’IAM et des cultures urbaines aurait été utilisée pour gagner le titre, mais cette victoire ne profite finalement pas aux quartiers pauvres de la cité. « C’est une escroquerie ! C’est vraiment dommage parce que je sens ici une véritable possibilité de montrer comment le vivre ensemble est possible. »

Sonia Attias

 

Sur les traces de nos pas par la Cie Mémoires Vives : le 7/12 à l’Espace Culturel Busserine (Rue Mahboubi Tir, 14e).
Rens. 04 91 58 09 27 / http://cie-memoires-vives.org/